Lundi 5 mai 2008
Un théoricien de la Ligue communiste aux Éditions Lux

Les éditions Lux de Montréal viennent de faire paraître un livre de Daniel Bensaïd intitulé Les dépossédés – Karl Marx, les voleurs de bois et le droit des pauvres.

Ce livre est publié dans la collection «Instinct de liberté» dirigé par Marie-Ève Lamy et Sylvain Beaudet. Cette collection entend «proposer des textes susceptibles d’approfondir la réflexion quant à l’avènement d’une société nouvelle, sensible aux principes libertaires».

Or, Daniel Bensaïd qui est présenté sobrement en quatrième de couverture comme «enseignant la philosophie à Paris VII», est surtout, selon un simple clic vers
Wikipédia :

«Un philosophe et un théoricien du mouvement trotskiste en France. Il a participé au mouvement de Mai 68 lors de ses études à l’Université Paris X Nanterre en militant dans la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), aux cotés d’Alain Krivine. Après la fusion entre la JCR et le Parti communiste internationaliste en 1969 qui prennent le nom de Ligue communiste, il fait partie de son bureau politique avec — entre autres — Alain Krivine et Henri Weber. Bensaïd est maintenant un théoricien de la Ligue communiste révolutionnaire et membre du secrétariat unifié de la IVe Internationale. Son influence, politique et théorique, en fait un acteur incontournable dans le mouvement trotskiste mondial, et plus généralement dans le communisme antistalinien. Il est professeur de philosophie de l’Université de Paris VIII. Il est connu pour ses études sur Walter Benjamin et Karl Marx, ainsi que pour une analyse récente du post-modernisme français. Celui-ci est ainsi critiqué dans Les Irréductibles, à partir d’une mise au jour de ses implications philosophiques et politiques. Il rédige régulièrement des articles pour le périodique La gauche, mensuel nord-américain en langue française rattaché à la Quatrième Internationale. Daniel Bensaïd est également membre de l’Institut International pour la Recherche et la Formation.»

Nous ne discuterons pas ici de la valeur éminemment contestable du contenu de son livre qui s’abreuve de généralités contre la mondialisation et récupère tout ce qui bouge en France, des Enfants de Don Quichotte aux militants de Droit Au Logement. La Ligue communiste de Bensaïd, avec à sa tête le médiatique Besancenot, est en effet le type même de l’organisation spécialisée dans la récupération des luttes celles qui lui permettent d’exister un peu plus sur le terrain politique. Bensaïd «membre du secrétariat unifié de la IVe Internationale» ne peut ignorer l’orientation de son organisation réformiste et électoraliste mais Lux semble ne rien savoir.

La polémique Marx/Proudhon (
Misère de la philosophie…) discutée un peu vite dans ce petit livre a sans doute abusé les deux directeurs de collection qui lui attribuent, en l’acceptant dans leur collection, d’être «sensible aux principes libertaires». Bensaïd doit être le premier surpris d’être publié dans cette collection car ce brave militant n’a jamais eu de prétentions libertaires ou cela se saurait depuis longtemps. Et il y a fort à parier que le bureau politique de la Ligue perdrait alors ce valeureux infiltré aux valeurs soudainement libertaires. Mais un peu d’entrisme au Québec où aucune section de la IVe Internationale n’existe ne peut faire que du bien à ce brave homme.

On peut alors légitimement se demander pourquoi les éditions Lux et leurs deux directeurs de collection ont dissimulé, on espère par omission, le parcours trotskiste de ce militant obstiné. Est-ce parce que Proudhon est mentionné dans sa courte étude ? Est-ce que parce qu’il faut vendre ? Est-ce parce qu’ils croient ses pauvres idées génératrices de débat ? Est-ce parce que le parcours de Bensaïd leur a semblé un détail sans importance ?

Dans tous les cas, il s’agit d’une grande naïveté et d’une coupable incompétence critique.

Méconnaître ainsi ce qui sépare les pratiques trotskistes de celles des libertaires et surtout dissimuler la pratique réformiste et l’engagement militant de Bensaïd est plus grave. Ce petit travers peut relever de l’ignorance mais aussi de la manipulation d’opinion, façon soviétique.

Le milieu libertaire québécois, sans se draper dans des qualités immobiles ou fausses sur son existence et sa radicalité, n’a pas besoin pour se développer et entamer ses luttes d’interprétations fausses ni de radicalités de façades ou de mensonges par omission.

Ainsi, les éditions Lux devraient considérer leur activité réelle de maison d’édition à l’aune d’une exigence aussi bien éthique qu’éditoriale en diffusant des réflexions théoriques libres de toute idéologie ou en admettant leur collusion.

Titus d’Enfer, 24 avril 2008
Mercredi 23 avril 2008
Jour après jour, la dictature économique s’établit. Ou bien par les chenilles des chars pour compléter le pillage (Serbie, Iraq, Afghanistan) ; ou bien par le conformisme et l’obéissance d’une société corrompue qui accepte et reproduit avec résignation les conditions de captivité.

Dans de telles circonstances, le travail est la prospérité de l’économie ; les actes de guerre de la machine en temps de paix. La journée de huit heures contraignante dévore tout notre temps, toutes nos possibilités, notre humeur, toute notre existence… par les ordres quotidiens de nos patrons en échange d’un salaire.

C’est pourquoi nous sommes du côté opposé. Nous ne mendions pas des concessions sociales, nous ne sommes pas intéressés par les tripotages des syndicalistes à propos du système des pensions. Nous refusons d’être reconnaissants. Nous refusons bien entendu de négocier sur l’irrationnel. Parce que si le travail n’est pas quelque chose dont il faut être honteux mais c’est quand même quelque chose à quoi on est contraint. Chaque jour le même scénario, des visages fatigués, des yeux vides, des moments d’angoisse et notre dignité qui se perd avec la pointeuse des patrons.

C’est pourquoi nous nous armons des anciennes manières et en inventons de nouvelles pour échapper à la captivité du travail. Nous proposons l’attaque totale contre l’existant et la morale du travail. Piller les marchandises et l’argent des temples de la consommation et du profit ; cramer des cibles économiques ; saboter le cours normal de la production ; des ruptures auto-organisées au travail et des attaques.

