Racisme d'État

Samedi 28 novembre 2009

Le 1er décembre 2009 aura lieu l’audience de fixation des dates du procès des dix inculpés de l’incendie du centre de rétention de Vincennes. Une demande de remise en liberté du dernier inculpé encore incarcéré, Nadir Autmani, y sera examinée. Interpellé lors d’une rafle à Barbès en juin dernier alors que l’instruction était close, ce jeune sans-papiers de 20 ans, a vu toutes ses demandes de remise en liberté rejetées et toutes les demandes concernant ses permis de visite sont jusqu’ici restées sans réponse. D’abord incarcéré à Fleury-Merogis, où il a mené une grève de la faim, il a maintenant été transféré à Fresnes.

Au-delà de la mobilisation pour la libération immédiate de Nadir, le 1er décembre ce sera la première audience d’un procès instruit entièrement à charge. À plusieurs reprises, les avocats des inculpés ont demandé des compléments d’enquête. La communication de pièces aussi fondamentales que l’expertise relative à la propagation rapide du feu, la communication des vidéos de surveillance, les rapports d
intervention des compagnies de pompiers intervenues, les échanges téléphoniques entre les pompiers et les policiers, la procédure denquête concernant la mort de M. Souli, le dossier denquête sur la plainte de plusieurs retenus à propos de violences au centre de rétention de Vincennes en février 2008, a été rejetée en bloc. Ce refus témoigne d’une volonté d’instruire à charge et d’évacuer toute responsabilité de l’État et des gestionnaires du centre.

Le centre de rétention administrative de Vincennes était la plus grande prison pour sans-papiers de France. Le 21 juin 2008, un retenu qui avait réclamé en vain ses médicaments y est mort. Le lendemain, les retenus organisent dans le centre une marche silencieuse qui est fortement réprimée par la police. Au cours de la révolte qui s’en suit, la prison est partie en fumée.

Dans le souci évident de faire des exemples et de dissuader quiconque de se révolter, l’État a multiplié les arrestations de retenus présents ce jour-là. Sans chercher à savoir s’ils sont «coupables» ou «innocents» nous soutenons les inculpés de l’incendie parce que nous nous opposons à la recherche de responsables d’une révolte collective.

La seule culpabilité réside dans une politique qui fait que des êtres humains sont pourchassés, arrêtés, enfermés, expulsés au prétexte qu’ils ne disposent pas de papiers administratifs que l’État nous impose d’avoir. La responsabilité réside dans la politique de contrôle des mouvements migratoires. Chaque année des milliers de personnes meurent en essayant de franchir des frontières.

Aujourd’hui nous sommes solidaires de tous ceux accusés d’être à l’origine de l’incendie de Vincennes parce que nous sommes solidaires de celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se révoltent contre un monde où des millions de vies sont suspendues à des bouts de papiers.

Les sans-papiers enfermés à Vincennes se sont révoltés, les inculpés ont maintenant besoin de notre soutien !

Soyons nombreux mardi 1er décembre 2009 à 13h30 au TGI de Paris, 16e chambre (métro Cité) pour exiger la libération de Nadir Autmani et l’arrêt des poursuites pour tous les inculpés !

Il est possible d’écrire à Nadir Autmani :
Écrou no 946 622, 2e division, Maison d’arrêt des hommes
5 allée des Thuyas, 94261 Fresnes Cedex.

Liberté sans retenue, 27 novembre 2009.
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Vendredi 27 novembre 2009
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Jeudi 26 novembre 2009
Soutenons Koita

En prévision du procès du camarade d’ISS incarcéré, le syndicat du Nettoyage appelle à un rassemblement le mercredi 2 décembre à partir de 12 heures devant le palais de Justice de Paris, métro Cité.

Tract ci-dessous.

Le syndicat du Nettoyage, 26 novembre.



Grève des sans-papiers : Solidarité de la CNT avec notre camarade Cheikne Koita

Depuis lundi 26 octobre, notre camarade Cheikne Koita est incarcéré à la prison de Fresnes suite à une rixe contre des vigiles venus casser une grève.

Koita participait depuis le vendredi 23 octobre à l'occupation d'un local de la société ISS (nettoyage) avec une vingtaine de sans-papiers afin de réclamer leur régularisation dans le cadre d'un vaste mouvement de grève des travailleurs sans-papiers. Des vigiles se relayant 24h/24 ont empêché les grévistes de sortir et ont bloqué l'entrée aux nouveaux travailleurs venus rejoindre l'occupation. Le lundi 26 octobre, les grévistes se sont dégagés et ont levé le blocage. La police est arrivée et a arrêté deux vigiles extrêmement violents et - pour l'exemple et sous prétexte d'une
«accusation de violences» - notre camarade Cheikne Koita. Après sa garde à vue, il a été écroué en attendant son procès le 2 décembre où il risque en plus d'une condamnation, l'expulsion. La double-peine.

ISS, comme de nombreuses autres entreprises dans les secteurs du nettoyage, du bâtiment, de la restauration, ou dans l'intérim exploite puis licencie ses salariés sans-papiers. Avec ces méthodes, ISS ramasse de nombreux marchés, engrangeant des profits énormes.

Alors que depuis le mois d'octobre plusieurs milliers de travailleurs sans-papiers sont en grève pour leur régularisation et que plusieurs centaines de milliers de sans papiers sont exploités par le patronat en France, le gouvernement vient de publier une nouvelle circulaire de «régularisation par le travail».

Cette circulaire de par ses critères restrictifs et le principe du traitement au cas par cas est aussi inique et inacceptable que la précédente. Au même moment le ministre de l'immigration Éric Besson se permet d'annoncer de façon arbitraire le chiffre d'un millier de régularisations possibles avant même toute étude des dossiers.

Aujourd'hui, les sans-papiers viennent réclamer par la lutte ce qui leur est dû : puisqu'ils travaillent et cotisent ici, puisqu'ils vivent ici, qu'ils soient régularisés !

La CNT est solidaire de cette lutte et exige la libération de notre camarade Cheikne Koita et la régularisation de tous les sans-papiers.

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Mercredi 25 novembre 2009

Quelque 5400 salariés sans papiers étaient toujours en grève aujourd'hui, selon Raymond Chauveau (CGT), l'un des coordinateurs du mouvement entamé le 12 octobre pour obtenir une procédure de régularisation par le travail "sécurisée et standardisée quel que soit le département".

"Deux mille employeurs sont concernés", a-t-il précisé, et les locaux de nombre d'entre eux occupés, notamment des agences d'intérim à Orléans dans le Loiret, Creil et Compiègne dans l'Oise.

