Mercredi 1 juillet 2009
De quoi la Voix du Nord est-elle la voix ?

Le camp No Border de Calais a été étouffé avec tant de soin que rien, ou presque rien, n’est paru dans les médias nationaux. Seuls les médias locaux se sont appliqués à en suivre le déroulement.
À leur manière.

C’est ainsi que j
ai dû subir la lecture des nombreux articles fielleux dun certain Laurent Renault, journaliste à La Voix du Nord, quotidien qui, si jétais nordiste, me ferait rêver dêtre aphone.

Mais bien sûr, ma prudence naturelle, et mon respect de la déontologie du blogueur, m
ont conduit à vérifier, compléter et recouper les informations avec les témoignages et les analyses des participants. Il suffisait de consulter les sites dIndymédia-Lille, et du Jura Libertaire régulièrement mis à jour.

Car, au final, la manière de Laurent Renault m
a semblé assez singulière.

Tête de manifestation clownesque

Son compte rendu de la manifestation du samedi 27 juin, est ainsi titré : «Manifestation des No Borders : quelle clownerie que cette grande parade de Calais !»

Il s
ouvre par ce curieux chapeau :
«Match nul, tout le monde a gagné ! À lissue de la manifestation, chacun des deux camps, No Borders et État, a pu faire ses comptes. Un seul incident, pas de blessé, la fête… Un défilé classique qui a réuni un petit millier de personnes à lappel des syndicats Sud et Solidaires.»

Vous pourrez chercher dans la suite un quelconque retour sur ce «seul incident»…

Quant au titre, il semble motivé par ceci :
«10 heures. — Une longue file sort du camp No Border installé depuis le début de semaine rue Normandie-Niemen. Depuis plusieurs jours, la provocation entre ces militants dextrême-gauche et les forces de police ont placé le défilé sous une certaine tension. Le grand jour est arrivé. Synonyme de toutes les peurs. Et ce sont des clowns et des musiciens qui ouvrent le bal masqué. Car dans le cortège, de nombreuses têtes sont cachées. Masque de Zorro pour lun, foulard et bandana pour lautre, des capuches aussi sous cet écrasant soleil.»

N
attendons surtout pas déléments dinformation précis dans la suite de cette caricature darticle qui expédie la fin de la manifestation en quelques mots :
«(…) quelques messages et autres témoignages, les syndicalistes remontent dans les bus. Les No Borders accompagnés jusquau pont Vétillart. Les troupes se dispersent.»

Mais puisque le besogneux Laurent Renault a dû apprendre qu
un journaliste avait, avant de lâcher sa prose, à écouter et retranscrire, il consacre un paragraphe entier au sort dune mamie dans lembarras :
«Otages. — Les personnes présentes à la manifestation ont dû prendre leur mal en patience avant de regagner le centre-ville. “Je suis avec ma petite fille, on nest pas des terroristes quand même !” insiste cette Calaisienne garée deux rues derrière. Elle patientera. Comme tout le monde. Pas de différence entre gentils et méchants.»

J
imagine que cette géniale opposition gentils/méchants a dû lui plaire, puisqu’il la reprend, dune manière qui méchappe un peu, dans sa conclusion :
«Victoire. — Dans cette partie, tout le monde a gagné. les syndicalistes ont manifesté les No Borders étaient pacifiques il y avait des méchants parmi les gentils les policiers ont fait en sorte que tout se passe pour le mieux dans chacun de leurs mondes…»

Ce camp a décidément quelque peu dérangé le monde du talentueux Laurent Renault…

(On pourra comparer avec ce récit d’un participant dans le Jura Libertaire.)

Et le lendemain, les méchants anarchistes plient bagages

La prose de ce pathétique personnage à la rancœur si racornie que ça doit quand même le gêner un peu pour sourire, se retrouve le lendemain dans un article-bilan, intitulé : «Comme un dimanche normal, sans CRS ni No Borders», où nous pouvons apprendre que «les Calaisiens ont repris leurs habitudes. Comme les migrants. Tous les autres sont repartis.»

L
article, qui se hisse à un niveau danalyse inouï (on notera aussi lefficace poncif de la compassion), se conclut par :
«Pourquoi les Calaisiens ne se sont-ils pas joints à cette manifestation ? Voilà bientôt quinze ans quils vivent au quotidien avec les migrants, dans lindifférence, dans la compassion, en offrant des dons, du temps. Parfois ça exaspère. des drames remettent les discussions à plat. Le tout dans un contexte économique difficile. Elle est peut-être là leur priorité. De la frontière anglaise à Calais, pour sûr on en reparlera comme on en parle depuis quinze ans. Alors en attendant, les Calaisiens sont allés à la plage oublier un peu tout ça.»

Mais il y a des Calaisiens qui pourraient juger que Laurent Renault les calomnie…

Je suis sûr qu
il y en a qui semmerdent autant que moi à la plage.

PS : Comme pour certains articles de presse, mon titre est purement bruitiste.

Et rhétorique : on sait bien que la Voix du Nord est la voix de ses maîtres.

On pourra consulter avec profit le numéro 12 de La Brique, ainsi que ces articles mis en ligne.

Par ailleurs, l
excellent Jura Libertaire a reçu ceci :

«Mise en demeure
Lille, le 24 juin 2009
Monsieur le Directeur de la Publication,
Nous avons constaté que sont reproduits et diffusés des articles parus dans LA VOIX DU NORD sur le site juralibertaire.over-blog.com que vous éditez notamment à l’adresse suivante : http://juralibertaire.over-blog.com/article-32844337.html
Cependant, à aucun moment vous n’avez sollicité ni obtenu notre accord pour la reprise de ces articles.
Je vous rappelle que ces diffusions non autorisées sont constitutives du délit de contrefaçon, sanctionné par l’article L.335-3 du Code de la propriété intellectuelle.
Dans ces conditions, nous vous mettons en demeure de retirer de ce site l’ensemble des articles de la Voix du Nord dans un délai de quarante-huit (48) heures à compter de la réception de la présente.
À défaut, nous nous réservons la faculté d’engager toute procédure judiciaire, notamment en référé, afin de faire valoir nos droits.
Dans l’attente de vous lire, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur de la Publication, l’expression de mes sincères salutations.»

L’escalier qui bibliothèque, 29 juin 2009.


Les débordements de l’information à Calais

Il suffit de visiter quelques maisons de retraite encore accessibles aux vieux prolétaires pour constater de visu la justesse de cet ancien dicton : «Le travail, cest la santé !»
Monsieur Hortefeux, bien fatigué après son passage au ministère de lIdentité Nationale, a été mis au Travail lors du pénultième remaniement, et, en se gardant bien dy faire des étincelles nous revient en pleine santé et très grande forme pour soccuper de lIntérieur. Le passage de bâton entre lui et madame Alliot-Marie devrait se faire sans accrochage : la pile des dossiers en cours est bien tenue à jour.

Parmi eux, celui du camp No Border qui se tient à Calais depuis hier, et qui est annoncé comme devant être un grand chantier sécuritaire à haut risque, suite aux efforts plus ou moins conjugués de monsieur Pierre de Bousquet, préfet du Pas-de-Calais, de madame Natacha Bouchart, maire de Calais, de la presse locale et de bons citoyens calaisiens. Cela ne veut pas dire que l
un, lune et les autres parlent dune même voix, mais on assiste à une curieuse et très efficace convergence dans la pétition de principe, le jugement par anticipation ou la propagation de rumeurs de sale gueule.

Graffiti de 2007

On prête à monsieur le préfet cette déclaration :
«Nous savons que se dissimulent, à chaque camp “No Border”, de façon plus ou moins évidente et concertée avec les organisateurs, des personnes qui sont ultraviolentes. Nous ne les laisserons pas faire.»

Fort de ce savoir, monsieur le préfet a déployé un dispositif qui a grandement impressionné Vincent Depecker, journaliste à Nord Littoral, qui estime, dans son article du 18 juin, à 1500 le nombre de policiers qui seront présents.

On peut glaner, un peu en vrac, dans son papier :
«“On ne peut rien dire, confirme un gendarme. Tout ce que je peux vous dire cest quen 30 ans de carrière, je nai jamais vu ça.”»
«Au tribunal de Boulogne-sur-Mer, un parquetier prendra une permanence uniquement pour répondre — si besoin — aux casseurs.»
«Une vingtaine de chevaux sont également arrivés sur le Calaisis. Ces brigades montées sont spécialisées dans les interventions en pleines émeutes.»
«Toutes les brigades de gendarmerie sont mobilisées avec des renforts de réservistes au cas où.»
«Au centre hospitalier de Calais, on se tient prêt. “Il y a un niveau de vigilance de façon à anticiper un éventuel afflux de patients.”»
«Chez les sapeurs-pompiers, les gardes de la semaine prochaine ont été renforcées. À Marck et Calais, les pompiers dordinaire à quinze passeront à dix-neuf.»

Par ailleurs, et en outre, monsieur le préfet a pris des mesures drastiques, pas de vente d
alcool au détail, ni dessence, ni de gaz, et a joué les humoristes en interdisant tout port dengin pyrotechnique.

Notre témoin de Nord Littoral, Vincent Depecker, s’inquiète à juste titre pour le commerce calaisien…

Madame Natacha Bouchart, maire de la ville, et, à ce titre, fort soucieuse du bien-être de ses concitoyens et électeurs, s
en inquiète également.

Dans l
affaire, elle a bien pris soin de rester à lécart des prises de décision, en refusant de rencontrer les organisateurs du camp. On peut lire dans Nord Éclair (article du 18 juin) :
«La mairie UMP de Calais, dentrée de jeu, a refusé tout contact avec les No Border. “Il est hors de question que je les rencontre”, a affirmé Natacha Bouchart, le maire, “et puis à qui on parle ? Qui est qui ? On ne sait pas les identifier”.»

Il est vrai que si l
on sadresse à madame Bouchart, on sait assez rapidement à qui on parle… (Sur ce point, je ne peux que vous conseiller de lire le billet qu’Olivier Bonnet lui a dédié.)

Elle se trouve ainsi tout à fait libre de faire de la surenchère tout en critiquant le choix fait par le préfet du terrain réquisitionné pour y autoriser le camp.
«Comment peut-on croire quon va contrôler la situation alors que cest au Beau-Marais, sur un terrain mitoyen au foyer Tom Souville où je rappelle résident des personnes handicapées. Et puis, cest à proximité immédiate des habitations. Le choix de ce terrain a donc été réalisé dune façon qui minterpelle.»

Les propos de cette dame interpellée sont rapportés dans un article de l
indispensable Nord Littoral, daté du 20 juin et signé T.S.-M. Le lendemain le/la même T.S.-M. nous offre un article décrivant linstallation du camp, où lon peut trouver :
«Jean-Luc Colin, directeur du foyer Tom Souville qui accueille une cinquantaine de personnes handicapées, sest également rendu sur place pour prendre la température. Il a ainsi appris que les abords du foyer allaient être réservés au camping, afin dy faire le moins de bruit possible et donc de ne pas déranger les résidents avec lanimation qui régnera tout au long de la journée dans les autres parties du camp.»

