Racisme d'État

Mercredi 11 novembre 2009
À Lyon comme ailleurs, régularisation des travailleurs sans-papiers

Alors que plus de 5000 travailleurs sans-papiers sont en grève depuis plusieurs semaines en Ile-de-France pour obtenir leur régularisation, ce mercredi 11 novembre des militants du syndicat CNT Interco et de l’Union départementale du Rhône de la CNT se sont rassemblés devant le restaurant «La Route des Pâtes», rue Mercière pour réclamer la régularisation d’un salarié travailleur sans-papier de l’entreprise.

Celui-ci travaille depuis 5 ans dans l’établissement et est présent en France depuis 10 ans. Il a décidé de porter le problème sur la place publique pour défendre ses conditions de travail, réclamer sa régularisation et l’application du droit du travail.

Après une heure et demie de négociation, un accord a été trouvé avec l’employeur qui s’est engagé à faire toutes les démarches nécessaires pour obtenir sa régularisation. Cette action montre l’intérêt de se mobiliser dans toutes les luttes.

La solidarité des travailleurs finira par payer !



Texte du tract distribué :

Aujourd’hui, mercredi 11 novembre 2009, le syndicat CNT Interco 69 a décidé d’occuper le restaurant «La Route des Pâtes», 49 rue Mercière à Lyon, en soutien à l’un de ses syndiquéEs, commis de cuisine dans le restaurant. Depuis 5 ans il travaille là, sans-papiers.

Aujourd’hui il a décidé de sortir de l’ombre et de lutter pour sa régularisation et pour de meilleures conditions de travail. Il rejoint ainsi les quelques 5000 travailleurs sans-papiers d’Ile de France en grève depuis plusieurs semaines dans les restaurants, les entreprises de nettoyage, sur les chantiers du BTP, etc. Plus largement, leur lutte rejoint celle de toutes les travailleuses et travailleurs, avec ou sans-papiers, qui se battent pour leur dignité et pour défendre leurs intérêts de salariés face à des patrons sans scrupule !


Refusons l’hypocrisie

L’État présente les sans-papiers comme des clandestins et des profiteurs et veut en faire les boucs émissaires de la crise. Alors qu’ils produisent des richesses, qu’ils travaillent, qu’ils cotisent aux différentes caisses de sécurité sociales et d’assurances chômage mais n’en bénéficient pas. Les patrons et les politiciens qui les servent tiennent un discours qui vise à diviser les travailleurs, en opposant travailleurs français et immigrés, avec et sans-papiers.

Alors que ce sont les patrons qui licencient ! Ce sont les patrons qui précarisent ! Ce sont les patrons qui baissent ou gèlent les salaires ! Cela pour empocher des profits. C’est contre eux et leur politique qu’il faut lutter, pas contre nos camarades travailleurs sans-papiers !


Patrons et politiciens font croire que la politique de répression de l’immigration préserve les travailleurs français de la prétendue concurrence des travailleurs migrants. En réalité, cette politique ne fait que sur-précariser les travailleurs migrants. C’est de cette situation de précarité que profitent les patrons pour imposer des horaires et des conditions de travail indignes, illégales, en tirant ainsi la situation de tous les travailleurs vers le bas.

C’est donc au contraire la régularisation des travailleurs sans-papiers : qui cassera cette dynamique de nivellement vers le bas qui créera les conditions d’une lutte commune de tous les travailleurs afin de stopper la politique de régression sociale menée par le patronat.

Soutenez la lutte des travailleurEs sans-papiers !
Défendez vos intérêts de travailleurs !
Prenez contact avec les syndicats.

- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 11 novembre 2009
«À bas la France !»

Le ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale vient d’annoncer l’ouverture d’un «grand débat sur les valeurs de l’identité nationale» qui «devra permettre de valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale à chaque étape du parcours d’intégration». Le sujet étant de retour sur le devant de la scène politique et médiatique, nous publions deux extraits de textes qui nous semblent constituer des pièces importantes à verser au dossier. D’abord, des notes rédigées par Guy Debord en 1985 sur «la question des immigrés». Ensuite un épisode de l’histoire du surréalisme relaté par Maurice Nadeau.

Guy Debord :

«Tout est faux dans la “question des immigrés”, exactement comme dans toute question ouvertement posée dans la société actuelle ; et pour les mêmes motifs : l’économie — c’est-à-dire l’illusion pseudo-économique — l’a apportée, et le spectacle l’a traitée …

 » Faut-il donc les assimiler ou “respecter les diversités culturelles” ? Inepte faux choix. Nous ne pouvons plus assimiler personne : ni la jeunesse, ni les travailleurs français, ni même les provinciaux ou vieilles minorités ethniques (Corses, Bretons, etc.) car Paris, ville détruite, a perdu son rôle historique qui était de faire des Français. Qu’est-ce qu’un centralisme sans capitale ? …

 » La diffusion du spectacle concentré ne peut uniformiser que des spectateurs …

 » On se gargarise, en langage simplement publicitaire, de la riche expression de “diversités culturelles”. Quelles cultures ? Il n’y en a plus. Ni chrétienne ni musulmane ; ni socialiste ni scientiste. Ne parlez pas des absents. Il n’y a plus, à regarder un seul instant la vérité et l’évidence, que la dégradation spectaculaire-mondiale (américaine) de toute culture …

 » Certains mettent en avant le critère de “parler français”. Risible. Les Français actuels le parlent-ils ? Est-ce du français que parlent les analphabètes d’aujourd’hui, ou Fabius (“Bonjour les dégâts !”) ou Françoise Castro (“Ça t’habite ou ça t’effleure ?”), ou B.-H. Lévy ? Ne va-t-on pas clairement, même s’il n’y avait aucun immigré, vers la perte de tout langage articulé et de tout raisonnement ? …

 » Ici, nous ne sommes plus rien : des colonisés qui n’ont pas su se révolter, les béni-oui-oui de l’aliénation spectaculaire. Quelle prétention, envisageant la proliférante présence des immigrés de toutes couleurs, retrouvons-nous tout à coup en France, comme si l’on nous volait quelque chose qui serait encore à nous ? Et quoi donc ? Que croyons-nous, ou plutôt que faisons-nous encore semblant de croire ? C’est une fierté pour leurs rares jours de fête, quand les purs esclaves s’indignent que des métèques menacent leur indépendance ! …

 » Et tous collaborent pour considérer cette question comme si elle était la plus brûlante, presque la seule, parmi tous les effrayants problèmes qu’une société ne surmontera pas. Le ghetto du nouvel apartheid spectaculaire, il est déjà là, dans la France actuelle : l’immense majorité de la population y est enfermée et abrutie …

 » Il vivra des gens sur la surface de la Terre, et ici même, quand la France aura disparu. Le mélange ethnique qui dominera est imprévisible, comme leurs cultures, leurs langues mêmes. On peut affirmer que la question centrale, profondément qualitative, sera celle-ci : ces peuples futurs auront-ils dominé, par une pratique émancipée, la technique présente, qui est globalement celle du simulacre et de la dépossession ? Ou, au contraire, seront-ils dominés par elle d’une manière encore plus hiérarchique et esclavagiste qu’aujourd’hui ? Il faut envisager le pire, et combattre pour le meilleur. La France est assurément regrettable. Mais les regrets sont vains.»

[Guy Debord, Notes sur la «question des immigrés»,
Œuvres, p. 1588
]

Le 2 juillet 1925, un banquet en l’honneur de Saint-Pol-Roux deviendra le théâtre d’un épisode important de l’histoire du surréalisme, relaté par Maurice Nadeau :

«Au cours du banquet, Rachilde se laisse aller à dire, répétant les termes d’une interview donnée précédemment, et assez fort pour que toute l’assemblée l’entendît, “qu’une Française ne peut pas épouser un Allemand”. Or, les surréalistes étaient à ce moment fort amoureux de l’Allemagne ; d’abord parce que ce pays représentait pour les bourgeois français l’ennemi héréditaire incomplètement vaincu que les chaînes du traité de Versailles n’empêchaient pas de vouloir se relever, le mauvais payeur des Réparations que Poincaré avait exaspéré en occupant la Ruhr, ensuite parce qu’il était, selon Desnos, de ces forces à l’Orient qu’on appelait à détruire la civilisation occidentale, enfin parce que, comme l’avait dit Aragon : “Nous sommes ceux-là qui donneront toujours la main à l’ennemi.” À la suite de la déclaration de Rachilde, André Breton se lève, très digne, et fait remarquer à Mme Rachilde que le propos qu’elle tient est injurieux pour son ami Max Ernst, justement invité à ce banquet.

