Vendredi 10 juillet 2009
Un local de la CGT pris pour cible
après l’expulsion des sans-papiers de la Bourse du travail


Le local de la CGT à Paris, dans le XIVe arrondissement, a été saccagé, et la vitrine endommagée durant la nuit du 2 au 3 juillet 2009. Le mot «expulseurs» a été inscrit sur le mur du local.


La semaine dernière, le 24 juin, des centaines de sans-papiers qui occupaient depuis juin 2008 un local de la CGT, rue Charlot dans le IIIe arrondissement de Paris, avaient été expulsés par le service de sécurité du syndicat accompagné des forces de l’ordre.

Cette expulsion avait suscité de vives protestations.

Citizenside, 3 juillet 2009.


P
etites contributions suite à l’action de la CGT contre les sans-papiers

24 juin 2009 : le service d’ordre de la CGT expulse de force les sans-papiers installés à la Bourse du travail de Paris depuis mai 2008.

29 juin : La grande fête du Parti communiste parisien se déroule place des Fêtes (Paris-19). Quelques jours avant, cette dernière est recouverte de tags «CGT expulseurs».

1er juillet : Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, négocie à l’Élysée les prochaines mesures patronales.

2 juillet : Toutes les surfaces vitrées du siège local de la CGT, rue de l’Aude (Paris-14) sont entièrement défoncées. Un tag précise à côté «Expulseurs».

Indymedia Nantes, 5 juillet.


Adhérez à la CGT !

Alors que nous nous baladions gaiement dans le XVIIe arrondissement de Paris, ô surprise, nous tombâmes sur une affiche stipulant qu’une permanence était ouverte aux travailleurs sans-papiers. C’est alors que nous levâmes nos têtes et que nous aperçûmes un infâme écriteau nous indiquant de façon certaine de quel coté de la barricade nous nous trouvions : CGT.

Par chance, nous avions dans nos besaces de larges stocks de peinture. C’est alors que nous vint l’idée de faire payer à quelques collabos l’expulsion syndicalisto-policière des sans-papiers de la Bourse du travail.

Après avoir recouvert la façade de peinture noire comme la vengeance, nous avons laissé deux tags : «CGT Collabos» et «CGT Sales flics».

Le 3 de la rue Tarbé est désormais marqué du sceau de la vengeance contre la collaboration de classe, celui qui lui sied le mieux depuis la création du syndicalisme en Angleterre au XIXe siècle afin de briser les révoltes luddites.

Que les défenseurs du travail sachent qu’ils ne sont plus à l’abri, et que la peinture peut incessamment sous peu se transformer en acide, laisser place au marteau de Ned Ludd ou à la bombe.

Des travailleurs de la nuit - Indymedia Nantes, 8 juillet.
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Mercredi 8 juillet 2009
Témoignages de l’intérieur du centre,
le mercredi 8 juillet 2009


«On a arrêté la grève de la faim hier. Je peux rien vous raconter en ce moment. Au niveau d’en bas, jai eu quelques petits problèmes à cause des communications. Ils nous ont vu beaucoup téléphoner, ils mont averti, je préfère arrêter les communications.»

Nous appelons deux fois aux cabines, les retenus ne veulent pas parler de la fin du mouvement. Puis la troisième fois quelqu
un veut bien nous parler.
«On a arrêté, ça sert à rien. La Cimade depuis une semaine nous promet des choses, mais ils ne font rien. Pourtant cétait important, on aurait dû continuer mais personne ne prend ça en considération (…) Quand tu arrives ici, il faut trouver un moyen de sortir : faire des tentatives de suicide, avaler des lames de rasoirs ou autre chose … sinon cest fini ; ça fait quinze jours que je suis ici, depuis, aucun Algérien na été libéré, seulement deux Marocains et deux Tunisiens lont été, par contre ils ne libèrent que des Chinois. On sait même pas comment ça marche : si cest le consulat qui signe ou autre chose.»

Nous lui donnons des informations sur l
attitude de l’État algérien, le fait quil signe tous les accords anti-immigration avec la France, quil a même fait passer un texte de loi qui prévoit de punir de prison lémigration clandestine.
«Pourquoi personne naffiche tout ça ? Je comprends pas car si cétait connu, les gens se révolteraient. Je connais une association, Droits Devant, qui soccupe bien des sans-papiers algériens, est-ce que cest une association payée par l’État algérien ? (…) On est au centre, on est enfermés. Je sais pas ce quon va faire. Je vais essayer de vous passer quelquun qui vous raconte la fin de la grève de la faim.»

La personne refuse de venir nous parler, nous demandons alors à notre interlocuteur revenu au bout du fil si c
est à cause de la pression de la police que personne ne veut nous parler.
«Non on na pas de pression, on na pas peur de la police, on sen fout deux.»

Nous demandons des nouvelles des deux retenus algériens qui ont été expulsés hier et nous racontons ce qu
ils nous ont dit sur leur expulsion.
«Moi je sais que cest quand on arrive dans lavion quil faut les emmerder comme ça ils ont peur de perdre des clients et ils te font descendre.»

Notre interlocuteur va chercher un retenu qui pourrait nous raconter la fin de la grève de la faim.
«Hier ils ont été expulsés, ça a été fait. Dommage. Ils nous ont appelé de lavion vers 16 heures, on a su quils ont été expulsés. Alors, hier au centre ils ont pas voulu continuer. Tout le monde a peur vis-à-vis de ce quils ont fait aux autres. Tout le monde a peur. Ce sont des pauvres gens. Tout le monde a mangé. Personne ne dévoile ce quil ressent. Les gens ne se font pas confiance entre eux. Je ne peux pas deviner leurs pensées. Moi jétais bloqué, ils ont changé davis dun moment à lautre. Jétais bloqué, jai pas pu réagir. On na pas de possibilités, cest très délicat.»

Ce 8 juillet l
ambiance est lourde, tous semblent profondément tristes. Mais il y a semaine, le 1er juillet, les retenus nous disaient :
«En 25 jours, il y a eu cinq tentatives de suicide. Lambiance était horrible au centre. Ca devenait fou, on regardait ça tous les jours et on shabituait, cest fou on ne doit pas shabituer à des gens qui sautomutilent et se suicident tous les jours. Il fallait réagir à ça. On était en train de devenir des monstres, on réagissait plus. On s’est dit il faut réagir autrement, ne pas s’habituer.»

Les retenus ont réagi, leur grève de la faim a rendu visible leur révolte, leur colère et le fait qu
il y a des gens qui ne shabituent pas et ne shabitueront jamais à ça. Il ont trouvé un moyen denrayer la machine à expulser, que tout ne se passe pas normalement, cest aussi pour contribuer de lextérieur à cet enrayement que nous publions et continuerons à publier lhistoire de leurs luttes à lintérieur. C
est ce que nous leur avons dit avant de les saluer.

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Mardi 7 juillet 2009
Centre de rétention de Vincennes,
mardi 7 juillet, le matin


La grève de la faim continue mais la pression monte. Il y a deux heures de cela, donc vers 12h30, la police est venue chercher deux grévistes qui devaient être libérés à 16h00 aujourd’hui, pour les expulser. Lun des deux est lauteur de ce témoignage.

«Le mec qui a avalé des lames a été transféré à lhôpital. Comme il refuse les soins, il nous a appelé pour dire quils lavaient attaché au lit et quils lui avaient injecté des trucs avec une seringue. La Cimade ne sait même pas où il est.

Pour l'instant il n
y a toujours aucun nouveau. Il y a un nouveau commandant de bord. Hier soir, il a fait une fouille générale des chambres. On a tous dû descendre dans la cour. Après il a fait une fouille individuelle. Il y a toujours des tentatives dintimidation pour ceux qui ne mangent pas. Ils demandent aux grévistes de se signaler au guichet. Ils disent quils doivent calculer le nombre de repas à acheter. Mais on a refusé.

Le capitaine nous a menacé, il veut nous faire croire qu
il y a un risque davoir un casier judiciaire par rapport à la grève de la faim. On est allé discuter avec lui.»

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Lundi 6 juillet 2009
Centre de rétention de Vincennes,
dimanche 6 juillet 2009, 22h30


Les retenus nous appellent, visiblement très inquiets par l’état de santé de plusieurs de leurs camarades que ladministration refuse denvoyer à lhôpital. Nous sommes à une semaine de grève de la faim au centre. Dhabitude ces mouvements ne durent que deux ou trois jours…

«Il y a trois malades dans la journée. Il y en a un qui est tombé et qui a été transféré à l
hôpital. On na aucune nouvelle depuis, il y en a un qui a déjà eu des problèmes, un ulcère. Il est descendu à linfirmerie, ils lui ont donné des comprimés, lautre pareil ils lui ont donné du Lexomil. Ils veulent rien faire. Il y a deux personnes qui ont avalé des bouts de métal et des lames aujourdhui parce quils nen pouvaient plus, il y en a un qui est à linfirmerie et lautre qui veut parler à personne. Le médecin est pas là et les flics disent que ça dépend de linfirmière pour transférer quelquun à lhôpital. Il y a un état de stress. Il y a des tentatives dintimidation pour nous faire manger. Les gens qui vont au distributeur de boissons et de clopes sont pointés sur une liste. On est à bout de nerfs. Comme on a dit quon restait pacifiques on sait pas quoi faire. On est tous sur les nerfs. On a des douleurs à lestomac, des maux de tête. Ça va être une soirée difficile. Il y avait deux Chinois qui devaient être expulsés, il y en a un qui a accepté de partir mais lautre a refusé et il a été libéré. Sinon ça fait deux jours quils ont ramené personne au centre, quelque part on a réussi un peu. Là on est à peu près une quarantaine et 36 en grève de la faim. Il y en a deux trois qui mangent et ceux qui sont malades.»

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Lundi 6 juillet 2009
La CGT expulse violemment les sans-papiers

Le 24 juin dernier un commando d’une cinquantaine de gros bras de la CGT armés de matraques évacuait violemment les sans-papiers qui occupaient depuis quatorze mois la Bourse du travail 85, rue Charlot pour obtenir leur régularisation. La direction de la CGT, comme l’État à chaque fois qu’il expulse, invoque son «humanisme» et l’intérêt des victimes de ses exactions. La réalité des faits leur importe peu : 23 blessés, gazés, matraqués, parmi lesquels cinq femmes et un enfant, et des centaines de sans-papiers à la rue, condamnés à camper sur le trottoir pour continuer à lutter.

Pourquoi un tel déchaînement de violence à l’encontre de ceux qui sont les plus exploités, les plus précaires, les plus harcelés par la police, qui risquent à tout moment de se faire rafler et expulser ? Les directions syndicales, qui ont toujours eu pour habitude de considérer leurs affiliés comme des moutons devant suivre aveuglément les décisions prises autoritairement en haut lieu, ne pouvaient que voir d’un mauvais œil la présence au sein même de la Bourse des centaines de travailleurs essayant de développer un fonctionnement horizontal où la base a le dernier mot. Elles savent parfaitement combien ce «mauvais» exemple représente une menace contre leur petit pouvoir de bureaucrates englués dans la cogestion de l’exploitation avec le patronat et l’État. Elles tentent encore de justifier leurs exactions par le fait qu’il aurait fallu récupérer la Bourse pour la rendre aux syndicats. Mais les Bourses du travail n’ont-elles pas dès leur origine été créées pour accueillir tous les travailleurs sans distinction, et en premier lieu les plus exploités ? Et ce n’est pas parce que les directions syndicales promptes à institutionnaliser les luttes ont fini par s’accaparer ces lieux, héritages des combats ouvriers, qu'elles doivent se considérer comme en étant les propriétaires.