Par le ton général, cet article tranche singulièrement avec celui que Laurent Renault, dans la Voix du Nord du 19 juin, a intitulé «Le camp “No Border”, une zone de non-droit».

Rien que cela.

Notre vocaliste nordiste, qui doit être très fier de sa carte de presse, n
arrive manifestement pas à avaler la volonté des organisateurs du camp de canaliser quelque peu la curiosité médiatique. Passons sur son chapeau, et citons son premier paragraphe :
«Le camp No Border, fait de militants dextrême-gauche et danarchistes, se fixera le 23 juin au Beau-Marais, dans le bois situé le long de lavenue Normandie-Niemen. Et ces militants qui dénoncent les frontières, sont pour la libre circulation dans tous les pays… senferment, se replient, sisolent et déterminent une zone de non-droit. “La police ? Non, elle ne sera pas la bienvenue dans le camp”, assure le chargé de presse des No Border qui affirme que tout sera mis en œuvre pour éviter les affrontements. “Pour participer aux ateliers proposés durant cette semaine, il faudra se présenter à laccueil. Les journalistes ? Non, ils ne se promèneront pas seuls dans le camp, pas de photos non plus sauf si autorisation spéciale…” Il faudra sen tenir aux communiqués. Soit.»

C’est rageant, non ?

Vexé comme un pou qui vient, d
un saut, de rater sa pucelle, ce pauvre râleur de Laurent Renault a pu se rendre hier au camp. Cétait portes ouvertes. Il en a profité pour retranscrire les propos dun certain Michel :
«Michel sest rendu hier après-midi dans le camp No border. “Je suis juste un Calaisien venu minformer. Jai lu la presse comme tout le monde, jai entendu les prises de position… Je viens à la source.” Il écoute et suit les journalistes qui, hier à 14h30, ont eu droit à une visite guidée. Et de sadresser à la chargée de communication : “Vous avez de grandes idées, vous parlez des politiques, des migrants… Et les Calaisiens dans tout ça ? Vous nen parlez pas ! Vous ne leur avez pas demandé leur avis, ce quils pensaient de tout ça ! Rien. Que les gens se soient battus ou non entre temps, que les forces de police se soient déplacées pour rien… Lundi, vous repartirez chez vous et rien naura changé. Les Calaisiens doivent encore subir.” Les réponses apportées ne lui font ni chaud ni froid.»

On sent très bien que la contemplation des grandes idées, ça n
a jamais donné le vertige à Michel.

Et puis, le Calaisien a depuis longtemps la hantise d’être pris en otage

J
espère bien que La Voix du Nord reviendra demain sur l’opération menée ce matin au centre de rétention administrative de Lesquin, ainsi annoncée :
«Depuis ce matin à 5h15, une trentaine de personnes bloquent le camp pour étranger-e-s de Lesquin. La grille daccès du camp est bloquée à laide de lock-ons, cest-à-dire des tubes en métal dans lesquels ces personnes ont introduit leurs bras.
Dans le cadre du camp noborder de cette semaine qui réclame la liberté de circulation pour tout-e-s, des individu-e-s ont voulu passer à une action de désobéissance en empêchant l’expulsion des migrant-e-s prévues cette journée du 24 juin.
Nous voulons montrer notre détermination contre les politiques française et européenne de déportation des sans-papiers. Par là nous démontrons que quelle que soit la répression étatique et le nombre de forces de l’ordre mobilisées, il est possible de sopposer effectivement aux politiques répressives en matière dimmigration, il est possible de mettre des grains de sable dans la machine à expulser.»

[
Ce communiqué peut se retrouver en intégralité sur la page de Lutte en Nord. On y trouve aussi Nomade, journal quotidien et éphémère du camp No Border de Calais.]

Pour compléter l’information :
«Une trentaine de militants altermondialistes français, belges, allemands, italiens et espagnols ont été interpellés et placés en garde à vue mercredi à Lille après sêtre enchaînés aux grilles dun centre de rétention administrative, a indiqué la préfecture du Nord.»

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Samedi 20 juin 2009

Les salariés de la presse et des médias sont depuis quelque temps dans le collimateur… Quasiment aucun groupe, aucun titre, aucune rédaction, aucun métier n’y échappe.
Entre les plans sociaux massifs, les départs soi-disant volontaires ou à la retraite non remplacés, ceux qui restent croulent sous la charge de travail, mettant en péril la qualité de l’information délivrée.

La crise économique est aujourd’hui le prétexte idéal des patrons pour accentuer cette destruction des entreprises de presse et médias ainsi que pour refuser toute forme d’augmentation de salaire. Avec derrière l’appétit sans cesse croissant des actionnaires, qui ne pensent qu’à augmenter leurs dividendes à court terme.

Et quand ce n’est pas la crise économique, c’est au nom du progrès et de la rentabilité que le patronat impose de nouveaux logiciels d’automatisation des tâches, la mutualisation des équipes (donc la réduction des effectifs mais aussi la destruction des équipes rédactionnelles et du principe d’attachement à un ouvrage ou un titre). Sans oublier la course au numérique, dont l’objectif annoncé est la recherche de publicité (c’est encore à prouver), l’économie de moyens (ça, c’est sûr…). Mais la conséquence encore une fois est la destruction des acquis sociaux (aucune classification claire pour les salariés de la presse Web, salaires au rabais, suppression des correcteurs, maquettistes, ou photographes, etc.) et l’uniformisation de l’information. Tant sur le fond, car le format Internet n’a rien à voir avec le format papier, notamment en terme d’enquête et de recherche d’information poussée, qu’en terme de mise en page, d’illustration … bref de qualité et de clarté de l’information donnée.

Ces stratégies patronales de course aux profits contre les droits sociaux et la qualité de l’information s’accompagnent d’un développement sans limite de la précarité : piges, intérim, CDD, voire utilisation abusive du droit d’auteur ou des honoraires, tout est bon pour «flexibiliser» et remettre en cause la stabilité de l’emploi, les conditions de travail … et par conséquent les possibilités de mobilisation collective.

Concrètement, ces précaires offrent bien des avantages aux patrons de presse. Les directions des médias s’en servent joyeusement en ce moment : ces salariés au rabais sont d’abord des variables d’ajustement. Il suffit de fermer les robinets des commandes, ce qui met sur le carreau des pigistes, souvent sous le seuil de pauvreté. Certaines rédactions diminuent autoritairement les tarifs pratiqués, divisés par deux dans certains cas. À prendre ou à laisser.

Un processus qui touche certes le secteur privé, mais également les médias de service public. Depuis l’audiovisuel public jusqu’à l’AFP en passant par la presse territoriale (journaux municipaux par exemple). Entre réduction des budgets, casse des statuts, non-remplacement des départs en retraite, développement de la précarité et mise sous tutelle du pouvoir politique, l’information de service public est largement mise à mal.

Les conséquences directes de toutes ces attaques du patronat sont les plans sociaux à répétition et autres attaques des accords d’entreprise existants. Ainsi de beaucoup d’entreprises :
RFI avec un plan social de 206 suppressions de postes ;
Wolters Kluwer France (Liaisons sociales, Lamy, etc.) avec quelque 240 postes détruits ;
Impact médecine qui, de LBO en LBO, annonce encore 7 à 8 licenciements ;
• L’ex-groupe Tests (aujourd’hui sous la coupe de Next Radio) avec plus de 30 postes en moins, deux ans à peine après un rachat et un PSE avec plus de 100 licenciements ;
France Télévision avec 900 départs à la retraite non remplacés ;
20 minutes, où un plan prévoit le non-renouvellement de tous les contrats à durée déterminée (CDD) des deux rédactions — du Web et du papier —, soit 18 postes ;
Métro, avec une dizaine de licenciements en décembre 2008 ;
Motor Presse (Moto journal, Golf magazine, L’Automobile magazine, etc.), qui projette de mettre en place un plan de restructuration et d’économies qui va passer par l’arrêt, le repositionnement ou la vente de cinq de ses titres, entraînant la suppression de 34 postes (sur un effectif de 240 personnes environ) et la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi ;
Lagardère Active, qui après 190 suppressions en 2008 et le gel des salaires et des embauches en 2009, voudrait remettre en cause les 35 heures et les congés payés, afin entre autres d’éliminer un maximum de précaires ;
Milan Presse (Bayard), avec plus de 40 départs et la fermeture de plusieurs titres dont Les clés de l’actualité et Les clés de l’actualité junior ;
• Sans compter les plans d’économies en cours ou passés ou prévus chez L’Express-Roularta, Mondadori (ex-Emap), Prisma Presse, etc.
• Et dans la presse quotidienne régionale : EBRA — Est-Bourgogne-Rhône-Alpes —, premier groupe de presse quotidienne régionale en France (Est républicain, DNA, etc.) est détenu par la banque Crédit mutuel… ; le numéro deux du groupe Sipa (Le Courrier de l’Ouest, Le Maine Libre, Publihebdos, Ouest France, La Presse de la Manche, Le Marin) a évoqué en comité de groupe du 24 avril 2009 une «adaptation des dépenses au niveau des recettes d’aujourd’hui»…

Face à cette situation, nombreux sont les débrayages, les grèves d’un jour, de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines comme à RFI. Nombreuses sont les mobilisations ponctuelles, groupe par groupe, titre par titre.

N’est-il pas temps enfin que tous les travailleurs de la presse et des médias s’unissent pour s’affronter ensemble aux patrons et actionnaires qui suivent tous la même logique ? Le SIPM-CNT appelle l’ensemble des sections syndicales, syndicats, fédérations et salariés non syndiqués de la presse et des médias, en dehors de tout corporatisme et tout sectarisme, à défendre de manière unitaire et déterminée nos emplois, nos conditions de travail, nos métiers et ainsi la qualité de l’information et sa diversité !


Vers un boomerang revendicatif !

• La reconnaissance claire par le patronat que la qualité de notre travail, et donc les conditions et moyens dans lesquels nous l’exerçons avec les investissements nécessaires, doit être la priorité de toute stratégie, avant les enjeux strictement financiers de rentabilité à court terme.

• Le retrait de tout projet de licenciement, via un PSE ou une fausse GPEC. S’il y a des économies à faire, elles doivent concerner les responsables réels des problèmes de l’entreprise et leurs privilèges comme les voitures de fonctions, les compléments de salaires, etc.

• La redistribution des richesses en luttant contre les inégalités de revenus : suppression des primes au résultat, stock-options et retraites chapeau des cadres dirigeants ; priorité aux augmentations collectives, avec le blocage de tous les salaires supérieurs à 3500 euros net et l’établissement immédiat d’un salaire minimum à 1700 euros net.