C’est pourquoi nous sommes solidaires avec la décision révolutionnaire du compagnon Giorgos Voutzis-Vogiatzis qui est incarcéré pour l’attaque à main armée contre la banque ETE à Gizi, refusant d’accepter les menottes de la contrainte du travail. Comme signe minimale de perturbation du cours fluctueux de la dictature économique, nous avons attaqués hier soir des banques, des cibles gouvernementales et des agences d’assurance. Nous revendiquons aussi l’attaque contre la banque Emporiki au 124, rue Botsaris à Thessalonique (mercredi) et l’attaque contre une dépendance du ministère de l’Économie dans la rue Antigonidon dans le centre de Thessalonique (lundi).

Nous n’oublions aucun compagnon incarcéré. Nous reviendrons sous peu…

La Conjuration des cellules de feu Thessalonique-Athènes
Traduit de Direct Action News from Greece
La Cavale no 12, avril 2008
Correspondance de la lutte contre la prison
Mercredi 23 avril 2008

Un film de Naïma Bouferkas & Nicolas Potin, Non lieux, mai 2008

Printemps 2006, Toulouse. La rue déborde, le gouvernement «entend ceux qui manifestent, mais aussi ceux qui ne manifestent pas». Grèves, cortèges monstres, occupations et blocages. Le décor est planté, c’est le mouvement «anti CPE». Deux mois de routine brisée, c’est peu, mais ça laisse du temps pour discuter, s’organiser, se confronter. Grévistes, salariés, syndicalistes, policiers, usagers «pris en otage» : on est aux premières loges. Savoir terminer une grève ? Ne pas se rendre.
Mardi 22 avril 2008

Les Temps Maudits recherchent des contributeurs pour un dossier dont l’idée est détaillée dans le texte suivant.

La revue de la
CNT, Les Temps Maudits, va consacrer un numéro aux expériences autogestionnaires actuelles et à la question de leur impact face au capitalisme. Sans viser l’exhaustivité, nous nous ferons le relais d’expériences, concrètes et significatives, qui permettront de susciter le débat sur la valeur des différentes références à l’autogestion.

Les articles envisagés fourniront d’abord des descriptions actuelles de mode de fonctionnement autogéré, par exemple dans le domaine économique, mais sans se fermer à d’autres secteurs. Cela pourrait constituer un relais utile à ce qui se présente souvent comme une «alternative» au système, en en dessinant réussites ou difficultés dans la mise en pratique de ses propres principes. L’objectif principal de ce numéro ne sera pas de fournir un catalogue, mais bien de mettre en œuvre une évaluation critique, quoique sans sectarisme, de ces différents engagements, afin de susciter une réflexion globale.

Plusieurs enjeux traversent en effet ce thème, qui seront abordés en tant que tels ou à partir de ces exemples. D’abord, si l’on considère le caractère minoritaire de ces initiatives, la question se pose de leur capacité à passer outre un contexte capitaliste imposant, pour se développer ou simplement éviter de n’incarner, en lieu et place d’un changement sociétal égalitaire et émancipateur, qu’un repli sur soi, n’entrant pas fondamentalement en rupture avec le système. Ce problème renvoie à la bonne articulation à trouver entre des situations toujours spécifiques, les luttes sociales et ces alternatives, qui peuvent aussi incarner la possibilité encourageante de mettre en pratique certains principes ou répondre, dans des situations de crise, à des besoins élémentaires. Par ailleurs, la question doit aussi se poser de la récupération de la revendication d’autogestion par le capitalisme, par exemple à travers le management, ou de la tension entre syndicalisme et coopératives, organisation sur des bases de classe et «petite entreprise».

Finalement, c’est bien à une interrogation sur la redéfinition du sens d’un engagement anticapitaliste et sur la place qui occupe la référence autogestionnaire, à partir également mais sans exclusive, de l’exemple des mouvements sociaux et des pratiques syndicalistes révolutionnaires et anarcho-syndicalistes, que ce dossier voudrait aboutir.

Les Temps Maudits - Syndicat de l’Éducation CNT
4 résidence du Parc, 91120 Palaiseau
Mercredi 9 avril 2008


Mercredi 9 avril 2008
Motion du congrès CGA de mars 2008 concernant la situation politique et sociale en France

Un gouvernement offensif et décomplexé

Le gouvernement issu des urnes en 2007 poursuit les politiques antisociales de ses prédécesseurs en s’attaquant à l
ensemble des conquêtes sociales du XXe siècle. Ce processus engagé à léchelle planétaire depuis plusieurs décennies, connaît une phase daccélération en France et a comme finalité de garantir et daugmenter les taux de profits capitalistes.

Pour y parvenir, le patronat, soutenu par le gouvernement, attaque tous azimuts. La flexibilité du travail est accrue et les maigres protections existantes sont éliminées les unes après les autres. Dans le même temps, la part des richesses produites est de moins en moins reversée au travail. En s
attaquant aux retraites, à la sécurité sociale et aux assurances chômage, le patronat réussit dans le même temps à opérer un hold-up magistral et à souvrir des marchés colossaux. Les même vues sont appliquées pour les services publics et la fiscalité associée, où la part des contributions changent et les marchés souvrent.

Le résultat de ces politiques est à la fois de rendre les salariés plus dépendants des entreprises, moins rétribués, et de dessiner une société totalement ouverte aux marchés.

Matraquage idéologique

Pour permettre ces transformations à marche forcée de la société française, les dirigeants économiques et politiques martèlent leurs valeurs à la foi pour justifier leurs réformes et pour servir de nouveau socle idéologique à la société qu
ils construisent. À la place de ce quil reste aujourdhui des valeurs égalitaires et de solidarité, ils substituent les valeurs de mérite, dautorité, de consumérisme et de culte de largent, de travail individuel, de compétition, de réussite et de responsabilité individuelle.

