Samedi 17 mai 2008

Jeudi 15 mai 2008, le rassemblement unitaire des salariés du secteur public à Lille a été témoin d’agressions de la part de la police nationale et de jeunes militants fascistes. Ceux-ci s’en sont pris à la CNT et aux individus présents dans son cortège.

Un manifestant s’est fait arrêté, sans raison, alors que le défilé passait devant la gare, par des policiers en civil non identifiés comme tels (pas de brassard). Les CRS ont ensuite repoussé les manifestants qui se trouvaient aux environs de l’interpellation. Par la suite, alors que la manifestation était terminée et que nos camarades rentraient, trois d’entre eux ont été physiquement agressés par une bande de néo-nazis qui scandaient : «Le fascisme vaincra !». À ce sujet, rappelons que les militants d’extrême droite des «Jeunesses identitaires» (ex «Unité radicale») ont pignon sur rue depuis l’ouverture récente de leur local à Lambersart. Leur activisme n’aurait donc pas tardé à se manifester.

Aujourd’hui, c’est bel et bien le mouvement social dans son entièreté qui a été attaqué par la droite et ses nervis. L’union locale des syndicats CNT de Lille et environs dénonce fermement ces agressions et appelle dès maintenant à réactiver le comité de vigilance antifasciste sur la métropole lilloise. Ne laissons pas faire les casseurs de grève.

Samedi 17 mai 2008

La solidarité s’organise sur le bassin arboisien pour soutenir les grévistes et leurs familles.

À l
appel de la CGT et de la CFDT, la grève a débuté mardi à lusine Bost-Garnache Industrie (nos éditions de mercredi et jeudi) dArbois qui est spécialisée dans la fabrication de tournevis, de clés et lames de scie.

Les salariés demandent une augmentation de 100 euros net par mois pour tous. Les grévistes se plaignent aussi de la hausse des cadences et des pressions qui en résultent depuis que le groupe Facom, auquel appartient BGI, est tombé en janvier 2006 dans l
escarcelle de Stanley (USA), leader mondial de loutillage. «Ce sont des fonds de pension et ceci explique cela. Tout le monde en a ras-le-bol. On na jamais connu une grève aussi longue chez BGI», témoignait vendredi Lionel Fournier, le délégué CGT du site. Selon le syndicat, la grève mobiliserait environ cent dix des deux cent soixante-dix salariés du site. Lassemblée générale qui sest déroulée hier en fin de matinée devant lusine a réuni quatre-vingts grévistes, qui ont reconduit le mouvement jusquà lundi, où une assemblée générale est prévue vers 10 heures.

La production stoppée

Les grévistes ont rejeté les propositions de la direction, qui consistent principalement en une hausse de 1,2% en juin, une hausse de 20% de la prime de transport (0,10 centime/km actuellement — sic) et l
ouverture de négociations salariales par échelons. Tous les grévistes présents à lA.G. ont voté contre. Lusine reste bloquée et la production est stoppée depuis mardi. Les salariés en grève se sont rendus hier matin sur le marché dArbois et devant les grandes surfaces pour faire signer une pétition de soutien. Une urne était à disposition pour aider les familles des grévistes, qui a permis de récolter 674 euros en quelques heures. Bernard Amiens, maire dArbois, a rencontré les grévistes. «Nous apporterons un soutien financier aux familles qui pourraient être en difficulté et nous encourageons les grévistes à rester dans le dialogue pour éviter une situation de blocage», a expliqué le maire. Marianne Meunier, conseillère municipale et secrétaire départementale du Parti communiste a témoigné du soutien de son parti. Norbert Maire, conseiller général, a, lui aussi, rencontré les grévistes sur le site, demandant à être prévenu si une évacuation était décidée par les forces de lordre (un huissier est venu constater le blocage vendredi matin). Le député Jean-Marie Sermier a assuré quil sollicitera le Conseil général pour apporter une aide aux familles en difficulté. Quant à la direction de lusine, elle nétait pas joignable vendredi après-midi.

S.D. (avec Dominique Simon)
Le Progrès (édition du Jura), 17 mai 2008
Jeudi 8 mai 2008

Il y a deux mois à Marseille, les caissières en grève du magasin «Carrefour grand Littoral» faisaient la «une» de Libération et du Parisien, l’ouverture du journal de TF1 et de France 2, l’objet d’articles, de débats et d’émissions. Elles découvraient leurs mots dans les journaux, leurs visages à la télévision, leurs voix à la radio.

Elles apprenaient à s’exprimer publiquement, elles organisaient les tours de garde pendant l’occupation du magasin, elles trouvaient des solutions pour faire garder leurs enfants, des solutions aussi pour nourrir une centaine de grévistes.

Elles avaient fait connaître leurs revendications :
— Des tickets restaurant à cinq euros au lieu des 3,05 euros octroyés («parce que si vous connaissez un endroit où l’on peut avoir un sandwich et une cannette pour moins cher, dites-le moi»).
— Une prime exceptionnelle de 250 euros.
— Le droit de travailler 35 heures pour les caissières à temps partiel.

Le 16 février, après seize jours de grève, les caissières reprenaient le travail.

La CFDT, syndicat majoritaire venait de signer avec la direction un protocole sans appel :
— Les tickets-restaurants étaient augmentés de 45 centimes à condition que le taux de démarque du magasin passe sous la barre des 2,4%.
— Le principe d’une prime était refusé.
— Les salariées à temps partiel de 24 heures étaient autorisées à travailler trois heures de plus.

En d’autres termes, pour les caissières, le double choc de la reprise et de la défaite. «On est rentré en larmes. On n’a pas fait de scandale, rien, on a chacune été pointer et s’asseoir à notre caisse, mais toutes les filles pleuraient.» Les larmes ont fini par sécher, le magasin est à nouveau rempli de clients et les syndicats ont rangé leur drapeau.

Alors aujourd’hui, quel regard ces femmes portent-elles sur ce qui fut pour beaucoup d’entre elles leur première mobilisation ?

Yolande, cinquante-six ans, mère de trois enfants, est aujourd’hui amère : «Je me suis sentie humiliée. Après seize jours de grève, je suis rentrée comme une esclave. Je suis sortie pour dénoncer mon état d’esclave et je suis rentrée encore plus esclave que lorsque je suis sortie. Je n’arrive pas à le digérer.» «Même avec tous les “Malloc”, tous les comprimés de la terre, ça ne passe pas», renchérit Myriam.

En somme rien n’a changé, elles perdront même deux journées de salaire qui leur seront prélevées tous les mois durant les six à venir.

Dans son cabinet de consultation, le médecin du travail constate tous les effets de cette défaite : «Ça a été une catastrophe psychologiquement. Je ne sais pas si vous voyez la ponction de salaire que ça représente cent euros de moins par mois. Déjà qu’ils étaient étranglés, là ils sont carrément asphyxiés. Je peux vous dire que des gens heureux, je n’en vois pas beaucoup en ce moment.»

