Lisez "Qu'est-ce que la démocratie directe ?"

Publié le par la Rédaction

 

«Déesse des bourgeois, qui lui vouent un culte public auquel personne ne croit plus, issue des fertiles entrailles des Tribunaux révolutionnaires de la Terreur fécondées par le jus romain, accouchée au forceps par un dernier Imperator dont elle fut le seul héritage, la “justice” moderne dite “démocratique” — dont le cœur d’arbitraire magique devient chaque jour plus visible, avec par exemple lordalie par lADN, ou la nouvelle Inquisition “antiterroriste” qui subordonne la preuve par le fait à la preuve par la parole (laveu ou lannonce) — est, plus profondément encore que ses grossières caricatures bureaucratiques “marxistes-léninistes” (la “justice révolutionnaire” des Vychinski ou des Che Guevara), un spectacle de lidéologie dominante, autrement dit une représentation mythologique, une mascarade par laquelle les rapports de domination existants sont chaque fois réaffirmés et remaquillés, “rechargés” du fluide efficace de lIdéal. La “magistrature” moderne nest de ce point de vue rien de mieux quune envahissante caste sacerdotale, initiée aux minutieux rituels du “Droit” et aux impénétrables arcanes de la “jurisprudence”, organisatrice des cérémonies purificatoires par lesquelles loligarchie régnante sacralise toutes ses directives publiques, ainsi que toutes les punitions qui frappent ceux qui ne sy conforment pas, au nom de la principale image que la bourgeoisie aime à donner à voir de sa propre souveraineté : la Justice, divinité vengeresse des contrats écrits — donc avant tout de la petite propriété —, avec sa balance de boutiquière, son hypocrite Credo étroitement communautaire : “Jai confiance en la justice de mon pays”, son Décalogue : la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen. Dans une démocratie directe, au contraire, la “justice” étant en mesure de s’émanciper de tout idéalisme, tend à se dépouiller de son caractère primitif d’arbitrage sacré pour n’être plus comprise que dans sa signification concrète d’institution chargée d’arbitrer en dernière instance les désaccords et les conflits, et devenir ainsi la pierre de faîte institutionnelle d’une société fondée sur la raison humaine, d’où sont par conséquent bannis magistrature, droit, jurisprudence et tout le bataclan.»
(Pages 83-84.)

 

 

Lisez «Qu’est-ce que la démocratie directe ?» de Fabrice Wolff
(Manifeste pour une comédie historique)
aux Éditions Antisociales, avril 2010.

 


Publié dans Théorie critique

Commenter cet article