Grèce : retour sur les mesures judiciaires et les tactiques policières

Publié le par la Rédaction

 

Dans une situation insurrectionnelle, la répression étatique condamne toute rébellion. 
Un raid acharné de voltigeurs dans un quartier populaire, ou de lourdes condamnations de braqueurs, des manifestations réprimées sur le tas ou des arrestations ciblées. Tout un arsenal politico-policier est de sortie. 
Avec trois grèves générales depuis le début de l’année, de grandes manifestations remplissent les rues. La nuit, des actions sont menées contre des banques, partis politiques ou autres cibles. 
En mars, un camarade, Lambros Fountas, est assassiné en pleine rue par les flics, qui disent qu’il était entrain de voler une voiture. Son compagnon a réussi a fuir. Quelques mois plus tôt, Alfredo Bonnano et Christos Stratigopoulos sont arrêtés lors d’un braquage. Le 28 avril, Giannis Dimitraikis [Sur les arrestations d’Alfredo Bonnano et Christos Stratigopoulos, voir sur le site Non Fides ; Sur les écrits de Alfredo Bonnano, voir Non Fides ; Sur le procès du braqueur Giannis Dimitrakis, voir Indymedia Lille ; Sur l’appel à une journée de solidarité internationale avec lui, et les actions directes menées, voir Pagherete Tutto.], condamné a 35 ans de prison, comparaît devant le juge. Une journée de soutien est appelée en son nom. 
Les arrestations a Athènes ciblent des personnes très impliquées dans le milieu anarchiste et anti-autoritaire. Des «jeunes» personnes, la vingtaine, présents dans les rues d’Exarchia, ou les «anciens», connus pour leurs idées. À coup de «mesures d’exceptions», les péripéties judiciaires se poursuivent, à nous rappeler les dernières arrestations en France pour terrorisme. Des arrestations préventives, avec de longs mois de prisons ou des libertés conditionnelles tentent de mettre à l’écart les camarades, et faire pression sur la scène politique. 
Mais la solidarité au-delà des murs se manifeste aussi : rassemblements, occupation de l’École Polytechnique, communiqués publics et actions de soutien rappellent que les camarades emprisonnéEs ne sont pas isoléEs et que la volonté insurrectionnelle est toujours présente. 
Retour sur les mesures judiciaires et les tactiques policières de ces derniers mois.

 

 

Le procès du meurtrier d’Alexis

 

30 avril : La permanence du ministre pour l’Environnement Thanos Moraitis à Exarchia est attaquée. La presse parle de cinq personnes utilisant des marteaux et ayant causé de grand dégâts.

 

Ce jour-là, les flics qui ont tué Alexis Grigoropoulos en décembre 2008, ont été entendus à Afissa.

 

Ce meurtre a provoqué des révoltes qui se sont prolongées tout au long de l’année.

 

La cour va annoncer son verdict pour le 6 Juin. Apparemment, 15 témoins doivent encore être entendus, ainsi que des experts en balistique.

 

Quelques jours plus tôt, l’ami d’Alexis, qui était avec lui au moment de sa mort, était appelé à témoigner au tribunal. La cour a alors appris qu’il avait disparu. Une lettre est parvenue du commissariat informant le juge que celui-ci avait quitté l’école depuis le mois de février — depuis que le procès a commencé a Amfissa. Les flics l’ont cherché chez lui, mais il a aussi quitté la maison…

 

 

«Conspiration des cellules de feu» : chronologie du feuilleton

 

23 septembre 2009 : Descente des flics dans l’hypothétique «maison de complot» dans le quartier de Chalandri à Athènes. Quatre personnes y sont arrêtées : Haris Hatzimikelakis, Panagiotis Masouras, Myrto Panteloglou et Manolis Giospas. Deux jours plus tard, sur la base d’empreintes digitales trouvées dans cette maison, les autorités créent six avis de recherche.

 

29 et 30 septembre 2009 : trois des arrêtés sont placés en détention préventive. Myrto est en liberté conditionnelle (interdiction de quitter le territoire, obligation de pointer tous les 15 jours chez les flics de son quartier).

 

14 novembre 2009 : Encore cinq autres avis de recherche sont crées, après l’arrestation de Antigoni H., qui est sous liberté conditionnelle après 4 jours.

 

5 janvier 2010 : Nikos B. est arrêté, et placé sous liberté conditionnelle.

 

1er février 2010 : Un autre Nikos est arrêté et placé en détention préventive.