 » Soudain un fruit, lancé par on ne sait qui, vola dans les airs et vint s’écraser sur la personne d’un officiel, tandis que des cris : “Vive l’Allemagne !” étaient vociférés. Le tumulte devient bientôt général et tourne à la bagarre. Philippe Soupault suspendu au lustre dont il se sert comme d’une balançoire, renverse du pied plats et bouteilles sur les tables. Au dehors, les badauds s’attroupent. Les coups tombent de droite et de gauche. Rachilde prétendra plus tard qu’elle fut frappée d’un coup de pied au ventre par un grand escogriffe à l’accent tudesque (elle voulait naturellement désigner Max Ernst lui-même) …

 » L’occasion est trop bonne de réduire à néant ces “provocateurs surréalistes”. Et comme on n’en peut venir à bout, on a recours aux défenseurs naturels de la poésie bafouée : les policiers, à qui on désigne ceux qu’il faut passer à tabac. Tandis qu’on entend les cris : “Vive l’Allemagne ! Vive la Chine ! Vive les Riffains !”, Michel Leiris, ouvrant une fenêtre qui donne sur le boulevard, crie à pleins poumons : “À bas la France !” Invité par la foule à venir s’expliquer, il ne s’en fait pas faute : la bagarre continue sur le boulevard du Montparnasse. Leiris continuant à défier la police et la foule, manque d’être lynché. Emmené au commissariat, il y est copieusement rossé. Le scandale fut énorme. Les journaux, avec ensemble, crièrent haro ! sur les surréalistes …

 » Les surréalistes ne s’en tinrent pas là. Ils publiaient en même temps la “Lettre ouverte à Paul Claudel, ambassadeur de France”. Son Excellence, en effet, dans une interview à Comœdia, n’avait rien trouvé de mieux que de traiter l’activité surréaliste de “pédérastique”, ajoutant, détail inattendu dans ce débat, qu’il avait bien mérité de la patrie pour avoir, durant la guerre, permis la vente par l’Amérique de “grosses quantités de lard” à la France en guerre. La réponse fut virulente : “… Nous saisissons cette occasion pour nous désolidariser publiquement de tout ce qui est français en paroles et en actions. Nous déclarons trouver la trahison et tout ce qui, d’une façon ou d’une autre, peut nuire à la sûreté de l’État plus conciliables avec la poésie que la vente de «grosses quantités de lard» pour le compte d’une nation de porcs et de chiens…”»

[Maurice Nadeau, Histoire du surréalisme, p. 79-812]

Relectures, 27 octobre 2009.
- Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 9 novembre 2009

Hortefeux vient de lancer un débat pour définir «que veut dire être Français». Le fait que le pouvoir pose la question a un seul sens : posséder la carte d’identité nationale suffit pour être Français pour un Blanc mais pas pour un non-Blanc. Pareil avec le fichier «nouvel Edvige» : le pouvoir, sous la forme camouflée de «l’origine géographique», officialise le fichage racial et/ou social. Exemple : un Blanc originaire du 93 pourra être fiché comme habitant du «93» avec tout ce qui va avec pour l’État : pauvre, criminel, dealer en puissance, un Noir du 93 sera fliqué de la même manière, mais en plus, lui il sera stigmatisé comme venant d’Afrique, des Antilles… Après la double peine, c’est le double fichage.

On est donc repartis pour un tour de manège et dans le rôle de l’occupant de l’auto-tamponneuse le bon vieux peuple français à qui le gouvernement jette des jetons pour mieux tamponner l’immigré pieds et poings liés au milieu de la piste. Quelle triste époque de voir cette peste brune digne des devises pétainistes «Travail, Famille, Patrie» s’insérer dans les esprits sans réaction que ce soit de civils ou d’organisations politiques. Mais cette peste s’inscrit plus largement dans un plan des nations blanches qui veulent récupérer et nettoyer leurs territoires trop longtemps «souillés» par des hordes d’immigrés réputés «incivilisables» et pas assez clairs dans la déco locale.

Pour rafraîchir les mémoires à ceux qui croient que tout ceci n’est qu’une histoire de race, d’ethnie et de religion et qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez : ces hommes et ces femmes ont eu un droit d’entrée sur le territoire français non pas par la générosité de la France mais juste par intérêt du patronat de ces pays qui, à la sortie de 2e Guerre mondiale, avait besoin d’hommes et de femmes corvéables à merci et sous payés pour les exploiter en leur faisant subir une double oppression : sociale et raciale. Mais les Trente Glorieuses, comme le monde ouvrier et ses usines c’est fini donc que faire de ces populations qui font tâche dans le décor national, de cette génération née sur ce territoire le cul entre deux chaises ne sachant même pas choisir entre larbinage républicain ou port de tee-shirts à l’effigie de pays qu’elle ne connaît pas du genre «Algérie forever» ? Il est temps de laisser ces Blancs dans leur névrose et leur peur et que les immigrés organisent eux-même un contre-débat sur leur situation, qu’ils disent à tout le monde leurs exigences face à la montée des idées et des actes réactionnaires. Il est temps de s’organiser et de dire au bon vieux peuple français accepte nous comme nous sommes avec nos qualités et nos défauts et… tournons-nous, ensemble, contre nos ennemis.

Résistons ensemble no 80, novembre 2009
Contre les violences policières et sécuritaires.

- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 9 novembre 2009
«Le réchauffement climatique fait fondre la banquise», ou le vrai visage d’un directeur de centre de formation en travail social

Ceci est la petite histoire d’un module de formation d’éducateurs spécialisés … Se passant dans un centre de formation pour futurs travailleurs sociaux. La formatrice, bien inspirée par la pédagogie de projet de l’école Vitruve, les méthodes d’éducation active, et peut-être même par l’idée d’autogestion … propose aux étudiants de mener un projet réel, l’inventer, contacter des gens, le mettre en place. Les apprentissages théoriques venant au renfort du concret et appelés par celui-ci.
Les étudiants proposent alors de prendre contact avec un collectif de sans-papiers (CSP), qui occupe alors depuis presque un an une Bourse du travail, pour obtenir la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers isolés qui n’ont pu être soutenus par un syndicat lors des mouvements de grève revendiquant la régularisation.

Le projet prend forme petit à petit, se co-construit entre les étudiants et le CSP, et se met en place un évènement sur trois jours, qui comprend une exposition, du «théâtre de rue», une manifestation, et ceci dans plusieurs lieux : une place devant un musée, le centre de formation, et la Bourse du travail.

Bien entendu, connaissant le zèle actuel de la police, le CSP dépose pour chaque jour un trajet de manifestation ou un lieu de rassemblement en préfecture. Ainsi, avec l’accord de la préfecture, ils sont couverts et ne peuvent être arrêtés par la police sous prétexte de rassemblement illégal… Mais bien sûr la préfecture, bien prudente par ces temps où naissent un peu trop d’idées subversives, et grassement soutenue par les renseignements généraux qui n’avaient pas omis de poser quelques questions aux étudiants sur le ton du copinage ; appelle le directeur de l’association gérant le centre de formation, pour lui demander si il est nécessaire de déployer des forces de police, dans et devant ce même centre le jour de l’exposition… Banale formalité, ils font cela à chaque fois me direz-vous…

En tant que directeur de centre de formation en travail social il semblerait logique que celui-ci remercie gentiment le monsieur de la préfecture, et lui dise : «Il n’y a pas de soucis, il s’agit juste d’un module de formation, d’une exposition.» Mais ceci est d’un autre temps ! Temps révolu, navrée de vous l’annoncer !! Il se méfie, il a peur, il n’est pas d’accord peut-être avec ce qui se fait dans ce module, ou avec l’idée de régularisation de tous les sans-papiers ? Il faut savoir qu’il y a également un «directeur pédagogique» dans ce centre de formation, qui semble sur les mêmes positions que son «supérieur hiérarchique»…

