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Vendredi 10 juillet 2009

Nous ne paierons pas leur crise : Manzoni en grève à saintClaude (Jura)

Saint-Claude (39) : Pas de licenciements chez MBF

Les ouvriers de Manzoni-Bouchot ont repris le travail ce matin à 5 heures après une nuit de négociations.

D
’après les représentants du personnel, il n’y aura pas de licenciements secs et pas de réorganisation du temps de travail. Le plan de sauvegarde de l’emploi comportera uniquement un volet formation pour 90 personnes (sur 2 fois 9 mois) et départs volontaires pour 76 salariés. Les négociations se sont achevées à 2 heures du matin.

Mercredi après-midi, les représentants du personnel avaient appris lors d
’un comité d’entreprise extraordinaire la suppression prochaine de 166 emplois. Du coup, les salariés avaient stoppé net le travail sur les deux sites du sous-traitant automobile de Saint-Claude.

La semaine dernière, les salariés s
’étaient prononcés par référendum contre la signature d’un accord remettant en question  des 35 heures. Cet accord était en fait un plan de sauvegarde de l’emploi prévoyant un ré-aménagement du temps de travail et des départs sur la base du volontariat mais sans licenciements subis. Ce refus serait l’explication donnée à ces 166 licenciements économiques sur 546 salariés.

Les grévistes ne comprenaient pas que leurs récents efforts ne suffisent pas à maintenir l
’entreprise, rachetée en juillet 2007 par le groupe Arche. Depuis mars 2009, plus de cinq cents salariés chôment trois semaines par mois en raison des difficultés économiques liées à la crise automobile. De 1200 euros par mois, les salaires sont passés à 700, 800 euros par mois. Le délégué syndical CGT interrogé par nos confrères de l’AFP demande à la direction de «revenir sur un PSE ouvert uniquement sur la base du volontariat, sans licenciements secs et avec de meilleurs conditions de départ».

Le dialogue social semblait donc dans l
’impasse d’autant plus que d’autres accords concernant notamment la formation professionnelle dépendraient de la signature de celui sur les 35 heures. Au mois d’avril, les collectivités et l’État s’étaient réunis à Saint-Claude pour tenter de préserver l’emploi dans la capitale du Haut-Jura. La Région s’était engagée à financer des actions de formation professionnelle pour les salariés de Manzoni-Bouchot.

Leur presse (France 3), 10 juillet 2009 - 11h02.


MBF Technologies :
Deuxième jour de grève à Saint-Claude


Deuxième jour de grève chez MBF Technologies à Saint-Claude. Et une intention féroce de ne rien lâcher. Pire encore, forts de l’annonce de l’équipementier PSA de Sochaux, sur «l’arrêt de toutes ses lignes d’assemblage le 13 juillet et la nuit du 14 au 15, faute de livraison des pièces en provenance de Saint-Claude», la CGT et les salariés «demandent l’ouverture immédiate de négociations avec la direction». En ajoutant toutefois, «il ne s’agit même plus de négocier. Aujourd’hui nous exigeons purement et simplement l’abandon du plan de cent soixante-six licenciements, en faveur d’un PSE qui ne soit basé que sur du volontariat avec, évidemment, revalorisation de la prime supra-légale de départ» explique Koray Sukran, délégué CGT au sein de MBF Technologies. Pour lui et pour tous ceux qui ont voté contre la semaine dernière, au sein de l’entreprise, «ce n’est même plus la peine de nous parler de réaménager notre temps de travail. L’accord des 35 heures actuel doit être maintenu.»

Patrick Bellity, leur Pdg, décidait, hier soir, de faire un pas en avant. «Puisqu’ils ne veulent pas entendre parler des 35 heures pour le moment, n’en parlons plus dans l’immédiat, nous verrons cela plus tard. Nous leur avons proposé de maintenir notre premier PSE avec les quatre-vingt-dix ETP, en ajoutant toutefois vingt-six volontaires au départ contre les cinquante évoqués au début. J’attends désormais leur réponse.»

«Le bras de fer a débuté» constatait un salarié.

Leur presse (Le Progrès), 10 juillet - 4h.



MBF Technologies :
166 licenciements secs annoncés


Après l’annonce faite par leur direction, en début d’après-midi, les ouvriers sanclaudiens du sous-traitant automobile ont stoppé net le travail pour une durée indéterminée.

Dix minutes. C
’est le temps qu’il aura fallu, hier, à la direction de MBF Technologies, à Saint-Claude, pour annoncer en comité d’entreprise extraordinaire, la suppression prochaine de cent soixante-six emplois.

Tombée comme un couperet, sur ceux des salariés qui n
’étaient pas en chômage partiel, cette annonce a été prise «comme une trahison» et le travail a été stoppé net sur les deux sites.

«Qu
’il arrête son chantage et ouvre des négociations qui soient de vraies négociations» déclaraient certains, «Qu’ils nous donnent de vrais moyens pour travailler au lieu de vouloir absolument réaménager notre temps de travail» renchérissaient d’autres.

Car depuis juillet 2007, date à laquelle le groupe Arche est devenu propriétaire de Manzoni-Bouchot, et Patrick Bellity, son PDG, une partie des salariés affirme que «tout est fait pour fermer les sites de Saint-Claude».

Le blocage du site d
’Étables, en décembre 2008, avait déjà sonné l’alerte. «On essaie d’embarquer les moules et on veut nous faire croire que ce n’est pas grave et que le site ne va pas fermer. On nous prend vraiment pour des cons» entendait-on alors. Mais de fermeture, il ne fut plus question. «Pour des raisons financières» supputent certains, «pour conserver un savoir-faire» indiquait Patrick Bellity.

Mais comme tous les sous-traitants automobile, MBF Technologies a pris la crise de plein fouet et a dû se contraindre à de longues périodes de chômage partiel.

Depuis mars 2009, les 546 salariés restant à Saint-Claude, contre 800 environ, il y a deux ans, chôment à raison de trois semaines par mois.

«Franchement, ce qui nous arrive n
’est pas normal. Depuis que nous sommes en chômage partiel, nous ne sommes payés que 60% de notre salaire. Nous avons accepté de prendre la responsabilité de deux machines au lieu d’une, pour permettre de faire tourner la boîte et aujourd’hui parce que nous ne voulons pas passer aux 35 heures, on va mettre 166 personnes dehors.»

«On ne peut plus revenir en arrière. Tout le monde était prévenu que nous ne procéderions à aucun licenciement subi si l
’accord des 35 heures était signé.» Un référendum organisé au sein de l’entreprise la semaine dernière a décidé du contraire. Les salariés ont voté massivement contre cet accord.

Pourtant, de celui-ci dépendaient d
’autres accords, passés avec les pouvoirs publics, en matière de formation notamment, ou de départs volontaires. Eux aussi ont pris un coup dans l’aile.

Leur presse (Christelle Lalanne, Le Progrès), 9 juillet.



