Universités et CNRS : une mise au pas au nom de la "croissance"

Publié le par la Rédaction


Le découpage du CNRS est, après le Pacte pour la Recherche, la création de l’ANR, la LRU et la mise en place de l’AERES, une étape supplémentaire dans la prise en main complète du pilotage de la recherche par quelques technocrates du ministère et leurs amis industriels.

Le découpage du CNRS en Instituts, assorti des nominations gouvernementales aux postes décisionnels, confirme la volonté de pilotage des orientations scientifiques par le pouvoir. Comme pour la loi dite «d’autonomie» des Universités, ce qui est attaqué ici c’est bien l’autonomie des divers champs scientifiques. Face à ce pilotage autoritaire, nous opposons le principe autogestionnaire : c’est nous qui travaillons, c’est nous qui décidons !

Cette politique mène à plus de précarité, des attributions de crédits sur projet, une recherche et un enseignement supérieur pour servir les intérêts du secteur privé dans la guerre économique internationale. Cette mise au pas nous est imposée au nom de la croissance et de la lutte sur le front de l’«économie de la connaissance».

Le credo de la croissance à tout prix a montré sans conteste ses limites et son absurdité. Alors que dans le monde la pauvreté s’accroît, que notre environnement est saturé de substances chimiques toxiques et que notre quotidien est envahi de gadgets électroniques coûteux et inutiles, comment ne pas voir que les améliorations de nos conditions de vie ne sont pas conditionnées par la «croissance économique» impulsée par l’innovation techno-scientifique ? Au contraire, il est nécessaire de sortir de l’impasse suicidaire de la croissance que les intérêts capitalistes imposent au monde !

La recherche que nous voulons

La CNT soutient toutes les tentatives concrètes pour une recherche et un enseignement supérieur au service de tous : s’opposer à la privatisation des recherches, développer les logiciels libres, donner libre accès aux résultats de la recherche, développer les universités populaires et les UFR autogérées, permettre la formation tout au long de la vie, s’organiser en équipes et laboratoires non-hiérarchiques, publier dans les revues gratuites…

Mais ce n’est pas suffisant, car le système capitaliste fait tout pour entraver le développement de ces initiatives. Seules la lutte et l’organisation collective permettront d’établir un rapport de force suffisant afin d’obtenir ce que nous voulons :
— Une Université et une Recherche autogérées où les buts et les orientations se décident de manière démocratique par des commissions élues issues du monde étudiant et académique,
— L’arrêt du recours aux contrats précaires et à la sous-traitance au sein des Universités. Une Université et une Recherche de qualité, cela commence par des emplois stables pour le personnel !
— Une abolition des hiérarchies salariales et cela commence par une augmentation des plus bas salaires !

Les financements existent, à nous de nous les réapproprier :
Transfert des crédits militaires : l’arrêt de la recherche militaire, qui, sous prétexte d’assurer notre «défense», ne sert qu’à accroître la domination des puissants, permettra de transférer les crédits de l’armée sur ceux de la recherche publique non mortifère.
Arrêt du crédit impôt recherche : ce système qui vise à rembourser la moitié des frais de recherche des entreprises privées est scandaleux. Une fois encore c’est de l’argent public qui sert à garantir des intérêts privés (via les brevets déposés par ces entreprises).
Suppression des agences d’innovation : les crédits énormes consentis à l’Agence nationale de la recherche (ANR) représentent un autre cas de détournement de l’argent public vers des projets conformes aux exigences du monde industriel ou de soi-disant intérêts collectifs (nanotechnologie, neuroéconomie, pharmacologie…) au détriment de pans entiers de la connaissance (notamment sciences sociales).

Publié dans Éducation

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