À titre de rappel, la CSP 75 a occupé la Bourse pour s’y réfugier et demander l’aide de l’intersyndicale afin d’appuyer auprès de la Préfecture les dossiers des travailleurs sans-papiers isolés qui constituent cette coordination.

Cette expulsion musclée de sans-papiers fait suite à celles effectué par la CGT en 2007 3, rue Château d’eau. Par l’absence de condamnation claire, nette et franche de la part des directions syndicales et des politiques, elle a au moins le mérite de nous montrer que nous ne devons compter que sur nous-mêmes, c’est-à-dire sur la solidarité entre tous ceux qui ont à subir l’exploitation, qu’ils soient travailleurs ou chômeurs, sans-papiers ou avec papiers, Français ou immigrés, jeunes ou moins jeunes, hommes ou femmes. Pour avancer dans la lutte, il nous faudra en finir avec toute forme de division, de séparation qui nous empêche de créer un rapport de force permettant d’inverser l’ordre des choses.

Arrêt des rafles, fermeture des centres de rétention, régularisation de tous les expulsés de la Bourse du travail et de tous les sans-papiers
Venez nous soutenir au 33 bld du Temple - Métro République

CSP75, Comité de soutien de la Bourse occupée…, 6 juillet 2009


Communiqué du SIM-rp

Le Syndicat de l’industrie des métaux de la région parisienne de la CNT déplore l’expulsion des sans-papiers de la Bourse du travail de Paris  par la centrale syndicale CGT le mercredi 24 juin 2009. Il s’agit d’un déni de solidarité et de fraternité et un geste d’exclusion fort proche d’un acte d’extrême droite.

Nous remarquons que cette action de la CGT n’aurait pas eu lieu sans la collaboration de la mairie de Paris (et l’appui des CRS). C’est une attitude de propriétaire hautain vis-à-vis de personnes dans le dénuement et en attente de protection de représentants municipaux et à la fois d’un parti supposé soucieux des droits des exclus.

De plus, dans ce cas précis, si la CGT — et d’autres syndicats appartenant à SUD et à la CNT — ont éveillé un immense espoir à partir d’avril 2008 chez les sans-papiers, maintenant et de façon totalement arbitraire, sans consultation des intéressés et des autres syndicats, c’est la CGT qui décide seule de mettre un terme à cette lutte.

L’espoir des citoyens bafoués sera difficilement brisé. Nous continuerons à les soutenir et à lutter pour la régularisation de tous les sans-papiers.

SIM-rp, 1er juillet 2009.
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Samedi 4 juillet 2009
Hier soir à Vincennes

Vendredi 3 juillet, un rassemblement a eu lieu au pied du centre de rétention de Vincennes. Les retenus et les personnes à l’extérieur ont pu échanger des «Liberté !», «Libérez les sans-papiers» pendant une bonne quinzaine de minutes. Les retenus sont montés sur les grilles ce qui a déclenché l’alarme. Le dispositif policier ne s’est mis en place à l’extérieur que cinq à dix minutes après la dispersion. Les flics ont cherché les manifestants dans tous les coins et recoins des abords du centre. Les gens ont ainsi pu manifester leur solidarité avec les retenus qui ont entamé un mouvement depuis mardi 30 juin.

Depuis maintenant quatre jours, l’ensemble des retenus est en grève de la faim. L’élément déclencheur a été une énième tentative de suicide lundi dernier. Les retenus se sont dit qu’ils ne pouvaient plus l’accepter et qu’il ne fallait pas qu’ils s’habituent aux tentatives de suicide, sous peine de devenir des monstres (voir les témoignages postés sur indymedia). Ils ont très rapidement tenu des assemblées générales et écrit une liste de revendications. La plus importante pour eux étant : fermeture des centres de rétention et régularisation des sans-papiers !

Solidarité ! Liberté de circulation et d’installation pour tous !

4 juillet.


Centre de rétention de Vincennes, le 4 juillet 2009

La personne que nous avons au téléphone nous raconte que des manifestants sont venus hier soir aux abords du centre. On en profite pour lui lire l’article de l’Humanité publié la veille. La grève de la faim continue au centre.

«Hier, vers 20h30 à côté du centre il y a eu une foule qui manifestait pour nous. Un ami qui appelait sa fiancée dehors est rentré dans la chambre pour nous dire qu’il y avait des manifestants qui criaient pour nous. Il a dit qu’il fallait sortir, on ne s’attendait pas à ça, on est sortis d’un seul coup.

Ça m’a vraiment touché. On ne pouvait pas voir mais on a entendu crier, on nous parlait en criant. La petite foule demandait la libération des retenus, la liberté. Ça m’a fait beaucoup plaisir, ça m’a chauffé le cœur. On a crié avec eux même si on est fatigués par la grève de la faim. On a fait des efforts pour qu’ils nous entendent. Je sais pas combien de minutes ils sont restés puis ils sont partis, je pense à cause de la sécurité. Peut-être la police a dispersé les manifestants. On était très heureux. Ça m’a vraiment touché pour moi et pour les autres, ça nous a donné le courage pour qu’on continue la grève.

Avec la police ça a été mais on peut pas écouter ce qu’ils disent entre eux. Ils ne savent jamais quand ça peut chauffer dans le centre, mais nous on n’est pas agressifs. On crie pour qu’on nous entende. On a commencé à rigoler et après les policiers sont partis.

On était dans le petit jardin, ce n’est pas grand, mais on a entendu bien comme il faut les cris et les paroles.

Les policiers font leur travail au niveau sécurité mais on leur a expliqué qu’on était pacifiques, qu’on n’aime pas faire des trucs pas bien. On n’est pas ici parce qu’on est des criminels, on crie pour notre liberté, c’est tout.

On a déclenché l’alarme pour être entendus de l’extérieur.

On a été très heureux, on a dit que les autres essayent de combattre pour nous et nous on doit pas craquer, on doit continuer le combat.

En ce moment il y a toujours des nouveaux qui arrivent en rétention, des Chinois et des Blacks mais certains mangent. On parle à ceux qui mangent pour qu’ils comprennent. Il y a aussi des gens malades et eux on ne peut pas les obliger. Mais la grande majorité tient toujours le courage et le souffle pour notre liberté. Les nouveaux disent qu’ils s’en foutent, que demain ils partiront au bled ou à Bangkok.

La dernière fois on a demandé du sucre, la police était d’accord, elle a demandé du sucre au personnel civil du réfectoire. Les travailleurs nous en ont donné mais quand leur chef a vu ça il a gueulé, il a dit que si on voulait du sucre on n’avait qu’à prendre les repas. On a refusé. Après le personnel civil ne voulait plus nous donner de sucre.

Alors on a protesté auprès du capitaine pour avoir du sucre et on a fini par obtenir du capitaine de pouvoir aller chercher du sucre et du sel à l’infirmerie.

On continue de faire des réunions entres les grévistes, il y a toujours le commandant et le capitaine qui viennent discuter avec nous pour voir comment ça se passe. Nous on lui parle de nos problèmes même si on n’arrive pas bien à s’exprimer : par exemple il y a des gens qui ont une famille dehors. Mais il ne peut rien faire, il est là comme chef de la police ou de la rétention qui observe et qui fait les commandes de nourriture. Par rapport à nous le commandant ne peut rien faire, malgré tout on est là et on attend le jour de notre libération.

Il y a des policiers qui montent dans les chambres et viennent chercher les gens pour manger.

En ce moment il y a beaucoup d’expulsions vers l’Asie, vers Bangkok, pas trop vers l’Algérie. Chaque jour il y a deux ou trois expulsions.

[On lui demande si les flics continuent à les compter plusieurs fois par jour avec leur carte de retenus.]

J’ai une carte avec mon nom et ma photo, c’est pour les visites et les repas. La police ne compte pas avec les cartes. Pourquoi ils nous compteraient ? On n’est pas militaires, ni policiers, ni criminels !

Je suis depuis 25 jours dans le centre. La dernière fois je suis rentré dans la chambre et j’ai trouvé un ami pendu. Quelques secondes plus tard il serait mort. Je n’ai jamais vu ça, depuis que je suis ici j’ai vu cinq tentatives de suicide. Les gens qui font ça ils se disent : «S’il y a quelqu’un qui vient à mon secours tant mieux, sinon je suis mort», ça leur évite de partir au bled. Y a rien au bled, ils aimeraient bien rester ici, ils ont un travail ici. Il y a même des gens qui ont une famille ici, comme moi par exemple.

[Il nous décrit le centre.]

C’est un grand chalet avec des compartiments. À l’étage, chaque chambre est soit de 2 personnes soit de 4 personnes, et il y a les cabines téléphoniques. Il n’y a pas de poste de police à l’étage mais de temps en temps il y a des rondes. Au rez-de-chaussée il y a le réfectoire et la salle télé et une Playstation. À l’extérieur il y a un jardin. Avant il y avait deux chalets mais ça a brûlé et à la place ils ont mis un gazon. C’est là qu’on était quand on criait hier soir. Au-dessus du jardin il y a un couloir réservé à la circulation des flics, avec deux guérites.

Il y a des cameras partout de tous les côtés, dans les couloirs et le jardin, c’est une observation totale, heureusement il n’y en a pas dans les chiottes et les douches.»

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Vendredi 3 juillet 2009
Centre de rétention de Vincennes, jeudi 2 juillet 2009 :

«On a décidé de tenir la grève jusqu’au bout malgré les difficultés : la sécurité, l’administration, les nouveaux arrivants qu’il faut informer. On essaie de tenir malgré la réticence des services du centre. Personne du centre n’est venu nous parler ni par rapport à notre santé ni par rapport à nos revendications.

L’infirmerie ne s’est pas manifestée. L’administration a refusé de nous donner du sucre. Ils veulent nous donner du sucre en échange de tickets repas pour pouvoir justifier qu’on ne fait pas de grève de la faim.

On informe l’extérieur au maximum : la Cimade et le reste. Aujourd’hui, j’ai vu une journaliste. C’est important pour nous de savoir que c’est relayé. On a amené des trucs parus sur Internet que j’ai lu aux autres, ça les a réconfortés. Il y a besoin que des gens prennent le relais. Les deux ou trois leaders peuvent être transférés ou expulsés.

Le plus important, c’est la fermeture des centres de rétention et la régularisation de tous les sans-papiers. Il faut que tout le monde s’unisse là-dessus !»

Deuxième coup de fil :

«Le capitaine du centre est venu expliquer qu’il était impossible de donner du sucre aux grévistes de la faim car les gestionnaires du centre n’ont pas le droit de sortir du contrat avec l’entreprise privée qui fournit la nourriture. Donc, ce n’est pas possible d’acheter même deux ou trois kilos de sucre car ça sort du contrat »





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Jeudi 2 juillet 2009
No Border fini, la mairie et la police passent à l’action :
Destruction du squat des Soudanais, phase 1


Vers 15h, ce jeudi après-midi, la police a interpellé tous les Soudanais présents dans les trois maisons face au Channel, à Calais. Tous ceux qui avaient des papiers ont été relâchés. 10 d’entre eux ont été emmenés en prison, selon les Soudanais rescapés de la rafle.

La démolition fut immédiate. Certains réfugiés soudanais ont pu prendre leurs affaires. Les autres non.

Le 17 juin, un inconnu nous avait avertis, en tant que participants au camp No Border, de la destruction le lendemain des trois maisons qui appartenaient auparavant à la SNCF. Il nous avait également informés de la rafle qui précèderait la destruction.

La tenue proche du camp No Border et la présence de militants a certainement freiné les ardeurs de la sous-préfecture.