• La réduction du temps de travail sans réduire le salaire (aller vers les 32 heures sur 4 jours) ; pour garder une charge de travail identique, embauche en CDI du nombre de personnes nécessaire, notamment des CDD, intérimaires, pigistes et autres salariés précaires qui le souhaitent.

• L’annulation de l’«accord» général «pigiste» presse écrite du 7 novembre 2008, et l’application stricte de la loi Cressard de 1974.

• L’abrogation de la loi Hadopi et notamment de l’amendement Kert (député UMP des Bouches-du-Rhône) qui modifie le Code du travail et peut autoriser les patrons de presse à demander aux journalistes de travailler pour l’ensemble des supports de leur titre (papier, télévision, site Internet, radio, etc.).


Celui qui lutte peut perdre,
celui qui ne lutte pas a déjà perdu !




On a toujours raison de se syndiquer !

Le Syndicat interprofessionnel de la presse et des médias de la CNT se réclame de l’intercorporatisme, car la division ne peut que servir les intérêts du patronat. Nous nous définissons des axes de lutte sortant de la seule défense d’intérêts catégoriels, car nous estimons, en tant que travailleurs de la presse, avoir un devoir d’information et de formation face à la toute-puissance de la désinformation. Nous nous élevons particulièrement contre le corporatisme qui touche nos industries. Entre ouvriers, différentes catégories d’ouvriers (correcteurs, typographes, etc.), entre journalistes (rédacteurs, secrétaires de rédaction, maquettistes), entre ceux-là et les employés… Chacun pour soi, l’exploitation pour tous, et les profits seront bien gardés…
• Parce que nous refusons d’être des pions au service des multinationales de la presse ;
• Parce que nous sommes fiers de nos métiers et que nous voulons les faire bien ;
• Parce que nous ne considérons pas l’information comme une marchandise ;
• Parce que nous tous qui travaillons dans la presse, papier et Internet, audiovisuelle et radiophonique, avons des intérêts communs à défendre ;
• Parce que se battre pour de meilleures conditions de travail c’est aussi se battre pour des médias libres ;
• Parce que nous voulons prendre nous-mêmes nos affaires directement en main…
Ne te résigne pas, syndique-toi !


Confédération nationale du Travail - Fédération Communication-Culture-Spectacle - Syndicat interprofessionnel de la Presse et des Médias, 20 juin 2009.
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Mardi 2 juin 2009
Z roule

Nous croyons que s’immerger dans le cours des événements permet de mieux les raconter.
Pour chaque numéro, nous quittons le bureau de Montreuil pendant quelques semaines. Certains d’entre nous partent à bord de Gigi, un camion-tiroir, qui se fait doubler par les mobylettes. Il est notre rédaction mobile.
Pour ce premier numéro, nous nous sommes installés dans le Tarn, chez des paysans.




Z lutte

Z n’est l’organe d’aucun parti, ni le reflet d’un engagement monolithique. Refusant les étiquettes, nous assumons nos prises de position qui, au-delà de ce journal, peuvent nous impliquer dans divers combats.
Tâchant au mieux d’expliquer nos contradictions, nous ne croyons pas à la neutralité affichée par la plupart des médias.


Z relie

En lançant ce nouveau journal, nous tentons de montrer les pistes empruntées ici et là pour ceux qui se demandent comment agir chez eux. Il pourrait servir d’outil de liaison et de réflexion à des expériences qui se nourriraient les unes des autres.
Dans notre camion, nous transportons un infokiosque (une bibliothèque de revues et de textes théoriques et pratiques). Il est mis à la disposition de tous ceux qui le croisent au cours de notre itinérance.
Avec les personnes qui nous accueillent, nous organisons des réunions publiques, participons à des luttes et des chantiers locaux.


Z tourne


Il n’y a pas de hiérarchie ni de spécialisation au sein de la rédaction et chacun s’efforce de transmettre ce qu’il sait déjà faire.
Les décisions, relectures et engueulades sont collectives. La plupart des contributions est réfléchie en commun. Par conséquent, l’ours est notre signature.


Z prend le temps

En bon canard-tortue, ce journal ne se presse pas. La lenteur est une idée qui nous plaît bien, un coin c’est tout.

Peu attirés par les excitations médiatiques habituelles, nous prenons le temps d’échapper à l’actualité, à 50 km/h sur les routes départementales, loin des autoroutes de l’information.
Z est un journal à géométrie variable  : selon les rencontres, les moyens, les soutiens, il aura un nombre de pages différent à chaque numéro.


Z galère

Z est un journal qui paraît pour l’instant trois fois par an, sans la moindre ambition lucrative.
Une quinzaine de personnes non rémunérées ont collaboré à ce premier numéro depuis Montreuil, Nantes ou Troyes.
Si nous arrivons à récupérer suffisamment d’argent de la vente du premier numéro pour mettre de l’essence dans le camion, ce sera déjà bien.


Z invite

L’ensemble des lecteurs peut contribuer à le rendre plus varié, plus beau, plus lisible, plus créateur.
N’hésitez pas à nous proposer vos articles, remarques, photos, illustrations, polices de caractère, croquis, etc.


Z
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Jeudi 14 mai 2009

Le 19 mai, les titulaires de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP) sont appelés à voter pour renouveler le collège salariés de la commission de la carte, chargée tous les ans d’attribuer ou de renouveler cette carte professionnelle.

Rappelons que la carte n’est accordée que sur un critère de revenus, à celui ou celle qui a «pour occupation principale, régulière et rétribuée l’exercice de sa profession dans une ou plusieurs publications quotidiennes ou périodiques ou dans une ou plusieurs agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources». Un «principal» fixé à 50% des revenus de l’année précédente. De fait, la commission exerce un véritable droit de préemption sur la profession avec le cortège de galères pour les plus faibles économiquement. Sont exclus d’emblée les correspondants locaux de presse (CLP) dont beaucoup font un travail de journalistes mais avec un sous statut de profession libérale.

La profession de foi du Syndicat national des journalistes (SNJ, syndicat majoritaire à la CCIJP avec 46,5% des voix en 2006 au niveau national) commence par un petit dessin où un rédacteur en chef demande à un journaliste : «Toi qui est concerné, tu peux nous pondre un papier sur le travail précaire ?» On peut s’étonner d’une telle adresse alors que l’un des effets de la CCIJP est … de précariser une grande partie de la profession ; ceux qui n’atteignent pas le fameux montant de 50% des revenus, donc, les plus précaires de la profession : les pigistes, obligés de panacher leurs activités avec ce qu’ils trouvent à côté des médias officiels. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 37.000 titulaires de la carte de presse, un cinquième sont des pigistes. Ce qui au regard de la précarisation galopante du métier semble «étrangement» peu, de nombreux pigistes exerçant sans carte de presse, au rabais, au grand avantage de leurs employeurs. Autre signe de cette précarisation : la moitié des nouveaux titulaires (2008) sont … des pigistes. Et, pour la première fois, le nombre de journalistes n’a pas augmenté. Soulignons aussi la difficulté pour des professionnels de nouveaux supports, comme le Web, pour obtenir la carte ; sans parler des salariés de boîtes qui ne sont pas des entreprises de presse agréées mais emploient des journalistes pour faire comme. C’est notamment le cas des journaux de collectivités publiques et des entreprises se plaçant volontairement dans les branches de la communication, la publicité ou l’édition (avec le développement des droits d’auteur Agessa, des honoraires et du portage).

Pour le SIPM-CNT, il est particulièrement contradictoire d’invoquer la lutte contre la précarité en la cautionnant, de fait, en siégeant à la CCIJP : de par son côté tribunal (ceux qui sont passés devant l’instance d’appel comprendrons !) la «commission de la carte» délivre un sésame, souvent bien utile pour qui tente de (sur)vivre de sa plume, de sa caméra ou de son appareil photo. Utile pour être payé en salaires notamment et non en droits d’auteurs bien moins avantageux. Les pigistes restent les fantômes de nos métiers tant au niveau des salaires que des droits (exemple : l’accès aux droits, vote aux élections, avantages du CE, chèques restos, voire information interne, sont à géométrie variable d’une entreprise à l’autre).

En outre, le SIPM-CNT s’interroge sur les forces mises dans cette élection, quand les travailleurs de la presse et des médias sont confrontés à des attaques violentes du patronat : multiplication des licenciements, attaque des statuts, indépendance éditoriale, conditions de travail détériorées, etc. La course au profit et à la rentabilité détruisent chaque jour un peu plus les industries de la presse et des médias et l’on devrait perdre du temps à faire campagne ou à voter ?

Car, sans être un sésame essentiel (même au niveau fiscal), la carte de presse peut grandement simplifier certaines démarches professionnelles, évitant ainsi de rajouter de la précarité aux précaires, et des obstacles à ceux et celles dont l’objectif est d’avoir de quoi vivre à la fin du mois… Et il est quand même assez navrant d’avoir à rappeler cet état de fait, non à des patrons mais à des élus syndicaux…

Seule la lutte paie !

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Samedi 18 avril 2009

L’article d’Acrimed «Le Monde et le mouvement universitaire» a, semble-t-il, rencontré un large écho parmi les acteurs de l’université et de la recherche en lutte depuis de longues semaines : abondamment consulté sur notre site, mis en ligne sur de nombreux autres, diffusé sur diverses listes, notamment à l’appui d’une incisive, mais discutable «Charte de bonne conduite vis-à-vis du journal Le Monde» (rédigée par Jérôme Valluy) [Consultable sur plusieurs sites dont «Universités en lutte»]. De là cette lettre ouverte…

Lettre ouverte à nos amis des Universités

Mobilisés contre les «réformes» gouvernementales, vous êtes nombreux — étudiants, enseignants, chercheurs, personnels administratifs, personnels techniques [
Que nous avions omis — oubli fâcheux… de mentionner, alors qu’ils sont, ainsi que nous le rappelle un correspondant, «les plus menacés par l’externalisation des tâches que mettent (ou vont mettre) en pratique beaucoup d’universités». (ajout d’Acrimed le 8 avril 2009)] — à vous indigner de la façon dont la plupart des grands médias maltraitent votre action, vos positions et vos revendications. Nous partageons, évidemment, cette indignation.

Les chaînes de télévision et les stations de radio diffusent une information raréfiée et anecdotique qui permet d’autant moins de comprendre les motifs et les objectifs de votre mouvement que cette information est biaisée par une interrogation non sur la politique du gouvernement, mais sur son comportement et sa stratégie de «communication». Quant à la presse écrite, politiquement divisée, la qualité de l’information qu’elle diffuse est généralement proportionnelle au soutien que tel ou tel journal vous accorde. Aussi est-ce Le Monde qui, parce qu’il entretient une réputation illusoire de «référence» et de «neutralité», s’attire les critiques les plus vives ; des critiques qui prennent notamment appui sur un article publié sur le site de notre association : «Le Monde et le mouvement universitaire».

