Mercredi 7 mai 2008
Grévistes de la faim de Vincennes :
les centres de rétention, «zones de non droit» à l’information

Depuis le lundi 28 avril, des «pensionnaires» du centre de rétention administratif (CRA) de Vincennes — une dizaine de personnes d’après l’AFP — ont entamé un mouvement de grève de la faim illimité. Les grévistes seraient, depuis le 1er mai, une centaine d’après d’autres sources essentiellement associatives (ce chiffre pourrait englober des retenus d’autres centres).

Ce n’est pas la première fois : le CRA de Vincennes, comme le dit pudiquement l’AFP, «est très régulièrement le théâtre de tensions». La dernière grève de la faim date de février dernier. Mais comment savoir ce qui se passe dans ce centre (qui tient plus du pénitentiaire que de l’administratif [
La Cimade assure une présence associative au sein du centre de Vincennes comme au sein des lieux de rétention en général]), puisque aucune information n’en sort officiellement sans être «filtrée». Les seuls contacts possibles sont les contacts téléphoniques : c’est le moyen qu’Acrimed a également utilisé. Aucun journaliste ne peut entrer dans le centre si ce n’est éventuellement sous forme de «visite guidée» par l’administration.

À leurs revendications de libération, de régularisation, de dédommagement pour préjudices subis, les grévistes ont ajouté cette dernière demande : «Faciliter l’accès du centre aux médias du peuple et aux médias privés pour une large couverture du mouvement». Ils réclament donc l’accès aux médias pour pouvoir expliquer leur situation et le sens de leur combat. L’AFP, qui a consacré au moins une dépêche à cette grève, n’a pas relayé cette revendication.

Les centres de rétentions sont une «zone de non droit», comme disent les gouvernants… en parlant de certains quartier populaires. Ce sont, en particulier, des zones de non droit à l’information. Les retenus de ces centres, faut-il le rappeler, ne sont ni des bandits, ni des criminels. Il est inadmissible qu’on occulte leurs conditions de vie : les règles de l’hygiène les plus élémentaires ne sont pas respectées ; pas plus que les droits de l’homme auxquels les grands médias se disent attachés.

Or ceux-ci non seulement ne sont guère mobilisés quand le droit d’informer est ainsi bafoué par les autorités politiques et administratives, mais, de plus, ils ne se sont pas empressés d’informer sur cette grève de la faim et ses raisons. D’après nos propres informations, seuls RFI, France Inter, l’AFP, Le Parisien et l’association de la presse panafricaine ont fait la démarche de téléphoner aux porte-parole du mouvement.

Pour l’instant peu d’articles sont parus dans la presse qui se contente de reprendre le rapide communiqué de l’AFP, comme on a pu le vérifier, le 3 mai, sur le site du Figaro et du Nouvel Observateur. Aucune des grandes chaînes généralistes n’a pris la peine d’entrer en contact avec les grévistes de Vincennes et aucun JT n’a donc évoqué leur mouvement. Il a juste été question, le 1er mai, de la régularisation de trois travailleurs sans-papier qui auraient été mis «à l’honneur» pour TF1 puisque l’un d’eux était en tête de la manifestation. «Ces salariés invisibles en temps normal» nous dit TF1 «sont sortis de l’ombre» nous dit France 2. Mais les «pensionnaires» de Vincennes, eux, ils n’existent toujours pas…

Dimanche après-midi, plusieurs centaines de personnes ont manifesté en soutien aux grévistes de la faim. Au moment où nous écrivons [
Lundi 5 mai 2008], nous n’avons relevé à ce sujet, qu’un bref article sur le site du Nouvel Obs.com et une vidéo sur le site du Parisien.fr, tous deux mis en ligne respectivement le 5 mai au matin et le 4 mai au soir. Aucun JT, ni sur TF1, ni sur France 2, ni dans Soir 3 n’a relayé cette information… En revanche, nous savons tout, dans ces mêmes JT, sur Benoîte la bergère qui a vu la Vierge et à qui on va devoir un nouveau Lourdes !

Lorsque des êtres humains, en dernière extrémité, recourent à la grève de la faim, s’imposent des souffrances et mettent leur vie en danger, c’est un acte de désespoir et un appel au secours. En relayant leur demande de pouvoir s’exprimer dans les médias, Acrimed ne leur apporte qu’une aide bien modeste. Mais le silence enferme au moins autant que les briques ou le béton. Ne pas le dénoncer, ne pas chercher à passer outre, c’est accepter une intolérable atteinte à la liberté d’expression.

Nadine Floury
Acrimed, 6 mai 2008
Mercredi 7 mai 2008
Miftar Murati, un réfugié d’origine albanaise de 32 ans, a été interpellé mardi à Dole par la police. Faisant l’objet dune décision administrative de reconduite, il a été conduit en train et sous escorte dans un centre de rétention administrative de la région parisienne en début daprès-midi. Miftar Murati, qui a fui la Serbie, vivait à Dole depuis plusieurs années. Ancien résident du centre de demandeur dasile (CADA), il avait été débouté une première fois par lOfpra dans sa demande de réfugié politique. Il était en train dentamer un recours. Ses amis craignent pour sa vie sil est expulsé dans lex-Yougoslavie. «Son frère été tué il a peu de temps. Miftar travaillait depuis plusieurs années dans une entreprise du bassin dolois, même sil était sans papier» assurent ces derniers.

Hier toujours, mais à Lons cette fois, Zakaria Larzhal a été interpellé à son domicile puis interrogé durant la matinée au commissariat lédonien. Alors que l
intéressé a déposé un dossier de demande de régularisation auprès de la Préfecture du Jura, il était hier soir sur la route de Sète où il devait être incarcéré au centre de rétention de la ville. Ajoutons également que Zakaria Larzhal est actuellement poursuivi au pénal pour avoir mis sur son site un message laissé fin août sur son répondeur par la police, lui enjoignant douvrir aux forces de lordre.

Mobilisé à ses côtés, RESF (le Réseau Éducation Sans Frontières) appelle à un rassemblement de soutien et de protestation devant la préfecture, aujourdhui à 17 heures.

Le Progrès (édition du Jura), 7 mai 2008
Samedi 3 mai 2008
Sans papiers en lutte ! Pour qu’ils gagnent, votre solidarité est indispensable !

25 salariés sans papiers, originaires du Mali et de Mauritanie, soutenus par la CGT, occupent depuis mardi 14 avril le chantier où ils travaillaient au 6-8 rue Xaintrailles. Dans le froid, l’humidité, sans électricité, sans sanitaire. Comme 600 autres en Île de France, appartenant à divers corps de métiers — construction, restauration, gardiennage —, ils sont très courageusement sortis de l’ombre pour dire :

Assez de mépris ! Assez de surexploitation !
Assez d’hypocrisie des patrons et des pouvoirs publics !


On vit ici, on bosse ici, on cotise ici, on reste ici !

Régularisation !