Attention, destruction prévue du camp des Afghans, la célèbre Jungle.

2 juillet 2009.


Bientôt : Évacuation des Jungles et autres habitations

La Direction départementale des affaires sanitaires & sociales (DDASS) du Pas-de-Calais a réuni les différentes associations de réinsertion sociale du département pour leur demander de se préparer à accueillir un grand nombre de personnes migrantes, suite à l’évacuation générale des Jungles et autres habitations squattées de Calais et de la côte.

Le délai annoncé est d’ici la deuxième, voir troisième semaine de juillet. Selon l’interprétation de certains directeurs, ça pourrait être 10 jours maximum (ce qui me paraît cohérent avec la masse de flics dans le coin qui ne repartiront pas les mains vides comme ça…).

Autrement, aujourd’hui un squat de Calais près du port (je ne connais pas précisément sa localisation, je ne l’ai jamais visité) occupé par des personnes africaines a été évacué durant l’après midi. Peut-être le point de départ, ou juste une provocation vis-à-vis du No Border.

26 juin.
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Jeudi 2 juillet 2009
Retranscription de l’appel des sans-papiers
retenus au centre de rétention de Vincennes :


Avis de grève de la faim

Nous, l
ensemble des retenus du centre de rétention de Vincennes, après une concertation générale, nous avons convenu et décidé dentamer une grève de la faim à partir du 30 juin 2009 jusquà satisfaction totale de nos revendications qui sont les suivantes :
1/ Apporter une solution rapide et efficace aux retenus traumatisés par les tentatives de suicide à répétition.
2/ Améliorer les conditions de rétention dans le centre, voire la nourriture, lhygiène et tous les services internes avec ladministration et la police.
3/ Prendre en considération les retenus souffrants de maladies graves et leur offrir des soins à lextérieur du centre.
4/ Libérer les retenus ayant une situation familiale et des enfants à charge nés et issus dun mariage sur le sol français.
5/ Offrir un nombre suffisant davocats commis doffice durant les audiences pour les retenus.
6/ Donner le choix aux retenus désirant quitter la France par leurs propres moyens pour préserver leur dignité.
7/ Remédier aux conditions de mouvement et de déplacement des retenus et la longue attente avant et après les audiences.
8/ Donner plus de temps aux détenus libérés après 32 jours de détention pour pouvoir remédier à leur situation irrégulière ou rentrer dans leur pays dorigine.
9/ Arrêter les contrôles massifs et abusifs dans les rues qui portent atteinte à la liberté et la dignité des personnes.
10/ Respecter le règlement intérieur des retenus et les informer de chaque mouvement.
11/ Fermer les centres de rétention et régulariser les sans-papiers.

Cet appel daté du 30 juin 2009 a été signé par 48 personnes enfermées au centre de rétention de Vincennes, mais dautres ont rejoint le mouvement depuis.

Les retenus peuvent être contactés par les cabines téléphoniques du centre :
01 45 18 59 70 — 01 45 18 12 40 — 01 45 18 02 50


Les sans-papiers retenus à Vincennes
entament une grève de la faim


«Nous, l’ensemble des retenus du centre de rétention de Vincennes, après une concertation générale, avons convenu dentamer une grève de la faim à partir du 30 juin 2009 jusquà satisfaction totale de nos revendications», peut-on lire sur lavis de grève de la faim des sans-papiers enfermés à Vincennes. Signée par 48 personnes retenues dans le plus grand centre de rétention administrative (CRA) de France, une liste de onze revendications a été communiquée «aux services de la préfecture concernés», explique lune delles, Ahmed (son nom a été modifié).

Les retenus ont décidé de se mobiliser en réaction à une tentative de suicide par pendaison de lun des leurs. «Moi, ça fait 26 jours que je suis enfermé, jai déjà assisté à six tentatives de suicide ! Les gens se charcutent le corps avec les lames quils arrivent à trouver et se pendent avec des draps», raconte Ahmed. Agir est alors apparu comme une nécessité. «On ne réagit plus à la vue du sang, on nécoute plus ceux qui lancent un appel au secours. On devient comme des êtres sans âme. Il ne faut pas laisser faire ça» lance Ahmed.

Si les mouvements de révolte en centre de rétention sont fréquents, celui-ci semble particulièrement organisé, issu d
une dynamique regroupant lensemble des personnes présentes. «Ça a lair de venir de tout le monde, cest un vrai travail collectif», commente Damien Nantes, de la Cimade, une association de soutien juridique intervenant en CRA.

En effet, le mouvement de protestation a été mûrement réfléchi et débattu en assemblées générales improvisées. «C
est après des réunions répétées avec lensemble des retenus que nous avons décidé de nous mettre en grève de la fin, hier à minuit», détaille Ahmed. Le lendemain, la lutte sorganise concrètement : «Aujourdhui, nous avons fait un sitting et nous avons commencé à prendre contact avec des associations comme la Cimade, Amnesty International…»

Mais faire tenir un mouvement large dans un CRA est difficile car «de nouvelles personnes arrivent tous les jours, il faut tout réexpliquer à chaque fois, c
est compliqué mais nous prenons le temps de le faire». Dailleurs, quatre nouveaux retenus auraient adhéré à la démarche depuis ce matin. Les moyens matériels et les possibilités dexpression sont très limités. «Jai demandé à écrire une banderole. On ma dit que je ne pouvais utiliser que du papier alors jai fait des affiches en français, en arabe et en chinois que jai mises dans la cour. Mais elles ont été retirées, on ma dit que cétait interdit.»

Les retenus dénoncent de pénibles conditions de vie. «Ici, c
est la malbouffe, lodeur qui se dégage des barquettes en plastique nous coupe lappétit. Chaque fois que tu as besoin de quelque chose cest la guerre avec eux [les gardiens ndlr].» Lenfermement des pères de famille et des «personnes qui suivent de lourds traitements médicaux» est également mis en avant.

Ils dénoncent également la façon dont ils sont traités à l
extérieur, notamment lorsquils doivent être présentés au tribunal, se plaignant «dattentes interminables dans une pièce au sous-sol du Palais de justice». Au-delà des conditions de vie en CRA, les retenus demandent «larrêt des contrôles massifs et abusifs dans les rues», la fermeture des centres de rétention et la régularisation des sans-papiers.

Selon les retenus, les rapports avec les gardiens restent relativement calmes mais l
évolution de la situation doit être observée avec attention dans ce CRA qui a été remis en état il y a peu. Le 22 juin 2008, après la mort dun retenu, un rassemblement réprimé avait tourné à la révolte, et le CRA avait été entièrement brûlé. Reconstruit depuis, il fait lobjet de toutes les attentions de la préfecture de police qui dépêche toujours un impressionnant dispositif policier lorsque des militants manifestent à ses abords pour demander la libération des sans-papiers. Encore aujourd'hui, une dizaine de sans-papiers présents au moment de lincendie sont poursuivis en justice, plusieurs dentre eux ayant fait de nombreux mois de détention provisoire.

Charlotte Rouault - Mediapart, 1er juillet 2009.


Centre de rétention de Vincennes, le 1er juillet 2009

«Il y a des gens qui ont tenté de se suicider. Deux jours de suite. C’est pour cela qu’on a fait le mouvement. Celui d’hier il avait un vol ce matin. Il s’est pendu avec les draps. On est quarante ou cinquante dans le centre.

«C’est le deuxième jour de la grève de la faim. On ne mange pas depuis deux jours. On a commencé avant-hier soir à minuit après une ultime tentative de suicide. En 25 jours, il y a eu cinq tentatives de suicide. L’ambiance était horrible au centre. Ça devenait fou, on regardait ça tous les jours et on s
habituait, cest fou on ne doit pas shabituer à des gens qui sautomutilent et se suicident tous les jours. Il fallait réagir à ça. On était en train de devenir des monstres, on réagissait plus. On s’est dit il faut réagir autrement, ne pas s’habituer. On s’est dit qu’un jour il y allait avoir un mort, qu’on allait se retrouver avec un cadavre. On s’est réunis dans la cour. La grève de la faim a commencé à minuit. On a décidé de restituer les sacs du petit-déjeuner quils nous donnent le soir. On les a tous posés sur la table de ping-pong dans la cour. Le lendemain, les policiers ont réagi quand ils ont vu quon ne mangeait pas. Les flics nous on dit : Vous mangez pas ? On a dit : Non, on vous parlera après notre réunion et on dira nos revendications. On s’est donc réunis vers 18h30 hier jusquà 22h00. La réunion a eu lieu dans la cour. Les flics ont fait quelques tentatives d’intimidations du style : Si vous restez tranquilles, tout se passera bien, sinon, c’est la répression. Ça ne nous a pas fait peur. On est restés sereins. On a discuté dautres trucs dans la réunion mais cest la grève de la faim qui a été décidée parce que notre mouvement est pacifique.

«Aujourd
hui, on a demandé du sucre pour notre grève, ils ont dit quils nous répondraient plus tard, deux heures après ils nous ont appelé et ils ont dit OK, mais en fait après il y a une femme, je sais pas qui cest, qui a dit que non, quon doit prendre la nourriture quils nous donnent.

«On a prévenu des associations pour notre mouvement. On attend du soutien maintenant.

«On a écrit une liste de revendications :
1) Apporter une solution rapide et efficace aux retenus traumatisés par les tentatives de suicide.
2) Améliorer les conditions de rétention : nourriture, hygiène, comportements de la police et de l’administration. Parce qu’ils réagissent de manière agressive. On n’a pas le choix pour les heures de repas, pour acheter des clopes… Les consultations avec l’infirmière sont souvent retardées ou refusées. Pareil avec la Cimade. Pour les visites, ils essaient de décourager les gens en les faisant attendre. Ils nous disent que cest plein et quil faut attendre et quand on arrive aux visites on se rend compte quen fait il y navait quune personne.
3) Prendre en considération les retenus gravement malades et leur offrir des soins à l’extérieur. Il y a des gens qui ont des traitements et qu’ils ne peuvent plus suivre ici.
4) Libérer les retenus qui ont une famille, des enfants en France, mariés ou vivant avec une résidente française.
5) Offrir plus d’avocats commis d’office. En général, il y a un seul commis d’office pour cinq ou six retenus. Il n’a que quinze minutes pour regarder le dossier.
6) Donner le choix aux retenus qui souhaitent quitter la France par leurs propres moyens, dans la dignité. Par rapport à la famille là bas, ou pour des raisons politiques, y a des gens qui préfèrent repartir par leur propres moyens. les juges ne veulent jamais donner des assignations à résidence. Moi cest mon cas par exemple, jai demandé au juge et il a refusé.
7) Remédier aux conditions de mouvements, de déplacements avant et après les audiences. On est réveillé à 6h pour une audience à 10h, on attend 4 à 6 heures dans une pièce sale, qui sent l’urine.
8) Donner plus de temps aux retenus qui sortent libres pour préparer leur départ au pays. Légalement on na que 8 jours, on ne peut rien préparer en 8 jours.
9) Arrêter les contrôles massifs et abusifs dans la rue qui portent atteinte à la liberté.
10) Respecter le règlement intérieur : l’administration l’enfreint tout le temps. Les personnes sont expulsées sans être prévenues quelles vont lêtre. Ils doivent nous le dire.
11) Fermer les centres de rétention et régulariser les sans-papiers. Il fallait bien quon la mette quelque part quand même cette dernière revendication !»