 

23 février 2010 : Le procureur K. Baltas ordonne de geler les comptes bancaires de tous les accusés, et de leurs familles. Les accusés ayant la vingtaine, ils n’ont pas beaucoup d’argent sur leurs comptes, ou pas de compte du tout. Cette mesure, pour être drastique, est donc élargie a leur famille. Par exemple, le père de Panagiotis Masouras travaille dans le bâtiment, et sa mère est sans emploi. Ils galèrent pour prouver que leurs revenus sont légaux.

 

3 mars 2010 : Après un mois en prison, Nikos sort sous liberté conditionnelle.

 

23 mars 2010 : Errikos Ralis, en cavale, est arrêté à Volos, sur un avis de recherche datant du 14 novembre 2009. La preuve contre lui est une empreinte digitale trouvée sur un carrelage de la salle bain dans la «maison de complot». Les flics — avec le soutien inconditionnel de la presse — publient ses photos et font appel aux citoyens pour des informations le concernant. Ils ont de même insinué que Erriko est «l’auteur le plus probable des communiqués de la Conspiration des Cellules de Feu». Le juge l’a mis sous liberté conditionnelle.

 

15 avril 2010 : Suivant les lois de l’État grec, les procureurs se sont entretenus avec le comité d’appel des juges, six mois après les premières arrestations, afin de décider de la prolongation ou pas des détentions provisoires. Une manifestation a lieu devant le tribunal. Des slogans sont criés pour saluer et encourager les accusés, à leur entrée et à leur sortie. Manolis Giospas est mis sous liberté conditionnelle, alors que la détention des autres est prolongée.

 

22 avril 2010 : Konstantina Karakatsani, 19 ans, est arrêtée au centre d’Athènes, alors qu’elle était en cavale depuis septembre 2009. Sa première lettre est publiée en novembre, suivie de la lettre de sa mère, en décembre.

 

 

Lutte Révolutionnaire - «Epanastatikos Agonas»

 

Le dix avril, six personnes sont arrêtées. Elles ne sont que très tardivement mises au courant de leur accusations. Les accusés ne pouvaient pas joindre d’avocat, par «mesure d’exception». Après 56 heures de garde a vue, illes comparaissent devant le juge. Dans une lettre rendue publique, un camarade emprisonné, Christoforos Kortesis, déclare qu’il n’y a pas de coïncidences entre les arrestations et les demandes du président au FMI. Tout comme il n’y a pas de coïncidences entre l’arrestation des accusés de Conspiration des Cellules de Feu peu avant les élections de 2009. Les médias ont ajouté à la liste des complices encore les noms de quatre autres anarchistes, présentés comme des «possibles complices».

 

Quelques compagnons arrêtés ont été soumis à de durs interrogatoires par la police (coups de bâtons sur des corps nus, etc.). Quelques jours après les arrestations, la police a découvert un garage où ils ont trouvé des armes et plusieurs dizaines de kilos de matériel explosif. Entretemps, une énième rafle (fait désormais devenu tristement habituel) a eu lieu à Exarchia (Athènes). 70 compagnons ont été amenés au poste.

 

Concernant l’organisation Lutte Révolutionnaire, la police estime qu’ils ont pris «la relève» après la désarticulation des organisations combattantes marxistes 17 Novembre et ELA. Lutte Révolutionnaire a revendiqué ces quatre dernières années quelques dizaines d’attaques à l’explosif contre des banques, des entreprises, des institutions et des ambassades.

 

 

Déclaration des six arrêtés pour la Lutte Révolutionnaire

 

Répondant à leur juge :

«Acceptez-vous ou niez-vous l’accusation ?»

 

Nikos Maziotis :

«Je suis un révolutionnaire, et je combats un régime injuste et criminel, connu comme étant l’État et le capitalisme. Si quelqu’un doit faire sa défense, ce ne sera pas moi, mais ceux-là qui m’accusent : la police et les juges qui servent les riches. Pour ma part, je suis dans mes droits, et je ne vais pas m’excuser.»

 

Panagiota «Pola» Roupa :

«Je suis une révolutionnaire, et je ne reconnais pas vos procédés. Les criminels et les terroristes, ce sont vous et le système que vous servez : l’État et le capitalisme.»