Agression raciste

Vendredi soir, une dizaine de nervis d’extrême droite ont attaqué le chantier occupé rue Xaintrailles et frappé les militants présents, dont l’un est blessé au visage…

Cette tentative d’intimidation aux cris de «Bleu Blanc Rouge» et de «La France aux Français» vise à affaiblir la mobilisation.

Nous devons tous montrer que la population et les salariés du quartier sont solidaires de la lutte des grévistes sans papiers. Pour démontrer notre soutien, soyons nombreux à venir leur rendre visite et à les soutenir financièrement.

Liste non exhaustive des associations, syndicats et partis politiques
du 13e soutenant les grévistes
: Les Alternatifs, Alternative Libertaire,
CGT, CNT, Collectif NPA, LCR, LDH, MRAP, PCF, PS, RESF, SUD, Les Verts.
Samedi 3 mai 2008


Article de Raphaëlle Remande, Libération

Communiqué de la CSP 75 & analyse du courant Où va la Cgt ?

Le 3 mai 2008
Mardi 8 avril 2008

Juge des libertés et de la détention du 7 avril

Djamel B. souffrant de graves syndromes psychotiques, et enfermé au CRA sans suivi psy depuis 15 jours, comparaissait pour la prolongation de sa rétention. Dès l’entretien avec son avocat, il a tenté de s
ouvrir les veines avec un couvercle, puis sest violemment projeté la tête contre les grilles de la fenêtre du local. Le juge fait alors accélérer la comparution devant lurgence de la situation. Il annonce que la Préfecture a demandé une prolongation de 5 jours au CRA afin dorganiser lexpulsion de Djamel dont le vol est programmé le 10/04.

L
avocate intervient et informe son client que sa demande dasile a été refusée, le CRA ne layant pas informé par peur de sa réaction ! Elle demande ensuite une suspension de la comparution en attendant un fax du psy qui suit habituellement Djamel et qui atteste que létat de ce dernier est incompatible avec un placement en rétention. Lors de son temps de paroles, Djamel renouvellera sa volonté de mourir pour rejoindre son frère égorgé sous ses yeux en Algérie…

En attendant le fax du médecin, Djamel B. fera une crise d
épilepsie et sera transporté par les pompiers aux Urgences. Le juge décidera finalement une heure plus tard de lever la rétention.

Effarée par ce qui se passait, Ototh B. jeune femme Mongole comparaissait également pour une prolongation de 15 j. de sa période de rétention. Elle est réadmissible vers la Belgique où sa fille de 18 mois confiée à des amis l
attend. Les autorités belges nétant pas joignables en raisons de problèmes informatiques, la Préfecture de Vendée demande le maintien de Ototh en rétention afin de joindre le service concerné et dorganiser sa réadmission ! Le juge décide de prolonger la rétention de 15 jours.

Un jeune homme hésitant sur son identité et sa nationalité (Algérien ? Marocain ?) domicilié en Hollande et arrêté à la gare en état d
ivresse a été maintenu en rétention pour une durée de 15 j.

RESF, 8 avril 2008


C
ommuniqué de presse du MRAP35

Arrivé en France en 2001 pour raisons médicales, Djamel a obtenu un titre de séjour jusqu’en 2003 comme étranger malade. Il avoue lui-même «avoir perdu la tête» depuis l’assassinat de son frère en Algérie en 1996, attentat au cours duquel il a reçu une balle dans le dos. Depuis cette période, souffrant de nombreux syndromes psychotiques, il est régulièrement hospitalisé en milieu psychiatrique.

Quelques jours après la sortie de son dernier séjour au CHS du Mans, il est interpellé à la gare de Rennes le 20/03. Djamel ignorait alors où il se trouvait prenant souvent le train sans en connaître la destination. Le 21/03, il est placé au centre de rétention de Saint-Jacques de la Lande près de Rennes. Il ignorait qu’une OQTF avait été prononcée par la Préfecture de police de Paris, suite aux refus d’un titre de séjour pour raisons médicales. Les personnes qui lui ont rendu visite au parloir ont pu constater son état de confusion mentale et sa volonté de mettre fin à ses jours : «Ce soir, je vais rejoindre mon frère au paradis» martelait-il sans cesse. Une des visiteuses, Joëlle, a même demandé à l’infirmière qu’il soit vu par un psychiatre tant son comportement était perturbé. Le médecin du CRA a estimé que son traitement était suffisant et qu’il n’était pas nécessaire de faire intervenir un autre avis médical.

Comme il n’avait jamais fait de demande d’asile, la Cimade l’a aidé à constituer un dossier pour l’OFPRA qui l’a entendu le 03/04. Puis Djamel est donc convoqué devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) le 7/04 pour une 2e prolongation de sa période de rétention. En consultant son dossier, son avocate mentionne le refus de l’OFPRA , persuadée que son client en était déjà informé depuis le 4/04, date de réception du fax par le centre de rétention. En fait le Cra n’avait pas osé l’informer et c’est sous le choc de cette nouvelle qu’il tente alors de se taillader les veines avec un petit couvercle métallique sous les yeux de son avocate et de Joëlle accompagnée d’un ami médecin. Il se projette ensuite violemment la tête contre les barreaux de la fenêtre du bureau. Le juge intervient alors pour accélérer la comparution vu l’état d’agitation du retenu. L’audience se déroule rapidement, son avocate, Me Le Verger demande une suspension de la comparution en attendant le fax du médecin traitant de Djamel qui atteste que son état psychique est incompatible avec un maintien en rétention. Le représentant de la préfecture, qui s’avère être un agent de la police aux frontières, se contente de demander une prolongation de 5 jours, un vol vers l’Algérie étant prévu le 10/04.

À l’issue de l’audience, Djamel se retire en compagnie de ses soutiens et il s’écroule au bout d’une dizaine de minutes victime d’une crise d’épilepsie. Le médecin présent surveille l’état de Djamel en attendant l’arrivée des secours qui le conduiront inconscient aux urgences de Rennes. Le juge s’est interrogé longuement et a cru nécessaire d’attendre le fax de l’hôpital avant de lever la rétention !

Rennes, le 8 avril 2008
La présidente, Michèle Fougeron Delauney
Samedi 5 avril 2008

Les lois CESEDA se résument ouvertement et uniquement aujourd’hui à une vision utilitariste et capitaliste des flux migratoires. Elles privent ainsi de tous leurs droits les travailleurs migrants, toujours au profit des patrons, ceci dans un double but : maintenir la division entre les travailleurs français/étrangers, avec/sans-papiers, et des conditions de travail au rabais qui finissent toujours par s’étendre au reste de la population.

Immigration choisie : Cynisme, Humiliation, Répression


Une main d’œuvre exploitable

La circulaire Hortefeux de janvier 2008 restreint à 30 métiers, métiers hautement qualifiés (géomètre, informaticien expert, dessinateur du BTP…) l’accès à la régularisation par le travail des étrangers (hors UE). Par cette circulaire, l’État, en faisant des patrons les contacts essentiels des préfectures et des directions du Travail, les place plus encore en positon de force : ils auront ainsi tout loisir d’user et d’abuser de la promesse de régularisation.

