Mercredi 8 juillet 2009

Ce matin, à 6 heures tapantes, un dispositif de plus d’une centaine de flics accompagnés d’un huissier, ont délogé les habitants de la Clinique occupée.

Nous avons à peine eu le temps de monter sur le toit que la porte du bas était défoncée au bélier. Quelques feux d’artifice tirés et le RAID, l’unité d’élite de la police, nous encerclait déjà sur le toit, nous visant avec leurs fusils à pompe. Ils nous ont fait descendre après nous avoir donné quelques coups. Il y avait un flic par marche sur les trois étages, ils nous filmaient, nous insultaient et nous menaçaient avec des Tasers.

En une demi-heure nous étions sur le trottoir avec des bleus et quelques affaires qu’ils ont consenti à nous laisser. Après un contrôle d’identité, ils ont commencé à murer les fenêtres et les portes et ont confié à trois vigiles le gardiennage de l’immeuble, qui redeviendra vide encore longtemps. Nous sommes nombreux à la rue car il faut débourser deux tiers de son salaire, prendre un crédit sur 25 ans ou attendre 6501 dossiers de HLM pour avoir un chez soi. Nous sommes nombreux à la rue car les spéculateurs immobiliers qui achètent et vendent des immeubles qu’ils laissent vides pour faire du profit, nous expulsent quand nous les occupons.

Si nous vous informons sur cette expulsion, c’est pour dire qu’on ne part pas d’ici, que cette expulsion musclée ne nous séparera pas et que nous continuerons à habiter la rue. Ou d’occuper d’autres lieux…

RDV ce soir, mercredi 8 juillet, à partir de 19 heures, à l’entrée de la rue piétonne pour un repas dans la rue. Faut pas oublier l’Assemblée générale de la Clinique en exil ce dimanche à 15 heures au marché de Croix de Chavaux.
Faut pas oublier non plus que les Demi-lunes sont expulsables immédiatement. C’est au 66 rue de la Demi-Lune et on appelle à un rassemblement le jour de l’expulsion devant le lieu occupé.

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Mercredi 8 juillet 2009
Le squat «La Clinique» vient de se faire expulser

À 5h45, il y avait déjà un fort déploiement de flics ; ils ont commencé à expulser vers 6 heures, en rentrant par la porte. Près de trois cent CRS, vingt types du RAID, dans une ville qui se réveille sous la pluie. Beaucoup de flics devant le lieu, mais besoin de monde autour de Croix de Chavaux, rien que pour aider à récupérer des affaires perdues à l’intérieur…

L’alerte est aussi lancée pour la Demi-Lune, à la Boissière, qui risque d’être le prochain sur la liste.

Tous à Montreuil aujourd’hui,
en solidarité avec les squats expulsés ou menacés :
La Demie-Lune, 66 rue de la Demie-Lune (RER E Rosny-Bois-Perrier + Bus 102 Salvador-Allende)
La Clinique, 42 boulevard de Chanzy (Metro 9 Croix-de-Chavaux, direct à la sortie sur la place du marché)

Indymedia Nantes, 8 juillet 2009 - 7h03.



URGENT à Montreuil : Deux expulsions en cours !


Les flics ont debarqué à la Clinique à 6 heures du mat’, accompagnés du GIGN…

Fort déploiement policier, il y avait un flic par marche entre le 3e étage et la sortie du bâtiment.

Apres s’être réfugiés sur le toit, les occupants ont été contraints de sortir.

Vers 8h45 il y avait encore 5 à 6 camions de CRS boulevard de Chanzy, les occupants arrivaient toutefois à récupérer une partie de leurs affaires sous le regard des flics en civil.

9h53
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Jeudi 2 juillet 2009

À Montreuil la Clinique occupée (Croix de Chavaux) et les 2milunes  (à la Boissière) sont menacées d’expulsion depuis ce weekend, sans aucun délai, la justice a décidée au bonheur des propriétaires.

Vendôme Immobilier (pour la Clinique) n’ont aucun projet sur le lieu et la Clinique est d’ailleurs en vente pour 600.000 euros (avis aux intéressés).

Foncière Résidence (pour les 2milunes) vont démolir les deux maisons, et construire un immeuble (logement et bureaux). Un des ces immeubles qui vous détruisent les jardins, gâchent le paysage, font monter les loyers et ne contiennent pas plus d’habitants que les 2milunes actuellement. Ça va vous changer le quartier de la Boissière… mais ces expulsions n’arrêteront pas les occupations.

Le passage de la police est imprévisible, mais pourrait arriver assez rapidement. C’est un petit peu au petit bonheur la chance… C’est alerte rouge pour la première semaine, avec numéro d’urgence et tour de gardes.

Ci-dessous un texte qui circule aux 2milunes et alentour, plus d’informations dans l’Ordonnance (le journal de la Clinique).

Pour être appellé le matin de l’expulsion et faire un rassemblement pour empêcher l’expulsion envoyez vos numéros de téléphone par mail.




Depuis novembre 2
008 – La Boissière / Montreuil – Il y a…

Il y a … la DEMI-LUNE. Il y a dans notre quartier un lieu occupé où celles-ceux qui y vivent et qui y passent s’organisent ; de la façon d’habiter ensemble à 18 grands et 4 petits, à la mise en place d’une vie de quartier…
Il y a à la DEMI-LUNE, une vigne, deux poiriers, des vides-greniers gratuits, sept ou huit rosiers, des Assemblées pour s’organiser contre les expulsions de logement, des échanges de plants de tomates avec la voisine…
Il y a … des odeurs de bouffe, au moins 60 potes d’ici et d’ailleurs hébergés, des réunions d’organisation d’un Forum sans-papiers et migrations, des concerts de soutien en solidarité avec les enfermés, des trucs écrits sur les murs, et une pile de vaisselle qui désemplit jamais.

On a décidé d’entrer dans ces maisons, vides depuis plus d’un an, et de les faire vivre avant qu’elles ne deviennent d’abord un tas de gravats puis un bel et propre et cher immeuble «standing» où vivront des gens «standing» tous séparés par des cloisons anti-bruit.

Alors ouais, on est là ensemble, on mange, on parle avec les voisins, des fois on fait un peu de bruit et on paie pas de loyer. Et parce qu’on paie pas de loyer, on va être expulsé. Si on paie pas de loyer, c’est qu’on en a eu marre de courir après l’argent pour attraper des loyers trop chers, de courir après des hébergements d’urgence sans salle de bain, de vivre dans des cages à poules où on peut même pas courir, courir, courir, après quoi d’ailleurs, puisqu’on sera trop essoufflés pour profiter de quoi que ce soit.


Parce qu’on a envie de foutre des bâtons dans les roues de ce système, ses mécanismes et ses putains de barrières, de saboter toutes les lois qui vont avec et notamment celle de la propriété privée.

Parce qu’il est essentiel qu’il y ait, à la Boissière, des lieux libres de résistance et de vie de quartier et que l’État resserre l’étau progressivement sur nos libertés, nos droits, nos rêves… Concrètement, à la Boissière on citera, la fermeture des animations pied d’immeuble, les infinies demandes d’autorisations pour faire des repas de quartiers, le rachat des commerces par des agences immobilières et des banques, les allées et venues régulières des voitures de keufs, le nettoyage permanent de nos rues…


Juin 2009 - On nous expulse, nous resterons

La juge, l’huissier et toute la clique (rrrrr) ont décidé de nous expulser sans délais. À peine le temps de ranger nos affaires et une armada de flics sera là, devant notre porte dans les jours qui viennent, sûrement tôt le matin.

Nous serons là à l’intérieur et nous vous attendons dans la rue. Au moment de l’expulsion, nous vous invitons à vous mobiliser, à laisser exprimer vos révoltes et votre soutien. Il faut faire du bruit, sortez vos casseroles et vos instruments…


On ne nous dira pas comment il faut vivre. Nous déciderons par nous-mêmes. Même s’ils prennent nos maisons, ils ne prendront ni nos âmes ni nos armes. S’ils nous sortent, nous serons tous dehors, tous à la rue. Nous marcherons ensemble et nous prendrons d’autres lieux. Nos quartiers appartiennent à ceux qui y vivent et pas aux promoteurs immobiliers qui veulent y faire du profit.

