Un bloc noir qui prend ses marques...

Publié le par la Rédaction

2009 a vu émerger du neuf dans les manifs promenades habituelles : depuis le 29 janvier, de méchants «toto» s’organisent à l’intérieur de banderoles plutôt pas modérées et emportent avec eux des fruits et légumes pour en nourrir certaines façades.

Pas nombreux à l’intérieur du bloc, certes, mais agités et impertinents comme il se doit, les trublions du paysage contestataire lillois n’hésitent plus à se montrer et à donner de la catapulte sur les banques et autres édifices capitalistes, en passant par les horipilants playmobils en uniformes qui prétendent les en empêcher. Il était temps que ce genre de choses prenne forme ! Version locale des black blocs, ces «blocs autonomes» (dénomination pour faire plaisir à Michèle Alliot-Marie) commencent doucement à s’organiser dans plusieurs villes de France et n’hésitent plus à porter une vraie colère au sein des manifestations chiantes de leurs aïeux syndicalistes. Oui, parce qu’à force de se promener une fois par mois à grand renfort de chansonnettes ridicules, on en était venu à se demander en quoi consistait la révolte de nos jours. Alors bien sûr, on n’est pas prêt de déterrer les pavés et de sortir les maillets, mais au moins il y a un véritable effort jm’enfoutiste pour sortir des sentiers battus de la légalité bien-pensante. Oui, car il est vraiment temps de réapprendre à se servir des frondes pour que Goliath cesse de se la couler douce derrière les boucliers de ses gardes mobiles. Il est temps également de repousser le préfet dans ses ronds-de-cuir et de ne plus l’écouter lorsqu’il nous demande de protester gentiment entre Porte de Paris et République. S’insurger, ce n’est pas quitter le travail avec autorisation du syndicat pour aller trottiner dans la rue avec un drapeau en acrylique !


Alors ce bloc c’est quoi ? C’est tout simplement une manière de reprendre la rue qui est la nôtre, de battre le pavé en faisant un max de bruit, tout en cessant de tolérer l’existence des banques, concessionnaires, assurances, agences immobilières, fast foods, publicités, institutions policières, administratives et judiciaires, ainsi que des flics, qui rendent notre quotidien irrespirable. Pour cela, et en attendant l’insurrection qui nous apportera des choses plus solides, les fruits et légumes récupérés sous les étals des marchés font bien l’affaire : repeindre les vitrines et façades de ces cibles constitue un véritable devoir artistique et politique, que certains qualifieront sans doute d’«esthétisme-dandie» ou simplement de connerie, mais p eu importe l’avis de ces excités du clavier. De toute façon, il est tout à fait inconcevable qu’un jour une majorité de la population adhère à l’idée d’une insurrection et que ce genre de bloc fasse l’objet d’articles encenseurs dans la presse, voire de commentaires positifs de la part de la multitude. On l’a vu pour Lille, chaque projectile parti de traviole à été l’occasion de critiques acerbes et d’insultes à l’égard du bloc, qui s’est tout à coup métamorphosé en entreprise «terroriste» et décérébrée. Il s’est vu notamment reprocher la présence d’enfants, comme si la responsabilité de leur présence à proximité de personnes cagoulées incombait à ces dernières. Imaginez seulement qu’en 1871, les communards se soient vu reprocher la présence d’un nourisson près de leurs barricades… Eh ho ! Faut arrêter les conneries à un moment donné ! C’est à papa de promener son gosse dans le cortège de l’UNSA s’il craint la révolte ! Et rien ne sert d’expliquer la radicalité aux socio-démocrates : ils comprendront quand ils seront licenciés…

Alors bien sûr, il y a quelques consensus à établir avant de lâcher des «totos» dans les rues, c’est évident. Dans l’idéal et dans un premier temps, l’ensemble du bloc devrait s’accorder sur les cibles visées, la manière de se déplacer et de se protéger des incursions de cognes. Par exemple le type de 50 ans, connu ni d’Ève ni d’Adam, qui rentre avec son oreillette dans le bloc, s’y promène innocemment et ne cherche même pas à participer au truc, il faudrait établir un bref dialogue avec lui pour savoir sa motivation à passer sous les banderoles… Pour le reste, montrer plus de dynamisme et d’activité, gueuler davantage et avec plus de conviction, ce seraient à n’en pas douter de bons gages d’efficacité.

Mais je ne voudrais pas donner de leçon au bloc, bien au contraire ! Je souhaite qu’il s’autogère et qu’à l’avenir, il nous montre combien il peut être efficace… En tout cas merci à lui !

À la prochaine cher bloc noir,

Dissidence nordiste, 23 mars 2009.

Publié dans Agitation

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