Nous ne prétendons nullement dicter le bon usage des articles que nous publions. Et si ceux-ci alimentent éventuellement des prises de position que nous ne partageons pas ou pas complètement, au moins contribuent-ils à ouvrir le débat. Ainsi, nous n’avons jamais demandé le boycott d’un quelconque média. Tout simplement parce que ce n’est pas tel média particulier qui est en question, mais bien l’ensemble du paysage médiatique et du traitement des informations. C’est donc moins d’une «Charte de bonne conduite vis-à-vis du journal Le Monde» dont nous avons besoin [
«Charte de bonne conduite vis-à-vis du journal Le Monde», rédigée par Jérôme Valluy, que nous ne discutons pas ici pour elle-même, notre propos étant plus général] que d’une «Charte de bonne conduite à l’égard des médias».

Une telle charte devrait reposer sur un triple engagement :

1. Pour une critique publique des médias

Au nom des exigences de la recherche, il est de bon ton, parmi nombre de chercheurs, particulièrement en sciences sociales, de tenir en suspicion une critique des médias qui, sans déroger à des règles de rigueur et d’exactitude, ne craint pas de transgresser les limites de la bienséance académique et de descendre dans l’arène : une critique qui ne se protège pas en se bardant, au nom de la science (magiquement opposée à l’engagement politique), de précautions souvent plus opportunistes que méthodologiques.

Si certains d’entre vous appuient aujourd’hui cette critique corrosive — la nôtre, en l’occurrence — parce qu’elle concerne leur mouvement, pourquoi ne le font-ils pas à d’autres moments et à d’autres propos ? Les enseignants-chercheurs sont dans la rue ? Fort bien. Et si la critique sociale et particulièrement la critique des médias y descendaient aussi ? Cela ne nuirait en rien à la qualité des publications proprement scientifiques. À moins que le souci de la respectabilité académique et de la notoriété médiatique ne l’emporte sur toute autre considération…

2. Pour d’autres relations avec les médias

Sous couvert de débat démocratique, il est admis comme allant de soi que l’on doive se prêter à son simulacre, en occupant les strapontins qui sont réservés aux contestataires dans les pages des tribunes libres et les médias audiovisuels.

N’existerait-il donc que cette alternative : le boycott impuissant ou la participation complaisante ? Faut-il se résigner ou bien à se taire ou bien à accepter de s’exprimer à n’importe quel prix et dans n’importe quelles conditions ?

Par temps de mobilisations sociales, faut-il consentir, dans l’espoir illusoire de faire passer un message significatif en quelques secondes, à se laisser traiter en simples passants pour «micros-trottoirs» ? Faut-il accepter, sous couvert de transparence, d’attribuer aux journalistes un droit d’ingérence sans limites dans les délibérations démocratiques d’un mouvement et un droit de sélection de ses porte-paroles ? Et de façon plus générale, faut-il accepter de jouer les figurants dans des «talk-shows» dont les modalités désamorcent par avance toute possibilité de vrai débat ? Faut-il contribuer à vernir de légitimité démocratique des journaux qui combattent jour après jour les opinions et les savoirs que l’on cherche à partager ?

Plutôt que de se laisser séduire par des opportunités ponctuelles (quitte à se plaindre le lendemain de sa naïveté de la veille), voire de concourir dans la foire aux vanités individuelles, ne vaut-il pas mieux, amis des Universités, faire émerger un intellectuel collectif qui soumettrait les médias à son examen et saurait poser quelques exigences des acteurs mobilisés et des chercheurs spécialisés avant d’intervenir dans les médias ; un intellectuel collectif qui s’efforcerait de définir, avec les journalistes qui comprennent cette nécessité, les conditions de débats effectivement pluralistes ?

3. Pour d’autres médias

Au nom d’autres priorités ou d’urgences plus pressantes, la question des médias est souvent considérée comme subalterne ou, au gré des questions sociales et politiques à l’ordre du jour, réduite à un problème de choix entre les médias eux-mêmes.

Une critique conséquente des médias ne peut se borner à faire le tri entre les «bons» médias qui soutiennent la contestation en cours et les «mauvais» qui la combattent, et préconiser le boycott des seconds … quand la plupart pourraient être mis en accusation en d’autres occasions ou sur d’autres sujets. Boycotter Le Monde pour soutenir Libération ? Comme s’il ne s’agissait que de préférer un parti-pris à un autre… N’y aurait-il donc que cela à dire ou à faire ?

Qui ne voit que c’est l’ensemble de la couverture des questions sociales et des mobilisations qui, en tenant compte des différences observables entre les médias et selon les sujets, doit être contesté ? Question de cohérence, mais aussi de solidarité, du moins si l’on ne veut pas s’en tenir à des critiques occasionnelles et sectorielles, voire corporatives.

Qui ne voit que c’est l’ensemble de l’ordre médiatique et des conditions d’activité des journalistes qui est en cause ? C’est cette question qui — avec les journalistes et leurs syndicats, avec les médias associatifs, avec les syndicats, les collectifs, les associations — doit être à l’ordre du jour. Une question politique, donc, au même titre que celle de l’avenir de la Recherche et de l’Université.

Acrimed, le 6 avril 2009.

P.S.
(8 avril 2009). À lire, sur le site «Universités libres», à la suite de la repoduction de cette «Lettre ouverte», les intéressants commentaires de Jérôme Valluy. Une discussion à poursuivre…
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Vendredi 20 mars 2009

«Suite à votre article “Presse, police : même combat ?” publié le 4 février sur votre site “Jura libertaire” reprenant l’un de mes billets d’humeur et l’une de nos photos, je tiens à faire valoir mon droit de réponse. Mes propos ont été détournés et sortis de leur contexte afin de mieux alimenter une thèse qui vous est propre et que je ne peux que respecter. Au-delà de votre réflexion sur le combat mené par les policiers et les gendarmes —garantir l’ordre public, poursuivre les voleurs, coller des contraventions, arrêter les sans-papiers et leurs enfants à la sortie des écoles, repérer les manifestants (pour mieux les ficher ?) au gré des défilés— qu’a pu vous inspirer à mon papier “Même combat, même patron”, je ne peux en revanche rester sans rien dire quant au “matraquage journalistique” dont vous parlez, rangeant les journalistes et la “localièrE” que je suis, d’office, du côté de la police. Peu importe le côté dont je me trouve d’ailleurs, personnellement parlant. Professionnellement, j’essaie, au mieux, d’être impartiale (voir votre article du 6 janvier 2009 : <http://juralibertaire.over-blog.com/article-26479459.html>).
Or, vous faites croire à vos lecteurs que j’ai associé une photo prise au tribunal de Dole montrant un prévenu qui comparait détenu avec cette légende : … un homme arrive menotté entre deux… gendarmes. Normal”.
Il n’en est rien. Afin de rétablir la vérité, veuillez s’il vous plait publier la véritable légende sous la photo qui indiquait “À Dole, l’augmentation des infractions à la législation sur les stupéfiants est de plus de 40%”. Cela change tout évidemment…
Reste à préciser le contexte dans lequel le billet “Même combat, même patron” a été écrit. Tout “burlesque”, soit-il, selon vos propres mots. Suite au papier sur la délinquance à Dole, les policiers de Dole se sont en effet émus de ne pas être sur la photo alors que je parlais d’eux. Coups de téléphone du commissariat puis des militaires qui me rappellent qu’ils ne sont pas “blancs bonnets” et “bonnets blancs”. Visiblement, il y a des tensions à cause de la réforme qui prévoit leur fusion au sein d’un même ministère. Comme une spéciale dédicace à leur intention, ce billet indiquait (ou tentait d’indiquer) que les deux corps faisaient déjà “bon ménage” —du moins en apparence— en attendant leur fusion.
Tatiana Vazquez
Le Progrès - Dole»



Madame,

Votre droit de réponse est en ligne ici : <http://juralibertaire.over-blog.com/article-29237988.html>.

Vos explications sont instructives : on a encore en mémoire la menace de poursuites judiciaires brandie par le préfet Christian Rouyer à l’encontre de l
élu Patrick Viverge, suite à l’«émoi» provoqué chez les policiers dolois par la retranscription dans la presse dune déclaration employant le terme de «rafle».

Pour notre part, il s
agissait de relever le renversement de sens opéré par votre billet, dont le titre détournait un slogan des luttes sociales pour évoquer le travail des forces de répression. Hier encore, dans la manifestation lédonienne, un militant syndical a dû rappeler ses droits à un policier en civil qui avait entrepris de lui arracher son appareil photo des mains.

Peut-être vous arrive-t-il parfois de lire des journaux comme CQFD, Le Plan B, et de suivre les travaux d’Acrimed ou de l’Observatoire des libertés publiques ?

Face au «combat» quotidien mené contre nos libertés par les gardiens du pouvoir, le camp de l
égalité sociale ne peut que militer pour quun journalisme critique gagne en influence.

Meilleures salutations,

Le Jura libertaire, 20 mars 2009.
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Lundi 16 février 2009
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Mercredi 11 février 2009
Le lockout du Journal de Montréal a ceci de bon qu’il permet de considérer le contenu de ce journal nuisible et les tristes personnages qui l’écrivent. Avant cela, précisons que, s’il est vrai que le personnel technique, les employés et l’ensemble des ceux qui n’écrivent pas dans le Journal de Montréal, ne sont pas responsables de la médiocrité malsaine des articles ni du néant rarement atteint de l’intelligence dans les pages d’un quotidien, il n’empêche que ces secrétaires, ces employés, ces ouvriers et ces techniciens ne sont pas aveugles. Ils ne peuvent oublier constamment dans quoi ils travaillent ou se réfugier dans l’impuissance ou la fatigue, ou dire que les articles minables des journalistes qu’ils côtoient ne les concernent pas. Ils savent lire et le langage et l’écrit restent encore les médiations nécessaires de la prise de conscience de l’aliénation. Et le travail de l’aliénation est partout visible dans le Journal de Montréal. Tous ses employés doivent faire preuve dans leur vie quotidienne, on l’imagine aisément, d’un sens critique et d’initiatives qu’il serait vain d’abandonner, précisément là où l’initiative critique serait la plus utile, au cœur de leur travail salarié. Le personnel technique et l’ensemble des employés sont, comme nous tous, capables de juger du contenu dégradant du Journal de Montréal, de trouver précisément faux l’image médiocre qu’il renvoie de la population québécoise, de dissiper sa confusion et ses mensonges, de démystifier la trivialité de ses journalistes.

Sortir du statu quo et passer des mots bas et des idées abjects, d’une apathie entretenue, à leur contestation la plus virulente est l’urgence de l’heure. Une telle salissure comme le contenu du Journal de Montréal est en effet une affaire pressante à résoudre, de plus, elle est familière à tous compte tenu des chiffres affligeants du tirage. La participation égalitaire à toute initiative pour dépasser le triste contenu du quotidien est possible, à partir du moment où aucune hiérarchie, aucun chef syndical, petit ou grand, ne sera présent pour orienter les votes et les décisions à prendre. Travailleurs, faites-vous-mêmes votre journal sans les spécialistes de la parole fausse que sont les journalistes !