Depuis la reprise, le magasin fonctionne au ralenti. «Avant la grève, s’il y avait un papier par terre, je le ramassais, maintenant non», dit une caissière. «Je fais le minimum, je ne me presse plus, je n’essaie plus d’aider le magasin à faire un bon chiffre parce que je sais que ce n’est pas mon magasin, c’est celui de la direction», ajoute une autre. «On continue la grève par d’autres moyens, résume une troisième, on fait durer les pauses, on arrive en retard, beaucoup sont en arrêt-maladie.»

Pourtant, et de façon presque paradoxale, personne ne regrette l’engagement dans la mobilisation.

L’amertume de la défaite se mêle à la fierté d’avoir osé affronter «un monument», d’avoir découvert que la grève était un droit pour elles aussi, et d’avoir démontré que c’est aussi grâce au travail et à l’investissement des caissières que le magasin ouvre chaque jour. «Ils croient que nous ne sommes que des numéros, des toutes petites caissières de rien du tout, mais ils ont bien vu que sans nous, leur chiffre d’affaires c’est zéro.» «Ce n’est pas seulement les chefs de rayons, les ingénieurs et tout çà qui font tourner le magasin, c’est nous aussi. Et là, maintenant, ils le savent.»

En entrant en lutte, ces caissières sont sorties de l’anonymat d’un travail qui les rendait interchangeables pour faire entendre leur voix, leurs difficultés et leurs exigences. Cette voix a été relayée, entendue, débattue et leur défaite matérielle ne peut venir à bout de ce sentiment de dignité retrouvée. «C’est comme si pour la première fois je pouvais dire à mon patron, voilà ce que je pense et tu vas bien être obligé de m’écouter.»

Leur mobilisation a transformé une juxtaposition d’individus isolés en un groupe de travailleuses porteuses de revendications communes. Comme le décrit le sociologue
Lilian Mathieu, l’expérience de la grève est l’occasion de la découverte de la force du collectif, et, dans ce cas précis, on pourrait dire de «l’existence» même d’un collectif.

Le groupe créé devient le lieu de déploiement de nouvelles compétences, de nouveaux apprentissages, de ressources insoupçonnées. «Pendant la grève, on faisait tout nous-mêmes. On gérait l’argent, on faisait des tours de ménage, on décidait les actions à mener. Moi je n’avais jamais fait tout ça et, surtout, je n’aurais pas pensé que j’en étais capable» explique une jeune caissière.

Cette découverte s’est aussi doublée d’une mise à distance de leur rôle de mère et d’épouse. «Moi je faisais aussi la grève à la maison ; grève du ménage, de la nourriture. Mon mari a dû se débrouiller alors que normalement je fais quasiment tout. Mais il n’avait pas le choix. C’était trop important pour moi», explique une caissière mère de deux enfants. «Mon mari a vu qu’il avait perdu le contrôle. Et ça lui a plu au final de me voir faire la révolution», sourit une autre.

En fait, la reprise du travail n’a pas détruit ce collectif créé par l’expérience de la grève. Certaines d’entre elles ont ainsi décidé de se syndiquer pour la première fois : «J’ai compris qu’il fallait être dans un groupe pour ne pas se laisser marcher dessus.»

Aujourd’hui, elles disent se connaître mieux et différemment, et toutes se déclarent prêtes à participer à de prochaines mobilisations. Tristes de la défaite mais en aucun cas dégoûtées de la grève.

En ayant fait cette grève, ces caissières participent ainsi à ce qu’on pourrait appeler un «renouvellement militant» qui, s’il signale un déplacement des luttes, invalide l’hypothèse de ce qu’Olivier Filleule nomme un «désengagement militant» (Le désengagement militant, Paris, Belin, 2005).

La question posée par le titre du livre de
Jacques Ion, La fin des militants ? (Paris, L’atelier, 1997), trouve ici à Carrefour grand littoral une réponse négative.

Ces dix dernières années ont été marquées par une multiplication de luttes dans des secteurs traditionnellement étrangers aux mobilisations collectives. La FNAC, Castorama, les sociétés de nettoyage, Maxilivre, Arcade, Monoprix, Mac Donalds pour ne citer que les plus médiatiques ont été le lieu de grèves menées par des salariés le plus souvent non syndiqués, majoritairement des femmes au statut d’emploi précaire.

Ce que Lilian Mathieu nomme «les mobilisations improbables» signent l’entrée sur la scène politique et syndicale de nouveaux secteurs du salariat qui, quels que soient les échecs et les défaites, marque un profond renouvellement des luttes sociales.

Rien n’aurait donc changé à Carrefour Grand Littoral ? Si : les larmes aux yeux, les caissières sont entrées en politique.

Marlène Benquet
Médiapart, 1er mai 2008
Dimanche 4 mai 2008

Réforme des retraites, de la fonction publique, attaque contre l’éducation nationale, fichage et contrôle généralisés (Base Élèves, prélèvement ADN, fichier Ardoise…). Pour le privé : remise en cause des 35 heures, pression pour baisser les salaires, délocalisations. Pour tous et toutes c’est des loyers hallucinants, des prix de plus en plus élevés, un contrôle accru des chômeurs et chômeuses, précarité maximum. Une société sous contrôle policier. Ils nous veulent silencieux, abrutis, apeurés. Ils nous croient tous et toutes désirants de pouvoirs, soumis et à genoux face à eux.

Mais depuis le début de l’année les grèves s’enchaînent, privé, public, dockers, enseignantEs, lycéenNEs, sans-papiers, dans tous les secteurs d’activités. Des grèves qui ne sont plus seulement défensives, les travailleurEUSEs reprennent l’offensive, demandent des augmentations conséquentes de salaires, une régularisation collective.

Alors nous ne devons pas attendre les vacances d’été pour réagir. Les manifs d’un jour, «ballades pour militantEs», nous démobilisent plus qu’elles ne nous mobilisent, ne soumettent à aucune pression patronat et État, elles permettent juste aux directions des grosses confédérations de faire croire qu’elles luttent tout en contrôlant la contestation : un véritable rapport de forces est à créer. Construisons l’offensive à la base, dans l’unité d’action, sans rien attendre des bureaucraties syndicales qui négocient déjà à notre place et se perdent dans des luttes stratégiques et électoralistes qui ne nous concernent pas.

Mettons en place des assemblées générales dans tous nos lieux de travail, boîtes par boîtes (privé, public), seul moyen nous permettant de décider tous et toutes ensemble à la base des offensives à mener. Construisons, en plus, les nécessaires convergences de luttes qui nous permettront d’imposer une alternative à la politique menée conjointement par le patronat et le gouvernement, c’est uniquement de cette façon que nous pourrons ouvrir des perspectives de changement de société.

Seule la grève générale reconductible nous permettra de nous organiser, de discuter en assemblée générale, de nous défendre et d’imposer nos choix.

Revendications immédiates :
— La réduction du temps de travail sans perte de salaire, sans flexibilité ni annualisation,
— La fin de tous les emplois précaires,
— La régularisation de toutes les personnes sans-papiers ainsi que la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous,
— La revalorisation des minima sociaux,
— L’augmentation du Smic et l’abolition des hiérarchies salariales,
— Le refus de toute privatisation des services publics.