Donc appel de la préfecture, puis appel urgent de la direction à la formatrice, qui contacte alors une étudiante du groupe et le porte-parole du CSP. Les voilà tous dans un bureau : les deux directeurs, la formatrice, l’étudiante, le porte-parole, et le coordinateur des formations. Les directeurs laissent le «choix» aux personnes présentes organisant l’exposition : soit les sans-papiers viennent en nombre limité, soit les forces de police élisent domicile dans le centre de formation… Ignominie contre horreur… On fait quoi ? Ça nous fait bien penser à des choses, ces chiffres : le fait de toujours chiffrer le nombre de personnes à expulser, ou à régulariser, de réduire les gens à des chiffres. «Les chiffres tuent» est écrit sur une banderole du CSP. Et le fait d’empêcher certaines personnes d’entrer dans un lieu public sous prétexte de leur situation administrative, leur origine … Vichy ??? La pression pèse, il y a trois minutes pour donner une réponse car Monsieur a promis à la préfecture de répondre dans les trois minutes…

Agir dans l’urgence, vite donner la réponse. La formatrice et l’étudiante sont même accusées d’avoir commis une faute professionnelle , car elles ne se sont pas renseignées sur la possibilité d’accueillir des personnes de l’extérieur pendant les heures de cours ! Il est si simple de mettre en avant des règles sorties du chapeau pour prouver que l’autre a tort… Nous devons donc accepter la condition de limiter le nombre de sans-papiers entrant dans le centre de formation le lendemain ! Au début M. le directeur propose 3 !!! Puis le porte-parole du CSP arrive à négocier la présence de 20 personnes… «Allez, je vous l’accorde», qu’il a dit d’un air condescendant le M. qui détient le pouvoir !

Tous ont donc donné parole, et bien que ça donne à certains des envies de désobéissance assez pressantes, cette parole sera tenue par les sans-papiers.

Le jour J, le CSP fait une marche jusqu’au centre de formation, mais arrivés à 20 mètres de celui-ci, seuls 20 d’entre eux entreront dans le lieu de l’exposition, alors que les autres repartiront d’où ils viennent !

Cependant pendant la journée, le directeur pédagogique viendra vérifier que nous ne le narguons pas avec plus de sans-papiers que prévu, il viendra donc les compter … mais il n’ira pas jusqu’à leur demander leurs papiers, non, beaucoup plus simple : il comptera les Noirs !!! Et il en comptera plus que 20, bien entendu, car parmi ceux-ci il y a également des personnes suivant des formations, ou des membres du personnel ! Puis il viendra ensuite faire des remontrances au porte-parole ayant donné sa parole : «Vous n’avez pas joué le jeu Monsieur…
! »

Petite précision non négligeable : il n’y avait pas de nombre limité pour les personnes extérieures au centre de formation, juste pour les sans-papiers…

Suite aux divers échanges ayant eu lieu précédemment, ce fameux directeur pédagogique vient voir la formatrice pour lui annoncer : «Vous savez, le réchauffement climatique fait fondre la banquise
» Pour ceux qui n’auraient pas compris, tant mieux, nous aussi on a eu du mal !

La Griffe du Social no 19, octobre-novembre 2009
Bulletin des travailleurs sociaux du syndicat CNT santé-social
et collectivités territoriales de la région parisienne.

- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 8 novembre 2009

S’il est vrai que la solidarité des révolutionnaires s’exerce contre des rapports sociaux répressifs, qu’elle est une réponse immédiate à une situation inhumaine, on voit bien que ses formes d’interventions sont inefficaces, à moins de considérer la résolution «au cas par cas» comme son horizon indépassable.

Qu’il s’agisse d’un renforcement de l’État par l’action associative, ou des actions autonomes menées par des activistes, on ne sort pas du cas par cas. On s’y enfoncerait même plutôt. D’un côté, la fonction des associations consiste en un émiettement des luttes en cas individuels, renforçant ainsi l’individualisation généralisée des dominés ; de l’autre, l’activisme est incapable, de par sa faible consistance politique et son isolement social, d’assumer une offensive contre la totalité de ce processus, et se retrouve, lui aussi, à soutenir des cas individuels plus ou moins nombreux, plus ou moins médiatisés, etc.

Il s’ensuit que ni l’un ni l’autre ne sortent du cadre existant de la séparation des luttes mais participent, chacun à sa manière, à sa reproduction.

Car si les activistes visent autre chose que les effets d’un rapport de domination spécifique (le centre de rétention, par exemple), et qu’ils prétendent concentrer leurs tirs sur un mode de production qui a produit ce rapport, ils n’en restent pas moins déterminés par une sensibilité politique imprégnée de pathos humanitaire. Loin de se démarquer des humanitaires — ce que certaines pratiques laisseraient supposer — ils ne sortent en fait pas d’une approche individualiste de la lutte : il n’y a plus de classes sociales mais des individus isolés, ou des situations spécifiques. Ici, la fonction de la sensibilité humanitaire apparaît pour ce qu’elle est réellement : brouiller les lignes de partage réelles entre capitalistes et prolétaires.

Malgré ce constat, tout porte à croire qu’il n’est pas urgent de changer les présupposés de cette lutte, ni de tenir compte des stratégies qui en déterminent le cours. Une méconnaissance de cette histoire s’accommodera parfaitement avec un déficit de pensée stratégique, mais plus encore avec le pathos humanitaire, l’empathie faisant figure d’engagement ou de pertinence pratique. En tant que producteurs de valeur, exploités, travailleurs, les sans-papiers sont un apport indispensable au capitalisme français. L’immigration n’est donc pas destinée à cesser de sitôt.

Si l’on veut sortir de l’impasse humanitaire, il faut désigner les orientations stratégiques à l’œuvre dans cette lutte depuis les années 80 afin de les combattre ouvertement. Il faut se battre pour permettre une rencontre entre les différentes catégories de travailleurs, ou de non-travailleurs, avec ou sans-papiers.


- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 7 novembre 2009

Le syndicat CNT des travailleurs de l’éducation des Hauts-de-Seine soutient le vaste mouvement des plus de 4000 salariés sans-papiers en grève qui occupent une quarantaine de sites en Ile-de-France, avec le soutien d’un front syndical et associatif élargi.

Il attire l’attention sur les luttes des grévistes qui occupent avec le syndicat CNT du nettoyage le siège d’EFFI SERVICE (102 Boulevard Heloïse, Argenteuil) et sur les grévistes d’ISS qui viennent de se faire expulser de son agence du 12e arrondissement après près de deux semaines d’occupation.

Le STE 92 appelle tous les travailleurs et syndicalistes, notamment de l’éducation, à manifester leur solidarité avec la révolte des plus exploités d’entre-nous, qui, malgré le quasi-silence médiatique, montrent l’exemple d’une intensification possible et souhaitable des luttes sociales.


- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 7 novembre 2009
Lancement d’«Ici» journal de soutien aux travailleurs sans-papiers

Le premier numéro d’Ici, journal gratuit de soutien à la lutte des travailleurs sans-papiers demandant leur régularisation et occupant différents sites depuis mi-octobre, est distribué à partir de ce week-end. Tiré à 50.000 exemplaires, ce titre de huit pages couleurs avec photos réalisé par des bénévoles sera distribué par les grévistes eux-mêmes.

Il entend proposer «des éclairages sur ce mouvement unitaire historique, des reportages et des paroles de grévistes ainsi que des interviews de représentants d’associations ou d’organisations engagés aux côtés de ces travailleurs», expliquent Cyrielle Blaire, journaliste, et Bernard Rondeau, photographe, à l
origine du projet.

Vendredi, selon le décompte de la CGT qui encadre leur mouvement, plus de 5000 travailleurs immigrés sans-papiers étaient en grève dans 1253 entreprises et occupaient une quarantaine de sites, essentiellement dans le BTP, le gardiennage et la restauration pour demander une circulaire élargie permettant leur régularisation.

Le CGT fait partie d
un collectif de onze associations et syndicats, dont la Ligue des droits de lHomme, Solidaires et la FSU, qui a écrit le 1er octobre dernier au premier ministre François Fillon pour demander une nouvelle circulaire définissant «des critères améliorés, simplifiés, appliqués sur lensemble du territoire national» pour régulariser ces sans-papiers. Quatre réunions de travail ont déjà eu lieu entre les représentants syndicaux et le ministère de lImmigration.

