Dimanche 4 mai 2008
La Lettre d’Actuchomage

Bonjour à toutes et à tous,

Nous avons lancé Actuchomage en septembre 2004, parce que le chômage est au cœur de la question sociale.

Pour nos gouvernants, les chômeuses, les chômeurs, précaires et intermittents du travail constituent un champ d’expérimentations anti-sociales qui, à un moment ou un autre, ont des répercussions néfastes pour l’ensemble du monde du travail.

Ainsi, en culpabilisant les chômeurs, en les contraignant, en les contrôlant, en réduisant leurs droits, c’est à terme l’ensemble des salariés qu’on culpabilise, qu’on contraint, qu’on contrôle, qu’on spolie.

Comment exiger une augmentation de salaire quand on encourage votre employeur à embaucher à vil prix un chômeur ?

Le gouvernement et le patronat ont bien compris l’intérêt qu’ils ont à instrumentaliser le chômage et la précarité pour étouffer les revendications et restreindre les droits.

La politique menée depuis 8 mois relève d’une redoutable stratégie :

Dans un premier temps, elle a consisté à insinuer que les chômeurs sont des profiteurs. Ainsi, Nicolas Sarkozy déclarait à Colmar, en septembre 2007, qu’il allait engager un «gigantesque plan de lutte contre la fraude au chômage», laissant entendre que les chômeurs sont massivement des fraudeurs (bien que la fraude reste très marginale de l’aveu même de l’UNEDIC). Et au Président d’en rajouter une couche : «À la fin du mois, celui qui travaille ne peut pas avoir la même situation que celui qui ne travaille pas», feignant d’ignorer que 50% des chômeurs ne sont pas indemnisés et que les «chanceux» le sont à hauteur de 57% de leur dernier salaire brut.

Aujourd’hui, nous assistons à la phase 2 du plan gouvernemental.

• Les chômeurs seront sanctionnés dès lors qu’ils refuseront «deux offres valables» (offre «valable» dont la rémunération pourra être inférieure de 30% au dernier salaire perçu).

• Les chômeurs de plus de 57 ans et demi devront, dès 2009, trouver l’emploi qu’on leur refuse en raison de leur âge, alors qu’actuellement ils sont dispensés de recherche d’emploi (DRE).

Sachez que la France compte aujourd’hui 380.000 DRE qui ne sont pas comptabilisés dans le taux officiel du chômage (la catégorie 1). Si on réintégrait ces 380.000 DRE, le chômage bondirait de 20% ! Il va sans dire que la suppression de la DRE envisagée par la ministre de l’Emploi ne concernera que les «nouveaux arrivants»… Ainsi, les plus de 57 ans et demi subiront une double peine : licenciés parce que «trop vieux» et contraints de retrouver un boulot qu’on leur refusera… en raison de leur âge. Perspective kafkaïenne !

• La dégressivité des indemnisations accordées aux chômeurs (baisse progressive de leurs allocations) est une piste actuellement étudiée par les partenaires sociaux, et plus particulièrement par le patronat qui voit là l’occasion de réduire les cotisations d’assurance-chômage.

Les conséquences de cette dégressivité pourraient être les suivantes : alors qu’aujourd’hui l’allocation est stable pendant toute la durée d’indemnisation, un chômeur pourrait à partir de 2009 toucher 57% de son salaire brut pendant 6 mois, puis 45% les trois mois suivants, puis 40%… et ainsi de suite (pourcentages fictifs).

• Enfin, pour couronner le tout, le gouvernement s’apprête à adopter des mesures pour inciter les retraités à reprendre une activité, ce qui aura pour conséquence de tirer plus encore les salaires vers le bas et de mettre en concurrence retraités et demandeurs d’emploi en âge de travailler.

Un véritable rouleau compresseur de mesures coercitives et de dégradations planifiées des droits, va écrabouiller les plus fragiles d’entre nous. En nous écrabouillant, ce sont tous les salariés qui seront touchés par ce nivellement par le bas des droits et des salaires. Pourtant, nous sommes bien seuls à dénoncer cette politique de «rigueur» qui sanctionne toujours les mêmes, les victimes d’un système qu’on s’évertue à rendre responsables de leur situation.