Dans ce nouveau contrat social les valeurs d
égalité sont «ringardisées» avec une offensive contre les droits de l’Homme qui leur servent de socle, faisant ainsi sauter un verrou qui laisse la place au chacun pour soit et contre tous. Déjà, les politiques appliquées à la sécurité ou à limmigration donnent un aperçu de ces tendances et laisse entrevoir que le chemin de la barbarie peut de nouveau souvrir.

Dans un monde qui se durcit du fait de l
offensive de classe que mène la bourgeoisie, les gouvernements fabriquent une idéologie pour «période dure» qui permet de restructurer la société pour quelle saccommode de cette nouvelle gouvernance.

De rupture en rupture

Les tendances décrites sont à l
’œuvre depuis plus dune décennie et larrivée de Sarkozy à la Présidence nont fait que les entériner définitivement. Plus quune rupture, ce sont des micro-ruptures régulières qui ont été infligées à la société, déplaçant ses valeurs toujours plus du côté de la réaction. Lacceptation totale du marché par la gauche et sa gestion du capital lorsquelle a gouverné, a participé à construire les idées dominantes daujourdhui. De telle sorte quon a maintenant une homogénéisation de la pensée à gauche et à droite créant ainsi une classe politique unifiée et interchangeable, qui aspire à construire le même type de société. Les lignes de partage étant floues, Il nest pas étonnant que les tentatives de débauchages politiques marchent si bien dès quil y a un poste de pouvoir à la clef. Cette porosité devrait avoir de lavenir.

Le type de politiques menées aujourd
hui a donc une surface électorale énorme qui lui assure une pérennité. Dans ce jeu, lappareil UMP sest assuré les moyens de sa domination. Mais il ne reste plus au PS quà construire sa nouvelle machine électorale du type «New Labour» ou Parti démocrate à laméricaine, et ainsi finir sa mue. Cette évolution marquera par contre la fin de ses anciens partenaires/satellites PC et Verts à qui le PS ne donnera plus de fonction et qui seront incapables den trouver une nouvelle.

Champ syndical en transformation

Le mouvement social en général semble être sur la défensive et les idées révolutionnaires visant à son autonomie en recul. On assiste en effet à un recadrage des formes traditionnelles des mobilisations sociales par une représentation politique qui recourt à la spécialisation, la hiérarchisation des taches, la délégation de pouvoir, l’électoralisme comme forme de changement social.

Face aux attaques contre le monde du travail, les organisations syndicales qui pratiquaient la collaboration de classe en échange de «grain à moudre» octroyé par le patronat ou l
État, se transforment maintenant en machine daccompagnement des mauvais coups. Leur salut se trouve dans une professionalisation du syndicalisme, une vie syndicale verticale qui passe par les financements publics et une reconnaissance de leur rôle dinterlocuteur du pouvoir. Les organisations syndicales qui misaient, pour faire progresser les attentes des travailleurs, sur une dialectique alliant les luttes sociales des salariés et les gains électoraux de la gauche, se retrouvent aujourdhui orphelines dune représentation politique qui puisse faire avancer ses revendications.

Orphelines d
un projet qui leur soit propre pour transformer la société, elles ont délégué à dautres ces questions en réduisant leur champ dintervention à la seule défense des intérêts immédiats. Ceux qui confiaient leur avenir au PS ou à lalliance PS-PC il y a vingt ans, ne peuvent déléguer aujourdhui que sur les bases politiques du PS actuel, à savoir un horizon indépassable : le marché. Cela a de graves conséquences dans une période où le capitalisme est très offensif.

La compréhension qu
a une large part du monde syndical de cette offensive, cest quil doit être «pragmatique» et «sauver les meubles». Ainsi, paralysé et sur la défensive, il ne fait plus que gérer la vitesse à laquelle nous subissons les reculs sociaux.

Des espaces politiques et sociaux en construction

Ni la gauche politique, ni le syndicalisme réformiste n
ont de capacité à résister aux politiques toujours plus agressives des États et du capital. Cette situation réduit la «pertinence» de leurs positions de compromis pour empêcher les reculs sociaux et libèrent de nouveaux espaces. Celles et ceux qui veulent ne serait-ce que résister efficacement et gagner des luttes occupent et occuperont ces espaces et construiront des outils pour cela.

Déjà, cela se dessine dans les luttes de l
automne 2007. Dans le mouvement étudiant, les militant-e-s radicaux ont rencontré un espace qui a permis de construire la lutte. Elle sest construite, contre toute attente, dabord sans lUNEF, puis contre elle et enfin malgré elle. Dans les transports ce phénomène a été moins marquant, mais le mouvement reconductible a aussi été au delà des volontés des directions syndicales, même si les capacités dauto-organisation des salariés ont été moins marquantes quen milieu étudiant.

Ces espaces de radicalité s
élargissent et expriment une nouvelle situation politique. Pour autant, ils restent aujourdhui trop minoritaires dans la société pour construire les grands mouvements sociaux qui permettent de gagner, même lorsquils sont majoritaires à lintérieur dune lutte.

Ces nouveaux espaces de radicalité liés aux transformations de la gauche, aiguisent les appétits. Certains y voit la possibilité de les utiliser pour conquérir un espace électoral à 10 ou 15%.

Agir pour sortir des impasses

La délégation du changement social à des partis politiques par la voie électorale, ou à des syndicats co-gestionnaires n
offre pas plus de résultats aujourdhui pour aller vers une société égalitaire et émancipatrice, quelle nen a offert hier ou quelle pourrait en offrir demain. En effet, l’État nest pas le moteur du changement social permettant notre émancipation. Mettre ses espoirs dans une délégation à des formations vraiment à gauche ou au nouveau parti anticapitaliste de la LCR ne fera que nous éloigner encore et toujours de lémancipation réelle.

Pour autant, celles et ceux qui aspirent à changer la société doivent se confronter à la question politique de la finalité et des moyens de la transformation sociale de notre société. Loin des replis sur son champ d
intervention social, qui délèguent les choix structurants à ceux qui aspirent à nous gouverner, chaque mouvement doit tendre à poser la question globale des choix de société.