Il est possible de s’organiser autrement et de gagner. La CNT est un syndicat indépendant de l’État et des partis politiques. Un syndicat autogéré sans chefs, ni permanents. Ce sont les syndiquéEs qui décident lors d’assemblées générales souveraines. La CNT est un syndicat porteur d’un projet de transformation sociale. Contre la double oppression de l’État et des patrons, elle prône la gestion directe de la société, par ses membres eux-mêmes. Si personne ne galère à notre place, que personne ne décide à notre place !


Face à la barbarie capitaliste :
l’auto-organisation des travailleurs et des travailleuses


Confédération Nationale du Travail
Syndicat de combat, autogestionnaire et solidaire
Union départementale des syndicats de l’Isère
Samedi 3 mai 2008

Discussion ouvrière — À loccasion du 1er mai, trois travailleurs de CFF Cargo, de la Boillat et de la construction échangent leurs expériences de lutte, leurs visions de léconomie, de la société et des syndicats.

Désormais, la vie d
Ivan Cozzaglio, de José Sebastiao et de Nicolas Wuillemin ne sera plus tout à fait la même. Tous trois militants en entreprises, ils se sont activement portés à la tête dimportantes luttes ouvrières, respectivement un mois de grève à CFF Cargo à Bellinzone, sept mois de manifestations et de débrayages dans la construction et deux mémorables arrêts de travail de plusieurs semaines à La Boillat à Reconvilier. Pour partager les expériences de ces mobilisations hors du commun et en tirer quelques leçons à l
occasion du 1er mai 2008, Le Courrier les a réunis le temps dune conférence téléphonique. Échanges entre trois ouvriers qui ne se connaissaient pas, mais qui parlaient le même langage.

Le Courrier : Il y a 40 ans, Mai 68 a vu une convergence des mouvements ouvriers, intellectuels, étudiants, féministes dans une contestation sociale d
ensemble. Vos combats ont également suscité une vaste solidarité populaire. Pourquoi et comment cela sest-il passé ?

Ivan Cozzaglio (IC) : Les travailleurs des Ateliers de CFF Cargo sont bien intégrés au Tessin, beaucoup y sont nés et les étrangers sont des voisins italiens. De plus, tous les Tessinois ont un membre de la famille ou des amis qui travaillent ou travaillaient là. Cela favorise la sympathie active des gens, des intellectuels, des étudiants et des autres travailleurs. Notre lutte est celle des Ateliers, mais aussi de tous les Tessinois. Car partout, les gens vivent très mal l
arrogance des dirigeants, limpossibilité de sexprimer sur notre travail ou sur notre avenir car les ordres viennent de Berne ou de Zurich. Alors, quand une «petite révolution» sest produite aux Ateliers, les gens ont dit : «Cest la mienne».

Nicolas Wuillemin (NW) : Tout à fait d
accord avec lanalyse dIvan. Expliquer ce soutien populaire est à la fois très simple et terriblement compliqué. À la Boillat, notre combat na pas été préparé par un parti ou un syndicat sur des revendications traditionnelles. Instantanée, notre lutte était plus profonde, basée sur lhumanisme, pour la dignité, pour le droit au travail qui reste fondamental. La sécurité de lemploi, cest terminé. Les gens vivent cette insécurité et se sont spontanément identifiés à notre lutte, car cétait aussi leurs préoccupations. Les patrons nont plus de respect pour les ouvriers, tant dans le Jura quau Tessin, dans les usines que sur les chantiers. Dans ces conditions, notre combat était déterminé. Il est parti des tripes, car les gens navaient plus rien à perdre.

José Sebastiao (JS) : En 1968, les mouvements se sont réunis car il y avait un ras-le-bol général. Aujourd
hui à nouveau, les gens se regroupent pour la même raison. Dans la construction, nous nous battions pour protéger nos droits existants, pas pour en obtenir de nouveaux. La population a compris ce combat car beaucoup de gens subissent la même chose. Si nous avons réussi dans le bâtiment, cest grâce aux grèves sur les chantiers pour 50%, mais aussi à 50% grâce à lappui de la population, dans les rues.

Pensez-vous donc qu
une lutte défensive est mieux perçue quune revendication offensive ?

NW : On s
est défendu, mais notre lutte était offensive. Des bruits nous parvenaient sur ce qui se tramait à la direction de Swissmetal. Nous ne nous sommes pas battus contre une décision déjà prise, mais avant. Nous avons pris linitiative. Si lon veut gagner, il faut oser dire «non», il faut balancer ses craintes par la fenêtre.

IC :
À CFF Cargo, nous avons aussi anticipé, comme le dit Nicolas. On sentait que les risques sur les Ateliers grandissaient, nous savions qu
une task force de lentreprise réfléchissait à notre avenir. À lorigine, la direction des CFF voulait venir au Tessin fin mars-début avril pour expliquer sa restructuration. Une indiscrétion nous la confirmé, aussi nous avons réagi très vite. Par chance, nous étions prêts à entrer en grève tout de suite pour garder lavantage.

JS : De notre côté, nous avons été surpris. Le partenariat fonctionnait bien, des patrons soutenaient l
utilité de la convention collective. Sa résiliation par lassociation patronale sest faite sans avertissement.

NW : Oui, José, mais nous subissons une grave crise qui va au-delà de l
existence ou non dune convention collective. Le travail est déshumanisé. Les travailleurs ne comptent plus pour les patrons. En 1968, cétait lâge dor, on pouvait faire des heures supplémentaires majorées à 25% pour arrondir les fins de mois. Les conditions de travail étaient meilleures quaujourdhui.

IC : C
est vrai, José, à CFF Cargo, tout était très bien. Nous avons un patron public, des syndicats, un contrat collectif, un plan social de deux ans déjà prévu dans la convention. De plus, les Ateliers sont bénéficiaires et la productivité augmente encore. Dans ces conditions, pourquoi privatiser et délocaliser ? Mais il y a une question de principe : des patrons privés ont vu quils pouvaient y gagner beaucoup dargent, alors que les conditions de travail vont empirer. Nous ne pouvons accepter ce système, nous navons rien à perdre à résister.

JS : Je le sais bien que ça ne tient plus. Maintenant, il faudrait payer pour faire le 1er mai dans la rue à Genève alors que c
est nous qui avons construit les routes ! Nous sommes au début de la contestation sociale. La lutte syndicale dépend désormais de lenvironnement mondial : les céréales et leau servent à faire de largent pour les riches, ça ne va pas. On est au carrefour de quelque chose, les gens commencent à en avoir vraiment marre, ils se rendent de plus en plus compte que ça ne peut plus continuer.

NW : Effectivement, il y a nécessité de résister contre ce manque de respect. La Poste fait 900 millions de francs de bénéfices, mais n
est pas fichue den redistribuer une petite partie pour le bien-être de son personnel. Les grandes entreprises horlogères sont riches à milliards, mais elles accordent seulement 0,5% daugmentation de salaire. Cette logique financière ne peut pas marcher longtemps. Les gens le comprennent de mieux en mieux et bougeront de plus en plus sils sont poussés dans leurs limites.

La situation que vous décrivez semble porteuse de changements profonds. Et dans vos vies de tous les jours, qu
est-ce que vos luttes ont changé ?