Pour tenter de sensibiliser les salariés, nous serons présents lors des rassemblements du 1er mai à Paris où nous distribuerons un tract (en cours de réalisation). Celles et ceux d’entre vous qui souhaitent participer à cette distribution sont prié-E-s de se faire connaître.

Les autres peuvent soutenir nos actions en adhérant à l’association, qui en a grandement besoin, à partir de 5€ par an. Un bulletin d’adhésion est disponible dans «Nous rejoindre - Adhérer» (colonne de gauche de la page d’accueil du site), ou par mail
.

Plus que jamais, la mobilisation s’impose !

La Rédaction, 22 avril 2008
Dimanche 9 mars 2008

La politique capitaliste et libérale vit une accélération vertigineuse depuis l’arrivée au pouvoir de Sarkozy. Tandis que les cadeaux se multiplient pour les riches (réformes fiscales entre autres), les pauvres se voient sans cesse plus pauvres. Et comme si la culpabilisation des chômeurs et RMIstes ne suffisait pas, le ministère du budget a déposé le 30 janvier dernier un décret concernant les «modalités d’évaluation des biens et des éléments de train de vie des personnes éligibles aux minima sociaux».

Les éléments évalués concernent les biens immobiliers, les véhicules à moteur, l’électroménager, le matériel informatique, vidéo et son, les voyages et séjours, l’adhésion à un club de sport, etc. Même les œuvres d’art seront prises en compte. L’octroi du RMI, de la CMU et d’autres prestations familiales pourra être mis en cause si le montant de l’évaluation dépasse la moitié du montant annuel du RMI (soit X euros).

En gros, il suffit désormais d’avoir un frigo, un lecteur CD, un vieil ordinateur et une mobylette en panne pour être considéré comme «trop riche» pour bénéficier des minima sociaux. On peut s’attendre à ce qu’une part importante d’allocataires se voie privée d’un revenu déjà bien misérable.

Ce décret constitue donc une attaque très grave au système de solidarité sociale. Les personnes privées d’emploi risquent de se retrouver très rapidement dans des situations d’extrême précarité, contraintes de vendre les maigres biens qu’elles possèdent encore, et finalement poussées à la rue.

Un système de contrôle inacceptable

D’autre part, ce décret implique la mise en place d’un système de contrôle à grande échelle sur la vie privée des individus. Évaluer tous les biens présents au domicile s’apparente bel et bien à une forme de perquisition, quand bien même elle est menée par des agents de la CAF. On imagine déjà les visites intempestives répétées à domicile et l’épluchage des comptes bancaires. Les données de ces évaluations vont venir compléter les multiples fichages liberticides déjà mis en place (identité, code génétique, déplacements, revenus, démarches de santé, etc.). L’État pourra bientôt accéder en quelques clics au moindre détail de la vie privée de chacun d’entre nous.

L’argument de la lutte contre la fraude aux minima sociaux est évidemment mis en avant pour justifier la mise en place de ce contrôle. Pourtant, les conditions d’obtention de ces minima n’ont cessées de se durcir ces dernières années, et celui ou celle qui a eu à solliciter des aides sociales sait bien quel parcours du combattant cela constitue. Les quelques fraudeurs qui ne doivent pas manquer d’exister ne peuvent pas faire oublier le nombre sans cesse plus important de personnes qui subissent une précarité qui est partie intégrante de la logique capitaliste. Sans le chômage et l’exclusion, les dirigeants et les possédants auraient bien du mal à faire accepter des conditions de travail aussi dégradées et des salaires aussi bas.

Cette société-là, on n’en veut pas !

Ce décret est à intégrer à l’ensemble des mesures politiques, économiques et sociales qui sont en train de laminer les acquis de solidarité sociale pour instaurer une société basée sur le seul pouvoir financier.