Grève chez l’équipementier automobile MBF, dans le Jura

Les salariés de MBF Technologies, un sous-traitant automobile de Saint-Claude (Jura), sont en grève après l’annonce d’un plan de 166 suppressions d’emploi, soit 30% de l’effectif, a-t-on appris jeudi auprès de l’entreprise et des syndicats.

En conséquence, la direction de l
’usine PSA Peugeot Citroën de Sochaux (Doubs) a annoncé l’arrêt de toutes ses lignes d’assemblage le 13 juillet et la nuit du 14 au 15, a annoncé le syndicat CGT de l’usine.

La direction de MBF, fonderie sous pression filiale du groupe Arche, explique son projet par la baisse de plus de 40% de sa production pour PSA et Renault, ses principaux clients, depuis octobre.

«L
’usine est bloquée depuis hier 15h00. Il est hors de question qu’il y ait quelque licenciement que ce soit», a dit à Reuters Koray Sukran, délégué CGT.

La direction avait présenté en avril aux 560 salariés un projet alternatif prévoyant 50 départs volontaires et un plan de formation sur neuf à 18 mois pour 90 équivalents temps plein.

Sa mise en œuvre était liée à une réorganisation du temps de travail qui se serait traduite par des baisses de salaires touchant principalement les travailleurs de nuit.

Appuyé par la CFDT mais dénoncé par la CGT, le projet a été rejeté par 61% des salariés lors d
’un référendum le 2 juillet.

«Un plan de formation et des départs volontaires, ça nous avait paru être la meilleure solution», a dit à Reuters Anne-Laure Berlioz, déléguée CFDT.

Patrick Bellity, directeur général délégué de MBF Technologies, s
’est dit dans l’impossibilité de répondre aux demandes des syndicats.

«Je ne vois pas ce qu
’on peut revendiquer quand on sort de quatre ans de pertes et qu’on est au bord du gouffre. Je n’ai pas le droit d’aller au-delà de ce que j’ai proposé», a-t-il déclaré. Arche a repris l’entreprise en juin 2007 au groupe Monzoni-Bouchot en dépôt de bilan.

La direction a proposé aux syndicats de rediscuter les modalités de son premier projet le 15 juillet, sous réserve que le travail reprenne. Les salariés ont refusé, disent les syndicats.

Leur presse (Reuters), 9 juillet.
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Jeudi 9 juillet 2009

La force des ouvriers de Continental

Quand la Somme déborde

Écrasée entre Paris et Lille, la région Picardie va payer cher le coût de la crise. Licenciements en cascades, à quoi bon tous les lister ? Arrêtons-nous plutôt dans un petit coin de la Somme, département sinistré s’il en est, pour voir ce qu’il se passe quand trois boîtes ferment dans un périmètre qu’on peut faire en vélo.

Berteaucourt-les-Dames, au nord d
’Amiens, la Manufacture française de sièges veut liquider 194 emplois sur 352. Cette boîte semblait être le cœur du bourg, où demeurent des maisons ouvrières à l’ancienne (petites, en brique, identiques, alignées pas loin de l’usine). Aujourd’hui c’est des maisons pour chômeurs. Quand la fabrique de siège aura fermé, le village sera mort, sans boulot autre que les services et commerces de base. Les gens qui le peuplent seront ou bien des pauvres qui survivent tant bien que mal dans ces petites maisons, ou bien des gens de la classe moyenne, qui ont la «chance» de travailler et qui se la coulent douce ou stressent dans leur pavillon neuf à la campagne. Ce qui se dit sur place, c’est que «la crise a encore bon dos». En effet, dans ce genre de coin, l’industrie en milieu rural qui donnait encore un peu de travail ferme progressivement depuis pas mal d’années. Dans cette fabrique de sièges, en 2006, 216 personnes sur 636 avaient déjà été jetées. Les gens d’ici connaissent la misère indépendamment de cette crise médiatique. Mais l’ambiance nationale de lutte sociale semble leur avoir donné du courage : ils et elles ont décidé de se mettre en grève. Manifestation à 500, avec le soutien des Goodyear d’Amiens. Résultat de leur lutte : «Le tribunal de commerce d’Amiens a décidé de prolonger la période d’observation jusqu’au 23 octobre prochain.» Personne n’est rassuré par ce genre de sentence. «Période d’observation», il s’agit bien d’un cadavre industriel, qu’on tarde à euthanasier, pour pas trop énerver les proches.

Sous les cendres de la France industrielle, des braises couvent

À dix kilomètres de là, une autre boîte (SFG - galvanoplastie) veut jeter 65 personnes sur 147. 90% du personnel s
’est mis en grève illimitée. Ils demandent la démission du directeur du site, l’annulation des licenciements, et «s’ils licencient, on réclamera 70.000 euros d’indemnité et 2000 euros par année de travail dans l’entreprise». Une colère qui tranche avec le calme désertique de ce genre de village sinistré. Et une colère effective : l’axe routier qui traverse le bled est ralenti tous les jours depuis le début de la grève. «Opération escargot». Un grand feu de pneus dégage une lourde fumée noire au dessus du village, qu’on aperçoit à des kilomètres. «Il faut qu’on nous voit !» Chaque automobiliste repart avec un tract expliquant la situation. «On va pas crever en silence.» Des camarades klaxonnent en solidarité, surtout les routiers : «Eux, c’est pas comme nous, s’ils veulent, ils bloquent tout le pays ! Nous on fait ce qu’on peut…» Donc ils et elles voudraient faire plus, faire comme les routiers quoi. Le comble, c’est que dans le même village, une autre entreprise (Crépin-Petit) annonce 26 licenciements sur 50 salariés et la fermeture de l’usine neuve ! Beaucoup travaillent en couple à la SFG : il y a une douzaine de couples, qui risquent de se faire jeter ensemble. Et quand ils ne travaillent pas en couple dans la même boîte, ils et elles partagent la même condition ouvrière, et donc la même «crise» : l’un travaille à la SFG, l’autre chez Crépin, ou dans la Manufacture des Sièges à dix kilomètres. À l’échelle des familles (frères, sœurs, cousins…) ça signifie des drames collectifs. Une vieille dame assise au bord de la route bloquée : «J’ai quatre petits qui bossent là-dedans». Mais rassurons-nous, le maire et conseiller général (UMP), les a assurés de son soutien «ardent, profond et complet». Ben voyons. La CGT, entre deux tabassages d’immigrés, est venue larguer une volée de drapeaux. Et les gens apprécient, car le moindre geste de solidarité à leur égard les réconforte, tellement ils sont oubliés. Mais la grève les a réchauffé. D’abord, ces ouvriers et ouvrières ont déjà fait grève cet hiver, pour une application équitable du chômage partiel. C’était la première lutte en seize ans d’existence de la boîte. Ensuite, vu que tout ferme dans le coin, la sacro-sainte «convergence des luttes» invoquée par les militants, devient réalité. Les SFG ont été rejoints pour une manif dans leur village, par des futurs chômeurs de trois autres boîtes : Crépin, Sièges de France et Goodyear Amiens. Ça fait du bien ! Une petite solidarité s’est aussi tissée au passage avec des agriculteurs du coin : ils amènent régulièrement des pneus pour le feu. «Nous ça nous arrange, et puis eux ça les débarrasse, sinon ils doivent payer pour les détruire. Bon c’est pas très écologique, mais…»

