Adresse aux grévistes de Caterpillar - Grenoble

Publié le par la Rédaction

Ce texte a été distribué ce matin, lundi 23 mars, sur le piquet de grève grenoblois de Caterpillar. Les ouvriers étaient une centaine, nettement moins que la semaine dernière. Une lettre de la direction a été envoyée aux salariés, fustigeant notamment le vandalisme de mercredi dernier (lors de l’envahissement des bureaux, soit-disant) et posant des menaces voilées envers les grévistes les plus combatifs. C’est donc le retour des négociations, à base d’appel au calme et de patience, toujours la patience. Les lettres de licenciement tomberont dans la première quinzaine de mai. À ce moment-là, il sera sûrement trop tard pour arracher quoi que ce soit à la direction de Cater’…
D’ici là, la rage et la lutte devraient revenir au goût du jour.


ADRESSE AUX GRÉVISTES DE CATERPILLAR

Ces derniers jours, des «éléments extérieurs» à la grève de Caterpillar ont été montrés du doigt, par les médias et par la police. Cela a en partie semé le trouble entre nous et nous voulons en dire ici quelques mots.

Qui sommes-nous ?

Première chose, nous nous exprimons en notre nom, celui de quelques personnes venues quelques fois sur les piquets de grève de Caterpillar pour exprimer notre solidarité.

Toutes les personnes extérieures à Caterpillar venues manifester leur soutien ne forment pas une unité homogène, les flics aimeraient bien nous mettre tou-te-s dans un même sac, mais ça ne sert à rien, c’est trop loin de la réalité.

Nous sommes quelques «anarchistes», puisque nous assumons de reprendre à notre compte cette appellation qui ferait presque de nous l’ennemi public numéro 1, à entendre les flics de la DCRI ou certains médias… De plus, nous ne parlons pas au nom de tou-te-s les anarchistes de Grenoble, enfin vous voyez, la réalité est plus compliquée que les petites cases dans lesquelles la police essaye de nous faire rentrer.

Deuxième chose, nous ne sommes dans aucun parti, aucun syndicat, ni aucune «cellule terroriste» (ces derniers temps, la ministre de l’Intérieur et le chef de l’État ont ce réflexe bizarre de vouloir accoler à certain-e-s révolté-e-s des organisations terroristes inventées de toutes pièces…). Nous ne recrutons pas, nous ne sommes les chefs de rien du tout, et dans le même temps nous ne sommes pas non plus des petits soldats aux ordres (mais ça tombe bien, avec vous on n’a jamais eu ce sentiment-là).

Alors voilà, nous souhaitons expliquer ici les raisons de notre solidarité. On nous a plusieurs fois posé la question, et c’est vrai que se lever à six heures du mat’ pour aller sous la pluie aider des grévistes qui luttent pour arracher des thunes à une direction patronale qui licencie, ça peut paraître étrange vu qu’aucun-e de nous n’est directement concerné-e…

Les raisons de notre solidarité sont pourtant multiples, liées à notre vie quotidienne et à nos convictions politiques.



Pourquoi on est là, avec vous ?

— Dans la plupart des luttes auxquelles nous participons, il est question de «convergence des luttes», d’en finir avec les «séparations» et le «diviser pour mieux régner», mais souvent, cela se limite à des déclarations d’intention. Les frontières qui séparent les «milieux», les «secteurs», les «quartiers» et les «corporations» sont souvent difficiles à briser. Un des moyens effectifs de faire converger les luttes est bien sûr de rejoindre physiquement des groupes en lutte, ça peut créer des ponts qui passent par-dessus les frontières…

— Certain-e-s d’entre nous sont au chômage, d’autres sont étudiant-e-s, certain-e-s bossent des fois en intérim, la plupart connaissent les réalités de l’exploitation salariale, c’est donc assez facile de s’identifier à votre lutte et de se sentir solidaires.

— Si le matraquage médiatique et la prétendue «opinion publique» laissent penser que la lutte des classes fait partie du passé, nous pensons qu’elle est toujours d’actualité. Simplement, ici et ailleurs, le patronat est en position de force : au fil des décennies, il a réussi à fragmenter l’ensemble des travailleur-e-s en corporations séparées, à se servir des syndicats comme des «partenaires sociaux». Pour redonner du sens à la lutte des classes, on a tou-te-s besoin d’organiser la lutte sur des bases autonomes, sans collaborer avec les patrons.