Cette liste ne fera qu’encourager le travail clandestin : en effet malgré ses dires, les pouvoirs publics ne se donnent pas les moyens de lutter contre le travail illégal, et n’ont pas la volonté de priver le patronat de dizaines de milliers de travailleurs sans-papiers malléables et exploités, dans les entreprises de restauration, du bâtiment, de nettoyage… (boites non délocalisables !). Avec cette liste de métiers, l’instauration de la carte «Compétences et Talents» (afin que les «cerveaux» du monde entier aient la gloire de participer au «rayonnement de la France» !), et en privilégiant la venue des étudiants en master ou doctorat, l’État cherche seulement à piller (à toutes fins utiles) la main-d’œuvre qualifiée des pays émergents, ce qui les appauvrira plus encore…

Et le ministre de la dés-intégration voudrait nous faire croire, via ses tapages médiatiques, à sa politique de co-développement !

Ingérence dans la vie privée

Dans le même temps le gouvernement dénigre le droit à une vie privée (une force de travail n’en a pas besoin !) :
- En limitant le regroupement familial (augmentation du niveau de ressources nécessaires, multiplication des enquêtes via les mairies, tests ADN de filiations dans les pays d’origine.)
- En imposant (pour la promotion de l’Identité nationale sic…) l’assimilation de ses valeurs républicaines ? et des cours de français aux primo-arrivants (Contrat d’Accueil et d’Intégration),
- En prévoyant au cas où… une formation aux droits et devoirs des parents.

Les pires méthodes employées

- En encourageant la délation, en multipliant les rafles, la rétention et le fichage des populations, cette politique ne fait qu’attiser de vieux relents xénophobes de triste mémoire.
- En multipliant les expulsions, le rapatriement humanitaire des Roms, en collaborant avec les États (du Maroc, du Mali, de l’Algérie, etc.) afin d’établir des quotas et stopper les candidats à l’immigration aux portes de l’Europe (en créant des zones de non droit ou des personnes refoulés pourrissent) nos gouvernants laissent la misère loin de nos regards.

Face à l’intolérable, seule notre détermination et notre solidarité vaincront !

Manifestation régionale le samedi 5 avril à 14h place des Terreaux

Union départementale des syndicats CNT du Rhône


La CNT exige :
- Le retrait de toutes les lois visant à réprimer et précariser les étrangers.
- La régularisation de tous les sans papiers.
- L’égalité des droits, de salaire, de statut de tous les travailleurs migrants ou pas.
- La suppression des restrictions d’accès à certaines professions pour les travailleurs étrangers.
- La fermeture des centres de rétention, des zones d’attente et des prisons.

Et conformément à ses principes internationalistes réaffirme ses positions sur :
- La liberté de circulation, d’installation et de séjour.
- La suppression des frontières.
Samedi 5 avril 2008

Chercheur-e-s et enseignant-e-s-chercheur-e-s, nous participerons à la manifestation du 5 avril appelée par le collectif «Uni-e-s contre une immigration jetable».

D’abord parce que, comme citoyens, nous ne pouvons nous résoudre à voir les droits de l’Homme bafoués par une politique d’immigration de plus en plus répressive, inhumaine et xénophobe («rafles» de sans-papiers, arrestations et détentions d’enfants, traitements inhumains dans les centres de rétention, privation de leur liberté d’expression lorsqu’ils se révoltent, projet d’allongement à 18 mois de la rétention par la directive de la honte, développement des fichiers biométriques interconnectés comme Eloi, etc.). Depuis cinq ans, 100.000 sans-papiers ont été expulsés. Cette politique atteint, au-delà de la cible désignée des personnes sans papiers et des familles d’étrangers, l’ensemble de la population. Après avoir institué l’inique ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, elle affirme clairement qu’elle ne se satisfait plus de l’État de droit puisque la «commission Mazeaud» est aujourd’hui chargée de réviser la Constitution de manière à autoriser l’institution de quotas d’immigration en fonction de l’origine ethnique mais aussi afin de rendre la justice des étrangers encore plus expéditive (en supprimant la double intervention du juge judiciaire et du juge administratif).

Nous ne supportons pas le cynisme avec lequel le gouvernement en appelle à une «immigration choisie» pendant qu’il fait la chasse aux immigrés prétendument subis, ces femmes et ces hommes qui ont été victimes de la complexité et des restrictions des lois françaises (notamment les lois de 2003, 2006 et 2007 qui accroissent encore plus l’arbitraire préfectoral et restreignent le droit d’asile) ; ces personnes qui, tenues par la peur, gardent des enfants que les crèches n’accueillent pas, construisent des bâtiments, font la cuisine ou la plonge des grands restaurants. Avoir le travail sans le travailleur, tel est le slogan implicite qui nous est proposé, et dont la contradiction annonce la remise en cause permanente des droits de tout un chacun.

Cette politique répressive touche non seulement les sans-papiers mais aussi les étrangers ayant un titre de séjour et les Français. Pour chacun des sans-papiers piégé par des contrôles d’identité iniques au faciès, combien d’étrangers en règle ou de Français qui n’ont pas la bonne couleur de peau se voient humilier quotidiennement ? Combien d’étrangers et de Français se voient refuser le droit d’épouser la femme ou l’homme de leur choix au prétexte que leur amour ne serait que de complaisance ?

Mais nous manifesterons aussi car, en tant qu’universitaires, nous ne tolérons pas que l’indépendance qui est à la base de notre profession soit quotidiennement remise en cause.

D’une part dans nos recherches, dans lesquelles un pouvoir, qui ne cache pas sa xénophobie et son racisme, tente de s’immiscer. Le dernier exemple est le projet d’instituer un «Institut d’études sur l’immigration» en octobre 2007, qui prétendait devenir un «guichet unifié» des études sur le sujet. Les chercheurs auraient désormais dû s’adresser à un institut présidé par une personnalité connue pour avoir imputé les révoltes de l’automne 2005 à la polygamie des familles africaines ; un institut dont le conseil scientifique devait se composer de quelques chercheurs accompagnés de hauts fonctionnaires et de responsables (passés ou actuels) de TF1, Total, Accor, Eiffage ou encore Renault ; un institut, enfin, qui devait dépendre non du ministère de la Recherche mais de celui de l’Immigration et de l’Identité nationale.

D’autre part dans l’enseignement supérieur, dont l’organisation est parasitée par l’intrusion des politiques xénophobes. Comment peut-on accepter qu’une autre instance que l’université et ses professionnels décide de l’admission d’un étudiant ou de sa poursuite d’études, et qu’elle se permette de juger de la cohérence de son parcours universitaire ? C’est pourtant ce que font les tout nouveaux Centres d’études en France, qui sélectionnent, dans les pays d’origine et à la place des universités, les étudiants que le gouvernement aura «choisis». Pour ceux qui parviennent à s’inscrire dans une université française, leurs parcours universitaires sont ensuite contrôlés par les préfectures. Lesquelles, au prétexte d’une réorientation ou de quelques examens non validés, s’empresseront de refuser le renouvellement des titres de séjour. Les étudiants étrangers n’ont ainsi le droit ni à l’erreur, ni à l’hésitation. Quant à nous, leurs enseignants, nous voyons notre notation, conçue pour accompagner les étudiants puis certifier leurs aptitudes, transformée en instrument des préfectures pour livrer des personnes à la clandestinité ou à l’expulsion.