Comme à Croix-de-Chavaux, un autre lieu d’organisation, La Clinique, (42 bld Chanzy) est menacée d’expulsion. Si nos dates de comparution au tribunal, de rendu de procès et d’expulsion sont les mêmes, c’est parce qu’ils veulent couper les liens entre les quartiers. Organisons-nous pour les en empêcher.

Nous occuperons, nous resterons
à la Boissière comme à Croix-de-Chavaux.


Lundi 29 juin 2009 – 1re journée expulsable - Rue de la Demi-Lune
On vide notre grenier sur le trottoir d’en face : Venez vous servir.
L’huissier est passé pour nous demander de partir. Nous avons refusé. La prochaine visite, ça sera la police. Des Biomans et un Jedi collés sur le portail veillent sur la maison… Les barbecues et les festivités continuent. Restons alertés.

1er juillet 2009.

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Samedi 30 mai 2009

Le matin du 25 mai 2009, la police a expulsé le squat «Pila» à saintPetersburg, qui existait depuis six mois. Quand la police est entrée dans le squat, les habitant-e-s ont réussi à s’échapper, et personne na été arrêté. Mais pas mal daffaires appartenant aux habitant-e-s ont été volées, ou détruites (notamment des instruments de musique). Huit personnes vivaient au squat «Pila» et de nombreuses activités y étaient organisées. Comme la plupart des squats russes, «Pila» était un squat clandestin et son existence nétait pas publiquement connue. Un autre squat où avaient lieu des concerts a été récemment «découvert» sur lîle Vasilevsky, et celui-ci a dû être abandonné à cause de menaces reçues…

Lors de l
expulsion du squat «Pila», il y avait neuf fourgons de police vans, mais aussi une équipe de télévision, qui accompagnait la police. Ils voulaient probablement en profiter pour filmer quelque chose de scandaleux au sujet des squatteur-e-s… Plus tard, dans plusieurs villes, des journalistes ont dit avoir reçu ordre de faire des reportages négatifs au sujet des «antifas» et des «anarchistes». La TV de la police [sic] a essayé dentrer en contact avec des anti-fascistes à Moscou. La calomnie nest pourtant quun élément parmi dautres utilisés dans les récentes attaques médiatiques contre les «antifas» dans toute la Russie.

En réponse à l
expulsion, les squatteur-e-s de «Pila» ont enregistré un message vidéo à ladresse des habitant-e-s de saintPetersburg et lont posté sur Youtube [bon, cest en russe, bien sûr] :


Il ny a pas de traduction écrite de ce message vidéo sur internet donc cest assez compliqué de le traduire, mais en gros ils et elles font le point sur les espaces libres dans les villes russes, et expliquent que les luttes de squats sinscrivent dans un contexte plus large pour préserver saintPetersburg [de la gentrification] — il existe un important mouvement populaire contre le développement urbain de la ville, qui essaye de préserver les aspects «XVIIIe siècle»de la ville, contre des projets tels celui du quartier général de Gazprom, avec ses gratte-ciel, etc.

En ce moment à saintPetersburg, il y a également des actions contre les brutalités policières et la répression politique par les forces de police spéciale du «Centre de Contre-attaque à l
Extremisme», comme le coup monté contre Artyom Loskutov à Novosibirsk. Il y a quelques photos ici.

Actualité francophone des squats à travers le monde, 29 mai 2009
Eviction of a squat in St. Petersburg
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Jeudi 28 mai 2009

Lettre à un-e voisin-e, dans un quartier genevois que l’on nettoie de squats et de toute vie «populaire».

Madame la voisine ou Monsieur le voisin

L’autre jour en me réveillant chez mes ami-e-s les occupant-e-s du 20 Grottes, une douce mélodie me léchait les tympans. Elle venait de la fenêtre ouverte, de la rue, du bâtiment d’en face, très chic, fraîchement rénové. Elle venait de votre appartement. Vous dégustiez sans doute vos croissants en chargeant votre stéréo d’ajouter un peu de beauté à votre matinée. J’aurais pu féliciter votre bon goût. Du Yann Tiersen au réveil, quel charme ! Quelle douceur ! Quelle finesse ! De belles et longues minutes d’harmonie, d’accordéon minutieux. Des images étouffées de Montmartre sous la pluie. Yann Tiersen, le champion de la poésie quotidienne. Yann Tiersen, le pote d’Amélie Poulain.

Mais moi j’entends cette belle musique et je vous imagine vous, et j’enrage. Vous vivez dans le dernier «vieux» quartier populaire de Genève : les Grottes. Il est en train de se faire raser, sous vos yeux, sous votre fenêtre, jour après jour. On le rase comme on sait le faire de nos jours, en douceur, avec une douceur sardonique, avec un joli sourire écologiste et des jolies sérénades au «développement durable». C’est le fameux capitalisme à visage humain, qui ne détruit plus les vieux quartiers à coups de bulldozer mais à coups de rénovations, qui n’y plante plus des tours en béton, mais des lampadaires et des pavés en plastique, et surtout, des nouveaux habitants et des nouvelles habitantes, aisé-e-s.

Les Grottes étaient une honte pour Genève. Comment ! Une ville si riche, si internationale, qui n’a pas encore fini de se standardiser ! Comment ! Une cité d’Europe occidentale qui n’a pas encore refoulé tous ses quartiers populaires à la périphérie ! Qui en garde un juste derrière la gare ! Quelle indécence ! Nettoyez-moi bien cet immonde champignon, cet espace étrange, incongru, tout de guingois, vivant, truffé de squats. Remplissez-moi ces places de cafés, et chassez-m’en toute bouffe populaire impromptue. Uniformisez-moi la couleur de ces façades, maladroitement peintes par celles et ceux qui habitent derrière. Expulsez-moi ces squats et haussez-moi donc ces loyers. Plus rien ne doit être laissé à l’improvisation, ni aux habitant-e-s. Le service de l’urbanisme est bien plus apte que quiconque à choisir la norme qui est bonne pour tout le monde et surtout pour l’image de la ville, laissons-le faire du modélisme avec nos rues, il nous peaufinera les plus belles maquettes qui soient, et elles seront grandeur nature. Nos hôtes aux cravates satinées (et aux poches pleines) pourront enfin aller de l’ONU à la banque sans risquer à aucun moment d’être surpris. La même netteté, la même aseptie, la même sécurité, la même sécheresse, couvrira tous les trottoirs qu’ils emprunteront, et ils n’auront même plus l’impression de quitter leur bureau en arpentant la rue de la Faucille. Enfin notre ville entière, de bout en bout, de Carouge à Cologny, des Pâquis à Plainpalais, sera complètement morte. Empaillée avec gloire en un mausolée pour l’élite mondiale. Vidée de substance, fignolée en façade, pour qu’il reste aux touristes quelque chose à photographier.

Voisin ou voisine, j’enrage. Parce que tu préfères aller acheter au supermarché, sous forme de musique enregistrée, cette ambiance «populaire», «authentique», qu’on assassine dans ton quartier. Parce que tu préfères aller au supermarché plutôt que de descendre défendre ta rue. Parce que tu consommes ce que tu pourrais vivre ou créer. Parce que tu révèles la force et le cynisme d’un système qui spectacularise, manufacture, empaquète, publicise, marchandifie la beauté qu’il ôte à la réalité. Parce que tu symbolises notre apathie, notre incapacité à nous battre dans une société qui nous apprivoise, nous berce et nous berne en nous vendant des succédanés de ce qu’elle anéantit devant nos consciences, lucides mais diverties par des préoccupations routinières, personnalisées, infiniment importantes. Le bac. Le diplôme. Le job. Le grand amour. La voiture. Les gosses. La carrière. La retraite. Le testament.

Voisine ou voisin, j’enrage maintenant parce que je suis jeune et fougueux. Mais ne t’en fais pas. Tout le monde me dit que ce n’est qu’une étape. Il paraît qu’on vieillit très très vite. Qu’en vieillissant on voit des tonnes de Grottes poignardées, on voit des Croix-Rousses, des Paniers, des centres florentins, crever par dizaines, par centaines, et on se blase, on comprend que c’est comme ça, que c’est le cours de l’Histoire, qu’on n’y peut rien. Quand je serai vieux (l’année prochaine ?) je n’arriverai pas à enrager parce que je serai comme toi, je chercherai mon petit nid dans la société, mes petites matinées sucrées dans mon studio, je paierai mes impôts et je ferai mes courses : je financerai les États, les armements, les autoroutes, les multinationales, la misère noire du Sud, parce que faire autrement il paraît que c’est trop compliqué quand on est des hommes, des vrais. Autant se ménager une vie pas trop extraordinaire avant que notre passivité complice ne fasse exploser la planète. Ou ne la transforme en verre. Une bille toute ronde, toute lisse, absolument sûre, complètement morte.