Dans ce contexte où l
Anarchisme organisé ne doit pas se laisser enfermer dans les logiques de marginalisation et de répression, laction de la CGA sarticule autour de deux axes :
— Un axe revendicatif visant à favoriser partout où nous sommes présents l’émergence de luttes ayant pour objectif la défense de nos conditions de vie et de travail mais aussi de renouer avec la voie des conquêtes sociales. Conquêtes sociales qui permettent daiguiser et consolider les tendances égalitaires et la conscience de classe.
— Un axe d’alternative sociale visant à favoriser d’une part l’émergence d’espaces et de pratiques d’auto-organisation et de démocratie directe mais aussi la valorisation d’un projet de rupture avec le capitalisme et l’État. Pour ce faire, nous devons diffuser nos idées porteuses du projet libertaire en opposition avec l’idéologie dominante.
Des interventions de ce type doivent favoriser les dynamiques d’autonomie du mouvement social par rapport à toute représentation et instrumentalisation politique en même temps que faire émerger un projet anticapitaliste à caractère libertaire.

Vendredi 4 avril 2008

Un appel aux portes à sortir de leurs gonds, par quelques lycéenNEs de Grenoble.

Cette année (comme les précédentes) les luttes sociales n’ont pas arrêté de fleurir avec des caractéristiques inhabituelles : l
incapacité des formations politiques à suivre de façon cohérente les revendications de la base et labsence de soutien des organisations syndicales aux mouvements. Ce qui est plus conventionnel en revanche cest laccaparement du champ médiatique par ces derniers, qui nhésitent pas à ordonner à la base de cesser le combat (voir lattitude de la CGT sur le mouvement des cheminot-e-s, celle de lUNEF, une organisation étudiante sur le mouvement LRU).

La véritable colère ne vient pas plus de la qualité du système éducatif que du pouvoir d
achat : nous vivons une époque terriblement inhospitalière, stressante et concurrentielle. Y réussir socialement nest pas plus alléchant quy foirer ses études. Lenrichissement des un-e-s se fait sur la paupérisation des autres, et un maigre chèque à la fin du mois suffit souvent à acheter notre assentiment et notre conscience politique. Les travailleur-euse-s nont plus daccident du travail, ils se suicident. Nous sommes de plus en plus nombreux-euses à refuser cet état de fait.

En tant que lycéen-ne-s, mais plus largement en tant que jeunes, nous nous sentons solidaires de toutes les luttes qui défendent les acquis de 200 ans de guerre sociale, de celles des peuples qui souffrent de la mondialisation, des combats contre les technologies sécuritaires qui restreignent la marge de contestation des générations futures, de la cause des sans papiers…

En isolant nos colères, nous jouons le jeu du pouvoir qui divise pour mieux régner. Or la rue est assez grande pour tout le monde.

Aussi nous appelons la société dans son ensemble à manifester et à bloquer. Non pas pour infléchir sur un hypothétique débat parlementaire, non pas pour permettre à des syndicats non élus de tenir un discours frileux en notre nom, mais pour imposer un véritable ultimatum au gouvernement quant à l
ensemble de sa politique, mais pour se rencontrer, mais pour discuter.

Révoltez-vous, cest magique !

Indymédia Grenoble, 3 avril 2008
Dimanche 23 mars 2008

Film de Philippe Cornet pour Strip-Tease, 1997
Dimanche 23 mars 2008
Jusqu’au dernier souffle
Il y a dix ans Baleno et Sole mouraient


Ils avaient choisi de lancer leur vie dans l’ouragan de la guerre sociale, avec l’imprudence typique des amants. Ils l’ont fait jusqu’au dernier souffle. Ils n’avaient pas le temps d’attendre, et le mirage de la société future n’a pas calmé leur urgence de vie. Ils ont choisi d’aller chercher l’ennemi, de le débusquer. Ils l’ont attendu sur les bords obscurs de la route, comme des voleurs de la nuit.

Ceci nous porte à l’intérieur d’eux.

Assez de pleurnicheries. Nous n’avalerons pas une autre peur. Assez avec les «victimes de la répression». Nous n’en pouvons plus. Sole et Edo ne sont pas des «victimes de quelque chose de plus grand qu’eux», pas plus que nous ne le sommes tous. Si Baleno, comme Sole, a choisi s’échapper de cette manière, ne leur ôtons pas non plus la dignité de ce choix, aussi tragique puisse-t-il sembler. Aussi mal que cela fasse. Et aussi peur. Déjà, parce que dans un monde où tout est prévu d’avance, ce choix nous rend à chaque instant, face à la chance ou au malheur, toujours et quoi qu’il en soit maîtres absolus de notre vie. Et la liberté fait peur…

Dix ans sont passés… Nous avons pleuré. C’est vrai. Trop. Nous n’avons plus de larme. Ce qu’ils nous ont enlevé c’est plus que la perte de deux amis et compagnons. Ils nous ont ôté la capacité d’un sourire insouciant. Ils nous ont offert l’ombre de la mort qui ne nous abandonne jamais. Merci. Nous sommes devenus plus impitoyables. Mais que les gardiens de l’ordre public ne se réjouissent pas. La désolation qu’ils installent dans le cœur des humains retournera. Les blessures inaltérables à la nature, tourneront. Tout revient. Plus croît le désert, plus s’endurcissent les cœurs, plus la révolte aura les traits peureux d’une apocalypse.

Baleno et Sole sont morts comme ils ont vécu. Sans médiation.

Imprévisibles, ils ont défié la médiocrité de leur époque.

Baleno et Sole ne pouvaient pas attendre.

Pour cette raison, ils ne peuvent pas mourir.

18 mars 2008

Edoardo Massari, dit Baleno, a été retrouvé pendu dans sa cellule de la prison de la Vallette, à Turin, le 28 mars 1998. Maria Soledad Rosas, appelée Sole, s’est pendue dans la maison où elle était assignée à résidence, le 11 juillet de la même année. Tous les deux étaient accusés — par les juges turinois Laudi et Tattangelo — d’appartenir à une association subversive et à une bande armée qui dans les années 90 aurait réalisée plusieurs sabotages en Val de Susa, en particulier contre des forages et des chantiers de la Haute Vitesse (ils ont été finalement tous absous ; seulement le troisième inculpé, Silvano, a été condamné pour un délit mineur). Depuis lors, les tentatives de construire le TGV (TAV) au Val Susa ont trouvé l’opposition d’une population insurgée pour la défense de sa terre. La combativité des Valsusains et de tous les rebelles qui luttent contre cette nocivité et d’autres est le meilleur cadeau à l’amour de la terre, les montagnes et la liberté qui animait Edoardo et Soledad.