Leur presse (Le Monde), 7 novembre 2009.


Plus de 5000 sans-papiers en grève pour leur régularisation, selon la CGT

Plus de 5000 travailleurs immigrés sans-papiers sont en grève dans 1253 entreprises essentiellement dans le BTP, le gardiennage et la restauration pour demander leur régularisation, selon le dernier décompte donné vendredi par la CGT.

«Une quarantaine de sites sont occupés, ça tourne», a précisé Francine Blanche, secrétaire confédérale du syndicat qui encadre leur mouvement.

Le mouvement a été lancé mi-octobre par les sans-papiers, essentiellement africains, qui demandent une circulaire élargissant le champ des régularisations et dénoncent les différences de traitement de leurs dossiers selon les départements.

Quatre réunions ont déjà eu lieu entre les représentants syndicaux et le ministère de l'Immigration. Sont notamment demandés l’abaissement de la durée de séjour en France de cinq à trois ans pour la régularisation, l’entrée dans le dispositif des personnels de sécurité et la prise en compte du travail au noir.

Ces deux derniers points demandent une intervention des ministères du Travail et de l
Intérieur et risquent donc de retarder lélaboration dune nouvelle circulaire, précise une source proche du ministère.

Même si une nouvelle réunion est prévue la semaine prochaine, la CGT entend maintenir la pression.

«Quand un site est évacué, un autre site le remplace, c
est ce qui sest passé ce matin où les sans-papiers qui occupaient lagence dinterim Crit près de la gare Saint-Lazare depuis plus de trois semaines ont dû en partir et sont allés immédiatement occuper une agence Manpower à Courbevoie», a précisé Mme Blanche.


Elle dénonce certaines évacuations comme celle, lundi, du chantier de rénovation de la tour First, ex-Axa, occupée par environ 350 grévistes sans papiers «sur simple réquisition de la préfecture, et sans décision de justice, alors que certains des grévistes avaient des badges prouvant qu
ils travaillaient bien sur ce chantier».

«Le droit de grève chez leur donneur d
ordre leur est dénié», a-t-elle estimé.

«Au-delà du “phénomène sans-papiers”, c
est la première fois quune grève aussi importante a lieu dans la sous-traitance», a-t-elle fait remarquer.

Leur presse (AFP), 6 novembre.
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 novembre 2009
No Pagani - No any other prisons

On Friday 30 October the “Initiative for the Defence of Refugees and Migrants” organised a demonstration in the town of Mutilene with the main slogan “Shut down Pagani and all detention centres”. Hundreds of residents of Mutilene participated along with 40 migrants some of them survivors of the shipwreck in Korakas.


These migrants had just been released from Pagani on a day when there was no ferry out of the island. A trick that has been unashamedly used in some form or other so as to prolong the suffering of migrants. So, men women and children are forced to spend a night or longer on the street having no other choice. Despite the millions of euros spent for the repression of migration, for entry deterrence, detention and deportation, there are no resources for cases like these neither from the state nor from the local authorities.

As a direct response to this some of the participants in the demonstration together with the homeless migrants decided to occupy the Paparisva university building so as to provide food and shelter for the night. That is the minimum of all they have been deprived of, making the point at the same time that we need to go that extra length for our dreams to get a bit closer to becoming reality.


This action does not present a real solution to the problem but it does temporarily satisfy a need and is an indication of basic solidarity. It once again lends meaning to the concept of university asylum: asylum for society and its needs and not just for an academic elit alienated from the real social issues that provide the elit with opportunities for research in the name of science and profit.


Pagani, a concentration camp just outside Mutilene has been for years piling in migrants. It is nothing more than a human warehouse in which migrants endure deplorable living conditions, they suffer for, are punished and pay the price of what is for us the self evident right to free movement. From border control to state “hospitality” and its practice for integration, the main concern of immigration policy is the reproduction of as many depraved, scared, obedient and easily exploitable subjects as possible.


For 2 months now the detained migrants in Pagani have claimed their freedom with continuous revolts, fighting a constant struggle that has broken the silence and set the conditions for the future. The latest rumours are referring to the “shutting down” of Pagani. Of course this is contradicted from the official statements that refer to a temporary closure and renovation of the ex warehouse. Anyway the issue does not stop at the closure of a prison neither does it change with the construction of “state of the art” detention centres. Shame is not only found in Pagani, it is also in Mersinidi in Chios, in Fylakio in Evros, in Vena in Rodopi and in all detention centres. The disgrace is not only Pagani, it is also the very essence of the policy of detention, of guards and their threats. The crime is not only Pagani, it is also the repatriations and deportations to war zones and war ridden regions, registering people in european databases, holding migrants hostage in a state of illegality so as to pre-emptively ensure the consent of future workers necessary for non stop development of capitalism. Development that is based and feeds on war, destruction of natural resources and the impoverishment of entire societies in the periphery at the same time promising consumer goods, the facade of prosperity and the false hope of social improvement for all.

Solidarity to the migrant fights

Paparisva squat - Mitilini, 30 October 2009.
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 novembre 2009
Des femmes sans papier manifestent

De 200 à 300 femmes travaillant sans papiers, essentiellement comme femmes de ménage, gardes d’enfants ou de personnes âgées, se sont rassemblées aujourdhui devant la gare Saint-Lazare à Paris, pour exiger leur régularisation.

«L
an dernier, nous avons aidé 90 femmes à déposer un dossier et 79 ont été régularisées, aujourdhui nous passons à la phase 2», a expliqué Françoise Nassoy, de Femmes Égalité, organisatrice du rassemblement. Les travailleuses sans papiers, originaires surtout dAfrique noire, du Maghreb et dEurope de lEst, ont notamment scandé «travailler, gagner sa vie, cest conquérir lautonomie» et brandi des affiches proclamant «pour les retraites on veut cotiser, notre travail doit être déclaré».

«Ces femmes, souvent mères de famille, sont très isolées dans les familles où elles travaillent, elle ne sont pas dans un tissu collectif plus favorable pour se battre, comme les hommes sans papiers», a expliqué Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT, venue les soutenir.

Leur presse (AFP), 28 octobre 2009.



«
Sortir de l’ombre», un risque désormais assumé par des travailleuses sans papiers

«Jai toujours été dans lombre, mais il faut sortir un jour. Je veux des papiers, pour la liberté, pour que mon fils ait la même vie que les Français, quil ait une chambre», dit Oksana pour expliquer sa présence à un rassemblement de femmes sans papiers.

Elle a pris le risque de rejoindre cette semaine le rassemblement gare Saint-Lazare, à Paris, de quelque 200 autres étrangères aux parcours similaires, qui exigent au grand jour d
être régularisées.

Serrées derrière une banderole de Femmes Égalité, l
association qui les soutient, elles scandent avec conviction «travailler, gagner sa vie, cest conquérir lautonomie».

«À mon arrivée d
Ukraine il y a 9 ans, mes premiers employeurs ont beaucoup profité de moi : je travaillais dans une famille, six jours par semaine, dormant sur un matelas dans la chambre des enfants, veillant jusquà minuit pour servir le dîner du père quand il rentrait, tout cela pour léquivalent de 300 dollars. Jai tenu deux ans», raconte tranquillement Oksana, jeune femme blonde de 32 ans.

Et elle exprime toute sa reconnaissance à Femmes Égalité : «Toute seule je n
y arriverais pas».


Venues d
Afrique noire, du Maghreb ou, comme Oksana, dEurope de lEst, ces femmes partagent souvent la même histoire : arrivée en solitaire à Paris, série demplois daide à la personne, ménages, gardes denfant ou de personnes âgées, avec des fortunes diverses.

«Ce sont des femmes isolées, sans collègues de travail. Leur démarche naturelle ce n
est pas daller voir un syndicat», explique Ana Azaria, présidente de lassociation.