Extrait du dossier «Gentrification, urbanisme
et mixité sociale» dans Non Fides no 3, 2 mars 2009.
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Lundi 25 mai 2009

Forme de capture administrative du territoire urbain et de ses populations, le numérotage des maisons s’impose dès le XVIIIe siècle. Aujourdhui banal, il sagit pourtant à lorigine dun instrument du contrôle social.

Objet banalisé par plus de deux siècles de pratiques quotidiennes, la numérotation des maisons apparaît en Europe à partir du siècle des Lumières comme un outil administratif et policier. Imposée aux populations par les pouvoirs publics, elle reconfigure durablement les perceptions de l
espace urbain. Grâce au numéro, la localisation des populations ne repose plus sur linterconnaissance entre voisins ou sur la connaissance intime du territoire, mais sur des coordonnées numériques qui désignent et assignent une place à chacun dans la ville. Instrument didentification, le numérotage des maisons devient en même temps, à linstar du passeport, un support de lidentité administrative des personnes.

Contrôler la mobilité

À partir de 1750, les pouvoirs publics élaborent toute une série de dispositifs propres à instaurer une nouvelle transparence urbaine. L
amélioration des voies de circulation assure la fluidité des échanges économiques et en favorise la dynamique. Parallèlement, les villes deviennent un pôle dattraction de limmigration rurale et la mobilité économique se fait plus intense. Gages des nouvelles possibilités de mouvement et de circulation, les dispositifs sécuritaires se développent, principalement autour du contrôle des étrangers. Des formes didentification des personnes apparaissent et se déploient à large échelle, comme les «identités de papier» (certificats militaires ou professionnels) qui attestent de la probité des personnes.

Les «gens sans aveu», ceux dont aucune attestation ne permet l
’identification ou la connaissance, sont traqués et chassés hors des villes comme fauteurs de désordre. Sortir de lombre les indésirables que masquent la densité et lanonymat du tissu urbain, débusquer les individus désaffiliés pour les contrôler, rendre connaissables ceux que la proximité vicinale ne permet plus didentifier : registres de police, certificats, éclairage public et numérotation des maisons sont quelques-unes des techniques de surveillance en plein essor au XVIIIe siècle. Toutes, de près ou de loin, contribuent à létatisation du contrôle social.

Un essor général

Madrid (1750), Vienne (1753), Trieste (1754), Londres (1765), Lille (1765), Munich (1770), Copenhague (1771), Paris (1779, 1790), Genève (1782), Milan (1786), Philadelphie (1790), Naples (1792), New York (1793) : la chronologie et la géographie des premiers numérotages systématiques dépassent le cadre politique de l
absolutisme ou du despotisme éclairé. À partir de 1790, la révolution étend le numérotage à la plupart des villes de France. Les guerres révolutionnaires exportent la technique aux villes dAllemagne, de Suisse et des Pays-Bas. Dans la plupart des cas, lorigine du numérotage est militaire. Lordre numérique facilite le logement des troupes de guerre de passage dans une ville, tout en y favorisant lexercice de la police.

Dans les villes de l
Empire des Habsbourg, le recrutement militaire des conscrits sappuie sur le recensement des maisons. Outil de dénombrement et didentification, le numérotage est utilisé depuis le début du siècle pour reconnaître les populations juives de Vienne et de Prague. Dans cette ville, dès 1781, alors que le numérotage (en chiffres arabes) sapplique à tous, les chiffres romains désignent les maisons des juifs.

Le rôle de l
’État est primordial, mais le marquage numérique rencontre aussi lintérêt des éditeurs dalmanachs ou dannuaires, désireux de proposer des «livres dadresses». Nouvelles formes de lisibilité sociale, bottins, directories, adressbücher se diffusent un peu partout en Europe. Cest à linitiative dun éditeur que le premier numérotage parisien de 1779 est inauguré. De même que les finalités du numérotage sont multiples, les systèmes utilisés varient. Avant le triomphe en Europe, au XIXe siècle, dune numérotation par rues, avec une suite de nombres pairs dun côté et impairs de lautre, le XVIIIe siècle connaît aussi la numérotation par quartiers ou par blocs de maisons.

Les voitures numérotées

Le nombre fascine les Lumières. Langage naturel, il est gage d
une nouvelle rationalité politique et la statistique naissante devient un instrument de gouvernement des populations. Le numérotage des maisons sinscrit dans un contexte plus large didentification numérique des choses et des hommes. Lutopie policière de Guillauté, un projet de réforme de la police parisienne remis à Louis XV en 1749, est le marqueur exemplaire dune volonté inédite didentification. Dans ce projet, il est question de numéroter lespace urbain (quartiers, maisons, escaliers, portes, voitures) et dy inscrire les coordonnées utiles au repérage et au fichage des individus.

Encore tâtonnantes au XVIIIe siècle, les techniques d
identification par le nombre commencent cependant à simposer, non seulement pour les maisons, mais aussi pour les voitures. En 1734, une ordonnance royale en France rend obligatoire le numérotage des voitures hippomobiles. Alors que le XVIIIe siècle invente la vitesse, il en découvre les accidents. Le numérotage et lenregistrement centralisé des carrosses et chevaux attelés commencent à Genève en 1761 à linitiative des magistrats de police qui souhaitent reconnaître les cochers et réprimer les infractions aux règles de la circulation urbaine.

Au service d
une nouvelle gestion de lespace urbain, le numérotage des maisons est une technique de reconnaissance du territoire qui est suffisamment labile — et peu coûteuse — pour susciter une large adhésion. La transparence urbaine quil promet fédère des attentes aussi variées que celles des militaires, des autorités policières, du fisc, des éditeurs, des citadins. Avec lordre numérique, la localisation des amis, connaissances, personnes célèbres, mais aussi délinquants et criminels présumés devient plus aisée, même pour ceux qui ne connaissent pas intimement les entrailles urbaines.

Les attentes ou les nouveaux besoins que comble le numérotage sont très divers, mais c
est précisément la labilité du dispositif qui lui permet dabsorber tous les espoirs et toutes les formes dinvestissement. Dépourvu de raffinement technique et mobilisable à moindre coût, il sinsinue parmi les technologies de pouvoir les plus efficaces quait produit le XVIIIe siècle, comme dautres, anodines, que le monde moderne continue à produire.

Aujourd
hui naturalisée, la numérotation des maisons nest plus perçue comme un dispositif de contrôle et son archaïsme est évident face au développement des techniques contemporaines de la «surveillance globale». Saurons-nous, en tant que citoyens, domestiquer et désamorcer le potentiel liberticide au cœur des nouveaux instruments de contrôle ?

Quand la ville de Calvin découvre le numérotage
En octobre 1782, alors que des troupes étrangères stationnent à Genève pour restaurer loligarchie conservatrice écartée du pouvoir quelques mois plus tôt, le numérotage des maisons est introduit dans la ville de Calvin. La mesure est inédite et linitiative en revient au général des troupes françaises. Appliqué avec zèle par les autorités genevoises, ce premier numérotage urbain (qui sera en usage jusquau milieu du XIXe siècle) suit les prescriptions des ordonnances militaires françaises. Aux yeux des magistrats genevois, la nouvelle signalétique urbaine doit faciliter «lexercice ordinaire de la police», tout en procurant quelque commodité «aux particuliers». À lété 1783, le numérotage est étendu aux maisons de la campagne genevoise. Pour être efficace, le numérotage est précédé par linscription des noms des rues sur les façades des bâtiments, chose alors inédite à Genève. Peints contre les murs des maisons (chiffre noir dans un carré blanc), les numéros sont inscrits dans lordre naturel en suivant les contours des quartiers. Le quartier de la Maison de ville est numéroté de 1 à 277, celui de Saint-Gervais jusquà 257, celui de Rive arrive à 188 et le quartier du Bourg-de-Four va de 1 à 295.
En 1782, la résistance au numérotage est immédiate et de grande ampleur. En quelques jours, malgré le renforcement de la traque nocturne contre les saboteurs, plus dune centaine de numéros sont effacés, principalement dans les rues basses et dans le quartier de Saint-Gervais. Les autorités pensent avoir affaire à une manœuvre concertée, à un complot, mais les enquêtes policières ne permettent dappréhender que quelques suiveurs. Interrogés par la justice, locataires ou propriétaires des maisons disent avoir agi spontanément, sachant que dautres numéros avaient été effacés ailleurs en ville. Les gestes des contestataires ne sont pas réductibles à un mobile politique précis. Ils sont le produit dune crise de lautorité légitime, le numérotage étant demandé par des militaires étrangers, mais appliqué par des magistrats genevois. Leffacement relève aussi dune réaction indignée pour ce qui apparaît comme une nouvelle forme de contrôle. Jugée pour avoir effacé un numéro, une femme se plaint avec aplomb du nom de rue qui vient dêtre inscrit sur sa maison. Si les autorités y ajoutent un numéro, renchérit-elle, il lui «semblera être dans une inquisition». Le numérotage est aussi mal perçu car il porte atteinte à la dignité des personnes en faisant peser le soupçon policier sur tous.