Nous, en tant qu’anarchistes, refusons cette logique libérale qui ne peut que renforcer les inégalités et la misère humaine, alors qu’il n’y a jamais eu autant de richesses produites. Il est grand temps de faire fléchir la logique libérale, avant que la notion de solidarité sociale ne soit plus qu’un souvenir lointain.

Ils ont le pouvoir de l’argent, nous avons le pouvoir de la rue et de la production. La misère n’est pas une fatalité, l’obéissance et la soumission non plus.

Pour avoir la liberté et l’égalité, il va falloir lutter !

L’Égalité économique et sociale, mars 2008
Feuille mensuelle de l’Union locale lyonnaise de la CGA


Voir aussi,
Sea, sex and RMI
 
Mercredi 13 février 2008
undefinedLe gouvernement Sarkozy vient de valider la fusion ANPE-Assedic afin de rompre avec la prétendue inefficacité de l’ANPE en faisant croire que cela serait pour le bien des demandeurs d’emploi. En effet, comme toute entreprise privée, la nouvelle structure devra être performante dans la lutte contre le chômage et dans les économies de fonctionnement.

Dans les faits, cette fusion servira à faire baisser les effectifs des ANPE-Assedic ainsi que les chiffres du chômage en les manipulant. À terme, elle servira également à supprimer le service public de l’emploi.

Concrètement, la fusion ANPE-Assedic, vise à accentuer les contrôles, les pressions et les sanctions à l’encontre des chômeurs afin de leur faire accepter des emplois précaires dans des secteurs aux conditions de travail dégradées. Pour ce faire, le guichet unique est créé mais surtout le Dossier Unique du Demandeur d’Emploi (DUDE) est institué sur informatique. Il permet à tous les professionnels de l’emploi de partager des informations sur la situation du demandeur d’emploi. Le but : avoir un fichier de 10 millions de demandeurs d’emploi ou qui sont passés par la case chômage.

Les informations contenues dans le DUDE seront ouvertes aux opérateurs privés de placement concurrent de l’ANPE. La casse du service public ne sera pas néfaste pour tous. C’est ainsi que M. Raymond Soubie, directeur d’Altedia, conseiller de N. Sarkozy en récoltera des bénéfices conséquents. Ce dossier informatique, non seulement recensera les caractéristiques professionnelles mais aussi personnelles (identité, ex-gréviste, arrêts maladies, nationalité…) de ceux qui seront fichés. D’un contrôle déjà néfaste pour les chômeurs au vu de l’explosion des radiations nous passerons à un contrôle sécuritaire pour le patronat.

L’Assedic étant un établissement privé géré par les partenaires sociaux (Medef, syndicats), la fusion avec l’ANPE, service public, permettra au MEDEF de gérer la politique de l’emploi. Ainsi, le suivi des demandeurs d’emploi sera confié au financeur de l’assurance chômage qui sera donc juge et partie au détriment des chômeurs.

Avec cette fusion tout sera fait pour mettre les demandeurs d’emploi aux ordres du patronat par la pression que France-Emploi instaurera sur eux : suppression des allocations dans le cas de deux offres d’emploi acceptables refusées et chantage sur leurs données personnelles. Les économies de fonctionnement se feront sur le dos des agents ANPE-Assedic puisque d’ores et déjà des antennes ANPE et Assedic sont programmées pour disparaître. Il est prévu 3000 emplois supprimés.

De plus, un décret oblige les agents à fournir aux préfectures les photocopies des titres de séjour des étrangers pour détecter les travailleurs sans papiers en transformant les agents du service public en délateurs.

AC ! dénonce cette nouvelle attaque contre les sans-emploi. Elle demande aux agents ANPE-Assedic de résister à cette nouvelle organisation de l’assurance chômage. Elle demande enfin à tous les chômeurs de lui faire connaître toute radiation ou problème.

Samedi 26 janvier 2008
Le décret RMI : un train d’enfer

undefinedFini le lucre et les folles bacchanales ! La proposition de décret sur le train de vie des Rmistes vient de tomber, et fait tomber le dernier bastion de résistances après l’abolition des privilèges en 1789.