Dans le sillage d
un mouvement plus général, encadré par la CGT, doccupation dentreprises par des travailleurs sans papiers, lassociation a déposé lan dernier 90 demandes de régularisation pour des femmes, dont 79 ont été acceptées. «Ces 90, elles ont voulu “y aller”, ont pris des risques énormes, ce sont des pionnières. Après, ça a parlé pas mal et elles sont plus nombreuses à venir» aujourdhui, se félicite Ana.

Marianne, Sénégalaise de 33 ans, est une de ces «pionnières». Régularisée, elle est là pour soutenir la lutte. «On travaille toutes beaucoup et les familles ont besoin de nous», dit-elle.

«Ma régularisation ? Ca a tout changé avec un grand “T”», explique-t-elle dans un grand rire. Avant, elle avait aussi enchaîné les emplois dans des familles, dont une la faisait travailler «7 jours sur 7 pour 381 euros par mois». Ensuite ça a été «une maison de retraite avec de faux-papiers : mes employeurs n
ont pas trop cherché (à vérifier) : ils avaient besoin de personnel et javais les compétences», glisse-t-elle.

«Le travail de toutes ces femmes correspond à un besoin social énorme en France, dans un secteur, l
aide à la personne, où on manque de main d’œuvre», confirme Françoise Nassoy, autre bénévole de Femmes Égalité.

«Elles arrivent à trouver leur place dans une lutte collective malgré leur isolement», explique, admirative, Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT qui les soutient.

«Trois ou quatre ans en arrière, je serais restée dans le noir. Aujourd
hui, je nai plus peur : il y a lassociation, le syndicat, les médias qui parlent de nous, et je me fous dêtre expulsée», explique Ayat.

Cette mère de famille de 48 ans, femme de ménage depuis 2001 dans un hôtel dont le patron connaissait sa situation «dès le premier jour», rêve quand même à des papiers, «pour aller voir (ses) enfants en Algérie».

Leur presse (Franck Madœuf, AFP), 31 octobre.
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 novembre 2009

Environ 300 travailleurs sans-papiers occupaient depuis 7 heures lundi matin les préfabriqués situés sur le chantier de la tour , dans le quartier d’affaires de La Défense (Hauts-de-Seine), pour demander leur régularisation, a-t-on appris auprès de la .

«Ces travailleurs étaient à la (nationale) des travaux publics à Paris, dont ils ont été priés de partir mercredi, par la police», a expliqué à l’AFP Raymond Chauvot, coordinateur CGT pour les travailleurs sans-papiers.


Cette occupation s’inscrit dans un ensemble d’actions lancées le 13 octobre et qui avait mobilisé en fin de semaine plus de 4200 sans-papiers sur une quarantaine de sites, essentiellement en Ile-de-France (entreprises d’intérim, de nettoyage, chantiers, restaurants, etc).

Avec le soutien de la CGT et d’un front de syndicats et d’associations, ces sans-papiers, des Africains pour la plupart, demandent une circulaire élargissant le champ des régularisations et dénoncent les différences de traitement de leurs dossiers selon les départements.

Leur presse (AFP), 2 novembre 2009.


Les sans-papiers sattachent à leurs piquets

Plus de 4600 travailleurs grévistes occupent 47 sites en Ile-de-France depuis trois semaines…

Au vingtième jour de grève, aujourd
hui, ils seraient plus de 4600. Travailleurs grévistes, sans-papiers et, pour la plupart, dorigine africaine. Daprès la CGT, ils ont déjà occupé plus dune cinquantaine de sites en Ile-de-France. Le mouvement des travailleurs sans-papiers, amorcé le 14 octobre dernier avec à peine un millier de grévistes, s’installe dans la durée. Vendredi, deux nouvelles agences Manpower ont été investies dans les 8e et 10e arrondissements de Paris. «Tous les jours, de nouveaux travailleurs sans-papiers veulent rejoindre les piquets partout dans la région», constate Raymond Chauveau, le coordinateur CGT du mouvement. Difficile en tout cas pour lui destimer leur nombre en Ile-de-France.

Éviter l’affrontement avec la police

Première revendication, leur régularisation. Les grévistes attendent tous avec impatience la nouvelle circulaire (celle du 7 janvier 2008 a été annulée par le Conseil d
’État il y a deux semaines) que le ministre de lImmigration et de lIdentité nationale, Éric Besson, doit rédiger. Elle doit préciser les conditions dobtention du titre de séjour pour les sans-papiers qui ont une activité professionnelle. «On verra si ce quil nous propose tient la route et si on lève les piquets», confesse un occupant.

En attendant, un front de plusieurs syndicats et associations les soutient et coordonne leurs actions pour occuper des lieux symboliques : agences d
intérim, entreprises de sécurité ou de nettoyage, restaurants, ateliers de confection… La plupart des occupations se font à une cinquantaine de personnes minimum, tôt dans la journée ou tard le soir. Les leaders du mouvement veulent éviter laffrontement direct avec les employés. Ou pire, avec la police. Qui pourrait signer, pour nombre dentre eux, un retour au pays. Du coup, les évacuations se déroulent sans heurt. Comme jeudi dernier, rue de Berri (8e), où 312 sans-papiers ont été expulsés en moins dune demi-heure du siège de la Fédération nationale des travaux publics. Les centaines de grévistes à la rue ont rapidement été replacées sur dautres sites. «On nous fait sortir par la porte. On sen fiche, on rentre par la fenêtre, lâche un sans-papiers. On nobéit quaux décisions de justice. Rue de Berri, il sagissait dune ordonnance dexpulsion en référé.»

Les femmes se mobilisent

Pour la première fois, aussi, des femmes participent au mouvement. «C
est plus difficile pour elles car la démarche est beaucoup moins rentrée dans leurs mœurs. Elles doivent soccuper de leurs enfants avant tout», explique Anna, une des coordinatrices. Une vingtaine de femmes chinoises qui travaillent dans la confection ont rejoint les sans-papiers qui occupent la Fafih, un syndicat de lhôtellerie et de la restauration, rue de la Ville l’Évêque (8e).

De leur côté, les employeurs tentent de minimiser la grève. «Certes, ça gêne certaines sociétés, mais ce nest pas un mouvement massif», observe Jérôme Dubus, délégué général du Medef en Ile-de-France.

«On a tout lâché : la famille, notre travail et notre logement »
Témoignages de travailleurs sans-papiers qui participent aux blocages…
Sur le chantier du tramway T3, à la Porte des Lilas (19e), les vingt-sept travailleurs sans-papiers ont bloqué l’avancée des travaux depuis trois semaines. En tout cas, sur cette portion. Certains étaient intérimaires, d’autres salariés. Mais tous travaillaient pour la Suburbaine, une entreprise sous-traitante de la RATP. Une occupation symbolique comme celle du restaurant Chez Georges à Beaubourg (4e). Et qui a fait réagir les personnalités locales. Les maires socialistes des 19e et 20e arrondissements, Frédérique Calandra et Roger Madec, se sont déclarés «solidaires des travailleurs sans-papiers». Mais en paroles seulement, si l’on en croit les premiers intéressés. «Ils sont venus la semaine dernière, c’est vrai. Mais on leur a demandé de réparer les toilettes publiques de l’autre côté de la rue. Ils n’ont pas voulu», regrette Moussa Camara, arrivé en France en 2001.
Solidarité des habitants du quartier
Deux campements se sont montés de chaque côté de lavenue de la porte des Lilas. Les grévistes se chauffent au bois, sabritent sous des bâches trouées, se lavent et font la cuisine à même la chaussée. Sous les yeux des habitants du quartier, qui leur apportent matelas, duvets et tapis de sol. «Certains dentre nous ont tout lâché pour rejoindre le mouvement. Leurs femmes et enfants, leur contrat de travail et parfois même leur logement. On a donc tout à gagner à rester jusquà ce quon soit régularisés», lâche fièrement un jeune travailleur sans-papiers du campement. Il a fait ses premiers pas de défenseur de la cause des sans papiers en avril 2008, lors dune des toutes premières vagues de mobilisation. À lépoque, ils étaient «à peine deux mille au bout de plusieurs semaines de mobilisation», se souvient-il. Cette année, leur action est plus organisée : un délégué par piquet et surtout, des représentants syndicaux qui les «coachent». «Vous verrez, on est en train den faire des futurs cadres de nos organisations», lâche, sourire en coin, un responsable de la CGT.
Leur presse (William Molinié, 20 minutes), 2 octobre.