Marco Cicchini - Le Courrier, 19 mai 2009
Quotidien suisse et indépendant.
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Lundi 18 mai 2009
Communiqué du collectif Tripouze
concernant la manifestation du 16 mai 2009 à Bienne


Nous tirons un bilan positif de cette Reclaim the streets en soutient au squat Tripouze qui a rassemblé environ 300 personnes.

Avec ses trois chars sonores cette manifestation a déambulé pendant environ trois heures dans la ville dans une ambiance festive et sans aucun débordement.

En fin de manifestation nous avons occupé un terrain vide depuis six ans entre la rue Moser et Aebi pour y faire des concerts. Nous avons choisi ce lieu car il symbolise le comportement des propriétaires immobiliers qui détruisent des maisons vivantes qui font le charme de cette ville pour y construire des blocs de béton ou pour laisser les terrains à l’abandon. Ils aseptisent nos quartier dans une logique de profit.

Nous considérons le droit de manifester et la liberté d’expression comme un droit fondamental c’est pourquoi nous n’avons pas demandé d’autorisation à la ville.

À propos des débordements qui ont eu lieu en marge de la manifestation nous voulons dénoncer les contrôles d’identité arbitraires et la violence policière qu’ont subi ces personnes qui n’ont rien fait d’autre que de participer à une fête de rue.

De la culture et du bruit
contre le béton et le profit
Tripouze Bleibt!!!

Indymedia Suisse romande, 18 mai 2009.


La manif
dégénère

Samedi soir, la police a dû intervenir aux gaz  irritant et au tir de balles en caoutchouc pour calmer les débordements liés à la manifestations organisée par Tripouze.

Samedi, les squatters du collectif Tripouze avaient réuni une centaine de sympathisants qui, comme eux, s’opposent à la destruction de bâtiments vides en ville de Bienne et l’expulsion des squatters. Réunis à 15 heures à la Coupole, les manifestants ont sillonné pacifiquement les rues de la ville (sans autorisation de la police), engendrant d’importantes perturbations du trafic sur les routes situées sur l’axe nord. Puis, le cortège a occupé l’aire située entre les rues Moser et Aebi.

«Les manifestants ont causé des dommages à la propriété dans le secteur des rues Aebi et Moser. Ils ont notamment sprayé des quelques bâtiments. Nous ne connaissons pas encore le montant chiffré des dégâts», confie Heinz Pfeuti, porte-parole de la police cantonale.

Aux alentours de 22 heures, la police a effectué des contrôles d’identité des manifestants qui quittaient les lieux et ont alors été bombardés de jets de pierre, de bouteilles et d’autres objets. «Les policiers sur place ont donc été obligés de faire usage de tirs de balles en caoutchouc et de gaz irritants, au niveau de la place de la Croix, pour tenter de maîtriser la situation qui dégénérait», poursuit le porte-parole.

Suite à ces altercations, la police a encore contrôlé l’identité  d’une dizaine de personnes, relâchées après avoir été auditionnées. La police précise encore qu’elles seront dénoncées.

Du côté du collectif Tripouze, organisateur de la manifestation, personne n’était, hier, joignable pour commenter les événements de samedi.

Leur presse (Le Journal du Jura), 17 mai.


Squats à Bienne :
Incidents entre la police et des manifestants


La police a dû faire usage de balles en caoutchouc et de gaz irritants samedi à Bienne lors dun contrôle didentité à lissue dune manifestation non autorisée en faveur des squatters. Dix personnes ont arrêtées puis relâchées.

Les forces de l
ordre ont été bombardées de jets de pierres, de bouteilles et dautres objets lorsquelles ont voulu procédé à des contrôles didentité en raison des dommages commis à la propriété. Les milieux anarchistes biennois avaient appelé à protester contre lexpulsion de squatters et les démolitions de maisons vides.

Leur presse (ats), 17 mai.
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Vendredi 15 mai 2009

Genève — Après les actions de résistance menées en 2007 et 2008, le mouvement squat a pris du plomb dans laile. Les militants, qui n'ont pas perdu pour autant leur sens aigu de la critique, viennent de publier une brochure [La fin du cochon, c’est le début de la saucisse, disponible — entre autres documents sur les squats — à l’infokiosque (les ma. de 16h à 20h, à la Buvette de l’Îlôt 13, au 14, rue de Montbrillant). Lire également Le Courrier du 27 avril.] qui retrace ces deux ans dactivisme. Extraits.

Le mouvement social se porte bien à Genève. La fédération des associations a son strapontin à lassemblée constituante, où elle est aux premières loges pour assister à la résurrection des vieillards staliniens. Grâce à une organisation et une communication sans failles, la mobilisation populaire a également eu la peau de la fumée passive et des chiens dangereux. Camarades, la victoire est à nos portes, il suffit de choisir la cause, et de dire ce que les médias veulent entendre. Les partis politiques lont bien compris eux aussi, des délires sécuritaires socialistes à la verte promotion des fonds spéculatifs pour tenter de sauver lécosystème inestimable des îles Caïmans… Les conditions de vie, de logement, de travail ou détudes nintéressent plus que les quelques égarées antédiluviennes qui nont pas encore compris que le temps des idéologies était terminé, quelles navaient quà se mettre au boulot dans leur coin et à consommer responsable pour faire le bonheur de leur patronne et de leur proprio, faire carrière et devenir de bonnes citoyennes qui seront récompensées, dans ce bas monde ou dans lautre. De préférence dans lautre, cest moins cher et ça risque pas de nuire à la planète.

Matraquer tout ce qui ressemble pas à un bourgeois blanc pas trop jeune, ça a aussi des vertus pédagogiques… Il semble qu
il ny ait plus que la flicaille et le gang légalisé qui lui sert de syndicat pour qui les mots «rapport de force» aient encore un sens. Les flics sont ainsi les seuls rescapés du mouvement des fonctionnaires de 2004, lune des seules mobilisations denvergure de cette décennie.

Le foisonnement autour du logement en a été une autre : résistance aux évacuations, fêtes sauvages, assemblée des mal-logés, affichages de témoignages sur les murs propres, brochures diverses, etc. La série d
occupations dimmeubles et de maisons entre 2007 et 2008 représente la phase offensive de ce mouvement, et a obtenu le soutien de nombreuses personnes présentes devant des maisons vides qui ne létaient plus. Si la campagne de dénigrement massive dont elle a été lobjet dans la quasi-totalité de la presse (quand ce nétait pas de lindifférence), la démission totale de tous les partis politiques et de leurs émanations associatives, et la répression policière et judiciaire portée par leurs élus nont pas réussi à stopper net les occupations, elles sont bel et bien parvenues à briser le mouvement.

La vague est retombée, et l
absence de projet touche toutes les composantes du mouvement. Les occupations se font de plus en plus rares et en catimini. Lassemblée des Mal-logés est devenu un groupe de spécialistes parmi dautres et a perdu son ambition première de devenir un mouvement de masse autour du logement. La SURVAP (association des habitants des Pâquis) délire tranquillement dans un univers parallèle, et fait la promotion de la police de proximité dans une initiative citoyenne pour bobos qui veulent un quartier vivant, mais avec couvre-feu à 22h17, faut pas déconner non plus, il y a école demain. Les dépositaires de la marque Rhino se battent à lONU pour la reconnaissance du droit au logement, comme si ça servait à autre chose quà la production dun rapport supplémentaire. Enfin, la disparition des soutiens populaires et anonymes, présents en nombre lors des évacuations et occupations de 2007, est peut-être le signe le plus tangible de la fin du mouvement.

