"Qu'est-ce que la démocratie directe ?" (Prologue)

Publié le par la Rédaction

 

Le livre de Fabrice Wolff, Qu’est-ce que la démocratie directe ?, vient de paraître aux Éditions Antisociales. Le Jura Libertaire en donne à lire ici le prologue ; non certes afin d’alimenter de stériles pseudo-débats «théoriques» à l’«ultra-gauche», mais surtout dans l’espoir de voir au plus tôt ce petit bouquin, «exclusivement destiné à l’usage de ceux qui s’obstinent à saboter les rouages de la machine à décerveler», contribuer à l’agitation pratique.

 

 

Prologue

 

Vingt ans après la spectaculaire unification du monde sous la glorieuse bannière de la Démocratie et de la Liberté, on ne trouve plus guère que quelques rares et étranges personnages, ayant perdu tout sens de la réalité, pour croire encore que cette «mondialisation» pourrait effectivement réaliser un jour son programme affiché, quand partout on constate qu’elle s’accomplit par le chantage et par le mensonge cynique, par l’usurpation et par le pillage, par la guerre et par la famine. Et dans les banlieues de Paris comme dans les bidonvilles de Buenos Aires, dans les ghettos de la Nouvelle-Orléans comme dans les faubourgs de Bagdad, dans les rues de Séoul comme dans les quartiers d’Athènes, «le peuple» prétendu «souverain» a compris que la «démocratie», concrètement, c’est la police, dotée d’un arsenal ultramoderne, au service du pouvoir absolu d’une caste vulgaire, arrogante et mesquine, mais propriétaire exclusive, par héritage ou par rapine, des plus immenses richesses, des plus colossales fortunes jamais accumulées : la bourgeoisie internationale.

 

Celle-ci en effet avait su, pendant quelque deux siècles, maintenir sa domination sur les masses par les mêmes procédés que la vieille oligarchie romaine, son modèle historique : des guerres de conquête, des miettes pour les prolétaires, un Droit sacralisé et toutes sortes de fascinants spectacles ; mais aujourd’hui que la Terre est conquise, et que l’on estime donc en haut qu’il n’est plus possible d’abandonner des miettes, et en bas qu’il n’est plus possible de s’en satisfaire, le respect de «l’État de droit» et des mascarades «démocratiques» s’est perdu, et la bourgeoisie en est venue à imposer ses décisions par la pure et simple terreur policière — que l’on nomme indifféremment «contre-insurrection», «guerre contre le terrorisme» ou «lutte contre l’extrémisme» [L’Ultime Razzia, Le 11 septembre 2001 dans l’histoire, Paris, Éd. Antisociales, 2004.]. Cette course précipitée de la société bourgeoise vers un abîme de barbarie nécessite avant tout, bien sûr, le développement universel de l’ignorance, donc l’organisation de l’oubli de toutes les leçons de l’histoire. Les nouveaux rois-sorciers de ce siècle obscur ne sauraient régner que sur des foules définitivement abruties, craintives et superstitieuses, sans autre mémoire qu’une vague mythologie réécrite sans cesse par de serviles bouffons chantant la terrible épopée de la «démocratisation» du monde par une bourgeoisie héroïque.

 