Encore une fois, ces personnes ne découvrent pas la crise : il y avait eu 35 licenciés en 2005. Chômage technique ou partiel, licenciements successifs, tous les deux ans et dans toutes les boîtes, les signes ne trompent pas : la Picardie va fermer. Il semble que la crise soit en fait le nom donnée par le pouvoir et les médias à une offensive synchronisée des dirigeants d
’entreprises, pour faire plus de fric encore. Parce que beaucoup de ces boîtes ne sont pas vraiment dans le rouge : elles font juste pas assez de profit. À Bernaville, la direction a proposé de réduire le nombre de licenciements, si les employés acceptaient de travailler plus pour gagner moins, et à des horaires criminels. «Deux jours du matin, deux jours d’après-midi, deux jours de nuit comme à Goodyear et en plus en intérim ou en CDD.» Refus immédiat des grévistes, et cette impression que la crise c’est un coup de pression des patrons, qui répètent : «C’est ça ou on ferme». Avant, les patrons massacraient au coup par coup, à droite à gauche. Cette fois, la stratégie a changé : avec le sarkosisme offensif, ils sont pris d’une hystérie du licenciement. Mais force contre force, ça réagit : les effets de proximité sont tellement évidents que des dizaines de petites luttes sociales se font écho en Picardie. On entend parler de séquestrations, on a suivi de près les Continental : «Et si nous aussi on se battait ?» Partout aussi ce sentiment diffus de profonde inquiétude. Une femme qui faisait plus d’une heure de route pour venir bosser dans cette boîte brandit aux automobilistes immobilisés à l’entrée du village le portrait de ses deux enfants. Cette population se sent clairement attaquée. Tout le monde a le sentiment que si ça ne ferme pas ce coup-ci, ce sera dans deux ans. L’ouvrier qui n’est pas dans la première fournée des licenciés, sera dans la prochaine, et il le sait.

«Si ça continue comme ça, ça va mal finir. C
’est pour ça, nous on voudrait qu’on s’y mette tous ensemble, y a que comme ça qu’on leur fera peur, si on se met tous ensemble.»


Un pour tous et tous pour un ! La force des ouvriers de Continental

Mercredi 24 juin, 10 heures, Paris gare du Nord. À l
’intérieur de la gare, l’ambiance est déjà posée par une douzaine d’agents de sécurité en grève qui font un bruyant tapage à la sortie des trains. Dehors, devant la gare, en plein soleil, 800 ouvriers de Continental attendent le départ de leur manif, dans une atmosphère électrique. Des explosions retentissent toutes les secondes : les Contis sont venus armés de sacs entiers de pétards, de toutes tailles. Certains ont payé un billet de train collectif pour venir de Compiègne, mais beaucoup n’ont rien payé : «À 150 km/h, balancé par la fenêtre, un contrôleur ça marche moins bien !» Et on se marre. «On était 200 par wagon, ils auraient pas osé contrôler. Pis merde c’est à cause d’eux qu’on vient, on va pas en plus payer !» Les Contis qui déboulent dans Paris, ça veut dire des centaines de prolos qui font effraction dans la capitale. «On est là pour les faire chier, les Parisiens ! Ils vont voir !» Et c’est parti, le cortège démarre, d’un bon pas. Et sur toute la route, les Parisiens vont se prendre des pétards dans la gueule, et sursauter comme des cons, terrifiés. (Nous, on a des bouchons dans les oreilles !) Destination place Vendôme, un nid de bourges. Sur la route, on colle les désormais célèbres autocollants Continental. Quelques flics autour, discrets, très discrets. À l’avant du cortège, parce qu’on a tout sauf honte, les sept inculpés de la guerre sociale qui s’est menée à Compiègne. Sept sur les 200 qui ont retourné la sous-préfecture, sept qui n’étaient pas masqués, et que TF1 a salement balancé avec ses images pourries. Le conflit est en voie de finir. Les 1120 licenciés ont arraché 50.000 euros de «prime extra-légale», les salaires et la mutuelles assurés jusque 2011, et des pré-retraites. Mais nos sept camarades risquent de laisser des plumes : ils sont accusés de «destruction en réunion», «au préjudice de l’État». Ils encourent jusqu’à 75.000 € d’amende et sept ans de prison pour destruction volontaire. Convocation le 17 juillet devant le tribunal de grande instance de Compiègne. Or, chez les Contis une puissante solidarité s’est forgée dans la lutte. «On laissera pas tomber les camarades !» Et en milieu populaire, il reste des gens de parole. Donc 800 licenciés, qui ont gagné sur leurs revendications, reviennent emmerder Paris.


«Va te faire foutre !»

Nous voilà arrivés rue de la Paix. Encore un nom à la con. On l
’avait jamais vu que sur le Monopoly celle-là, donc on se lâche. Des Contis en pleine forme se font prendre en photo en train de lever leur doigt d’honneur devant la vitrine Rolex. «Putain, avec ma prime j’peux pas me payer deux montres !!!» Morts de rire. Le vigile stresse. Un autre montre son cul à la pouff de vendeuse : «Regarde, ça vient de Picardie !» «Pourquoi vous faites ça ? je comprends pas, j’y suis pour rien…» «Elle comprend pas qu’elle dit !» Un pétard bizon 6 est balancé dans l’entrée d’un hôtel grand luxe. Le beau monde est choqué. Après ces petits plaisirs, on rattrape le reste du cortège, ça hurle «Police partout, justice nulle part !», et arrivés au bout, pas manqué, on est bloqués par un lourd dispositif policier : camions de CRS, grilles, et casqués ferment l’accès à la place. Monté sur une camionnette, micro en main, Xavier (le leader syndical) commence à parler, une rafale de pétards explose et lui coupe la parole. Il dit aux ouvriers qui s’amusent : «Jetez plutôt ça sur les CRS, merde, laissez-moi causer un peu !» On se marre, et surtout on applique : pendant une heure, les CRS vont se prendre des pétards dans la gueule. La tension monte quand on apprend que de l’autre côté de la place, des ouvriers de Peugeot qui veulent nous rejoindre sont bloqués par les flics, qui se font insulter, en pleine face. «Enlève ton bordel et approche», lance un ouvrier à un CRS qui a osé sourire. Nous on a le droit de rire, mais certainement pas eux. Xavier, prévient : «Si vous voulez pas qu’on déborde, vous avez intérêt à les laisser passer !» Et il s’adresse directement aux flics en civil qui sont dans la place, à travers la sono de la camionnette, sans descendre de son perchoir. Dans cette situation concrète, on voit bien que le pouvoir a tenté d’empêcher l’union de ces ouvriers en lutte. Mais on voit aussi qu’à 800 énervés dans la rue de la Paix, on les a fait plier : 25 minutes après les ouvriers de Peugeot étaient avec nous, et réconfortés par tant de solidarité, ils gueulaient à leur tour leur rage dans le micro de la camionnette.