Il appartient aussi à l’ensemble du personnel du Journal de Montréal d’avoir le courage et la force d’exprimer concrètement leur critique et d’exiger des journalistes de caniveau, spécialistes du brouillage social, autre chose que des articles méprisables et abjects ou de la fermer. Cette misère écrite, répandue comme de la boue, doit être comprise, clairement reconnue, et expliquée à fond pour ce qu’elle est : la généralisation de l’abrutissement de tous. Nous savons que le lockout suscite chez les syndicats une interprétation limitée qui défend au lieu de la condamner l’ampleur de la nuisance du contenu du Journal de Montréal. Alors sortez en masse du syndicat ! Construisez vos propres organisations avec des objectifs qui vous aident et qui ne vous maintiennent plus dans la paralysie.

L’ennemi est à portée de main et les gestes spontanés doivent retrouver un sens. Devenir constructeur de soi-même est toujours possible.

Il est vrai qu’il faut survivre dans des milieux professionnels qu’on ne choisit pas mais qu’on subit. Cependant les gestes qui préfigurent une construction libre de la vie peuvent s’accomplir sans tarder au Québec comme en Grèce cet été et en France en ce moment. Espérons alors que les enseignements d’Émile Pouget, ces habitudes ouvrières qui ont la mémoire longue, ne sont pas tout à fait oubliés.

La déficience habituelle de la presse au Québec atteint au Journal de Montréal,  un sommet qui semble presque devenu naturel, tant le travail effectif de ses journalistes est de décerveler les lecteurs à longueur de pages, quels que soient les sujets et les événements traités. Parler en effet de contenu est une gageure à propos du Journal de Montréal, pourtant il existe sous une forme la moins critique qui soit, occupé à ressasser les crimes, les abus, les petits et grands trafics de tout genre comme si la vie en déroute n’était constituée que de faits divers, laissant de côté toute critique authentique, toute critique radicale, toute vraie grève qui menacerait l’ordre social, toute résistance réelle et tangible. En contrepartie, l’hommage systématique aux forces de police et à l’armée maintient la peur du bon côté.

Pour ces journalistes, le mensonge est inépuisable. Il est l’essence de leur journalisme et la généralisation du scandale comme communication remplace leur mandat d’informer. Le mensonge par omission, par censure, comme expression, comme cohérence, par veulerie, comme complicité, le mensonge est leur unique réflexe d’écriture. Écrire et mentir sont devenus pour eux une action unique. Les seuls rares articles à peu près lisibles sont des dépêches d’agence de presse internationales et encore sont-elles censurées, coupées, et souvent mal coupées, réduites au simple effet d’annonce, puisque toute analyse et tout développement critique en ont disparu. Si bien que le mécanisme brut du fait divers ou de l’évènement réorienté devient une pure manipulation des consciences et porte l’aliénation à un niveau rarement atteint. La haine, l’exclusion, la peur de l’autre, la généralisation du racisme, le mépris, la passivité sociale sont leurs normes. Les micros-événements du sport et de la culture de masse deviennent les seules valeurs partageables, des valeurs célestes qui s’étendent grâce à ces journalistes dont le cynisme tranquille est une injure pour tous.

Leur travail n’est pas neutre ; il renforce une société capitaliste qui cherche effectivement à peser de tout son poids sur le monde. Les valeurs défendues par les médias, et particulièrement le Journal de Montréal, ne sont pas insignifiantes : elles sont le reflet de ce que pense la classe dominante de la population québécoise qu’elle (mal)traite comme une classe arriérée et qu’on séquestre de plus en plus dans l’oppression réelle à cause, précisément, du traitement qui lui est fait par les médias. Les lecteurs sont en effet contraints à absorber des faits divers triturés sous les angles les plus sensationnels, les plus scandaleux, les plus minables. Une société qui accepte la boue brûlante qu’on déverse sur elle prépare son propre enfouissement dans cette boue malsaine. Le but poursuivi est que cette image que les médias lui renvoient devienne son image, qu’elle croie en elle et qu’elle se taise à jamais sous son poids, acculée, à grands renforts des tombereaux de culpabilité qu’on lui assène par avance et de la peur d’elle-même qu’on lui apprend, à la soumission et au silence.


À lire les pages de ce torchon, la société québécoise se confond avec les immondices colportées par ces journalistes de caniveau avec l’aval de leur patron, le groupe Quebecor. Bien sûr la société québécoise n’est pas entièrement formatée par cette sous-culture de masse, il reste la télévision qui complète utilement l’aliénation générale. Et puis, le portrait ne serait pas complet sans les syndicats qui enseignent avec brio l’art de la résignation devant toutes les injustices sociales, et les politiciens, cette vulgarité gênante, qui rendent la confusion environnante encore plus efficace.

Le discours de soumission à la crise du monde qui se développe toujours plus largement fusionne parfaitement avec celui de la résignation extrême véhiculée par la fange du Journal de Montréal. Mais tout cela pourrait bien sombrer un jour devant une pratique radicale permanente simultanément à la dénonciation des impostures de sens accommodés par les médias.

L’occasion était pourtant belle pour les journalistes, de prendre le contre pied de la merde qu’on leur demandait de faire lorsqu’ils y étaient obligés. Une fois lockoutés, le courage leur a manqué de faire un honnête travail d’information dont ils auraient pu légitimement être fiers. Sur le site où ils voudraient avoir l’air un peu plus dignes et dont ils devraient avoir honte, ils reproduisent en version numérique, les mêmes pitoyables étrons qu’ils pondaient dans la version papier. Il n’est que des crétins de journalistes pour penser qu’ils peuvent continuer à répandre de manière virtuelle les mêmes déjections que dans la version papier du Journal de Montréal.

Ces idiots ne sont rien, ils n’ont rien compris et les déclarations conciliantes de leur syndicat envers Quebecor montrent que leur lockout est en fait une mauvaise querelle entre gens du même bord. Ces journalistes se sont disqualifiés, y compris dans leur métier. Ils continuent à légitimer le système qui les utilise comme ses propres mercenaires et les pousse à aliéner les autres.

Ils ne méritent aucune solidarité mais le mépris le plus absolu. Ils sont la publicité consciente du système idéologique qui maintient le plus grand nombre dans la passivité et la confusion. Leur petitesse en tant que spécialistes de l’information surfe sur la démagogie, elle profite de l’absence de contestation et de l’imagination révolutionnaire, au moins dans les manifestations intellectuelles les plus visibles au Québec. Leur capacité de nuisance sociale est similaire aux multiples obstacles policiers et répressifs qui sont opposés à cette même contestation et la rendent malaisée, mais pas impossible.

Avec les journalistes du Journal de Montréal, les drogues de l’idéologie finissent leur histoire dans une apothéose de grossièreté dont eux-mêmes, malgré leurs efforts, n’ont même pas idée du rejet qu’elle provoque à leur égard.

Qu’ils survivent seuls dans l’égout qu’ils ont contribué à alimenter !

L’aspect misérable des opinions que les journalistes de ce torchon expriment devrait suffire à mettre en garde toute personne tentée par un geste de solidarité à leur égard. Il faut avoir, devant ces trous du cul porteurs de mensonges, un minimum de méfiance vitale.

titusdenfer
A-Infos, 9 février 2009
Informations par, pour, et au sujet des anarchistes.
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Mercredi 4 février 2009
«On n’arrête pas le Progrès»

Voici ce qu’on peut lire aujourd’hui, sous la plume de Tatiana Vazquez, dans leur quotidien régional :


Il n’échappe à personne d’avertiE que le titre de ce billet détourne un slogan syndical qu’on trouve couramment dans nos rues sous forme d’affiches ou d’autocollants.

Visiblement les grèves et les manifestations de la journée du 29 janvier ont laissé quelques stigmates noirs-et-rouges ici ou là, à commencer par le centre-ville de Dole.

Matraquage journalistique et travail policier

Au-delà du constat burlesque de ce que peut devenir un mot d’ordre émancipateur après être passé par la tête d’unE localierE — sans même parler de l’«information» subliminale ainsi distillée —, qu’en est-il du «combat» des policiers et des gendarmes ?

Par exemple,
ce même jeudi, qui pouvait bien être le civil photographiant certainEs manifestantEs à Lons-le-Saunier ? et dans quel but officiait-il ainsi, sous toutes les coutures et durant toute l’après-midi ? Quid de la mouvance anarcho-autonome et de ses réseaux d’ultra-gauche dans le Jura ? Combien de fonctionnaires du Renseignement intérieur (ex-Renseignements généraux) travaillent-ils sur le sujet ? et combien de mois de travail leur seront-ils nécessaires afin d’identifier et de mettre en fiches les dizaines de personnes suspectes parce qu’ayant défilé à moins de vingt mètres de supposéEs militantEs anarcho-syndicalistes ? Et d’ailleurs, qui sont les dangereux chenapans qui ont scandé le slogan terroriste : «Laissez-nous étudier pour pas dev’nir policiers !» ? Bref, que fait la police ?

Vive la liberté, vive la camaraderie.
Tout est à nous. Mort aux vaches.

Le Jura libertaire, 4 février 2009.


«… un homme détenu, arrivé menotté entre deux… gendarmes. Normal»


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Samedi 24 janvier 2009

«La plus rebelle des radios», Radio Canut, a refusé de déposer son dossier de candidature pour passer au numérique. La radio autogérée des pentes de la Croix-Rousse, née dans la clandestinité à la fin des années 1970, a traversé des débats et remises en question par le passé, et aurait pu sombrer à plusieurs reprises. Mais cette fois, la solution ne dépend pas d’elle…

La plus ancienne station associative lyonnaise a refusé de postuler auprès du CSA pour obtenir une fréquence sur la future radio numérique terrestre (RNT). La date limite de dépôt des dossiers avait été fixée au 1er octobre 2008. La principale raison de ce refus est financière : «Cela nous coûterait trois fois plus cher au début, car il faudrait continuer la diffusion en analogique pendant cinq ans, et deux fois plus cher ensuite», explique Laurent, à Canut depuis plus de vingt ans, et actuellement trésorier de la station. On parle en effet d’un coût supplémentaire de 17.000 à 19.000 euros par an. Radio Canut estime également qu’elle n’y gagnerait rien en qualité sonore : «C’est une loi physique, le son analogique est plus fidèle que le son numérique. Et puis, diffuser des images en même temps, ça ne nous intéresse pas. On fait de la radio, pas de la télé ! Tout ça, c’est pour pouvoir passer plus de pub», dénonce le trésorier.