La cause est simple et assénée par les politiques et les journalistes : l
éloignement politique et le manque de communication qui entoureraient ces deux dernières années dactions dIntersquat. Si ce discours nétonne pas dans la bouche des crapules, il est pénible dentendre aujourdhui les groupes ayant pris part à ce mouvement relayer la même rengaine. Non seulement cest trop vite oublier que les Mal-logés résultaient dun désir délargissement, cest oublier également le caractère public de la plupart des occupations et des tentatives, soit dans leur forme même (le grand rallye à vélo qui devait amener à loccupation des Falaises, ou le concert de Kenny Arkana), soit au travers des fêtes qui étaient organisés les soirs mêmes (Dalcroze, Saint-Jean, Coulouvrenière, Intercontinental). Ajoutée à cela, la diffusion à chaque occasion de communiqués de presse, très inégalement relayés par les médias, mais toujours disponibles sur les lieux doccupation ou sur Internet.

C
est oublier encore les multiples tentatives pour élargir nos horizons et nos champs de luttes, en invitant des grévistes de la Boillat, en organisant des cantines sauvages, en participant à la grève des maçons, en proposant des soupes sur des lieux de mobilisation ou en distribuant tracts et brochures à toute occasion. Imputer le manque de soutien général de la population au manque deffort et de volonté dIntersquat, cest véritablement poser ses deux mains par dessus ses propres œillères, et refuser de voir que, sur la question du logement, tout est à reconstruire.

La critique de l
éloignement des squatteuses des «véritables» préoccupations de la population manque cruellement de pertinence. Elle occulte le contexte genevois de ces dix dernières années, caractérisé par la quasi absence de luttes sociales. On ne peut pas imputer aux squatteuses la responsabilité de lapathie généralisée. Cela revient à faire le jeu des partis, syndicats et associations qui ont définitivement abandonné toute perspective politique, et entretiennent de ce fait la passivité, en percevant parallèlement leur rente de situation et en se partageant postes et subventions. «La politique est lart dobtenir de largent des riches et des suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres.» (Jules Michelet) On nentrera pas dans ce jeu-là. Et si les flics devaient devenir les seuls à avoir le pouvoir de se mobiliser et de faire plier le gouvernement, ce ne sera ni avec nous, ni grâce à nous. Puissent les c… en tout genre qui grenouillent à propos d'un accord scellant la «paix du logement» en prendre acte.

Une soirée de soutien à Intersquat est programmée à la Buvette de l’Îlôt 13 samedi 30 mai : dès 20h, concert de Mossuraya & co, disco.


Non au démantèlement du service public :
encore plus de flics, encore plus de matons


«Nous avons la bonne fortune à Zurich, dans les grèves, de voir affichés des arrêtés interdisant les piquets de grève, qui portent la signature d’un administrateur municipal socialiste ; dêtre empoignés par une police socialiste ; poursuivis pour délit de grève par un procureur général socialiste, et condamnés pour ce délit par un juge socialiste. Nous avons le privilège, en cas de poursuite pour dette, de voir notre mobilier saisi et vendu à lencan par un huissier socialiste.»
Fritz Brupbacher, «Le mouvement syndicaliste
à Zürich» in La vie ouvrière, 1913.

Au contraire de ce que serine une large gamme d
amusants gauchistes, nous ne vivons pas le recul des services publics, mais, pourrait-on dire, leur triomphe. Leur renforcement, le refus de leur démantèlement sont désormais lhorizon incontournable de tout parti de gôche. Paré de toutes les vertus, le service public est supposé être écologique, social, égalitaire, participatif, incluant, gratuit, de qualité… Ce discours, propagé par les trotskistes, ATTAC et Cie, cache mal que ce que nombre d«usagers» connaissent des services publics, ce sont les contrôleurs du chômage, les enquêteurs du contrôle de lhabitant, les huissiers de loffice des poursuites, les flics, les matons, les services financiers de lhôpital, les contrôleurs CFF, etc. la liste est longue. Le 4 décembre 1994, les électeurs genevois acceptaient la Loi sur les mesures de contrainte — autorisant la détention administrative détrangers — et refusaient, par le même scrutin, la privatisation du service des automobiles et de la clinique de Montana. Victoire des services publics donc. On sétonna chez les gauchistes de ce résultat qui leur semblait contradictoire. En réalité, la volonté de contrôle accru quexprimaient les mesures de contrainte est, répétons-le, une composante — et non des moindres — du service public.

Il est clair d
ailleurs que la question de savoir si les tâches de contrôle sont effectuées matériellement par les flics publics ou privés nest pas pertinente. On entendait tel chef socialiste soffusquer grandement de ce que Securitas infiltre ATTAC Vaud. Ce qui le choquait ce nétait pas linfiltration, mais quelle ait été réalisée par des privés plutôt que par des flics d’État. On voit par là que lopposition public/privé n'est jamais quune manière dévacuer la question des activités des services publics. La séquence doccupations-évacuations dont il est question dans cette brochure nous semble surtout marquée par la présence oppressante de l’État et de ses services publics. Certes, les propriétaires des maisons occupées étaient en majeure partie des privés, mais sans le zèle particulier des fonctionnaires de la police, sans la volonté politique de traiter les occupations comme un pur problème policier, les choses auraient été différentes. Les seules formes dautonomie très relative qui sont désormais concédées en ville sont encadrées par les fonctionnaires et les politiques au nom dune double nécessité de contrôle et daide sociale. Face à cette situation, la seule forme de lutte légitime semble être de se battre pour être accrédité comme partenaire des processus participatifs. Ainsi, une perspective, discutée notamment par les Mal-logés, pour en finir avec le système capitaliste de production de logement est la municipalisation du sol. Mais mener une lutte pour la municipalisation du sol na de sens que si on compte prendre le pouvoir, ou du moins une part significative du pouvoir, sur les structures institutionnelles qui composent la municipalité. On pourrait multiplier les exemples : recevoir une subvention, cest sobliger à terme à prendre part aux structures institutionnelles et administratives pour sassurer quon puisse continuer à la recevoir, etc. Il ne sagit pas ici de jouer aux plus purs, aux incorruptibles. Tout le fric, tous les terrains, toutes les maisons quon peut avoir de l’État en offrant le moins de prise à ses contraintes, en réussissant à les contourner sont bons à prendre. Ce que nous voulons dire, cest dune part que l’État nest pas la faible chose quon nous présente à longueur de Monde diplomatique et dautre part que la séparation entre l’État qui réprime et contrôle et l’État qui aide est parfaitement artificielle. Rien de bien nouveau donc, mais rien quil faille oublier au moment de se demander comment ça continue.

Collectif Intersquat
Le Courrier, 12 mai 2009
Quotidien suisse et indépendant.
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Lundi 11 mai 2009
Vendredi 8 mai

La manifestation qui est partie des Pilots regroupait environ 300 personnes. Vu la gravité des événements un appel au calme avait au préalable été lancé par une camarade des Pilots. Passage devant cinq cars de CR
S retranchés derrière les grilles de la Préfecture et reprise avec force des slogans du jour : «Libérez Raphou !» (le camarade emprisonné), «Police partout, justice nulle part !», «Ni expulsion, ni perquisition !»

Occupation symbolique des marches de la mairie de Chambéry (dirigée par une élue socialiste rappelons-le), puis retour aux Pilots avec sur l’itinéraire, une sortie d’intimidation des CRS sans conséquences.

On apprendra dans la soirée que notre camarade Raphaël est transféré à la prison de la Santé et placé en détention provisoire malgré l’alibi apporté par son avocat tenant dans le témoignage de camarades disculpant toute présence possible à Cognin le jour de l’explosion.

Une nouvelle affaire «Tarnac» serait-elle en préparation ? Les forces de police chargées de la répression aux Pilots sont en partie les mêmes. Le drame de Cognin vient à point pour la Mairie qui a assigné les occupants des Pilots en justice pour le 26 mai prochain en vue de requérir une procédure d’expulsion.

Pour les camarades des Pilots et les nombreux soutiens qui se sont manifestés à ce jour, la lutte continue.