Au siège d'un organisme de formation de la restauration, le Fafih, plus de 1400 grévistes se relaient pour occuper en permanence le rez-de-chaussée depuis le 12 octobre, dans le VIIIe arrondissement à Paris.

Le mouvement est soutenu par onze syndicats et associations.

Leur presse (AFP), 25 novembre 2009.
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Mardi 24 novembre 2009
À chacun le sien…

Avant de vous assommer avec des listes fastidieuses de vautours trouvées dans le domaine public (presse, rapports d’ONG, Journal Officiel, tracts, rapport de la Cour des Comptes) et compilées par thème, nous avons décidé de vous engloutir de quelques dates historiques sur la banalité des camps, puis de brèves données juridiques et techniques sur le dispositif actuel.
Nous avons effectué cette petite recherche maintenant, parce qu’il nous semblait notamment important de reprendre le fil d’activités passées (campagne Bouygues en 2003 ou Ibis, pour celleux qui lisent comme nous les vieux papiers), tout en se donnant les possibilités de les dépasser à la fois dans l’espace — par la multiplicité des cibles —, et dans le temps — par leur côté permanent.
Si on veut un prétexte pour s’intéresser de près à la question, précisons simplement que se battre contre la «machine à expulser» peut offrir une perspective commune à beaucoup d’exploités et d’enragés : lutter contre un monde qu’on ne veut pas intégrer et qui nous offre une place toujours plus étroite (à travers des boulots de galériens, des logements pourris, une survie extralégale misérable et l’enfermement) entre le bâton et l’enclume.
Et puis, il y aussi une autre motivation, plus immédiate, pour utiliser cette liste : fin janvier 2010 se tiendra le procès des 10 inculpés de Vincennes, accusés d’avoir cramé le centre de rétention en juin 2008. Et c’est pas tous les jours que brûle entièrement une prison, camarades…
Reprenons l’initiative dès maintenant, et que chacunE ajoute son propre contenu aux actions qu’ille choisira d’entreprendre !


Indymedia Nantes, 20 novembre 2009.
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Mardi 24 novembre 2009
Les travailleurs sans-papiers évacués de la Défense

Plusieurs dizaines de travailleurs sans-papiers occupant le chantier de la tour First à la Défense, dirigé par Bouygues construction, ont été évacués lundi soir.

Les travailleurs sans-papiers qui ont investi lundi après-midi le chantier Bouygues de rénovation de la tour First (ex-tour AXA) à La Défense ont été évacués dans le calme par les forces de l'ordre dans la soirée, a-t-on appris de la CGT et de la préfecture des Hauts-des-Seine.

Environ 300 travailleurs sans papiers avaient déjà occupé le 2 novembre les préfabriqués situés sur ce chantier, avant d'être évacués quelques heures plus tard par les forces de l'ordre.


"Dans les autres sites, les évacuations se font après des décisions des tribunaux. Ici, l'originalité c'est que la demande de Bouygues est immédiatement satisfaite par la préfecture", a souligné un responsable de l'union locale de la CGT à La Défense, Francis Bottalico.

"Le préfet a autorisé le concours de la force publique, à la demande de l'entreprise, car les manifestants ne font pas partie de ses salariés", a répondu la préfecture des Hauts-de-Seine, contactée par l'AFP.


Sur place, plusieurs dizaines de travailleurs sans-papiers s'étaient installés aux abords du chantier et dans des préfabriqués, dans le cadre du mouvement lancé le 12 octobre par la CGT dans toute l'Ile-de-France pour obtenir une régularisation massive de salariés.

Certains ont affirmé à un journaliste de l'AFP, badges à l'appui, qu'ils travaillaient sur le chantier, l'un des plus emblématiques du plan de renouveau de La Défense. Lorsqu'elle sera rénovée, la tour First s'élèvera à 220 mètres de hauteur, soit plus de 80.000 mètres de surfaces de bureaux.


Selon un porte-parole de Bouygues Bâtiment Ile-de-France, l'entreprise "est consciente du fait qu'elle peut être abusée par des travailleurs en situation irrégulière, se faisant embaucher au moyen de faux papiers ou de papiers ne leur appartenant pas".

La société souligne qu'elle "attribue à l'ensemble des personnels de ses chantiers (collaborateurs, sous-traitants et intérimaires) un badge leur permettant d'accéder au chantier" mais que "ce badge n'est en aucun cas une marque d'appartenance à Bouygues Bâtiment Ile-de-France".

Le ministre du Travail, Xavier Darcos, a annoncé que les préfets pourront prononcer la  "fermeture administrative" des entreprises employant des travailleurs sans papiers.

Leur presse (Libération), 24 novembre 2009.
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Lundi 23 novembre 2009

Depuis lundi 26 octobre, notre camarade Koita Cheikne est incarcéré à la prison de Fresnes suite à une rixe contre des vigiles venus casser une grève.

Koita participait depuis le vendredi 23 octobre à l’occupation d’un local de la société ISS (nettoyage) avec une vingtaine de sans-papiers afin de réclamer leur régularisation dans le cadre d’un vaste mouvement de grève des travailleurs sans-papiers. Des vigiles se relayant 24h/24 ont empêché les grévistes de sortir et ont bloqué l’entrée aux nouveaux travailleurs venus rejoindre l’occupation. Le lundi 26 octobre, les grévistes se sont dégagés et ont levé le blocage. La police est arrivée et a arrêté deux vigiles extrêmement violents et Koita, pour l’exemple, l’accusant de violences. Après sa garde à vue, il a été écroué en attendant son procès le 2 décembre.

ISS, comme de nombreuses autres entreprises du nettoyage, du bâtiment, de la restauration, exploite puis licencie ses salariés sans-papiers. Avec ces méthodes, ISS ramasse de nombreux marchés, engrangeant des profits énormes.

Aujourd’hui, les sans-papiers viennent réclamer ce qui leur est dû : puisqu’ils travaillent et cotisent ici, puisqu’ils vivent ici, qu’ils soient régularisés !

La CNT est solidaire de cette lutte et exige la libération de Koita et la régularisation de tous les sans-papiers.

Soutien financier à la grève à envoyer à : CNT Nettoyage, 4, rue de la Martinique, 75018 Paris (chèques à l’ordre de CNT Nettoyage, mention «soutien à la grève des travailleurs sans-papiers» au dos).
Soutien à Koita : Monsieur KOITA Cheikne - Écrou 946499, Maison d’arrêt de Fresnes, 1, allée des Thuyas, 94260 Fresnes.

