Une longueur d'avance

Publié le par la Rédaction


Lilian Thuram, à un journaliste qui l’interrogeait sur les évènements en Guadeloupe, sert cette phrase intrigante : «Les Antilles ont toujours été en avance sur la métropole. Si je vous parle de mai 67, vous allez me dire que je me suis trompé dune année… mais cest vous qui ny serez pas.» Car sil y a eu le mai 68 en métropole, la Guadeloupe, elle, garde la mémoire brûlante de son mois de mai 67. Voici, dans les grandes lignes, le déroulement de ce printemps qui a mis un an à traverser lAtlantique :

20 mars 1967, à Basse-Terre, un riche commerçant européen, bien connu des milieux conservateurs français, lance son molosse sur un artisan noir. Durant trois jours, Basse-Terre est enflammée par violentes émeutes, agrémentées de pillages de magasins et d
armureries. Dans un appel au calme, le préfet de la Guadeloupe déclare comprendre la colère populaire et que cet acte raciste sera puni. Mais comme toujours en pareil cas, les victimes sont considérées par le pouvoir en place comme les coupables, et cest ainsi que, malgré la promesse des autorités, les émeutiers seront condamnés à de fortes peines de prison.

En représailles, le 23 mars, une bombe explose à Pointe-à-Pitre devant le magasin du frère du commerçant béké (portant même enseigne qu
à Basse-Terre).

26 mai 1967. Dans la matinée, les gendarmes mobiles tirent sur des manifestants, faisant plusieurs blessés. Vers midi, une foule est rassemblée devant la Chambre de Commerce de Pointe-à-Pitre, et attend pendant que se déroulent les négociations entre organisations syndicales et représentants du patronat. Finalement les négociations sont rompues et un bruit court : le représentant du patronat, M. Brizzard, aurait dit : «Quand les nègres auront faim, ils reprendront le travail !»

Les affrontement commencent, grenades lacrymogènes contre conques de Lambi. Les forces de l
ordre chargent, apparemment pour permettre la sortie des négociateurs, et finalement ouvrent le feu, sur ordre du préfet, provoquant notamment la mort de Jacques Nestor, militant du Groupe dOrganisation Nationale de la Guadeloupe (GONG).

Le lendemain, la manifestation des lycéens en solidarité avec les ouvriers est également réprimée par les armes. De 80 à peut-être plus d
une centaine de Guadeloupéens sont assassinés par la police et larmée françaises. Des actes de torture sont commis, y compris sur des blessés raflés dans les hôpitaux.

Rebetiko no 1, printemps 2009
Chants de la plèbe.

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