Nous avons trouvé un chômeur qui ne veut pas bosser. Interview exclusive

Publié le par la Rédaction

Interview exclusive de Yann, ouvrier dans le bâtiment, au chômage depuis un an et demi

 

Chômeurs rebelles du Morbihan : Yann [Le prénom a été changé pour que le copain n'ait pas d'embrouilles avec Pôle Emploi], vous nous dites que vous refusez du boulot qu'on vous propose. Or, vous êtes indemnisé 1300 euros par mois par Pôle Emploi, vous roulez en Mercedes, et vous avez un écran plasma chez vous. Vous n'avez pas honte ?

 

Yann : Non, j'ai pas honte. Ma Mercedes, je l'ai payée avec ma force de travail, j'ai bossé des années avant de pouvoir me la payer. Pareil pour l'écran plasma.

 

Oui, mais vous êtes payé 1300 euros à rien faire, c'est quand même un problème.

 

Le problème c'est que ça fait un an et demi que je suis au chômage. J'ai cherché du boulot partout : à Pôle Emploi, et les petites annonces. Je suis même allé voir des patrons directement. Je suis ouvrier en maçonnerie, et en ce moment, y'a pas de boulot. Ou bien les patrons me disent «t'es trop vieux» (Yann a 45 ans), ou bien ils veulent me payer 1000 euros par mois, le smic. Avec mon expérience et mes compétences, j'ai pas envie de me crever la paillasse pour le smic. Faut pas oublier non plus que l'assurance chômage, j'ai bossé pour y avoir droit. Ce sont mes cotisations qui me payent le chômage. C'est un salaire différé. Et puis, j'ai perdu 30% de mes revenus en perdant mon boulot. C'est énorme !

 

Oui, mais c'est la crise !

 

La crise, c'est les actionnaires qui l'ont produite. C'est eux qui doivent payer l'ardoise, pas les ouvriers. Des maisons, j'en ai construit. J'ai même construit la mienne. Je connais la valeur de mon travail. Je n'ai pas envie de me brader pour qu'un patron se fasse du beurre son mon dos. Faudra aussi qu'on revienne sur la soi-disant réforme des retraites. Vous croyez vraiment que nous, dans le bâtiment, on doit partir à 65 ans ? On sera mort avant !

 

Vous m'avez l'air bien excité.

 

Ce qui m'énerve, c'est qu'à Pôle Emploi, on ne m'envoie que dans des entreprises pourries, qu'on connaît bien ici. Ils paient mal, et beaucoup ne respectent pas les normes de sécurité. Y'en a même qui m'ont demandé de m'installer auto-entrepreneur. Mais auto-entrepreneur, j'ai pas droit aux assedics si le contrat s'arrête. Et puis, il faut dépasser un seuil de revenus pour avoir droit à la retraite. En plus, qui va payer les cotisations sociales à la finale si c'est pas le patron ? Ce sera les travailleurs, ce sera nous avec nos impôts.

 

Vous nous avez dit que vous fréquentez des gens au RSA, vous ne pensez pas qu'ils sont nombreux à ne pas rechercher de travail ?

 

Tous les gens que je connais, si on leur propose un travail décent, avec un salaire décent, ils le prennent. Vous croyez qu'on peut vivre, avec le RSA ? Avec un temps partiel ? Vous croyez qu'on peut «profiter du système» avec 400 euros par mois ? Essayez, vous verrez.

 

Mais alors, vous êtes prêt à bosser, en fait ?

 

Bien sûr, mais pas à n'importe quelle condition. Je ne suis pas un esclave. Les patrons peuvent payer, ils connaissent le vrai tarif pour ma force de travail.

 

Vous êtes syndiqué à la CGT chômeurs rebelles. Qu'est-ce-que ça vous apporte ?

 

Un soutien tout d'abord. On se sent moins seul. Et puis, j'ai été emmerdé par Pôle Emploi qui voulait m'envoyer en prestation privée, chez un sous-traitant, de force. J'ai refusé, comme j'y avais droit. Le comité était là aussi quand ils ont voulu me radier, alors que je n'avais jamais reçu la convocation.

 

Le mot de la fin ?

 

Les chômeurs ne sont pas des feignants. Les postes non pourvus sont les plus pourris, ceux dont personne ne veut. Je suis dispo, pour un boulot payé mon ancien salaire, et des condtions de travail décentes. Parce que je le vaux bien !

 

CGT chômeurs rebelles du Morbihan, 11 février 2011.

 


Publié dans Chômeurs - précaires

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