La fin d’un privilège ?

C’est grâce à l’enquête minutieuse du MEDEF et la complicité des partis politiques au pouvoir que l’affaire vient d’être révélée au grand public et que le gouvernement a pu prendre les mesures qui s’imposaient.

Dans quels cas va-t-on vérifier si votre train de vie est suffisamment misérable pour continuer à bénéficier du RMI ?

De ce côté, pas de grands changements. Les dispositions sont les mêmes que pour un contrôle CAF avec tout de même l’immense nuance que les éléments soumis au contrôle, sont étendus.

Par exemple, un bon citoyen, qui soupçonnait votre colocataire de ne pas dormir dans le canapé du salon, et vous dénonçait à la CAF pour concubinage non déclaré, pourra dorénavant le faire s’il trouve que le son de votre chaîne hi-fi est bien trop pur pour avoir été achetée aux puces.

Ou encore quand l’organisme qui vous suit pour votre contrat d’insertion demande à la CAF d’effectuer un contrôle car il trouve que votre attitude ne correspond pas à l’humilité que tout gueux se doit d’adopter, faites gaffe dorénavant de ne pas dire à votre référent que vous allez toutes les semaines à des projections de films spaghettis des années 70 pour vous distraire de cette vie morose. Dorénavant, le cout des loisirs est pris en compte pour le calcul de vos droits.

Et à savoir surtout, car c’est la source principale des contrôles, que les conseils généraux de chaque département fixent chaque année des publics cibles qui seront de toute façon contrôlés. Ce peut être, par exemple, les gens qui sont inscrits au RMI depuis une certaine date, ou ceux nés en 19XX.

Maintenant cela pourrait, peut-être, être ceux que l’on a déjà vu porter une bague ou des boucles d’oreilles, ou ceux qui sont inscrits au cours de judo de leur commune.

Désormais, un contrôle sur pièces ou à domicile pourra donc être déclenché dès lors qu’une suspicion sur votre train de vie, suspicion déclenchée par n’importe quelle information (délation, recoupement de fichiers…) existera. Bien évidemment, la CAF n’a aucune obligation de vous révéler la source et l’origine de la suspicion.

Le décret précise qu’un questionnaire devra être rempli par l’allocataire. Il est donc fort probable que chacun d’entre nous le reçoive sous peu. Il faudra y répondre avec pièce justificative à l’appui. Combien tout ceci va coûter ? Mais quelle question !? Rien n’est trop cher pour l’égalité préconisée par notre chère république !

À partir de quel montant votre train de vie est celui d’un riche ?

Si les éléments pris en compte dépassent ou égalent le montant de la moitié de votre RMI annuel, vos droits seront purement et simplement arrêtés. Soit pour 90% des RMIstes, la somme mirobolante de 2351,52 Euros.

Si la valeur de votre «train de vie» correspond à ce montant ou lui est supérieur, le décret prévoit tout simplement de couper votre allocation et de vous demander les sommes que vous avez perçues indûment. Votre RMi pourra aussi être réduit si la valeur est inférieure.

L
es éléments pris en compte dans le calcul de votre «train de vie» :

À peu près toutes vos possessions, mais également et surtout ce qui ne vous appartient pas !

En effet, rien ne précise dans le décret qu’il s’agisse de VOS possessions. Il est même précisé que «les dépenses sont celles réglées au bénéfice du foyer du demandeur ou du bénéficiaire pendant la période de référence».

Que vous soyez locataire ou hébergé, un quart de la valeur locative annuelle sera prise en compte dans le calcul. On peut voir déjà que les RMIstes locataires ou hébergés dans des villes où l’immobilier est hors de prix comme Paris, dépasseront beaucoup plus rapidement le plafond. Un décret qui devrait plaire au Maire parisien qui cherche depuis son début de mandat à se débarrasser des pauvres de la Capitale.

Enfin une mesure qui fera le tri entre les torchons et les foulards Hermès.

Ajouter à cela :

- 80% des dépenses pour travaux, charges, frais d’entretien des immeubles, personnels et services domestiques (si vous avez besoin d’une aide ménagère par exemple).