28-29-30 mars : Initiatives pour les dix ans de l’assassinat de Sole et Baleno (Ivrea)

Vendredi 28 mars : Spectacle théâtral

Samedi 29 mars : Rassemblement à 13h30 place Stazione FS
«Presidi» itinérants dans la ville avec musique, «murales» et interventions contre les nuisances

Dimanche 30 mars : Brosso canavese à 9h sur la place du village
Promenade vers la Cavallaria — excursion montagnarde en souvenir de Sole et Baleno, amants de la liberté —
repas tiré du sac

Qui veut dormir sur place peut apporter sac de couchage et matelas.

Mercredi 19 mars 2008

Ça rend toujours un peu perplexe de voir nos chers dirigeants faire semblant de s’indigner des méfaits du capitalisme. Et pourtant, les scandales dénoncés par les médias et les politiques tous unis se multiplient tous les jours.

Scandale du pouvoir d’achat qui baisse. Le gouvernement va-t-il relever le SMIC, augmenter les pensions, augmenter les fonctionnaires, faire une loi qui oblige à payer plus les salariés ? Non, le scandale c’est l’augmentation des prix. Même la ministre de l’Économie va visiter un hypermarché, ce qui doit être relativement exotique pour elle. Ah, le gouvernement va donc revenir au contrôle des prix ? Non, pas besoin. Le Premier ministre mène son enquête et déniche quelques coupables. Comme si quelques cadres et patrons de la grande distribution étaient les seuls responsables de la baisse générale du niveau de vie et non le système basé sur le profit. Opportunément on peut dénoncer un complot de l’étranger : de grandes marques américaines et allemandes se seraient entendues sur les prix des produits d’entretien. Le coupable vient toujours de l’étranger.

Scandale au sein du MEDEF. Le scandale ce serait que là où il n’y a pas d’argent il y en a assez pour acheter des signatures ? Que plusieurs dizaines de millions d’euros aient été détournés pour les caisses noires du patronat ? Non, le scandale c’est que le serviteur zélé qui a organisé ce trafic au profit collectif du patronat aie touché 1,5 millions d’euros d’indemnité à son départ, dans un milieu où rappelons-le les salaires annuels se comptent en millions d’euros (parachutes dorés, stock options et autres accessoires non compris). La présidente du MEDEF, de colère, en interrompt même ses vacances. Pour dénoncer les trop fortes rémunérations de ses collègues les dirigeants français des plus grandes entreprises ? Non, pour dénoncer des «voyous» qui jettent le discrédit sur l’ensemble d’une profession respectable.

Scandale à la Société Générale. La Société Générale aurait-elle perdu quelques milliards suite à des opérations spéculatives hasardeuses notamment liées au marché américain comme il s’en commet tous les jours dans ses salles de marché comme dans celles de ses consœurs ? Vous n’y êtes pas du tout, cette pauvre naïve se serait laissée abuser par un modeste trader même pas chef…

On l’aura compris, tous ces scandales fonctionnent sur le même ressort. Lorsque la coupe risque de déborder, prendre un exemple sur un aspect particulier, l’isoler du système qui l’a produit, ignorer délibérément qu’il s’agit du fonctionnement quasi normal du système. En bref, s’intéresser à l’accessoire pour mieux détourner de l’essentiel. Logiquement, on cherche alors des coupables. Ces «scandales» ne sont plus du ressort du capitalisme, ils ne peuvent qu’être le produit d’un complot, relever du travail de la police suite à quoi le gouvernement pourra «agir». Il s’agit de corriger ses excès pour mieux assurer la pérennité du système, ou plus exactement d’ailleurs de faire semblant de les corriger car il n’est pas question d’y toucher réellement.

Nous avons affaire à un formidable appareil de propagande qui s’occupe de désamorcer préventivement les conflits grâce à un agenda médiatique qui semble gouverner toute l’action politique. Témoins les péripéties autour de la loi de rétention de sécurité. Le Conseil constitutionnel l’a quasiment avalisée, ce qui est déjà énorme, c’est la première fois en France qu’une condamnation n’est de fait plus fixée dans le temps. Mais, il a refusé qu’elle soit rétroactive. Correction minime apparemment, mais correction qui fait perdre tout leur bénéfice politiques aux auteurs de la loi car de fait elle ne pourra pas s’appliquer avant dix ou quinze ans (les assassins sont rarement condamnés à six mois de prison…). Et d’une certaine façon les médias ne s’y sont pas trompées. Ce qui est accessoire au regard de la gravité de cette loi est effectivement essentiel dans un style de gouvernement qui consiste non plus à légiférer dans un but précis (intérêt collectif de la bourgeoisie par exemple), mais où la législation est considérée comme une arme médiatique.

Cette gestion du pouvoir par l’outil médiatique est en train d’aller jusqu’au bout. Nous avions un «star System» pour faire rêver le peuple et des institutions pour le soumettre. Les hauts représentants de ces institutions font maintenant partie du «star System». Ces dirigeants politiques peuvent-ils durablement faire rêver les masses et leur taper dessus simultanément, nous verrons bien. En attendant, le «deux poids, deux mesures», qui a certes toujours existé, est maintenant ouvertement revendiqué par les autorités. De même qu’un Zidane peut donner un coup de boule à un collègue footballeur, un président de la République peut se permettre d’insulter un quidam alors que plusieurs lois ont été prises prévoyant jusqu’à de la prison ferme pour ceux qui insultent un flic, un prof, car ils sont des représentants de l’autorité, alors qu’on somme les fonctionnaires, profs notamment, d’avoir un certain comportement moral au nom du fait qu’ils sont les ambassadeurs de la République. Il y avait des plus égaux que d’autres, des passe-droits utilisés clandestinement, il y a maintenant des stars qui tiennent à montrer qu’elles ont tous les droits (qu’elles gardent leur liberté, en politiquement correct). Il y a effectivement une rupture de style dans la gestion publique des affaires du système.