Xavier cause, et c’est vrai qu
’il parle bien, sans papier ni rien. «On nous a demandé de nous excuser, on nous a demandé des excuses pour la sous-préfecture. Silence. Va te faire foutre !!!» Et des cris de joie retentissent. Xavier le répètera une fois de plus, c’est une question de dignité. Ils brisent nos vies, et nous devrions nous excuser. Et puis, «nous sommes conscients qu’à travers les poursuites contre nos sept camarades ce sont tous les ouvriers de ce pays à qui on voudrait faire peur». «L’acharnement contre nos sept camarades vise à nous punir (…) d’avoir refusé le sort de victimes consentantes.» Il rappelle aussi que c’est Alliot-Marie qui a promis de se payer les Contis, et que maintenant qu’elle est ministre de la Justice, si elle veut pas mal démarrer, elle a intérêt à annuler les poursuites.

Ensuite, comme les Goodyear d
’Amiens il s’attaque clairement aux directions syndicales : «Les Thibault, les Chérèque ne sont pas là, ils préfèrent frayer avec le gouvernement». «Les seuls qui sont là, encore une fois, c’est les charognards de LO ou du NPA.» Mais il va tout de même donner la parole à Besancenot (arrivé comme un héros sur le toit de la camionnette, après avoir été bloqué lui aussi de l’autre côté de la place Vendôme), «parce que nous les Contis, on est gentils, avec ceux qui nous soutiennent».

http://img33.imageshack.us/img33/2958/xava.jpg

Pendant les discours, on sandwich. Et toujours des pétards. Un explosion fait sursauter un petit chien ridicule qui tient en laisse une bourgeoise. On est bien ! Quelques bières aidant, des jeunes ouvriers décident de coller des autocollants sur les bouclier des CRS. Un flic s
’énerve, et grogne «Dégage !» Erreur. La seconde d’après, on est trente à cracher sur les porcs. Ils brandissent matraques et gazeuses. Coups de pieds sur les boucliers. Les syndicalistes et des anciens se mettent entre nous et les flics, calment le jeu. Ok, on en reste là, pour cette fois. N’empêche que les CRS se retrouvent comme des cons avec des autocollants Continental sur le bouclier ! Les leaders sentent qu’il est temps de retrouver un peu de mouvement, qu’il faudrait pas rester trop longtemps sur ce croisement de rue, entre flics et vitrines de luxe. Ils nous font remarcher vers la gare, où certains finiront en vague sit-in histoire de faire chier un peu les bus et les taxis, quand d’autres boiront un coup en terrasse. Sur le retour un peu dispersé, en mode manif sauvage dans Panam, un citoyen en 4×4 s’énerve parce que des prolos le dérangent. Il fait mine d’avancer pour couper la route au cortège, et manque de renverser un Conti. La seconde d’après, dix gaillards foutent des coups de latte sur sa carrosserie. L’un d’eux n’a pas supporté l’affront : il explose la lunette arrière du 4×4, d’un seul coup de poing. «On va pas se faire emmerder par ces connards !», le bras en sang. Les flics de fin de cortège regardent, médusés, comme les passants. Sentiment de puissance retrouvée, quand on se fait humilier toute une vie à l’usine.

La suite c
’est quoi ? D’abord, il y a cette grande fête organisée le samedi 4 juillet après-midi, à Margny-les-Compiègne. Sont invités les Goodyear, les Lear (qui ont crâmé de belles piles de pneus au cœur de Paris…), et toutes les personnes qui soutiennent la rébellion ouvrière, pour un moment festif de solidarité. Ensuite, il y a une propriété du Comité d’Entreprise qui pourrait être collectivisée. C’est un grand étang, avec sa maison de maître. Le CE en ferait don à une association des anciens de Conti. Ce serait l’occasion de continuer à se capter, à faire des choses ensemble. «J’ai vécu l’un des plus beaux moments de ma vie, j’ai pas envie que ça s’arrête», confie, ému, un dur de Conti. On sent que ces ouvriers ont créé quelque chose dans leur lutte : une force propre. Une force qu’ils aiment. Ils aiment se sentir forts et dignes ensemble. Frauder le train en masse pour venir à Paris mettre à l’amende les bourgeois n’est pas une corvée militante, ou la défense d’une cause, c’est un plaisir et une fierté. Et cette force propre, trésor plus précieux que la prime, ils pourraient très bien la réactiver, pour soutenir les copains d’Amiens par exemple, comme ils l’ont déjà fait. Si les poursuites ne sont pas abandonnées, les Contis se feront sans doute un plaisir de continuer le combat, et de montrer de quoi ils sont capables. On dirait qu’ils n’attendent que ça, et qu’ils attendaient ça. Et chacun d’entre nous attend peut-être l’événement, la situation et l’agencement qui permettent de se retrouver dans une force propre, qui ranime une passion pour la vie et la dignité.

Un des anciens, qui a calmé les énervés face aux CRS a son fils parmi les sept poursuivis : «Si mon fils va en prison, j’fous l’feu.» Et il ne sera pas tout seul, parole de camarade.

Outrage, 8 juillet 2009.

Pour avoir des nouvelles des Contis


 

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Mardi 7 juillet 2009

Contre les licenciements, passons des séquestrations à l'autogestion !


Les luttes autour des grands groupes industriels qui licencient ont été largement médiatisées du fait des actions de séquestration de patrons ou de cadres. Elles occupent aujourd’hui une place centrale dans les conflits sociaux, car elles sont emblématiques de la crise du capitalisme. Ces licenciements incarnent parfaitement le développement du chômage de masse avec plus de 600.000 chômeurs supplémentaires prévus en France, pour un total de 20 millions en Europe et de 249 millions à l’échelle de la planète. Mais ces luttes montrent aussi les pratiques du capital qui continue ses restructurations pendant la crise, avec pour objectif une rentabilité toujours plus forte, montrant ainsi la violence des rapports exploités/exploitants. Pour tout cela, les ouvriers licenciés représentent aujourd’hui le symbole de la résistance et du combat au même titre que la grève générale en Guadeloupe il y a quelques mois. En l’absence d’une riposte sociale d’ensemble au niveau interprofessionnel, les luttes contre les licenciements deviennent le point de cristallisation des conflits.