CNT Interco 73, 9 mai 2009.



Manifestation de soutien aux Pilots


200 personnes se sont retrouvées sous la pluie le vendredi 8 mai pour une manifestation de soutien à l’espace autogéré des Pilots.

Seulement une semaine après la mauvaise nouvelle du procès à venir, le squat des Pilots appelait à une manifestation de soutien. 200 personnes se sont rassemblées devant les Pilots avant de partir en manif. C’est la première action des Pilots en réponse au pouvoir municipal qui veut les voir disparaître. Les activités à l’espace autogéré continuent, notamment l’Infokiosk ouvert tous les samedi après-midi.

FA Chambéry, 10 mai.


«Pilos»
: Les squatteurs manifestent

Ils étaient plus d’une centaine à se réunir pour crier leur attachement au squat des «Pilos», occupé par une vingtaine de personnes. Aux vues de la météo et du peu de passants en ce jour férié, l’impact du rassemblement s’est révélé limité. Le cortège a défilé durant plus de deux heures, s’arrêtant notamment devant l’hôtel de ville.

Le lien qui a été fait entre
«l’espace culturel autogéré» des «Pilos» et lexplosion dune bombe à Cognin a mis les squatteurs sur le devant de la scène médiatique.

«On sintéresse à nous parce quil y a cette histoire alors que ça fait huit mois que nous sommes ici», regrette lun deux. Leur avis dexpulsion ne date pas non plus dhier.

Mais ce qui a mis le feu aux poudres, c
est larrestation de Raphaël S. mardi (voir nos éditions précédentes).


Une double revendication

C
est donc sa libération que les manifestants revendiquaient, ainsi que le maintien de leur «espace culturel». Entre ces murs sorganise depuis plusieurs mois diverses activités gratuites et ouvertes à tous : cirque, concerts, soirées débats… Les résidents définissent lendroit comme «un lieu alternatif douverture et de rencontre mixte», et veulent y rester. Outre ses habitants, de nombreuses personnes sy réunissent pour prendre part aux activités proposées.

«On a envoyé un dossier de présentation de nos activités au maire, mais nous n
avons jamais eu de retour», regrette une squatteuse.

Leur presse (Le Daubé), 9 mai.
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Dimanche 10 mai 2009

Voici un tract distribué à Dijon, notamment à l'occasion du permier mai, alors qu'une banderole "Les Tanneries, c'est loin d'être fini ! La lutte des classes aussi !" flottait depuis la rue de Liberté, au-dessus de la manifestation. Dans ce texte, des collectifs impliqués dans les Tanneries prennent position sur ce qui peut relier les résistances qui s'intensifient en ce printemps 2009, et la mobilisation pour le maintien de telles structures autogérées.


Espace autogéré des Tanneries et convergence des luttes...

Un énième projet d'urbanisme plane sur le quartier des Abbatoirs, ce qui, pour la Mairie et ses promoteurs immobiliers, semble impliquer que l'espace autogéré des Tanneries doive dégager. Dans ce contexte, les collectifs impliqués dans le lieu souhaitent prendre position sur ce qui peut relier les résistances qui s'intensifient en ce printemps 2009, et la mobilisation pour le maintien de telles structures autogérées. Ce texte vise ainsi à souligner les enjeux autour des espaces de convergence des luttes, d'organisation matérielle, d'échanges et de transmission – espaces où puissent également se renforcer d'autres rapports sociaux.

L'espace autogéré des Tanneries est un centre social, culturel et politique, ouvert en 1998 par un ensemble de collectifs et individus, mus par le besoin d'un espace autonome, affranchi des dynamiques politiques institutionnelles et des structures hiérarchiques existantes ; motivés par la nécessité de créer et faire vivre des pratiques qui ne soient soumises ni aux impératifs de rentabilité, ni à l'aseptisation bureaucratique. Une initiative qui, en parallèle de nombreuses autres, se veut acte d'insoumission face à un ordre social qui exclut et exploite, réprime et expulse, vise à réduire nos vies à des maillons normalisés, productifs et jetables.

Taxé·e·s d'utopistes par certains, nous pensons cependant avoir montré, par dix années de pratiques autogestionnaires, de vie collective, d'évènements hebdomadaires (projections, concerts, débats, manifestations, expos, etc.) et de construction de structures d'activités ouvertes à tou·te·s, qu'un tel fonctionnement était possible, tandis que l'économie de marché peine fort, en ces temps de "crise" économique, écologique et sociale, à garder une quelconque crédibilité.

S'autonomiser

La situation actuelle ravive les débats sur nos modes de vie, la course à la consommation, les logements trop chers et les boulots de merde payés des miettes. Elle peut permettre de reposer ensemble la question de notre subsistance, avec nos ami·e·s, nos voisin·e·s, nos collectifs et se donner les moyens de réduire l'emprise marchande sur nos vies. Elle pousse à renouer avec des solidarités, des pratiques d'entraide, d'action collective et de mutualisation de ressources que le capitalisme et l'atomisation individuelle avaient tout fait pour éroder.

Dans plusieurs villes, certain·e·s n'ont pas hésité à s'organiser pour aller prendre ce dont ils et elles avaient besoin là où cela se trouvait, pratiquant l'autoréduction, redistribuant ainsi partie des "richesses" de ces supermarchés qui nous rackettent au quotidien ; pendant que dans tel quartier, certain·e·s ont décidé de transformer un carré de terre délaissé en potager, d'occuper des logements vides, d'autres encore de se constituer en groupe pour court-circuiter les géants de la distribution et soutenir les producteurs de leur région, d'autres de monter une caisse de grève.

... pour des espaces de résistance !

C'est dans une logique similaire qu'a pris forme le projet de l'espace autogéré des Tanneries, par la distribution directe et sans marge commerciale, de musique ou lectures lors de ses concerts et évènements. Mais aussi en s'attachant à produire des légumes, à collectiviser des outils, des espaces ou des jurisprudences, à recycler et construire des vélos ou des ordinateurs, ou à mettre en place une zone d'échange non-marchand où chacun·e puisse venir prendre ou donner gratuitement...

Demander une simple participation aux frais ou développer la gratuité, afin que chacun·e participe selon ses possibilités, sans risquer d'être exclu·e par manque de moyens ; refuser les subventions et la dépendance aux institutions qui en découle, en leur opposant un investissement individuel et collectif, un ancrage dans le local et des échanges directs de ressources, de coups de main, de matériel... sont parmi les pistes que nous avons explorées pour ôter à l'argent sa centralité, à défaut de pouvoir encore totalement s'en passer.

Intensifier les luttes

Des piquets de grèves et usines occupées aux universités bloquées, en passant par les espaces réappropriés ça et là... naissent les rencontres, dynamiques, perspectives de lutte d'aujourd'hui et de demain. Le collectif des Tanneries et les groupes qui s'y impliquent se sont souvent directement investis dans les résistances de ces dernières années localement et au-delà sur la question des sans-papiers, des prisons, des OGM et de l'industrie pétrolière, du logement et des squats, de l'éducation et de la précarité, ou encore de l'installation d'un réseau de vidéo-surveillance à Dijon et de bornes biométriques à l'entrée des écoles...

L'espace autogéré en tant que tel s'est aussi peu à peu constitué en lieu relais. Un lieu où peuvent se débattre et se poursuivre les aventures collectives initiées lors de ces moments de lutte, se tisser plus avant des complicités et projets, et se conserver l'énergie d'un mouvement, au lieu d'en observer la vague retomber. L'espace autogéré est de ces lieux ressource - certain·e·s y viennent organiser un concert de soutien pour une boîte en grève ou une radio libre au Mexique, préparer des rencontres anticapitalistes ou un séminaire sur les logiciels libres, fabriquer une banderole ou réfléchir une action, d'autres y écrire un tract ou y proposer un débat, y éditer un journal ou un site d'information militante, d'autres encore se plonger dans sa bibliothèque ou ses archives, s'imprégner des luttes passées et présentes. Les Tanneries constituent aussi un lieu de réunion et de travail pour divers réseaux et groupes militants à Dijon et à travers la France... Un lieu qui entend ne pas se contenter d'accompagner le mouvement social, mais plutôt en être une composante à part entière.