Parce que les atteintes de plus en plus graves aux droits des étrangers/ères sont aussi, indirectement, une atteinte à notre indépendance professionnelle, nous rejoignons l’appel du collectif «Unie-e-s contre une immigration jetable» non seulement comme citoyen-ne-s, mais aussi comme chercheur-e-s et enseignant-e-s chercheur-e-s, et appelons tous nos collègues à manifester le 5 avril.


Premiers signataires : Marie AMARA (Doctorante, Montpellier) Étienne BALIBAR (Professeur émérite, Université de Paris X Nanterre) Mohamed BELAALI (Enseignant, Poitiers) David BENLIAN (Professeur émerite, Marseille) Jennifer BIDET (Doctorante en sociologie, Lyon) Philippe BOURDIN (Professeur d’université, Clermont-Ferrand) Philippe CORCUFF (Maître de conférences de science politique, Lyon) Pierre COURS-SALIES (Professeur Université Paris 8) Saskia COUSIN (Enseignant-chercheur, IUT de Tours) Michel DELAMAR (Professeur Université Paris 7) Jean-Luc GAUTERO (Maître de conférences, Nice) Isabelle GONCALVES (Enseignant-chercheur Paris) Jean-Luc GODET (Maître de conférences, Angers) Claude JAMET (Maître de conférences, Serezin du Rhône) Nicolas JOUNIN (Maître de conférences, Paris 8) Michel KOEBEL (Maître de conférences, Reims) Marie-Françoise LEBONNOIS (Psychologue, Cherbourg-Octeville) Annick MARÉCHAL (Professeur retraitée, Élancourt) Denis MARÉCHAL (Thésard, Nimes) Philippe MARLIÈRE (Politologue, Londres) Meryem MARZOUKI (Chercheur CNRS) Alain MORICE (Chargé de recherche au CNRS) Gérard NOIRIEL (Historien) Mary PICONE (Enseignant-chercheur, Paris) Cédric POCHIC (Chercheur CNRS, Paris) Ariel PROVOST (Professeur, Clermont-Ferrand) Emmanuelle SAVIGNAC (Anthropologue) Charles SOULIE (Maître de conférences, Paris 8) Anne STEINER (Maître de conférences sociologie, Paris) Jean-Pierre TERRAIL (Sociologue) Josette TRAT (Enseignante-chercheure en sociologie, Paris) Yann VACHER (Enseignant, IUFM de Corte) Annie VINOKUR (Professeur émérite) Loïc WACQUANT (Sociologue)
Samedi 5 avril 2008
La politique du chiffre a encore tué, ce 4 avril à Joinville-le-Pont (94).

Ce vendredi 4 avril 2008, un jeune Malien de 29 ans est mort à Joinville-le-Pont (94), après s’être jeté dans la Marne pour échapper à un contrôle de police dans la gare RER de Joinville. Il avait montré son abonnement de transport, mais il était frappé dun arrêté de reconduite à la frontière.

Cet événement tragique est une nouvelle illustration du climat créé par la multiplication des contrôles de police. Oui, la politique du chiffre tue et ce n
est malheureusement pas un slogan.

La mort de ce jeune homme ajoute une victime à une liste déjà longue. En été 2007, Yvan, enfant de treize ans d
une famille russo-tchétchène déboutée de lasile, est resté quelque temps entre la vie et la mort après avoir tenté de fuir avec son père, par le balcon, la police venue au domicile. En septembre, cest une femme chinoise, Chulan Zhang Liu, qui est décédée après sêtre défénestrée de son appartement à lapproche des policiers. En février, cest un Kenyan de 19 ans, John Maïna, qui sest pendu après avoir appris le rejet définitif de sa demande dasile. Aucune de ces victimes na eu le bon goût de relever de limmigration «choisie» exigée par le président Sarkozy et son ministre de l’Identité nationale.

Il faut mettre un point final à cette politique du chiffre qui génère tant d
angoisse et provoque tant de drames. Cest ce que nous dirons, avec le collectif UniEs contre une immigration jetable, avec les collectifs de sans-papiers, avec les syndicalistes qui refusent la mise en concurrence des salariés, avec tous les citoyens épris de solidarité, ce samedi 5 avril, dans la manifestation qui partira à 14h30 de la place dItalie (Paris), de même que dans certaines villes de province : NON à la xénophobie d’État et à ses conséquences meurtrières !

RESF94, 4 avril 2008
Mercredi 2 avril 2008
Les étrangers ne sont plus des justiciables comme les autres.

Les lois successives piétinent les droits fondamentaux garantis aux autres citoyens par la justice : le droit à un procès équitable, à l’assistance d’un avocat et d’un interprète, le droit à un recours effectif. Pour les étrangers, l’enfermement prévaut sur la liberté.

Les parquets se sont mis au service de la politique «du chiffre» imposée par le pouvoir actuel. Rachida Dati, ministre de la justice a même rappelé qu’elle était la «chef» des procureurs et utilise son autorité pour demander aux parquets de multiplier les contrôles d’identité ciblés sur les étrangers.

Le contrôle exercé par les juges judiciaires devient résiduel. Les réformes récentes et à venir créent une véritable justice d’exception pour les étrangers en situation irrégulière. Ils peuvent être jugés au sein même des zones d’attentes ou des centres de rétention et non plus au sein des palais de justice comme les autres justiciables.

Au prétexte que la justice «annulerait trop des procédures», il faudrait même modifier la constitution pour faire disparaître le juge judiciaire de ce processus. Ainsi, les libertés individuelles ne mériteraient pas d’être protégées lorsqu’elles concernent de «simples étrangers».

De plus, la pénalisation des actes de solidarité ou de soutien aux étrangers renforce l’instrumentalisation de cette justice spéciale des étrangers.

Nous refusons la création d’une justice d’exception pour les étrangers. Nous appelons les professionnels du droit attachés à nos valeurs à se joindre à la manifestation du 5 avril 2008 place d’Italie.

Mardi 25 mars 2008
Mobilisation unitaire de solidarité avec les luttes de sans-papiers
Toutes et tous dans la rue le 5 avril

Le gouvernement poursuit les politiques racistes de l’État en matière d
immigration. De la création dun ministère de l’Identité nationale à la chasse aux sans-papiers, de la politique utilitariste des quotas en passant par le fichage ADN des migrants, les mesures liberticides se multiplient.

Malgré la répression, les luttes de sans-papiers et de soutien aux immigrés restent importantes un peu partout en France. Les résistances à ces politiques prennent de nombreuses formes : mouvements dans les centres de rétention, grèves de travailleurs sans-papiers, mouvement dans les écoles, grèves de la faim, etc.