Les premières radios numériques devraient émettre à partir de septembre 2009. Pour le moment, le CSA a promis de reconduire l’autorisation de Radio Canut en 2011, ce qui voudrait dire une diffusion jusqu’en 2016. Après ce serait la fin. Ce serait la fermeture de ce studio rafistolé qui sent le vécu des luttes sans fin. C’est pourtant dans le petit hall de la radio, envahi de posters et d’autocollants, que se croisent aussi bien animateurs qu’habitants du coin qui viennent simplement emprunter des journaux ou chiper quelques tracts.

Alors, plutôt mourir que de passer au numérique ? «De toute façon, les radios associatives qui ont accepté ne pourront pas émettre pour le moment, car l’État n’a pas prévu d’augmenter la subvention en conséquence, et étant donné ce qui se passe avec la réforme sur l’audiovisuel, on préfère ne pas compter sur cette aide», se résigne Laurent. Pour lui, ce passage au numérique ne serait donc qu’un prétexte pour faire couler les radios associatives : «Ces radios sont en dehors de l’idéologie dominante, donc ce n’est pas fou de penser qu’ils veulent s’en débarrasser.»

L’épreuve de trop ?

Radio Canut n’en est pas à sa première crise. Au tout début des années 1980, une partie de l’équipe était pour l’introduction de la publicité. Résultat : certains sont partis pour monter «Radio Lyon», qui a coulé quelques années plus tard. Cela n’empêche pas les membres les plus anciens de la radio d’être lucides sur leur mode de fonctionnement : «L’autogestion, c’est un combat permanent !» avoue l’«ancien». Un combat encore plus difficile à mener dans le courant des années 1980 «lorsqu’il y avait peu de gens motivés, à cause de la montée de l’individualisme, de la crise sociale et économique». Moins d’émissions proposées, un roulement des postes difficile à assurer : «On a tenu bon, car pour nous, le professionnalisme “décitoyennise”. Une fois les capacités de base développées, chacun est capable d’être secrétaire, président ou trésorier… Se spécialiser, c’est le début de la fin, car ensuite, on se croit supérieur aux autres. Tous les collaborateurs de Radio Canut apprennent énormément en venant ici.»

La radio «la plus rebelle» de l’agglomération lyonnaise n’a pas dit son dernier mot : «Nous essayons de convaincre un maximum de radios, à travers le mouvement Radios en lutte, mais pour le moment, nous sommes peu à bouger. Beaucoup de radios associatives comptent sur une revalorisation de l’aide de l’État.» Les membres de Radio Canut restent également sceptiques sur le succès de la RNT, d’abord parce que la norme choisie par la France (DMB, Digital Mobile Broadcasting) n’est pas celle choisie par la plupart des pays européens (DAB, Digital Audio Broadcasting), et ensuite parce que la RNT impose un changement des récepteurs. Sachant que chaque famille possède en moyenne six postes de radio … pas sûr que tout le monde suive. Si le système de la RNT perce, et que l’État augmente le fond de soutien à l’expression radiophonique, Radio Canut déposera un dossier pour obtenir une fréquence. Sinon, ce sera le silence, pour de bon.

Ilioné Schultz
LibéLyon, 16 janvier 2009.



À l’écoute
Radio Canut, c’est d’abord beaucoup de musique : hormis les playlists, la radio propose des émissions spécifiques et éclectiques parmi lesquelles Ping-Pong (musique électro), Muteki (musiques japonaises) ou encore Gone but not dead (punk hardcore). Mais Canut, c’est aussi des infos engagées, avec les Canut-Infos tous les soirs entre 19 heures et 20 heures (rediffusées le matin), mais aussi avec Visages d’Amérique latine, Anatolia (infos et musiques turques) ou Idées noires (actu vue par des anarchistes). La grille comporte également des émissions centrées sur une cause particulières, comme La Déprav’ (activisme queer) ou Lilith, Martines et les autres (féministes). Enfin, Radio Canut a son petit lot d’«OVNI», comme ce Mégacombi «en chantier» ou le Cannabis Circus (revue de la presse cannabique). C’est certain, il y en a pour tout le monde, mais la patte «amateur» reste la marque de fabrique de Radio Canut.
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Lundi 19 janvier 2009
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Jeudi 15 janvier 2009

Six mois de prison avec sursis ont été requis mercredi devant le tribunal de Millau contre deux hommes poursuivis pour le sabotage de trois relais de télévision dans la région, le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2007.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 25 février.

Le 22 avril 2007, les câbles de trois relais distants de plusieurs kilomètres avaient été sectionnés quasi simultanément, privant plusieurs milliers de téléspectateurs de la région de la retransmission de la soirée électorale sur les chaînes et stations hertziennes. La réception des opérateurs de téléphonie mobile Bouygues Télécom et SFR avait également été perturbée pendant plusieurs heures.

Deux jeunes gens de 20 et 24 ans, habitant le Sud-Aveyron, avaient été interpellés en septembre 2007. Le second, fils d’un responsable local de la Confédération paysanne, avait été placé en détention pendant trois semaines, car il avait déjà été condamné à 15 jours de prison avec sursis pour dégradation volontaire dans le cadre d
une action dun collectif antipub.

À l
audience les deux hommes ont expliqué qu’ils avaient voulu «faire le geste de couper les médias de masse à la solde des grandes entreprises et du pouvoir politique».

Les deux prévenus, qui ont regretté leur acte, étaient passibles d
une peine de 5 ans demprisonnement pour «association de malfaiteurs». Celui qui était en récidive légale encourt une peine plancher de 2 ans, dont le procureur na toutefois pas demandé lapplication.

Le magistrat n
a retenu que le chef de «dégradation de bien public en réunion» et a demandé que la peine de six mois avec sursis soit assortie dune obligation de remboursement et de travaux dintérêt généraux.

Seul TDF a demandé des dommages et intérêts, pour un montant de 8569,39 euros.

Presse policière-bourgeoise :
AFP, 14 janvier 2009.
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Lundi 12 janvier 2009
Répression : Ils ont éteint la télé,
que vous aviez tellement envie de faire taire


Soyons solidaires de Guilhem et Rémi :
Procès le 14 janvier 2008 à Millau


Souvenez vous : en ce terrible printemps de 2007, chaque soir, à la télé, c’était la chasse aux chômeurs, entre autres.

L’estomac noué, vous regardiez, terrorisé, le candidat de l’UMP vous montrer du doigt, vous l’«assisté», le «fraudeur», le responsable de tous les malheurs de la France, avec les jeunes pauvres et les sans-papiers.

Vous rasiez les murs, désertiez les repas de famille, ou il y avait toujours quelqu’un pour dire qu’
«il y avait quand même des abus», que «ceux qui travaillaient dur n’en pouvaient plus de payer pour les autres».

Les autres candidats suivaient à la trace le futur Président : et de journaux télévisés en émissions «débats», vous sentiez venir le pire, et les médias l’appeler de leur vœux.

Peut-être avez vous jeté votre télé, et rêvé d’une panne générale qui stopperait la propagande.

Guilhem et Rémi, des précaires comme nous, comme vous, n’ont pas attendu la panne.

Le soir des élections, ils sont allés couper des câbles et l’espace de quelques heures, les voix ignobles se sont tues dans un coin de France.

Lorsqu’ils se sont fait arrêter, ils ont assumé leur acte : l’un d’eux parce qu’il était chômeur a fait de la préventive. Les deux ont été soumis à un contrôle judiciaire très strict.

Depuis, en Grèce, un soir de révolte massive, d’autres précaires ont interrompu en direct le discours du premier Ministre contre la colère de la rue.

Ils n’avaient rien à dire d’autre que le message inscrit sur leur banderole : «Arrêtez de regarder et descendez dans la rue».

C’est ce même message que Guilhem et Rémi, deux précaires parmi tant d’autres ont eu le courage de faire passer, à un moment où tant d’entre nous étaient hypnotisés par le serpent médiatique, paralysés par l’angoisse et l’impuissance.

Aujourd’hui les luttes ont repris et devant leur ampleur, les médias se font à nouveau caressants et compréhensifs, devant l’ampleur des licenciements, comment taper sur les «chômeurs qui ne veulent pas travailler» ? La télé n’ose plus guère taper sur les «assisté(e)s» à 400 euros, de peur que la comparaison avec les assité(e)es de la finance à plusieurs centaines de milliards ne fasse encore monter la colère qu’expriment les ouvriers, les salari(é)es, les précaires, les jeunes dans la rue et dans les luttes.

Le 14 janvier, et après, soyons nombreux à exprimer notre solidarité à Guilhem et Rémi qui ont agi quand nous n’osions pas encore le faire, qui ont fait taire la propagande malgré la répression prévisible, parce qu’il fallait bien commencer par quelque chose. Écrivez-leur, envoyez du fric au comité de soutien, participez au débat sur les médias organisé le 14 , diffusez la lettre où ils expliquent leur acte.


Lettre de Guilhem et Rémi
Éclaircissements
Nous avons, le soir des élections, interrompu les émissions de télévision en coupant les calbes des émetteurs. Cet acte, realisé par des personnes libres de toute contrainte et non influencées n’est ni commandité, ni orchestré par une quelconque organisation, chacun étant libre de son choix. Il a été réalisé en contestation de l’influence des médias de masse, formant une entrave au déroulement d’une véritable démocratie.

Y avait-il une alternative aux résultats déjà programmé de l’affrontement entre le Ps et l’Ump ?
Peut-on dire que nous vivons dans une démocratie lorsque les questions et les réponses sont déjà établies et ne sont données que par des médias manipulateurs aux mains d’intérêts financiers directement liés aux politiques ?
On vous dira que nous avons nui à la démocratie ; mais en quoi les personnes privées de télévision ce soir là étaient privées de réflexion ou de capacité à réagir et à débattre ? Nous préférions que nos «voisins» débattent entre eux, plutôt qu’avec leur poste de télévision.
Cet acte n’étant que symbolique, nous n’avons pas souhaité le revendiquer sur le moment parce que nous pensions qu’il parlait de lui-même ! Ensuite deux personnes sont aujourd’hui inculpées. Les médias usent déjà des qualificatifs de «saboteurs», «commandos», «comparses»… reprenant ainsi directement les mots du procureur. Nous n’avons jamais voulu commettre d’acte totalitaire visant à renverser la démocratie mais susciter une réflexion.
Cet acte était-il bien choisi ? Nous ne détenons pas de vérité quant à cette question. Certes nous étions conscients à l’époque des faits, d’un risque. Toutefois, l’inculpation choisie par la justice d’«association de malfaiteurs» est disproportionnée, deux personnes risquent aujourd’hui de lourdes peines. Nous dénoncer ? Nous constatons que cela ne fera qu’alourdir l’ensemble des sanctions. Quelques foyers n’ont pas eu de télévision pendant une soirée. Certains en ont été gênés, d’autres ont ri, et la plupart se sont couchés plus tôt. Cela nécessite-t-il de mettre deux personnes en prison pendant des années ? Puisque telle semble être l’intention de la justice. Deux questions se posent aujourd’hui aux gens ici présents :
1.  Cette peine encourue n’est-elle pas disproportionnée ? Ne mérite-t-elle pas d’être contestée ?
2.  Les motivations de cet acte méritent-elles d’être soutenues ?
Vous vous poserez sans doute des questions, ce problème en soulève tant ! Nous pensons que nous n’avons pas de meilleurs réponses que celles que vous pourrez apporter.
Courrier adressé au comité de soutien,
puis paru dans le Midi Libre le 14 septembre 2007.

