Vendredi 20 novembre 2009
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Vendredi 20 novembre 2009
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Mercredi 18 novembre 2009
Rencontre avec les habitants des squats de la ville
Politiques ou simples refuges pour miséreux, ils sont nombreux à Toulouse.
Pour le dictionnaire, un squat est une habitation, généralement un immeuble, occupée illégalement par des personnes sans logement. Mais il y a squat et squat. Les différents rapports ministériels
sur la question en répertorient de très divers : squats familiaux, d’artistes, de délinquance, squats de luttes sociales, de migrant, de militants politiques, de passage, squats de pauvreté, de
précaires, de réfugiés, de sans-travail, de sans-papiers, de sédentarisation, de SDF, de trafics, de voyageurs…
Toulouse compte de nombreux squats. Plus ou moins visibles. Au cœur de la ville ou excentrés.
Le Katénaire est situé au 14 de la rue Victor-Déqué. Un squat politique pour faire simple. À tendance anar, pour faire simpliste.
Dans cette ancienne fabrique de biscottes de 1300 m2 reconvertie en locaux de l’Urssaf et vide depuis quatre ans, treize jeunes gens de moins de 25 ans ont élu domicile, en septembre dernier. Tous en situation
précaire. Tous révoltés que «des espaces habitables soient laissés à l’abandon», disent-ils. «Nous cherchions depuis longtemps un lieu d’habitation et un lieu
d’activités.
Celui-là était ouvert», raconte l’un des occupants.
«On veut rester ici pendant l'hiver»
Depuis deux mois, la déco du lieu a changé à l’intérieur : graphes et déclarations politiques égayent les murs, chacun a aménagé sa piaule, il y a une cuisine commune… En contrebas
de la partie logement, un vaste hangar sert de salle d’entraînement de boxe anglaise, thaï et free fight. Patrick, du moins c’est ainsi que ce squatteur souhaite se faire
appeler, peut se flatter d’une bonne petite carrière de boxeur : 82 combats, 68 victoires. Il dispense son savoir au Katénaire. D’autres projets se sont concrétisés ici ou se concrétiseront bientôt : des cours de
soutien scolaire, les répétitions d’une chorale, une fois par semaine, des concerts de rap, les assemblées générales du comité interluttes… Car la spécificité de ce squat tient donc dans sa dimension politique.
«Nous sommes issus de milieux militants. Les loyers exorbitants, l’injustice, les inégalités, le libéralisme… Ce monde-là me débecte. La violence n’est pas de notre côté mais du leur», résume
Patrick. Cependant, cette vie de squatteurs ne s’inscrit pas en marge de la société, mais bien au sein de celle-ci. Les occupants du Katénaire ont d’ailleurs noué des liens amicaux avec le
voisinage. Un repas de quartier, le 8 novembre dernier, a ainsi rassemblé une centaine de personnes. Il y en aura sans doute autant pour une soirée contes d’Andersen, le 22 novembre. Pour peu
qu’ils ne soient
pas fait expulser puisque la propriétaire, en dépit de bonnes relations avec les squatteurs — ils vont boire le café chez elle —, a lancé une procédure judiciaire pour
qu’ils quittent les
lieux (lire ci-dessous). Ce qu’ils se sont engagés à faire quoi qu’il arrive en après la trêve hivernale. «Ce qu’on veut, c’est rester ici pendant l’hiver. En avril, on part quoi
qu’il arrive.»
Sous le coup d’une expulsion
Le 8 octobre dernier, suite à une demande d’expulsion, le tribunal de grande instance de Toulouse a rendu son délibéré : le
Katénaire doit être évacué dans un délai d’un mois, soit à partir du 8 novembre. Pour l’heure, les occupants n’en ont pas été délogés. Et ne devraient
pas l’être. «La
préfecture n’a
pas été saisie d’une demande de concours de la force publique de la part des propriétaires. L’État ne s’autosaisit pas d’une décision de justice», confirme Anne-Gaëlle Baudouin-Clerc, directrice de cabinet
du préfet. Les squatteurs ont toutefois donné leur parole à la propriétaire qu’ils quitteraient les lieux quoi qu’il arrive : «Ce n’est pas un gros promoteur immobilier,
c’est une femme
comme nous. Fille de ferrailleur, elle a hérité de ces locaux. Elle vend parce qu’elle paye 14.000 € de taxes foncière et d’habitation par an.»
Pas de trêve pour les squats
La trêve hivernale a commencé le 1er novembre et s’achèvera le 15 mars prochain. Pendant cette période, aucune expulsion locative ne
peut avoir lieu. Une disposition qui ne s’applique pourtant pas pour les squats bien que généralement respectée dans ces cas-là. L’article L 613- 3 du Code de la
construction et de l’habitation précise en effet qu’une évacuation peut avoir lieu en période de trêve hivernale dans deux cas : «lorsque les personnes dont
l’expulsion a été
ordonnée sont entrées dans les locaux par voie de fait ou lorsque ceux-ci sont situés dans un immeuble ayant fait l’objet d’un arrêté de péril».