Après la réussite de la journée nationale du 20 novembre, Unis Contre une Immigration Jetable appelle a une journée de mobilisation nationale le 5 avril. En plus des résistances multiples, il est important de fédérer toutes les luttes dans une initiative nationale qui pose la revendication politique de la régularisation globale et qui par là même tente de créer un rapport de forces qui infléchisse les politiques gouvernementales.

Les organisations anarchistes, actives au quotidien dans ces luttes ont décidé de sunir à loccasion de cette manifestation nationale pour porter les mots dordre libertaires du refus des frontières et de la liberté de circulation et dinstallation pour tous. Nous publions ici lappel commun unitaire libertaire. Il est signé par les organisations suivantes : Alternative Libertaire, Coordination des Groupes Anarchistes, Fédération anarchiste, Groupe DAnarchistes de Lille et Environs, No Pasaran, Offensive Libertaire et Sociale, Organisation Communiste Libertaire.
Renforçons la lutte des sans-papiers, renforçons les cortèges libertaires pour la liberté de circulation et dinstallation.



Contre la chasse aux sans-papiers
Liberté de circulation et d'installation


Sans-papiers :
Ce terme désigne les personnes qui nont administrativement pas le droit de séjourner sur le territoire français. Ce défaut de papiers les prive dun accès légal au logement, et rend laccès aux services sociaux et de santé particulièrement difficile, voire impossible.

Il les prive également dun accès à un travail assorti des protections légales pas encore démantelées par lalliance MEDEF-gouvernement. Les sans-papiers, hommes et femmes gardent cependant le «droit» de travailler dans des conditions de précarité et dexploitation bien supérieures à celles des travailleurs et travailleuses légalement exploité-e-s, et pour un salaire bien inférieur.

Chaque jour, avec la chasse aux sans-papiers, ils et elles vivent dans la peur du contrôle policier qui conduit très souvent à l
enfermement en camp de rétention et souvent à lexpulsion, à la séparation des familles.

Malgré la répression et une précarité quotidienne, partout des sans-papiers, hommes et femmes s
organisent et luttent pour avoir le droit de vivre normalement (collectifs, grèves sur les lieux de travail, mouvements dans les écoles, grèves de la faim dans les centres de rétention, etc.).

Les politiques de gauche comme de droite se sont largement réappropriés les discours racistes brandis par Le Pen et les ont mis en pratique. Des charters de Jospin au karcher de Sarkozy, nos gouvernants ont toujours présenté les immigré-es, qu’ils-elles soient sans-papiers ou non, comme des délinquants, comme la cause du chômage et comme les responsables des désordres.

L
identité nationale, construction politique dans laquelle nous refusons de nous identifier, a désormais son ministère et est présentée comme menacée par la «déferlante» des «flux migratoires» qui chaque jour rendraient la France plus dangereuse.

Pourtant, ce qui conduit des milliers de personnes à quitter leur pays, leurs familles, leurs ami-e-s pour devenir sans-papiers, c
est souvent la misère, les inégalités sociales, les persécutions et les conflits armés générés par les classes dominantes du Nord et du Sud.

Malgré les objectifs chiffrés d
expulsions, le nombre de personnes sans papiers restera élevé. On ne tue pas comme cela la poule aux œufs dor ! En effet, le patronat utilise des sans-papiers, hommes et femmes payés au rabais et sans aucune protection. La décision de priver des personnes de papiers comme le maintien d’un taux minimal de chômage, permet de garder une pression sur lensemble des travailleur-euse-s et de garantir les profits de secteurs entiers de léconomie.

De plus, les différences de statuts, associées à un discours xénophobe divisent les travailleur-euse-s entre eux, pour les empêcher de se battre ensemble contre leurs exploiteurs. Les sans-papiers, hommes et femmes existent parce qu
ils et elles ont une utilité économique pour le capitalisme.

Si nous luttons aux côtés des sans-papiers, hommes et femmes, pour leur régularisation ce n
est pas par charité. Cest parce qu’avec ou sans papiers, nous subissons tous et toutes la même exploitation. C’est parce que nous considérons que chacun et chacune doit avoir le droit de circuler librement comme bon lui plaît. C’est parce que, dans notre conception du monde, les frontières n’ont pas lieu d’être. C’est parce que nous voulons détruire l’État qui nous considérera toujours comme des numéros. C’est parce que nous voulons changer ce monde qui méprise tant la vie humaine.

Liberté de circulation et dinstallation !

Régularisation de tous les sans-papiers, hommes et femmes !

Arrêt immédiat des expulsions et retour des expulsé-e-s !

Égalité des droits !

Abrogation de toutes les lois spéciales pour étranger-ère-s !

Libération de tous les sans-papiers, hommes et femmes et fermeture des centres de rétention et des «zones d’attente» !

Solidarité internationale avec et entre tous les sans-papiers, hommes et femmes !



Dimanche 23 mars 2008
Nouvel effort de l’équipe Hortefeux pour expulser les sans‑papiers. Témoin cette note du 28 février de la préfecture des Hauts‑de‑Seine. Dans ce fief UMP, le chef de la «direction de la population et de la citoyenneté» a peaufiné le dispositif. On peut ainsi lire quil a été décidé d«interpeller systématiquement» tous ceux qui, frappés dune «obligation à quitter le territoire», se présentent «spontanément» à la préfecture, pleins despoir, leur dossier sous le bras…

Et pas d
états dâme… Les expulsions constituent en effet une «mission prioritaire» : «Nous avons une obligation de résultat», martèle ce haut fonctionnaire, qui demande à ses troupes dappliquer ses instructions avec «un zèle particulier» !

Au guichet d
«accueil», les agents doivent donc se conformer scrupuleusement aux consignes. À la vue dun étranger, et dun, lui subtiliser son passeport. Et de deux, «linviter à prendre place dans la salle dattente», puis appeler aussitôt «le chef de la section Éloignement». Enfin, lapothéose : «Linterpellation sera réalisée en cabine fermée…» Surtout pas de scandale.

Même procédure au guichet de «régularisation», où se pressent les naïfs, attirés par l
écho de quelques affaires très médiatisées de salariés sans‑papiers ayant obtenu gain de cause. «Le piège est total, note Me Alain Mikowski, spécialiste du droit des étrangers. Et en plus, ceux qui seront attrapés sont ceux qui pensent pouvoir être régularisés. Donc, par définition, ceux qui sont parfaitement insérés, professionnellement et socialement.» Les arrestations au guichet ont commencé, de même quen Seine‑et-Marne, où un Turc a été envoyé en rétention malgré son contrat de travail et le soutien de son employeur. Puis libéré, le 15 mars, pour «interpellation déloyale».

Tout de suite les grands mots…
Dominique Simonnot
Le Canard enchaîné, 19 mars 2008
Dimanche 23 mars 2008

Pendant plusieurs jours, les gendarmes des pelotons de surveillance et d’intervention (PSIG) multiplient les contrôles dans les trains. À l’ordre du jour : recherche de stupéfiants et lutte contre l’immigration clandestine.

Ambiance tranquille dans le hall de la gare d’Hazebrouck en ce début d’après-midi. Sur le quai, des voyageurs particuliers : quatre gendarmes du PSIG d’Hazebrouck et un collègue maître-chien venu de Dunkerque.

Dans la poche de l’adjudant Bourier, la réquisition du procureur résume l’un des objectifs du jour : la lutte contre la détention de stupéfiants. À cela s’ajoute une mission plus habituelle dans une gare qui est aussi un point de passage vers le littoral : le contrôle des migrants en transit vers l’Angleterre.

Radio du poignet

Première séance de travaux pratiques dans le TER de 14h46 en partance vers Dunkerque. «C’est un axe que l’on contrôle plusieurs fois par semaine», confie un gendarme. L’heure est creuse et le train peu garni. La patrouille remonte la rame. Quelques rares voyageurs bouquinent ou somnolent. Tout est en règle.

«Quand nous interpellons une personne en situation irrégulière, elle est remise à la brigade du lieu de contrôle, quand c’est un groupe de quatre ou plus, par convention c’est la police aux frontières (PAF) de Dunkerque qui les prend ensuite en charge», précise l’adjudant Bourier.

Difficile recherche de l’identité, délicate détermination du pays d’origine, réquisition éventuelle d’un interprète, phase judiciaire ou phase administrative, remise en liberté ou reconduite à la frontière… la suite de la procédure n’appartient plus à la patrouille du PSIG. «En règle générale les migrants circulent sans papiers d’identité mais avec un titre de transport, beaucoup se prétendent mineurs ce qui peut-être estimé avec une radiographie du poignet», témoigne un gendarme.

Arrivée en gare de Dunkerque. Petite pause vigilante dans le hall puis nouveau et bref trajet, dans le TGV cette fois, jusqu’à Hazebrouck.

Truffe dans le sac

Alf, le chien renifleur, est à la manœuvre. «Il détecte la résine, l’herbe, l’héroïne, la cocaïne, le speed, l’ecstasy», explique son maître. Alf est opérationnel au mieux de son efficacité pendant une vingtaine de minutes avant de prendre un peu de repos… puis de chercher à nouveau. Il place la truffe de bon cœur au-dessus des sacs de quelques voyageurs mais les sandwiches ne l’intéressent pas. «Alf cherche autre chose», explique le maître-chien aux passagers intrigués… et hier après-midi, Alf n’a rien trouvé de bizarre.

Retour sur le quai de la gare d’Hazebrouck. Puis nouveau départ dans un TER vers Lille, avant un retour en soirée, toujours par le train. Le même dispositif a été mis en place par un autre PSIG entre Saint-Omer et Boulogne-sur-Mer. Il se poursuivra pendant plusieurs jours.

Dominique Serra
La Voix du Nord, 19 mars 2008
Lundi 17 mars 2008
undefinedCe qui attend les harraga en Belgique

Les détenus de ces centres n’ont commis aucun délit et leur détention est le fruit d’une décision administrative et non pas judiciaire.

Aujourd’hui fermé, le centre pour «illégaux» de Vottem près de la ville de Liège, est a priori un centre comme un autre : avec une double rangée de grillage, des caméras de surveillance, des gardiens et un règlement qui prévoit des sanctions comme la privation de visite, les menottes aux mains, la camisole de force et l’enfermement dans des cellules d’isolement. Il y a 6 centres pour «illégaux» en Belgique, 5 sont en région flamande et 1, en l’occurrence Vottem, est en Wallonie. Ces centres hébergent des sans-papiers en attente de leur éloignement du territoire belge, ils sont gérés par l’Office des étrangers. Chaque structure remplit une mission bien déterminée : transferts, interception des clandestins, identification des détenus… Régulièrement, des associations et ONG manifestent, et dénoncent les conditions de vie des détenus hommes, femmes et enfants dans ces centres. Ces détenus n’ont commis aucun délit et leur détention est le fruit d’une décision administrative et non pas judiciaire. Ils sont détenus le temps «nécessaire» à ce que soit prise une décision sur leur sort. L’arrestation des détenus résulte d’interpellations dans la rue, de contrôles à l’aéroport, spontanément lors d’une demande d’asile et parfois, les personnes convoquées par l’Office des étrangers se retrouvent arrêtées (par famille) au moment de leur rendez-vous. Le gros plan sur la gestion du centre de Vottem laisse entrevoir l’étendue de la violence psychique qui y règne. Le 16 novembre 2006, un journaliste publiait un article dans le magazine Ciné-télé Revue intitulé «Centre fermé de Vottem, des gardiens (4 en tout) parlent». Dans leurs témoignages, ces gardiens faisaient état d’une bien longue liste de violations des droits de l’Homme, dont eux-mêmes, exécutants, étaient témoins, tout en devant poursuivre leur tâche. Grâce au courage de ces gardiens, la direction du centre a été interpellée, puis il s’ensuivit une série de conséquences, qui n’auront sans doute pas l’effet escompté. En attendant, entre ceux qui décident et ceux qui sont émus, il y a ceux qui gèrent et improvisent. «Tous les jours, quand je rentre chez moi, je chiale parce que j’ai vu des trucs qui ne devraient pas exister», témoigne l’un des gardiens. À la question de savoir comment ils se sentent dans ce travail, un autre gardien a répondu : «Parfois, je me demande ce que je fais là, mais je me dis que j’occupe la place d’un type qui aurait pu être pire que moi. Ces centres existent de toute façon. Et puis il faut bien gagner sa vie. C’est comme ça que je me console.» Et un autre collègue de dire : «Certains pourraient croire que les agents des centres fermés sont des brutes sans scrupules ou des racistes. Or, il n’y a rien de plus faux. Par exemple, quand il a été question de recevoir des familles à Vottem et que rien n’était prévu à cet effet, on s’est démené sans compter pour rendre l’accueil acceptable parce qu’on savait qu’il y aurait aussi des enfants.»

Melting-pot

Alors que ce centre, ouvert en 1998, avait et a toujours pour objectif d’héberger les illégaux en attente de leur éloignement du territoire belge, au fil des ans, les gardiens ont pu constater la venue de plus en plus régulière de SMEX (sans moyen d’existence, ndlr). «Il faut savoir que Vottem est devenu un centre poubelle», affirme un gardien. «Par exemple, s’il y a une personne qui se ballade en rue avec un comportement bizarre, celle-ci est presque automatiquement interpellée par la police. Et s’il se trouve qu’elle n’a pas de papiers, il est fort possible que les flics l’emmènent, non pas dans un centre psychiatrique, mais la mettent plutôt dans un centre conçu pour “personnes étrangères et sans papiers”.» «Ici, beaucoup de gens n’ont rien fait de mal. À la création du centre, les “résidents” étaient uniquement des “illégaux”, mais depuis quelques années, il y a de plus en plus de SMEX. Par contre, les illégaux sont des “sans-papiers” qui ont été condamnés à une peine de prison et qui viennent purger leurs dernières semaines de peine chez nous avant d’être rapatriés ou de recevoir un OQT (ordre de quitter le territoire) de 5 jours. En quelque sorte, on sert aussi à désengorger les prisons.» «Des Africains qui fuient un régime politique dictatorial sont mélangés avec des Albanais qui viennent ici pour faire du proxénétisme… les résidents sont logés dans des chambres qui ne sont pas fermées.» Étrange brassage dans ce camp qui ne dit pas son nom. Reste à savoir quel est le dénominateur commun de tous ces détenus aux yeux des autorités belges.

Sans-papiers et cas psychiatriques

S’ajoutent à ces «catégories d’indésirables» des individus qui s’avèrent être des fous ou malades mentaux. Leur étrange comportement (cris, tentative de suicide) a amené la direction à ordonner leur enfermement dans des cellules d’isolement, sorte de cachots en béton meublés d’un matelas. L’isolement peut durer des semaines, comme l’affirment les gardiens, cela ne dépasse pas plus d’une semaine, selon la direction. Ainsi traités comme des animaux, ces individus ont parfois eu droit à l’aide d’un kinésithérapeute. Justement l’enjeu, pour les responsables de ces centres, est de faire en sorte que ces malades n’aient pas le statut de cas psychiatriques. Pourquoi ? «Pour cette direction qui dépend du ministère de l’Intérieur, c’est que si le type est reconnu malade par un psychiatre, il n’est plus rapatriable.» Donc, tout le monde aura compris le sens de la manœuvre. C’est ainsi que les autorités préfèrent voir leur maladie comme de la «simulation». Et pour les calmer, rien de plus efficace que de les enfermer dans des cellules et les y laisser terrorisés, parfois nus, jusqu’à ce que l’odeur des excréments soit insoutenable pour le personnel. Notons au passage que M.R., alors directeur adjoint du centre, est en même temps… le psy des détenus.

À refouler !

Pourtant, pour atteindre les objectifs d’expulsion, les autorités préfèrent garder le label sans-papiers, et effacer le caractère fou pour pouvoir les faire entrer dans la catégorie «à refouler». «Quand on demande pourquoi des cas psychiatriques arrivent chez nous, on me dit que c’est seulement pour savoir si ces gens doivent être rapatriés ou pas.» Et pour le savoir, dit-on, «il faut qu’ils passent d’abord par Vottem et être dans le système pour que l’Office des étrangers puisse les valider». Ces pratiques sont tellement grossières qu’elles peuvent laisser croire à une dérive de l’administration du centre. Pourtant, cette manière de fonctionner est tout simplement, dit-on, une manière de parvenir à réaliser les objectifs fixés par le ministère. Mais personne ne parle d’atteintes ou d’excès de zèle. Décidément, l’argument de la rentabilité a de beaux jours devant lui. À signaler tout de même que la préoccupation primordiale du centre est d’éviter qu’un détenu y meure. La mort d’un résident provoquerait l’attention et l’émotion de l’opinion publique, ce qu’il faut absolument éviter. Et puis, que pensera-t-on si on découvre que l’on enferme des gens qui n’ont commis aucun délit… comme des bêtes fauves ?

Quelques doses de Dhpb

En 2007, une infirmière du centre se fait licencier. Elle porte alors plainte contre la direction et accuse, notamment, le chef du personnel, Mohamed Kh., ancien policier criminologue tunisien, d’entorse à la déontologie médicale de harcèlement et de calomnie. Elle a été démise de son poste pour n’avoir pas voulu obéir aux ordres qui allaient, selon sa conscience, contre la déontologie médicale d’infirmière : «Prescription à la légère de DHPB (c’est-à-dire un neuroleptique puissant rarement utilisé car archaïque et qui crée chez une personne hyper excitée une sorte de maladie de Parkinson artificielle et se retrouve alors comme dans une camisole chimique)». Interpellé par des parlementaires, le ministre de l’Intérieur a décidé pour le budget de 2007 de créer un poste de «psy» permanent dans chaque centre, et pour le cas de Vottem, le psy M.R., qui était en même temps cadre administratif, perdra sa double casquette pour ne devenir que psy … digne de confiance. Cette affaire fait écho avec les témoignages des gardiens. «En fait, on se contente de bourrer les gens de médicaments pour les garder calmes. Les médocs à Vottem, c’est un budget de plusieurs milliers d’euros.» Plusieurs ONG avaient indiqué que ces déclarations confirmaient des craintes exprimées de longue date et un rapport dénonçait déjà en 2006 l’usage abusif de calmants et somnifères… En attendant, une information judiciaire est ouverte par le parquet de Liège. L’office des étrangers quant à lui a publié la réponse de deux médecins du centre, les mystérieux docteurs A.C. et I.K., qui affirment que le DHPB est courant dans tous les services des urgences et que ce sont les détenus qui ne cessent de réclamer des anxiolytiques. Les détenus étant complètement isolés et perdus, la solidarité des associations et des ONG qui viennent les visiter leur permet de parler et d’être entendus comme des personnes et non pas comme des numéros. La mobilisation continue même si les autorités tentent de casser les initiatives, par exemple en inculpant pour «rébellion armée» des manifestants contre Vottem qui avaient lancé des projectiles (mottes de terre et pavés). Les centres fermés ont manifestement une fonction symbolique, celle de dissuader les immigrants, mais les facteurs qui poussent les personnes à quitter leur pays sont plus forts que toutes les entraves mises sur le chemin de leur exil vers l’Europe. Dans un arrêt rendu le 24 janvier 2008, la Cour européenne des droits de l’Homme a sévèrement condamné la Belgique pour avoir violé les articles 5 (droit à la liberté et à la sûreté) et 3 (interdiction des traitements inhumains et dégradants) de la Convention européenne des droits de l’Homme envers deux Palestiniens.

Une directive de l’éloignement … les bases pour une répression commune

Ce type de détention est un instrument de plus en plus utilisé en Europe, comme en témoigne le projet de directive du retour, en ce moment en cours de négociation entre le Conseil et le Parlement européens dont le rapporteur est Manfred Weber, député européen (Parti populaire européen). Cette directive propose une organisation institutionnalisée de la détention des immigrants clandestins selon le modèle dit allemand où la détention peut durer jusqu’à 18 mois. La directive devra être adoptée d’après la procédure de codécision (c’est-à-dire entre le Parlement qui a l’occasion d’exercer ses compétences sur une question législative importante et le Conseil des ministres). Nous sommes loin des 32 jours retenus en France et qui avaient déjà suscité l’indignation d’une partie de l’opinion publique. Il s’agit donc d’aligner et d’harmoniser les pratiques des États vers le bas. Pour l’instant, deux points entraînent le report du vote : des organisations belges qui se battent contre la détention d’enfants en Belgique font pression et refusent de voir cet état de fait légalisé par l’Europe, ainsi que la question de l’interdiction de revenir sur le territoire pendant 5 ans. Il s’agirait ici de laisser la possibilité aux États de régler ce point selon les individus plutôt que de poser le principe du forfait général de 5 ans. Si les négociations se déroulent comme prévu, le vote devrait se tenir à la session des 19-22 mai 2008. Les parlementaires européens ont aujourd’hui une responsabilité historique : réagir pour ne pas laisser retomber l’Europe dans les heures sombres de la ségrégation entre nationaux et indésirables par la systématisation des camps et de l’éloignement forcé. Nous appelons les parlementaires européens à prendre leurs responsabilités et à rejeter ce projet. Extrait de la pétition : «Non à la directive de la honte». Aujourd’hui, les opposants ne s’attendent même plus à ce que les négociations adoucissent le visage de la directive. Il n’y a plus de compromis possible. La balle est dans le camp du Parlement européen. Son courage est attendu, pour ne pas dire espéré… À suivre.