— Et c’est dans la bouche des politiciens que se trouvent parfois des indices de ce qui peut les ébranler. Lors du mouvement dit «anti-CPE», au printemps 2006, Nicolas Sarkozy avait affirmé, dans une conversation privée citée à l’époque dans le Canard enchaîné :
«S’il y avait connexion entre les étudiants et les banlieues, tout serait possible. Y compris une explosion généralisée et une fin de quinquennat épouvantable.»
Si ce genre de connexion effraie les dominants, cela a plutôt tendance à nous réjouir. Alors oui, nous envisageons aussi les connexions avec vous comme des liens qui se serrent et qui pourraient perdurer. Lorsque nous nous retrouvons face aux forces de répression, qu’elles soient privées ou d’État, nous avons tou-te-s besoin de solidarité «extérieure». C’est pareil pour vous. La solidarité de la population ne peut que vous être bénéfique, surtout si celle-ci se manifeste dans la pratique, et pas seulement par des mots.

Alors si le Dauphiné Libéré s’inquiète «des anarchistes mêlés aux salariés» (article du 3 mars), c’est peut-être qu’il y a là un danger de connexion à fort potentiel révolutionnaire…

Qui manipule qui ?


Les médias et les flics voudraient réduire la solidarité exprimée à quelque chose de compulsif qui serait propre aux anarchistes, du genre «Ils sont toujours là pour foutre le bordel, ce sont les anarcho-libertaires». Cela fait quelques années que les médias locaux, notamment le Dauphiné Libéré, nous font le coup, répétant le discours policier. L’an dernier, quand les manifestations lycéennes partaient en affrontement avec la police, c’était forcément parce que les «anarcho-libertaires» manipulaient la jeunesse. Là, on nous refait le coup, si ça s’agite du côté de Caterpillar, c’est sûrement parce que les
«anarcho-libertaires» manipulent les dociles ouvriers…

Comme si vous aviez besoin d’éléments extérieurs pour mettre en actes votre révolte. Comme si les lycéen-ne-s avaient besoin d’éléments extérieurs pour les pousser à se révolter.

Il faut vraiment être sourd à ce que vous dites pour penser que vous n’êtes que des travailleurs dociles et soumis. Même vos représentants syndicaux les plus modérés parlent d’aller
«jusqu’au bout», répétant sans cesse que vous n’avez «plus rien à perdre». Nous sommes plutôt admiratifs de votre détermination, nous n’en sommes pas à l’origine, et vous le savez mieux que quiconque.

Dans tout ce marasme médiatico-policier, on omet toujours de rappeler le rôle du patronat et de l’
État, qui arnaque qui ? C’est peut-être les anarchistes qui envoient des salves de grenades lacrymogènes sur les lycéen-ne-s ? C’est peut-être les anarchistes qui prennent les ouvrier-e-s de Cater’ pour des pantins en repoussant toujours à plus tard les solutions exigées par les grévistes ? Vraiment, il n’y a pas besoin d’éléments extérieurs pour que la colère sociale monte, encore et encore. Les raisons de se révolter sont chaque jour plus nombreuses.


Quand on est là, on fait quoi ?

Nous voulons que la solidarité soit active, pas juste un truc de principe où on signerait une pétition et basta. C’est pour ça qu’on est là, avec vous, et pour le moment, voici ce à quoi nous avons participé :
— Manif sauvage le 26 février de la préfecture jusqu’aux piquets de grève de Caterpillar.
— Cuisiner pour vous et nous (notamment le 2 mars).
— Autoréduction (sortir des marchandises gratuitement, collectivement) au Carrefour de Grand Place le 19 mars.
— Manif du 19 mars (bien sûr, nous n’y étions pas uniquement par solidarité avec les grévistes de Caterpillar, on y était aussi pour apporter un souffle de révolte, d’accord).
— Assemblée générale inter-luttes à la Bourse du Travail le 19 mars (ça continue !), dans le but de s’organiser ensemble et de créer une puissance subversive hors des syndicats et des partis, en fonctionnant de manière autogérée, sans hiérarchie.
— Bien sûr, nous avons participé aux actions que vous avez menées, nous y avons parfois apporté un petit plus mais jamais on n’a voulu vous embarquer vers un terrain autre que le vôtre (on a prêté nos bras pour porter des palettes ou des pneus, on a aidé pour mettre le feu aux barricades sur la route, on a hué les cadres qui allaient au boulot comme si de rien n’était, ok, on leur a jeté quelques pétards inoffensifs, mais bon, on n’a pas fait grand chose de plus que vous à vrai dire on a même fait beaucoup moins et c’est normal , on vous a aussi suivi quand vous avez envahi le parking du site, puis carrément l’usine et les bureaux mercredi dernier, et on n’a pas eu à faire quoi que ce soit pour repousser les vigiles armés, vous vous débrouillez très bien sans nous !). Cette lutte est avant tout la vôtre, on le sait et on ne veut pas l’oublier.
— Plus simplement, nous avons passé du temps avec vous, à discuter et rigoler, à se rencontrer. Et ça a aussi son importance, pas vrai ?