OCL Paris

Édito du no 178 de Courant alternatif, mars 2008
Mercredi 19 mars 2008
Actions à Grenade :
2 janvier 2008 : L’agence immobilière «Molina olea» de la rue st.Anton est cramée.

30 janvier : Sont posés en cachette 10 litres d’essence avec allume-feu et dispositif retardant dans l’agence immobilière «Osuna» et dans le centre de beauté «Constituciòn».

Trouvé sur Indymédia Paris, le 14 février 2008

Qu’est-ce qui arrive à cette humanité ?

On est des travailleurs, chômeurs, étudiants ; cette gigantesque manière de vivre qu’on nous a inculqué mène partout à la destruction. De l’individu à la société, et de là à tout le monde, la misère de nos vies se reproduit avec toutes ses facettes.

On fait des boulots de merde, on loge dans des boîtes à chaussures, on vit comme des pas-encore-morts. On travaille 8 heures pour après pouvoir consommer 8 heures, on se met tout seul les chaînes données par ce monde qui «nécessite de l’argent», «a l’argent», «crève pour l’argent». Personne n’est heureux dans sa vie de misère. Le réveil annonce une nouvelle journée de merde : aller au boulot, prendre la voiture, se jeter dans le trafic, subir le patron, travailler 8 heures ou plus, reprendre la bagnole, et le soir sera pareil comme quand t’y es monté le matin, se jeter dans le trafic, se garer, rejoindre sa maison pourrie, donc aller consommer dans un supermarché avec ses lumières au néon, au magasin, satisfaire ton besoin d’acheter cette merde que tout le monde considère importante… Quels sont vos vrais désirs ?

Tu vas te coucher en pensant que tout se passe bien, que t’es heureux, que t’es en train de te réaliser comme personne, mais il y a quelque chose qui te manque, que tu tais en préférant te résigner. «Si je n’ai pas d’alternatives à ça, je préfère continuer ma non-vie. Si je risquais de me libérer de la propriété, des devoirs et des obligations imposées, que serait-il de moi ?» Et si on te disait qu’il y a une issue ? Un chemin qui passe par la destruction de la marchandise, de ses patrons, serrer la vis une fois pour toutes. Chouette, non ? Idéaliste, certes ; utopique, même, mais indispensable.

On nous a mis tellement de merde dans la tête avec la télé, qu’on adore notre modernisation sans se poser aucune question, aucun doute. On aime bien que les machines détruisent nos montagnes en les goudronnant pour y mettre des centres commerciaux ou des séries interminables de pavillons tous pareils. On aime bien être domestiqué avec des milliers de produits qui, plus que nous aider, nous imposent une consommation et donc une nécessité stupide. On aime l’inactivité stérile qu’on nous impose, une vie sociale superficielle. On aime bien crever jour après jour.

Mais nous, on en est fatiguéEs, surtout nos esprits. Ca nous effraie de penser à la retraite, parce que à cet âge-là on cherche autre chose et il y en a pas. Après avoir travaillé 50 ans ou plus, tu te rends compte que t’as perdu une partie de ta vie en engraissant l’engrenage qui bouge du lundi au vendredi, de 8h à 18h ; l’autre moitié de la vie tu l’as perdue dans un centre commercial ; ce qui reste, en regardant la télé, et bien peu de souvenirs d’une vie pleine.

Or, si vous voulez nous appeler «vandalEs» ou «fous» après tout ce qui a été dit, vous vous rendez pas compte de la violence faite contre nous-mêmes ? Auprès de vous, qui est pire ? qui crame des agences immobilières et le centre de beauté ? Ou qui reste indifférent ou regarde ailleurs lorsqu’ils détruisent les montagnes, mènent des spéculations immobilières sur les terrains, et une hypohèque de 20 ans à terme fixe de propriété d’une banque, ou ce loyer gonflé pour cette maison pourrie, ou cette liposucion, ces seins refaits, ou cette épilation laser qui te rendra esthétiquement acceptable dans cette société puérile. Combien de fausseté et d’hypocrisie dans cette manière de vivre.

Faites ce que vous voulez, nous on sait ce qu’il faut qu’on fasse. On sort la nuit, on fait ce qu’on considère juste et on dort avec un grand sourire sur les lèvres, parce qu’on sait avoir jeté un caillou contre nos chaînes. Et même si on sait que c’est que des actions ponctuelles, on n’attendra pas «le grand soir», car notre vie, elle, n’attend pas. Du moins notre terre et nos montagnes.

Si vous pensez être pour cette société de capitalisme sauvage, qui fait de l’argent sur le dos des gens, des animaux et des terres, préparez-vous une boîte de Prozac format industriel parce qu’existe une dissidence, il existe quand même un sommet de critique, il existe des personnes, des hommes et des femmes qui luttent pour ce qu’ils considèrent juste.

À BAS LA PROPRIÉTÉ !
À BAS LE CONSUMÉRISME !
À BAS LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE !

Signé : LES VIOLEURS DE LA PROPRIÉTÉ

P.S. : On n’est pas la kale borroka (en basque «guérilla urbaine à basse intensité») et on ne veut pas non plus lui ressembler. On est ceux-celles qui étaient dans la Commune de Paris, les révolutionaires de la Russie écrasés par les bolchéviques, les spartakistes allemandEs, ceux-celles de l’insurrection de ’34 en Autriche, les révolutionaires du juillet ’36, les rebelles hongroisES, ceux-celles du mai français de ’68, ceux-celles du ’77 italien, les ouvrierEs qui manifestèrent contre le capitalisme et le stalinisme à Berlin et en Pologne, ceux-celles de l’Internationale situationniste, ceux-celles du MIL, ceux-celles des commandos autonomes anticapitalistes, ceux-celles de la Angry Brigade… Oui ! On reprend notre histoire. On est des travailleurSEs, chomeurSEs, étudiantEs. RÉPANDS LA GRAINE DE LA RÉVOLTE !