IC : Tout. C
est inexplicable, ma force en moi ma changé. En un mois de grève, jai vécu plus dexpériences marquantes quen dix ans auparavant. Ma plus grande émotion, cest davoir retrouvé la force de la dignité. Je suis au même niveau que les directeurs et je peux les regarder dans les yeux car je représente 400 copains de travail. Cest encore plus beau puisque nous avons gagné le premier match. Et même si nous perdons finalement la bataille, nos expériences continueront dexister.

NW : On se comprend Ivan, on a vécu les mêmes choses. Moi aussi, je retire une grande fierté d
avoir osé nous battre. Lépisode le plus fort a eu lieu entre nos deux grèves à Reconvilier. La direction avait convoqué tout le personnel pour discuter des problèmes. La direction était assise sur le podium, sur la défensive. La commission du personnel occupait les premiers bancs et les salariés étaient derrière. Cétait très violent. Des ouvriers savançaient devant le podium pour prendre directement à partie les directeurs et les traiter en face de menteurs. Dans nimporte quelle entreprise, cela aurait débouché sur un congé immédiat, mais les ouvriers se sentaient légal de la direction. Et puis, on a fait connaissance. Avec 350 ouvriers à la Boillat, on ne se connaissait pas tous. On a créé des solidarités. Quand on se croise, on fait partie de la même famille. Cest difficile à expliquer, on a expérimenté la vie collective.

IC : Je me reconnais tout à fait. On a éprouvé la force de la solidarité dans une société individualisée.

Propos recueillis par Michel Schweri
Le Courrier
, 1er mai 2008


Pour une stratégie de solidarité

Pour mettre en œuvre la solidarité dont leurs mouvements se sont nourris, Ivan, José et Nicolas trouvent indispensable que les luttes soient dirigées par les ouvriers eux-mêmes, démocratiquement. À Bellinzone, la sauvegarde des Ateliers d
entretien de CFF Cargo a commencé il y plus de cinq ans, avec la mise en place du Comitato «Giù le Mani dallOfficina» animé par des travailleurs, raconte Ivan Cozzaglio : «Cest ce qui nous a permis dentrer en mouvement». Lorsque le débrayage a démarré, un comité de grève a été élu. Même avis du côté de Reconvilier. «Pour se battre nous-mêmes, rappelle Nicolas Wuillemin, nous avons créé un comité de grève en dehors des syndicats». À ses yeux, cest indispensable «pour aller dans une politique de rupture».

Si le mouvement dans la construction n’a pas été spontané, «il a aussi été dirigé par les ouvriers», poursuit José Sebastiao. Plusieurs assemblées générales de la maçonnerie ont eu lieu à Genève, qui ont nommé un comité de lutte regroupant des membres des trois syndicats du canton et des non-syndiqués, «tous de la base». Ce groupe se réunissait presque toutes les semaines. Cette formule est si bonne pour la mobilisation que le ferrailleur regrette den rester à des luttes séparées pour chaque branche économique. «Il faudrait mettre en place un comité ouvrier, pour tous.»

Pour les trois militants, la solidarité a de nombreuses vertus. Elle permet dabord de diviser les employeurs entre eux. «Si les employeurs de la branche avaient craint des mouvements de solidarité avec la Boillat dans leurs entreprises, certains seraient certainement intervenus auprès de la direction de Swissmetal», estime Nicolas Wuillemin. Au contraire, Swissmem, lassociation patronale dans lindustrie, a dû soutenir Martin Hellweg, directeur de Swissmetal, «sûrement en lui versant de largent», soupçonne le métallo.

La solidarité permet aussi dunir les travailleurs «et de lutter ensemble». Par exemple, le porte-parole des grévistes de la Boillat avait été mandaté pour se rendre à Dornach, la maison-mère de Swissmetal, et discuter avec les salariés afin de créer des liens de soutien. Sans succès, reconnaît le militant : «Ils sont moins contestataires, létat desprit nest pas le même que dans le Jura». Si la région sidentifiait à la Boillat, 75% des ouvriers de Dornach sont des frontaliers qui rentrent chez eux le soir, constate Nicolas Wuillemin. En outre, la direction générale siège dans les murs de Dornach, créant une proximité délicate à ignorer.

Les grévistes de Bellinzone avaient une même préoccupation, reconnaît Ivan Cozzaglio. «On aurait voulu élargir la grève aux quatre sites de la restructuration de CFF cargo», annonce le militant. «Nous sommes allés à Fribourg, soutenir une manifestation. Nous aurions voulu que les syndicats organisent une manifestation nationale ou un débrayage en commun, mais nous ny sommes pas arrivés.» «Ce serait aux syndicats dorganiser cette solidarité et de mobiliser partout», conclut Nicolas Wuillemin.
Vendredi 2 mai 2008
Manille

Jakarta

Istanbul

Zurich

Lausanne

Hambourg

Dakar

Vendredi 2 mai 2008
5000 personnes ont manifesté dans les rues de Lyon à l’appel des syndicats ce 1er mai.

L’occasion de dénoncer le nouvel allongement de la durée de cotisation pour une retraite à taux plein, la casse des services publics et de l’Éducation nationale en particulier et demander des augmentations de salaires. La CNT se félicite plus particulièrement de la réussite du cortège «rouge et noir pour la lutte des classes» qui a rassemblé plus de 800 manifestants du rectorat à la place Sathonay. Le mécontentement des travailleurs du privé comme du public va croissant. Des centaines de sans-papiers occupent leurs lieux de travail ; toutes les semaines, les lycéens manifestent. Aujourd’hui, c’est bien à un choix de société que nous avons à faire.

Pour la CNT, notre camp est clair : faire converger les luttes et exiger une autre répartition des richesses, pour satisfaire les besoins de tous et toutes et en finir avec le capitalisme et son cortège de misère. D’ores et déjà, la CNT appelle à manifester le 15 et le 22 mai pour la défense des services publics et de la protection sociale solidaire. Faisons de ce mois, le déclencheur d’un grand mouvement émancipateur répondant à notre volonté de transformation sociale !

Plus que jamais, la rue est légitime !

Union départementale des syndicats CNT du Rhône
Jeudi 1 mai 2008

Les patrons ont toujours crié à la faillite chaque fois que le rapport de force leur imposait de donner du temps libre aux travailleurs. Pourtant, la fin de l’esclavage, l’abolition du travail des enfants, la création du code du travail et de la Sécurité sociale, les congés payés, les 40 puis 35 heures, n’ont pas empêché l’explosion des profits.

Depuis une quinzaine d’années, les gouvernements successifs ne cessent de répéter qu’il ne serait plus possible d’accorder une retraite à 60 ans et une pension dite complète avec 37,5 années de cotisations. Il faudrait travailler plus longtemps. Deux réformes plus tard (Balladur en 1993 et Fillon en 2003), s’appuyant sur ces affirmations,le gouvernement vient d’aligner les régimes spéciaux de retraite (RATP, SNCF, EDF GDF, etc.) sur le régime général, malgré la résistance des salariés de ces secteurs et avec une propagande médiatique extrêmement soutenue.

Et cette logique continue : une fois ce dernier bastion de résistance ébréché, c’est tout le monde qui va trinquer. Car après avoir imposé à tous les salariés de travailler 40 ans pour avoir une retraite complète, voici venu le temps des suites de la loi Fillon : un nouvel allongement à 41 ans, voire 42 et plus… Résultat : entre décote (annuités de cotisation manquantes),indexation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires ou encore baisse des retraites complémentaires, les pensions diminuent dangereusement. Si l’on ne réagit pas,il ne restera que le chacun pour soi, la retraite par capitalisation : le règne des inégalités sociales.

Mais le mécontentement croissant des salariés du public et du privé contre une politique indigne en faveur des plus riches vient contrecarrer ce beau programme. Il n’y a qu’à regarder la liste qui s’allonge chaque jour des grèves et manifestations des travailleurs pour leurs salaires, leurs emplois, leurs conditions de travail et leurs droits sociaux.

On voudrait nous faire croire que depuis la victoire électorale de Sarkozy, toute contestation de sa politique serait illégitime. Pourtant les grandes conquêtes sociales (congés payés, Smic, retraites, etc.) l’ont été par la rue, par la grève et le plus souvent contre l’avis de gouvernements élus. Aujourd’hui, un choix de société est en jeu, et pour la CNT, notre camp est clair : faire converger les luttes pour exiger une autre répartition des richesses, pour satisfaire les besoins sociaux de toutes et tous, et en finir avec le capitalisme. Oui, la rue est légitime !

Tous et toutes ensemble, nous pouvons faire reculer le gouvernement !

Tous et toutes ensemble ! Osons lutter ! Osons vaincre !





… et internationale !

Le Premier Mai est la date par excellence pour envisager la perspective internationale. Ce jour de revendications est partout dans le monde la journée des travailleurs en lutte. La mondialisation économique actuelle rend encore plus nécessaire la coordination de notre classe.

Depuis les rencontres internationales I07 organisées à l’initiative de la CNT et de ses camarades étrangers il y un an à Paris, notre travail internationaliste s’est encore accru. Devançant nos dirigeants, des coordinations se mettent en place : il s’agit des coordinations Redblack et Euro-Maghreb. Des journées de lutte communes dans différents secteurs sont en préparation. Pour ce 1er Mai, notre appel à la mobilisation est commun à huit organisations européennes.

En effet, sur tous les points du globe, les luttes sont les mêmes :
— Pour des services publics gérés par les travailleurs et les usagers : le démantèlement de services sociaux est aujourd’hui à l’œuvre partout dans le monde. En Europe, le recul est particulièrement sensible. L’éducation, la santé, les transports, l’énergie sont aujourd’hui mis à mal sous prétexte de libération des échanges et aux dépens des travailleurs et des usagers de ces services.
— Pour nos droits syndicaux : ceux-ci sont perpétuellement bafoués. Notre solidarité s’exprime envers les militants marocains, détenus depuis le 1er mai 2007 et libérés ces jours derniers sous la pression internationale ; envers les militants mexicains ou colombiens victimes d’assassinats, de menaces dues à leurs actions de lutte ; envers les syndicalistes de Véolia en Nouvelle-Calédonie, menacés de prison pour fait de grève ; envers Romain, notre camarade jugé pour outrage à l’ex-ministre de l’Intérieur (désormais président) dans le cadre de la lutte pour la défense des sans-papiers.
— Pour des conditions de travail et de vie décentes : les bas salaires et les horaires à rallonge ne sont pas une fatalité. À l’exemple de la lutte victorieuse des ouvriers roumains de Renault, nous ne pouvons pas accepter, où que ce soit dans le monde, l’assujettissement de nos vies aux désirs d’investisseurs et d’actionnaires. À l’exemple de la lutte des africains contre la flambée des prix des produits de premières nécessités (riz, mil, maïs, lait, etc.). C’est nous qui produisons, c’est nous qui décidons !

Aujourd’hui en France, nous subissons de plein fouet une politique rétrograde au service des puissants. Le principe de solidarité, déjà fort minimale, existant en France pour permettre une meilleure répartition des richesses est définitivement mort :
— Les malades payent pour les malades avec les franchises médicales ;
— Les travailleurs pauvres doivent se sacrifier pour les autres travailleurs pauvres avec la diminution de la prime pour l’emploi ;
— Les allocations familiales sautent sous prétexte d’économie ;
— Les discours et politiques sur le chômage s’apparentent à une conversation de bistrot, en culpabilisant les chômeurs ;
— L’engraissement des intermédiaires au détriment des agriculteurs et des consommateurs justifie une hausse des prix sans précédent. Il est vrai que quand le peuple a faim, il ne perd pas son temps à contester.

Mais le mécontentement croissant des travailleurs du public et du privé contre une politique indigne en faveur des plus riches vient contrecarrer ce beau programme.

Il n’y a qu’à regarder la liste qui s’allonge : chaque jour des grèves et manifestations des travailleurs pour leurs salaires, leurs emplois, leurs conditions de travail et leurs droits sociaux.

On voudrait nous faire croire que depuis la victoire électorale de Sarkozy, toute contestation de sa politique serait illégitime. Pourtant les grandes conquêtes sociales (congés payés, Smic, retraites, etc.) l’ont été par la rue, par la grève et le plus souvent contre l’avis de gouvernements élus.

Aujourd’hui, un choix de société est en jeu, et pour la CNT, notre camp est clair : faire converger les luttes pour exiger une autre répartition des richesses, pour satisfaire les besoins sociaux de toutes et tous et en finir avec le capitalisme. Oui, la rue est légitime !

Tous et toutes ensemble, nous pouvons faire reculer les gouvernements !
Tous et toutes ensemble, osons lutter ! Osons vaincre !


La grève actuelle des travailleurs sans-papiers en région parisienne a mis au jour une hypocrisie pourtant fort ancienne.

Oui, des sans-papiers payent des impôts.

Oui, certains secteurs économiques ne fonctionnent qu’avec cette main d’œuvre. Et encore, nous ne parlons pas de l’exploitation que certains négriers contemporains font subir par le biais du travail au noir à cette population corvéable à merci.

Les médias crient victoire face à de vagues promesses du ministre. Déjà l’an dernier, le problème s’était posé : les travailleurs maliens de l’abattoir Cooperl de Montfort (35) s’étaient aussi mobilisés face à des menaces d’expulsion. Les vagues promesses d’alors ne leur ont pas permis d’obtenir satisfaction. La mobilisation reste de mise. Le droit de résider doit être le même pour tous.

Oui aux régularisations massives !


Action directe contre l’Europe du Capital !

À l’heure où en Europe, gouvernements de gauche comme de droite, mettent en place des politiques antisociales identiques : casse des services publics, précarisation des conditions de travail, subventions aux patrons, attaques contre les systèmes de Sécurité sociale et des retraites etc.

À l’heure où en Europe, gouvernements de gauche comme de droite, criminalisent ceux et celles qui luttent et répriment durement les immigré-es (camps de rétention, expulsions).