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Mardi 30 juin 2009

Le 24 juin, jour de l’expulsion, et les deux jours suivants où le campement pour la nuit a commencé à sorganiser, à prendre une allure moins précaire, déterminée à durer, ont été des jours de forte tension. Non seulement à la suite des violences de la CGT relayées par celles des forces de police. Mais encore à cause de la pression physique exercée par ces dernières sur les quelque six cents sans-papiers qui cherchaient à sinstaller tant bien que mal sur le trottoir du boulevard du Temple, en face de la Bourse du travail.
De toute évidence, les autorités, tant de police que municipales, faisant fi de leurs obligations de secours envers une partie de population, et considérant sans doute les occupants de la Bourse du travail comme des squatters et non des travailleurs en lutte, pensaient faire fléchir leur détermination par des mesures dintimidation inhumaines. Inhumaines au sens juridique : contraires aux droits de lhomme, de la femme, de lenfant, les plus élémentaires.
Ces mesures se résument en deux mots : les prendre par la faim et par la soif. Les priver — et dabord les femmes et les enfants — de nourriture et deau. Et jusque de lusage des toilettes des rues, pour motif de «protection du mobilier public» (un gendarme-chef dixit).
Pendant deux jours, un épais cordon de paniers à salade, de gendarmes et CRS, a encerclé le campement de fortune, empêchant toute personne solidaire ou simplement touchée par la vue de ces hommes, et de ces femmes et de ces enfants, de faire passer un peu de nourriture ou une bouteille deau minérale, fouillant les sacs à main, séquestrant jusquau moindre sandwich. Inutile de protester : «Mais cest pour les enfants !»
Les ordres sont les ordres. Ainsi que la demandé un sans-papiers à un gendarme âgé et impassible : «Mais vous êtes donc des robots ou des hommes ?»
Cest dans ce climat qui a vu jusquau chef de cabinet du préfet de police de Paris se déplacer deux fois sur les lieux pour parlementer, quune délégation invitée en préfecture est revenue, le soir de jeudi 25, se faisant porteuse des promesses préfectorales : rediscuter les critères de régularisation à condition que le campement commence à se dégarnir, que les personnes âgées, les malades, les femmes et les enfants quittent la nuit le boulevard du Temple.
À ces mots, levée de boucliers des femmes. Elles se sont dressées comme un seul corps : «Nous sommes là, nous ne bougerons pas ! Nous resterons là jour et nuit jusquà notre régularisation !»
La rapidité, lunanimité et la détermination de la riposte ont été assez frappantes pour que notre journal cherche à donner la parole à cette voix des femmes.
Neuf dentre elles ont accepté de dire comment elles voient la phase actuelle de leur lutte. Précisons que toutes étaient présentes le 24, certaines à la Bourse du travail, dautres à la manifestation. Daprès leurs témoignages, entre autres, est rédigé aussi un article sur les événements de cette journée.


Toutes les colonies françaises sur le trottoir

La première voix est celle de Mahi. Elle tient à préciser qu
elle ne parle pas quen son nom propre, mais «au nom de toutes les femmes de la Bourse du travail». Elle donne le ton en plaçant demblée leur situation dans la problématique du colonialisme français.

«Là, sur tous ces matelas, tout autour de nous, il y a toutes les anciennes colonies françaises. Il n
y a en fait que les colonies françaises. Nos parents ont tout donné pour la France, on devrait y être accueillis à bras ouvert, au contraire on nous repousse et on nous fait la chasse. Mais même si les Français construisaient des murs jusquau ciel, nous viendrons, rien ne peut nous arrêter. Car nous venons pour fuir la misère et pour travailler. Cest la misère qui nous pousse, non la pauvreté. La misère, en Afrique, cest terrible, rien à voir avec la pauvreté. Nous avons le droit, en France, de travailler en règle. Être sans-papiers ce nest pas du travail, cest de l’esclavage.»


Toutes les femmes (des Ivoiriennes, des Sénégalaises, des Maliennes…) approuvent ces mots et certaines renchérissent. Parmi toutes, la voix la plus forte est celle de la jeune Corinne.

«Liberté, égalité, fraternité… ce ne sont que des paroles écrites. En France, les animaux sont plus considérés, ont plus de droits que nous. Il vaut mieux être un chien qu
un homme ou une femme sans-papiers dans le “pays des droits de lhomme”. Cest pour nous tenir dans lesclavage quils ne nous donnent pas de papiers. Cest encore pire que de lesclavage. Tous les sales boulots sont pour nous. Les boulots sales, les petits boulots précaires et sous-payés. Ils profitent de la misère de nos pays, sans cette misère nous ne serions pas ici. Nous ne sommes pas venus pour dormir dans la rue, mais pour travailler honnêtement. Jai commencé à travailler à quatorze ans quand mon père est mort. Pour subvenir aux besoins de ma mère et de mes frères et les faire étudier. Mais je ne gagnais pas assez, alors je suis venue en France. Depuis quatre mois je nai pas pu envoyer dargent. Même en galérant, même en me privant du nécessaire, comme beaucoup dautres. Ceux qui vous disent quils envoient de largent régulièrement, cest quils se privent du nécessaire. Au pays ils croient quici cest leldorado et si tu nenvoies pas dargent ils pensent que tu le gardes pour toi.»

Toutes les femmes racontent des histoires personnelles non moins pénibles. Histoires de misère, d
espoirs déçus, de conditions de vie extrêmement dures, dexploitation féroce, de maladie. Toutefois, dit Mahité, malgré la peur au ventre, malgré les hauts et les bas dune vie telle que la nôtre, «on fait avec, on sentraide, cest ce qui nous sauve, nous les Africains on est habitués à vivre en communauté, unis, comme ici dans la rue : nous sommes ici les colonies françaises dans lunion».


Rester ici et aller jusqu’au bout de la lutte


C
est encore Mahi qui donne le ton. Le consentement unanime lui est acquis dès ses premiers mots : car (dira une femme) «il ny a pas dautre moyen pour faire plier les autorités».

«Pourquoi nous les femmes ne voulons pas partir d
ici ?… Si les femmes et les enfants partent, les policiers auront vite fait dembarquer tous les hommes qui restent. On préfère dormir dans la rue et aller jusquau bout. Les propositions de la préfecture sont pour casser le mouvement. Les “critères”, cest encore le cas par cas. Nous les femmes disons : sans critères ni conditions ! Nous sommes ici, nous, nos maris, les hommes, nous travaillons ici, on doit tous être régularisés. La préfecture veut-elle quon dégage ? Quelle ouvre un guichet ici même. Dès quon aura nos régularisations, nous partirons. Nous ne voulons pas dun autre lieu à occuper. Ce serait la même chose. Et puis cest pour nous cacher. Sur ce trottoir nous ne sommes pas cachés. Plus tard on recommencerait à nous expulser. Et nous, à être de nouveau dans la rue. Il faut rester ici et continuer la lutte ici. Nous ne sommes pas critiques envers les délégués. Car nous savons pourquoi ils nous ont demandé de partir, ils lont fait pour nous et pour les enfants, ils pensent que nous sommes faibles. Mais cest le contraire. Nous sommes fortes, et déterminées à rester.»

À ces mots font écho ceux de Soul : «Avant, à l
intérieur de la Bourse, on était cachés, quatorze mois en cachette. Maintenant on est exposés, on est bien en vue. Ce serait fou de sen aller. Maintenant on est plus forts !»

Et ceux de Djénéba : «On est là, on ne bouge pas. Tout autre choix serait un recul de notre lutte. Même s
il pleut, même sil neige, on est là ! Oui, même sil neige. Même jusquà l'hiver !»

Paris, 28 juin 2009. Article à paraître dans le numéro 13
du Journal de la Bourse du travail occupée.



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Mardi 30 juin 2009
Communiqué No Border du 28 juin 2009

Après la psychose créée de toutes pièces par les autorités et les médias à l’approche du camp No Border, le dispositif sécuritaire déployé cette semaine a été proprement hallucinant. Omniprésence policière dans une ville pourtant peu épargnée, contrôles didentité, arrestations pour diffusion de tracts, poursuites, survol quasi permanent du camp par un hélicoptère…

À l
occasion de la manifestation du 27 juin, larsenal répressif a encore été alourdi (canons à eau, police montée, policiers bloquant les rues…). Toutes les personnes quittant le camp pour rejoindre le phare de Calais, lieu de départ officiel de la manifestation, ont subi une fouille corporelle, et des objets aussi dangereux que des coupe-vents (!) ont été saisis. Le déplacement groupé du camp vers le phare avait été négocié avec la sous-préfecture. Cependant, plusieurs barrages ont été établis par les forces de lordre afin de nous dérouter, de nous retarder, voire de faire dégénérer la marche…

La manifestation a pourtant été une réussite. Malgré les frustrations accumulées, le parcours dénaturé par les autorités, linterdiction dapprocher le Centre de  Rétention Administrative de Coquelles ou tout autre lieu symbolique de la répression des flux migratoires, nous navons pas cédé aux provocations policières. Précisons aussi que les riverain-e-s nont pas été dupes du délire sécuritaire et quils/elles ont noué des contacts avec nous dès linstallation du camp.



Nous pouvons légitimement nous interroger quant à l
impact du dispositif sécuritaire. Celui-ci a sans doute poussé certaines personnes, au premier rang desquelles les migrant-e-s, à ne pas oser participer à la manifestation. Ces dernier-e-s nous ont dailleurs fait part de menaces, directement émises par les forces de lordre, de destruction immédiate de la «jungle» et darrestations sils/elles participaient à la manifestation.

L
arsenal sécuritaire avait surtout pour but de créer un climat de peur sur Calais. Malgré les dénégations du sous-préfet Gavory, nous redoutons que les autorités naient utilisé le prétexte No Border pour rassembler des cohortes de policiers et de militaires sur la ville, afin de procéder à la destruction de la «jungle» annoncée par le ministre Besson, et qui semble imminente.

Plus que jamais, nous appelons à la solidarité sans frontières. La réussite d
une initiative collective comme le camp No Border est une nouvelle étape vers une résistance transfrontalière permanente contre toutes les entraves à la liberté de circulation et dinstallation de tout-e-s les individu-e-s.

No Border, No Nation ! Stop Deportations !
Pas de frontières, Pas de patrie ! Arrêt des expulsions !


Archives sonores du camp


The following “Camp Statement” was agreed at a meeting of the camp last night. There are French and Arabic versions floating around somewhere, but I only have the English one to hand; apologies for that.

Camp Statement

People who want to travel to the UK from Calais live under inhuman conditions and constant harrassment. This area is a space confiscated by police and smugglers and where groups and individuals supporting migrants are criminalised. This repression is created by the externalisation of UK border controls to France, widespread hysteria about migration and the Dublin Convention. We support freedom of movement, oppose borders and racist discrimination. As first steps, we demand:
1) Unconditional entry into the UK for all;
2) The places where migrants are living must not be raided or destroyed, and access to healthcare must be guaranteed;
3) Freedom of movement for all around Calais: the ability to travel to all parts without restriction, harrassment or fear of arrest;
4) No repeat arrests;
5) Freedom of expression for all, including migrants: the right to protest and the right to make complaints to the authorities, individually or collectively;
6) No deportations (whether by charter flight or not);
7) End repression of associations/individuals who support migrants, including by transporting them;
8) Free and impartial legal advice on UK and other asylum and immigration systems;
9) Britain’s policy of arbitrary immigration detention without time limit must not be exported to Calais. There must be no new detention centre and especially no Guantanamo style facility.

Calais No Border Camp, 28th June 2009.

For more information about the situation in Calais, see “Law of the Jungle”, produced independently from this statement.


Revendications du camp

Les personnes désirant se rendre de Calais au Royaume-Uni vivent dans des conditions inhumaines et subissent un harcèlement constant. Dans cet espace règne la répression policière et la loi des passeurs, tandis que les groupes et individus qui soutiennent les personnes migrantes sont criminalisés.