 

Sarandos Nikitopoulos :

«Je suis montré du doigt pour mon activité politique. J’ai été politiquement actif dans le milieu anarchiste et anti-autoritaire depuis mon plus jeune âge. Et je peux vous assurer, que comme des centaines d’autres avant moi, dans les traces des anti-autoritaires, je vais continuer. Je considère que les charges criminelles à mon égard sont basées sur mon activité politique, et en sont le produit. Des cas comme à Thessalonique — dans lesquels on peut voir des vidéos avec des flics poser des sacs contenant des “objets illégaux” près de personnes afin de les accuser — ou le cas du manifestant Mario Z. à Athènes, ou beaucoup d’autres, doivent mettre fin à cette foi aveugle dans les accusations policières.»

 

Kostas Gournas :

«Je ne vais pas répondre. Je ne reconnais pas ces procédures. Depuis l’âge de 20 ans, je suis un travailleur, et je prends part dans la lutte sociale et la lutte de classe en Grèce. Je suis contre le régime, le système politique et économique. Je ne suis pas un terroriste. Les terroristes sont ceux-là du 12e étage de l’Hôtel de Police qui m’ont battu et ont menacé de tuer mes enfants.»

 

Vaggelis Stathopoulos :

«Me mêler au cas de Lutte Révolutionnaire est une conséquence de mon implication politique. Je ne condamne aucun type ou méthode de lutte. Mon activité politique a toujours été menée au grand jour.»

 

Christoforos Kortesis :

Par le biais de ses avocats, il a dit qu’il témoignerait sous certaines conditions. Il a demandé par écrit qu’ils devront «clairement exprimer les charges communes à l’encontre des six accusés, qui s’appliquent à mon implication dans des actions spécifiques revendiquées par Lutte Révolutionnaire». Il a de même demandé une classification des preuves pour chaque action.

 

 

Marches et rassemblements de solidarité devant les taules

 

Les camarades sont rapidement transférés dans différentes prisons : Kostas Gournas et Vaggelis Stathopoulos sont transférés à Trikala, Christoforos Kortesis à Corinthe, Panagiota «Pola» Roupa à la prison pour femmes de Eleona, près de Thèbes (elle est enceinte de 7 mois), Nikos Maziotis et Sarandos Nikitopoulos sont à la prison de Korydallos à Athènes.

 

Le 25 avril, des rassemblements ont lieu devant des taules.

— À Korinthos, où Christoforos Kortesis est retenu, 150 personnes se sont déplacées. Grosse présence policière, avec barrages routiers pour empêcher toute communication. Mais après le départ d’une unité, les camarades se sont approchés, jetant des tracts et sortant le mégaphone. Une manif sauvage de soutien a ensuite parcouru la ville de Trikila. 
— À Thiva, où Panagwita, enceinte, est retenue, 150 personnes se sont de même rassemblées. Kwstandina Karakatsani, accusée d’appartenir aux «Cellules de Feu» est aussi emprisonnée dans cette taule depuis vendredi. Séparés par les flics, la communication a été au départ empêchée. Mais traversant des champs alentours, le rassemblement a rejoint une autre aile de la taule. Parvenus aux grilles, des slogans ont été scandés par les personnes en soutien et par les détenues. Des flics anti-émeute sont alors apparus à l’intérieur de l’enceinte, immédiatement moqués et ridiculisés.

 

Le 29 avril, trois des camardes accusés (Maziotis, Roupa, et Gournas) publient un communiqué dans lequel ils reconnaissent leur fierté et leur participation aux actions de Lutte Révolutionnaire. Ils et elle déclarent que le camarade Lambros Fountas, assassiné par les flics en mars, faisait aussi partie du groupe.

 

Voir le communiqué ici.

 

 

La police attribue à Lutte Révolutionnaire les actions suivantes :

 

5 septembre 2003 : Attaque à la bombe d’un tribunal.

 

14 mars 2004 : Attaque à la bombe d’une aile de la CitiBank dans le quartier de Psychico.

 

5 mai 2004 : Attaque à la bombe contre un commissariat dans le quartier de Psychico.

 

29 octobre 2004 : Attaque à la bombe contre des cars de flics.

 

2 juin 2005 : Attaque à la bombe contre le ministère du travail.

 

12 décembre 2005 : Attaque à la bombe contre le ministère des Finances à Syntagma, près du Parlement.

 

30 mai 2006 : Tentative d’assassinat de Georgios Voulgarakis, ancien ministre de l’Ordre Public, désormais ministre de la Culture.

 

12 janvier 2007 : Attaque à la roquette Wasp 58 LAW sur l’ambassade des États-Unis.

 

30 avril 2007 : Coups de feu contre un commissariat de police dans le quartier Nea Ionia.