- 80% des dépenses pour voyages, séjours en hôtels, locations saisonnières, frais de réception, biens et services culturels, éducatifs, de communications et de loisirs, club de sport et de loisirs (ils en ont après les loisirs), et même, s’il y a lieu, vos droits de chasse.

Bref, vos cours de ping-pong (attention, pour ceux qui se rappellent, à ne pas acheter des Secretin 5 étoiles), votre note de portable, votre inscription à une bibliothèque privée spécialisée dans les bouquins de SF, bref tout et surtout n’importe quoi.

- 80% de la valeur de l’électroménager, équipements son hi-fi vidéo et matériel informatique. Toujours.

Et quelques autres trucs mis là pour faire penser que les RMIstes sont vraiment des riches qui partent en solitaire sur les mers chaudes des Caraïbes : 6,25% de la valeur vénale des bateaux de plaisance, voiture, moto si la valeur vénale est de plus de 10.000 euros.

L
’inspecteur mène l’enquête :

Affublé d’un imper vieux et passé, on voit déjà le contrôleur CAF surgir à chaque coin de rue pour vous poser une multitude de questions plus ou moins embarrassantes :

«Au fait, ne m’aviez-vous pas dit que votre mère était décédée, il y a peu ? Hmmm… Mais alors, elle a bien du vous laisser un petit quelque chose ; pas d’argent bien sûr, nous l’aurions vu. En nature, voyez ? Un de vos voisins m’a dit qu’il avait remarqué que votre mère portait une broche en or. Non, ne vous inquiétez pas, ce n’est pas en rapport avec le contrôle ! C’est que voyez-vous, ma femme — oui, car j’ai le droit d’être marié sans que mes revenus soient revus à la baisse —, a le même genre de broche et elle noircit tout le temps. Ces objets précieux, c’est vraiment fragile, vous savez ! Alors si vous aviez un truc de grand-mère pour entretenir ce genre d’objet ?»

Le spectre du contrôleur CAF surgissant et vous prenant sur le fait durant votre leçon de yoga ou trouvant un polo Lacoste dans le recoin de votre placard, n’est pas loin. On se demande d’ailleurs comment de telles évaluations pourront être faites. Les contrôleurs CAF bénéficieront-ils du droit de procéder à des perquisitions comme la police ? Pour le moment, ce n’est pas prévu, bien que d’ores et déjà, certains n’hésitent pas à procéder ainsi, fouillant placards et salles de bain à la recherche d’une preuve de concubinage au mépris des droits des allocataires.

Pour le moment, les seules précisions concernant le calcul des biens sont :

- Le montant garanti par l’assurance,

- L’estimation particulière effectuée par un professionnel,

- La référence issue d’une publication professionnelle faisant autorité.

Mais alors pour prendre le cas de l’auteur de cet article, la plupart des «objets de valeur» (télévision, ordinateurs, hi-fi etc.) dont je dispose, m’ont été offerts ou récupérés. Il faut, si l’on en croit le décret, n’offrir aux RMIstes que des serpillières ou quelques vieux tabourets de plastique sous peine de les condamner à l’arrêt de leur allocation. De même si vous disposez d’un grand appartement et que vous hébergez votre copain RMIste dans un coin du salon, peut-être que la valeur locative de votre appartement lui sucrera ses allocations. Être à la rue ou ne pas l’être, toucher le RMI en dormant sous les ponts ou être hébergé sans allocation, voilà l’existentialisme du 21ème siècle.

Et ce décret va s’appliquer aux nouveaux entrants. S’agit-il d’une mesure à venir, motivée par l’imminence d’un krach boursier et d’une crise économique sans précédent, qui va précipiter des millions de personnes dans la misère ? En tout cas une évidence s’impose : tous ceux qui ont eu un boulot pas trop mal payé, qui ont donc pu consommer, devenir propriétaires, faire quelques économies risquent de n’avoir pas droit au RMI, le jour ou un licenciement leur tombe dessus et qu’ils n’ont épuisé leurs droit au chômage.