Selma El Kenz, Bruxelles (Belgique)
El Watan, 17 mars 2008
Lundi 17 mars 2008
undefined6 mars 2008, Vincennes CRA 2

Le contact de Terre aux Curés nous confirme que les derniers sont tous sortis.

«Il y a deux jours, un mineur de 16 ans est arrivé.»

On nous le passe.

«J’ai dit aux flics que j
étais mineur et de memmener dans un centre pour mineurs, mais ils mont emmené à l'hôpital ; le médecin a dit que javais 18 ans mais moi je suis mineur. Ils mont fait un test osseux pour vérifier.

Je suis malade, j
ai travaillé 3 ans et demi dans la construction et depuis jai mal au dos. Ici jai mal. Linfirmière elle te prend juste la tension. Elle te donne rien du tout. La nourriture cest nimporte quoi, ils nous ramènent des trucs périmés.

Vendredi, tout le monde a déchiré les cartes d
identification. Samedi ils en ont refait des nouvelles où ils demandent la photo didentité. Le capitaine a dit quil y aurait pas de nourriture, pas de visite et pas de médecin si on prenait pas la carte. Une cinquantaine de personnes nont pas mangé samedi.

Moi j
ai été arrêté deux fois. Une fois à la préfexture de Chartres alors que jallais faire une demande. une autre fois, à la sortie du métro Jules Joffrin.

Ils nous comptent 3 fois par jour.

Dès fois, on est 5 au lieu de 3 dans la chambre.

Ils ont ramené grave de monde ce week end. Ca a chauffé parce qu
’ils voulaient nous mettre à 5 par chambre. Les flics ont sorti leurs bâtons, il y en a même un qui est rentré avec son pétard. Le capitaine la même fait sortir.

2 personnes étaient en train de fumer vendredi soir dans les couloirs. 2 flics sont passés leur ont dit de sortir. Ils ont dit OK. Une flic lui a quand même arraché violemment la cigarette de la main. Le retenu a poussé la flic, et tout de suite l
autre flic lui a mis une droite au visage.

Cette flic-là elle a particulièrement la haine. Elle passe toujours pour créer des problèmes. Même le commandant nous a dit ce week-end qu
elle ne remontrait plus. Ils ont du voir la vidéo où elle a voulu que le mec écrase sa clope sur sa main.

Vendredi tout le monde a déchiré les cartes sauf les Indous. On les a mis dans un sac et on l
a balancé à la tête des flics à laccueil. Ils ont mis 2 personnes à lisolement. Ils les prennent pas au hasard. Ils prennent ceux qui parlent bien français. Pour eux, cest les meneurs. Par exemple, moi ils ont dit que jétais un meneur parce que je parlais avec eux au nom de tout le monde. Ceux qui parlent français, cest comme les haut-parleurs des retenus.

Des fois, ils les gardent longtemps en isolement, des fois ils les sortent rapidement. La dernière fois, ils ont relaché un mec parce que tout le monde a refusé de rentrer.

Vendredi, tout le monde a refusé de manger et le lendemain, certains n
ont pas continué donc on a arrêté ça servait à rien.

L
autre jour ils nous ont tous rassemblé dans le réfectoir pour nous compter. Il y avait plein de flics et des chiens. On dirait qu’ils cherchaient quelquun qui sétait barré, mais ils nous disent rien, car sinon ça serait la porte ouverte pour nous. Ils le savent.

Pour la première fois, samedi, j
ai entendu lalarme qui venait du CRA 1. Jai vu une 15aine de flics courir par là bas.On sait rien de ce qui sy passe.

En ce moment ils mettent que des coups de pression. Ils nous traitent comme des chiens, comme si on était là parce qu
on avait fait des conneries. Ils passent dans les chambres la nuit soit disant pour chercher des gens, mais en fait cest que des coups de pression et de provocations. Au lieu daller direct dans la chambre du mec quils cherchent, ils font toutes les chambres, une à une.

Par exemple, ils sont entrés dans ma chambre ; comme j
ai les cheveux longs ils se sont foutus de ma gueule. Quand je leur ai dit que le type quils cherchaient n’était pas là, ils ont répondu “Fermez vos gueules et montrez vos cartes”. Ici, il y a des flics ils ont la haine. Je sais pas si cest des fachos ou quoi, mais en tout cas, ils ont vraiment la haine contre les immigrés. Il y en a des gentils et les pires je sais pas pourquoi cest ceux qui sont dorigine étrangère.

Ici c
est impossible de dormir. Ils passent dans les chambres pendant la nuit, claquent les portes. Il y a la brigade canine, cest des aboiements des chiens à partir de 4, 5 heures du matin. Il est situé du côté du CRA 1. Eux, ils ne doivent pas dormir de la nuit. Le matin cest le micro.

Dans les chambres, il y a des odeurs incroyables ; dans les chiottes tu peux attraper n
importe quelle maladie. Tu verrais la douche, les couloirs, le réfectoire tu nen croierais pas tes yeux.

Voilà ici c
est comme le pénitencier.»

Vendredi 14 mars 2008
undefinedHier soir, un contrôle — somme toute banal : des contrôleureuses de la tag et quelques flics venuEs en renfort… — dans le tram. Une sans-papiers avait le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment (mais y en a-t-il de bons pour les sans-pap’ ?), le contrôle se fait bruyant. Un camarade reste à côté d’elle pour prendre ses coordonnées, et peut-être, calmer le jeu. Ce n’est pas vraiment du goût de la flicaille : les deux se font embarquer. La sans-pap’, inculpée de «rebellion face à agent», est très probablement déjà partie en centre de rétention, le camarade est arrêté pour «port d’arme illégal» (comme illes avaient rien contre lui, illes ont fouillé son sac et trouvé … un opinel !). Une fois au poste, il refuse bien entendu le fichage ADN, et se retrouve donc en garde à vue… Aux dernières nouvelles il y était encore.

Hier vers 23 heures, une cinquantaine de personnes alertées se rassemblaient en soutien devant l’hôtel de police. Un petit groupe attend également la sortie du camarade ce matin.

Police : 2
Nous : 0

On attend quoi ?

Indymédia Grenoble, 14 mars 2008

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Le Jura Libertaire
Au Coffre-Fortcoffre-fort.JPG
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(en face de l’I.M.E.)
F-39200 saintClaude

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