Annonce d’'un Congrès provisoire pour la fragmentation psychogéographique de l’'agglomération londonienne

Publié le par Debordiana


Nous nous proposons de réunir à Londres, au mois d’août 1957, pendant une semaine, un certain nombre de personnes appelées à discuter des premiers résultats concrets de la
psychogéographie, de la place de cette discipline dans l’ensemble des problèmes que pose la création d’une nouvelle culture, et de ses possibilités d’application pratique immédiate à la ville de Londres. À l’issue de cette semaine de débats, le groupe passera à l’action pour vérifier par l’expérience quelques conclusions théoriques du Congrès.


Cette action prendra inévitablement des aspects multiples, et occasionnellement violents. Son utilité résidera principalement dans l’étude des effets, sur un grand centre urbain moderne, d’une série rapide et soutenue de chocs, calculés pour introduire, pendant une période limitée à un mois, un élément d’incertitude dans l’organisation sociale et affective normale de la ville.

    Nous reconnaissons qu’une agglomération urbaine de l’ampleur de Londres ne représente rien psychogéographiquement. Il importe tout d’abord de la diviser en plusieurs zones nettement définies. Puis, à l’intérieur de ces zones juxtaposées, il nous faut étudier l’emplacement et les limites des différentes unités d’ambiance, pour les utiliser en fonction de nos desseins, et pour prévoir leur perfectionnement passionnel au moyen d’une architecture et d’un urbanisme adéquats.
    Nous savons que les habitants de Londres, pareils à ceux de toutes les autres villes de la société actuelle, souffrent de troubles nerveux, qui sont la conséquence inévitable de l’urbanisme d’aujourd’hui ; et, plus généralement, d’une profonde misère mentale, qui est le produit de notre civilisation primitive.
    Nous nous sentons capables de participer, dans l’important secteur de la sensibilité moderne, au travail de changement que notre temps exige. C’est dans ce but que nous entreprenons l’expérience de Londres. Il s’agit d’offrir à tout le monde la chance d’adopter une solution globale aux problèmes de 1957. La solution offerte exercera une influence radicale sur des activités de toutes sortes : plastiques, psychologiques, musicales, politiques, littéraires, sociales, journalistiques, érotiques, populaires, militaires, philosophiques, cinématographiques, aristocratiques, pédagogiques, commerciales, religieuses, culinaires, architecturales, etc.


En effet, nous souhaitons rassembler à Londres des experts de la révolution dans chaque aspect de la vie, pour travailler ensemble à la création de situations affectives transitoires, consciemment construites.


Il ne nous est pas actuellement possible de prévoir les résultats d’une telle activité. Nous invitons tous ceux qui veulent participer à son invention à prendre contact avec le comité d’organisation.

Comité d’organisation du Congrès provisoire pour la fragmentation psychogéographique de l’agglomération londonienne

c/o
I.C.A. 17-18 Dover Street, Picadilly, London W 1
Potlatch, 32 rue de la Montagne-Geneviève, Paris 5e


Rédigé aussi en anglais et probablement en décembre 1956, ce projet de Congrès psychogéographique à Londres, annoncé pour le mois d’août 1957, fut repoussé à avril 1958 avant d’être abandonné.
 


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