Des boîtes occupées pour obtenir des papiers

Au restaurant Chez Georges, à Paris, comme dans 46 autres sites, des travailleurs étrangers luttent pour être régularisés.

«Ils bossent ici, ils vivent ici, ils restent ici», disent les affiches placardées sur les vitres du restaurant Chez Georges, au sixième étage du centre Pompidou, à Paris. À l’extérieur, sur la terrasse baignée de soleil, les clients. À l’intérieur, deux univers : à droite, des tables dressées restées vides en ce chaud jeudi 29 octobre. À gauche, une quarantaine de sans-papiers originaires d’Afrique subsaharienne. Dans un coin, Anne-Victoire Magescas, la directrice du restaurant, est justement en discussion avec Gérard Hernot, conseil en relations sociales appelé pour aider à dénouer la crise.

Grève. Sur la quarantaine d’étrangers en situation irrégulière occupant jour et nuit le restaurant, seuls quatre en sont salariés. Les autres travaillent aussi dans la restauration, mais ailleurs. Modou [
Le prénom a été changé], délégué principal du piquet de grève, est cuisinier dans le XIe arrondissement. Chez Georges sert de lieu de regroupement aux salariés de cette branche, notamment aux sans-papiers seuls dans leur entreprise à être dans cette situation.

L’occupation du restaurant a débuté le 22 octobre. Neuf jours plus tôt, 1700 étrangers en situation irrégulière emmenés par la CGT et soutenus par un large front syndical et associatif, s’étaient mis en grève en Ile-de-France. Objectif : dénoncer «l’arbitraire préfectoral» dans l’examen des dossiers de régularisation par le travail. Si une loi de novembre 2007 prévoit des possibilités d’obtention d’un titre de séjour pour les sans-papiers employés dans des secteurs en tension, «le traitement de chaque dossier est loin d’être similaire selon les départements, et même entre des salarié(e)s de situation parfaitement identique, y compris au sein d’une même entreprise», dénoncent les soutiens des sans-papiers.

Depuis le 22 octobre, le mouvement a fait tache d’huile. Hier, Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT, revendiquait plus de 4000 grévistes, sur 47 sites (agences d’intérim, restaurants, chantiers, entreprises de sécurité ou de nettoyage), dans 34 départements. «200 sans-papiers nous rejoignent chaque jour», affirme-t-elle. La CGT mène l’affaire avec professionnalisme. Afin de protéger les grévistes d’une éventuelle sanction disciplinaire, le répertoire des 3100 premières personnes impliquées dans le mouvement a été déposé à la direction générale du Travail.

Goutte d’eau. En 2008, la CGT avait lancé une première grève de sans-papiers, obtenant du ministère de l’Immigration 2500 régularisations. Une goutte d’eau par rapport aux milliers de salariés qui avaient alors arrêté le travail. «Dans les derniers mois, plus rien n’avançait», accuse Francine Blanche. D’où cette nouvelle vague de grèves destinée à obtenir une circulaire officielle garantissant aux sans-papiers un examen «égalitaire» de leurs demandes de régularisation.

Du côté du ministère de l’Immigration, on semble prendre le mouvement au sérieux. Depuis le début, deux réunions ont été organisées avec les syndicats, et une troisième aujourd’hui. Pour le gouvernement, la porte est étroite. La quasi-totalité des étrangers en situation irrégulière ayant un emploi pourraient être éligibles à une régularisation par le travail. «Le ministère nous dit : “Si on régularise, on fait venir du monde”», rapporte Francine Blanche. Le ministère du Travail pourrait avoir son mot à dire, mais selon la CGT, il ne participe pas aux discussions. De même pour les organisations patronales, dont Gérard Hernot regrette qu’elles soient «les grandes absentes de ce mouvement».

Leur presse (Catherine Coroller, Libération), 30 octobre.
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009

Des agences d’intérim mais aussi des entreprises, des restaurants ou des chantiers : depuis le 12 octobre et le lancement dun mouvement de grève coordonnée, la liste des locaux occupés par des sans-papiers réclamant leur régularisation ne cesse de sallonger. Leurs revendications sont portées par un front de syndicats et dassociations qui dénonce notamment «larbitraire préfectoral» dans lexamen des dossiers de régularisation par le travail.

Ces actions rassemblaient, vendredi 30 octobre, plus de 4200 sans-papiers dans une quarantaine de sites, essentiellement en Ile-de-France. «Deux cents sans-papiers supplémentaires nous rejoignent chaque jour», a expliqué en début de semaine Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT, devant le Centre Pompidou où le restaurant Georges était occupé depuis plusieurs jours.

Cette semaine, plusieurs de ces occupations se sont soldés par des évacuations. Mercredi,
les quelque 200 sans-papiers qui occupaient le siège social de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) depuis deux semaines ont été évacués dans le calme par les forces de l’ordre à la suite d’un jugement du tribunal de grande instance de Nanterre. Vendredi, une décision de justice similaire a conduit la quarantaine de travailleurs qui occupaient le siège de la Sogeres (groupe Sodexo) à Boulogne-Billancourt à lever le camp d’eux-mêmes.


Un premier mouvement de grève avait déjà un lieu en 2008, année durant laquelle 2800 étrangers, selon les chiffres du ministère, ont bénéficié d
une régularisation par le travail. Mercredi soir, le ministre de l’Immigration Éric Besson a annoncé quil préparait un nouveau texte précisant ces conditions de régularisation.

Leur presse (Le Monde), 30 octobre 2009.
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009

Une quarantaine de grévistes sans-papiers travaillant pour Manpower occupaient aujourd’hui une des agences de lentreprise dintérim à Paris, après en avoir occupé une autre le matin, a constaté un journaliste de lAFP.

La première occupation a eu lieu rue de Rome, dans le VIIIe arrondissement, jusqu
en milieu de journée, lorsque la police a évacué les sans-papiers qui se sont alors rendus à lagence de la rue Lafayette, dans le Xe arrondissement, a précisé Arnaud Berlik de la CGT, présent sur place.

Le personnel de cette seconde agence a quitté les bureaux et des agents de police filtraient vendredi après-midi les entrées de l
immeuble où les grévistes envisagent, selon M. Berlik, de passer le week-end.

Contactée par l
AFP, la direction de lentreprise navait pas réagi vendredi en fin daprès-midi.

Cette occupation s
inscrit dans un ensemble dactions lancées le 13 octobre et qui rassemblait en fin de semaine plus de 4200 sans-papiers dans une quarantaine de sites, essentiellement en Ile-de-France : entreprises dintérim, de nettoyage, chantiers, restaurants, etc.

Avec le soutien de la CGT et d
un front de syndicats et dassociations, ces sans-papiers, Africains pour la plupart, demandent une circulaire élargissant le champ des régularisations et dénoncent les différences de traitement de leurs dossiers selon les départements.

Leur presse (AFP), 30 octobre 2009.
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 octobre 2009

Je n'aime pas trop «tirer sur les ambulances» mais là c'est vraiment trop énervant. Nous sommes au deuxième article sur le nouveau centre de rétention du Mesnil-Amelot, un hier dans Libé, un dans l’Huma, et la Cimade ne semble pas bouger de son discours complètement confus et inefficace (sa position ?) ! À moins que cela ne soit les journalistes qui ne comprennent rien au discours de la Cimade !
À la fois on nous dit «un complexe immense, complètement deshumanisé, ultra sécuritaire» (là on retrouve le fameux petit centre sympa comme alternative) et à la fois «cela va créer des tensions»… Faudrait savoir ! Justement ces lieux sont conçus pour quil y ait le moins de «tensions» possible (tensions = révoltes — appelons un chat, un chat) et en plus ça risque de «marcher» !
Alors, cest quoi le problème ? le camp ? Ou les révoltes qui risquent de sy dérouler ?
N. - Infozone, 31 octobre 2009
Liste d’information pour la france sauvage.
(PS : Appeler à une mobilisation contre louverture du centre alors quil est bientôt fini (cf. lHuma), cest quand même un peu con ! En tout cas, ya des chances que les futures luttes des retenus soient plus efficaces !)


