Tarnac : Concert de soutien et fichage

Publié le par la Rédaction

Concert de soutien aux inculpés de Tarnac du 17 janvier 2009 à Faux-la-Montagne

Hier soir nous sommes montés sur le plateau de Millevaches pour un concert de soutien aux «inculpés de Tarnac». Nous arrivons à Faux-la-Montagne. Tiens Tarnac n’est qu’à 7 km. Il est tôt 20h15, quelques personnes discutent dans les coins et au bar. La soupe chauffe. La salle est magnifique. Tiens il n’y a pas d’entrée payante : chacun donne ce qu’il veut. Nous mangeons un sandwich, buvons une boisson gazeuse ressemblant au Coca mais provenant du commerce équitable.
La salle se remplit peu à peu. Il y a beaucoup de jeunes. Là dans un coin une table avec des publications. Pas de vendeurs, juste une boîte où l’on peut mettre son obole contre documents. Et ça discute tranquillement de ci de là, l’ambiance est tranquille, souriante.

Le concert commence. Cinq musiciens entraînent les spectateurs dans la danse. La musique est de très bonne qualité, le son excellent, la chanteuse dégage une énergie communicatrice. Elle chante en occitan. Elle est en symbiose complète avec son compère chanteur et accordéoniste malvoyant. Le bassiste sur son instrument d’Afrique du nord, le percussionniste et le clarinettiste digne de concerts de Miles Davis complètent l’harmonie. L’ambiance chauffe. Pause. Un jeune homme habillé d’un magnifique pull en laine digne du Larzac vient prendre la parole. Il dit n’avoir rien préparé. Et puis les mots sortent peu à peu. Il dit l’intolérable manipulation. L’horrible répression, l’État policier. Il témoigne de la volonté de changement, de l’aspiration à d’autres valeurs. Il ne donne pas de leçon, mais de lui émanent une grande conviction et une force contenue. Il ne dit qu’à mi-mot. Nous sommes d’accord. Pas la peine de s’étaler, de convaincre, de prêcher dans le désert : nous savons pourquoi nous sommes venus ce soir soutenir les inculpés. Pendant le quart d’heure qu’aura duré sa prise de parole, les enfants nombreux seront restés tranquillement devant à écouter, le public silencieux et attentif, respectueux, préoccupé.
La fête reprend. Les danses sont joyeuses. Sur tous les visages des sourires. Avec la chaleur montante les vêtements sont posés à même le sol. Ici c’est comme une oasis de paix, pas de peur, de la bienveillance. Si nous sommes entourés d’anarcho-autonomes, ils sont bien respectueux des lois : pas un fumeur dans la salle, tous à l’extérieur à continuer les discussions. Les gens se retrouvent, se rencontrent, se présentent, des liens se tissent.

Et puis l’heure a tourné. Il nous faut y aller, demain il faudra soigner les bêtes au matin, et s’occuper des enfants. Nous quittons l’endroit le cœur plein. Il y a maintenant beaucoup de monde 200 ou 300 personnes je ne saurais dire. Un peu déçu de n’avoir vu qu’un groupe, mais tellement joyeux de savoir que toute cette jeune, belle et résolue population habite ici tout autour dans le noir et le sauvage plateau de Millevaches. Que le réseau de Millevaches est une réalité puissante informelle et invisible qui dépasse toute logique. Qu’ici c’est le cœur du nouveau monde qui bat, on ne se bat pas pour soi mais pour l’Humanité, on s’oublie pour vivre digne, on ne veut pas plus, on veut être libre d’Être.

Alors nous repartons sereins, la révolution du silence est en marche. Malgré les montées de violence qui peuvent nous habiter parfois, on sait bien que tomber dedans ne serait que donner l’occasion à cet État totalitaire de resserrer encore son étreinte. Non, c’est notre solidarité qui sera notre force, notre cohérence, le fait d’agir en conscience, dicté de l’intérieur et non par des idéologies périmées.
Un autre monde est possible, et nous ne sommes pas seuls. Nous redescendons joyeux au parking. Tiens une voiture roule au pas dans le noir. «Regarde la plaque, c’est les flics.» Oui, ce sont bien eux, pendant que la jeunesse danse, ils sont là tapis tels des loups en chasse, ils relèvent une à une les plaques d’immatriculation des spectateurs. Demain ils seront (sauront) exactement qui était présent, ils étofferont un peu plus leurs fichiers. Ils auront d’autres «preuves» pour essayer de casser toutes nouvelles tentatives d’insurrection, de révolution. L’État policier et totalitaire est bien là en marche devant nos yeux. Il essaye de sauver sa peau, il renforce sa mainmise. Il sent qu’il est en danger, qu’il arrive au bout, que l’impuissance le guette. Face aux changements de conscience et de mentalité, il ne peut rien. C’est dans l’invisible que l’essentiel se fait et rien ne pourra arrêter le «Nouvel Homme Mondial».

Hervé - Indymédia Auvergne, 19 janvier 2009
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