C
ar tout ce qu’ils ont pu acquérir sera pris en compte dans le calcul.

Bref, après avoir travaillé plus pour gagner plus, ils n’auront plus qu’à tout perdre, et c’est seulement une fois dépouillés de leurs biens et totalement précarisés qu’ils pourront prétendre à une allocation de misère et accessoirement à la protection sociale qui va avec car ce décret s’applique aussi à la CMU.

C’est concernant les loisirs et autres subtilités que le décret reste fort obscur. Nul doute que des enquêtes de voisinage viendront compléter les «preuves». Les contrôleurs pourront également compter sur l’aide des centres sociaux et associations d‘insertion qui, en créant une empathie artificielle, vous feront avouer vos méfaits : «Oui je l’avoue, j’ai mangé au restaurant cette semaine, mais juste une fois, et c’était le Mac Do !»

En tout cas, il faut retenir les quelques «faiblesses» du décret. Elles ne seront utiles que par la lutte collective, car on le voit, ces «faiblesses» ne sont présentes que pour donner une impression de droits au peu de RMIstes qui liront ce décret. Il est probable que la CAF n’informe d’aucun de ses droits et fasse fi, comme l’ANPE, des obligations qu’elle se devrait de respecter avant d’entamer la procédure de contrôle.

Ce décret vise, on le voit, un public beaucoup plus large que ce que les médias laissent entendre.

Le point le plus important est la marge de manœuvre laissée aux départements pour la liste des publics ciblés par les contrôles. À plusieurs, on peut tenter de faire pression sur les conseils généraux afin qu’ils n’appliquent pas et ne demandent pas de contrôle.

Avant toute chose, vérifiez que vous ne risquez rien là où vous vivez, et faites des calculs d’apothicaire pour vérifier que vous ne dépassez pas le plafond. Sinon, déclarez-vous SDF si vous le pouvez, et faites-vous domicilier dans une association conventionnée. Ce n’est certes pas drôle de fréquenter ce genre de lieux, mais cela vous évitera de passer pour un nanti et vous toucherez 55 euros de plus, soit en tout 445 € de RMI au lieu de 390 €.

En principe, vous devrez être informé par lettre recommandée avec accusé de réception de l’objet de la procédure, de son déroulement et de ses conséquences. Il est peu probable que cette procédure soit respectée. La CAF et autres organismes ne respectaient déjà pas le fait qu’une personne devait être avertie, autrefois par courrier simple ou par téléphone. Mais c’est bon à retenir : cette «négligence» peut toujours servir, s’ils vous traînent devant les tribunaux.

Le décret le précise, vous pouvez être accompagné et assisté durant le contrôle et autres démarches liées à ce contrôle. N’hésitez pas à faire appel à une association de précaires. Le décret ne précise pas combien de personnes peuvent assister l’allocataire, donc autant être le plus nombreux possible ! Ça calmera probablement les ardeurs de l’enquêteur.

Il est précisé que si les valeurs sont utilisées dans le cadre professionnel, elles ne seront pas prises en compte. Jouez là-dessus : vous faites vos recherches d’emploi sur internet et par téléphone, d’où votre note élevée et la présence de matériel informatique ! Votre voiture est utile pour aller chercher du boulot à 40 kilomètres de chez vous, comme vous l’ordonne votre référent ou l’ANPE si vous y êtes inscrit. D’ailleurs, un Rmiste sur trois est aussi en emploi (petits boulots précaires à durée déterminée le plus souvent).

Le projet de décret précise que l’allocation n’est pas refusée en cas de circonstances exceptionnelles liées notamment à la situation économique et sociale du foyer, ou s’il a été établi que la disproportion a cessé (si vous avez vendu tous vos meubles ?). Qui juge de ces circonstances ? L’organisme payeur qui agit sur délégation du Conseil général en ce qui concerne le RMI, du moins. Et le Conseil général ce sont des élus, pas des administratifs, donc des personnages publics sur qui une pression collective peut être mise ; notamment en dénonçant les résultats concrets de leur politique de contrôle.