Le camp d’internement du futur

Sa description a tout du film de science-fiction, pourtant, le centre de Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) est quasiment achevé et son ouverture prévue en 2010. 240 places, dont 40 réservées aux familles, pour le plus grand CRA de France. Entouré d’une double enceinte grillagée, il sera géré par des policiers, depuis une tour de contrôle. «Un complexe immense, totalement déshumanisé», raconte Caroline Larpin, de la Cimade, qui l’a visité. Elle dénonce sa «dimension ultrasécuritaire» : portes blindées à fermeture magnétique, caméras de surveillance, etc. L’association, qui redoute les tensions liées à de telles conditions d’enfermement, appelle à une mobilisation contre l’ouverture de ce centre.

Leur presse (L’Humanité), 30 octobre.



La Cimade dénonce «l
industrialisation» des centres de rétention

Lassociation salarme du «mépris des droits» des étrangers en attente dexpulsion et appelle à la mobilisation contre louverture dun nouveau centre «ultra-sécuritaire» en Seine-et-Marne.

Des centres de rétention de plus en plus carcéraux et déshumanisants, où les situations individuelles passent à l
arrière plan : cest le tableau que dresse la Cimade, seule association présente à ce jour dans les lieux de rétention, où transitent les sans-papiers. Lassociation présentait ce matin son rapport annuel, véritable radiographie de chacun des 23 centres et 12 locaux de rétention administrative en France.

En 2008, 32.284 personnes de 163 nationalités ont été enfermées de 24 heures à 32 jours dans des centres de rétention en métropole, a décompté l
association. Dont 118 familles avec 222 enfants.

Même si «globalement, les conditions en rétention sont correctes», la Cimade s
alarme de la dégradation du «climat général» dans les centres, du fait dun «mépris de plus en plus grand des droits des étrangers placés en rétention» allant de pair avec la «politique du chiffre». Lassociation sinquiète aussi de létat déplorable des lieux de rétention de loutre-mer, comme à Mayotte.

L
association dénonce la dimension «de plus en plus carcérale» des centres, et dune manière générale la «banalisation de lenfermement» et «lindustrialisation de la rétention», qui plongent les personnes retenues dans une grande détresse. La Cimade constate de fréquentes automutilations et tentatives de suicides (neuf au centre de rétention de Vincennes pour le seul mois de mai 2009).

Nouveau centre «totalement déshumanisé»

En témoigne, selon la Cimade, l
ouverture programmée dun nouveau centre de rétention au Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne, véritable «méga-structure ultra sécuritaire». Ce complexe de deux fois 120 places viendra sajouter au centre de 140 places (le maximum autorisé par la réglementation) déjà existant dans cette commune.

Une telle concentration de personnes va favoriser le développement de tensions et violences en même temps qu'elle compliquera la tâche des intervenants, selon la Cimade, qui décrit un centre «immense, totalement déshumanisé, dont toutes les portes sont blindées, où tout est fait pour limiter le contact entre les personnes», équipé «de détecteurs de mouvements et de caméras dans tous les sens».

Ce rapport de la Cimade, dressant un état des lieux exhaustif de chacun des centres, pourrait bien être le dernier du genre. Car l
association devrait être bientôt amenée, au terme dun bras de fer engagé il y plus dun an avec le ministère de lImmigration et de lIdentité nationale, à partager avec dautres sa mission dassistance dans les centres de rétention. Et donc renoncer à sa vue densemble… «Pluralisme» nécessaire, pour le gouvernement, «marginalisation» assurée des associations, pour la Cimade, convaincue que cet «éclatement» ne pourra «que réduire les droits des étrangers», en empêchant toute action globale et en mettant en concurrence par appel doffre les associations.

Leur presse (Libération), 29 octobre.
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 30 octobre 2009
Le resto du Centre Pompidou occupé par des sans-papiers

Au 6e étage du centre Pompidou, le très chic restaurant Georges est occupé depuis une semaine par une quarantaine de sans-papiers en grève qui réclament leur régularisation.

«J’ai déjà un travail, je ne demande ni le chômage, ni le RMI, je veux juste pouvoir vivre comme tout le monde, avec des papiers», s
exclame Ousmane [À la demande des grévistes, les prénoms ont été modifiés], chef de quart mauritanien dans les cuisines du prestigieux Georges. Depuis une semaine, le restaurant branché du sixième étage du centre Pompidou est occupé par des travailleurs sans-papiers, qui demandent leur régularisation.


Derrière les tables finement dressées de la terrasse panoramique, la quarantaine de grévistes s
est installée sur les banquettes design du bar à cocktail du restaurant. Quelque cinquante mètres carrés quils occupent jours et nuits depuis jeudi dernier, devant le regard désabusé des clients qui viennent toujours aussi nombreux pour déjeuner. «On a décidé doccuper le Georges pour montrer que même derrière les décors des restaurants chics parisiens, ce sont aussi les sans-papiers qui tiennent les coulisses», explique Serge Sellier, secrétaire générale de la CGT du IVe arrondissement.

«Aucune égalité»

Un an après leur premier mouvement de grève en 2008, ils sont près de 4000 travailleurs à avoir rejoint l
«Acte II» de la grève des sans-papiers, lancé depuis deux semaines. Ils tiennent une cinquantaine de piquet de grève dans la région parisienne pour dénoncer larbitraire des décisions préfectorales et demander un examen «égalitaire» de leurs demandes de régularisation.

«Dix ans que je suis là, dix ans !», s
écrit Boubou, demi-chef de partie dans les cuisines du Georges. Fiches de paye et contrats à lappui, tous ont déposé une demande de régularisation en préfecture. Cependant, malgré son CDI, Boubou attend une réponse depuis plus dun an. En 2008, pourtant, lors de la première grève nationale des travailleurs sans-papiers, cinq de ses collègues ont été régularisés en à peine quelques mois. «Les critères sont différents selon les personnes, selon les préfectures. Peu importe les situations personnelles et les CDI : il ny a aucune égalité», explique Modou, un Sénégalais dune quarantaine dannées.

«On paye nos impôts»

«Ça fait des années qu
on travaille, quon cotise et quon paye des impôts», ajoute Sissoko, «mais on na toujours aucun droit». Mauritanien de 36 ans, il travaille dans un autre restaurant huppé de la capitale, dans le VIe arrondissement. Il y a quelques semaines, sa demande de titre de séjour a été rejetée sans aucune justification, malgré le soutien de son employeur et le CDI quil a signé il y a cinq ans.

Isolés dans leurs restaurants, les travailleurs sans papiers ont décidé de s
unir en occupant un même lieu. «Tous ensemble on peut faire la différence et faire pression sur le gouvernement», lâche, plein despoir Sissoko, employé dun restaurant du Ve Arrondissement. Une présence de salariés extérieurs à lentreprise est dénoncée par la direction du Georges. «Sur les quarante grévistes qui occupent le restaurant, seulement quatre dentre eux travaillent chez nous», proteste Anne-Victoire Magescas, directrice du restaurant. «On a envoyé les dossiers de nos salariés à la préfecture, on ne peut rien faire pour les autres», sexplique-t-elle, ajoutant, inquiète : «cest important limage dun restaurant comme le nôtre, vous savez»

Libération, 28 octobre 2009.
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 30 octobre 2009
Les 312 sans-papiers de la rue de Berri expulsés

Ils auront tenu dix-huit jours. Trois cent douze sans-papiers grévistes ont été expulsés, hier, du siège social de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), qu'ils occupaient depuis le 13 octobre à deux pas des Champs-Élysées (8e).

Le tribunal de grande instance de Paris avait, la veille, ordonné aux sans-papiers de quitter les lieux. Après être sortis dans le calme, peu après 16 heures, ils se sont assis devant l’immeuble, bloquant la rue de Berri pendant plusieurs heures. «Nous resterons ici jusqu
à notre régularisation», assure Konaté Kandioura, un des leaders du mouvement. Mais le dispositif impressionnant de la préfecture de police, qui a mobilisé une quinzaine de fourgonnettes et un bus de CRS, a rapidement découragé ceux qui voulaient passer la nuit sur la chaussée.

«C
est une décision de justice. On ne discute pas avec la justice. Maintenant, il faut partir», scande un sans-papiers à quelques-uns de ses camarades, se dispersant dans le calme, djembé au cou et sifflet dans la bouche.