CNT Nettoyage RP, STE 75 & STE 92, 18 novembre 2009.


ISS : exploitation des sans-papiers et collaboration en rétention

ISS, ce sont des entreprises présentes dans 50 pays dans les secteurs du nettoyage, du nucléaire, du gardiennage, un chiffre d’affaires 8,5 milliards d’euros et 438.000 collaborateurs. ISS c’est aussi une entreprise qui emploie et exploite des centaines de travailleurs sans-papiers en France et a des contrats pour l’entretien et le nettoyage des centres fermés (centres de rétention) en Belgique. À Paris, l’une des agences ISS située dans le 12e arrondissement, est occupée par plusieurs dizaines de travailleurs sans-papiers en grève. Dès le début de l’occupation, des vigiles ont été envoyés pour contrôler l’occupation (contrôle des portes, des entrées et sorties, de l’approvisionnement). Lors d’une tentative de libération du lieu d’occupation un sans-papier gréviste et occupant des lieux a été interpellé et accusé de violences bien que ce soit les vigiles (d’anciens légionnaires entre autres) qui aient sorti des couteaux. aujourd’hui ce sans-papier est en prison, en attente de son procès qui aura lieu le 2 décembre. Le lieu est toujours occupé. En Belgique, plusieurs actions ont lieu contre ISS Cleaning pour dénoncer leur participation au fonctionnement des centres de rétention. (…)

Indymedia Lille, 7 novembre.
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Lundi 23 novembre 2009
5000 travailleurs sans-papiers en grève, Xavier Darcos fait diversion

Alors que 5000 travailleurs sans-papiers — qui cotisent et paient des impôts pour la plupart — sont en grève depuis quatre à cinq semaines en région parisienne, occupants chantiers, restaurants et agences d’intérim pour obtenir un cadre unique et clair de régularisation par le travail, le ministre du Travail fait diversion.

Xavier Darcos vient ainsi de menacer les entreprises dans lesquelles travaillent des sans-papiers de fermeture administrative au prétexte de lutter contre le travail illégal. Les donneurs d’ordre impliqués seront sanctionnés.

Rien que de très normal, mais le lien ainsi fait entre la grève des sans-papiers et le travail au noir n’est pas une coïncidence. Il instille l’idée que les sans-papiers sont les responsables du travail illégal et des fraudes dont ils sont les premières victimes !

En sus, ces déclarations ont une dimension d’avertissement à l’égard des travailleurs sans papiers. N’hésiteront-ils pas à entrer dans le mouvement s’ils savent qu’en se déclarant sans-papiers ils risquent de faire fermer leur entreprise et de priver certains de leur collègues de leur emploi ?

Le travail illégal — non déclaré, sans paiement de cotisations — est un vrai problème, bien plus large que celui de sans-papiers qui eux sont souvent déclarés et paient des impôts.

Ce travail illégal coûte 60 milliards par an à l’État, empêche toute couverture santé ou retraite pour les salariés qui en sont victimes, et prive la Sécurité sociale d’énormes ressources.

C’est justement pour fermer la porte aux employeurs qui sur-exploitent et ne déclarent pas des sans-papiers que les syndicats demandent une régularisation de ces travailleurs : autorisés à travailler légalement, ils peuvent plus facilement refuser le travail au noir et les conditions de travail indignes.

Des négociations sont en cours, elles piétinent depuis 6 semaines. Les organisations et syndicats — CGT, CFDT, FSU, UNSA, Solidaires, Ligue des Droits de l’Homme, Cimade, RESF, Droits devant… — qui soutiennent les demandes de régularisation par le travail estimaient le 18 novembre que «le ministère du Travail doit désormais s’y associer pleinement, puisque les questions posées sont par excellence de sa compétence»…

Viva, 23 novembre 2009.
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Vendredi 20 novembre 2009
Les travailleurs sans papiers déterminés à être régularisés

Ils travaillent dans la restauration, la confection ou le BTP. Depuis un mois et demi, 1433 travailleurs sans papiers occupent le pavé près de la Madeleine. Africains, Chinois, Maghrébins… Ils ont investi le siège du Fonds d’assurance formation de lindustrie hôtelière (Fafih) pour obtenir le droit de rester en France.

Commencé le 12 octobre, le mouvement n
a cessé de samplifier. Daprès les syndicats, il rassemble aujourdhui 5200 grévistes dans plus de 70 sites à travers toute la France. Mille huit cent entreprises seraient touchées. «Et nous sommes chaque jour plus nombreux», senthousiasme Raymond Chauveau de la CGT.

Face à lafflux de travailleurs à la Fafih, chaque communauté a désigné un délégué pour organiser le quotidien. Principal intermédiaire des 1082 travailleurs africains, Koné Faganda, 49 ans, est arrivé en France il y a 8 ans. Plongeur puis commis, il na pas participé au mouvement social de lannée passée. Ce sont des amis qui lui ont parlé de la grève orchestrée par la CGT. «Ici, explique-t-il, il y a un peu de tout : des Maliens, des Mauritaniens, des Sénégalais, des Camerounais… 99% dentre eux travaillent dans la restauration depuis plusieurs années, mais cest la première fois quils font grève.»


«Heureusement, l
’ambiance est bonne»

Depuis le début de loccupation des locaux, la police est venue une dizaine de fois. «Nous sommes juste à côté du commissariat et du ministère de l’Intérieur. Ils ne nous ont pas expulsés, mais ça viendra. En attendant, tout se passe bien», explique Éric Wichegrod, délégué CGT qui a participé au mouvement de 2008. Chaque nuit, un groupe dune vingtaine de grévistes dort sur place. Lespace est exigu, mais la vie en commun réglée comme une partition.

Chaque communauté s
occupe de sa propre intendance. «On se cotise, on passe commande et puis certains dentre nous vont chercher le riz, le poulet et la sauce déjà cuisinés dans les foyers», explique Koné Faganda. Les groupes saccroupissent autour des récipients pour partager le mafé. Au rez-de-chaussé, certains jouent aux cartes, parcourent un livre, partagent une paire découteurs ou un café. Une dizaine de nattes ont été disposées à même le sol pour les plus fatigués. «On na rien d'autres à faire quattendre», explique un Algérien de 41 ans.

L
homme, qui souhaite rester anonyme, vit et travaille en France depuis 6 ans. «Réglo», il a payé ses impôts et cotisé jusquà son licenciement en août. «Le nouveau patron a “découvert” que javais des faux papiers», ironise-t-il. Cest la Cimade qui lui a conseillé de rejoindre les grévistes de la Fafih.  «Cest presque aussi pénible que daller travailler. On se lève tôt, il faut rester sur place jusquà 18 heures, on traîne. Je me sens un peu inutile. Heureusement, lambiance est bonne.»


«Difficile de faire plier un gouvernement»

En 2008, les grévistes occupaient essentiellement leurs entreprises pour faire pression sur leurs patrons. Cette année, le mouvement est plus massif et touche aussi bien la restauration que le BTP, le gardiennage, la confection et les entreprises d
intérim. «On se bat pour être régularisés, mais surtout pour une bonne circulaire (sur la régularisation par le travail)», explique Koné Faganda. Des discussions sont en cours entre le ministère de l’Immigration et les syndicats CGT, CFDT, FSU, UNSA et Solidaires. «Cest plus difficile de faire plier un gouvernement», observe Bernard Rondeau, photographe-militant qui a couvert la grève de lannée dernière et créé un journal pour les travailleurs sans papiers.

À ses côtés, Adama Camarra salue les copains. Ancien gréviste des restaurants Chez Papa, il a été régularisé en 2008. Grand Malien de 35 ans, il est venu aujourd
hui pour soutenir ses camarades. «Je sais que le mouvement est plus rude cette année, dit-il, mais on a servi dexemple. Il faut garder espoir.»

Élise Barthet


Les sans-papiers chinois ont rejoint le mouvement

Il y a un mois, ils étaient une quarantaine. Aujourdhui, ils sont plus de trois cents à avoir quitté leurs restaurants et leurs ateliers de confection pour rejoindre le mouvement de grève des travailleurs sans papiers. Contrairement à lannée passée, ils sont venus en nombre aux côtés des Africains. Installés dans les locaux de la Fafih (Fonds dassurance formation de lindustrie hôtelière), ils se battent pour être régularisés.

À leur tête, une jeune femme frêle au sourire déterminé : Yang Feng Qun. À 35 ans, cette ancienne professeure de chinois originaire du Guangdong, dans le sud du pays, est un peu «la reine de la Fafih». C
est du moins lavis des travailleurs maliens qui sécartent sur son passage avec une affection mêlée de respect. Pourtant, avec ses boucles doreilles, ses ongles soignés et son foulard en lin joliment noué autour du cou, Feng na rien dune pasionaria.


Paradoxalement, c
est son patron qui la mis en contact avec la CGT. Le même patron qui la déclarée et a engagé des démarches auprès de la préfectures pour quelle soit régularisée. Mais les autorités lui ont refusé le titre de séjour et, harcelée par la police, Feng a fini par démissionner. Depuis quatre mois, elle vit de ses économies dans une petite chambre du nord de la capitale. Faute de temps, elle na pas pu apprendre le français. Elle le parle pour dire lessentiel : elle travaille, elle paie des impôts, elle veut des papiers.

D
après une étude menée par Véronique Poisson et Gao Yun pour le BIT (Bureau international du travail) en 2005, les Chinois représentent 12% à 24% de limmigration clandestine en France. Ils seraient environ 50.000 à vivre dans lillégalité, sachant que, chaque année, près de 6000 nouveaux clandestins font leur entrée sur le territoire.


Les femmes mènent la lutte

«Les gens pensent que les Chinois préfèrent se cacher, qu
ils ont peur. Cest vrai que cest dur, mais aujourdhui ils veulent se battre», explique  Lin, une jeune femme franco-chinoise. Proche de Feng, elle est très impressionnée par le courage et la capacité de mobilisation de son amie. «Sans elle, personne ne serait ici. Elle a été la première à rejoindre la grève, la première à envoyer des messages sur des sites Internet en chinois.» Il y a encore un mois, cétait une inconnue. Aujourdhui, ils sont trois cents à ne jurer que par elle.

Comment s
y est-elle pris pour convaincre ses compatriotes de sortir de leur silence ? «En leur disant la vérité, explique Lin. La police française nest pas comme la police chinoise. On nest pas battu, on ne risque rien. Au pire, on va en prison. Mais nous avons le droit de vivre comme tout le monde.»

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Sun Jian Zhong, 31 ans, est l
un des rares hommes à avoir rejoint Feng. «Ici, ce sont les femmes qui mènent la lutte pendant que les maris  travaillent et soccupent des enfants», raconte Éric Wichegrod, délégué CGT. Jian, lui, travaille depuis 6 ans dans un atelier de confection du 19e arrondissement. En Chine, il était ouvrier dans la région de Wenzhou, au sud de Shanghaï. À Paris, il vit seul et assiste Feng à la tête du mouvement.

«Nos dialectes ne sont pas les mêmes. Il y a des gens de plusieurs provinces de Chine. C
est presque plus difficile de nous comprendre que de parler français», explique Jian. Pour faciliter les communications, Yang Feng Qun a près delle une personne de chaque province qui la seconde et transmet les messages. Chaque tract est traduit, chaque réunion résumée. «Ils sont remarquablement organisés», observe Éric Wichegrod. Si jusquici leur situation était tellement précaire quils remplissaient rarement les critères exigés pour la régularisation, lobtention dune circulaire améliorée pourrait changer la donne. «Cest pour ça quils sont prêts à tenir. Ils ne peuvent plus passer leur vie à se cacher», assure Lin.

Élise Barthet


Des travailleuses sans papiers s
invitent au Salon des services à la personne

Elles soccupent de jeunes enfants ou de personnes âgées, font le ménage ou changent les couches. Ces «perles rares» occupent des emplois de confiance dans des centaines de foyers français et cest en toute logique quelles sont allées, vendredi 20 novembre, au Salon des services à la personne, Porte de Versailles, à Paris. Sauf que Rita, Fatima et Aïcha nont pas de papiers. Elles sont venues se faire entendre du secrétaire général à l’Emploi, Laurent Wauquiez.


Difficile d
évaluer leur nombre. Une grosse cinquantaine sont venues à la Porte de Versailles. Lassociation Droits devant!!! qui lutte pour la régularisation des travailleurs sans papiers, est en contact avec plus dune centaine dentre elles mais il ne sagit que de celles qui ont fait la démarche de se montrer au grand jour. Les autres vivent leur situation dans la solitude et avec beaucoup moins de possibilité de se faire entendre que les sans-papiers masculins travaillant dans des entreprises. «On travaille seules chez les gens, explique Fatima. On ne peut pas faire la grève et on reste dans lobscurité.»

La plupart des femmes qui sont venues à cette manifestation sont en France depuis de nombreuses années. Leurs employeurs savent qu
elles nont pas de papiers, mais les promesses dembauches quils leur signent ny font rien. Chaque fois quelles reviennent du travail, elles ont «peur du contrôle», explique Aïcha. Avec pourtant limpression dêtre utiles à leurs employeurs et de faire un travail essentiel.


L
aide à la personne est présentée comme en plein développement jusque dans les discours officiels du gouvernement. Pourtant, contrairement au bâtiment ou à la restauration, elle nest pas considérée comme un secteur «sous tension» et nouvre donc pas de droits à la régularisation. «On ne manque pas de mains», estime Laurent Wauquiez, qui a promis aux femmes sans papiers quil allait étudier leur cas.

Antonin Sabot


Huit étrangers sévadent dun centre de rétention
Huit étrangers en situation irrégulière se sont évadés dans la nuit de jeudi 19 à vendredi 20 novembre du centre de rétention administrative de Palaiseau (Essonne), et lun deux a été interpellé vendredi matin, a-t-on appris de source judiciaire.
Vers minuit et demi, ils ont réussi à séchapper du premier étage, doù ils sont descendus grâce à un drap, après avoir démonté le grillage dune fenêtre, selon cette source, confirmant une information du Parisien.fr. Il sagirait de deux Roumains, deux Marocains, trois Algériens et un Burkinabé, âgés de 24 à 44 ans.
Selon une source proche du dossier, un audit sur la sécurité du centre avait été effectué, et le responsable du centre avait alerté très récemment les autorités compétentes, à savoir la préfecture, de la nécessité deffectuer des travaux de sécurisation. Les huit sans-papiers auraient également pu profiter du fait quils se trouvaient dans une zone qui nétait pas éclairée, a-t-on précisé de source judiciaire.

Leur presse (Le Monde), 20 novembre 2009.


Toumani Traoré, neuf ans de travail sans papiers, réclame sa régularisation

Neuf ans ! Neuf ans que Toumani Traoré travaille, sous un nom demprunt, pour la même entreprise de BTP, ADEC, filiale du groupe Sageret. Neuf ans quil est rémunéré par la même société dintérim, Synergie, et touche le même salaire mensuel, 1260 euros net. Rémunéré mais sans contrat de travail : Toumani nen a jamais signé bien quil cotise et paye des impôts. Comme tous ces travailleurs sans-papiers qui sont déjà dans leur sixième semaine de grève pour obtenir leur régularisation.

Les discussions sur une nouvelle circulaire de régularisation par le travail progressent entre le ministère de l
’Immigration et les syndicats CGT, CFDT, FSU, UNSA et Solidaires. Dans un «document de synthèse» du 16 novembre, les syndicats qui soutiennent le mouvement de grève des travailleurs sans papiers notent des «avancées» jugées encore «très insuffisantes». Le ministère veut étendre la possibilité de régularisation de 30 métiers à la liste des 150 ouverts aux ressortissants de lUnion européenne. Mais cette possibilité serait subordonnée à la situation «trimestrielle» de lemploi dans les régions. «Les salariés sans papiers ne sont pas des nouveaux arrivants, ils sont pris en compte dans les statistiques de lemploi», objectent les syndicats.

En 2008, un premier mouvement de grève s
était soldé par louverture de 2500 procédures de régularisation. Trop peu pour les syndicats qui soutiennent le nouveau mouvement, lancé le 12 octobre. Celui-ci na cessé de samplifier en Ile-de-France, touchant aujourdhui 1800 sociétés dintérim et entreprises de la restauration, du BTP, de la propreté et du gardiennage. Porté à lorigine par des sans-papiers africains, le mouvement, qui réunit près de 5200 travailleurs, est de plus en plus rejoint par des Chinois.

C
est à peine arrivé, début 2001, de son Mali natal, un visa de tourisme en poche, que Toumani Traoré, alors âgé de 19 ans, a appris par des camarades que la société ADEC cherchait des bras. Il se présente sur un des chantiers de lentreprise et est aussitôt enrôlé, sans plus de questions. Le soir même, le chef de chantier, satisfait de son travail, lui indique la société dintérim Synergie qui doit lui remettre «une feuille dhoraires». À aucun moment, on ne lui demande de préciser son statut administratif. Depuis, il fait consigner chaque jour ses heures travaillées par son chef déquipe : il ramène tous les vendredis à Synergie cette feuille dûment remplie pour toucher sa paie.

Ses semaines de travail varient de 35 à 43 heures. Mais même s
’il y ajoute un maximum dheures supplémentaires, cela ne lui permet guère de gagner que 15 euros de plus par semaine. «On nous paye 5 euros lheure supplémentaire et jamais plus de trois, même si on en fait plus», explique Toumani, dont le salaire de base na jamais été augmenté en neuf ans.

Pourtant, il a progressé. Ayant commencé comme simple ouvrier à ramasser les gravats, il est aujourd
hui «chalumiste» et conducteur dengin. Métier quil a appris sur le tas, n’ayant jamais bénéficié daucune formation. «Je conduis des pelles de 5 tonnes et des bobcats (pelleteuses) mais sans avoir le permis spécial.»

Quand il fait de la soudure, il n'est pas davantage équipé des gants, lunettes et masque requis par la réglementation. «Les seules fois où l
on nous en donne, dit-il, cest lorsque linspection du Travail vient sur le chantier. Si lun de nous a un accident, le chef le dépose à lhôpital et lui dit “à toi de te débrouiller !” Et quand il veut reprendre le travail, il ny a plus de boulot pour lui.»

Toumani affirme avoir «de la chance», n
ayant jamais eu ni accident ni été congédié, même pour une semaine. «Depuis 2001, jai toujours eu du boulot douze mois sur douze», relève-t-il. «Cest de lesclavage moderne. Mais on na pas le choix et on assume pour faire vivre la famille», explique-t-il avec amertume. Parti du Mali à la suite du décès de son père, Toumani, premier des garçons dune fratrie de sept enfants, envoie tous les mois à sa famille 400 euros.

Il assume. Mais cette fois, Toumani Traoré et 61 autres de ses collègues ont dit stop. Ils ont décidé de se mettre en grève et d
occuper leur chantier du moment, un ancien bâtiment du ministère des Affaires étrangères du 16e arrondissement de Paris, réhabilité pour devenir un hôtel de luxe. Au prétexte dun début dincendie, lentreprise a bien essayé, le 24 octobre, de les évacuer, en faisant intervenir pompiers et forces de lordre. En vain. Le soir même, ils réinvestissaient les lieux en passant par une fenêtre laissée entrouverte.

Sur quelque 70 sites déjà occupés par les grévistes, plus d
une trentaine ont été évacués par les forces de lordre, par voie de référés, astreintes financières ou ordonnances dévacuation. «Parfois, sur simple appel du chef dentreprise, sans quaucune décision de justice nait été prise, comme le chantier Bouygues de la tour First (ancienne tour Axa) à la Défense», relève Raymond Chauveau de la CGT. Mais ces opérations de police nentament pas la volonté des grévistes qui vont immédiatement occuper un autre site.

Comme tous les grévistes, Toumani Traoré est déterminé à maintenir la pression jusqu
à ce quune nouvelle circulaire édite des critères clairs de régularisation. Il veut obtenir de sa société de BTP, ADEC, ce quelle a jusquici toujours refusé : une promesse officielle dembauche, soit le sésame pour la régularisation qui lui permettrait davoir «enfin un vrai emploi avec (son) vrai nom».

Leur presse (Laetitia Van Eeckhout, Le Monde), 19 novembre.
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Vendredi 20 novembre 2009
Huit sans-papiers s’évadent de rétention

Huit étrangers en situation irrégulière se sont évadés dans la nuit du centre de rétention administrative (Cra) de Palaiseau (Essonne), et lun deux a été interpellé vendredi matin, a-t-on appris de source judiciaire, confirmant une information du parisien.fr.

Vers 0H30, ils ont réussi à «forcer une fenêtre» du premier étage, d
où ils sont descendus grâce à un drap. Selon le parisien.fr, ils auraient réussi à dévisser la grille de protection pour senfuir.

Ils auraient également pu profiter du fait qu
ils se trouvaient dans une zone qui nétait pas éclairée, a-t-on précisé de source judiciaire. Lun des évadés a été interpellé vers 8H00 à Beauvais (Oise) et placé en garde à vue.

Leur presse (AP), 20 novembre 2009.
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Mardi 17 novembre 2009
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Vendredi 13 novembre 2009

Depuis le 12 octobre dernier, des milliers de sans-papiers occupent leur société et les fédérations patronales dont ils dépendent, soulevant de nouveau le couvercle après les premières vagues de grève de 2008. Restauration, nettoyage, BTP, gardiennage ils sont la force vive de la plupart des travaux non qualifiés qui ont été la cible première des grandes restructurations du monde du travail : temps partiels, sous-traitance, intérim. Étranglés par la peur quotidienne de la chasse et de l’arrestation, exploités par les propriétaires ou leurs hébergeurs, le lieu de travail se retrouve bien souvent un lieu de repli et d’isolement laissant place à un arbitraire patronal total. L’emploi de travailleurs sans-papiers c’est la garantie pour les patrons, de s’accaparer toujours plus de plus-value.

C’est toute l’économie qui repose sur le travail des sans papiers !

Employés pour beaucoup par des société de sous-traitance, ils se trouvent au cœur du marchandage organisé entre ces sociétés et d’autres plus grandes soucieuses de préserver leur réputation : entreprises publiques (SNCF, RATP…), grandes sociétés du bâtiment (Vinci, Bouygues). Les lois sanctionnant les donneurs d’ordre se révèlent bien souvent être des coquilles vides, renvoyant au constat qu’une grande partie de l’économie repose sur le travail des salariés sans titres.

Quatre fois plus nombreux que lors des grèves de 2008 (ils sont actuellement 4600), les grévistes partent du constat que seul le rapport de force — grèves et occupation — permettra de massives régularisations et des conditions de travail plus dignes. Dénonçant l’arbitraire préfectoral et les verrous sur les régularisations qui ont suivi les vagues de grève, le mouvement a pour objectif d’imposer une circulaire qui permette à toutes et tous la régularisation dès le moment où l’on travaille (déclaré ou non). Ce n’est plus seulement le patronat qui est visé comme lors des deux premières vagues en 2008, mais bien l’État, mettant à jour la proximité entre celui-ci et les intérêts patronaux.

Se réapproprier la loi pour imposer un rapport de force

Ce mouvement porté par un front syndical large est l’exemple d’un rapport de force où la stratégie consiste à réinvestir un cadre de loi (l’article 40 de la loi Hortefeux de novembre 2007) permettant la régularisation des travailleurs sous condition de la «bienveillance de l’employeur») pour le déborder et l’entraîner vers une plus grande émancipation des travailleurs. La clémence de l’employeur, demandée dès le départ pour la régularisation, est alors retournée par le rapport de force imposé face au patron, les contraignant à faire pression à leur tour sur l’État et ses pendants, les préfectures.

La décision du conseil d’État d’annuler la circulaire de janvier 2008 qui impose une liste de 30 métiers conditionnant la régularisation, fait état du rapport de force imposé par les luttes actuelles : jamais les luttes de sans-papiers ne sont allées aussi loin dans le rapport de force. L’enjeu de ce mouvement loin de susciter émotion, charité ou élan humanitaire est de s’affirmer en tant que travailleur, s’inscrivant dans de réelles perspectives de lutte des classes. La vague de politisation qui a suivi les premières grèves a permis de mettre en place les bases de la démocratie directe dans les piquets de grève : gestion collective des caisses de soutien, des plannings et des stratégies de visibilité, des piquets de grèves, gestions et décisions collectives des besoins de chacun et des modes d’occupation. Leur grève est un exemple pour tous les travailleurs, elle démontre les résistances et la combativité des plus exploités de la classe ouvrière.

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Mercredi 11 novembre 2009
À Lyon comme ailleurs, régularisation des travailleurs sans-papiers

Alors que plus de 5000 travailleurs sans-papiers sont en grève depuis plusieurs semaines en Ile-de-France pour obtenir leur régularisation, ce mercredi 11 novembre des militants du syndicat CNT Interco et de l’Union départementale du Rhône de la CNT se sont rassemblés devant le restaurant «La Route des Pâtes», rue Mercière pour réclamer la régularisation d’un salarié travailleur sans-papier de l’entreprise.

Celui-ci travaille depuis 5 ans dans l’établissement et est présent en France depuis 10 ans. Il a décidé de porter le problème sur la place publique pour défendre ses conditions de travail, réclamer sa régularisation et l’application du droit du travail.

Après une heure et demie de négociation, un accord a été trouvé avec l’employeur qui s’est engagé à faire toutes les démarches nécessaires pour obtenir sa régularisation. Cette action montre l’intérêt de se mobiliser dans toutes les luttes.

La solidarité des travailleurs finira par payer !



Texte du tract distribué :

Aujourd’hui, mercredi 11 novembre 2009, le syndicat CNT Interco 69 a décidé d’occuper le restaurant «La Route des Pâtes», 49 rue Mercière à Lyon, en soutien à l’un de ses syndiquéEs, commis de cuisine dans le restaurant. Depuis 5 ans il travaille là, sans-papiers.

Aujourd’hui il a décidé de sortir de l’ombre et de lutter pour sa régularisation et pour de meilleures conditions de travail. Il rejoint ainsi les quelques 5000 travailleurs sans-papiers d’Ile de France en grève depuis plusieurs semaines dans les restaurants, les entreprises de nettoyage, sur les chantiers du BTP, etc. Plus largement, leur lutte rejoint celle de toutes les travailleuses et travailleurs, avec ou sans-papiers, qui se battent pour leur dignité et pour défendre leurs intérêts de salariés face à des patrons sans scrupule !


Refusons l’hypocrisie

L’État présente les sans-papiers comme des clandestins et des profiteurs et veut en faire les boucs émissaires de la crise. Alors qu’ils produisent des richesses, qu’ils travaillent, qu’ils cotisent aux différentes caisses de sécurité sociales et d’assurances chômage mais n’en bénéficient pas. Les patrons et les politiciens qui les servent tiennent un discours qui vise à diviser les travailleurs, en opposant travailleurs français et immigrés, avec et sans-papiers.

Alors que ce sont les patrons qui licencient ! Ce sont les patrons qui précarisent ! Ce sont les patrons qui baissent ou gèlent les salaires ! Cela pour empocher des profits. C’est contre eux et leur politique qu’il faut lutter, pas contre nos camarades travailleurs sans-papiers !


Patrons et politiciens font croire que la politique de répression de l’immigration préserve les travailleurs français de la prétendue concurrence des travailleurs migrants. En réalité, cette politique ne fait que sur-précariser les travailleurs migrants. C’est de cette situation de précarité que profitent les patrons pour imposer des horaires et des conditions de travail indignes, illégales, en tirant ainsi la situation de tous les travailleurs vers le bas.

C’est donc au contraire la régularisation des travailleurs sans-papiers : qui cassera cette dynamique de nivellement vers le bas qui créera les conditions d’une lutte commune de tous les travailleurs afin de stopper la politique de régression sociale menée par le patronat.

Soutenez la lutte des travailleurEs sans-papiers !
Défendez vos intérêts de travailleurs !
Prenez contact avec les syndicats.

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Mercredi 11 novembre 2009
«À bas la France !»

Le ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale vient d’annoncer l’ouverture d’un «grand débat sur les valeurs de l’identité nationale» qui «devra permettre de valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale à chaque étape du parcours d’intégration». Le sujet étant de retour sur le devant de la scène politique et médiatique, nous publions deux extraits de textes qui nous semblent constituer des pièces importantes à verser au dossier. D’abord, des notes rédigées par Guy Debord en 1985 sur «la question des immigrés». Ensuite un épisode de l’histoire du surréalisme relaté par Maurice Nadeau.

Guy Debord :

«Tout est faux dans la “question des immigrés”, exactement comme dans toute question ouvertement posée dans la société actuelle ; et pour les mêmes motifs : l’économie — c’est-à-dire l’illusion pseudo-économique — l’a apportée, et le spectacle l’a traitée …

 » Faut-il donc les assimiler ou “respecter les diversités culturelles” ? Inepte faux choix. Nous ne pouvons plus assimiler personne : ni la jeunesse, ni les travailleurs français, ni même les provinciaux ou vieilles minorités ethniques (Corses, Bretons, etc.) car Paris, ville détruite, a perdu son rôle historique qui était de faire des Français. Qu’est-ce qu’un centralisme sans capitale ? …

 » La diffusion du spectacle concentré ne peut uniformiser que des spectateurs …

 » On se gargarise, en langage simplement publicitaire, de la riche expression de “diversités culturelles”. Quelles cultures ? Il n’y en a plus. Ni chrétienne ni musulmane ; ni socialiste ni scientiste. Ne parlez pas des absents. Il n’y a plus, à regarder un seul instant la vérité et l’évidence, que la dégradation spectaculaire-mondiale (américaine) de toute culture …

 » Certains mettent en avant le critère de “parler français”. Risible. Les Français actuels le parlent-ils ? Est-ce du français que parlent les analphabètes d’aujourd’hui, ou Fabius (“Bonjour les dégâts !”) ou Françoise Castro (“Ça t’habite ou ça t’effleure ?”), ou B.-H. Lévy ? Ne va-t-on pas clairement, même s’il n’y avait aucun immigré, vers la perte de tout langage articulé et de tout raisonnement ? …

 » Ici, nous ne sommes plus rien : des colonisés qui n’ont pas su se révolter, les béni-oui-oui de l’aliénation spectaculaire. Quelle prétention, envisageant la proliférante présence des immigrés de toutes couleurs, retrouvons-nous tout à coup en France, comme si l’on nous volait quelque chose qui serait encore à nous ? Et quoi donc ? Que croyons-nous, ou plutôt que faisons-nous encore semblant de croire ? C’est une fierté pour leurs rares jours de fête, quand les purs esclaves s’indignent que des métèques menacent leur indépendance ! …

 » Et tous collaborent pour considérer cette question comme si elle était la plus brûlante, presque la seule, parmi tous les effrayants problèmes qu’une société ne surmontera pas. Le ghetto du nouvel apartheid spectaculaire, il est déjà là, dans la France actuelle : l’immense majorité de la population y est enfermée et abrutie …

 » Il vivra des gens sur la surface de la Terre, et ici même, quand la France aura disparu. Le mélange ethnique qui dominera est imprévisible, comme leurs cultures, leurs langues mêmes. On peut affirmer que la question centrale, profondément qualitative, sera celle-ci : ces peuples futurs auront-ils dominé, par une pratique émancipée, la technique présente, qui est globalement celle du simulacre et de la dépossession ? Ou, au contraire, seront-ils dominés par elle d’une manière encore plus hiérarchique et esclavagiste qu’aujourd’hui ? Il faut envisager le pire, et combattre pour le meilleur. La France est assurément regrettable. Mais les regrets sont vains.»

