Évaluations à l'école : quelles logiques, quels enjeux ?

Publié le par la Rédaction


L’année dernière, les évaluations de CM2 et de CE1 ont provoqué une indignation générale. À la fois pour des raisons qui tiennent à la nature de lépreuve : la confusion entre bilan et diagnostic, les questions sur une partie du programme non étudiée, les items non adaptés aux cursus général des élèves, le codage binaire des réponses, limpossibilité de cerner, à partir de ce test, les compétences réelles des élèves, et bien sûr le caractère ultra sélectif de certains items et du temps accordé. À cause, aussi, du but avoué par la hiérarchie, den faire un moyen pour vérifier la bonne application des «nouveaux programmes» dont personne ne veut, et de servir de critère pour la mise en place de laide personnalisée, alors que justement la forme du test ne permet pas de comprendre doù viennent les difficultés rencontrées par les élèves. Et puis pour des raisons plus essentielles qui tiennent à la fonction que les évaluations jouent dans la politique gouvernementale ; le fait quelles soient sans cesse présentées comme un «outil de mesure par les résultats pour gouverner».

Ces critiques émanant des enseignants, comme des parents d’élèves, ont donné lieu à de nombreuses tentatives pour empêcher leur mise en place : boycott, refus de faire passer certains items, refus de faire remonter les résultats, confiscation des livrets d’évaluation par des parents d’élèves, grève des enseignants concernés le jours de passation de ces «examens». Toutes ces stratégies ont été largement freinées par la timidité du soutien des centrales syndicales et par les pressions exercées par les inspecteurs sur les enseignants récalcitrants mais souvent isolés. En de nombreux endroits, les résultats ont malgré tout été faussés ou ne sont pas remontés, ce qui n’a pas empêché les inspections de les mettre en avant pour valoriser ou menacer certaines écoles et obliger les RASED à en faire leur principal outil d’analyse et de fonctionnement. Les critiques qui ont été faites l’année dernière sont toujours d’actualité dans la mesure où le ministère compte renouveler l
expérience telle quelle.

De toutes façons, la justification générale de toute évaluation depuis 89, et qui était de nouveau avancée par Darcos de «mesurer objectivement les acquis des élèves», nest plus en fait quune vague incantation rituelle dépourvue de toute réalité, un simple alibi pour ce qui est une opération de pouvoir, de disqualification, de gestion autoritaire de ce que doit devenir lécole soumise à la culture du résultat, la mesure de la performance, le classement et la comparaison, lassignation à des normes de réussite, tant pour les élèves que les enseignants et les établissements. Les conditions de passation largement détournées, adaptées, hétérogènes, la diversité des formes de remontée des résultats, 22% officiels de non remise des livrets, les pressions et menaces sur certains IEN pour carrément trafiquer les résultats, le fait que l’administration ait voulu à tout prix les utiliser malgré leur peu de fiabilité et leur non sens montre bien que l’objectif affiché de «mesurer les acquis» n’est qu’un prétexte, et que l’objectif est bien ailleurs. Dans l’ensemble de la fonction publique, l’évaluation des personnels devient un outil de contrôle et de gestion essentiel, et il serait étonnant que l’Éducation Nationale échappe à cette logique. Ces évaluations nationales de masse sont amenées à être un des instruments privilégiés d’un fonctionnement au mérite (classement des écoles puis des enseignants), et d’une politique d’économies et de surveillance. À terme, lobjectif visé est de mettre au pas les enseignants afin de revenir aux supposés fondamentaux d’une école dont nous ne voulons pas qui produit de la différentiation, sélectionne, trie, oriente, reproduit les inégalités sociales et relègue le plus grand nombre…

C’est pour cela que nous pensons que tous les enseignants doivent manifester leur refus de mettre en place ces évaluations en fonction des possibilités et dynamiques locales. Dans certaines académies, comme Paris et Montpellier, ce refus s
exprime même par un mouvement de grève le lundi 18 janvier. Sur Lyon, la CNT Éducation a choisi de profiter de cette occasion pour vous inviter à une soirée-débat sur ce thème.

Soirée pédagogique autour de l’évaluation
Vendredi 29 janvier à 19h30
au local de la CNT Éduc,
44 rue Burdeau, 69001 Lyon.
Soirée annoncée et soutenue par : CGT, PAS, SUD et CNT, réunis lors de la demi journée d’information syndicale du 21 octobre, ainsi que par le SNUIPP.

Tartagueule à la récré no 78, janvier 2010
Bulletin de la CNT Éducation du Rhône.

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Lettre à l’attention des parents d’élèves
de l’école 24 Olivier-Métra 75020 Paris


À Paris, le 12 janvier 2010

Nous serons en grève le lundi 18 janvier et le jeudi 21 janvier 2010 pour les raisons suivantes :

Contre les évaluations nationales CM2 et CE1

Les évaluations CM2 mettent en difficulté les élèves car elles interviennent en janvier, donc sur des points non étudiés en classe et tout cela pour une finalité sur laquelle on s’interroge encore.

En effet, les résultats aux évaluations n
ont à notre avis quun seul objectif : classer les écoles entre elles en fonction des résultats. Ce qui entraînerait une ghettoïsation des écoles et à terme la disparition du service public déducation.

De plus, ces évaluations nationales ne prennent en compte que les résultats en maths et en français. Les missions de l
école sont beaucoup plus vastes.

Un système de notation très sommaire est mis en place : soit 1, soit 0 sans possibilité d
avoir une partie de lexercice juste.

Une prime de 400 euros est versée aux enseignants de CM2 et CE1 pour faire passer les évaluations. Cela crée des inégalités et des tensions dans les équipes. Il s
agit dune somme conséquente alors que des milliers de postes sont supprimés faute de moyens.

On nous cite en exemple l
école finlandaise comme un modèle de réussite scolaire, alors quelle na pas dévaluations.

Nous nous orientons au contraire vers un modèle anglo-saxon, centré sur la culture du résultat, dont les dérives sont désormais reconnues. Nous en arrivons à passer plus de temps à évaluer qu
à enseigner.

Pour la formation des futurs professeurs des écoles

Elle est en plein remaniement. Ainsi, des étudiants, préparant le concours de professeur des écoles, sont désormais chargés de prendre une classe en responsabilité sans avoir été formés au préalable et sans être titulaires.

Or, enseigner s
apprend au contact de maîtres expérimentés. Nous défendons le droit et la nécessité dune formation professionnelle.

Aujourdhui nous ne nous battons pas pour nos salaires ou nos statuts mais pour la défense dune école publique, lieu déducation pour tous et pour lavenir des enfants.

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