Dans le même temps qu’elles disparaissaient peu à peu de la culture et de l’enseignement bourgeois, jusqu’à n’être plus rien aujourd’hui, les études dites «classiques» connaissaient pourtant, sous l’impulsion de la méthode marxiste et de la meilleure ethnologie, un profond renouvellement, qui ouvrait enfin la voie à une véritable science historique de l’Antiquité. Grâce aussi à l’apport de quelques très importantes découvertes (dont notamment la Constitution d’Athènes attribuée à Aristote, retrouvée vers 1890), cette science a su grandement étendre et affiner — malheureusement à l’usage d’un public chaque jour plus restreint — notre connaissance des sociétés anciennes, jusqu’à récemment mettre au jour, après plus de deux mille ans de condamnations morales, d’erreurs d’interprétation ou de désintérêt pour ces questions, une démocratie réelle, en langage moderne une démocratie directe, riche et puissante, qui vécut durant près de deux siècles, permettant ainsi l’éclosion et la floraison de l’une des plus brillantes civilisations de l’histoire universelle : l’Athènes des Ve et IVe siècles avant l’ère chrétienne. Tous ceux qui se disent ou se pensent aujourd’hui partisans de la démocratie directe seraient bien avisés de s’intéresser à ce seul exemple documenté d’un tel régime durablement établi, à sa genèse et à son évolution : car il suffit à prouver que leur utopie n’est pas qu’une vue de l’esprit.

 

Nous avons la chance de disposer à cet effet d’une traduction en français du maître ouvrage du grand savant danois Mogens H. Hansen : La Démocratie athénienne à l’époque de Démosthène, fruit d’un quart de siècle de recherches, qui nous offre la description, la plus complète et la plus précise qui ait jamais été faite, des principes et des structures d’un régime authentiquement démocratique [The Athenian Democracy in the Age of Demosthenes. Structure, Principles and Ideology, Oxford, 1991, trad. fr. Paris, Les Belles Lettres, coll. «Histoire», 1993, rééd. Paris, Texto, coll. «Le goût de l’histoire», 2009. Toutes les citations ici paginées sans autre référence renvoient à cette réédition.]. Le présent opuscule se propose de résumer brièvement l’essentiel de son contenu, dans le but d’en signaler l’importance à ceux qui, n’ayant pas le goût des antiquailles, car tournés vers l’avenir, croient encore possible de bâtir une société humaine, libre et digne, pour peu qu’on en finisse au plus vite avec toute la magie noire du système marchand [Dans l’exposé qui va suivre, le lecteur fera, dans l’ensemble, aisément le départ entre ce qui émane de Hansen et ce que j’y ai ajouté. Dans le premier chapitre, plus général, je ne me suis pas limité aux données de Hansen, mais j’y ai joint ce que j’avais à ma disposition ; dans les chapitres suivants, je me suis surtout attaché à actualiser des considérations qui, chez Hansen, sont délibérément restreintes au but de description historique qu’il se propose. Enfin, lorsque Hansen n’est pas expressément cité, il va sans dire que j’assume la responsabilité de toutes les conclusions.]. C’est le grand mérite de Hansen que d’avoir montré toute la rationalité, toute la cohérence, et donc aussi toute l’étrangeté de l’organisation démocratique, si radicalement différente de ce que la société bourgeoise appelle fallacieusement «démocratie» que la moindre comparaison, fût-elle la plus prudente et scrupuleuse, vient instantanément confirmer le jugement porté sur celle-ci par la vieille critique révolutionnaire :

«dans une démocratie directe, le peuple se gouverne effectivement lui-même, c’est-à-dire que chacun a le droit de participer à la prise de décision, tandis que dans l’autre, indirecte, au contraire, la seule décision que chacun a le droit de prendre, c’est de choisir ses décideurs.» (p. 21)

 

L’effondrement dans la violence des institutions de la pseudo-démocratie bourgeoise et la redécouverte des institutions de la démocratie réelle ne sont évidemment pas par hasard des phénomènes contemporains : il s’agit des deux pôles, négatif et positif, d’un même processus de dépassement de la politique — la «politique» au sens traditionnel du terme étant supprimée de fait par la progressive mise hors-la-loi de tout débat de fond sur la nature des institutions (est-il besoin de rappeler quelle implacable répression est aujourd’hui promise à tous les «ennemis de la démocratie», officiellement définis, par un sournois tour de passe-passe, comme des caricatures de monstres sanguinaires ?), dans le même temps que les vrais progrès du savoir (l’histoire bien sûr, donc aussi bien la théorie révolutionnaire moderne, parce qu’elle est directement issue de l’expérience acquise au cours des principales tentatives de révolution démocratique des deux derniers siècles) exploraient les étroits sentiers menant à la prochaine réalisation d’une activité politique nouvelle, supérieure, celle des individus libres et égaux qui construiront la vivante cité-monde où l’humanité renaîtra.