Lutter contre les boîtes qui licencient

Caterpillar, Molex, Goodyear, Continental, Freescale… autant d’entreprises qui ne sont pas en péril financier, mais qui pourtant ont décidé la fermeture de tel ou tel site de production. C’est la logique interne du marché qui pousse à la fermeture. Cette logique, c’est un taux de profit maximum, supérieur à 10%, qui fait se déployer le capital à l’échelle planétaire. Mais au-delà des seules boîtes qui font des bénéfices en licenciant, cette logique qui résulte d’une économie basée sur la création de profit pour quelques-uns, en lieu et place de la satisfaction des besoins de la population, a comme résultat la multiplication des licenciements, notamment ceux moins visibles qui ont lieu dans les PME et PMI.


Aujourd’hui, ce sont des luttes «dos au mur» que mènent ces exploités et leurs possibilités sont définies par cette situation. Ainsi, la revendication d’une prime de départ substantielle n’est à juger qu’au regard de la réalité du rapport de force entre ouvriers et patrons. Celles et ceux persuadées que leur boulot va disparaître ou être restructuré en créant des conditions de travail insupportables comme à Caterpillar ou Goodyear, ont toute légitimité à se battre pour des conditions de départ qui leur permettent d’envisager un avenir autre que le RSA. Pour autant, nous ne devons pas perdre de vue que chaque fermeture ou restructuration est une victoire pour le capital, garantissant son taux de profit. Par conséquent, la revendication du refus des licenciements est tout autant légitime, chaque fois qu’elle est l’expression concrète des revendications des exploités. D’autant que le fait d’être licencié ne change pas le modèle global du salariat, tend à isoler celles et ceux qui ont lutté, détruit les outils collectifs qu’ils ont construits dans la lutte, et bloque ainsi la transmission des expériences de luttes. C’est ce qui s’est passé avec la sidérurgie française ou avec les mineurs anglais dans les années 80, faisant disparaître du salariat les réflexes les plus combatifs.

Il serait illusoire de porter le moindre espoir dans le mot d
’ordre de la gauche et de l’extrême gauche de l’interdiction des licenciements. Outre son côté insuffisant qui légitime les charettes de licenciement de pans entiers de l’économie et ne remet pas en cause la restructuration du capital, ce mot d’ordre est paralysant pour les exploités. Il fait croire que l’État est protecteur dans le conflit entre les salariés et les patrons, qu’il est neutre dans une société divisée en classes sociales. Il détourne les ouvriers licenciés du combat qu’ils doivent mener contre le patronat et son protecteur, l’État.

À l
’inverse, les séquestrations de cadres ont permis des avancées comme l’obtention d’indemnités plus importantes et cela notamment parce qu’elles ont accru le rapport de force. Sans les mythifier, elles renvoient au panel des nombreuses formes d’actions directes que les exploités peuvent utiliser face à leurs exploiteurs, dont certaines restent à utiliser voire à inventer. La séquestration des stocks et des outils de production en est une autre, et peut dans certains cas être un élément déterminant du rapport de force, comme pour les entreprises qui délocalisent qui attachent plus d’importance au fric que représentent leurs machines et leurs stocks qu’à la sécurité de leur encadrement. Ce sont ces moyens-là qui peuvent provoquer des victoires.

Ouvrir des perspectives

Pour nous, anticapitalistes et anti-étatistes, l’intervention dans les luttes contre les licenciements doit se donner plusieurs objectifs. D’abord, ancrer cette bataille dans les entreprises en aiguisant la combativité des ouvriers, plutôt que confier cette bataille à des partis politiques qui s’autoproclament représentants des exploités. Ensuite, faire que la lutte soit investie par le plus grand nombre et qu
’elle se dote des structures qui permettent à tous d’agir et de contrôler totalement leur lutte. Mais aussi mettre en avant les formes de luttes et les choix qui renforcent, au profit des salariés, le rapport de force pour permettre des victoires. Enfin, proposer des modes d’action qui permettent d’aller le plus loin possible dans la remise en cause des mécanismes de l’économie de marché afin de s’en émanciper.

Le premier enjeu est d
’appliquer à ces luttes la même logique que pour toutes les autres ; à savoir l’extension. Pour gagner il faut un rapport de force conséquent et l’isolement est un facteur important des défaites comme les grèves dans l’éducation en 2003 ou à la SNCF en 2008 l’ont clairement montré. Donc, approfondir la mobilisation là où elle existe, mais aussi viser en plus des sites de la même boîte, des sites dans la même industrie et le même secteur et l’exporter vers d’autres branches d’activité au niveau territorial, en commençant par les plus proches en termes de branche. C’est une étape importante à la fois pour obtenir satisfaction sur les revendications comme pour permettre la compréhension politique d’une globalité d’intérêts divergents avec ceux des classes dirigeantes, compréhension nécessaire pour envisager que les travailleurs prennent en charge la transformation sociale de la société.

Il ne s
’agit que d’augmenter et systématiser ce qui existe déjà instinctivement chez les salariés en lutte. Les Continental de l’usine de Compiègne ont manifesté avec leurs camarades allemands, devant un site de l’est de la France, et avec les Goodyear. Ceux de Molex et de Freescale à Toulouse se sont rencontrés. Ce sont bien ces pratiques qui sont à encourager parce qu’elles permettent à chacun de se renforcer face au patronat, mais aussi parce qu’elles créent une conscience d’intérêts qui dépasse les murs de l’usine comme les frontières du pays. Ce n’est plus tel patron qui agit comme ça, mais le patronat dans sa globalité qui est identifié comme ennemi de classe.

L’autre enjeu est d’apporter des réponses qui mettent le pied à l’étrier d’une sortie du mode d’exploitation capitaliste. Pour cela, nous devons bien sûr populariser notre projet social, notamment autour de la socialisation des moyens de production et d’échange, de l’égalité économique et sociale avec une répartition égalitaire des richesses, de la gestion directe par les travailleurs d’une production socialement utile et écologiquement soutenable. Nous devons aussi populariser l’autogestion comme la pierre angulaire de notre alternative au capitalisme et à l’État. Mais nous devons également proposer l’autogestion des entreprises qui licencient comme point de départ dans les luttes d’aujourd’hui, tout autant que comme outil pour la transformation sociale. Car, si l’autogestion, en se généralisant peut être un vecteur de la transformation révolutionnaire, dès aujourd’hui, au même titre que les séquestrations, elle peut représenter une réponse concrète pour conserver l’emploi et augmenter le rapport de force. C’est donc, tout en étant conscient de ses limites, une proposition politique à mettre au débat et qui peut rencontrer les aspirations de celles et ceux qui luttent.

Il y a néanmoins des freins et des contradictions dans cette option. La plupart des entreprises en question sont dépendantes des commandes des donneurs d
’ordre pour écouler leurs marchandises ce qui représente un frein important à la reprise de la production par les ouvriers. Cependant la mise en commun de plusieurs entreprises autogérées du même secteur peut là encore modifier plus favorablement le rapport de force pour la vente des marchandises. De plus, dans cette période de crise, on ne peut douter de la solidarité qu’inspirerait cette action et des possibilités importantes de mobilisation qu’elle pourrait ouvrir, créant une situation politique nouvelle. Par contre, le fait d’évoluer dans un contexte économique capitaliste ferait reposer sur ces entreprises autogérées des contraintes qui tendraient à réduire l’autogestion et à rogner la démocratie ouvrière chèrement conquise. C’est bien à l’autogestion généralisée qu’il faut parvenir, et la réponse immédiate aux licenciements ne doit pas rester une fin en soi, mais un palier dans la lutte, au risque de transformer la victoire en défaite à moyen terme.