Vers des combats convergents

Les rapports conflictuels avec les autorités qui ont essayé à diverses reprises de nous faire partir, tout comme la répression accrue frappant salarié·e·s, étudiant·e·s, précaires, de plus en plus nombreux/ses à dépasser les bureaucraties syndicales ankylosées et à taper du poing plutôt que de se laisser berner, nous donnent à penser que le pouvoir a peur de voir un nombre sans cesse croissant d'individus s'auto-organiser.

Si les Tanneries existent encore aujourd'hui, ce n'est qu'au terme d'années de bataille contre les tentatives d'expulsion menées par les municipalités successives, et grâce à un large soutien venu de Dijon, mais aussi de toute l'Europe. Face au mythe du "dialogue social", nous avons maintes fois pu vérifier, comme de nombreux-ses autres manifestant·e·s, que l'action directe était nécessaire : qu'il s'agisse d'une manifestation, du blocage de la préfecture ou des flux économiques, d'une incursion surprise lors du conseil municipal, d'une occupation de conseil d'administration ou de la séquestration d'un patron... seule la lutte paie !

Il s'agit pour nous aujourd'hui de ne pas rester cloisonnés dans nos revendications spécifiques, si nous voulons constituer des rapports de force conséquents à même d'impulser des revirements. C'est dans ce sens que les Tanneries s'inscrivent dans le collectif du 19 mars et autres initiatives interluttes et assemblées populaires. Et s'il nous semble essentiel que l'espace autogéré subsiste, en incitant chacun·e à visibiliser son soutien, nous tenons surtout à ce que puissent éclore des dizaines de ces espaces de possibles, que se renforcent ceux qui existent déjà, et que se rencontrent dans des actions complémentaires leurs acteurs et actrices - grévistes, employé·e·s, chômeurs et chômeuses, sans-papiers, précaires, étudiant·e·s, révolté·e·s, sans étiquette et autres oublié·e·s.

Groupe libertaire, Maloka,
collectif des Tanneries, CNT 21,

1er mai 2009.
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Vendredi 8 mai 2009
Expulsion de l’espace autogéré des Pilots
imminente !!! Appel à la résistance !


La sentence est tombée, la mairie de Chambéry assigne en justice les habitantEs des Pilots. C’est plus de vingt personnes qui vont êtres mises à la rue à partir du 26 mai…

L’espace autogéré des Pilots, squat chambérien désormais ouvert depuis huit mois et tout pétillant d’activités, est en danger. Un besoin urgent d’aide se fait sentir, afin de montrer à la Mairie que le lieu bénéficie d’un soutien important… Aussi lançons-nous un appel à vous toutEs pour que les Pilots vivent !

Pour cela la première étape est un appel à une :
Manifestation de soutien vendredi 8 mai
départ à 14h des Pilots - salle Jean-Villard,
132 avenue des Bernardines


Les Pilots sont plus qu’un lieu d’habitation. Depuis l’ouverture de ce bâtiment vide en août 2008, se sont mis en place : une salle de concert, une salle d’exposition, un infoKiosque avec une bibliothèque alternative, des salles de création artistique, un atelier informatique, un atelier de réparation de vélo et de recyclage d’huile alimentaire, un sleeping pour les gens de passage… C’est donc toute une vie alternative qui est aujourd’hui menacée. Concerts, expos, projections de films, débats publics, repas collectifs, répétitions de danse, de théâtre, de cirque, création artistique, c’est tout cela que la municipalité (socialiste ?) tente aussi de détruire.

Et tout cela dans une logique de gratuité, de coopération, d’échanges. Essayant de combattre à notre échelle les vies que l’on veut nous imposer, faire de nous des consommateuricEs, des clientEs, des travailleurEUSEs de nous isoler dans nos appartements devant leurs télévisions…


Nous ne nous reconnaissons pas dans la «politique culturelle» de la Mairie, un Phare pour 39 millions, l’implantation de la FNAC au centre ville, dans une logique de marchandisation de la culture. Mais que reste-t-il pour les initiatives collectives pour les groupes locaux et la musique non commerciale ? Tout ce que la Mairie a offert c’est la fermeture des locaux Larsen et à venir celle de la salle Jean-Villard fermant ainsi la dernière salle de l’agglomération ouverte à la culture alternative.

Nous avons malheureusement d’ores et déjà de fortes présomptions quant à l’argumentation à venir des portes-paroles de la Mairie face à nos protestations : il est possible qu’ils avancent quelque vague projet pour se justifier face à l’opinion publique (qui plus est humaniste, logement social, maison de retraite…). Cela ne les empêchera pas de laisser le bâtiment vacant pour un temps indéterminé, tout comme ils ont, pendant de nombreuses années, laissé les locaux associatifs des Pilots à l’abandon (plus de six ans pour certains). Il est probable qu’ils s’emploient dans le même temps à nier nos réalisations et la possibilité que le lieu perdure sous prétexte que tout cela ne rentre pas dans les cases administratives des structures officielles, invoquer des impératifs de sécurité, de tranquillité publique… Nous ne pourrons alors que les renvoyer aux faits : qu’ils le veuillent ou non, sans profit ni subventions, l’espace fourmille d’activités et de projets constructifs.

En réalité, il semble clair que ce qu’ils choisissent de ne pas tolérer, c’est l’existence d’un espace qui ne soit pas encadré et contrôlé par les structures institutionnelles ou commerciales. Nous espérons bien évidemment qu’ils ne s’enfermeront pas dans cette logique !

Ensemble résistons aux logiques capitalistes
d’une municipalité «socialiste».

Tract d’appel à la manif de l’espace autogéré des Pilots


Appel à la solidarité pour les Pilots !!
L’espace autogéré des Pilots est assigné en justice le 26 mai dans le but de se voir notifier son expulsion. La Fédération anarchiste de Chambéry apporte son soutien aux habitant-e-s et à toutes les personnes qui participent aux nombreuses activités sociales, culturelles et politiques qui ont vu le jour depuis maintenant huit mois.
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Lundi 27 avril 2009

Un énième projet plane sur le quartier de l’Espace autogéré, ce qui pour les bâtisseurs semble impliquer que les Tanneries doivent dégager.

Nous vous invitons donc dès à présent à vous mobiliser à nos côtés, puisqu’il est hors de question que disparaisse ce rare espace de liberté, construit par dix ans de luttes, d’activités et de passion, sans subvention ni patron.

Les Tanneries, c’est loin d’être fini !

Les Tanneries et l’Inter Libertaire vous invitent à les rejoindre lors de la manifestation du Premier Mai, et après. «Les Tanneries, c’est loin d’être fini», et nous entendons bien le prouver. À commencer par quatre jours de portes ouvertes, initiatives et festivités, auxquels vous voici convié-e-s.

Vendredi 1er mai
10h30 : Manif inter-luttes.
12h : Les Tanneries s’invitent place Wilson.
— Gargotte : à manger, à boire et un coin où s’asseoir.
— Kermesse : des jeux, des lots et du rire à gogo.
— Expo : images et témoignagnes sur l’histoire de l’Espace autogéré des Tanneries.
— Infokiosque : textes, brochures et idées.
— Friperie : t-shirt, jeans et paillettes.
— Scène ouverte : musique, débat et blabla.
20h : Ciné-Clubb de Puissance : «Izmir, une maison pas comme les autres». Les heurts et bonheurs d’un squat à saintÉtienne — au Local Libertaire 61, rue Jeanin.

Samedi 2 mai : Portes ouvertes à L’Espace autogéré des Tanneries - 17, Bd de Chicago
Toute l’aprem :
— Jam Session avec Da Ultimate Kompilator : du hip-hop, du graff et du basket.
— Sérigraphie : émulsion, raclette et insolation. Customise tes habits !
— Bike party : des courses, du polo et des bleus.
— Bibliothèque : de quoi réfléchir, rêver et comploter.
— Expo sur les luttes à Dijon.
— Infokiosque et zone de gratuité-friperie.
— Surprises !
21h : Concert : Clara Clara (Free rock synthétique / Dijon-Lyon) + Ours Bipolaire (Rock cyclothimique / Lyon)
23h : Boum Hors Série : De la boulette à facette

Dimanche 3 mai
14h : Pizza Party : levain, légumes et amour.
20h : Projection de «69», un film sur l’espace autogéré qui a embrasé le Danemark. Retour en images sur la lutte victorieuse de l’espace autonome Ungdomshuset à Copenhague, cousin de l’espace autogéré des Tanneries. Suivi d’une discussion autour de la situation des Tanneries et des perspectives de résistances — à l’Eldorado - 21, rue Alfred de Musset.