 

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Vient de paraître aux Éditions Antisociales :

Fabrice Wolff
Qu’est-ce que la démocratie directe ?

(Manifeste pour une comédie historique)
 
Un livre de poche 107×178 mm
144 pages
ISBN : 978-2-9521094-3-7
Prix de vente : 5€ 
Disponible à la commande chez votre libraire ou sur Internet

www.editionsantisociales.com


 

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Sur l’auteur

WOLFF Fabrice (S). Né en 1974. Lycéen et étudiant médiocre, il est signalé en 1994-95 comme activiste de la mouvance anarcho-autonome strasbourgeoise, et entame à la même époque une série, ininterrompue à ce jour, de déplacements stratégiques en France et dans le monde. Ayant obtenu une douteuse licence de lettres, il quitte Strasbourg pour la banlieue parisienne en 1999, sous une couverture professionnelle par laquelle il prend immédiatement contact avec la branche francilienne de la mouvance anarcho-autonome. Vivant de contrats précaires et d’allocations chômage, ses sources de revenus n’ont néanmoins pas été jugées suspectes. Il a publié sous son nom, en 2000, une brochure confidentielle sur l’agitation des «chômeurs» de 1998, mais on le soupçonne d’avoir aussi collaboré à la rédaction de plusieurs écrits subversifs anonymes. Depuis, on l’a très peu signalé dans les rassemblements de la mouvance anarcho-autonome, mais il a multiplié les contacts opérationnels avec de nombreux repris de justice et autres malfaiteurs, qui forment de toute évidence l’essentiel de ses fréquentations.
Surveillance : normale jusqu’au printemps 2007 ; élevée depuis (transfert section spéciale). Ne possède ni automobile ni téléphone portable. ADN non répertorié. 
(Résumé des fiches de la DCRI.)

 

Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? 

Les Éditions Antisociales sont une association loi 1901 qui s’est fixé pour but «la fabrication et la diffusion d’œuvres de toute nature (livres, brochures, films, tracts, affiches…) intéressant la critique radicale du capitalisme».
Cette définition légale ne doit amener personne à nous confondre avec une maison d’édition, fût-elle «contestataire» et «non marchande», qui serait par définition ouverte à tous les auteurs «anticapitalistes» : nous n’avons en effet ni l’envie, ni les moyens d’un tel engagement.
Que l’on considère donc les Éditions Antisociales pour ce qu’elles sont, à savoir — pour parler moderne — la «branche communication» d’un «groupe affinitaire», lui-même informel, évolutif, produit autant que producteur de sa propre activité.
Nous sommes partisans de la généralisation de ce genre d’activité autonome, et encourageons de ce fait chacun à trouver, inventer, sinon arracher les moyens de sa propre communication. Autrement dit, que ceux qui le peuvent s’auto-éditent et s’auto-diffusent. À partir de là seulement pourront naître d’authentiques réseaux «horizontaux», non hiérarchisés et non centralisés, donc aussi «sécurisés». Seule la contestation ainsi auto-organisée saura affronter efficacement la barbarie totalitaire qui s’annonce partout, pour la vaincre.
Quant aux autres, les isolés, les parias, qu’ils n’hésitent pas à nous contacter, s’ils pensent que nous avons des moyens qu’ils n’ont pas. Nous sommes ouverts à tous les projets, pourvu qu’ils s’inscrivent dans notre démarche générale : la rébellion contre le système social, le refus de tout confort mental, la pratique de l’agitation et un certain goût pour le risque expérimental…
NIQUE LE CONSENSUS !

 


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