La police travaille dans la Loire comme ailleurs

Publié le par la Rédaction

Deux présumés terroristes d’ETA
arrêtés au petit matin à Trelins


Les policiers ont déniché au fin fond de la campagne, au dessus du petit village proche de Boën-sur-Lignon, en pleine nature, un couple suspecté d’être sympathisant du mouvement séparatiste basque.

Hier, à huit heures du matin, en pleine nature, à 700 mètres d’altitude dans les monts du Forez, la police judiciaire a procédé à l’arrestation de deux membres présumés du mouvement séparatiste basque ETA. L’interpellation s’est effectuée sans violence. Il semblerait que la prise soit importante, car le coup de filet réalisé sur la petite commune de Trelins s’est fait sentir jusqu’à Paris. Avant midi, la ministre de l’Intérieur, Michelle Alliot-Marie, adressait ses félicitations aux policiers.

Aucune information officielle n’a pourtant filtré sur les suspects, un homme et une femme, trentenaires. Actuellement en garde à vue à Saint-Étienne, ils restent muets comme des tombes. S’ils parlaient, ce serait a priori en espagnol. La femme pourrait être une sympathisante connue de l’ETA, Maria Lizarraga Merino. Ils devraient rester dans la Loire tant qu’ils n’ont pas été identifiés, au moins durant les 96 heures de la garde à vue. Hier, en fin d’après-midi, les recherches d’empreintes n’avaient rien divulgué.

Ils ont été arrêtés en possession de deux armes de poings, pistolets ou revolvers, de faux papiers et de documents dont les services de police n’ont pas donné la teneur. Ils étaient à l’intérieur d’une voiture volée, mais avaient dû passer la nuit dans une tente dressée là.

Difficile d’imaginer lieu plus reculé en pleine nature que l’endroit qu’ils avaient choisi. Il convient de grimper au milieu des vignes au dessus du village de Trelins, et pratiquement au col de la Pelletière, emprunter un chemin qui mène au milieu des genets et des pins. Seules des habitantes du hameau de Chorigneux ont noté un remue ménage inhabituel tout le matin. Elles ont même voulu aller ramasser des poubelles qu’elles croyaient avoir été laissées par des campeurs indélicats. La police scientifique leur a signifié qu’elle s’occupait elle-même de faire le ménage.

Deux chemins déservaient la cachette des présumés terroristes, assurément pour mieux s’enfuir. Les services de police ne leur ont pas laissé d’ouvertures et ne les ont pas dénichés là par hasard. Mme Montagne, procureur antiterroriste à Paris, reconnaissait qu’ils étaient depuis quelques temps sous surveillance. Ils étaient peut-être arrivé dans la région voilà quelques jours. Trelins et ses chemins sont loin du pays basque, mais de plus en plus, les indépendantistes se découvrent des bases arrières, espérant s’éloigner de ceux qui les suivent de trop près. Ou alors pour commettre des larcins qui permettent au mouvement de subsister. Bien des casses non élucidés, ici comme ailleurs, sont suspectés d’avoir profité à des actions terroristes.

Jean-Yves Moulin


L’ ETA «visite» souvent le département de la Loire

Ce n’est pas la première fois que l’ETA manifeste sa présence dans la région Loire-Haute-Loire. On remontera à 2001 et plus exactement le 16 mars où, à Saint-Étienne, les services de police découvraient, stationnant sur un parking à proximité de l’ancien site Manufrance, un camion de marque Renault. Le véhicule servit au vol commis une semaine auparavant d’une tonne et demi d’explosifs. Vol qui eut pour cadre Veurey dans la banlieue grenobloise. Premier épisode en date de la présence de l’organisation séparatiste basque dans la région.

Le 24 septembre 2001 sur l’A 47 à la hauteur de Saint-Chamond, sur l’aire de la Chabure, deux membres présumés de l’ETA étaient interpellés par les policiers. Dans la voiture des deux hommes, un Français et un Espagnol, on découvrait des armes de poing et un pistolet-mitrailleur. Cet arsenal devait servir à commettre un prochain cambriolage dans un entrepôt d’explosifs en Savoie. Jugés par la cour d’assises spéciale de Paris, les deux hommes étaient condamnés à la peine de 18 ans de réclusion criminelle assortie d’un sursis de 9 ans.

La Haute-Loire est également un département qui fut «visité» par l’organisation séparatiste basque. En septembre 2005 à Champagnac-le-Vieux lors d’une banale collision, un homme refuse le constat à l’amiable et prend la fuite. À l’intérieur de son véhicule on découvre une série de fausses plaques d’immatriculation.

Dans l’Yssingelais, en février 2005, d’autres fausses plaques d’immatriculation sont découvertes dans la voiture d’un automobiliste. L’homme s’avérait être un membre présumé de l’ETA en possession d’un pistolet-mitrailleur. Il était transféré à Paris pour être entendu.

En août 2007, sur la paisible commune de Commelle-Vernay, dans le Roannais, les policiers de la SDAT (sous direction anti-terroriste) effectuaient une perquisition dans un appartement-laboratoire qui s’avérait avoir été occupé par trois membres présumés de l’organisation basque. Une planque qui servit plusieurs mois au trio interpellé en juillet 2007 à Rodez.

Enfin, dernier épisode de la présence des séparatistes basques dans la Loire : le 10 octobre 2007 quatre personnes soupçonnées d’appartenir à l’ETA commettaient un cambriolage dans une usine de  Lorette (l’entreprise Labema). Ils faisaient main basse sur 2000 litres de nitro-méthane. Un butin destiné à la confection d’explosifs. Le quatuor n’a jamais été interpellé.

André Gavidia
Presse jaune (Le Progrès, édition de la Loire), 24 septembre 2008.

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