Le square des Missions Étrangères

Publié le par Debordiana

À la limite des sixième et septième arrondissements, ce square, cerné à très courte distance par la rue de Babylone et le boulevard Raspail, reste d’un accès difficile et se trouve généralement désert. Sa surface est assez étendue pour celle d’un square parisien. Sa végétation à peu près nulle. Une fois entré, on s’aperçoit qu’il affecte la forme d’une fourche.
    La branche la plus courte s’enfonce entre des murs noirs, de plus de dix mètres de haut, et l’envers de grandes maisons. À cet endroit une cour privée en rend la limite difficilement discernable.
    L’autre branche est surplombée sur sa gauche par les mêmes murs de pierre et bordée à droite de façades de belle apparence, celles de la rue de Commaille, extrêmement peu fréquentée. À la pointe de cette dernière branche on arrive à la rue du Bac, beaucoup plus active.
    Toutefois le square des Missions Étrangères se trouve isolé de cette rue par un curieux terrain vague que des haies très épaisses séparent du square proprement dit. Dans ce square vague, fermé de toutes parts, et dont le seul emploi semble être de créer une distance entre le square et les passants de la rue du Bac, s’élève à deux mètres un buste de Chateaubriand en forme de dieu Terme, dominant un sol de mâchefer.
    La seule porte du square est à la pointe de la fourche, à l’extrémité de la rue de Commaille.
    Le seul monument du lieu contribue encore à fermer la rue et à interdire l’accès du square vague. C’est un kiosque d’une grande dignité qui tend à donner toutes les impressions d’un quai de gare et d’un apparat médiéval.

    Le square des Missions Étrangères peut servir à recevoir des amis venant de loin, à être pris d’assaut la nuit, et à diverses autres fins psychogéographiques.

Michèle BERNSTEIN

Potlatch no 16, 26 janvier 1955

Vues du square en 2001 :


Sur le même thème :

Formulaire pour un urbanisme nouveau (septembre 1953)
Introduction au Continent Contrescarpe (24 janvier 1954)
    suivie de sa Position (Les Lèvres nues 9, novembre 1956)

Exercice de la psychogéographie (Potlatch 2, 29 juin 1954)
Construction de taudis (Potlatch 3, 6 juillet 1954)
Prochaine planète (Potlatch 4, 13 juillet 1954)
Les gratte-ciel par la racine (Potlatch 5, 20 juillet 1954)
On détruit la rue Sauvage (Potlatch 7, 3 août 1954)
Les barbouilleurs
    suivis de 36 rue des Morillons (
Potlatch 8, 10 août 1954)
En attendant la fermeture des églises (Potlatch 9, 17 août 1954)
Résumé 1954 (Potlatch 14, 30 novembre 1954)
Le square des Missions Étrangères (Potlatch 16, 26 janvier 1955)
L’architecture et le jeu (Potlatch 20, 30 mai 1955)
Introduction à une critique de la géographie urbaine (Les Lèvres nues 6, septembre 1955)
Intervention lettriste (Potlatch 23, 13 octobre 1955)
Projet d’embellissements rationnels de la ville de Paris
    précédé du
Rôle de l’écriture (Potlatch 23, 13 octobre 1955)
La forme d’une ville change plus vite (Potlatch 25, 26 janvier 1956)
Théorie de la dérive (Les Lèvres nues 9, novembre 1956)
Annonce d’un Congrès provisoire pour la fragmentation psychogéographique de l’agglomération londonienne (décembre 1956)
The Naked City (juin 1957)
Photographie, en 1957, de la future «place Gallizio», de Paris (16 juin 1957)
Préface (septembre 1957)
    suivie de
Venise a vaincu Ralph Rumney (
IS 1, juin 1958)
Les psychogéographes travaillent (Potlatch 29, 5 novembre 1957)
Essai de description psychogéographique des Halles (IS 2, décembre 1958)
Constant et la voie de l’urbanisme unitaire (janvier 1959)
Écologie, psychogéographie et transformation du milieu humain (21 mars 1959)
L’urbanisme unitaire à la fin des années 50 (IS 3, décembre 1959)
Positions situationnistes sur la circulation (IS 3, décembre 1959)
Commentaires contre l’urbanisme (IS 6, août 1961)
L’aménagement du territoire (La Société du spectacle, novembre 1967)

Publié dans Debordiana

Commenter cet article