Collectif RTO, 11 janvier 2009.


«La TV a aussi un bouton off»
Inscription murale relevée ces deniers jours
quelque part dans la Grèce insurgée


Cinq et dix ans de prison pour avoir sectionné des cables télé !

Un jugement du tribunal de Millau le 14 janvier décidera si Rémi et Guilhem, ayant commis lacte symbolique de sectionner des câbles de relais télé pendant le premier tour de lélection présidentielle en 2007 méritent… cinq et dix ans de prison !

Pour un poids, combien de mesures ?

Il s
agit dun jugement qui sera prononcé le 14 janvier à Millau, à lencontre de deux «malfaiteurs» ayant commis le «crime» de sectionner des câbles de relais télé pendant le premier tour de lélection présidentielle en 2007.

Si le message est clair, pacifiste et parfaitement indolore pour la plupart d
entre nous, il ne lest pas pour la justice millavoise : cinq et dix ans de prison sont requis à leur encontre pour «association de malfaiteurs» !

Un comité de soutien a été créé pour venir en aide aux inculpés (à moins que ce ne soient les victimes ?), toutes les infos et contacts sont disponibles ici.

Si toute faute mérite sanction, il est évident que celle disproportionnée qui risque de s
abattre sur Guilhem et Rémi a valeur dexemple pour avoir osé sopposer à la grand-messe médiatique.

Et pendant ce temps là, des fraudeurs de haut vol sont graciés, et les responsables du krach boursier se refont une santé au Monopoly…

Tout relais de cette affaire, ainsi que de l
existence du comité de soutien et de ses actions peut aider à une prise de conscience collective des dangereuses dérives que subit notre société depuis ce mois de mai 2007 !

Infozone, 9 janvier 2009
Liste d’information pour la France sauvage.


La télé à la hache

Des milliers d’habitants de la région de Millau ont été privés, le soir du premier tour de l’élection présidentielle, des faces avenantes des Hollande, Hortefeux, Montebourg, Gollnish, Alliot-Marie, Strauss-Kahn, et autres Voynet. Un profond traumatisme dont la petite ville aveyronnaise a bien du mal à se remettre.

«Quand l’image de la télé a disparu vers 20 heures 15, je me suis demandé ce qu’il se passait», raconte un Millavois. Le 26 avril au soir, des milliers d’habitants de Millau sont devant leur télé pour regarder le résultat du premier tour des élections présidentielles. À la même heure, dans les collines environnantes, des coups de hache viennent sectionner les câbles de deux relais de transmission des chaînes de télévision hertziennes, des stations de radio et de téléphonie mobile. Entre 4000 et 10.000 foyers de Millau auront eu juste le temps de connaître le score de leurs divers favoris. «Ça m’a franchement amusé. J’imagine que ce sont des jeunes révoltés qui ont fait le coup. C’est un truc de gamin. Et puis ça nous a évité les commentaires et les discussions des spécialistes et autres politicards. Mais j’espère que cette histoire ne va pas retomber sur le dos de José Bové, qu’on ne va pas l’accuser et encore lui chercher des noises», avance un jeune cuisinier. Une dame proteste : «Ça m’a mis en colère. Quand même, ce n’est pas bien ! La télévision, c’est indispensable !» Une autre reprend : «C’est inadmissible de priver tout le monde de télévision. Mais quand j’en parle autour de moi, personne ne dit rien. Les Français sont bizarres, ils ne veulent pas se mouiller. Il y a plein de gens qui n’ont même pas été scandalisés.»

Un patron de bar affirme : «À mon avis, ça a été fait exprès. Je pense que ce sont des gens qui n’étaient pas d’accord avec le résultat des élections. Bien sûr, on a tous été surpris, puis on a causé entre nous.» Un Basque aveyronnais en rigole : «C’était très bien. Pas de télé, pour une fois, ça fait du bien. On a vu les résultats avant que tout soit coupé. Et puis, on a fait un bon repas entre amis, dans une super ambiance.» La mairie, quant à elle, recentre le propos, dans une belle synthèse fourre-tout des sujets à la mode : «La Ville de Millau condamne fermement ces actes de dégradation, voire de terrorisme, qui ont privé la population de sa liberté d’accès à l’information.» Fort heureusement, les possesseurs de paraboles auront pu échapper au fléau qui s’est brutalement abattu sur cette petite ville tranquille. Ils auront pu, donc, jusqu’à plus soif, s’enivrer des propos passionnants des multiples apparatchiks enrobés dans le miel des journalistes de cour. Espérons que les autorités interviennent au plus vite pour sécuriser les installations avant que des actes aussi simples ne suscitent d’autres vocations. La puissance technologique et la «liberté d’accès à l’information» seraient-elles suspendues à quelques coups de hache ? On frémit au souvenir de la destruction de l’émetteur de Roc’h Trédudon (Finistère) en 1974, qui avait privé de télévision pendant un mois les habitants de la région et qui les avait contraints à passer leurs soirées entre amis et voisins.

Gilles Lucas - CQFD no 45, mai 2007.
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Dimanche 11 janvier 2009

Dans «Les petits soldats de La Voix du Nord» [La Brique no 10, novembre-décembre 2008], une salariée évincée de la rédaction du quotidien témoignait après un an de CDD. Ses attaques sur la primauté du fait divers et les conditions de travail ont suscité de vives réactions, souvent lamentables, de la part de chefs d’agence comme de journalistes.

Le 24 novembre, coup de téléphone. «Gaëlle David ? Pascal Martinache de l’agence de Calais. Vous vous souvenez  ?» Il prévient d’emblée : «Nous aurions dû être bien plus méchants sur votre note de CDD, nous avons été gentils.» La notation de l’agence l’a pourtant empêchée de renouveler son contrat… Puis il déblatère sans lui laisser une seconde de répit. Dans son papier
, Gaëlle racontait par exemple comment une manifestation calaisienne avait laissé place à un accident de la route en Une du canard, photo malsaine à l’appui. À quoi Martinache rétorque  : «Si pour vous un papier sur un accident d’un enfant et de son père n’est pas important, c’est que vous ne comprenez rien au journalisme, vous ne serez jamais journaliste.» Un vrai journaliste préfère le racolage morbide aux mobilisations sociales, c’est bien connu !


Les chefs d’agences voient rouge

Sur la dernière grève des pêcheurs, l’agence lui demandait de mettre l’accent sur les problèmes de circulation provoqués sur l’autoroute ou le tunnel sous la Manche. Martinache se justifie encore : «À Calais, c’est normal de parler du tunnel parce que ce sont des soucis de sécurité. Bah oui. Mais vous n’y connaissez rien.» Puis il nie tout en bloc : «Vous ne connaissez rien des autres journalistes et des CDD. Tout ce que vous avez écrit ce sont des inepties.» Certes, passer plusieurs repas en compagnie de ses collègues n’a pas fait d’elle leur confidente exclusive, mais les soucis d’argent, on en parle à celles et ceux qui sont dans la même galère. Pas au chef d’agence, pas au chien de garde. Au bout de cinq minutes, il lui raccroche au nez. «Est-il vraiment si facile de cracher dans la soupe après l’avoir bue ? Sans doute, en passant par un rot. Bonne digestion.» C’est Patrick Seghy qui s’exprime, le chef d’agence de Tourcoing, sur le blog de Gaëlle qui a mis l’article en ligne
. Ce petit chef qui lui lança alors qu’elle était en CDD : «La politique, c’est pas bon à La Voix du Nord» en y ajoutant un silence lourd de sous-entendus… En clair : garde à vous ! Gaëlle décrivait cette agence comme l’une des plus détestables de La Voix.


Les fayots

Des journalistes, lecteurs et lectrices sont également venus défendre leur maître sur son blog. «Tu n’as certainement pas compris que la PQR (Presse Quotidienne Régionale) doit vendre, qu’il faut te mettre à la place des lecteurs», clame Sandrine. «Enlevez les faits divers d’un journal de PQR, vous allez voir la tronche des ventes. Donc les mettre en une, c’est plutôt normal, non ? Faut bien manger», dixit Micheline. Puis Geoffroy de Saint Gilles, titulaire à Tourcoing, ne voit pas pourquoi un conflit social prendrait le dessus sur un vulgaire embouteillage : «Tu sembles vouloir faire l’opinion des gens, leur dire ce qu’il faut penser (une grève est plus importante que vos bouchons)», ajoutant «personne ne t’oblige à faire des CDD à La Voix».
«Sam» y va encore plus fort. Il décèle «une grande frustration» chez Gaëlle : «Tu pensais devenir journaliste à la Tintin ou quoi ? Tu t’es trompée de média alors. […] Je comprends que La Voix du Nord ne t’ait pas gardée. Tu n’as aucune expérience, des préjugés idiots et infondés sur la presse régionale, tu manques de respect aux journalistes de La Voix du Nord dont je fais partie. Bon vent au pays des Bisounours.» Bon vent dans la presse pourrie, Sami ! La perle revient à «Pieds sur terre», qui met en avant les performances de La Voix, un journal financièrement bénéficiaire aux 1000 salarié.es  : «Faut-il mettre en péril tous ces emplois en changeant de ligne éditoriale pour faire plaisir à quelques journalistes bobos ?» Qu’il ouvre les yeux, les bobos sont à La Voix, et offrent des jeux, du sport et du chien écrasé au populo.

Contrepoids

La seule critique «valable», c’est le fait qu’elle ait avoué avoir glissé aux cheminots CGT être «de leur côté», lors d’une réunion syndicale. Certes, en vertu de «l’objectivité journalistique», c’est «interdit». Mais face à la subjectivité de La Voix et des médias qui mentent, tantôt méprisant les mouvement sociaux, tantôt se faisant les apôtres de la pensée dominante, la tentation est forte d’afficher un soutien aux grévistes… pour ne pas être reçu en ennemi. Néanmoins, la majorité des dizaines de réactions — journalistes ou non — confirment la vision d’un journal pauvre en information, racoleur, bâclé. Salarié actuel de La Voix, «un journaleux énervé» témoigne de manière anonyme, de peur «d’être viré». Il confirme que «nier le fait que La Voix du Nord exploite ses CDD serait vraiment être totalement aveugle (…). Il n’y a rien de mieux pour rendre les salariés complètement dociles et dépendants à leurs chefs (…). Ce sont effectivement des “petits soldats”, corvéables et malléables à merci.»