Lundi 4 mai
19h : «Intervento», spectacle sur les mouvements sociaux autonomes des années 70 en Italie (luttes dans les usines, quartiers, prisons, occupations de logements et auto-réductions, féminisme, radio libres, action directe et illégalisme…). Suivi d’un débat sur les stratégies de lutte aujourd’hui, à Dijon et au-delà…

Et pour prolonger le plaisir

Mercredi 6 mai
19h : Réunion mensuelle ouverte autour des activités et de la résistance des Tanneries.


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Mardi 21 avril 2009
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Vendredi 27 mars 2009
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Mardi 3 mars 2009

Le 20 janvier 2009, l’Espace autogéré des Tanneries faisait une nouvelle fois la Une du Bien Public, avec une manchette à sensation titrant «Les Tanneries, c’est bientôt fini ?»

Les Dijonnais·es apprenaient ainsi que selon un porte-parole de la Mairie, la destruction du lieu était inéluctable, en raison d’un projet d’urbanisme visant à remodeler entièrement la friche du boulevard de Chicago. Et ce dernier d’ajouter : «Les entreprises dijonnaises ont économiquement besoin de ce type de chantiers.» S’en suivait l’évocation floue d’un relogement de certaines activités «culturelles» des Tanneries, mais l’intention nette d’en amputer l’espace d’habitation.

L’article allait immédiatement provoquer des dizaines de réactions sur le site du Bien Public, entre fantasmes grotesques et réponses informées, entre ceux qui souhaitent voir dans l’espace autogéré un repaire de terroristes en puissance, celles qui le considèrent comme un résidu de mai 68 «à brûler au lance-flammes», et celles et ceux qui, pour avoir croisé le chemin de cet espace de liberté au détour d’années d’activités, de constructions et de luttes collectives, en ressentent l’importance et y sont attaché·e·s.

Le surlendemain, 600 imitations de la manchette du Bien Public titrant cette fois «Les Tanneries, c’est loin d’être fini !» étaient collées dans Dijon, autour de la Mairie, et se substituaient à la une du jour chez bon nombre de marchands de journaux du centre ville. Ce détournement rappelait à sa manière les diverses luttes menées aux cours des dix dernières années par l’Espace autogéré des Tanneries face aux Mairies successives et aux menaces d’expulsion répétées : des manifestations aux occupations, en passant par l’installation de cabanes dans le square des ducs, les concerts de rue et journées portes-ouvertes, le large soutien des Dijonnais·es, mais aussi de nombreux réseaux, collectifs et individus venus de toute l’Europe…

Voici quelques premières réflexions à chaud de participant·e·s à l’Espace autogéré des Tanneries, à l’heure où se débattent des stratégies collectives face à cette nouvelle menace.

Notre but n’est sans doute pas de nous opposer à la construction de logements à Dijon. Si c’est vraiment de logement qu’il s’agit, comment ne pas penser, pour commencer, aux quelques 5000 logements vides à Dijon, laissés sciemment inhabités par la spéculation, les cumuls de propriétés, entres autres projets urbanistiques en suspens ? Comment ne pas être révolté·e
·s de voir fleurir des terrains vagues en lieu et place de maisons jusque là inoccupées ou réquisitionnées par des mal logé·e·s, et de faire le constat répété de la priorité donnée aux parkings et enseignes commerciales en général ?

S’il s’agissait de construire un nouveau supermarché, une extension d’aéroport ou un commissariat, voire une super structure subventionnée de type Zénith, il y a fort à parier que la Mairie ne trouverait pas, cette fois, que ceux-ci font obstacle à la construction de logements. Or, nous pensons que tout autant que des logements, il importe que subsistent les trop rares espaces publics où les convergences sociales et politiques permettent l’émergence de solidarités, de résistances, de créativités, dans une ville quadrillée par les espaces commerciaux, où règne le chacun-chez-soi, chacun-pour-soi. On ne nous fera donc pas le coup des impératifs de développement urbanistique ou des contraintes du marché. Il en va clairement de choix politiques.

La mise en compétition de l’Espace autogéré et du logement nous semble d’autant plus ridicule que l’espace ne manque pas : situé en périphérie d’une friche de dix hectares, on voit mal comment l’Espace autogéré pourrait empêcher la construction de logements adjacents. Mais c’est qu’il y a des lieux rentables, qui s’insèrent à merveille dans le panorama marchand et sécuritaire qui domine actuellement : s’il semble pertinent pour la Mairie que des parcs de logements spacieux réservés aux cadres viennent cohabiter avec les quelques temples de la culture commerciale ou élitiste dont la ville «bénéficie», il semble que ces derniers ne souhaitent pas les installer à proximité d’un de ces espaces qui incarnent une autre conception de la vie, de la ville, et s’attachent depuis dix ans à les matérialiser. En clair, dans l’aménagement lisse et feutré pensé par la Municipalité, l’Espace autogéré devrait virer !

Ouvert en 1998, l’Espace autogéré gêne depuis toutes ces années. Il gêne, parce qu’il ne rentre pas dans les normes dociles des structures culturelles, et continue à faire vivre un antagonisme vis-à-vis des institutions ; parce qu’il gueule haut et fort contre les politiques sécuritaires, la vidéo-surveillance et les choix urbanistes douteux ; parce qu’il affiche son soutien actif aux sans-papiers, participe des mouvements sociaux et porte une critique sociale par le biais d’écrits, de journaux, de débats, mais aussi et surtout au delà des mots, par le biais de luttes, d’auto-constructions, de recyclages, de potagers, d’affinités et de vies, de logiciels libres, de musiques et de cultures libérées de l’industrie.

La logique des urbanistes est celle d’Attila, celle qui détruit les liens sociaux existants, les aventures collectives reliées à des espaces, les ancrages au sol et à l’histoire, dès lors que celle-ci sort des églises et des musées. C’est cette logique qui qui rase pour construire du neuf, du rentable et de l’aseptisé, adaptable à la triade travail-transports-télé. C’est cette logique qui détruit les quartiers populaires des grandes villes partout en France pour les réserver aux magasins, aux cadres et autres «bobos», et entasser les pauvres en périphérie.

La société capitaliste vise à séparer les différents domaines de la vie  : travail, loisirs et cultures, vie privée, politique. Ce qui est précisément subversif dans le projet des Tanneries, c’est de rassembler ces divers domaines dans un espace qui vise à s’affranchir des rapports de consommation et de pouvoir. C’est de lier un espace d’autonomisation matérielle et culturelle, avec un lieu de vie et de convergence pour des luttes politiques. Ne peuvent exister logements, salles de concerts, espaces associatifs, locaux politiques, salles de sport, que tant que ces différents domaines restent cloisonnés, contrôlables et/ou rentables. Quand ces espaces se rejoignent, ils tendent à devenir intolérables pour les pouvoirs en place, parce qu’ils peuvent porter en germe d’autres formes d’organisation sociale.

Précisons que la défense d’un espace de vie aux Tanneries ne consiste pas tant à préserver une maison pour dix personnes, qu’à mettre en avant comment s’imbriquent les possibilités de vie collective et le projet politique que nous portons. La dimension d’espace de vie est indissociable d’une démarche qui vise à montrer que l’on peut sortir de l’isolement, du chacun-pour-soi, et s’organiser autrement dans un quotidien solidaire. Même si la grande majorité des personnes impliquées dans les Tanneries n’y habitent pas en permanence, c’est cette dimension de l’Espace autogéré qui a permis d’accueillir pour quelques jours ou quelques mois des personnes et collectifs venus du monde entier pour des rassemblements et réunions, des élaborations et projets : de l’écriture de livres à la préparation d’actions, en passant par des caravanes, créations musicales, et inoubliables moments de vie.

En somme, si par «relogement», la mairie entend «déléguer la gestion» d’une «salle de concerts alternative», inutile de dire que la réponse est non, et que nous lutterons où nous sommes, pour conserver la globalité du projet politique et l’enchevêtrement unique d’activités qui s’y est construit.

À suivre dans les mois à venir, dans les rues et aux Tanneries !

Des participant·e·s à l’Espace autogéré des Tanneries, janvier 2009
Blabla no 9, mars 2009 / Brassicanigra.
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