Mardi 18 mars 2008
Ils ont failli me convaincre. J’étais ce parasite assailli par les couvertures de L’Express, de Marianne, du Figaro ou du Point, les diatribes de Charles Villeneuve, les persiflages de Jean-Pierre Pernaud, les remontrances d’Yves Calvi… Tous pointaient un doigt inquisiteur sur moi. «Arnaques en tout genre aux Assedic, pseudo-RMistes, fausses ordonnances, arrêts de travail bidon, trafic de cartes Vitale… En ces temps de crise où l’assistanat fonctionne à plein régime, l’imagination des tricheurs ne connaît plus de limites. Contre ces détournements qui commencent à coûter très cher à la collectivité, les organismes publics et la justice ont décidé de réagir.» (Gilles Gaetner, L’Express, 06/04/2006).

La chasse était ouverte. Je rasais les murs, évitais les heures de pointe et ne fréquentais plus que les bars où frayent les désœuvrés. Mais là aussi, on s’échangeait de tristes nouvelles :

«Ils ont radié José après l’avoir passé au détecteur de mensonges», «J’ai une enquête de train de vie sur le dos», «Ils veulent me faire signer un contrat d’insertion !», «Ils vont recouper tous les fichiers : CAF, Sécu…» Le remords me rongeait : j’avais négligé de vendre ma force de travail. Savais-je encore rédiger une lettre de motivation ? Ma concierge me suspectait. Je devais changer de vie. Alors, pour m’habituer aux hurlements du contremaître, je mis le réveil à 7 heures. Sur France-Inter, Nicolas Demorrand braillait comme un âne. Quand, ô surprise !, un flot d’infos vint adoucir mon angoisse.

«Laurence Pineau-Valenciennes, la fille du capitaine d’industrie, soumise à l’ISF, vient d’être condamnée à une peine de 8 mois de prison avec sursis et 25.000 euros d’amende pour avoir touché le RMI pendant 6 ans.»

«Les 200 “évadés” français du Liechtenstein ont détourné une somme globale évaluée pour l’instant à 1 milliard d’euros, soit une moyenne de 5 millions chacun.»

«Assedic : La fraude correspond à 0,61% des allocations versées.»

«Le responsable de la mission de lutte contre la fraude à la CNAF constate : “les cas de fraudes sont très rares : une centaine par an”. Soit 35,1 millions de fraude par an sur 60 milliards de budget (0,05%). Des chiffres dérisoires par rapport aux 30 milliards estimés par Éric Woerth, ministre du Budget.»

«Intermittents : la Cour des comptes a découvert que près de 16% des prestations étaient payées avec plus d’un an de retard. Mais, surtout, plus de 8% des cotisations des employeurs ne sont jamais versées aux employés. Soit 16 millions d’euros par an non versés.»

«Il a fallu neuf mois pour rectifier la situation de Gérard Gaudron, député maire d’Aulnay-sous-Bois qui touchait 1500 euros d’allocations Assedic en plus de son salaire de député.»

«La revalorisation des minima sociaux au début d’année a été de 1,6% pour le RMI et 1% pour les prestations familiales, alors que l’inflation a atteint 2,6% en 2007.»

«Denis Gautier-Sauvagnac, mis en examen en janvier dans l’affaire des retraits supects de fonds dans les caisses de la fédération patronale, a négocié une indemnité de départ de 1,5 million d’euros.»

«Frédéric Saint-Geours, nouveau président de l’UIMM, a déclaré hier qu’il entendait, “dans l’intérêt général”, “conserver” les 101 mandats nationaux qu’il détient, de l’ANPE à l’Unedic, en passant par l’Agirc et l’organisme qui gère le 1% logement.»

En ricanant, j’éteins la radio et saisis un livre sur ma table de chevet. On y lisait : «Désormais le travailleur s’identifie aux riches, et il se compare à ceux qui partagent sa condition : l’immigré toucherait des allocs et pas lui, le chômeur ferait la grasse matinée alors que lui se lève à l’aube pour aller trimer…» [
Mona Chollet, Rêves de droite, défaire l’imaginaire sarkozyste, Zones, 2008] Courage : avec de telles infos, le travailleur ne se trompera plus longtemps de cible, pensai-je en me rendormant.

CQFD no 54, mars 2008.
Samedi 8 mars 2008
undefined L’organisation de la société actuelle s’illustre par le schéma classique de la pyramide…

Le sommet, détenteur de l’autorité (conséquence de la délégation de pouvoir voulue par le système électoral), impose ses décisions à la base par l’intermédiaire d’échelons successifs d’agents exécutifs (dont le pouvoir diminue au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de la base).

Contrairement à cette organisation hiérarchisée, une société autogérée et fédéraliste peut se schématiser sous la forme d’un cercle…

La périphérie représente l’ensemble des membres et des cellules sociales ; le centre représente les organismes d’administration et de coordination. Les décisions sont prises à la périphérie et se répercutent au centre où elles s’harmonisent et se coordonnent, puis reviennent à la périphérie pour se réaliser. Chaque cellule sociale forme un cercle ayant sa périphérie et son centre. Tous ces cercles sont unis par des liens fédératifs.

On nous demande parfois comment et par quoi nous remplacerions le système actuel si nous en avions la possibilité. Voici quelques éléments de réponse…

Comment ? La CNT ne soutient aucun parti politique et ne place aucun espoir dans la voie électorale. Elle défend un processus de transformation révolutionnaire fondé sur l’autonomie du mouvement social. Celui-ci, aujourd’hui véritable contre-pouvoir potentiel, pourrait demain — s’il prenait conscience des ses capacités — se substituer aux autorités capitalistes et étatiques (à la faveur d’une grève générale inter-professionnelle par exemple).