«C
était devenu impossible. On devait annuler toutes nos réunions. Plus personne ne pouvait travailler», explique un porte-parole de la FNTP.

Depuis deux semaines, près de 4000 travailleurs sans papiers se seraient mis en grève en Ile-de-France et occuperaient une quarantaine de sites symboliques des secteurs du nettoyage, de la restauration ou des bâtiments publics. Ils dénoncent notamment l
«arbitraire préfectoral» dans lexamen des dossiers de régularisation par le travail.

Leur presse (William Molinié, 20 minutes), 29 octobre 2009.



Fin de l
occupation du siège de la FNTP par des sans-papiers

Les forces de lordre ont procédé mercredi 28 octobre dans laprès-midi à lévacuation des sans-papiers qui occupaient depuis 18 jours le siège de la Fédération Nationale des Travaux Publics.

Cette évacuation qui s
est déroulée dans le calme est intervenue en application dune ordonnance prise le 27 octobre par le Tribunal de Grande Instance de Paris et met fin à 18 jours doccupation par plus de 200 sans-papiers, sous la responsabilité revendiquée de la CGT.

Dans un communiqué, la FNTP a souligné que «la question de l
harmonisation des règles de régularisation des salariés en situation irrégulière relevant de la seule responsabilité du gouvernement (…) loccupation de son siège navait aucune justification».

Patrick Bernasconi, président de la FNTP a demandé aux pouvoirs publics, «responsables de la politique d
immigration», de prendre au plus vite «des mesures concrètes pour résoudre les problèmes posés par la mise en œuvre des textes législatifs et réglementaires récents sur limmigration de travail».

Leur presse (AP), 28 octobre.


France : des sans-papiers évacués du siège d’un syndicat patronal
Négociations en cours pour une circulaire de régularisation après plus de deux semaines de grève

Des travailleurs sans papiers du bâtiment ont été évacués mercredi du siège du syndicat patronal de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), occupé depuis 16 jours. Les grévistes espèrent leur régularisation, pour pouvoir bénéficier de la sécurité sociale et de la retraite pour lesquelles ils cotisent. La FNTP tente de se dissocier du mouvement, pour éviter que ne soient trop évoquées les pratiques d’exploitation des sans-papiers dans le secteur du BTP.

L’ambiance est tendue, ce mercredi, au siège parisien du syndicat patronal de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP). Les sans-papiers qui l’occupent depuis le 12 octobre savent que la police doit les en déloger sous peu. Une ordonnance du Tribunal de grande instance de Paris leur a en effet donné la veille l’ordre d’évacuer les lieux dès 14 heures.

Le matin même, un autre lieu de la capitale a déjà été évacué par les forces de l’ordre. Les sans-papiers ont ensuite occupé pendant deux heures le siège de la Fédération française du bâtiment (FFB), l’autre syndicat patronal du BTP, jusqu’à l’intervention de la police.

Des sans-papiers qui cotisent sans être protégés


«Je suis rentré le premier», dit Benyahia, du syndicat CGT Construction, qui ajoute : «Nous étions 150 le premier jour, nous sommes désormais environ 500». Les relations avec la FNTP se sont jusque-là bien passées, assure-t-il. L’organisation a évacué le 22 octobre son personnel «pour des raisons de sécurité». Mais, selon Benyahia, «les gens continuent de travailler normalement, c’est pour avoir un prétexte devant le juge que la direction de la FNTP l’a fait».

Les travailleurs présents sont en majorité des hommes d’Afrique subsaharienne, avec également quelques Maghrébins. Travailleurs du bâtiment, ils n’espèrent qu’une chose : que leur lutte les mène à la régularisation. Plusieurs Maliens sont assis dans les fauteuils design du hall d’entrée ; deux d’entre eux acceptent de raconter leur expérience. Sakomima, 23 ans, est arrivé en France en 2004. Il explique avoir travaillé avec les papiers d’un ami, mais être désormais «en galère». «Sans papiers, je ne peux pas travailler. Comment manger alors ? Je n’ai pas le droit de voler !», s’exclame-t-il.

Tout comme Moussa, 38 ans, Sakomima insiste sur le fait qu’il paye des impôts en travaillant. C’est ce que Benyahia appelle le «salaire différé», c’est-à-dire la part de cotisations sociales qui ouvre en théorie la porte à des prestations comme la sécurité sociale ou la retraite. «Mais, quand on est sans papiers, on paye sans rien toucher !», s’indigne-t-il.


La discrétion de la FNTP

Tout d’un coup, quelqu’un entre et crie : «La police arrive !» Quelques minutes plus tard, une centaine d’hommes interviennent, principalement des gendarmes. Beaucoup sont chargés de parcourir le bâtiment à la recherche de récalcitrants. Mais l’évacuation se fait dans un calme relatif. Chacun savait ce qui devait arriver et certains, comme Moussa, sont des vétérans de la lutte pour la régularisation.

Seul un représentant de la FNTP se montre très énervé, alors que pénètrent les forces de l’ordre. «Pas de journalistes, pas de journalistes !», répète-t-il de manière agressive. Le syndicat patronal semble craindre fortement pour son image. Le logo de l’organisation a été retiré du mur du bâtiment.

La FNTP, épinglée en 2008 par Rue89 pour son système abusif de caisses de congés payés, entend éloigner toute menace de polémique. Sa ligne de défense est que les revendications des travailleurs concernent uniquement le gouvernement. Le syndicat patronal annonce ne pas comprendre la raison pour laquelle son siège a été occupé.

Il a pourtant maintes fois été prouvé que de nombreux employeurs du bâtiment profitent sciemment de la situation des travailleurs en situation irrégulière. «Il s’agit pour eux de réduire le coût de production», explique Benyahia. Fin 2008, sur le plateau de l’émission télévisée «Les Infiltrés», diffusée sur France 2, le secrétaire général de la CGT Construction, Éric Aubin, affirmait que lors d’une réunion de travail, un responsable de la FNTP lui avait déclaré que les sans-papiers avaient tout à fait leur utilité en ces temps de crise, car les travailleurs en situation légale étaient rassurés de savoir qu’ils n’allaient pas être les premiers touchés par les licenciements.



La sous-traitance est le biais couramment utilisé par des grands groupes du BTP pour échapper aux responsabilités légales. Les employeurs ferment les yeux sur la situation des sans-papiers, et les renvoient d’un claquement de doigts quand ils n’en veulent plus.
«J’ai travaillé 8 ans et demi dans la même boîte, puis un jour mon patron m’a dit que mes papiers n’étaient pas valides», explique Moussa.

Lutte des sans-papiers «acte II» : vers une circulaire

Le mouvement des sans-papiers, qui s’étend depuis le 12 octobre à toute la région parisienne, a pris le nom d’«acte II», en référence à la fructueuse lutte de 2008. 4100 travailleurs se sont progressivement mobilisés, et occupent aujourd’hui une quarantaine de sites. Sont principalement touchés les secteurs précaires de l’intérim, de la restauration, du BTP, du nettoyage et de la sécurité. Deux cents femmes travaillant dans l’aide à la personne ont également rejoint le mouvement.

La grève a commencé suite à l’absence de réponse du Premier ministre à une lettre, envoyée le 1er octobre par un collectif de 5 syndicats (CGT, FSU, Solidaires, CFDT, UNSA) et 6 associations (LDH, Cimade, Femmes Égalité, Autremonde, RESF, Droits Devant !!). Celle-ci pose la revendication que soit rédigée une circulaire ministérielle de régularisation. «Les critères de régularisation varient suivant les préfectures, justifie Benyahia, nous voulons donc une décision centralisée.» Le Conseil d’État a annulé vendredi la précédente circulaire, datant de 2008, celle dont l’application est critiquée.

Plusieurs réunions ont eu lieu au ministère de l’Immigration. Les discussions portent désormais sur le contenu de la nouvelle circulaire et les critères de régularisation. La prochaine se tiendra vendredi. Malgré la vigueur du mouvement, qui pousse le gouvernement à la négociation, la couverture médiatique française reste relativement faible.


Denis Carlier - Afrik.com, 29 octobre.

- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Contact

Liens

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés