Vendredi 27 novembre 2009
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Mercredi 25 novembre 2009

Quelque 5400 salariés sans papiers étaient toujours en grève aujourd'hui, selon Raymond Chauveau (CGT), l'un des
coordinateurs du mouvement entamé le 12 octobre pour obtenir une procédure de régularisation par le travail "sécurisée et standardisée quel que soit le département".
"Deux mille employeurs sont concernés", a-t-il précisé, et les locaux de nombre d'entre eux occupés, notamment des agences d'intérim à Orléans dans le Loiret, Creil et Compiègne dans l'Oise.
Au siège d'un organisme de formation de la restauration, le Fafih, plus de 1400 grévistes se relaient pour occuper en permanence le rez-de-chaussée depuis le 12 octobre, dans le VIIIe
arrondissement à Paris.
Le mouvement est soutenu par onze syndicats et associations.
Leur presse (AFP), 25 novembre 2009.
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Vendredi 20 novembre 2009
Les travailleurs sans papiers déterminés à être
régularisés
Ils travaillent dans la restauration, la confection ou le BTP. Depuis un mois et demi, 1433 travailleurs sans
papiers occupent le pavé près de la Madeleine. Africains, Chinois, Maghrébins… Ils ont investi le siège du Fonds d’assurance formation de l’industrie hôtelière (Fafih) pour obtenir
le droit de rester en France.
Commencé le 12 octobre, le mouvement n’a cessé de s’amplifier. D’après les syndicats, il rassemble aujourd’hui 5200 grévistes dans plus de 70 sites à travers toute la France. Mille huit cent
entreprises seraient touchées. «Et nous sommes chaque jour plus nombreux», s’enthousiasme Raymond Chauveau de la CGT.
Face à l’afflux de travailleurs à la Fafih, chaque communauté a désigné un délégué pour
organiser le quotidien. Principal intermédiaire des 1082 travailleurs africains, Koné Faganda, 49 ans, est arrivé en France il y a 8 ans. Plongeur puis commis, il n’a pas participé au mouvement social de
l’année passée. Ce
sont des amis qui lui ont parlé de la grève orchestrée par la CGT. «Ici, explique-t-il, il y a un peu de tout : des Maliens, des Mauritaniens, des Sénégalais, des Camerounais… 99%
d’entre eux
travaillent dans la restauration depuis plusieurs années, mais c’est la première fois qu’ils font grève.»
«Heureusement, l’ambiance est bonne»
Depuis le début de l’occupation des locaux, la police est venue une dizaine de fois. «Nous sommes juste à
côté du commissariat et du ministère de l’Intérieur. Ils ne nous ont pas expulsés, mais ça viendra. En attendant, tout se passe bien», explique Éric Wichegrod, délégué CGT qui
a participé au mouvement de 2008. Chaque nuit, un groupe d’une vingtaine de grévistes dort sur place. L’espace est exigu, mais la vie en commun réglée comme une partition.
Chaque communauté s’occupe de sa propre intendance. «On se cotise, on passe commande et puis certains d’entre nous vont chercher le riz, le poulet et la sauce déjà cuisinés dans les foyers»,
explique Koné Faganda. Les groupes s’accroupissent autour des récipients pour partager le mafé. Au rez-de-chaussé, certains jouent aux cartes, parcourent un livre, partagent une paire d’écouteurs ou un café. Une dizaine de nattes
ont été disposées à même le sol pour les plus fatigués. «On n’a rien d'autres à faire qu’attendre», explique un Algérien de 41 ans.
L’homme, qui
souhaite rester anonyme, vit et travaille en France depuis 6 ans. «Réglo», il a payé ses impôts et cotisé jusqu’à son licenciement en août. «Le nouveau patron a “découvert” que
j’avais des faux
papiers»,
ironise-t-il. C’est
la Cimade qui lui a conseillé de rejoindre les grévistes de la Fafih. «C’est presque aussi pénible que d’aller travailler. On se lève tôt, il faut rester sur place
jusqu’à 18 heures,
on traîne. Je me sens un peu inutile. Heureusement, l’ambiance est bonne.»
«Difficile de faire plier un gouvernement»
En 2008, les grévistes occupaient essentiellement leurs entreprises pour faire pression sur leurs patrons. Cette année, le mouvement est plus massif et touche aussi bien la restauration que le
BTP, le gardiennage, la confection et les entreprises d’intérim. «On se bat pour être régularisés, mais surtout pour une bonne circulaire (sur la régularisation par le travail)», explique
Koné Faganda. Des discussions sont en cours entre le ministère de l’Immigration et les syndicats CGT, CFDT, FSU, UNSA et Solidaires. «C’est plus difficile de faire plier un
gouvernement», observe Bernard Rondeau, photographe-militant qui a couvert la grève de l’année dernière et créé un journal pour les travailleurs sans papiers.
À ses côtés, Adama Camarra salue les copains. Ancien gréviste des restaurants Chez Papa, il a été régularisé en 2008. Grand Malien de 35 ans, il est venu aujourd’hui pour soutenir ses camarades. «Je sais
que le mouvement est plus rude cette année, dit-il, mais on a servi d’exemple. Il faut garder espoir.»
Les sans-papiers chinois ont rejoint le mouvement
Il y a un mois, ils étaient une quarantaine. Aujourd’hui, ils sont plus de trois cents à avoir
quitté leurs restaurants et leurs ateliers de confection pour rejoindre le mouvement de grève des travailleurs sans papiers. Contrairement à l’année passée, ils sont venus en nombre aux
côtés des Africains. Installés dans les locaux de la Fafih (Fonds d’assurance formation de l’industrie hôtelière), ils se battent pour être régularisés.
À leur tête, une jeune femme frêle au sourire déterminé : Yang Feng Qun. À 35 ans, cette ancienne professeure de chinois originaire du Guangdong, dans le sud du pays, est un peu «la reine de la
Fafih». C’est du
moins l’avis des
travailleurs maliens qui s’écartent sur son passage avec une affection mêlée de respect. Pourtant, avec ses boucles d’oreilles, ses ongles soignés et son foulard en lin joliment noué autour du cou, Feng
n’a rien
d’une
pasionaria.
Paradoxalement, c’est son patron qui l’a mis en contact avec la CGT. Le même patron qui l’a déclarée et a engagé des démarches auprès de la préfectures pour
qu’elle soit
régularisée. Mais les autorités lui ont refusé le titre de séjour et, harcelée par la police, Feng a fini par démissionner. Depuis quatre mois, elle vit de ses économies dans une petite chambre
du nord de la capitale. Faute de temps, elle n’a pas pu apprendre le français. Elle le parle pour dire l’essentiel : elle travaille, elle paie des impôts, elle veut des papiers.
D’après une étude
menée par Véronique Poisson et Gao Yun pour le BIT (Bureau international du travail) en 2005, les Chinois représentent 12% à 24% de l’immigration clandestine en France. Ils
seraient environ 50.000 à vivre dans l’illégalité, sachant que, chaque année, près de 6000 nouveaux clandestins font leur entrée sur le territoire.
Les femmes mènent la lutte
«Les gens pensent que les Chinois préfèrent se cacher, qu’ils ont peur. C’est vrai que c’est dur, mais aujourd’hui ils veulent se battre», explique Lin, une jeune femme franco-chinoise. Proche
de Feng, elle est très impressionnée par le courage et la capacité de mobilisation de son amie. «Sans elle, personne ne serait ici. Elle a été la première à rejoindre la grève, la première à
envoyer des messages sur des sites Internet en chinois.» Il y a encore un mois, c’était une inconnue. Aujourd’hui, ils sont trois cents à ne jurer que par
elle.
Comment s’y
est-elle pris pour convaincre ses compatriotes de sortir de leur silence ? «En leur disant la vérité, explique Lin. La police française n’est pas comme la police chinoise. On
n’est pas battu, on
ne risque rien. Au pire, on va en prison. Mais nous avons le droit de vivre comme tout le monde.»
Sun Jian Zhong, 31 ans, est l’un des rares hommes à avoir rejoint Feng. «Ici, ce sont les femmes qui mènent la lutte pendant que les maris travaillent et s’occupent des enfants», raconte Éric
Wichegrod, délégué CGT. Jian, lui, travaille depuis 6 ans dans un atelier de confection du 19e arrondissement. En Chine, il était ouvrier dans la région de Wenzhou, au sud de Shanghaï. À Paris,
il vit seul et assiste Feng à la tête du mouvement.
«Nos dialectes ne sont pas les mêmes. Il y a des gens de plusieurs provinces de Chine. C’est presque plus difficile de nous comprendre que de parler français», explique Jian.
Pour faciliter les communications, Yang Feng Qun a près d’elle une personne de chaque province qui la seconde et transmet les messages. Chaque tract est traduit, chaque réunion résumée. «Ils
sont remarquablement organisés», observe Éric Wichegrod. Si jusqu’ici leur situation était tellement précaire qu’ils remplissaient rarement les critères exigés pour la régularisation,
l’obtention
d’une circulaire
améliorée pourrait changer la donne. «C’est pour ça qu’ils sont prêts à tenir. Ils ne peuvent plus passer leur vie à se cacher», assure Lin.
Des travailleuses sans papiers s’invitent au Salon des services à la
personne
Elles s’occupent de jeunes enfants ou de personnes âgées, font le ménage ou changent les
couches. Ces «perles rares» occupent des emplois de confiance dans des centaines de foyers français et c’est en toute logique qu’elles sont allées, vendredi 20 novembre,
au Salon des services à la personne, Porte de Versailles, à Paris. Sauf que Rita, Fatima et Aïcha n’ont pas de papiers. Elles sont venues se faire entendre du secrétaire général à
l’Emploi, Laurent
Wauquiez.
Difficile d’évaluer
leur nombre. Une grosse cinquantaine sont venues à la Porte de Versailles. L’association Droits devant!!! qui lutte pour la régularisation des travailleurs sans papiers, est en contact avec plus
d’une centaine
d’entre elles mais
il ne s’agit que de
celles qui ont fait la démarche de se montrer au grand jour. Les autres vivent leur situation dans la solitude et avec beaucoup moins de possibilité de se faire entendre que les sans-papiers
masculins travaillant dans des entreprises. «On travaille seules chez les gens, explique Fatima. On ne peut pas faire la grève et on reste dans l’obscurité.»
La plupart des femmes qui sont venues à cette manifestation sont en France depuis de nombreuses années. Leurs employeurs savent qu’elles n’ont pas de papiers, mais les promesses
d’embauches
qu’ils leur signent
n’y font rien.
Chaque fois qu’elles reviennent du travail, elles ont «peur du contrôle», explique Aïcha. Avec pourtant l’impression d’être utiles à leurs employeurs et de faire un travail essentiel.
L’aide à la
personne est présentée comme en plein développement jusque dans les discours officiels du gouvernement. Pourtant, contrairement au bâtiment ou à la restauration, elle n’est pas considérée comme un secteur «sous
tension» et n’ouvre
donc pas de droits à la régularisation. «On ne manque pas de mains», estime Laurent Wauquiez, qui a promis aux femmes sans papiers qu’il allait étudier leur cas.
Huit étrangers s’évadent
d’un centre de rétention
Huit étrangers en situation irrégulière se sont évadés dans la nuit de jeudi 19 à vendredi 20 novembre du centre de
rétention administrative de Palaiseau (Essonne), et l’un d’eux a été interpellé vendredi matin, a-t-on appris de source judiciaire.
Vers minuit et demi, ils ont réussi à s’échapper du premier étage, d’où ils sont descendus grâce à un drap,
après avoir démonté le grillage d’une fenêtre, selon cette source, confirmant une information du Parisien.fr. Il s’agirait de deux Roumains, deux Marocains, trois Algériens et un Burkinabé, âgés de 24
à 44 ans.
Selon une source proche du dossier, un audit sur la sécurité du centre avait été effectué, et le responsable du
centre avait alerté très récemment les autorités compétentes, à savoir la préfecture, de la nécessité d’effectuer des travaux de sécurisation. Les huit sans-papiers auraient également pu
profiter du fait qu’ils se trouvaient dans une zone qui n’était pas éclairée, a-t-on précisé de source judiciaire.
Leur presse (Le Monde), 20 novembre 2009.
Toumani Traoré, neuf ans de travail sans papiers, réclame sa régularisation
Neuf ans ! Neuf ans que Toumani Traoré travaille, sous un nom d’emprunt, pour la même entreprise de
BTP, ADEC, filiale du groupe Sageret. Neuf ans qu’il est rémunéré par la même société d’intérim, Synergie, et touche le même salaire mensuel, 1260 euros net. Rémunéré
mais sans contrat de travail : Toumani n’en a jamais signé bien qu’il cotise et paye des impôts. Comme tous ces travailleurs sans-papiers qui sont
déjà dans leur sixième semaine de grève pour obtenir leur régularisation.
Les discussions sur une nouvelle circulaire de régularisation par le travail progressent entre le ministère de l’Immigration et les syndicats CGT, CFDT, FSU, UNSA et Solidaires. Dans un «document
de synthèse» du 16 novembre, les syndicats qui soutiennent le mouvement de grève des travailleurs sans papiers notent des «avancées» jugées encore «très insuffisantes». Le ministère veut
étendre la possibilité de régularisation de 30 métiers à la liste des 150 ouverts aux ressortissants de l’Union européenne. Mais cette possibilité serait subordonnée à la situation
«trimestrielle» de l’emploi dans les régions. «Les salariés sans papiers ne sont pas des nouveaux arrivants, ils sont pris en compte dans les statistiques de l’emploi», objectent les syndicats.
En 2008, un premier mouvement de grève s’était soldé par l’ouverture de 2500 procédures de régularisation. Trop peu pour les syndicats qui
soutiennent le nouveau mouvement, lancé le 12 octobre. Celui-ci n’a cessé de s’amplifier en Ile-de-France, touchant aujourd’hui 1800 sociétés d’intérim et entreprises de la
restauration, du BTP, de la propreté et du gardiennage. Porté à l’origine par des sans-papiers africains, le mouvement, qui réunit près de 5200 travailleurs, est de plus en plus rejoint par des
Chinois.
C’est à peine
arrivé, début 2001, de son Mali natal, un visa de tourisme en poche, que Toumani Traoré, alors âgé de 19 ans, a appris par des camarades que la société ADEC cherchait des bras. Il se présente
sur un des chantiers de l’entreprise et est aussitôt enrôlé, sans plus de questions. Le soir même, le chef de chantier, satisfait de son travail, lui indique la société d’intérim Synergie qui doit lui remettre
«une feuille d’horaires». À aucun moment, on ne lui demande de préciser son statut administratif. Depuis, il fait consigner chaque jour ses heures travaillées par son chef
d’équipe : il
ramène tous les vendredis à Synergie cette feuille dûment remplie pour toucher sa paie.
Ses semaines de travail varient de 35 à 43 heures. Mais même s’il y ajoute un maximum d’heures supplémentaires, cela ne lui permet guère de gagner que 15 euros de plus par
semaine. «On nous paye 5 euros l’heure supplémentaire et jamais plus de trois, même si on en fait plus», explique Toumani, dont le salaire de base n’a jamais été augmenté en neuf ans.
Pourtant, il a progressé. Ayant commencé comme simple ouvrier à ramasser les gravats, il est aujourd’hui «chalumiste» et conducteur d’engin. Métier
qu’il a appris
sur le tas, n’ayant jamais bénéficié d’aucune formation. «Je conduis des pelles de 5 tonnes et des bobcats (pelleteuses) mais sans avoir le permis spécial.»
Quand il fait de la soudure, il n'est pas davantage équipé des gants, lunettes et masque requis par la réglementation. «Les seules fois où l’on nous en donne, dit-il,
c’est lorsque
l’inspection du
Travail vient sur le chantier. Si l’un de nous a un accident, le chef le dépose à l’hôpital et lui dit “à toi de te débrouiller !” Et quand il veut reprendre le
travail, il n’y
a plus de boulot pour lui.»
Toumani affirme avoir «de la chance», n’ayant jamais eu ni accident ni été congédié, même pour une semaine. «Depuis 2001, j’ai toujours eu du boulot douze mois sur douze», relève-t-il. «C’est de l’esclavage moderne. Mais on
n’a pas le
choix et on assume pour faire vivre la famille», explique-t-il avec amertume. Parti du Mali à la suite du décès de son père, Toumani, premier des garçons d’une fratrie de sept enfants, envoie tous
les mois à sa famille 400 euros.
Il assume. Mais cette fois, Toumani Traoré et 61 autres de ses collègues ont dit stop. Ils ont décidé de se mettre en grève et d’occuper leur chantier du moment, un
ancien bâtiment du ministère des Affaires étrangères du 16e arrondissement de Paris, réhabilité pour devenir un hôtel de luxe. Au prétexte d’un début d’incendie, l’entreprise a bien essayé, le 24 octobre,
de les évacuer, en faisant intervenir pompiers et forces de l’ordre. En vain. Le soir même, ils réinvestissaient les lieux en passant par une fenêtre laissée entrouverte.
Sur quelque 70 sites déjà occupés par les grévistes, plus d’une trentaine ont été évacués par les forces de l’ordre, par voie de référés, astreintes financières ou ordonnances
d’évacuation.
«Parfois, sur simple appel du chef d’entreprise, sans qu’aucune décision de justice n’ait été prise, comme le chantier
Bouygues de la tour First (ancienne tour Axa) à la Défense», relève Raymond Chauveau de la CGT. Mais ces opérations de police n’entament pas la volonté des grévistes
qui vont immédiatement occuper un autre site.
Comme tous les grévistes, Toumani Traoré est déterminé à maintenir la pression jusqu’à ce qu’une nouvelle circulaire édite des critères clairs de régularisation. Il veut
obtenir de sa société de BTP, ADEC, ce qu’elle a jusqu’ici toujours refusé : une promesse officielle d’embauche, soit le sésame pour la régularisation qui lui permettrait
d’avoir «enfin
un vrai emploi avec (son) vrai nom».
Leur presse (Laetitia Van Eeckhout, Le Monde), 19 novembre.
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Vendredi 20 novembre 2009
Huit sans-papiers s’évadent de rétention
Huit étrangers en situation irrégulière se sont évadés dans la nuit du centre de rétention administrative (Cra) de
Palaiseau (Essonne), et l’un d’eux a été interpellé vendredi matin, a-t-on appris de source judiciaire, confirmant une information du parisien.fr.
Vers 0H30, ils ont réussi à «forcer une fenêtre» du premier étage, d’où ils sont descendus grâce à un drap. Selon le parisien.fr, ils auraient réussi à dévisser la grille de protection pour
s’enfuir.
Ils auraient également pu profiter du fait qu’ils se trouvaient dans une zone qui n’était pas éclairée, a-t-on précisé de source judiciaire. L’un des évadés a été interpellé vers 8H00 à
Beauvais (Oise) et placé en garde à vue.
Leur presse (AP), 20 novembre 2009.
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Vendredi 13 novembre 2009
Depuis le 12 octobre dernier, des milliers de sans-papiers occupent leur société et les fédérations patronales dont
ils dépendent, soulevant de nouveau le couvercle après les premières vagues de grève de 2008. Restauration, nettoyage, BTP, gardiennage ils sont la force vive de la plupart des travaux non
qualifiés qui ont été la cible première des grandes restructurations du monde du travail : temps partiels, sous-traitance, intérim. Étranglés par la peur quotidienne de la chasse et de
l’arrestation, exploités par les propriétaires ou leurs hébergeurs, le lieu de travail se retrouve bien souvent un lieu de repli et d’isolement laissant place à un arbitraire patronal total.
L’emploi de travailleurs sans-papiers c’est la garantie pour les patrons, de s’accaparer toujours plus de plus-value.
C’est toute l’économie qui repose sur le travail des sans papiers !
Employés pour beaucoup par des société de sous-traitance, ils se trouvent au cœur du marchandage organisé entre ces sociétés et d’autres plus grandes soucieuses de préserver leur réputation :
entreprises publiques (SNCF, RATP…), grandes sociétés du bâtiment (Vinci, Bouygues). Les lois sanctionnant les donneurs d’ordre se révèlent bien souvent être des coquilles vides, renvoyant au
constat qu’une grande partie de l’économie repose sur le travail des salariés sans titres.
Quatre fois plus nombreux que lors des grèves de 2008 (ils sont actuellement 4600), les grévistes partent du constat que seul le rapport de force — grèves et occupation — permettra de massives
régularisations et des conditions de travail plus dignes. Dénonçant l’arbitraire préfectoral et les verrous sur les régularisations qui ont suivi les vagues de grève, le mouvement a pour objectif
d’imposer une circulaire qui permette à toutes et tous la régularisation dès le moment où l’on travaille (déclaré ou non). Ce n’est plus seulement le patronat qui est visé comme lors des deux
premières vagues en 2008, mais bien l’État, mettant à jour la proximité entre celui-ci et les intérêts patronaux.
Se réapproprier la loi pour imposer un rapport de force
Ce mouvement porté par un front syndical large est l’exemple d’un rapport de force où la stratégie consiste à réinvestir un cadre de loi (l’article 40 de la loi Hortefeux de novembre 2007)
permettant la régularisation des travailleurs sous condition de la «bienveillance de l’employeur») pour le déborder et l’entraîner vers une plus grande émancipation des travailleurs. La clémence
de l’employeur, demandée dès le départ pour la régularisation, est alors retournée par le rapport de force imposé face au patron, les contraignant à faire pression à leur tour sur l’État et ses
pendants, les préfectures.
La décision du conseil d’État d’annuler la circulaire de janvier 2008 qui impose une liste de 30 métiers conditionnant la régularisation, fait état du rapport de force imposé par les luttes
actuelles : jamais les luttes de sans-papiers ne sont allées aussi loin dans le rapport de force. L’enjeu de ce mouvement loin de susciter émotion, charité ou élan humanitaire est de s’affirmer
en tant que travailleur, s’inscrivant dans de réelles perspectives de lutte des classes. La vague de politisation qui a suivi les premières grèves a permis de mettre en place les bases de la
démocratie directe dans les piquets de grève : gestion collective des caisses de soutien, des plannings et des stratégies de visibilité, des piquets de grèves, gestions et décisions collectives
des besoins de chacun et des modes d’occupation. Leur grève est un exemple pour tous les travailleurs, elle démontre les résistances et la combativité des plus exploités de la classe
ouvrière.
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Mercredi 11 novembre 2009
À Lyon comme ailleurs,
régularisation des travailleurs sans-papiers
Alors que plus de 5000 travailleurs sans-papiers sont en grève depuis plusieurs semaines en Ile-de-France pour
obtenir leur régularisation, ce mercredi 11 novembre des militants du syndicat CNT Interco et de l’Union départementale du Rhône de la CNT se sont rassemblés devant le restaurant «La Route des
Pâtes», rue Mercière pour réclamer la régularisation d’un salarié travailleur sans-papier de l’entreprise.
Celui-ci travaille depuis 5 ans dans l’établissement et est présent en France depuis 10 ans. Il a décidé de porter le problème sur la place publique pour défendre ses conditions de travail,
réclamer sa régularisation et l’application du droit du travail.
Après une heure et demie de négociation, un accord a été trouvé avec l’employeur qui s’est engagé à faire toutes les démarches nécessaires pour obtenir sa régularisation. Cette action montre
l’intérêt de se mobiliser dans toutes les luttes.
La solidarité des travailleurs finira par payer !
Texte du tract distribué :
Aujourd’hui, mercredi 11 novembre 2009, le syndicat CNT Interco 69 a décidé d’occuper le restaurant «La Route des
Pâtes», 49 rue Mercière à Lyon, en soutien à l’un de ses syndiquéEs, commis de cuisine dans le restaurant. Depuis 5 ans il travaille là, sans-papiers.
Aujourd’hui il a décidé de sortir de l’ombre et de lutter pour sa régularisation et pour de meilleures conditions de travail. Il rejoint ainsi les quelques 5000 travailleurs sans-papiers d’Ile de
France en grève depuis plusieurs semaines dans les restaurants, les entreprises de nettoyage, sur les chantiers du BTP, etc. Plus largement, leur lutte rejoint celle de toutes les travailleuses
et travailleurs, avec ou sans-papiers, qui se battent pour leur dignité et pour défendre leurs intérêts de salariés face à des patrons sans scrupule !
Refusons l’hypocrisie
L’État présente les sans-papiers comme des clandestins et des profiteurs et veut en faire les boucs émissaires de la crise. Alors qu’ils produisent des richesses, qu’ils travaillent, qu’ils
cotisent aux différentes caisses de sécurité sociales et d’assurances chômage mais n’en bénéficient pas. Les patrons et les politiciens qui les servent tiennent un discours qui vise à diviser les
travailleurs, en opposant travailleurs français et immigrés, avec et sans-papiers.
Alors que ce sont les patrons qui licencient ! Ce sont les patrons qui précarisent ! Ce sont les patrons qui baissent ou gèlent les salaires ! Cela pour empocher des profits. C’est contre eux et
leur politique qu’il faut lutter, pas contre nos camarades travailleurs sans-papiers !
Patrons et politiciens font croire que la politique de répression de l’immigration préserve les travailleurs français de la prétendue concurrence des travailleurs migrants. En réalité, cette
politique ne fait que sur-précariser les travailleurs migrants. C’est de cette situation de précarité que profitent les patrons pour imposer des horaires et des conditions de travail indignes,
illégales, en tirant ainsi la situation de tous les travailleurs vers le bas.
C’est donc au contraire la régularisation des travailleurs sans-papiers : qui cassera cette dynamique de nivellement vers le bas qui créera les conditions d’une lutte commune de tous les
travailleurs afin de stopper la politique de régression sociale menée par le patronat.
Soutenez la lutte des travailleurEs sans-papiers !
Défendez vos intérêts de travailleurs !
Prenez contact avec les syndicats.
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Mercredi 11 novembre 2009
«À bas la France !»
Le ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale vient d’annoncer l’ouverture d’un «grand
débat sur les valeurs de l’identité nationale» qui «devra permettre de valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager
les valeurs de l’identité nationale à chaque étape du parcours d’intégration». Le sujet étant de retour sur le devant de la scène politique et médiatique, nous publions deux extraits de textes
qui nous semblent constituer des pièces importantes à verser au dossier. D’abord, des notes rédigées par Guy Debord en 1985 sur «la question des immigrés». Ensuite un épisode de l’histoire du surréalisme relaté par Maurice
Nadeau.
Guy Debord :
«Tout est faux dans la “question des immigrés”, exactement comme dans toute question ouvertement posée dans la société actuelle ; et pour les mêmes motifs : l’économie — c’est-à-dire l’illusion
pseudo-économique — l’a apportée, et le spectacle l’a traitée …
» Faut-il donc les assimiler ou “respecter les diversités culturelles” ? Inepte faux choix. Nous ne pouvons plus assimiler personne : ni la jeunesse, ni les travailleurs français, ni même
les provinciaux ou vieilles minorités ethniques (Corses, Bretons, etc.) car Paris, ville détruite, a perdu son rôle historique qui était de faire des Français. Qu’est-ce qu’un centralisme sans
capitale ? …
» La diffusion du spectacle concentré ne peut uniformiser que des spectateurs …
» On se gargarise, en langage simplement publicitaire, de la riche expression de “diversités culturelles”. Quelles cultures ? Il n’y en a plus. Ni chrétienne ni musulmane ; ni socialiste ni
scientiste. Ne parlez pas des absents. Il n’y a plus, à regarder un seul instant la vérité et l’évidence, que la dégradation spectaculaire-mondiale (américaine) de toute culture …
» Certains mettent en avant le critère de “parler français”. Risible. Les Français actuels le parlent-ils ? Est-ce du français que parlent les analphabètes d’aujourd’hui, ou Fabius
(“Bonjour les dégâts !”) ou Françoise Castro (“Ça t’habite ou ça t’effleure ?”), ou B.-H. Lévy ? Ne va-t-on pas clairement, même s’il n’y avait aucun immigré, vers la perte de tout langage
articulé et de tout raisonnement ? …
» Ici, nous ne sommes plus rien : des colonisés qui n’ont pas su se révolter, les béni-oui-oui de l’aliénation spectaculaire. Quelle prétention, envisageant la proliférante présence des
immigrés de toutes couleurs, retrouvons-nous tout à coup en France, comme si l’on nous volait quelque chose qui serait encore à nous ? Et quoi donc ? Que croyons-nous, ou plutôt que faisons-nous
encore semblant de croire ? C’est une fierté pour leurs rares jours de fête, quand les purs esclaves s’indignent que des métèques menacent leur indépendance ! …
» Et tous collaborent pour considérer cette question comme si elle était la plus brûlante, presque la seule, parmi tous les effrayants problèmes qu’une société ne surmontera pas. Le ghetto
du nouvel apartheid spectaculaire, il est déjà là, dans la France actuelle : l’immense majorité de la population y est enfermée et abrutie …
» Il vivra des gens sur la surface de la Terre, et ici même, quand la France aura disparu. Le mélange ethnique qui dominera est imprévisible, comme leurs cultures, leurs langues mêmes. On
peut affirmer que la question centrale, profondément qualitative, sera celle-ci : ces peuples futurs auront-ils dominé, par une pratique émancipée, la technique présente, qui est globalement
celle du simulacre et de la dépossession ? Ou, au contraire, seront-ils dominés par elle d’une manière encore plus hiérarchique et esclavagiste qu’aujourd’hui ? Il faut envisager le pire, et
combattre pour le meilleur. La France est assurément regrettable. Mais les regrets sont vains.»
Le 2 juillet 1925, un banquet en l’honneur de Saint-Pol-Roux deviendra le théâtre d’un épisode important de l’histoire du surréalisme, relaté par Maurice Nadeau :
«Au cours du banquet, Rachilde se laisse aller à dire, répétant les termes d’une interview donnée précédemment, et assez fort pour que toute l’assemblée l’entendît, “qu’une Française ne peut pas
épouser un Allemand”. Or, les surréalistes étaient à ce moment fort amoureux de l’Allemagne ; d’abord parce que ce pays représentait pour les bourgeois français l’ennemi héréditaire
incomplètement vaincu que les chaînes du traité de Versailles n’empêchaient pas de vouloir se relever, le mauvais payeur des Réparations que Poincaré avait exaspéré en occupant la Ruhr, ensuite
parce qu’il était, selon Desnos, de ces forces à l’Orient qu’on appelait à détruire la civilisation occidentale, enfin parce que, comme l’avait dit Aragon : “Nous sommes ceux-là qui donneront
toujours la main à l’ennemi.” À la suite de la déclaration de Rachilde, André Breton se lève, très digne, et fait remarquer à Mme Rachilde que le propos qu’elle tient est injurieux pour son ami
Max Ernst, justement invité à ce banquet.
» Soudain un fruit, lancé par on ne sait qui, vola dans les airs et vint s’écraser sur la personne d’un officiel, tandis que des cris : “Vive l’Allemagne !” étaient vociférés. Le tumulte
devient bientôt général et tourne à la bagarre. Philippe Soupault suspendu au lustre dont il se sert comme d’une balançoire, renverse du pied plats et bouteilles sur les tables. Au dehors, les
badauds s’attroupent. Les coups tombent de droite et de gauche. Rachilde prétendra plus tard qu’elle fut frappée d’un coup de pied au ventre par un grand escogriffe à l’accent tudesque (elle
voulait naturellement désigner Max Ernst lui-même) …
» L’occasion est trop bonne de réduire à néant ces “provocateurs surréalistes”. Et comme on n’en peut venir à bout, on a recours aux défenseurs naturels de la poésie bafouée : les
policiers, à qui on désigne ceux qu’il faut passer à tabac. Tandis qu’on entend les cris : “Vive l’Allemagne ! Vive la Chine ! Vive les Riffains !”, Michel Leiris, ouvrant une fenêtre qui donne
sur le boulevard, crie à pleins poumons : “À bas la France !” Invité par la foule à venir s’expliquer, il ne s’en fait pas faute : la bagarre continue sur le boulevard du Montparnasse. Leiris
continuant à défier la police et la foule, manque d’être lynché. Emmené au commissariat, il y est copieusement rossé. Le scandale fut énorme. Les journaux, avec ensemble, crièrent haro ! sur les
surréalistes …
» Les surréalistes ne s’en tinrent pas là. Ils publiaient en même temps la “Lettre ouverte à Paul Claudel, ambassadeur de France”. Son Excellence, en effet, dans une interview à
Comœdia, n’avait rien trouvé de mieux que de traiter l’activité surréaliste de “pédérastique”, ajoutant, détail inattendu dans ce débat, qu’il avait bien mérité de la patrie pour avoir,
durant la guerre, permis la vente par l’Amérique de “grosses quantités de lard” à la France en guerre. La réponse fut virulente : “… Nous saisissons cette occasion pour nous désolidariser
publiquement de tout ce qui est français en paroles et en actions. Nous déclarons trouver la trahison et tout ce qui, d’une façon ou d’une autre, peut nuire à la sûreté de l’État plus
conciliables avec la poésie que la vente de «grosses quantités de lard» pour le compte d’une nation de porcs et de chiens…”»
[Maurice Nadeau, Histoire
du surréalisme, p. 79-812]
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