Par quoi ? Pas question pour la CNT d’élaborer un projet de société «clés en main» ! Profondément autogestionnaires, nous pensons en effet que c’est à ceux et celles qui seront directement confrontés à un processus révolutionnaire de s’atteler à cette tâche. Élaborer un tel programme serait d’ailleurs complètement illusoire compte-tenu du fait que le monde évolue sans cesse (dans ces conditions, un programme bien ficelé risque de devenir obsolète ou, pire, de se transformer en dogme indépassable). Ceci étant dit, sans tomber dans les travers énoncés ci-dessus, il n’est pas inutile — dans le contexte actuel — d’avoir une idée générale de cet autre futur auquel nous aspirons…

Une démocratie directe et fédéraliste

Pour la CNT, la commune (ou groupement de communes) — cellule de base de la vie sociale — s’administre librement en dehors de toute tutelle étatique. Regroupant tous les individus, unités de production et associations d’une ou plusieurs localités déterminées, fédérée sur le plan départemental, régional et national, la commune prend en charge, par la création d’organismes spécialisés, l’économie locale et les services publics (consommation, habitat, santé, etc.).

Son fonctionnement, quartier par quartier, repose sur la gestion directe : assemblées générales par unités de voisinage, définition précise des mandats, envoi de délégués révocables à tout moment au plénum communal, réunion de celui-ci en séance publique et retransmission en direct des délibérations sur radio ou télévision locales, etc. Un tel fonctionnement écarte de cette manière les notables qui, aujourd’hui, monopolisent l’administration de la cité.

Quant au gouvernement, il est remplacé par une structure de coordination composée de délégués issus de la fédération des communes et de délégués issus de la fédération des lieux de travail.

Des lieux de travail autogérés

L’exploitation agricole, l’usine et le bureau sont gérés par tous ceux qui y travaillent. Les délégués, mandatés avec précision en assemblée générale et réunis en conseil, sont chargés de coordonner la production. Ils sont révocables à tout moment et leur tâche ne s’accompagne d’aucun avantage particulier. Il va de soi que ces délégués ne peuvent se fixer à un poste de responsabilité plus d’un certain temps. La formation continue permet de lutter contre la parcellisation des tâches et fait en sorte que certains savoirs professionnels ne se transforment pas en instruments de domination politique. La hiérarchie des fonctions et des salaires est abolie, laissant ainsi place à une véritable égalité économique et sociale. Quant à la durée du temps de travail, elle est considérablement réduite, compte tenu de la suppression des tâches reconnues socialement inutiles, de la réorganisation des forces productives et de l’utilisation nouvelle des technologies de pointe.

Afin d’éviter tout repli sur soi, les conseils d’entreprise sont rattachés inter-professionnellement (mais aussi par secteur d’activités pour les questions techniques) à une fédération locale, régionale et nationale, d’où pour toute décision un mouvement de va et vient entre les structures de base et les organismes de coordination. Cette fédération qui s’appuie sur le travailleur (unité économique) constitue avec la fédération des communes, fondée sur l’individu (unité politique), une organisation sociétaire duale liée à différents niveaux par une structure commune de coordination.

Une économie égalitaire et distributive

C’est aux conseils d’économie liés aux communes, ainsi qu’aux coopératives de consommateurs et à leurs fédérations, que revient le rôle de planifier la production en fonction des données démographiques et des besoins exprimés par la population. L’économie est ainsi fondée sur la satisfaction des besoins de tous, non sur les profits. Contrairement au mécanisme actuel, c’est la consommation qui oriente la production.

En ce qui concerne les échanges destinés à obtenir les produits nécessaires pour couvrir les nécessités de tous, plusieurs solutions sont possibles pour passer d’une économie marchande à une économie distributive. Outre la gratuité totale des services de première nécessité (transports en commun, médecine, etc.), le compte de chaque individu peut être crédité automatiquement, tous les ans par exemple, d’une somme répartie égalitairement et calculée en fonction de la richesse collective du moment. Pour éviter toute thésaurisation excessive, la monnaie utilisée à cet effet peut être une «monnaie fondante», c’est-à-dire une monnaie informatique se dévaluant progressivement en fonction du rythme général de l’économie, jusqu’à s’annuler au bout d’une certaine période.

Les phénomènes de spéculation peuvent également être supprimés à l’échelon industriel par une plus grande transparence des mécanismes financiers et par la création éventuelle d’un circuit monétaire spécifique réservé à l’achat des biens de production effectué par les entreprises. Enfin, une décentralisation économique est mise en place ainsi qu’un système inter-régional de péréquation pour éviter les déséquilibres entre régions «pauvres» et régions «riches».

Confédération nationale du Travail
Union locale des syndicats de Lille, 7 mars 2008

Vendredi 7 mars 2008
Les élections municipales sont en ce moment sur le devant de la scène. Comme chaque fois, elles focalisent les énergies et développent la même illusion que toutes les autres élections, celle qui consiste à penser que notre quotidien peut s’améliorer en le confiant à quelques uns, sans qu’aucun contrôle effectif ne puisse s’exercer sur leur gestion.

Si le but poursuivi par ceux et celles qui s’engagent est de prendre en main l’ensemble des décisions qui les concernent, ce n’est pas à travers les élections, fussent-elles municipales, qu’ils y parviendront.

Nous traversons une période qui s’illustre par ses reculs sociaux et la dégradation de la qualité de vie qui l’accompagne. La capacité à construire un rapport de force favorable à tous ceux et toutes celles qui subissent ce système, vers une société de liberté, d’égalité et d’entraide, demeure le seul enjeu. Les tractations institutionnelles amenuisent cette capacité et ne peuvent y répondre. Seule la lutte le peut.

Prenons nos vies en main ! Agissons au lieu d’élire !

Montpellier, le 5 mars 2008
Coordination des Groupes Anarchistes
 
Samedi 1 mars 2008

VALEURS SÛRES
Tout fout le camp, mais pas partout. Il y a encore des vraies familles où des parents épris de tradition et conscients de leurs responsabilités enseignent le sens de l’honneur et du devoir à des enfants qui les écoutent. Ici on répand la bonne parole… (Manu Bonmariage, Strip-Tease, 1993)

Contact

Le Jura Libertaire
Au Coffre-Fortcoffre-fort.JPG
rue de Bonneville
(en face de l’I.M.E.)
F-39200 saintClaude

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