[Guy Debord, Notes sur la «question des immigrés»,
Œuvres, p. 1588
]

Le 2 juillet 1925, un banquet en l’honneur de Saint-Pol-Roux deviendra le théâtre d’un épisode important de l’histoire du surréalisme, relaté par Maurice Nadeau :

«Au cours du banquet, Rachilde se laisse aller à dire, répétant les termes d’une interview donnée précédemment, et assez fort pour que toute l’assemblée l’entendît, “qu’une Française ne peut pas épouser un Allemand”. Or, les surréalistes étaient à ce moment fort amoureux de l’Allemagne ; d’abord parce que ce pays représentait pour les bourgeois français l’ennemi héréditaire incomplètement vaincu que les chaînes du traité de Versailles n’empêchaient pas de vouloir se relever, le mauvais payeur des Réparations que Poincaré avait exaspéré en occupant la Ruhr, ensuite parce qu’il était, selon Desnos, de ces forces à l’Orient qu’on appelait à détruire la civilisation occidentale, enfin parce que, comme l’avait dit Aragon : “Nous sommes ceux-là qui donneront toujours la main à l’ennemi.” À la suite de la déclaration de Rachilde, André Breton se lève, très digne, et fait remarquer à Mme Rachilde que le propos qu’elle tient est injurieux pour son ami Max Ernst, justement invité à ce banquet.

 » Soudain un fruit, lancé par on ne sait qui, vola dans les airs et vint s’écraser sur la personne d’un officiel, tandis que des cris : “Vive l’Allemagne !” étaient vociférés. Le tumulte devient bientôt général et tourne à la bagarre. Philippe Soupault suspendu au lustre dont il se sert comme d’une balançoire, renverse du pied plats et bouteilles sur les tables. Au dehors, les badauds s’attroupent. Les coups tombent de droite et de gauche. Rachilde prétendra plus tard qu’elle fut frappée d’un coup de pied au ventre par un grand escogriffe à l’accent tudesque (elle voulait naturellement désigner Max Ernst lui-même) …

 » L’occasion est trop bonne de réduire à néant ces “provocateurs surréalistes”. Et comme on n’en peut venir à bout, on a recours aux défenseurs naturels de la poésie bafouée : les policiers, à qui on désigne ceux qu’il faut passer à tabac. Tandis qu’on entend les cris : “Vive l’Allemagne ! Vive la Chine ! Vive les Riffains !”, Michel Leiris, ouvrant une fenêtre qui donne sur le boulevard, crie à pleins poumons : “À bas la France !” Invité par la foule à venir s’expliquer, il ne s’en fait pas faute : la bagarre continue sur le boulevard du Montparnasse. Leiris continuant à défier la police et la foule, manque d’être lynché. Emmené au commissariat, il y est copieusement rossé. Le scandale fut énorme. Les journaux, avec ensemble, crièrent haro ! sur les surréalistes …

 » Les surréalistes ne s’en tinrent pas là. Ils publiaient en même temps la “Lettre ouverte à Paul Claudel, ambassadeur de France”. Son Excellence, en effet, dans une interview à Comœdia, n’avait rien trouvé de mieux que de traiter l’activité surréaliste de “pédérastique”, ajoutant, détail inattendu dans ce débat, qu’il avait bien mérité de la patrie pour avoir, durant la guerre, permis la vente par l’Amérique de “grosses quantités de lard” à la France en guerre. La réponse fut virulente : “… Nous saisissons cette occasion pour nous désolidariser publiquement de tout ce qui est français en paroles et en actions. Nous déclarons trouver la trahison et tout ce qui, d’une façon ou d’une autre, peut nuire à la sûreté de l’État plus conciliables avec la poésie que la vente de «grosses quantités de lard» pour le compte d’une nation de porcs et de chiens…”»

[Maurice Nadeau, Histoire du surréalisme, p. 79-812]

Relectures, 27 octobre 2009.
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Lundi 9 novembre 2009

Hortefeux vient de lancer un débat pour définir «que veut dire être Français». Le fait que le pouvoir pose la question a un seul sens : posséder la carte d’identité nationale suffit pour être Français pour un Blanc mais pas pour un non-Blanc. Pareil avec le fichier «nouvel Edvige» : le pouvoir, sous la forme camouflée de «l’origine géographique», officialise le fichage racial et/ou social. Exemple : un Blanc originaire du 93 pourra être fiché comme habitant du «93» avec tout ce qui va avec pour l’État : pauvre, criminel, dealer en puissance, un Noir du 93 sera fliqué de la même manière, mais en plus, lui il sera stigmatisé comme venant d’Afrique, des Antilles… Après la double peine, c’est le double fichage.

On est donc repartis pour un tour de manège et dans le rôle de l’occupant de l’auto-tamponneuse le bon vieux peuple français à qui le gouvernement jette des jetons pour mieux tamponner l’immigré pieds et poings liés au milieu de la piste. Quelle triste époque de voir cette peste brune digne des devises pétainistes «Travail, Famille, Patrie» s’insérer dans les esprits sans réaction que ce soit de civils ou d’organisations politiques. Mais cette peste s’inscrit plus largement dans un plan des nations blanches qui veulent récupérer et nettoyer leurs territoires trop longtemps «souillés» par des hordes d’immigrés réputés «incivilisables» et pas assez clairs dans la déco locale.

Pour rafraîchir les mémoires à ceux qui croient que tout ceci n’est qu’une histoire de race, d’ethnie et de religion et qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez : ces hommes et ces femmes ont eu un droit d’entrée sur le territoire français non pas par la générosité de la France mais juste par intérêt du patronat de ces pays qui, à la sortie de 2e Guerre mondiale, avait besoin d’hommes et de femmes corvéables à merci et sous payés pour les exploiter en leur faisant subir une double oppression : sociale et raciale. Mais les Trente Glorieuses, comme le monde ouvrier et ses usines c’est fini donc que faire de ces populations qui font tâche dans le décor national, de cette génération née sur ce territoire le cul entre deux chaises ne sachant même pas choisir entre larbinage républicain ou port de tee-shirts à l’effigie de pays qu’elle ne connaît pas du genre «Algérie forever» ? Il est temps de laisser ces Blancs dans leur névrose et leur peur et que les immigrés organisent eux-même un contre-débat sur leur situation, qu’ils disent à tout le monde leurs exigences face à la montée des idées et des actes réactionnaires. Il est temps de s’organiser et de dire au bon vieux peuple français accepte nous comme nous sommes avec nos qualités et nos défauts et… tournons-nous, ensemble, contre nos ennemis.

Résistons ensemble no 80, novembre 2009
Contre les violences policières et sécuritaires.

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