À l’heure où en Europe, gouvernements de gauche comme de droite, poursuivent leur politique impérialiste et néo-coloniale à travers le monde (Irak, Afghanistan, Afrique, Amérique latine).

À l’heure où en Europe, le syndicalisme bureaucratique, de collaboration de classe et la CES, complices de ces politiques, n’ont aucune volonté de riposte et de résistance.

Nous, organisations anarcho-syndicalistes et syndicalistes révolutionnaires européennes, réunies au sein de la Coordination Rouge et Noire, en cette journée du 1er Mai 2008, journée des travailleur-ses et de la solidarité internationale, affirmons notre détermination dans notre combat anticapitaliste, anti-autoritaire, anti-impérialiste, internationaliste, antifasciste, antisexiste et révolutionnaire.

La Coordination rouge et noire : ESE (Grèce), WI (Pologne), LA (Pologne),
CNT (France), SAC (Suède), CGT (Espagne), USI (Italie), IWW (Grande Bretagne)
Mardi 22 avril 2008
Le syndicat dénonce «la pression de la direction», qui, après avoir mis à pied en début du mois cinq salariés, dont trois délégués CGT, «a convoqué trois nouveaux salariés à un entretien en vue d’un licenciement en date du 28 avril 2008». «Comme par hasard, ces salariés font eux aussi partis de latelier fusion ! Comme par hasard, la direction met en cause sept salariés sur le témoignage dun seul», dénonce la CGT.

«Alors que la direction demande à l
ensemble des salariés de faire des efforts de présentéisme, de mobilisation pour redresser la barre, alors que la direction veut mettre en place un comité de groupe, une Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, dans le même temps elle sattaque ouvertement à la représentativité même des salariés, à savoir la CGT et ceux qui la soutiennent», écrivent ses représentants.

La CGT «MBF Technologie» demande «larrêt des procédures à lencontre de lensemble des salariés et la réintégration des salariés licenciés», et appelle à un rassemblement de soutien devant lentrée de lusine demain à 12 heures.

Le Progrès (édition du Jura), 22 avril 2008
Lundi 21 avril 2008
Comme chaque année, le groupe Proudhon de la FA, accompagné de la CNT et du SCALP, appelle à manifester le 1er mai.
Cette année, nous appelons à lutter contre la régression sociale.
À l’issue de la manifestation, nous vous invitons pour un apéro place Marulaz et à partager un repas convivial, prélude à de nouvelles luttes sociales.

Manifestation à 10h30, place de la Révolution
Apéro et repas avec animation musicale à midi, place Marulaz

Samedi 12 avril 2008





Film de Naomi KLEIN (2004)

Argentine en 2001. Après la fuite des capitaux, des milliers d’entreprises argentines se sont retrouvés sur le carreau, abandonnées par leurs dirigeants. Certains salariés ont alors décidé de se fédérer pour relancer eux-mêmes ces entreprises, pilotées selon un principe de démocratie directe. Trois ans plus tard, plus de 1700 entreprises autogérées par les salariés sont en activité en Argentine.
Vendredi 11 avril 2008
C’est lourd, compliqué, indigeste, contraignant ; on s’y perd et on y perd parfois sa patience et ses cheveux. Cela s’appelle le Code du travail et ses près de 2000 articles. Il fallait faire quelque chose. Laurence Parisot n’a-t-elle pas déclaré : «La liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail» ? Or, on sait à quel point les patrons sont attachés à la liberté de penser : afficher un dazibao revendicatif sur votre poste de travail et vous serez certainement gratifié d’une augmentation à la fin du mois.

Bref, la Réforme (celle qui a un grand «R» et de ce fait ne peut se discuter) était indispensable et le gouvernement, celui d’hier et celui d’aujourd’hui, s’y est employé. Bientôt, le Premier mai exactement, le traditionnel défilé syndical pourra fêter comme il se doit le toilettage audacieux, la réforme tant attendue. Que faut-il en attendre ? Rien de bon, évidemment : les réformes visent schématiquement à protéger davantage les patrons que les salariés (notamment dans le cadre des accidents du travail), à limiter les capacités de «nuisance» des inspecteurs du travail, à «supprimer» des lois (votées par la représentation nationale) et à les remplacer par des décrets, voire même à liquider à plus ou moins brève échéance les conseil des prud’hommes [
Voir l’article de Gérard Filoche dans le Monde diplomatique de mars 2008]. Du bel ouvrage, en somme.

Certains esprits retors vont trouver détestable le fait que le gouvernement ait choisi le Premier Mai comme date d’application du nouveau Code. Pour ces irréductibles, acariâtres d’un autre siècle, le Premier Mai évoque la grève, le défilé, l’affrontement de classe, un temps où la classe ouvrière avait conscience d’elle même et le montrait. D’autres poufferont et rappelleront, avec raison, qu’il y a belle lurette que les Premier Mai ont cessé d’être ce moment revendicatif fort et tendu, que les syndicats ont été intégrés dans la grande machinerie démocratico-capitaliste, même si ce n’est pas à la meilleure place ; et de rappeler également que depuis 1948, elle n’est plus la fête du travail et des travailleurs, mais seulement celle du Travail. Mais bon, même si la manif du Premier Mai n’intéresse plus grand monde, ne met plus grand monde dans la rue, symboliquement beaucoup y reste attaché.

Ils ont raison. Le symbolique, c’est important. Et Sarkozy l’a bien compris. Depuis qu’il est en place (et ce, même s’il ne tient jamais en place), Nicolas Sarkozy s’est fait le champion du dialogue social, du renforcement des relations entre partenaires sociaux, d’une approche non idéologique mais pragmatique (comprenez «libérale») des rapports entre le Capital et le Travail. De son point de vue, le Premier mai est la date toute indiquée pour poser sur les fonds baptismaux le Nouveau Code du travail ; car le Premier Mai fut un temps la «Fête du travail et de la Concorde sociale». C’était en 1941.

Allez, la lutte des classes continue, notre émission fait de même. Et rappelez-vous : «Là où le balai ne passe pas, la poussière ne s’en va pas d’elle-même.» À tout de suite !

Le monde comme il vaAlterNantes FM, émission du 10 avril 2008
Hebdo libertaire d’actualité politique et sociale, nationale et internationale
Jeudi 10 avril 2008
Ne laissons pas les patrons imposer leur loi.

Ça y est le projet de loi dit de «modernisation du marché du travail» présenté par le ministre du Travail le 26 février est prêt, pesé, emballé. On nous avait pourtant prévenus que ça irait vite : trois convocations des grosses centrales syndicales entre septembre et décembre, avec une obligation de résultat à la clé. De toute façon depuis une ordonnance du 12 mars 2007 le gouvernement a tout pouvoir de légiférer sur le Code du travail en s’asseyant sur le résultat des négociations paritaires.

Cela ne fut nullement nécessaire puisque l’ensemble des syndicats convoqués ont accepté de signer cette réforme le 11 janvier dernier, à l’exception de la CGT qui n’a pourtant pas tenté de mobiliser les salariés sur cette question et dont le refus était sans conséquences sur la validation du dit accord. Le vote à l’Assemblée, qui aura lieu après les élections [municipales et cantonales] s’annonce donc comme une formalité.

