Vaines révoltes ou révolte dans les veines ?

Publié le par la Rédaction

 

Lybie, Jordanie, Maroc, Algérie, Bahreïn, Irak, Iran, Soudan, Yémen, Djibouti, Tunisie, Égypte… mais aussi Grèce (manifestations contre l'austérité tournant à l'émeute dans plusieurs villes) ou Burkina-Faso (émeutes dans plusieurs villes du pays pour protester contre l'assassinat d'un collégien par la police)… La révolte gronde de par le monde. Comme d'habitude, certes, mais d'une manière assez exceptionnelle ces dernières semaines… Aveugle et borné est celui qui n'en prend pas acte.

 

 

En Tunisie, où presque tous prédisaient le retour au calme et à la paix sociale dès le départ de Ben Ali, les révoltés ne décolèrent pas. Aujourd'hui encore [samedi 26 février] les manifestants se sont fait pourchasser par la police («Je vais vous apprendre ce que c'est que la démocratie…»  sont les propos d'un policier prenant en chasse les manifestants — rapportés par un journaliste). Hier, à l'issue de manifestations massives, bâtiments d'État, commissariats et magasins ont à nouveau été pris pour cible par la rage populaire…

 

En Égypte, les manifestants, de retour hier sur la place Tahrir, ont en été chassés par l'armée, au pouvoir depuis le départ de Moubarak.

 

En Algérie, après les encouragements d'Obama à Bouteflika pour qu'il poursuive les réformes et la «démocratisation», une nouvelle manifestation a, ce jour, été empêchée par la police qui quadrille toujours le pays.

 

La police lybienne, la police tunisienne, la police burkinabé, la police yéménite … sont des polices semblables ou identiques à toutes les polices de par le monde. Qui plus est, elles sont souvent entraînées par nos bonnes vieilles polices européennes… Partout dans le monde, le rôle d'un flic c'est de surveiller, enfermer et tuer. (En France, mercredi, dans la banlieue lyonnaise, un CRS a d'ailleurs tué un homme de 19 ans).

 

Président, Roi, Guide de la Révolution, Sultan, Premier ministre… Démocratie ou dictature… Partout sur la planète, le pouvoir est le même. Qu'il partage plus ou moins avec ses homologues bourgeois, qu'il carresse les vaches au Salon de l'agriculture ou mitraille le peuple, le pouvoir sert ses intérêts et ceux de l'économie. Qu'il se serve des armes pour mater les soulèvements ou qu'il les vende à d'autres (Espagne, Italie, Russie, France … ont par exemple récemment vendu des armes à la Lybie) : partout, tout le temps, le pouvoir est un pouvoir assassin.

 

Même si les journalistes tentent de faire croire que les millions de personnes qui descendent dans les rues du monde entier réclament unanimement plus de droits, un simple changement de régime, ou je ne sais quelle prison avec des barreaux dorés … ne soyons pas dupes ! Le point de départ de ces révoltes c'est d'abord et avant tout des conditions de misère dans un système où plus que jamais les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Il est certes plus évident pour les journaflics de parler de la «révolution Facebook» et des protestations des pharmaciens que des émeutes de chômeurs rongés par la faim ou des grèves de mineurs. Mais ne nous y méprenons pas ! La réalité de la révolte est celle liée à des conditions de vie de plus en plus dures pour la majorité de la population (la «mal-vie» comme disent les Algériens) alors que disparaît l'espoir de «l'ascension sociale» auquel ils nous faisaient rêver. Le capitalisme se restructure pour perdurer, la misère s'accroît partout sur la planète. Les populations européennes n'en seront pas indemnes…

 

Face au constat d'un système qui nous écrase tous et qui dépasse les frontières, rentrons dans la partie, affirmons notre solidarité en actes. Grèves et manifestations, prisonniers libérés, supermarchés pillés, commissariats, tribunaux et autres bâtiments officiels incendiés… Nous pouvons propager partout ce vent de révolte !

 

Bien sûr, il est sans doute bien plus confortable de penser que tout ceci ne nous concerne pas. Qu'il s'agit d'un évènement qui ne changera rien à notre quotidien (méfiez-vous : le cours du pétrole augmente…), que cela se passe trop loin, que les conditions de vie ne sont pas les mêmes… L'on peut aussi se persuader que ce n'est pas assez bien, qu'au mieux un régime en remplacera un autre, que «les gens» ne se battent que pour quelques miettes, que leurs revendications sont forcément insuffisantes… Bref, penser que tous ceux qui se battent «ailleurs» réfléchissent et agissent tous de manière identique, poursuivent les mêmes buts et défendent les mêmes intérêts… comme si l'Histoire était déjà écrite… 

 

Mailing - 26 février 2011.

 

 

Alsace libertaire (Version arabe), 22 février.

 

 

Révoltes en Afrique du nord et au Moyen-Orient

 

Comment ne pas parler de ce qui se passe dans cette région du Monde ? En même temps comment en parler ? Il y a tellement d’inconnues. La bonne surprise de ces soulèvements populaires contre les dictateurs voleurs ne peut que nous réjouir. La part prise par la société civile, syndicalistes en tête, devrait nous rassurer sur la crainte de voir cet élan vers la liberté récupéré par de nouveaux profiteurs ou par les islamistes. Pourtant…, que nos camarades de ces pays m’excusent, car je sais que cela les énerve et je les comprends, mais je ne peux m’empêcher d’imaginer cette dérive possible.

 

Il faut dire, à notre décharge, que nous en avons tellement vues des ces révolutions trahies, que nous ne pouvons nous empêcher d’y penser. Il faut aussi dire qu’en voyant les peuples européens se faire berner par des politiciens à la solde des maîtres de la finance (quand il ne le sont pas eux-mêmes, comme Berlusconi et Blocher), avaler n’importe quel bobard à force de matraquages publicitaires et voter contre leurs propres intérêts, on a de quoi être inquiet. Que dire également des collectivités qui se serrent la ceinture en rognant sur les services publics, l’éducation, la santé, les assurances sociales pour rembourser les folies spéculatives des banques ? On ne peut que se poser des questions sur la capacité de manipulation de ceux qui ont de gros moyens financiers et sur notre incapacité à leur résister.

 

Mais on peut aussi le voir sous un autre angle. Voilà une population qui prend subitement son destin en main avec courage, face à des potentats sanguinaires et qui nous montre l’exemple. Honneur à eux. Ils nous prouvent qu’il ne faut jamais désespérer, qu’une situation apparemment bloquée peut soudain se renverser, qu’il y a des prises de conscience qui peuvent s’accélérer, que le travail de fourmi des défenseurs des droits humains, de la justice, de la solidarité et de la liberté finit par porter ses fruits.

 

En bref, ils nous crient : «Ne vous laisser jamais dire, face à une injustice, qu’on ne peut rien faire !»

 

Michel Némitz - Édito du Bulletin mars-avril 2011
de la coopérative culturelle autogérée Espace Noir.

 


Publié dans Internationalisme

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