Cette répression est générée par l’externalisation en France du contrôle frontalier britannique, l’hystérie générale autour des migrations et la convention de Dublin (2).

Nous défendons la liberté de circulation, nous nous opposons aux frontières et aux discriminations racistes.

En premier lieu nous exigeons :
— L’entrée au Royaume-Uni pour tous et toutes sans conditions.
— L’arrêt des attaques et destructions des lieux de vie des personnes migrantes.
— L’accès aux soins et aux douches doit être garanti.
— Liberté de mouvement pour tous dans et autour de Calais : la possibilité de circuler partout sans restrictions, harcèlement ou crainte d’être arrêté.
 — L’arrêt des arrestations à répétition.
— Liberté d’expression pour tous, y compris les personnes migrantes, le droit de protester et de se plaindre auprès des autorités individuellement ou collectivement.
— Arrêt des expulsions que ce soit par charter ou non vers des pays en guerre ou non.
— Fin de la répression vers les associations et individus qui soutiennent les personnes migrantes y compris pour ce qui concerne l’offre de moyens de transport.
— Assurer un conseil juridique gratuit et impartial sur le Royaume-Uni, les droits d’asile et d’immigration.
— La politique d’immigration britannique arbitraire, la détention sans limite de temps ne peuvent pas être exportée à Calais.
— Aucun nouveau centre de rétention ne peux être construit et particulièrement des infrastructures de type Guantanamo.

Camp NO BORDER de Calais, 28 juin.

Pour plus d’informations sur la situation à Calais consulter La Loi des jungles élaboré indépendamment de cette déclaration.




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Lundi 29 juin 2009
Calais-sur-Flics

Cela fait longtemps que les centaines de flics qui rôdent à Calais usent avec les populations  migrantes de méthodes dignes d’un État fasciste. Rafles ou chasse à lhomme, tabassages et humiliations. Et dailleurs, comme nos voisins du Beaumarais nous le disent, les quartiers populaires de Calais aussi, comme ailleurs, sont habitués aux fouilles et arrestations arbitraires. Les grafitis «Nik la BAC» sur chaque façade en témoignent à leur façon.

Mais depuis quelques jours, c
est l’invasion, le raz de marée, létat de siège. Pour la venue du camp No Border, ce serait 2500 flics réquisitionnés. En ville, ça grouille : cargaisons de CRS et de gendarmes, les dizaines de voitures banalisées de la BAC, les policiers en civils aux coins des rues qui te filent genre «incognito», pareil pour les grosses berlines bleues foncées remplies de molosses qui te suivent dans toute la ville… pour rien. Et puis lexotique police «montée»… Du côté camp, ça rôde sévère : les patrouilles incessantes, les policiers en civils qui filment et photographient nos gueules dange avec des zoom de trois mètres pour alimenter leurs petits fichiers de collabo, lhélicoptère qui fait sa ronde toute la journée… Les partisans de lordre peuvent saliver : on a mis le paquet ! Les choses sont claires : les méchants qui veulent la liberté et niquer tous les présidents du monde ne gagneront pas la partie, les gentils chefs bien planqués dans leurs fortessses protégées par des hordes de matraques auront leur peau !


Nous, on a tranquillement diffusé ce journal et des tracts aux calaisiennes et calaisiens. L
accueil était plutôt favorable, très curieux, et les discussions nombreuses. «Pourquoi vous ne venez que maintenant ? / Labolition des frontières, mais cest pas possible ! / On na rien contre vous, mais du coup on va devoir fermer boutique samedi. / Je ne comprends pas bien quel est le but de ce camp ?»

Alors on s
explique : l’État français et les autres qui soutiennent les dictatures… Leurs guerres impérialistes, leurs ruines des économies traditionnelles… Les populations en exil voulant échapper à ces situations de crises qui se retrouvent tabassées par tous les flics européens, fichées, mises en prison, déportées, etc.

Retour à Calais : la police a été à la hauteur de sa mission ridicule. Au bout d
une heure de distribution, un contrôle d’identité, et puis… un deuxième… et puis un troisième, où cette fois lofficier de la PJ entouré d'une vingtaine de ses potes nous fouille et confisque les journaux. Distribution soit-disant interdite sans autorisation, ce qui nous fait quand même bien rire (jaune)… Démocratie vous dites, libre pensée vous dites ? Aux dernières nouvelles, le préfet aurait donné consigne de ne plus importuner celles et ceux qui tentent de «communiquer» avec la population. Quant aux contrôles, faut pas rêver : on est cerné.

Et les migrantes et les migrants dans tout ça ? Un beau nettoyage en perspective ?

Les casseurs, les voyous, la racaille, les terroristes… c’est les flics !

Nomade no 2, 24 juin 2009
Quotidien du camp No Border de Calais.


TÉLÉCHARGER LE JOURNAL :
Numéro 1 - mardi 23 juin
Numéro 2 - mercredi 24 juin
Numéro 3 - vendredi 26 juin
Numéro 4 - lundi 29 juin
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Lundi 29 juin 2009
Ratonnade cégétiste à la Bourse du travail :
Expulsion du CSP


Aux alentours de 13 heures, on reçoit des messages, l’information circule, les sans-papiers qui occupent la Bourse du travail ont été violemment molestés et sont en train de se faire expulser.

En arrivant sur les lieux on en apprend davantage : en fin de matinée, alors que la majorité des occupants était en train de manifester comme chaque mercredi, une cinquantaine de cégétistes portant lunettes de plongée et masques blancs, armés de barres en bois et de gaz lacrymo, faisaient irruption dans la Bourse du travail, gazant la totalité des occupants (enfants compris), frappant à terre les membres de la CSP, ils iront même jusqu’à introduire des gaz lacrymo dans les grandes marmites où mijotait le repas collectif.


Alors que les sans-pap sortent, sous les coups, ils sont attendus par plusieurs cars de CRS. De leur côté les membres de la CSP qui manifestaient accourent à la Bourse. Certains seront bloqués à quelques mètres de la porte, dautres plus haut sur le boulevard.

Les policiers hormis un ou deux civils ne rentreront pas dans la Bourse, en fait on apprend qu
ils nont pas de mandat dexpulsion. Les CRS nous empêchent de pénétrer dans le bâtiment, uniquement certains sans-papiers sont autorisés un par un à sortir leurs affaires sur le trottoir, puis ils sont parqués contre le mur entourés par un cordon de CRS.

De notre côté du cordon, nous sommes une vingtaine, nous essayons de les rejoindre. S
en suivra un «matraquage», nous reculons. Les personnes présentes de la CSP nous demandent alors de rester calmes. Derrière nous, la majorité des manifestants sont bloqués, entourés de CRS ils assistent impuissants à l’œuvre de la CGT, les auteurs de la ratonade sont toujours présents, dans la Bourse, dans limpunité la plus totale.


Des soutiens sont arrivés et se tiennent sur la chaussée dans limpossibilité de nous rejoindre. Finalement les CRS nous poussent vers eux, matraquant ceux qui se tiennent aux extrémités pour faire avancer la foule.

Mais se rapprochement ne concerne pas tout le monde, un groupe de sans-pap
reste maintenu contre le mur de la Bourse, nous tentons de les rejoindre, des jets de gaz lacrymo nous en empêchent.

Finalement les CRS décident d
entourer le groupe qui se trouve sur la chaussée, ils nous matraquent et nous gazent, pour nous compresser sur le trottoir en face de la Bourse. Lassaut est violent, quand jouvre les yeux un quart dheure plus tard, je me rends compte quil y a des enfants autour de moi, une gosse de dix ans qui a été prise dans les mouvements de foule et gazée, le regard transi de peur, saccroche à sa mère.

Nous tenterons de la faire sortir, les flics refusent, il faut dire que cette petite fille est noire.

Tout le reste de la journée se passera ainsi, les soutiens, blancs de préférence, ont le droit de sortir mais pas de rentrer, les membres de la CSP, enfants et personnes malades compris, n
ont pas le droit de sortir. Le but est clair, vider les lieux des soutiens.

Très vite eau et nourriture viennent à manquer. Des personnes à l
extérieur tentent de faire passer des provisions, parfois avec succès, en début de soirée cest de toilettes qui vient à manquer, il y a des toilettes publiques en panne sur le bord du trottoir, la police nous en interdit laccès.

Trois draps sont tendus par les membres de la CSP, cela fera office de toilettes publiques, les mecs s
efforcent de pisser dans des bouteilles, pour nous cest un autre problème ! Les matelas récupérés à lintérieur sont étendus sur le trottoir. Épuisés dans la crainte dun nouvel assaut certains sendorment, dautres discutent. À lintérieur de la Bourse des vigiles avec des chiens dune boîte privé de sécurité ont remplacé les cégétistes.

Des négociations opaques se tiennent non loin de là, il est difficile de savoir qui négocie avec qui, dans la nuit certains scandent des «Y en a marre», que dire de plus…

M. - syndiquée CNT Santé Social RP, 25 juin 2009.



Ils font la guerre aux sans-papiers !

Le 24 juin restera comme un jour noir dans l’histoire du mouvement des sans-papiers en France mais surtout dans l’histoire du syndicalisme français.

C’est hier en effet que les travailleurs sans-papiers isolés qui occupaient depuis bientôt 14 mois une partie des locaux de la Bourse du travail, 85 rue Charlot, à Paris, pour mener une action d’ensemble visant à obtenir leur régularisation à partir d’un «lieu ami», ont été expulsés.

Cinq jours après le communiqué de la CGT précisant que la Bourse du travail devait être «libérée», voilà donc la chose faite, et de la manière la plus violente.

Une centaine peut-être de membres du service d’ordre de la CGT, sur le coup de midi, profitant du fait que la majeure partie d’entre nous étaient partis à notre manifestation hebdomadaire du mercredi, ont subitement envahi la cour, cagoulés ou masqués, matraquant les hommes et gazant tous les présents, femmes et enfants. Des personnes ont dû être hospitalisés et le petit Mohamed, la mascotte de la Bourse occupée, bien connu de tout le monde, et une femme, viennent seulement de sortir, après 24 heures d’hôpital.

La densité des gaz était telle que Sissoko, notre coordinateur, accouru aux cris, est tombé évanoui dans la cour et ce sont les femmes, réfugiées entre-temps à l’intérieur, qui sont ressorties pour l’y transporter à la force des bras.

Nous nous sommes barricadés dans la grande salle, et la police est alors intervenue, appelée par des gens du voisinage inquiets à cause des grands cris et de la fumée des lacrymogènes.

Dans un premier temps, le commissaire a veillé à empêcher notre affrontement avec le service d’ordre de la CGT. Celle-ci a appelé la Ville de Paris, propriétaire de l’immeuble, qui a immédiatement (ce qui prouve qu’elle était d’accord) réquisitionné la police. Le commissaire nous a alors imposé l’évacuation des locaux, exigeant même, d’après les instructions reçues, notre départ immédiat sans récupération de nos affaires (ce qui, par le passé, s’est souvent soldé par la perte d’effets et documents personnels).

Nous nous sommes opposés et, appelés par nous, nos camarades partis en manifestation sont rentrés. Le rapport de forces a été en quelque manière rétabli, une partie ayant pu même rentrer dans la grande salle par l’accès du boulevard du Temple, contrôlé par nous. Le commissaire a alors accepté de nous faire récupérer toutes nos affaires. Cette opération était terminée un peu après 19 heures.