Leur presse (Jean-Louis
Dubois-Chabert,
La Dépêche du Midi), 16 novembre 2009.
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Dimanche 15 novembre 2009
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Vendredi 13 novembre 2009
Au petit matin, des flics qui font exploser des vitres, des portes et des murs pour déloger une dizaine
d’habitant-e-s du 10 avenue Denfert-Rochereau, à saintÉtienne, occupé depuis juin.
Epora sont les propriétaires, un établissement public qui rachète des bâtiments avec les sous publics pour en faire ensuite profiter les opérations immobilières privées.
Notre maison est destinée à devenir … un parking, ou un rond-point, ou l’élargissement d’une rue, tout ça pour permettre de dégager l’entrée de l’écrasante «cité administrative des affaires» qui
pousse à l’entrée de la ville.
Après quelques mois de vie collective et d’activités publiques fort sympathiques, voilà tous nos projets dans la rue… Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot. Une boom était prévue pour
demain soir, elle aura bien lieu quelque part un de ces jours.
La ville de saintÉtienne fait partie du Conseil d’Administration d’Epora. Lors du dernier conseil municipal, malgré les appels à prendre position, aucun-e élu-e n’a pris position quant à
l’expulsion de ce lieu pendant la trêve hivernale.
Le préfet, lui aussi, a décidé d’expulser en pleine trêve hivernale.
N’hésitez pas à leur dire à quel point ils sont vilains (Epora, la municipalité, la préfecture…).
Et merci à toutes les personnes qui sont venues nous soutenir.
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Mercredi 11 novembre 2009
Le troisième arrondissement de Lyon autour du quartier de la Guillotière fait l’objet d’une répression policière
qui s’est intensifiée depuis un an, date de l’ouverture du commissariat de police place Bahadourian. Au travers de récents événements, nous pouvons constater la volonté de contrôle de la
population. Cela se traduit par le fait d’éviter tout débordement.
Des précédents
Dans la nuit de jeudi à vendredi 6 novembre, un groupe d’étudiants s’est réuni rue Vendôme dans un cadre festif. Suite à des plaintes de voisins, la police arrive et leur demande de se
déplacer. Les étudiants se dirigent alors place Guichard. Ils sont suivis par une voiture de la BAC. Les premières discussions avec les policiers se passent de manière sereine. Suite à leur
départ une heure plus tard, deux étudiants subissent un contrôle d’identité musclé (pris à la gorge, ils sont poussés violemment). Cette scène alerte deux de leurs ami(e)s qui se rapprochent afin
de négocier leur départ avec les policiers. Sans sommation, les premiers coups des policiers tombent. Le reste du groupe s’attroupe autour des policiers. Les coups se mettent alors à pleuvoir,
suivis de gaz lacrymogène. Un des membres du groupe situé en retrait se fait interpeller, frapper au visage et sur le corps à de multiples reprises une fois au sol. Il est sorti samedi après 36
heures de garde à vue. Résultat : un crâne ouvert, un bras cassé et de multiples ecchymoses, soit une soixantaine de jours d’ITT cumulés et une accusation de violences aggravées sur agents
de la force publique. Finalement, les policiers reviennent sur leur plainte et la substituent en une simple rébellion. Les policiers ont reconnus s’être «blessés» aux phalanges et aux genoux en
frappant. Verdict le 8 décembre en Maison de Justice.
Premier récit de l’expulsion du Komifo
Samedi soir, dès 22 heures une boum, en soutien au squat du Komifo contre sa fermeture, était organisée dans les lieux. Vers 2 heures du matin, un lourd dispositif policier (une
cinquantaine de policiers de différents corps, des chiens) se met en place dans le but de mettre fin à la soirée et de vider les lieux. Après l’infiltration de trois agents, les participants
réagissent en accourant vers la porte afin de contenir la police. De nombreux tirs de lacrymogène fusent, la pression policière se fait sentir. Une barricade se monte rapidement. Cependant, la
police parvient à rentrer à l’aide de flash-balls. Les participants sortent par derrière entourés d’un cordon de CRS n’hésitant pas à frapper à l’aveuglette. Ils les alignent le long d’un mur et
les laissent repartir direction rue de Créqui. Les différents groupes se font charger et certains sont passés à tabac. Étrangement, aux vues des violences policières, aucune interpellation mais
surtout de nombreuses blessures (dents cassées, arcades ouvertes, hématomes…). Et des policiers qui, selon plusieurs témoins, regrettaient de «ne pas avoir pu plus
s’amuser».
