Heurts à la Réunion : 15 policiers blessés, 16 interpellations

Publié le par la Rédaction


Des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se poursuivaient mardi en début de soirée après la manifestation contre la vie chère organisée à Saint-Denis de la Réunion. Des projectiles ont été jetés contre les policiers qui ont répliqué à laide de gaz lacrymogènes, au niveau dun barrage routier dans le quartier populaire du Chaudron. Selon la préfecture, quinze dentre eux ont été blessés et seize personnes ont été interpellées. Du mobilier urbain, des véhicules administratifs et de nombreuses poubelles ont été détruits ou dégradés, a par ailleurs détaillé la préfecture, qui a également évoqué un début dincendie dans un bus.

Prolétaires face aux chiens de l’État à saintDenis de la Réunion

Les incidents ont démarré en milieu de journée devant la préfecture de Saint-Denis, à lissue dune manifestation qui a rassemblé entre 7000 et 10.000 personnes selon les organisateurs (3000 selon la Préfecture). Face à ce regain de tension, le Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives de la Réunion (Cospar), qui mène la grève, a appelé au calme, tout comme le préfet, qui a ordonné aux forces de lordre d«empêcher tout acte de pillage» et demandé à la population d’«éviter de se mêler aux délinquants». «Le Cospar nappelle pas à lémeute. Il est responsable, il regrette profondément ce qui sest passé», a ainsi déclaré le secrétaire général de la CFDT-Réunion Jean-Pierre Rivière.


Les négociateurs sous pression

Dans la foulée, le Collectif a annoncé la suspension des opérations coup de poing menées contre des grandes surfaces depuis jeudi dernier, jour où la Réunion a connu une première journée de grève, dans le sillage du conflit social en Guadeloupe et en Martinique. Il n
a pas non plus reconduit son mot dordre pour les prochains jours, la prochaine mobilisation étant fixée au 19 mars, date de la journée nationale daction des syndicats, mais compte poursuivre mercredi les négociations à la Préfecture.

Bureaucrates à la préfecture de Fort-de-France (Martinique)

Le préfet a demandé aux négociateurs «un accord le plus tôt possible», relevant de «réels résultats obtenus grâce aux efforts de chacun après seulement cinq jours de négociations», dont 150 euros de hausse de salaires, 50 euros de baisse de loyer des logements sociaux et une «baisse importante du prix de la bouteille de gaz et des carburants». Lundi, les élus réunionnais ont cependant annoncé qu
’ils refusaient, contrairement à leurs homologues antillais, de contribuer à laugmentation des bas salaires dans le secteur privé. Quant au patronat réunionnais, il propose une prime mensuelle de 50 euros pour les plus bas salaires.

Presse jaune (Le Point), 10 mars 2009 (20h07).



Scène d’émeutes à La Réunion

De violentes échauffourées ont opposé la police et les manifestants en marge de la mobilisation contre la vie chère. 8000 manifestants ont défilé dans lîle.

Poubelles en feu, galets, bancs et autres équipements publics jalonnent les rues du centre-ville et le boulevard Lancastel sur le front de mer de Saint-Denis. Paysage de désolation sur le chef-lieu réunionnais. Mardi, à Saint-Denis, les émeutes ont succédé à la manifestation. Le mouvement social prend ainsi une nouvelle tournure.

À 10 heures (heure locale), 5000 manifestants sont descendus dans la rue à Saint-Denis pour rejoindre, à midi, le square Labourdonnais, à côté de la préfecture. À Saint-Pierre, 3000 Réunionnais descendent jusqu’à la mairie. Beaucoup moins de monde que lors de la dernière manifestation du 5 mars.

Malgré une mobilisation en baisse, le Collectif d’organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion (Cospar) n’est pas déçu. Au contraire. «Nous sommes satisfaits, commente Jean-Pierre Técher, président de l’association Agir contre le chômage à La Réunion et membre du Cospar. La population montre une nouvelle fois qu’elle est derrière nous.» Ces sentiments sont partagés par l’ensemble du Cospar, qui regrette cependant les épisodes malheureux qui ont suivi le défilé de Saint-Denis. «Les incidents, qui ont émaillé la journée, sont le signe d’une profonde exaspération de la population qui a des attentes très fortes en matière de justice sociale», confie Ivan Hoarau, secrétaire général de la CGTR et l’un des leaders du Cospar.


Casseurs

À 13 heures, un syndicaliste interpelle les derniers manifestants. «Nous ne sommes pas là pour écouter de la musique. Allons devant les grilles de la préfecture pour ouvrir les négociations.» Vingt minutes plus tard, les premiers galets en direction de la préfecture sont jetés. Les événements s’enchaînent. Les policiers de la compagnie départementale d’intervention (CDI) repoussent les manifestants en leur lançant des bombes lacrymogènes. Les émeutiers, la tête enroulée dans leur tee-shirt, libèrent le front de mer de Saint-Denis. Ils se séparent en deux groupes. L’un se dirige vers le centre-ville, l’autre longe la côte. Sur leur route, ils lancent des galets sur les bâtiments administratifs, mettent le feu à des poubelles et renversent des voitures. À leur approche, les commerces descendent leurs rideaux de fer. Annette a peur pour elle et pour son camion-bar. «Ceux qui font cela ne sont pas des manifestants. Ce sont des casseurs. Ils veulent faire comme dans les autres départements d’outre-mer. Ils pensent pouvoir obtenir quelque chose que de cette manière.»

Une cinquantaine de casseurs avancent ensuite sur la route en bordure de la côte. Ils laissent  des monticules d’ordures, des cailloux et des poubelles en feu derrière eux. Trois kilomètres plus loin, à 15 heures 30, les émeutiers arrivent au Chaudron, quartier populaire de Saint-Denis. Ils prennent une grande surface comme cible, en brisant les vitres et pillant les rayons.  Des voitures sur le parking ont été incendiées.

La soirée étaient également mouvementée dans ce quartier et dans ses environs. Le Cospar appelle au calme et invite le patronat et la grande distribution à répondre à leurs revendications. Les négociations reprennent dès ce matin à la Préfecture.

Presse jaune (France Soir), 10 mars 2009 (16h19).

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