Depuis, nous sommes campés sur le trottoir du boulevard du Temple à plusieurs centaines (une liste de 600 sans-papiers présents a été dressée hier soir) et attendons que les maires du troisième et deuxième (qui s’y sont engagés) nous trouvent un lieu apte à nous héberger et surtout où nous puissions, sans être dispersés, poursuivre notre action pour obtenir la régularisation de nous tous. Nous sommes dans l’attente d’un rendez-vous que nous a promis le ministère de l’immigration pour discuter les critères de notre régularisation. C’est maintenant le moment le plus mal venu pour affaiblir notre mouvement et, quant à nous, de baisser les bras.

La lutte continue !

CSP 75, 25 juin.


Communiqué de presse de la CSP 75

Après l’évacuation de la Bourse du travail par la force, le 24 juin, l’UD-CGT de Paris a fait sortir, le 25, un communiqué de presse mensonger, visant à faire passer les victimes et blessés (femmes et enfants d’abord) de cette action comme des violents, et les nervis du commando paramilitaire de son service d’ordre comme des espèces d’anges de la non-violence.

Après avoir avoué ce fait indéniable que «les organisations syndicales CGT de Paris ont effectivement procédé à l’évacuation de la Bourse du travail», ce fait est ainsi minimisé et déformé : «Dès le début, nous avons proposé à la trentaine de sans papiers présents de sortir. Une dizaine d’entre eux l’ont fait de plein gré. Immédiatement, la vingtaine restante s’est emparée de tout ce qu’elle avait sous la main pour le jeter violemment sur les militants de la CGT», etc.

Tout cela est faux. Nous sommes en train de recueillir les témoignages directs de cette journée et une partie du prochain numéro de notre journal y sera consacrée. Bornons-nous à dire ici que, depuis plusieurs jours, l’évacuation était dans l’air. Des menaces ouvertes nous avaient été faites par des responsables CGT (et notamment par le maître des basses œuvres Raymond Chauveau), et l’alerte nous avait été donnée même par des cégétistes amis : cette fois-ci ce n’étaient plus des rumeurs, l’évacuation allait vraiment se faire.

Pour cela, le matin du 24, un mercredi, jour de notre manifestation hebdomadaire, nous avons pris deux décisions.

D’abord, que la manifestation devait avoir lieu. L’avis de beaucoup était qu’il fallait rester à la Bourse pour défendre l’occupation, mais l’argument qui l’a emporté fut celui-ci : si le service d’ordre CGT se présentait avec, en face, un nombre important de sans-papiers, qui pouvait garantir qu’il n’y aurait pas d’affrontements graves, des blessés, voire pire ?

Ensuite, que Sissoko, notre coordinateur, bien connu de tout le monde à la CGT, contrairement à toutes les manifestations précédentes, ne participerait pas à celle-là. Sa présence à la Bourse permettrait, si besoin, des pourparlers afin d’éviter toute violence de part et d’autre.

Nous avions pris toutes nos précautions pour que, le cas échéant, cela se passe d’une manière pacifique. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est la détermination préalable de la CGT de procéder à une action par surprise totale et d’une telle violence. Toute notre expérience étant que même les CRS, même les gendarmes viennent parlementer, au préalable, avec les responsables, nous ne nous attendions pas à ce que la CGT ne fasse pas de même.

Il est faux qu’une dizaine d’entre nous sont sortis «de plein gré». Nous avions réparti nos camarades restés sur place, dans la cour, dans la grande salle, dans les étages, et une dizaine au dehors, devant l’entrée de la rue Charlot. Le commando du service d’ordre qui nous a gazés avant même que nous réalisions ce qui se passait, a fait irruption par la première porte à gauche passé le portail d’entrée, la porte qui donne accès aux bureaux que nous n’avons jamais occupés.

Ce commando était caché à l’intérieur de la Bourse, dans ces bureaux. Un de nos délégués qui se tenait dans le hall a été plaqué contre le mur, immobilisé, nos camarades qui étaient au dehors n’ont pu qu’y rester, coupés sur-le-champ de ceux à l’intérieur.

Il est dit : «Nos militants ont reculé, attendu que les choses se calment et ont refoulé sans violence les sans-papiers dans la grande salle ouverte sur le boulevard du Temple. Dans les minutes qui ont suivi, plusieurs sans-papiers ont démonté des bancs sur la voie publique et cassé des vitres du bâtiment.»

Faux ! Voilà qu’on essaie même de nous faire passer pour des casseurs !

Les sans-papiers ont certes reculé dans la grande salle, mais pour fuir les gaz et y transporter les personnes évanouies et blessées. L’accès du boulevard était contrôlé par nous ; nous sommes certes sortis nous procurer les planches des bancs, mais pour barricader les portes donnant accès, de la cour, à la grande salle, parce que le commando des gazeurs, après avoir nettoyé la cour, continuait en envoyant les gaz vers l’intérieur par les couloirs qui portent à cette salle.

À noter que c’est justement ce barricadage qui a empêché l’affrontement direct avec nos camarades qui se trouvaient à l’intérieur, donc des conséquences encore plus graves.

Il est dit : «Il n’y a eu aucun blessé… il n’y avait aucun enfant dans la Bourse et, seules, deux femmes y étaient présentes. La police n’est pas intervenue à l’intérieur de la Bourse du travail.»

Faux ! Voici les chiffres à la suite de cette action menée dans la cour intérieure de la Bourse. Huit de nos camarades hospitalisés. Dix évanouis. Cinq blessés légers. Ce ne sont là que ceux qui ont eu besoin d’être soignés par les hôpitaux publics ou les urgences des pompiers. Des chiffres documentés, face aux affirmations mensongères de la CGT.

Parmi ces 23 personnes, cinq femmes et un enfant.

Concernant les circonstances de la présence et du rôle de la police «à l’intérieur de la Bourse», nous en avons déjà parlé dans notre communiqué précédent du 25 juin, auquel nous renvoyons.

Affaire à suivre…

CSP 75, 27 juin.



Communiqué


La fédération CNT santé social et collectivités territoriales condamne fermement l’expulsion manu militari des travailleurs sans papiers qui occupaient l’Annexe Varlin de la Bourse du Travail depuis maintenant 14 mois dans le cadre du mouvement sans précédent des travailleurs sans papiers déclenché l’an passé.

Les syndicalistes de la CGT qui, en coordination avec les forces de police, ont utilisé des méthodes d’une extrême violence et digne d’une milice d’extrême droite nous laissent sans voix ! Rien ne peut justifier de telles méthodes.

La fédération CNT santé social et collectivités territoriales réaffirme sa solidarité à l’ensemble du CSP 75 et à tous les travailleurs avec ou sans papiers.

Et conformément à ses principes internationalistes exige :
— La liberté de circulation et d’installation.
— Régularisation de tous les sans papiers !



Demain, à qui le tour ?


En apprenant les actes commis et les méthodes employées le 24 juin 2009 à la Bourse du Travail, c’est toute sa nausée que la CNT25 adresse à la CGT75.

En devenant auxiliaire armé du Commandeur Hortefeux, le SO coupable de ratonnades et d’expulsions de travailleur.euse.s en détresse se fait milice des exploiteurs. Incapable de porter l’Histoire et les aspirations des mouvements des exploité.e.s, quand elle ne les trahit pas, la bureaucratie CGT enfonce une fois encore le syndicalisme d’aujourd’hui de la honte au déshonneur.

Impuissante et réticente à défendre les travailleur.euse.s en révolte, voici que son SO brise leur unité par de la discrimination raciale ! Après la devanture médiatique de sa campagne de régularisation en mai 2008, le masque tombe !

Nous condamnons, avec toute la fermeté du syndicalisme antifasciste, les actes et les méthodes du 24 juin qui ont eu lieu dans cette Bourse du Travail dont les vieux espoirs sont bafoués par des héritiers/fossoyeurs.

Avec les forces de la résistance, des humanistes et des révolutionnaires, nous réaffirmons notre pleine solidarité avec les expulsé.e.s, la CSP75, et au-delà avec tou.te.s les travailleur.euse.s opprimé.e.s et les harcelé.e.s qui construisent le chemin de leur émancipation.


Raflé.e.s, expulsé.e.s, exploité.e.s, opprimé.e.s, enfermé.e.s, contrôlé.e.s… et ratonné.e.s par la CGT : Solidarité avec les travailleur.euse.s sans papiers.
Mêmes patrons, même combat !




Déclaration à propos de l’évolution de la CGT

1) Le syndicat CGT Saint-Gobain Aubervilliers a pris connaissance de la lettre des camarades de la CGT Goodyear à Bernard Thibault. Il en partage tous les termes et en assurera la diffusion.

Il est temps de savoir si nous privilégions la discussion dans les ministères ou la construction d’un véritable rapport de force de lutte de classe.

2) Le syndicat CGT Saint-Gobain Aubervilliers a pris connaissance de l’évacuation par la force des sans-papiers qui occupaient la Bourse du Travail depuis le 2 mai 2008. Évacuation réalisée par un groupe de miliciens armés qui se prétendent nos camarades. Scandalisé, le syndicat CGT Saint-Gobain Aubervilliers condamne explicitement et sans aucune réserve cette évacuation.

Si au lieu de négocier avec Hortefeux les critères scandaleux d’une immigration adaptée aux besoins du capitalisme, la Confédération avait élargi le mouvement à tous les sans-papiers — les plus précaires des travailleurs —, si le mouvement avait pris l’ampleur des espoirs qu’il soulevait, si l’élargissement indispensable et possible n’avait pas été purement et simplement enterré par choix délibéré de la Confédération, nous n’en serions pas arrivés là.

On en arrive aujourd’hui à à peine 1500 régularisations, les portes désormais fermées et le mouvement en reflux. Et pourtant, ce n’est pas l’énergie d’un certain nombre de militants CGT et de structures locales qui a manqué pour développer et organiser, bien seuls, la lutte de nos camarades sans-papiers.

Il est absolument normal que le désespoir et le sentiment d’abandon se répandent chez nos camarades, alors qu’ils ont vu l’an dernier, concrètement, qu’il aurait été possible de gagner la régularisation pour tous les sans-papiers.

Quant à la méthode employée, elle ne soulève chez nous que dégoût et honte de notre carte syndicale. Nous imaginons désormais sans mal que la même chose se produirait si d’autres camarades en lutte (les Goodyear, peut-être ?) se mobilisaient d’une manière qui déplaît à nos dirigeants…

3) Le syndicat CGT Saint-Gobain Aubervilliers appelle l’ensemble des syndicats du Verre et de la Céramique d’une part, de la Seine Saint-Denis d’autre part à se prononcer explicitement et publiquement sur ces événements très concrets. Il est temps d’en finir avec les protestations de couloir, les escarmouches d’appareil. Il est temps de prendre position. A la veille du 49e Congrès de décembre, il est temps de savoir qui défend réellement l’orientation confédérale actuelle, et qui s’y oppose.



Évacuation des sans-papiers - Bourse du travail de Paris

La CGT Éduc’Action Aquitaine, condamne lévacuation brutale des sans-papiers qui «occupaient» la Bourse du travail de Paris par des militants CGT mercredi 24 juin 2009. Lutilisation de lacrymos et de bâtons a été rapportée par de nombreux témoins ayant souligné la violence des actes. Des blessés ont été évacués.

La question n
est pas de savoir quelle était la relation entre la CGT et le Comité de sans-papiers ni de discuter de lopportunité (effectivement discutable) de cette «occupation», pas plus que de son efficacité. La question est de savoir ce que des militants syndicaux ont le droit de faire au nom de notre syndicat et ce quils nont pas le droit de faire.

L
image de notre syndicat en est altérée et le message que cela permet à nos adversaires dexploiter est lourd de conséquences.