Pourtant le projet de réforme en question entérine de nombreuses régressions supplémentaires du contrat de travail. Les périodes d’essai tant dénoncées par le mouvement social anti-CPE, sont effectivement rallongées. Les contrats à géométrie variable se généralisent, dits de «mission» ou de «chantiers». La loi instaure une soi-disant rupture à l’amiable qui en réalité prive les travailleurs de tout recours juridique face aux abus patronaux (d’ailleurs la nouvelle carte judiciaire prévoit la suppression de certains tribunaux des prud’hommes).

Si dans la pratique c’est un pas de plus qui est franchi dans le démantèlement des acquis sociaux, dans l’esprit, tout est entendu depuis longtemps.

Une déjà trop longue histoire…

Cela fait trente ans déjà que les attaques répétées contre les droits des travailleurs aboutissent à la réécriture progressive du Code du travail au point d’en avoir renversé les objectifs initiaux. Ceux des travailleurs qui se sont mobilisés en 36, à la libération et en mai 68 et qui ont su les imposer dans un rapport de force en leur faveur : des améliorations du régime contractuel des salariés — la sécurité de l’emploi — la réglementation des conditions d’embauche et de licenciement — le droit d’avoir des délégués d’ateliers et
non pas des parachutés par les directions des centrales majoritaires comme devrait le permettre la prochaine réforme de la représentativité syndicale.

Ces règles ont été établies à la Libération, période riche en progrès pour les conditions de travail, mais dont les patrons veulent voir disparaître les principaux acquis aujourd’hui, tout en multipliant les commémorations et les symboles (parrainages d’enfants juifs déportés) qui coûtent moins cher que le maintien des droits sociaux des salariés.

À l’opposé des légitimes revendications des travailleurs de cette époque, se trouve aujourd’hui le projet des capitalistes. Depuis le rapport De Virville en 2002 ils ont posé les bases idéologiques et pratiques d’un nouveau salariat, tel qu’il devra s’inscrire dans la loi. On en retrouve les objectifs dans les réformes actuelles, ce sont : l’augmentation de la durée du travail — l’intensification du travail par l’augmentation de la précarité et de la flexibilité — la diminution des salaires par la pression du chômage — l’affaiblissement de l’organisation collective des travailleurs.

Chantiers sur lesquels les différents gouvernements de tous bords ont déjà fait beaucoup de mal. Par morceaux, la réécriture du Code du travail est venue régulièrement accompagner les grandes réformes : celle des 35 heures (annualisation du temps de travail), la réforme fiscale (avec la suppression des cotisations sociales dans le cadre de certains contrats), de la modernisation du marché du travail (multiplication de contrats précaires), ou encore la dépénalisation des infractions à ce même Code du travail. Tour d’horizon évidemment non exhaustif.

Des travailleurs livrés pieds et poings liés au patronat

Cette refonte en partie souterraine du Code du travail risque de laisser des travailleurs impuissants face à un patronat omnipotent. L’ensemble des salariés du privé est concerné mais aussi de plus en plus de salariés du public qui sont soumis à des contrats équivalents.

La question du rapport salarial est centrale et conditionne largement la possibilité d’établir un rapport de force y compris sur les questions de répartition des richesses (salaires-retraites-sécu…). En particulier parce que les nouvelles lois, telle celle de la
réforme de la représentativité salariale, réduisent les droits et les possibilités des salariés de s’organiser dans l’entreprise et accentuent les difficultés pour les mobilisations à venir.

Nous ne pouvons attendre quoi que ce soit d’une alternance politique quelconque, puisque tous les partis au pouvoir ont participé à cette vaste entreprise de démolition sociale. Les grandes centrales syndicales pour leur part, acceptent sans réagir qu’on change les règles du jeu, plus soucieuses des enjeux financiers liés à la cogestion que du sort des salariés.

Du coup rien ne semble pouvoir arrêter le gouvernement qui avant même le vote pour «le projet de modernisation du marché du travail» a lancé «la réforme de la protection sociale», le système de retraite solidaire sera à nouveau dans le collimateur… Le pouvoir pense qu’il a le champ libre et il entend en profiter au maximum !

Les patrons eux-mêmes ne sont pas en reste puisqu’ils préparent le terrain en s’arrogeant déjà les passe-droits que la loi autorisera bientôt. Par exemple pour les salariés de PME mais aussi à l’Hôpital, où la question du niveau de paiement des heures supplémentaires ne se pose pas puisqu’elles ne sont simplement pas comptabilisées. En février dernier dans un conflit social opposant les salariés de GT Logistics à la direction, celle-ci a proposé à ses salariés de racheter leur droit de grève pour 1000 euros (c’est tout de même le double de ce qui a été proposé aux salariés d’Airbus pour faire cesser la leur), on peut également citer les nombreux cas de délocalisation sauvage qui font fi de tous les droits des travailleurs ou encore l’utilisation de la sous-traitance qui permet la surexploitation en toute impunité.

Refusons le dictat patronal, imposons la loi des travailleurs

Le nouveau Code du travail, version patronale, instaure un modèle de travailleur dit «indépendant», c’est-à-dire qu’il lui appartient d’assumer l’intégralité des risques liés à l’activité productive, il prend en charge l’intégralité des cotisations sociales, son temps de travail est au bon vouloir du patron, il est évidemment non syndiqué ou au syndicat «maison» et sans aucun pouvoir de contestation. Un modèle de soumission dont nous ne voulons pas.

Chaque nouveau projet gouvernemental porte en son sein une perte de droits pour les travailleurs.

Les patrons espèrent déjà une loi qui leur permettrait de déroger aux règles collectives par des accords d’entreprise qui dans un contexte de faiblesse syndicale leur seront largement favorables.

Face à cette attaque globale il faut donc une riposte totale des salariés. Nous devons nous mobiliser au-delà des frontières tracées par grandes centrales syndicales en développant des luttes interprofessionnelles qui seules peuvent créer aujourd’hui les conditions d’un mouvement social suffisamment puissant pour renverser la vapeur. Cela a déjà été possible dans les luttes qui par le passé ont permis de redonner l’initiative aux travailleurs et ont servi à obtenir des améliorations significatives de notre sort à tous.

Nous devons être de plus en plus nombreux à nous atteler à cette tâche, en développant des sections syndicales ou des comités de lutte, sur les lieux de travail ou dans les quartiers pour écrire nous-mêmes le Code selon lequel nous voulons organiser notre travail.

Jean, pour le groupe Kronstadt

Infos et analyses libertaires no 70, mars- avril 2008
Bimestriel de la Coordination des groupes anarchistes


Lundi 7 avril 2008

Après plusieurs essais avec Facteur d’avenir (grèves des distris dans les Bouches-du-Rhône, les Hauts-de-Seine ou sur Perpignan ), la boîte s’est vue obligée de «reculer».

En effet les postiers refusent unanimement ce projet pourri, qui va casser les distris et notre métier de facteur.

