Remballe ton pape...

Publié le par la Rédaction


Du 12 au 15 septembre, Joseph Alois Ratzinger, dit Benoît XVI, chef de la plus importante secte mondiale, était de passage en France pour célébrer le 150e anniversaire de la soi-disant apparition de la Vierge à Lourdes. L’occasion pour lui de se payer une merveilleuse tribune médiatique pour étaler ses vues réactionnaires. Par exemple, vendredi 12, les JT de 13 heures de TF1 et France 2 diffusaient en direct les courbettes élyséennes de bienvenue au «très saint père».

L’autorité divine : la soumission légitimée

Sarkozy aujourd’hui, Jospin en 1996 (à l’occasion de la célébration du baptême de Clovis…) : non seulement les représentant-e-s de l’État reconnaissent les autorités religieuses, mais illes font également de leur venue officielle un moyen de rappeler les liens idéologiques forts qui les unissent. Hiérarchie, obéissance, soumission, voilà en trois mots comment nous pourrions les définir. La religion s’occupant d’imprimer dans l’inconscient collectif et dans la morale publique le respect de l’ordre social en place, l’État, ses flics et son armée, en étant le garant matériel… Les dominantEs de tous poils n’ont qu’à se féliciter de cette combinaison gagnante.

On pourrait croire les préceptes religieux passés de mode. On pourrait les croire évincés de la scène publique, dilués avec succès dans le principe de laïcité. Aujourd’hui encore, il suffit de regarder l’empreinte des croyances judéo-chrétiennes dans la prise en compte des questions sociales telles que l’avortement, la contraception ou encore l’euthanasie.

Pour beaucoup, les croyances religieuses sont inoffensives et acceptables, c’est à ce point une valeur sûre que c’est à ce garde-fou que l’on s’adressa notamment en novembre 2005, dans le but de faire revenir l’ordre dans les ghettos de la république. Dans les faits, la papauté, comme toutes les autres autorités religieuses, continue de diffuser ses lectures rétrogrades de la vie en société. Haine des homosexuels et des lesbiennes, mépris des femmes et du féminisme et du droit à disposer de son corps : la religion est porteuse de discrimination, de culpabilité et de souffrance. La passivité et le fatalisme font aussi partie de ces valeurs doctrinales : quoi de plus équivoque que le fameux adage «Mon royaume n’est pas de ce monde», enseignant la soumission du pauvre et de l’exploité-e, au nom d’une volonté imaginaire, cruelle et prétendument toute-puissante et immuable. Ce n’est pas pour rien si toutes les révoltes et révolutions porteuses d’émancipation sociale (1789, 1793, 1848, 1871, 1936 et 1968, pour ne citer que les hexagonales), se sont toujours réalisées contre dieu.

Les religions nient les antagonismes de classe en feignant d’intégrer dans une même communauté ses fidèles. Elles cautionnent les inégalités en valorisant la charité comme unique moyen d’action sociale, justifiant l’existence de pauvres et de riches. Dès lors qu’elles prétendent que nous ne sommes pas maîtres de notre destin (Ratzinger a entamé son discours élyséen en disant : «Depuis que la providence, m’a porté sur le saint siège»), elles annihilent définitivement toutes les possibilités de révolte.

Obscurantisme et haine de l’autre

Sarkozy a parlé de «la dignité humaine» défendue par la chrétienté et de son prétendu rôle positif dans «les progrès de l’humanité». Quelle farce ! Et quel révisionnisme ! Oubliés les océans de sang versés au nom de ses figures magiques, oubliées les dizaines de femmes traînées dans la boue, et jusque sur le bûcher, parce que la prégnance du christianisme n’a eu de cesse de répéter que depuis Ève, la femme est un être faible, fautif et intrinsèquement inférieur à l’homme, dont il faut se méfier. On mesurera aussi à quel degré d’extrémité on peut arriver lorsqu’on s’impose en défenseur d’une vérité, aussi infondée soit-elle.

En matière de progrès de l’humanité, on s’amusera à rappeler également les inepties que la religion continue de défendre, au titre du maintien de son influence doctrinale. Au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, la terre était centre de l’univers. Aujourd’hui, avec le créationnisme, véritable insulte à l’intelligence humaine, l’espèce humaine n’a que 3000 ans d’existence ! Mais le sens commun continue de trouver quelques vertus à ces édifices monstrueux. Par exemple, la religion est encore pour beaucoup une institution de la tolérance. Si l’on parle de tolérance à la soumission, peut-être. Mais si l’on nous parle de tolérance envers l’autre, alors peut-être faut-il rappeler que cette notion est incompatible avec ce que la religion définit comme un cadre normatif de l’existence «respectable». L’homosexuel-le, le-la transsexuel-le est-ille toléré-e au même titre que l’hétérosexuel-le ? Les religions constituent des idéologies totalitaires en ce sens qu’elles entendent réguler l’ensemble des compartiments de la vie publique et intime, sans exception, en niant la marge d’autonomie de l’individuE. Elles ont donc but de s’imposer et pour ce faire elle juge, elle moralise, elle sanctionne. Et en guise d’espérance, puisque généralement on lui trouve encore cette fonction, elle n’offre que fatalisme, repli communautaire et obscurantisme.

Aujourd’hui, on a tendance à croire que seuls les intégrismes doivent être combattus, parce qu’ils dépassent le cadre «acceptable» alloué à la religion : le travail sur les consciences, dans le respect de l’ordre républicain. Mais les intégrismes ne sont fondés sur rien d’autres que la défense de ces pseudos vérités transcendantes, ne se distinguant des pratiques «acceptables» que par les moyens dont ils se dotent. À noter que selon Benoît XVI, il y a deux dangers équivalents contre lesquels le chrétien doit lutter : l’intégrisme… et l’athéisme.

À bas la calotte, vive la capote !

Aujourd’hui, les relents d’un catholicisme exacerbé reviennent sur le devant de la scène notamment avec la question européenne. Sarkozy et d’autres entretiennent en effet volontiers la mystique de l’«Europe chrétienne», notamment autour de la question turque. À ce sujet, samedi 20 septembre, les différents courants de l’extrême droite européenne, ainsi que diverses tendances néo-nazies, organisaient à Cologne une manifestation transnationale contre «l’islamisation de l’Europe», jusqu’à ce que celle-ci soit interdite par la police grâce à la présence de centaines de militantEs antifascistes.

C’est aussi avec en arrière pensée la thématique du «choc des civilisations» que l’actuel gouvernement façonne de plus en plus les questions de l’immigration et en particulier celles liées à l’intégration. Enfin, avec d’aussi pieux éléments au gouvernement que Christine Boutin et Martin Hirsch, difficile de ne pas croire que les âmes charitables ne sont pas choyées par le pouvoir politique.

Les anarchistes, dans leur lutte contre la soumission accableront toujours les curés, les imams, rabbins et autres gourous. L’objectif est de faire exploser cette chape de plomb qui pèse sur nos esprits, le plus souvent à notre insu même, celle d’une morale publique pétrie de valeurs religieuses. Nous n’aurons de cesse de dénoncer les impostures mystiques qui s’opposeront toujours à notre désir d’émancipation sociale, économique, culturelle et politique. Nous sommes non seulement athées et matérialistes, mais nous pourrions également rajouter que nous sommes déicides, affirmant comme Bakounine que «ce n’est pas parce que Dieu n’existe pas qu’il ne faut pas l’éliminer».

La Sociale no 27, octobre 2008 - Feuille mensuelle du GDALE,
le Groupe D’Anarchistes de Lille & Environs.

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