Certes la CGT est au côté des travailleurs sans papier pour faire avancer leurs droits et soutenir leurs dossiers de régularisation et leur apporte son soutien actif mais cela ne dédouane en aucun cas les «militants CGT» d
avoir utilisé la méthode quils ont utilisé mercredi.

Les questions de principes et de symbole sont capitales. La question de la violence physique et morale n
est pas anecdotique.

Il est temps de remettre les choses à leur place et de travailler ensemble à contrer la politique anti-immigration qui exploite la misère et le travail des sans-papiers.

Anne Plamondon & Jean-Marie Benaben, 26 juin 2009
Secrétariat académique CGT ÉducAction Aquitaine



Comment la CGT a organisé l’expulsion des sans-papiers

Les dizaines de sans-papiers (entre 100 et 200) qui occupaient depuis quatorze mois la Bourse du travail, dans le troisième arrondissement de Paris, sont désormais sur le trottoir. Mercredi à midi, ils ont été délogés manu militari par un commando d’une cinquantaine de militants CGT. Une opération musclée, à coups de matraques et de gaz lacrymogènes, qui a suscité de nombreuses réprobations. Les élus Verts de Paris évoquent une «violence injustifiable», le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) des «méthodes brutales». Comment en est-on arrivé là ? Comment et par qui cette opération élaborée en secret a-t-elle été organisée ? La direction de la CGT, qui se targue d’avoir contribué depuis avril 2008 à plus de 2000 régularisations de sans-papiers, était-elle au courant de cette action ?

Comment en est-on arrivé là ?

Plusieurs dizaines de familles, maliennes dans leur grande majorité, occupaient la Bourse du travail, rue Charlot à Paris, depuis mai 2008. Leur intention de départ était d’exiger la régularisation de tous les sans-papiers, et pas seulement de quelques-uns sur des critères de travail (contrat notamment), ce que la CGT proposait. Depuis 14 mois, toutes les tentatives de dialogue et de médiation ont échoué. «Nous avons discuté pendant des mois avec eux, avec d’autres syndicats, avec des associations, explique Olivier Villeret, de la CGT-Paris. Nous étions prêts à travailler sur 330 dossiers de personnes qui avaient des fiches de paie et dont on pouvait penser qu’il aurait été possible de les régulariser. Nous avons proposé un lieu alternatif, qui leur permettrait de faire pression plus efficacement sur le patronat et le gouvernement. Mais la coordination des sans-papiers a fermé le dialogue en disant qu’ils ne quitteraient pas les lieux. Je n’arrive toujours pas à comprendre leur stratégie.»

Appelé en janvier pour tenter une médiation, Sidibé Markan, président du Haut Conseil des Maliens de France, exprime sa «colère». «Ces 14 mois d’occupation se soldent par un échec total. Je suis persuadé qu’une solution négociée restait possible.» Markan accuse la CGT d’avoir interrompu le dialogue. «Je suis parti trois semaines au Mali, à mon retour personne à la CGT n’était plus joignable. Nous avons donc concentré nos efforts sur les familles.» Selon lui, la CGT n’a fait qu’«exécuter la volonté générale de l’ensemble des syndicats». De toutes évidences, le mouvement des sans-papiers de la Bourse du travail était dans une impasse totale et très peu d’organisations syndicales ou d’associations s’en montraient solidaires sans réserves.

Interrogé par Mediapart, Richard Moyon du Réseau éducation sans frontières (RESF) affirme que les torts sont partagés. «La CGT se devait de trouver une solution, mais il est vrai que lorsque nous avons proposé de prendre en charge les dossiers de certaines familles, la CSP 75 a refusé.» En d’autres termes, la coordination voulait garder le contrôle du mouvement. Au risque de le saborder.

Comment l’action a-t-elle été organisée ?

Selon Patrick Picard, secrétaire général de l’Union départementale (UD) CGT de Paris, l’action a été décidée «avec l’ensemble du mouvement syndical», c’est-à-dire tous les syndicats de la Bourse du travail. La réalité est un peu plus complexe. Le 5 février 2009, la commission administrative de la Bourse du travail, sorte de comité de direction où siègent dix-neuf syndicalistes (CFDT, CGT, FO, CFTC, CGC, Unsa, Solidaires), avait publié un communiqué exigeant que «l’outil “Bourse du Travail” [redevienne] disponible pour les salariés afin qu’ils puissent se défendre, avec leurs syndicats, contre tous les mauvais coups». À l’époque, ce communiqué avait été interprété comme une première sommation envers les occupants des lieux. Edgar Fisson, secrétaire général de la commission administrative de la Bourse du travail (et adhérent de la CGT), a interprété ce texte comme un «mandat» qui lui donnait toute latitude pour agir.

Sauf que la décision de faire intervenir une cinquantaine de membres du service d’ordre de la CGT n’a pas été prise au cours d’une réunion plénière. C’est bien la CGT qui a organisé l’opération, et les autres syndicats n’ont été avertis que peu de temps avant l’opération, par message électronique ! Edgar Fisson, qui savait qu’une action était imminente, a envoyé mercredi matin un email aux membres de la CA. Il leur demandait d’approuver le communiqué qui allait être publié dans l’après-midi, après l’évacuation, et qui annonçait la «libération de la Bourse du Travail de Paris». «Je leur ai demandé de m’appeler en cas de désaccords. Tous ont répondu qu’ils étaient d’accord, sauf Solidaires que je n’ai pas eu en direct.» Fisson a donc considéré qu’il s’agissait là d’un feu vert.

Ce jeudi, Solidaires estime au contraire dans un communiqué que l’instance de direction de la Bourse du travail n’a pas été dûment consultée.

Depuis combien de temps l’opération était-elle planifiée ? Edgar Fisson refuse de répondre avec précision. Mais l’organisation a été minutieuse : «Ce type d’actions ne se décide pas en 24 heures. Nous avons étudié tous les problèmes, pour qu’il n’y ait pas de blessé et que la dignité des gens soit respectée.» «L’opération a été décidée trois ou quatre jours avant», indique Patrick Picard, secrétaire général de l’UD-CGT de Paris, qui a tout supervisé.

En fait, le bureau de l’UD en parlait depuis une quinzaine de jours. Le mercredi n’avait pas été choisi par hasard : ce jour-là, les sans-papiers de la Bourse du travail manifestent rituellement pour réclamer leur régularisation. Une partie des occupants n’était donc pas dans les locaux à midi, quand l’opération commando a débuté. «Nous avons attendu qu’il y ait le moins de monde possible», explique Picard. Quand on lui demande si ces méthodes ne rappellent pas celles d’une milice privée, un membre de la CGT fait une réponse surprenante : «Une milice privée est payée par les patrons. Là, ce sont des militants.» La nuance est tout de même difficile à saisir…


Qui a appelé la police ?

En évacuant la Bourse du travail, ce que le gouvernement réclamait depuis longtemps, la CGT a-t-elle joué les supplétifs de la police ? Non, assure Patrick Picard de la CGT-Paris. «Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la police n’est jamais entrée dans la Bourse du travail, nous voulions absolument éviter qu’elle y entre.» Là encore, ce propos mérite de substantielles nuances. Car si, selon nos informations, la CGT n’a pas prévenu la police, et si la police n’a effectivement pas évacué les lieux, les forces de l’ordre ont tout de même été appelées à la rescousse.

À 13h30, alors que l’évacuation à la Bourse du travail bat son plein, Edgar Fisson envoie à Bertrand Delanoë, maire de Paris, une lettre demandant «l’intervention des forces de police» pour «libérer» la grande salle de réunion du bâtiment, la salle Eugène-Henaff, où sont retranchés une trentaine de sans-papiers. «La cour était libre, les bâtiments étaient libres. J’ai pris une précaution pour protéger cette salle», affirme Fisson. «Mais ce n’est pas ma lettre qui a déclenché l’arrivée des forces de l’ordre», précise-t-il.

Les policiers auraient été alertés par le voisinage et des forces déjà sur place. Reste que la police a été informée quasiment dès le début de l’opération par la CGT. En tout cas, une fois que les sans-papiers retranchés dans le bâtiment ont commencé à se défendre en lançant des projectiles des fenêtres de la cour intérieure. À l’extérieur, quelques carreaux ont été cassés. «J’ai appelé la préfecture de police, admet Patrick Picard. Je suis intervenu pour qu’il n’y ait pas d’arrestations, aussi bien dans nos rangs que dans ceux des sans-papiers évacués.» La CGT a donc bel et bien négocié la suite des événements avec la préfecture.


Y a-t-il eu des violences ?

Mercredi matin, une quarantaine de «militants de la CGT» selon la terminologie officielle — en fait, des membres du service d’ordre, qui encadrent régulièrement les manifestations, arrivent à la Bourse du travail. Comme le montrent les photographies prises à l’intérieur de la Bourse du travail par Marc Torl, abonné de Mediapart présent à l’intérieur du bâtiment au moment de l’évacuation et qui en a rendu compte sur son blog, les gros bras sont très équipés : des masques de chirurgien, des gaz lacrymogènes et des lunettes de piscine pour protéger leurs yeux, et des bâtons qui semblent être en bois.


La CGT nie officiellement que des lacrymogènes ont été utilisés, tout comme elle nie l’utilisation de matraques. Mais Marc Torl est formel, de même que de nombreux témoins sans papiers. Sissiko, un des porte-parole de la CSP 75, raconte : «J’étais dans la cour quand les gros bras de la CGT sont arrivés, j’ai été gazé, je suis tombé. Je me suis évanoui un quart d’heure, des femmes m’ont versé de l’eau.» Interrogé jeudi soir, Edgar Fisson, le secrétaire général de la Bourse du travail, admettait finalement l’utilisation de bombes lacrymos et de bâtons.

La CGT s’enorgueillit que l’opération n’ait pas fait de blessés. Mais selon l’agence Reuters, une quinzaine de personnes ont été admises à l’hôpital. Selon Sissiko, il ne s’agit que de deux personnes, une femme («elle avait pris un coup de matraque sur les genoux») et un enfant de trois ans, «victime de problèmes respiratoires à cause des gaz» . Toujours selon la même source, ils ont quitté l’hôpital ce jeudi en milieu d’après-midi. Mais de toute évidence, le scénario rose servi par la CGT depuis ces événements — «Nos militants ont reculé, attendu que les choses se calment et ont refoulé sans violence les sans-papiers (…) il n’y a eu ni coup ni blessure», explique ainsi la responsable de la communication de la CGT-Paris —, est très enjolivé.

La direction de la CGT était-elle au courant ?

«Pour l’instant», la direction de la CGT n’a pas prévu de réagir sur cette affaire. À la Confédération, les proches de Bernard Thibault refusent de s’exprimer officiellement. Seule l’union départementale (UD) de Paris serait concernée, conformément aux statuts du syndicat qui indiquent que les syndicats locaux sont seuls responsables de leurs actions. Un des dirigeants de l’UD de Paris, Olivier Villeret, affirme pourtant à Mediapart que «si l’UD assume l’opération qu’elle a planifiée de A à Z, la Confédération a évidemment été avisée en amont. Nous leur avons dit quelques jours avant, mais sans donner de détails ni de date.» Olivier Villeret refuse pourtant d’indiquer qui, et quand, a été prévenu. Malgré ces déclarations, la Confédération persiste : «Nous n’avons pas été avisés.»

Reste l’image déplorable laissée par cette intervention musclée d’un commando syndical au cœur de la Bourse du travail, lieu emblématique des luttes sociales. Sous couvert d’anonymat, un cadre dirigeant de la CGT se désole de l’issue de ces 14 mois d’occupation : «Nous avons toujours cherché à éviter une sortie comme ça. Je suis très étonné qu’on en soit arrivé là. L’image est bien sûr très mauvaise. Il ne fallait pas le faire.»

