La Voix du Nord envoie l'huissier

Publié le par la Rédaction

  

C’est vrai qu’on y va fort depuis trois ans contre le journal-issu-de-la-Résistance, noyauté dès la fin de la guerre par des journalistes suspendus pour collaboration : mépris pour les grévistes, organe de promotion des pouvoirs locaux qu’ils soient PS, patronat ou préf’, ils sont les premiers gardiens de l’Ordre. Aujourd’hui ils nous agitent leurs petits poings nerveux et tentent de nous intimider.

 

À son habitude, La Voix fit la sourde oreille pendant trois ans. Et alors même que l’on s’époumonait à cracher sur ce quotidien au million de lecteurs et lectrices, les copains nous sermonnaient : «Arrêtez un peu avec La Voix, on s’en fout, on sait bien que c’est réac’, tout le monde le sait ! Oubliez-les et faites un numéro sans les citer une seule fois !» Que nenni, on persiste, on signe, on continue.

 

Au premier numéro, on dévoilait «un média volé aux résistants, guidé par la rentabilité et au service de quelques grands bourgeois et fonds de pension», «issu des pires magouilles financières». Puis de nombreux papiers suivirent, chaque fois pour mettre en lumière un quotidien vendu au patronat local et aux recettes publicitaires, organe de propagande des chefs politiques locaux, adepte du fait-divers policier ou insignifiant, méprisant les mouvements sociaux et usant de la censure quand l’auto-censure de ses gratte-papiers ne suffisait pas…

 

Un procès en diffamation ?

 

Le 22 mars, une lettre du service juridique de La Voix nous met «en demeure» de retirer, sous vingt-quatre heures, toute une série d’articles archivés sur notre site web mentionnant le nom du journal. Menace de poursuites judiciaires à la clef pour des «propos diffamatoires envers La Voix du Nord et ses journalistes». Bien entendu, tout est resté en ligne, et nous leur avons demandé de préciser les passages visés par leur requête.

 

 

Et voici que le 25 mai, l’huissier de La Voix du Nord sonne à notre porte. Ce dernier nous donne «sommation» de «supprimer immédiatement et sans délai» un papier disponible sur notre site Internet intitulé «Les chiens de garde de La Voix» et publié en janvier 2009. Celui-ci expose les réactions de quelques sous-fifres de La Voix suite au témoignage d’une ancienne salariée dans le numéro précédent [ «Les petits soldats de La Voix du Nord», La Brique no 10, novembre 2008.]. Elle y faisait une présentation de ce quotidien : une manifestation calaisienne qui laisse place à un accident de la route en première page du canard (photo malsaine à l’appui), une grève des pêcheurs à traiter sous l’angle des problèmes de circulation causés sur l’autoroute, la précarité des journalistes en CDD assimilés à des «petits soldats» corvéables et malléables à merci, etc.

 

Quand vous voulez !

 

Le chef d’agence mis en cause l’avait alors rappelé, avec des propos risibles et finissant rouge de colère par un «est-il si facile de cracher dans la soupe après l’avoir bue ?» D’autres réactions de lecteurs et journalistes de La Voix cherchaient aussi — de façon tout aussi pitoyable — à défendre ce «journal pauvre en informations, racoleur, bâclé». On ne put s’empêcher de publier tout ça avec délectation. Un éventuel procès, dont on imagine la pub qu’il nous ferait et le plaisir qu’on aurait à les voir venir défendre leur canard pourri à la barre, pourrait également nous causer une perte de temps et d’argent [Le service juridique de La Brique regorge d’arguments pour clouer le bec à La Voix, mais manque cruellement de ressources financières…]. Alors en attendant, peu importe, place à la critique sociale, aux combats politiques, aux pratiques subversives … et aux abonnements !

 

La Brique  no 23, juillet 2010
Infos et enquêtes de Lille et d’ailleurs.

 


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