Vers une Caisse antirépression à Montpellier

Publié le par la Rédaction

Carnaval & flicaille

 

Le 8 mars dernier, Mardi-Gras a eu droit comme d'habitude à son carnaval montpelliérain. En l'absence d'organisation officielle, les médias se sont permis de lui affubler depuis plusieurs années divers adjectifs tels que «alternatif», «anarchiste» ou «des gueux».

Sans surprise, la fête a été réprimée aux alentours de 22h30. Les courses-poursuites et échauffourées se poursuivant jusqu'aux alentours d'1h30.

Nous disons «sans surprise», car la répression de la vie nocturne à Montpellier est un vieux phénomène lié à la politique d'embourgeoisement du centre-ville via notamment l'opération «grand cœur». «Sans surprise», car Mardi-Gras sous la forme de batailles de farine et d'œufs à la sortie des cours avait déjà connu la répression au début des années 90, avant même que le défilé qui existe encore aujourd'hui n'apparaisse en 1995.

Tellement «sans surprise» qu'on pouvait lire le matin dans le torchon gratuit 20 minutes :

«Montpellier : Un carnaval sous haute surveillance 
Le rendez-vous circule sur les sites des collectifs anarchistes des grandes villes de France. Ce soir, Montpellier accueillera un carnaval alternatif : le Karnaval des gueux. Il s'agit d'un contre carnaval qui réunira anarchistes, antiautoritaires, anticapitalistes, résistants, et tous les mouvements alternatifs. Le point de départ est le Jardin du Peyrou à 19h30. Chaque année, près d'un millier de personnes sont au départ. La crainte des policiers est la fin de la manifestation lors de laquelle des heurts éclatent très souvent. “Il reste toujours à la fin un noyau de 200 personnes décidées à s'affronter avec nous”, indiquent des policiers. Il vaudra mieux donc éviter le centre-ville vers 22 heures.»

Les flics voudraient effrayer et isoler, ils ne s'y prendraient pas autrement…

Ce qui était annoncé arriva donc, après que le joyeux défilé, parti du Peyrou se scinde en deux entre certains qui sont restés place de la Comédie et d'autres qui rejoignaient petit à petit la place Ste Anne, via la rue de la Loge.

On a alors pu lire le lendemain sur la toile divers témoignages.

«À 22h30, les flics investissent la place de la Préfecture, ils frappent, bousculent, insultent aussi, ils arrêtent, contrôlent et musiciens, chanteurs, danseurs et fêtards sont rapidement évacués. Sur St Anne, ça bouge, musique, cris, rires, farandole autour du cadavre en flamme de Monsieur Carnaval, une banderole “Jamais répression ne tuera Carnaval” est suspendue à la grille principale de l'église. Sans aucune sommation, sans même qu'on ait eu le temps de les voir arriver, à 23h les brigades d'intervention débarquent, la surprise est de taille, nous ne les attendions vraiment pas si tôt, certains restent cloués sur place, ahuris, il y a des familles, des enfants, beaucoup de gens qui ne comprennent pas ce qu'il se passe. Nous sommes repoussés dans une rue adjacente et on est déjà des dizaines à suffoquer sous le gaz lacrymogène, certains reviennent blessés à la matraque ou au bouclier. L'ambiance devient vite chaude, très chaude. Des projectiles fusent de tous côtés, des barricades enflammées prennent forme. Les flics n'hésitent pas : bonbonnes lacrymos dans les yeux à vingt centimètres, flashball dans les pattes à un mètre, tonfas portés au visage… Pendant peut-être une demi-heure, c'est le jeu du chat et de la souris, les flics avancent, on recule, ils reculent, on avance… Des gens sortent nous engueuler, il paraît qu'on fait “trop de bruit”… La BAC entre en jeu, sur le flanc droit, une quinzaine d'agents, sans doute plus, commencent à prendre position. Nous sommes repoussés jusqu'au boulevard du Jeu de Paume où les flics stationnent, sécurisant le centre-ville. Il y a quelques arrestations, un mec a été piétiné lors d'une charge, un autre a la tempe en sang, beaucoup suffoquent sur les trottoirs, on s'organise avec les moyens du bord et on divinise ceux qui ont pensé à amener du sérum physiologique. Nous chantons et dansons en riant pendant une dizaine de minutes avant de repartir sur la préfecture où, paraît-il “ça chauffe !” En effet, le secteur est quadrillé, des flics PARTOUT, la moindre ruelle est fermée. On veut passer, on nous dit de “dégager”, paraît-il qu'on “casse les couilles”. On cherche les petits groupes éparpillés, on essaie d'éviter de laisser des proies trop faciles, puis, on ne peut pas laisser la soirée se terminer comme ça. Des affrontements éclatent un peu partout, des feux, des barricades, des sons de vitres brisées. La BAC charge, matraques téléscopiques en main, on entend des grenades explosives péter dans toutes les directions. On atterrit sur St Roch, une autre place où une cinquantaine de personnes a décidé de finir la fête, assez calmement. Vingt minutes plus tard, les poulets nous rejoignent à nouveau, à croire qu'on leur manque. Finalement, vers une heure du matin, la situation est “stable”, comme ils disent, les schtroumpfs rentrent à la maison se palucher en comptant le nombre de coups de tonfas, vider une autre bouteille et rire sur ces “foutus anars de merde”.»

