Lutte des classes dans la Loire comme ailleurs

Publié le par la Rédaction

Jean Caby (Saint-Priest-en-Jarez) :
deux heures de débrayage pour dire «Non à la misère»


Depuis l’annonce de la fermeture du site de Saint-Priest-en-Jarez et la suppression de 340 emplois, les salariés n’avaient pas encore bougé. En milieu de semaine dernière, une délégation s’était rendue en Bretagne, au siège du groupe Aoste pour assister au CCE, où la direction avait donné les grandes lignes du redéploiement du pôle industriel et du plan de sauvegarde de l’emploi.

Hier, les salariés, visiblement toujours sous le choc, ont donné un premier coup de semonce, en débrayant durant deux heures. Et dès 9 heures, ils étaient plus d’une centaine dans la cour de l’entreprise, tous de blanc vêtu, des pieds à la tête. Avec un autocollant sur la blouse qui en disait long sur les états d’âme de chacun : «Ce produit est non conforme : à éliminer». Une immense banderole flottait sur l’imposant bâtiment où l’on pouvait lire «Aoste a tranché : 350 licenciements». À côté, un mannequin, la corde au cou, pendait dans le vide. L’ambiance était pesante.

«Ce qu’on nous propose, c’est le reclassement de 233 personnes, entre la Bretagne et Lille, expliquait le délégué FO, Richard Roze. Les salariés ne sont pas prêts à faire 900 kilomètres pour traverser la France et gagner au final entre 980 et 1200 euros. Ça intéressera moins de dix personnes. Pour les autres, ce sera un licenciement économique sec.»

Hier, le moral était au plus bas chez Jean Caby et ce débrayage de deux heures ne semblait qu’un préambule aux futures actions.

«Nous n’avons plus rien à perdre, poursuivait Richard Roze. Et nous n’excluons pas un appel à la grève. Tout peut évoluer. Rien n’est figé.»

Le prochain rendez-vous pour les négociations est fixé au 9 octobre prochain. Il devait initialement se dérouler symboliquement à Saint-Priest-en-Jarez. Il risquerait bien d’avoir lieu au final en Bretagne, affirmait hier un délégué FO. Comme par crainte de débordements.

Car chez Jean-Caby, ce sont de véritables drames humains qui vont se jouer d’ici l’été prochain. «C’était une usine familiale à l’origine. Pour beaucoup, les gens ont débuté ici leur carrière. D’autres travaillent en couple dans l’entreprise. C’est aussi pour cela que les manifestants arboraient hier un brassard noir sur leurs blouses blanches pour dire “non à la misère”.»

Frédéric Paillas - Le Progrès (édition de la Loire), 24 septembre 2008.

Publié dans Colère ouvrière

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