La Brique no 11, janvier-février 2009
Journal d’enquête de Lille et d’ailleurs.
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Samedi 3 janvier 2009
Petit tour d’horizon social du monde de l’édition

Le milieu de l’édition n’a pas échappé aux griffes des grands groupes financiers pour lesquels la concentration et la globalisation sont des moyens d’accroître les profits. Les principaux groupes français — Hachette (Lagardère), Éditis et Media Participations — réalisent une grande partie de leur chiffre d’affaires à l’étranger. Hachette est ainsi le premier groupe d’édition en France mais également en Grande-Bretagne, en Australie et en Nouvelle-Zélande grâce au rachat de nombreux groupes locaux. Sixième groupe d’édition mondial, Hachette a réalisé en 2007 un chiffre d’affaires de 2130 millions d’euros (Livres-Hebdo, 13 juin 2008). Ces groupes pratiquent l’économie d’échelle, ils possèdent une multitude de maisons d’édition, les canaux de distribution et des réseaux de librairies. Notons qu’ils détiennent aussi les deux tiers des journaux et magazines… Ils réalisent d’importants bénéfices chaque année car ce secteur est rentable, mais qu’en est-il des salariés au sein de ces empires ?

En parallèle, l’édition indépendante en France reste très importante, de qualité, et permet à des textes et à des auteurs de ne pas rester dans l’anonymat. Elle joue un vrai rôle de résistance et de diversité. Le nombre de maisons d’éditions indépendantes augmente d’année en année. Elles rencontrent de multiples difficultés pour se faire diffuser et distribuer, pour avoir un minimum de visibilité et pour survivre, tout simplement.

Une des particularités de ce secteur est d’abord la centralisation. La majeure partie des maisons d’édition est concentrée à Paris, de préférence rive gauche. On en trouve quelques-unes en province qui ont réussi à se développer loin de la capitale, mais elles ont généralement un bureau parisien (éditions de l’Aube, Actes Sud ou Milan par exemple). La centralisation fait de ce secteur un monde fermé qui fonctionne surtout sur le mode du copinage. Il est rare de trouver une annonce d’emploi pour un poste d’éditeur. Pour les postes-clé, tout se fait par le bouche-à-oreille et par connaissance, les parrainages et clubs de tout genre sont monnaie courante.

La concentration a aussi changé la donne dans les métiers de l’édition. Aujourd’hui, hiérarchiquement, le poste le plus important n’est plus celui de l’éditeur (qui choisit les textes à publier), mais celui du directeur financier qui établit le seuil de rentabilité minimum d’un ouvrage. Indirectement, il a donc son mot à dire sur la politique éditoriale qui doit répondre à des critères de profitabilité. Outre les directeurs, qui gagnent très bien leur vie, la plupart des salariés ne gagnent que le Smic, voire un petit peu plus pour ceux qui travaillent au service de presse ou à la fabrication.

L’édition est une branche qui fait énormément appel aux stagiaires et de nombreux postes leur sont attribués. Évidemment, c’est extrêmement rentable… Il est courant de voir des services entiers confiés à des stagiaires qui défilent les uns après les autres, sur des durées de trois à six mois, par exemple au service des manuscrits des éditions Flammarion. Sur le site de l’Asfored, le centre de formation du syndicat national de l’édition, la plupart des annonces «d’emploi» sont des stages. Légalement, ils doivent obligatoirement être régis par une convention signée entre l’école et la maison d’édition. Il est mentionné que le stagiaire peut gagner 30% du Smic mais rien n’oblige les entreprises à le rémunérer. Certaines ne remboursent même pas les frais de transport. Cette pratique a été dénoncée plusieurs fois par des étudiants ayant fait au moins cinq années d’études supérieures. Ils ne trouvent que des stages qui ne débouchent jamais sur un emploi stable. Mais rien n’y fait, le stage continue à être monnaie courante, à remplacer de vrais emplois méritant une rémunération et à laisser de nombreux étudiants dans la plus grande précarité. En règle générale, il y a un profond décalage entre le niveau d’étude requis et la rémunération. Le salaire d’un assistant d’édition est d’environ 1200 € par mois.

Les entreprises ont tendance à externaliser de nombreuses tâches, comme la correction, l’iconographie ou l’illustration. Ces intervenants seront embauchés sur une courte durée, en CDD, note d’honoraire ou contrat indépendant, sans promesse de travail régulier. Le pire étant que le tarif horaire baisse depuis quelques années.

Les métiers de l’édition connaissent un taux très faible de syndicalisation. Pourtant, ces derniers temps, la grogne monte. Au printemps dernier, 150 salariés des éditions Flammarion (appartenant au groupe italien Rizzoli) se sont rassemblés au pied de l’immeuble pour manifester leur mécontentement. Slogans : «Bac + 5 = 1280 € net» ou «Flammarion, profit en hausse, salaires en berne». Comme le rappelle le communiqué des représentants du personnel, les résultats du groupe Flammarion en 2007 ont été excellents, «avec un chiffre d’affaires en hausse de 8,3%, un résultat opérationnel qui grimpe de 23% et un résultat net en progression de 10%» (Livres-Hebdo du 13 juin 2008). Évidemment, les salaires ne suivent pas et les salariés ne se voient jamais récompensés pour le fruit de leur travail. Classique… Plus récemment, le groupe Éditis, 2e groupe français, propriété du fonds d’investissement Wendel, a été revendu au groupe espagnol Planeta. Pour précision, le patron de Wendel n’est autre qu’Ernest-Antoine Seillière ! Lors de la cession, une douzaine de cadres dirigeants d’Éditis et de Planeta se sont partagé quelque 37 millions d’euros ! Et ça ne passe pas chez les salariés, qui ne demandent pourtant qu’une prime exceptionnelle de 1000 euros bruts. Les élus du personnel et les délégués syndicaux (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO-USI) déclarent : «Pour rétablir la crédibilité des dirigeants aux yeux de leurs équipes, nous appelons ces managers à redistribuer aux salariés une partie de la plus-value qu’ils ont perçue», ou encore «qu’Éditis ne propose que des miettes aux 2500 salariés en remerciement de leur contribution (…). Il en va du climat moral dans l’édition tout entière.» Même Le Monde du 29 août 2008 parle d’«une profession qui méprise ses salariés et maintient ses salaires minima sous le Smic». Une découverte ! Eh oui, qui dit grand groupe financier dit stock-option et parachute doré… Mais une fois de plus, on s’intéresse davantage à la plus-value indécente des patrons qu’aux salaires misérables versés depuis des années aux salariés.

Le terme d’éditeur «indépendant» recouvre diverses terminologies. Certaines maisons d’édition indépendantes, c’est-à-dire n’appartenant pas à un grand groupe financier, sont des entreprises extrêmement rentables ayant su conserver leur capital entre les mains d’une famille ou du fondateur, telles Gallimard ou Albin Michel. Ces maisons, empires à elles seules, fonctionnent à peu de choses près comme celles vues précédemment. Elles n’ont souvent comme seul intérêt la rentabilité quel qu’en soit le prix aussi bien en terme de gestion de leur personnel que de qualité de leur production. Le label «indépendant» ne doit pas être un blanc seing permettant d’enterrer le code du travail avec la dignité des salariés.

En opposition, on trouve tout de même de petites maisons d’édition indépendantes, qui ont démarré leur activité avec un maigre pécule et qui se débattent pour trouver une place à l’ombre des grands. Dans ces petites maisons, on ne trouve que très peu de salariés. Les éditeurs sont généralement bénévoles et vivent d’un autre travail en parallèle. Être salarié dans une de ces petites maisons relève de l’impossible. Tout d’abord parce qu’il faudrait un rythme de parution important pour que les entrées d’argent soient régulières. Ensuite parce que la diffusion-distribution permet rarement de vendre plus de mille exemplaires de chaque ouvrage et qu’entre les différents intermédiaires, l’éditeur ne récupère qu’environ 40% du prix public du livre, sans compter les droits d’auteurs, le prix de la fabrication, etc. Pour finir, ces maisons ne disposent pas d’une exposition suffisante dans la presse ou autre média afin de réaliser de réels bénéfices sur les ventes. C’est pourquoi on trouve aussi pas mal d’abus dans ce genre de structures. Certaines ne paient pas les droits d’auteur ou les traducteurs par exemple. C’est la précarité pour tout le monde !

Attention, notons tout de même que certaines sont composées de bénévoles «consentants» qui portent un projet non lucratif. Ce sont souvent des associations de type loi 1901. Les employés sont souvent polyvalents et le patron entretient des rapports paternalistes. La maison d’édition doit jongler avec une faible trésorerie, donc les salariés ne peuvent porter aucune revendication… De fait, les grands groupes capitalistes se partagent le gâteau pour ne laisser que les miettes aux petits.

La précarité dans l’édition s’étend aussi à d’autres acteurs, et pas des moindres. Les auteurs et les libraires. Très peu d’auteurs vivent de leur plume en France. Ceux qui arrivent à avoir des contrats réguliers vivent de leurs à-valoir. Exemple : un auteur signe un contrat où il est stipulé qu’il doit rendre le manuscrit dans cinq mois. Il percevra 1250 € par mois pendant cette durée. Mais cette somme lui sera déduite de ses droits d’auteur, ce n’est en fait qu’une avance sur royauté. Quant aux libraires, leur salaire dépasse rarement les 1300 € net. Que ce soit en librairies indépendantes ou dans les chaînes. Ce métier est en partie protégé par la loi Lang de 1981 qui impose un prix unique pour les livres. Ceci ne permet pas aux grands groupes de casser les prix pour laisser les petites boutiques sur la paille. Mais notre cher gouvernement est en train de remettre cette loi en cause car elle est jugée trop antilibérale. Bel avenir en perspective ! L’édition est une industrie culturelle qui rapporte des millions à quelques grands groupes financiers ayant pignon sur rue. La situation des salariés au sein de ces grandes entreprises est plus qu’aberrante, mais elle n’est pas inhérente au secteur de la culture, elle est inhérente au terme d’industrie. Si ces grands groupes réalisent de monstrueux chiffres d’affaires, c’est en partie parce qu’ils exploitent au maximum les ressources humaines et qu’ils sous-payent des métiers requérant des qualifications. Le deal est simple : «Vous travaillez dans un secteur intellectuel motivant et valorisant en contrepartie vous devez vous investir sans compter.» Nous pourrions également traduire ce dogme par «Vous travaillez dans un secteur motivant et valorisant en contrepartie vous devez accepter de vous avilir devant le pouvoir de l’argent, oublier votre vie privée, ne pas compter vos heures et accepter toutes les conditions même et surtout celles complètement illégales.»

Ces aberrations ne pourront être dénoncées et dépassées que si les salariés se regroupent et se mobilisent pour faire pression sur les dirigeants et pour que les salaires suivent enfin la courbe des bénéfices.

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