C’est à eux que nous vous conseillons d’adresser vos courriers en double dès le début de la procédure.

Et puis, c’est dingue mais on en est là, il va falloir retrouver les bonnes vieilles pratiques : en cas de contrôle CAF, comme en cas de visite d’huissier, on cache tout chez le voisin, chez des amis…

D
ernier conseil : avant de sourire hypocritement au contrôleur CAF, pensez à vos dents en or !

Collectif RTO, 25 janvier 2008
Lundi 21 janvier 2008
Marié et père de deux enfants, Bertrand E., 41 ans, dort dans sa voiture presque toutes les nuits à Lyon, à 300 km de son foyer. C’est «le prix à payer», selon lui, pour décrocher un CDI.

undefined Derrière ses lunettes à fine monture, Bertrand E., chauffeur-livreur d’allure soignée et discrète, scrute anxieusement les passants qui déambulent nonchalamment devant sa voiture «devenue sa maison», garée dans un endroit sombre d’un parking du centre de Lyon.

Bertrand travaille aujourd’hui comme intérimaire dans une société mais espère très vite obtenir un emploi stable. En attendant, «vivre à l’hôtel, c’est hors de question. J’ai deux enfants à nourrir et un loyer à payer avec ma femme. Alors pour dormir, je n’ai pas trouvé d’autre solution que ma voiture. C’est la première fois que je le fais mais je n’ai pas le choix et il faut que je m’accroche», explique-t-il à l’AFP.

Plus encore que le froid, qu’il tente de maîtriser à l’aide de papier journal sous ses vêtements durant la nuit, le plus insupportable est «ce sentiment violent de honte». «C’est un calvaire très personnel que je vis», témoigne Bertrand. Craignant de peiner sa femme, il préfère «mentir par omission». «Je lui dis que je dors chez des amis, que je me débrouille.»

«Le plus dur, c’est de n’avoir personne pour parler, quelqu’un qui écoute sans juger et sans pitié», déplore cet ancien gérant d’une cave à vins, qui s’est retrouvé au chômage en 1992 et enchaîne depuis les missions d’intérim. Ses appels à l’aide auprès des autorités n’ont pas été plus constructifs que ceux qu’il a lancés à ses proches. «J’ai entendu récemment qu’il y avait plein de solutions pour les gens comme moi. C’est totalement faux. La seule chose qu’on vous dit, c’est d’appeler le 115 (Samu social). Mais après deux nuits passées là-bas (centre d’hébergement), ma voiture m’a semblé plus propre et moins bruyante.»

En dehors des nuits, trop rares, durant lesquelles il parvient à trouver un toit chez «des amis d’amis» ou à se payer exceptionnellement une chambre dans un Formule 1 de banlieue, le quotidien de Bertrand est le parking, et son pire cauchemar les gardiens de nuit. «J’ai appris à dormir sur une oreille et à détecter très vite les bruits de pas. Normalement, je n’ai pas le droit de passer la nuit ici, mais je sais me faire discret», dit-il. Cet homme a su s’adapter à son nouvel environnement. Il affirme avoir appris à ne pas bouger, à éviter les couvertures de survie ou les sacs de couchage trop voyants. Dans sa voiture, au son d’un CD de Beethoven, Bertrand conserve un exemplaire des Antimémoires d’André Malraux, son «livre de chevet» : «Il arrive à parler de lui à la troisième personne. Je suis comme lui : quand je parle de moi, je n’arrive pas à croire qu’il ne s’agit pas d’un autre.»

Le Progrès du Rhône, 21 janvier 2008
Samedi 12 janvier 2008
undefinedSous la menace brandie par le gouvernement d’un projet de «loi-MEDEF», les partenaires sociaux sont sommés de signer un accord proposé par le patronat sur l’assurance-chômage, la sécurisation des parcours professionnels et le contrat de travail.