 

24 octobre 2008 : Attaque à la bombe contre les bureaux de Shell, dans le quartier de Palaio Faliro.

 

23 décembre 2008 : Coups tirés contre un bus de police anti-émeute près de l’Université d’Athènes, dans le quartier de Goudi.

 

5 janvier 2009 : Coups de feu en direction des flics surveillant le ministère de la culture a Exarchia. Un flic anti-émeute est sérieusement blessé.

 

18 février 2009 : Attaque à la voiture piégée contre les bureaux de la CitiBank, dans le quartier de Kifissia. La bombe ne s’enclenche pas.

 

9 mars 2009 : Attaque à la bombe contre une aile de la CitiBank dans le quartier de Nea Ionia.

 

12 mai 2009 : Attaque à la bombe contre une aile de Eurobank, dans le quartier de Argyroupoli.

 

2 septembre 2009 : Attaque à la voiture piégée cause de sérieux dommages au bâtiment de Stock Exchange.

 

 

«C’est précisément à ce moment de crise que des tonnes d’explosifs sont accumulés aux fondations du capitalisme, et il n’y a qu’une seule chose qui manque, camarades, c’est d’y foutre le feu !» 
Lettre publique de Christoforos Kortesis, 30 avril 2010.

 

 

Sources

 

Traduit par nos soins depuis Occupied London, traduction en anglais ; Indymedia Athènes, en grec et en anglais ; Indy Greece, en grec et en anglais ; Angry news from around the world, blog en anglais des tensions dans le monde ; Liberacion total, site anti-carcéral qui publie des lettres et la situation de prisonnierEs, en espagnol.

À lire sur Cette Semaine, dans les brèves du désordre : «Grèce : À propos des arrestations des anarchistes soupçonnés d’appartenance à “Lutte Révolutionnaire”».

 

Rebellyon, 13 mai 2010.

 

 

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 Explosion devant une prison à louest dAthènes, au moins un blessé


Un engin non identifié a explosé en faisant au moins un blessé jeudi soir devant la prison de haute sécurité de Korydallos à louest dAthènes, où sont détenus plusieurs membres dun groupe armé dextrême-gauche, a annoncé une source policière.


«Il y a eu une explosion à Korydallos après quun appel anonyme eut prévenu le journal Eleftherotypia et la chaîne de télévision Alter», a précisé cette source. Une jeune femme a été blessée par du verre brisé après lexplosion, a-t-elle ajouté.


La télévision publique ET1 a indiqué qu’une seconde personne avait été blessée par lexplosion, mais cette information nétait pas confirmée par la police.


Lengin explosif, dissimulé dans un sac de voyage selon les médias, avait été placé devant un mur dune partie désaffectée de la prison.

 


La police a immédiatement bouclé une avenue qui longe cette prison, où sont détenus les membres du Mouvement du 17 novembre, un groupe armé dextrême-gauche qui a tué 23 personnes entre 1975 et 2000, avant sa dissolution en 2002.


Les attentats à lexplosif contre les bâtiments publics ou des intérêts commerciaux sont fréquents en Grèce mais leurs auteurs avertissent en général de limminence de lexplosion afin déviter les victimes.


En mars dernier, cependant, un jeune Afghan a été tué et sa mère et sa sœur blessées par lexplosion dune bombe devant un institution de formation pour les fonctionnaires.


La police a récemment arrêté six personnes soupçonnées dappartenir au principal groupe extrémiste du pays, Lutte révolutionnaire, qui avait notamment revendiqué une attaque à la roquette contre lambassade américaine dAthènes en 2007.


Elle a également arrêté plusieurs jeunes soupçonnées dêtre liés à la Conspiration des cellules de feu, un autre groupe dextrême-gauche connu pour incendier des bureaux et domiciles de responsables politiques.


La Grèce abrite également le groupe extrémiste Secte des révolutionnaires, qui a revendiqué le meurtre par balles dun policier du service anti-terroriste en juin dernier à Athènes. Il est également accusé davoir ouvert le feu depuis une voiture sur un commissariat de police et le siège dun groupe de télévision. Aucun membre présumé de ce groupe na pour lheure été arrêté.


Secte des révolutionnaires avait émergé après que la police eut tué un jeune homme de 15 ans en décembre 2008, provoquant plusieurs semaines de violentes manifestations à travers le pays.


Leur presse (AFP), 13 mai.

 

 

  

Publié dans Grèce générale

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