Inculpés de Tarnac : Laske but not least

Publié le par la Rédaction

Sabotage des TGV :
Les juges poursuivent la piste allemande


Caténaires. Des magistrats ont tenté d’entendre des témoins outre-Rhin en fin de semaine.

Huit mois après les faits, c’est évidemment un peu tard. Les juges antiterroristes chargés de
l’affaire des sabotages de la SNCF ont relancé, la semaine dernière, leurs investigations en Allemagne. La pose des crochets qui avaient endommagé des caténaires sur quatre lignes TGV dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 — Paris-Lille, Est et Sud-Est — a été revendiquée outre-Rhin dès le 10 novembre, en même temps que des incendies de postes électriques en Allemagne. Dans leur message, publié et authentifié par la revue antinucléaire Anti Atom Aktuell, les saboteurs assuraient avoir frappé le réseau ferré par «résistance» au lobby nucléaire, à l’occasion de l’acheminement de déchets par des containers Castor, de La Hague vers le site de stockage de Gorleben dans le nord de l’Allemagne. Jeudi et vendredi, les juges français ont donc tenté d’entendre trois militants antinucléaires en qualité de témoin, à Hambourg et Berlin. Deux rassemblements de protestation ont été organisés — l’un devant l’ambassade de France à Berlin —, pour dénoncer une «tentative d’intimidation» et de «criminalisation» du mouvement antinucléaire. Le premier témoin, Hauke B., ne s’est pas présenté, ainsi que la loi allemande l’y autorise. Une autre militante convoquée a été arrêtée lors du rassemblement déguisée en singe jaune, et portant avec d’autres un crochet géant, une réplique en tuyau de plomberie des fers à béton forgés pour stopper les trains. Conduite dans son déguisement devant les juges, elle a également refusé de s’exprimer.

Boulangeries. Un rapport de la Sous-direction antiterroriste (Sdat) de la PJ a désigné Hauke B. et Sandra G. comme suspects de «faits de sabotages contre le réseau ferré en 1996-1997 à l’aide de crochets métalliques» dans le cadre d’une procédure ouverte en 1999. Mais la Sdat a oublié l’essentiel, à savoir qu’ils avaient tous deux bénéficié d’un non-lieu au terme des investigations. L’affaire connue sous le nom de Goldene Hakenkralle — «crochet doré» — a été un fiasco policier et a donné lieu à un documentaire sur Hauke B. Les policiers avaient, entre autres, placé sous surveillance une chaîne de boulangeries bio, persuadés que des messages circulaient dans les pains. «Il est inadmissible que les policiers antiterroristes présentent ces innocentés comme des suspects», fait remarquer un antinucléaire français. La Sdat signale, dans son rapport, que Sandra G. serait «une relation de Julien Coupat», le principal suspect français, mais cet élément à charge ne pèse, en effet, plus grand-chose si elle a été blanchie.

Hormis leur présence à proximité d’une voie sabotée ce soir-là, aucun élément matériel n’est encore venu confirmer l’implication de Julien Coupat et de sa compagne, Yldune Lévy, dans les sabotages. Mais tous deux restent comme leurs amis de Tarnac poursuivis pour «destruction en réunion à visée terroriste».

Moulinet. En Italie, une procédure vient d’être ouverte à Pérouse pour une tentative similaire de sabotage de voies ferrées. Et l’on a cette fois des éléments attestant des préparatifs, mais aucun fait, faute de passage à l’acte. Alessandro S. et Sergio M. S., deux jeunes anarchistes, ont été arrêtés par la police antiterroriste, le 3 juillet, dans le cadre d’un vaste coup de filet sur la mouvance «anarcho-insurrectionnaliste», déclinaison italienne de l’appellation «anarcho-autonome». Ils étaient en réalité surveillés depuis seize mois. Les deux militants avaient été interpellés fortuitement, une première fois, le 27 mars 2008, à proximité de la voie ferrée Orte-Ancône, dans une Lancia blanche volée. Dans le coffre, les carabiniers trouvent quatre crochets enduits de graisse, enveloppés dans du papier journal. Ils trouvent aussi deux cannes à pêche, dont l’une sans moulinet, l’outil parfait pour la pose des crochets sur les caténaires. Selon les policiers, ces crochets répondaient aux consignes de fabrication d’un livret anarchiste, Mille façons de saboter ce monde. Un opuscule apparemment plus opérationnel que le livre du Comité invisible l’Insurrection qui vient, qui se contente de mentionner le sabotage des TGV sans entrer en matière. En 2004, l’Italie avait déjà connu une série d’actions de sabotage de ses lignes Eurostar, qualifiées de «terroristes» par les autorités. Le commissaire européen aux transports, Antonio Tajani, a salué les policiers antiterroristes pour avoir déjoué «un attentat visant la sécurité du transport ferroviaire». Les deux jeunes militants ont été incarcérés.

Réagissant aux interpellations italiennes et aux convocations en Allemagne, un collectif de soutien aux mis en cause français s’est trouvé un nouveau mot d’ordre : «Tarnac, Berlin, Pérouse, malfaiteurs de tous les pays associons-nous». «On complote contre nous internationalement, c’est donc internationalement que nous devons conspirer contre eux», annonce le collectif.

Leur presse (Karl Laske, Libération), 21 juillet 2009.

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