Or les propositions du patronat constituent une insulte pour les salariés, avec ou sans emploi. Les reculs contenus dans ce projet d’accord sont d’une gravité extrême et nous appelons les syndicats à rejeter cet accord :
  • Doublement ou triplement de la période d’essai,
  • Séparabilité à l’amiable sans recours possible,
  • Contrat de mission à durée conditionnée par la durée de son objet,
  • Voies de recours réduites pour les salariés licenciés…
À l’heure où le chômage touche réellement 4,5 millions de personnes, où la précarité et le temps partiel sont imposés à des millions de salarié(e)s, nous nous mobilisons pour conquérir des droits nouveaux :
Un véritable statut de vie sociale et professionnelle, pour tous et toutes, avec ou sans emploi, assurant la garantie d’un revenu décent et d’une continuité des droits (à la formation, au logement, à la santé, aux papiers…).

 
Vendredi 4 janvier 2008
undefinedDans le cadre de sa «politique de civilisation», c’est vers ces fainéants de chômeurs que se tournent les pensées de Nicolas Sarkozy en ce début dannée, revenant à la charge sur les sanctions à leur infliger «en cas de refus de deux offres demplois acceptables»…

… Le but étant d’«atteindre assez rapidement» le glorieux score de 7,7%, a expliqué aujourd
hui le porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez lors du compte-rendu du conseil des ministres : «Alors que le taux de chômage était de 8,8% en 2006, il est de 7,9% à la fin de 2007 et avec un tendanciel qui nous permet despérer pouvoir atteindre assez rapidement 7,7%», a-t-il dit, ajoutant que le président Nicolas Sarkozy a par ailleurs «souhaité quun travail puisse être fait sur la question des sanctions en cas de refus de deux offres demplois acceptables». «La mise en place dun dispositif de sanctions est bien de la responsabilité de l’État», a-t-il rappelé, précisant que Nicolas Sarkozy «a demandé à ce quon ait un calendrier sur le sujet».

Qu
est-ce quune «offre demploi acceptable» ? Encore faudrait-il la définir, ce qui nest toujours pas le cas. Et si cest lANPE qui doit se charger den proposer deux, faudrait-il seulement quelle soit capable den proposer rien quune seule !!! Combien de chômeurs peuvent se vanter davoir repris le chemin du travail grâce à elle ? La seule chose que lANPE est capable dimposer aujourdhui, ce sont des contrats aidés ! À lheure où 80% des offres concernent des postes précaires et sous-payés, ce sont donc bien les emplois acceptables qui manquent.

Pour faire baisser les chiffres, les radiations ne suffisent-elles pas ? En novembre, 147.000 absences au contrôle et 43.491 radiations ont été enregistrées : selon Les Échos, leur nombre reste très élevé en proportion du nombre de demandeurs d
emplois, alors que les sorties pour reprise demploi ont, elles, baissé. Quant aux sanctions, depuis quelles ont été «graduées» en août 2005, elles ont explosé pour atteindre le nombre de 41.700 en 2006, et leur score de 2007 ne devrait pas décevoir notre président…

C
est clair : Nicolas Sarkozy ne mise pas sur la création demplois, qui est toujours insuffisante aussi bien qualitativement que quantitativement, mais sur la répression envers ceux quon a foutus à la porte de leur entreprise. Avec Nicolas Ier, le ton est donné : en 2008, la «guerre au chômage» va bel et bien se transformer en une guerre aux chômeurs, plus larvée comme jadis mais franchement ouverte. Et de relancer la haine anti-chômeurs qui sommeille dans le cœur de «la France qui se lève tôt», ce pur fantasme qui a fait le lit de son succès électoral… il y a huit mois. Que voulez-vous : quand les sondages virent à laigre, autant ressortir les vieilles recettes qui fonctionnent ! Pour combien de temps ?

ActuChômage, 3 janvier 2008


Voir aussi,
Que cache le mensonge des 500.000 emplois non pourvus ?
Les chômeurs, boucs émissaires de Nicolas Sarkozy… le malhonnête !

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Au Coffre-Fortcoffre-fort.JPG
rue de Bonneville
(en face de l’I.M.E.)
F-39200 saintClaude

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