Second récit de l’expulsion du Komifo
Samedi soir, la soirée se passe pour la dernière fois au squat le Komifo, ça part avec un open-mic avec des gens du quartier, des camarades, ceux qui testent de prendre le micro,
l’ambiance est bonne, y a du monde, parce que faut pas oublier que le Komifo a brassé beaucoup de gens, on s’y est rencontré, on s’y sent bien. Quand la boom est lancée, il est déjà tard, on a de
l’énergie, on veut faire la fête ensemble, on se connait pas tous mais on est tous et toutes venus.es avec des potes ou on en retrouve sur place — excepté le gars louche qui ressemble à un deck
et qui fourre son nez un peu partout (bizarrement les premiers flics en uniforme déboulent 5 min après son départ). Les corps et les esprits se chauffent et les premiers murs commencent à tomber,
le Komifo, destiné à être détruit par la Mairie après l’expulsion, va l’être en partie pendant cette soirée. Cette énergie, si elle en déçoit certains, les scandalise ou les pousse dans leurs
retranchements moralisateurs et méprisants, cette énergie est pourtant contagieuse et bientôt ce sont les toilettes, le toit et les murs qui sont soit mis à terre soit repeints par des phrases
anti-flics, un fumi craqué dans le jardin contribue à l’ambiance ; quelques vitres et bien sûr le bar font les frais de cet élan de joie et de rage ; ils nous expulsent, on va pas non
plus leur dérouler le tapis rouge…
Sur ces entre-faits, trois porcs de la nationale débarquent par la porte ouverte, laissée sans surveillance, et se dirigent directement vers le dancefloor où on les invite à regagner la sortie.
C’est une escorte d’une quinzaine de personnes insultant et crachant sur les flics qui les ramènent à la porte… laquelle était alors fermée. Scène surréaliste, les flics sont coincés entre les
portes du Komifo et des gens très énervés qui, décidément, n’apprécient pas leur présence. Malgré l’alcool et la rage ils s’en sortent, ils ont eu chaud. Des gens paniquent, ne se sentent pas en
sécurité et décident de se faire la malle avant que la maison ne soit bouclée, très vite on entend ceux qui sortent par l’arrière : «Y a la BAC dans la rue». De toute évidence on se retrouve
à plus d’une quarantaine à rester, à se dire qu’on veut être soudés et solidaires face à ce qui se passe. On cherche nos potes dans la confusion, on se tient. Une barricade est improvisée devant
la porte à travers laquelle passent mollards et bris de verre jetés sur les decks par ceux qui tiennent l’entrée, les porcs se décident à gazer puis à entrer boucliers anti-émeutes aux bras après
avoir défoncé la porte en quelques coups de pompes. Des objets sont balancés, pêle-mêle : plot de circulation, barbecue, balançoire… Un tir de flashball retentit, on se regroupe dans le fond
du jardin, prêts à entamer une sortie collective, on commence à sortir sur le trottoir pendant que ceux qui assurent les arrières se font défoncer, les chiens sont lâchés. Jusque-là, on nous dit
qu’on va nous laisser partir sans contrôles mais qu’il va y avoir des arrestations. On se décide à bouger ensemble pour se disperser ensuite, on s’en va en gueulant «Flics ! Porcs !
Assassins !» Certains groupes s’en sortent, d’autres se font courser et certains rattraper.
Les flics sont énervés ce soir, ils ne veulent ni arrêter, ni contrôler mais juste mettre des coups, pour le plaisir. Le mot passe on se cale un rencard et une ou deux heures plus tard, on se
retrouve dans un appart’, au chaud. Contents de se retrouver, de se tenir ensemble. On fait le bilan : pas d’arrestations (à notre connaissance), de très rares contrôles d’identité, de
nombreuses blessures, mais surtout, une impression d’avoir vécu quelque chose de fort à relativement nombreux, un désir de ne pas en rester là.
Alors voilà, la suite au prochain épisode…
Conclusion
Ces deux événements ne sont pas isolés et s’inscrivent dans une politique de répression et de gestion policière du quartier populaire et immigré de la Guillotière. Après l’opération
«quais tranquilles», cela passe notamment par la Mission de Coordination des Actions de Sécurité et de Prévention développée par la Mairie du 3e arrondissement, qui vise notamment à un
renforcement des effectifs de police pour assurer «la tranquillité des habitants et la lutte contre le sentiment d’insécurité». Pour autant, l’installation du plus gros commissariat de Lyon place
Bahadourian, le «nettoyage» de la place du Pont, l’expulsion violente du Komifo, s’inscrivent plus dans une politique de répression sociale et de gentrification (exclusion des classes populaires
du centre-ville) que de sécurisation de ses habitants. En somme, il s’agit de l’expulsion programmée de toutes les populations indésirables du quartier de la Guillotière. La hausse de la violence
des interpellations conduit à des situations comparables à la répression subie lors de manifestations sauvages. Il paraît urgent de s’organiser afin de combattre le sentiment d’impunité dont
jouissent chaque fois plus les forces de police lors de leurs opérations de «sécurisation».
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