Mathieu Magnaudeix - Mediapart, 25 juin.

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Vendredi 26 juin 2009

Quelques infos à l’arrach sur la situation à Calais, où se tient le camp No Border.

La ville : Littéralement occupée par les flics. Un militant dune asso daide aux migrants dit quil na jamais vu autant de flics de sa vie, même en 68 ; et une mamie en ville disait que ça lui rappelait la guerre (occupation allemande). Air (hélico qui survole le camp), mer (vedettes dans le port), à cheval, à moto (ah tiens jen ai pas vu à vélo :-) et une collection hallucinante dunités CRS et de BACeux venus dun peu partout. Le seul moyen pour ne pas voir un bleu, cest de regarder vers la mer, et encore. Dès quon a «le look no border», cest minimum deux contrôles avec fouille assurés pour faire laller-retour camp-centre ville. Si pas de chance, beaucoup plus. Hier matin par exemple, en sortant du camp vers 9 heures trois personnes ont été contrôlées au moment dentrer dans le bus, par une unité complète (deux fourgons de CRS). Dautres ont été contrôlés à 50 mètres dintervalle. Ça rappelle beaucoup un certain 2 juin 2006 à Grenoble, en encore pire… mais comme ils trouvent strictement rien sur nous, pas ou très peu dinterpellations liées à ces contrôles depuis. Ça sent la frustration côté flics ! Les Calaisien.ne.s sont très partagé.e.s, entre indignation face à cette occupation (pas facile pour les quartiers, plutôt populaires, juste à côté du camp ! Les CRS font chier les gamins à vélo, et ils ont jamais autant vu la BAC de leur vie…), soutien chaleureux au camp No Border (beaucoup dhabitants des quartiers autour mais pas seulement qui viennent nous voir régulièrement), et peur liée à la manif de samedi véhiculée par les médias. Cependant, même les médias locaux pourris (Nord-littoral par exemple) ont depuis deux à trois jours un discours moins caricatural, plus critique vis-à-vis du déploiement de forces jugé très disproportionné. Ça ne les empêche pas dêtre la voix fidèle de la pref, et de véhiculer des infos fausses ou approximatives sur les arrestations et leur motif. Je trouve personnellement le contact avec les Calaisien.ne.s facile et chaleureux, illes sont globalement intrigué.e.s par le camp, curieux.ses, et pas dupes sur les flics. Problème : differ le moindre tract en ville, était quasiment impossible hier aprem ; un rassemblement de trente personnes pour differ a été intégralement embarqué au bout de cinq minutes ; la presse parle aussi dun commerçant qui a dû retirer, sous pression des flics, laffichette NoBorder quil avait mis sur sa vitrine. No coment.

Le camp :
Beaucoup d
arrivées entre mercredi aprem et aujourdhui vendredi matin, difficile de dire combien on est (et puis jai pas très envie vu que les RGs seront mes plus fidèles lecteurs :-) car il y a aussi pas mal de migrants (Afghans principalement), et des jeunes du coin. Belle organisation, AGs quotidiennes, beaucoup de tentes, bouffe et sanitaires qui assurent, cinéma, tente de bienvenue, tente informatique, tente médicale, Legal Team, Trauma Team (soutien psychologique)… Aujourdhui on va voir un peu plus de journaleux, cest le créneau qui leur a été donné pour rentrer dans le camp (mais pas partout), conf de presse, match de foot prévu avec des migrants comme symbole du quotidien quon partage (un peu) avec eux depuis quelques jours. Par exemple hier soir, belle soirée «boum» sur de la musique iranienne, qui a rassemblé migrants, campeureuses et Calaisien.ne.s.

Les actions :

 

- Une trentaine de personnes se sont enchaînées au centre de rétention de Lesquin (près de Lille) mercredi matin pendant un peu plus de deux heures, toutes relâchées avec un simple rappel à la loi après un peu plus de 24 heures de gardav (empreintes digitales demandées et refusées par la plupart, par contre ADN pas demandé !!).
- Tentative de diff de tracts collective en centre-ville réprimée hier (jeudi) aprem, les gen.te.s ont tou.te.s été relâché.e.s dans la soirée, certain.e.s ont une convocation au commissariat aujourdhui.
- Ce matin (vendredi) un gars sest «englué» presque à poil, sur la porte de la mairie de Calais, pour réclamer des douches pour les migrants. Il a été relâché très vite, pas de poursuites a priori (à confirmer).


Les interpellations : Pour affichage en ville mercredi aprem (sur des panneaux daffichage libre…), et cinq personnes dans une bagnole contenant une machette (ou hachette ?), un jeu de pétanque et un pied de biche. Toutes ces personnes ont été relâché.e.s, a priori pas de poursuites mais à confirmer. Et puis quelques autres, pour vérification didentité, avoir un fumigène sur soi, ce genre de trucs…


Ce matin, aux dernières infos de la Legal Team plus personne nest en gardav !


À part ça la plage est belle (si on arrive à oublier les BACeux qui lèchent leur glace derrière nous), le soleil brille, les frites sont bonnes.


Deux questions sont très présentes sur le camp aujourdhui : la manif de demain, et que va-t-il se passer pour les migrants après notre départ…


À suivre ! Bises camarades.


Indymedia Toulouse, 26 juin 2009.
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Jeudi 25 juin 2009
Les camps No Border : un outil efficace pour dénoncer les aberrations du système de domination Nord-Sud

No Border («Sans Frontières») lutte pour la liberté de circulation entre les différents pays et plus particulièrement contre les politiques de contrôle de l
immigration au sein de lEspace Schengen. Pour les capitaux, les marchandises et les gros portefeuilles pas de problème, pas de flicage démesuré. Pour les migrant-es si. Cest que lÉtat français et les barons de léconomie taisent les véritables raisons de ces afflux massifs de personnes désœuvrées. Sarkozy, en capitaliste averti mais hypocrite, se donne comme excuse les passeurs qui profitent sur le dos de la misère. Encore une fois «Petit Homme» essaye dendosser le costume de Zorro. Il feint de dénoncer lexploitation libérale des pays du Sud par les pays du Nord dont lEurope. Le passeur mafieux ne pèse pas lourd face à ces arguments :

D
abord, grâce à une valeur monétaire euros-dollars dominante face à celle des pays du Sud, les capitalistes du Nord dominent toujours depuis des décennies. Ceux qui migrent faute de rémunération digne de ce nom ou par cessation dactivité non désirée (chômage), ont vite fait le calcul en venant jusquici. On est à même de les comprendre.

Ensuite, par la destruction des cultures vivrières en Afrique en faveur des cultures de rente et d
exportation, ce qui est une autre aberration. Ce sont des politiques imposées par lEurope et les États-Unis pour profiter au mieux des prix du café, du cacao, etc., et en retour leur vendre leur blé. Résultat, des paysan-es sans terres sont contraint-es démigrer pour survivre.

Il y a aussi les guerres impérialistes. Il faut rappeler que la France est impliquée en Afghanistan. Pourquoi ? À cause d
entreprises qui voudraient exploiter le gaz et autres richesses minières dans une démocratie où cest elles qui dirigeraient en fait. Résultat, des gens qui nont rien demandé se trouvent obligés de fuir ces massacres aveugles et terroristes (bombardements). Passons évidemment sur lIrak ou les guerres civiles en Afrique, financées et armées par qui à on sait…

Enfin, autres grands problèmes, la désertification, les pénuries d
eau, le changement climatique en somme. Ce sont encore ceux du Sud qui trinquent. Encore une fois on leur impose un mode de vie totalement en inadéquation avec les ressources et surtout le bon sens. Plus dressources, pas dtravail. Pas dtravail, pas dnourriture. Pas dnourriture, famine. Solution : lémigration avec toutes ses incertitudes et ses dangers. Noublions pas que le réchauffement climatique incombe aux pays les plus industrialisés, mais ce sont toujours les pays du Sud qui en souffrent le plus…

No Border dénonce aussi les politiques sécuritaires de la forteresse Europe

No Border a aussi pour but de dénoncer le tout répressif de l
État français vis-à-vis des migrant-es en situation difficile et précaire. Son bras armé cest évidemment la police et ses maudites prisons quil a bon ton dappeler «centres de rétention administrative». Il faut rappeler que le Sarkozy, avec sa loi, a rallongé le temps maximal de rétention de douze à trente-deux jours ! Toujours dans ce cas de figure, on ne compte plus les cas dhumiliations, de brimades et de rafles arbitraires envers ces personnes victimes du système capitaliste. Et que dire de la lutte incessante des sans-papiers pour la reconnaissance de leurs droits !? LÉtat tient un double discours. Dun côté il expulse des personnes qui veulent aller en Angleterre et qui ne seront donc pas exploitables par le patronat français, et de lautre il sarrange pour fermer les yeux sur les travailleurs immigré-es qui, faute de statut légal, sont obligés daccepter nimporte quels salaires, horaires et conditions de travail ! Qui travaille en plonge, sur les chantiers ou dans les ateliers ? Des esclaves modernes si lon peut sexprimer ainsi. Voilà la réalité, et cest à vomir. Encore plus quand ceux qui dénoncentces injustices sont pris pour cible. Eh ouais, cest 30.000 EUR damende pour qui aide les sans-papiers (article L622-1 du CEDESA : «pour celui qui aura tenté de faciliter lentrée, la circulation ou le séjour irréguliers dun étranger sur le territoire»). De qui smoque t-on ? Justement, en ne faisant rien pour des personnes livrées à elles-mêmes et ne dénonçant pas les violences policières, on réveille un passé nauséabond de lhistoire française !

No Border n’est en aucun cas un instrument de violence

Attention, une incompréhension s
installe chez les citoyens, notamment ceux de Calais. Daccord, ils nont pas choisi daccueillir ce camp dans leur ville. Cest pourquoi, face à ce projet, la police, les autorités et les médias sempressent de mener une campagne de désinformation visant à discréditer ce projet solidaire en lui donnant une allure de rassemblement de «casseurs». Ces manœuvres pour jeter le trouble et le discrédit sur un mouvement plus que louable est totalement abject. Lagression commence par cet énorme dispositif policier avec escadrons de CRS, flics en civil, etc. Ces personnes, comme à laccoutumée, sont promptes à obéir aveuglément. Leur but est évidemment dempêcher la tenue du camp et on sen doute, casser du militant. Les habitant-es nont rien à craindre des participant-es du camp No Border. La lutte pour la défense des droits de lHomme et la dignité humaine est pacifiste. Dans ce camp se tiendra des ateliers-discussions, des soirées dinformation sur des sujets tels que «Migrations et changements climatiques», «Frontex : lagence européenne de contrôle aux frontières», ou encore «Le droit dasile». Des projections de films sur les pays dorigine des migrant-es de Calais donneront loccasion de mieux discuter avec les personnes concernées des raisons de leur exil. En somme les condés pourront gagner à se cultiver !

Les anarcho-syndicalistes et les syndicalistes révolutionnaires de la CNT se portent solidaires et se fédèrent à cette initiative citoyenne. Initiative qui rejoint nos modes de pensées et d'actions :
— Autogestion,
— Dénonciation du capitalisme et de lintimidation-répression dÉtat,
— Solidarité internationale des travailleur-euses,
— Lutte contre le développement de lunivers carcéral décliné sous toutes ses formes,
— Libre circulation et installation des personnes,
— Arrêt des interpellations, oppressions et répressions policières contre les immigré-es et militant-es.



Rappel :
Manifestation transnationale le samedi 27 juin 2009 à 10h
au Phare de Calais, boulevard des Alliés.


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