Pour conclure

La reprise de la production, en plus de pouvoir représenter une forme efficace pour obtenir satisfaction sur le maintien de l’emploi, permet plus que cela. Cette autogestion, même limitée, pose en creux la question du projet de société. À nous de l’élargir, de l’approfondir, car elle est le palier qui pousse à interroger le sens de la production, et de sa finalité. Et c’est bien notre projet communiste libertaire par lequel nous reprenons tout pour l’intérêt de tous, nous choisissons ce que nous produisons, comment nous le produisons, pour qui nous le produisons, qui peut être mis en proposition. Les anarchistes sont trop peu nombreux à eux seuls pour mettre en œuvre ces propositions, et lutter pour rompre avec le capitalisme. Mais la progression des tensions et leurs cristallisations autour des licenciements, créent des conditions favorables pour que les exploités utilisent nos méthodes et nos propositions, parce qu’aujourd’hui plus que jamais, elles correspondent à leurs réalités. Et il n’y a qu’un pas, pour que l’utilisation de ces propositions immédiates ouvre de vraies perspectives de rupture sociale.

Groupe de Montpellier
Infos & analyses libertaires no 78, juillet-août 2009
Bimestriel de la Coordination des groupes anarchistes.


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Lundi 6 juillet 2009

Fonction publique : Sois mobile ou dégage... !!!


La CNT Équipement dénonce le «projet de loi relatif à la mobilité et aux parcours professionnels dans la Fonction publique» devant être examiné à l’Assemblée nationale les 2, 3 et 6 juillet et qui organise la casse du cadre statutaire des fonctionnaires.

Il est inacceptable qu
’une loi de cette importance dont le contenu a été vivement contesté par l’ensemble des organisations syndicales passe à l’Assemblée nationale pendant les congés d’été…

Ce projet de loi est une remise en cause profonde des services publics.

En effet, l
’article 7 de ce projet de loi ouvre la possibilité de mettre au chômage d’office («disponibilité forcée») et sans traitement, tout fonctionnaire qui dans le cadre d’une restructuration/suppression de service n’aurait pas trouvé une nouvelle affectation. En effet si après trois propositions de poste par l’administration (quels que soient le lieu géographique, le ministère, la collectivité ou le métier proposés), vous n’en acceptez aucun, vous pouvez être licencié. En résumé vous ne pourrez pas refuser le troisième poste proposé… sinon la porte !!!

Ces postes proposés pouvant se présenter sous la forme d
’un cumul de plusieurs postes à temps partiels (dont au moins un mi-temps). Ce «bricolage» de poste pouvant se répartir sur des missions et/ou administrations et/ou lieux très différents… «flexibilité» oblige…

M. Santini, à l
’époque secrétaire d’État à la Fonction publique, fut très clair : «Il s’agit d’une mesure dissuasive vis-à-vis d’agents qui refuseraient le principe même de la suppression de leurs emplois», inutile de préciser que derrière «dissuasive» il y aura selon les cas : peur, chantage, pression…

Évidemment le non remplacement d
’un départ en retraite sur deux et les restructurations à venir vont permettre de donner toute sa pleine mesure à cette loi, il vous faudra être très mobile géographiquement et professionnellement… (Ayons ici une pensée pour les agents du Sétra, les déplacés des DDEA, des subdvisions supprimées…)

C
’est également la création d’une nouvelle position statutaire : «fonctionnaire sans traitement en attente de poste ou avant licenciement», et rappelons-le sans indemnité chômage car la grande majorité des employeurs publics ne cotisent pas à l’assurance chômage…

Cela est également valable si de retour de congé maternité, parental, longue maladie ou détachement… votre poste a été transformé ou supprimé… vous aimez les surprises… !!!

Cela veut dire que le fonctionnaire dans cette situation (qui sera la conséquence logique des suppressions massives de postes liées au démantèlement programmé du service public) cessera de percevoir un traitement et devra donc, s
’il veut être payé, trouver par lui-même un emploi dans le public ou le privé en attendant un poste, voire quitter définitivement la Fonction publique (indemnité de départ fixée au cas par cas !!!).


Ce licenciement qui ne dit pas son nom est la porte ouverte à la liquidation définitive du statut de la Fonction publique et du service public. C’est la fin de la garantie de l’emploi pour l’agent qui était «une garantie d’indépendance dans l’exercice de ses fonctions», et ainsi modifie et fragilise son positionnement. C’est la fin d’une relative protection contre la corruption ou les pressions diverses (politiques, hiérarchiques…), la fin de la garantie pour le citoyen/usager de l’indépendance, de la continuité du service et de la neutralité de l’action publique…

Nous constatons déjà avant que cette loi ne soit votée que le nombre de révocations particulièrement dans l
’Éducation nationale a augmenté sous le prétexte d’«insuffisance professionnelle» et qui touche en réalité les syndicalistes les plus dérangeants… (Voir les nombreux cas en cours suite aux dernières luttes dans l’Éducation nationale…)

Il s
’agit en outre d’un véritable plan social adapté au secteur public, rappelons qu’il y a 33.754 postes à supprimer en 2010 (30.600 en 2009).

La CNT Équipement dénonce par ailleurs l
’article 10 qui permet d’avoir recours à l’intérim sous prétexte de «continuité du service public».

Il s
’agit une nouvelle fois, d’un moyen supplémentaire, après le recours à l’emploi précaire (vacations, contrats CAE…), de liquider à terme les garanties statutaires des travailleurs de la Fonction publique, de précariser les personnels, au détriment de leurs statuts et de l’intérêt du service public.

Rappelons que contrairement à une idée reçue le taux de précaires est très élevé dans la Fonction publique, 25% des agents publics sont aujourd
’hui contractuels ou précaires.

Plus encore, cet article ouvre la voie à la sous-traitance, et donc accentue l
’entrée du privé en interne dans le secteur public.

Rappelons au passage que l
’indemnité de précarité qui existe pour le privé n’est pas prévue pour les agents non titulaires de la Fonction publique.

Nous revendiquons la titularisation sans condition de tous les précaires, assortie de l’ouverture massive de postes statutaires, seule à même de faire barrage aux tentatives de liquider le statut de la Fonction publique, et d’assurer réellement la continuité des services publics.