Ambiance…

Toujours sur le net, les articles de Midi-Libre qui insinuent que la police n'a fait que répondre sont assaillis de commentaires :

«62 ans, rentrant chez moi. Je n'ai rien d'un agitateur patenté. Je confirme les dires de Robert : la provocation, c'était 20 cars de CRS sur la place du Marché aux fleurs, 150 jeunes devant les halles en train de chanter et danser, puis l'attaque des forces de l'ordre pour disperser les soi-disant “émeutiers”.»
«Certains ont répondu à la provocation de la police. Il ne se serait rien passé de tel s'ils n'avaient pas employé la force au milieu d'un carnaval plutôt modeste et bien entendu dénué de “mauvaises intentions”. Nous étions simplement là pour nous amuser. Lorsqu'un cortège de CRS armés jusqu'aux dents se met à vous courser et sans ménagement, vous taper dessus si vous êtes en travers de son chemin, j'estime que vous êtes en droit de vous défendre…»
«Ambiance particulièrement agréable et festive place Saint-Anne, je me disais “vraiment sympa de voir autant de jeunes réunis dans la bonne humeur”. À aucun moment je ne me suis senti menacé, aucune trace de violence ou d'agressivité, jusqu'à ce qu'une jeune commence à crier “les CRS chargent”, je n'avais entendu ni demande de dispersion, ni semonce. J'ai juste eu le temps de courir quand j'ai vu les boucliers à quelques mètres. Transformation express de la fête en affrontement, je me suis retrouvé quelques mètres à peine devant le mur des boucliers, étrangement protégé des lacrymos par la disposition des rues, j'ai alors vu des jeunes agenouillés devant les CRS (en signe d'apaisement) se faire gazer le visage à bout portant. L'image me reste… “magnifique” illustration de la répression gratuite. Je constate surtout qu'aujourd'hui quand je vois arriver le forces de l'ordre, je me sens en danger… Compagnie Républicaine de “Sécurité”, j'avoue que rarement je ne me suis senti aussi peu en sécurité.»

Bien sûr, certains commentaires vont dans l'autre sens :

«Dites-vous bien que Mandroux veut être non pas réelue mais élue tout court et que depuis le temps que les habitants et les commercants du centre se plaignent de la saleté, de la délinquance et du bruit causé par quelques soulards inactifs (entre autre) voilà son cheval de bataille. Souvenez vous de Candolle, 4 ans de bordel, et le mot est faible, 4 ans de laisser faire de la part de la mairie et de la préfecture et soudain… les CRS, et ces pauvres alternatifs-anarchistes de se plaindre que les CRS “eh ben ils sont pas gentils”. Ces gens qui s'amusent gentiment, sainement ils se lèvent le matin pour aller bosser ? Parce qu'on en est là, d'un côté ceux qui bossent et veulent du calme et ceux qui sont libres de toute obligation professionnelle (pour rester poli) et qui veulent faire la fête. Bien sûr je ne cautionne pas la violence d'où qu'elle vienne !»

Qui eux-même s'attirent des commentaires :

«Monsieur “Code Incorrect”, je trouve votre analyse légèrement maladroite. Les “obligations professionnelles” n'ont rien à voir ni avec la violence des forces de l'ordre, ni avec le fait que les jeunes font la fête. Je comprends que certains soient obligés de se lever tôt pour un travail qu'ils n'aiment pas, et que par conséquent leur moral en pâtisse. Mais ce n'est pas une raison pour en vouloir à ceux qui refusent cette triste vie. Avoir un emploi ne donne pas le droit d'exiger que les places publiques du centre-ville soient aussi calmes que de paisibles lotissements. C'est contre nature. Candolle, avant les quatre ans de rafles, c'était un lieu d'échange, de partage. C'est devenu un lieu triste, éteint, et les caméras sont là pour s'assurer que les gens tristes et aigris qui rentrent de leur dure journée de travail puissent bien rester chez eux, pour retourner travailler le lendemain… J'étais mardi soir du côté des “soulards”, du côté des “alternatifs” ou des “gueux”, peu importe comment on les nomme, et pourtant je “bosse” comme vous dites, je me lève le matin, et j'habite en plein centre. Je comprends et soutiens ceux qui font la fête. Quant aux violences policières, il suffit de les vivre pour voir d'où vient la provocation. Qu'on me traite d'émeutier si vous voulez, ça fait quatre ans que je ramasse des blessés pour leur offrir de l'eau et les calmer, la prochaine fois je saurai lancer des pavés.»