Après ces défaites successives, La Poste, pour passer ce projet en force, a scindé en deux ledit projet… Un volet relatif au «développement professionnel», qui vous est distribué et qui pourrait paraître plus «attrayant», et un volet «organisationnel» qui fixe l’organisation de Facteur d’avenir (zones autonomes, auto-remplacement, fin implicite des titulaires de quartier, tous les samedis travaillés…), celui-ci nettement plus grillé…

La seule chose concrète dans cet accord «social», ce sont les promotions proposées aux collègues, d’ailleurs promotions a minima comme tous les ans, qui ont pour but les nouvelles fonctions dont a besoin la boîte pour Facteur d’avenir (facteur d’équipe, facteur rouleur, facteur qualité). Le reste c’est du vent.

Objectif vente : Écrase ton voisin

Avec Facteur d’avenir, c’est parti
: les facteurs se transforment en bureau volant, ça commence doucement ; on nous annonce qu’il faut améliorer le chiffre d’affaire du bureau, mais bientôt vendre deviendra une obligation pour nous. Il faudra rester longtemps dehors pour vendre en dépit du froid, de la pluie et de la chaleur. On nous présente un joli tableau pour classer les facteurs selon leurs performances.

Ceci est mis en place pour nous pousser à faire du chiffre ce qui se traduira par beaucoup d’argent dans les poches de La Poste et peut-être quelques remerciements pour nous ?

Respect des horaires, des pauses, pas de prise de service anticipée !

Une des premières conséquences des restructurations est la prise de service anticipée. Il n’est pas rare de voir dans certains bureaux des prépos venir avec ½ heure voire ¾ d’heure d’avance.

Auparavant les agents venaient avant l’heure pour… partir plus tôt ; maintenant ils viennent plus tôt plus simplement pour pouvoir respecter les délais et passer le courrier dans les temps : ce qui revient à faire des heures sup que La Poste ne paie pas !

Le fait d’arriver plus tôt, de ne pas prendre de pause, c’est tout bénef pour la boîte. Imaginons tout ce qu’elle devrait payer pour dépassements d’horaires !

À force de compresser son personnel au maximum, La Poste a créé des problèmes, c’est à elle de les régler, par des embauches supplémentaires et non pas par une restructuration massive qui va découler de Facteur d’avenir.

Derrière le volet social se cachait l’ensemble du projet. Le rôle d’un syndicat n’est pas d’accompagner la destruction de notre métier, une dégradation historique de nos conditions de travail, et un futur dégraissage massif.

Quand on voit les problèmes actuels à La Poste, on se doute qu’avec Facteur d’avenir, ça va être l’horreur… C’est la raison pour laquelle, comme nos collègues des colis et des centres de tri, il va falloir, tous ensemble, se mobiliser contre cette attaque majeure de la distri.


Dimanche 6 avril 2008
Une politique de civilisation ? Une vraie régression sociale oui !

Depuis 150 ans le mouvement syndical se bat sur trois axes revendicatifs principaux : l’augmentation des salaires, la réduction du temps de travail, le droit de s’organiser (syndicat et droit de grève).

Que nous proposent le gouvernement et le MEDEF sur ces trois sujets ?

Pour les salaires, chacun connaît l’état de sa fiche de paye, l’augmentation des loyers, des transports, des prix et des factures (comme celle des télécoms, de l’eau ou du gaz qui «grâce» aux privatisations devaient baisser mais qui n’ont jamais cessé d’augmenter). Mais pas question de nous augmenter, pas question de nous rendre les 10 points de pourcentage que la part des salaires a perdus dans la richesse produite et qui ont atterri dans la poche des patrons et des actionnaires.

En fait si vous voulez gagner plus, il faut augmenter votre temps de travail, votre temps hebdomadaire, votre temps annualisé et même votre temps sur la vie avec l’allongement du temps de cotisation pour les retraites. Tant pis si ce n’est pas possible, tant pis si vous êtes déjà saturés de travail, tant pis pour les chômeurs… Et au passage le gouvernement veut se payer la durée légale du travail, le Code du travail et les conventions collectives qui protègent encore les salariés.

Dans le privé la plupart des salariés se sentent isolés, fragilisés, toujours sous le couperet du licenciement alors que le droit de grève et l’exercice des libertés syndicales sont en pratique largement remis en cause sous la pression de la précarité et du chômage. Il n’y a donc aujourd’hui que les inconscients ou les salauds pour applaudir à l’idée de service minimum, à la réquisition des salariés, bref à la remise en cause du droit de grève dans les services publics car la nature antidémocratique et antisociale de toutes ces mesures ne fait aucun doute.

La farce du dialogue social

Cependant le gouvernement prend soin de donner l’apparence du dialogue. Fabriquant «l’opinion publique» grâce aux médias qu’il contrôle, il aime mettre en scène de pseudo-négociations avec des structures «représentatives» des salariés. On n’ose plus appeler syndicats ces structures qui signent avec leur partenaire social le MEDEF, appuyé par le gouvernement, tous les reculs sociaux et organisent la défaite sans combat des salariés.

L’ampleur des attaques sur le Code du travail, le temps de travail, la Sécurité sociale, les retraites, les droits des chômeurs ou les services publics, la hauteur de nos revendications sur les salaires, sur une autre répartition des richesses, sur le partage du travail entre tous, sur l’accès à des services publics de qualité, tout cela nécessite une mobilisation d’ensemble des salariés de ce pays. Il ne s’agit pas de protester, ou de témoigner de notre colère, ou d’interpeller le gouvernement. Il s’agit de redonner à l’action syndicale tout son sens à savoir construire dans l’unité un rapport de force afin de gagner sur nos revendications.

Notre force : le mouvement social !

Ce n’est pas démocratique diront certains, le président a été élu, le gouvernement est légitime. Quelle blague ! Il n’y a qu’à voir comment ces grands démocrates ont fait passer par le Parlement le Traité européen que le peuple a rejeté par référendum. Il est écrit dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 :
«Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs.» Il est clair que par ses mensonges, ses manœuvres et sa politique, ce gouvernement viole tous nos droits.

Depuis 2003 existe dans le 13e (et environ) un collectif interprofessionnel et intersyndical constitué à partir de deux idées simples : l’union fait la force et la lutte paye. Ce collectif, cadre d’échange, de réflexion et d’action, rassemble des militants des syndicats ci-dessous et des non-syndiqués et œuvre en direction des entreprises de l’arrondissement en lien avec la vie sociale et politique du quartier. Contactez nous.

Structures signataires : Union locale CNT du 13e, CNT BNF, CNT Cinémathèque, CNT Pitié/Salpêtrière, CNT Paris1 et Paris3, CNT Thomas Mann, CNT MNHN, SUD BNF, SUD Rail, SUD Éducation, SUD Petite enfance, SUD Fnac, SUD Étudiants Paris1, SNASUB-FSU BNF, FSE Paris1 et des militants des organisations : CGT Ville de Paris, SUD Recherche, SNASUB-FSU Sorbonne, SNESUP-FSU, SNUIPP-FSU, UNEF Paris3, 6 et 7… et des travailleurs non-syndiqués.

Contact

Le Jura Libertaire
Au Coffre-Fortcoffre-fort.JPG
rue de Bonneville
(en face de l’I.M.E.)
F-39200 saintClaude

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