Nous notons également la disparition dans le nouveau gouvernement du secrétariat à la Fonction publique, celle-ci sera dorénavant directement gérée par le ministre du Budget, c
’est la confirmation que l’État ne voit dans le service public qu’un coût qu’il faut réduire, la suppression des emplois à venir étant une simple variable d’ajustement au déficit public, à aucun moment n’est prise en compte la richesse du service que nous apportons qui est pourtant garant d’égalité des droits, d’émancipation par l’éducation, d’accès de tous aux soins…

CNT Équipement, 1er juillet 2009.


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Lundi 6 juillet 2009

Dieu pardonne, pas le prolétariat...

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Mardi 30 juin 2009

Travailler tue

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Lundi 29 juin 2009

Action directe des travailleurs du port de Marseille

Marseille : Action syndicale violente au port

Le siège du grand port maritime de Marseille a été vandalisé lundi par une quarantaine de salariés du GPMM, a déclaré la direction du port.

«Une quarantaine d’individus portant les tenues de travail du grand port maritime de Marseille, et dont certains étaient armés de haches, de barres de fer et revêtus d’une cagoule, ont violemment envahi le siège du GPMM», a-t-elle précisé dans un communiqué. Le bureau du directeur général, Jean-Claude Terrier, aurait notamment été «entièrement saccagé à coups de hache».

La direction du port a décidé de déposer plainte. Ces incidents interviennent alors que direction et syndicats de l’enceinte marseillaise s’opposent sur la réforme portuaire.

Leur presse (Le Journal du dimanche), 29 juin 2009.
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Vendredi 26 juin 2009

Et guerre au travail !

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Mercredi 24 juin 2009

Droit à la paresse

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Mardi 23 juin 2009

Travailler plus pour penser moins

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Vendredi 19 juin 2009

Pendant ce temps-là, au Bangladesh...



D’ordinaire, le Bangladesh est plutôt un bon client des médias. Le «pays le plus pauvre du monde», ça se bichonne ! Ses crues diluviennes, ses cyclones, ses pauvres par millions (voir «Faux Ami» de CQFD no 68 en kiosque), son travail des enfants, sa condition des femmes, son islamisme, sa corruption politique aiguë en font un parfait marronnier exotique du «voyez-comme-y-en-aqui-en-chient-pire-ailleurs», qui nous conforte finalement dans l’idée qu’on n’est pas si mal chez nous avec la clim’ et les points S’miles.

Pourtant un événement n’a pas eu l’heur de retenir l’attention des rédactions parisiennes [
Le site juralibertaire.over-blog.com est l’un des seuls à avoir relayé l’info
] : le 10 mai dernier, à Narayanganj, centre portuaire de l’industrie textile — laquelle fournit 3,5 millions d’emplois ouvriers dans environ 4800 usines —, plus de 15.000 travailleurs du textile ont manifesté et bloqué les autoroutes pour réclamer le paiement des impayés et une hausse des salaires. Des heurts eurent lieu avec la police, et cinquante personnes, dont des policiers, furent blessées. Jusque-là rien que du très banal dans le contexte actuel. Pourtant, ce qui aurait pu retenir l’attention de notre presse si sensible à la détresse sociale, c’est que ces ouvriers s’en sont pris à leur outil de travail en allant jusqu’à saccager les machines et brûler certaines fabriques, comme les luddites de naguère. Les syndicats officiels ont immédiatement condamné ces «coups de folie», ainsi que «la destruction insensée du matériel». Il y a effectivement des mauvais exemples qu’il vaut mieux passer sous silence, de peur qu’ils donnent des idées.

CQFD no 68, juin 2009
Mensuel de critique sociale - En kiosque.



À noter, la source originale de l’article en question : LeMansCipé - Informations et analyses sociales sur la région mancelle.
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Jeudi 18 juin 2009

Séquestration mode d'emploi


Présentée comme une prise d’otage tout à fait honteuse de pauvres petits cadres qui, au fond, sont de simples exécutants, la séquestration des patrons avec occupation des locaux est surtout le dernier moyen pour des salariés floués et continuellement sacrifiés de donner une dimension plus médiatique à leurs luttes et d’alerter sur les plans pas du tout sociaux qu’on leur impose. Alors en attendant les prochaines barricades, voilà un petit vade-mecum de la séquestration et de ses éventuelles conséquences.

Violence patronale contre violence salariale

La recette est vieille comme le monde : d’un côté nous avons un taulier bien gras qui exerce une violence, à savoir celle de fournir ou pas du travail, plaçant ainsi le salarié sous sa subordination, et en face nous avons les salariés qui doivent s’organiser collectivement afin de résister à cette violence et de lui répondre. Et c’est là le fond de la question : comment lui répondre ? Les outils syndicaux et les structures de représentation du personnel paraissent totalement dépassées face à des multinationales aux profits scandaleux et qui n’hésitent pas à fermer des sites signant ainsi l’arrêt de mort de régions entières, et l’usine de Gandrange d’Arcelor-Mittal en est un bel exemple. Alors comment répondre à Mittal ou Molex qui méprisent royalement les avis des CE ? Est-ce que les expertises financières et les solutions proposées dans ce cadre vont suffire ? La fermeture de l’usine de Gandrange et l’obstination de ne pas maintenir l’usine Continental ouverte alors qu’un repreneur est intéressé parlent d’elles-mêmes : le taulier s’en fiche ! Il estime que le salarié fait partie des meubles, il est dans son usine alors il est à lui et il décide seul de son sort. Et bien puisqu’il est «chez lui», il aura le droit d’y rester !

La séquestration vue par le droit

Partie du droit du travail, la séquestration va vite le quitter pour rejoindre celui du droit pénal. La séquestration est en effet punie par le code pénal de 20 ans de bagne et de 75.000 euros d’amende. Et si le taulier est relâché avant 7 jours, on n’écope «que» de 5 ans de taule mais toujours en passant par la case «75.000 euros d’amende» (art 224-1 et 224-2 du code pénal). La séquestration est avant tout un moyen de faire avancer les choses dans le bon sens : que les salariés gardent leur boulot ou à défaut qu’ils partent avec des indemnités dignes de ce nom (c’est pour ça qu’ils se bagarrent chez Continental en ce moment), c’est pour ça qu’il faut en profiter pour négocier des choses avec le taulier et par écrit ! Alors, bien sûr, ce même taulier pourra dire qu’il a signé à l’insu de son plein gré et que son consentement a été vicié, mais on peut toujours trouver la parade en faisant venir un huissier pour qu’il constate que les négociations se font dans le calme (d’où l’importance de ne rien casser tant que les négociations perdurent) et qu’à la signature personne n’a mis le couteau sous la gorge du patron. On peut toujours objecter qu’il y a une violence morale exercée, mais dès lors qu’un huissier qui est un officier d’État civil atteste que Tartempion paraît en bonne forme dans l’ensemble, c’est une brèche ouverte pour demander l’exécution forcée du contrat (car là on touche les règles du droit civil). Dans la pratique il y a peu d’entreprises qui iront jusque devant les juges, car elles savent qu’elles ont l’opinion contre elles puisque chacun s’identifie à un salarié de chez Sony, 3M ou Molex.