Reste ce constat :

«Toutes les manifestations festives (Carnaval, fêtes des fanfares, fête de la musique, Saint-Patrick, interventions à Candolle) “dégénèrent” depuis plusieurs années. Les interventions plus que musclées et inutiles des CRS sont habituelles. Des filles frappées, en pleurs parce que leur petit copain se fait tabasser, des peines de prison avec sursis totalement arbitraires pour des pseudo-lancers de canettes, des gazages et coups gratuits, tout cela fait partie de la normalité depuis bien des années à Montpellier.»

 

Le bilan annoncé faisait état de 9 policiers légèrement blessés et de 8 interpellations, avec une libération sans poursuite le lendemain. Ils étaient donc 7 à passer en comparution immédiate après 48 heures de garde à vue, dans un tribunal où tous les bancs étaient occupés par une cinquantaine de personnes venues en soutien.

 

Bilan : relaxe pour les deux accusés d'incendie de poubelle (le PV du flic ne donne même pas leur description), relaxe pour un troisième sur l'accusation de rébellion (les flics affirment qu'il a trébuché, glissé puis s'est cogné tout seul), par contre il admet avoir lancé une canette et est condamné à un mois de sursis plus 1000 euros à verser en dédommagement aux flics. Un quatrième admet lui aussi le jet de canette : un mois de sursis. Le cinquième admet aussi, mais il a une mention de possession de cannabis : 30 jours-amende de 10 euros, soit 300 euros moins 20% s'il paye dans le mois. Les deux derniers ont nié avoir lancé une canette mais ont été comme les autres condamnés à un mois de sursis (ça ne rapporte pas de reconnaître et de faire amende honorable).

À noter aussi que tous sauf un se sont fait sérieusement tabasser (bleus, crâne ouvert, longue plaie dans le dos après avoir été traîné sur 100 mètres au milieu des débris de verre…).

 

Commentaire trouvé sur le net :

«Bref, c'était une véritable parodie de justice, je passe les réflexions complétement déplacées de la juge, mais c'était VRAIMENT une journée de merde.»

Pour conclure, sachez qu'un comité de soutien s'est créé, qui compte faire de la propagande, prendre en charge les amendes (un concert aura bientôt lieu) et peut-être durer dans le temps comme caisse anti-répression sur Montpellier. Contact.

 

Infos Anti-autoritaires en Cévennes
à l'Assaut des Montagnes !, 15 mars 2011.

 

Comparutions immédiates suite au Carnaval
Karnageval / La fin du Carnaval ?
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Carnaval partout : premier appel de Montpellier

 


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Chinaski 28/03/2011 02:25



Dérives sécuritaires à Montpellier:


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Lors de la Saint-Patrick 2011 à Montpellier, une fois de plus les CRS ont chargé les jeunes venus fêter l'évènement et l'un d'entre eux risque de perdre la vue à la suite d'un tir de Flash-Ball à
bout portant dans la tête. Cela fait désormais des années que toutes les manifestations festives (Carnaval, fêtes des fanfares, fête de la musique, Saint-Patrick, interventions à Candolle)
“dégénèrent” depuis plusieurs années. Les interventions plus que musclées et inutiles des CRS sont devenues habituelles. Des filles frappées, en pleurs parce que leur petit copain se fait
tabasser, des peines de prison avec sursis totalement arbitraires pour des pseudo-lancers de canettes, des gazages et coups gratuits, tout cela fait partie de la normalité depuis bien des années
à Montpellier... Avec l'usage désormais de Flash-balls pour disperser les fêtards, un pas de plus a été franchi dans la répression et la violence policière. Un jeune homme de 18 ans risque d'en
faire les frais, bien d'autres ont déjà eu à subir coups et peines de prison arbitraires et injustifiées. Trop c'est trop: nous invitons toutes les personnes ayant été victime de violences
policières à Montpellier et également les autres à laisser des commentaires et à apporter leurs témoignages. Commencer à se regrouper et à communiquer, c'est faire le premier pas pour que les
violences policières et la politique répressive anti-festive cesse.