Enfin, pour éviter que l’arsenal judiciaire ne s’acharne contre un seul, il est primordial de toujours mener l’action/les actions collectivement, c’est le seul moyen de faire échec au délit de séquestration car la loi pénale obéit à la personnalisation de la peine ; on punit celui qui a effectivement fait et tout fait. Le juge ne recherchera pas celui qui a apporté la corde, celui qui a fermé la porte à clé, etc. De toute façon, l’histoire nous a montré maintes fois que les luttes on les gagne dans la rue et collectivement. Qu’attend-on pour recommencer ?

Jamila - Santé Social RP
Le Combat syndicaliste, juin 2009
Journal des syndicats CNT.


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Dimanche 14 juin 2009

Construisons nos propres outils de lutte et de solidarité !

Un 13 juin à reculons

Le 29 janvier et le 19 mars, plusieurs millions de salariés se sont engagés. Et après ? Un appel le 1er mai (pas d’appel à la grève), une journée de «mobilisation» le 26 mai. Et voici maintenant un appel le samedi 13 juin !!!

Face au hold-up du MEDEF, la seule réponse proposée par les bureaucraties syndicales a été des journées ponctuelles aux lendemains peu triomphants malgré l
’ampleur des mobilisations. Les secteurs en lutte, du public comme du privé, de Molex, Caterpillar, FM Logistic, Scapa, Sony, 3M et autres Faurécia, des hôpitaux aux universités, sont restés isolés et de fait affaiblis.

Alors, certes, on nous répète toujours le même argument : «Les salariés ne sont pas prêts à partir en reconductible».

Oui, en effet, tous les salariés ne sont pas prêts encore à partir en grève reconductible. Mais qui empêche les syndicats de faire converger les plus déterminés d
’entre nous ?

Oui, en effet, une partie des salariés craignent de se mettre en grève pour perdre une fois de plus. Mais qui nous a habitué à des grèves d
’une journée et à des stratégies perdantes ?

En attendant les licenciements se succèdent, nos salaires stagnent, nos conditions de travail se détériorent, nos libertés sont bafouées, les immigrés traqués, notre système de santé détruit à des seules fins de rentabilité, l’éducation destructurée…


Un combat central : la grève générale

Faut-il le rappeler, la grève, c
’est bloquer le profit patronal en stoppant la production. C’est ce qu’ont fait les travailleurs Guadeloupéens et Martiniquais, avec les résultats que nous connaissons. C’est ce qu’ont fait, aussi nos ancêtres depuis le milieu du XIXe siècle, arrachant avec les dents de meilleures conditions de travail. C’est l’arme principale dont disposent les salariés pour faire plier le gouvernement et les patrons surtout par des temps de crise sociale.

Tous les autres moyens, dits de «modernisation du dialogue social», telles que la négociation ou les manifestations d
’«opinion» comme ce samedi, participent à un mythe. Le mythe d’un patronat et d’un salariat qui pourraient s’entendre pour le bien-être de l’ensemble de la société. Résultat : des licenciements à la pelle qui continuent, une production de richesses qui profitent toujours aux mêmes. Mais la grève illimitée c’est aussi faire un pas de côté, redonner un sens à notre travail. Produire, ça sert à quoi ? Comment pouvons-nous produire des richesses qui soient distribuées de manière égalitaire ? Comment articuler les envies de chacun avec les besoins de la société ?

Cette grève générale passe par le fait de retrouver notre confiance de classe. Notre confiance en notre capacité à poser des problèmes politiques concrets, loin des discours ronflants des professionnels politiciens. Une confiance en notre capacité de nous passer des bureaucraties syndicales qui pensent aux intérêts de leur organisation avant ceux des travailleurs et travailleuses.

Nous sommes des millions à payer les pots cassés de ceux et celles qui nous ont mis dans cette situation. Assemblée générale souveraine sur nos lieux de travail mais aussi dans nos quartiers pour imposer une société plus libre et plus juste.

L’heure est à un syndicalisme de lutte de classe, interprofessionnel, autogestionnaire et offensif : la peur doit changer de camp !
NOTRE ARME C’EST LA GRÈVE !
PAS LA MANIF’ DU SAMEDI !

Union départementale CNT du Rhône, 13 juin 2009.
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Lundi 8 juin 2009

Vive la grève ! Ideas Are Bullet-Proof !

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Vendredi 5 juin 2009

Deuxième mi-temps


Le 29 janvier. Grève générale.
À saintNazaire, tout le monde s’accorde pour que cette journée soit marquée d’une pierre blanche.

Dès le début, les manifestants sont sous pression ; depuis trop longtemps, la colère bouillonne en l
’absence de confrontation. La manif se termine à la préfecture et, devant la présence massive de policiers, quelques-uns lancent des cannettes et des yaourts. Se sentant encerclés, les flics envoient une pluie de lacrymos. La riposte ne se fait pas attendre : plusieurs milliers de personnes, lycéens, dockers, métalos, vieux syndicalistes, se relayent pour tenir les barricades et intensifier les affrontements. Pendant quatre heures, ça pète de partout : un groupe de manifestants est à peine dispersé qu’un autre apparaît, les poches remplies de pierres. Devant l’hétérogénéité des forces qui lui font face, la police, complètement dépassée, répond alors par une centaine de lacrymos et des grenades assourdissantes. L’une d’elles blesse un révolté qui perdra par la suite trois de ses orteils. S’ensuivront quinze procès et deux incarcérations de 2 à 4 mois. Le soutien s’organise rapidement, un collectif se forme et appelle à des rassemblements lors des différents procès.

Dans toutes les têtes se forge une idée : le 19 mars sera le jour de la revanche. Mais cette fois-ci, sentant qu
’il suffirait d’une étincelle pour que ça parte, aucun policier n’est visible sur le parcours. L’humeur n’est ni à la balade ni au slogan, et les silences sont ponctués par les détonations des pétards et des fusées. Nombreux sont ceux qui ne veulent pas en rester là. Si les flics ne veulent pas se montrer, il suffit d’aller les chercher là où ils sont. Les manifestants vont donc les attaquer directement à la pierre et au cocktail Molotov. La police recule, tient difficilement ses rangs. Elle parvient à plusieurs reprises à prendre en tenaille des groupes pour arrêter quelques révoltés (dont trois sont aujourd’hui incarcérés). Aux avants-postes, des barricades enflammées se montent tandis qu’à l’arrière on amasse les projectiles et on tient les rues adjacentes Alors que la plupart des arrestations du 29 étaient le fait de flics en civils, cette fois trois BACeux sont tabassés après avoir essayé d’arrêter des gens. Ils se tiendront ensuite à distance, livrant aux émeutiers un territoire dont ils ne récupèreront pas le contrôle. La place sera tenue jusqu’à l’arrivée des renforts appelés de Nantes, une occasion rêvée pour que ça pète aussi là-bas…

Rebetiko no 1, printemps 2009
Chants de la plèbe.
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