Et maintenant ?

Mercredi dernier, on a dû sortir de votre assemblée générale, au début, à la demande des flics…

Que les keufs réussissent à convaincre les chefs syndicalistes, ça ne nous étonne pas trop, les représentants syndicaux jouent leur rôle de tampon entre le pouvoir et la colère ouvrière.

Mais que les flics entrent dans l’usine comme dans un moulin, escortés par des représentants syndicaux, alors que celle-ci est occupée de force et que les cadres étaient partis en courant, que les vigiles de sécurité nous avaient balancé de la lacrymo à la gueule (comme les flics le font si bien chaque jour), franchement, ça donnait l’impression que quelque chose ne tournait pas rond dans ce scénario. Dans la situation actuelle, les flics sont là pour contrôler ce qui se passe, calmer le jeu, empêcher les grévistes d’aller
«trop loin». Et quand la flicaille n’y arrive pas par la négociation, elle essaye par la force. Nulle part on n’a vu la police protéger les travailleur-euse-s des attaques patronales. Aussi caricatural que cela puisse paraître, la police reste avant tout la main armée de l’État, la milice du capital. Alors voilà, la situation nous fait chier, que les keufs réussissent à ce point à nous diviser, ça nous fout la gerbe.

Et à certain-e-s d’entre vous aussi. Plusieurs discussions avec vous ont témoigné de ce malaise.

En ce moment, se joue une partie de votre avenir, donc nous sommes conscient-e-s que cette histoire d’assemblée générale et de flics n’est pas au centre de vos préoccupations.

Mais bon, on a passé avec vous des moments intenses, des moments de lutte et des débuts de rencontres. Et c’est pas fini. Quoi qu’il se passe, on sera toujours avec vous.

Et tant pis si on ne participe pas aux assemblées générales, de toute manière jusqu’à maintenant elles sont complètement
«tenues» par les représentants syndicaux.

D’ailleurs, ceux-ci flippent que la colère ouvrière les dépasse, on l’a bien remarqué, ils n’arrêtent pas de répéter :
«Ne vous trompez pas de cible !» Ce qui serait pas mal, c’est qu’eux aussi, ne se trompent pas de cible On peut toujours rêver ?

Ici et ailleurs, la lutte continue.

Quelques vilain-e-s anarchistes,
le dimanche 22 mars 2009.

Indymedia Grenoble


Publié dans Colère ouvrière

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jallatte 24/03/2009 09:44

Plutot qu'une Autoreduction a Carrefour , il serait beaucoup plus drole de Flooder le Marché.  Flood the Market ? une bien vieille idee qui a ete pratiquee en Australie et en ItalieAL avait dans les années 2000 investi un Leclrec du 92 et pris des Charriots pleins de bouffe - Bilan le gentil patron du Leclerc les leur avait cédés et etait passé en boucle en tant que bienfaiteur sur tout les journaux televisés y compris LCI en boucle - quelle pub a peu de fraisDes traces de Flood-The-Market sur Indymediahttp://www.indymedia.org.uk/en/newswire/archive149.htmlEt on se prend a rever a quelques actions amusantes- Mangez des pommesLes 9% de chomeurs ou les 10% de pauvres d'une ville, sans chef, prennent les places de parking , les panniers et les charriots , et achetent chacun une pomme ou un objet symbolique au supermarché. Puis sortent en payant en liquide au Caisses , se debarrassent de l'objet et retournent dans le magasin refaire un achat.Ce toute la journée, puis le lendemain, toute la semaine , tout le mois.Pas de chef , le tout tres legal.Le Collectif Contre la Vie Chere Etudiants à La Reunion a fait une action qui y ressemblehttp://www.dailymotion.com/video/x8eu4g_crise-collectif-contre-la-vie-chere_newsLeurs Ainés ont mené aussi une action dans une supermaché mais a mes yeux moins efficacehttp://www.dailymotion.com/video/x8ex82_crise-collectif-contre-la-vie-chere_news- Prenons le MetroOn peut pousser le raisnnement plus loin - Saturer un point de passage obligatoire , une sorte d'operation escargotInterdiction de faire greve a la RATP ? Le million et demi de pauvres de la RP prend le metro (avec sandwichs) toute la journee de l'ouverture a la fermeture. Le lendemain idem .... Etc... La ou cela devient drole c'est que les JT n'ont pas d'usager non solidaire et non greviste mecontent habituellemnt des greves RATP , a se mettre en interview . Et pour cause le metro fonctionne normalement , il est seulement occupé legalement , ce sans chef.Et puis l'union fait la force... Et si on changeait de banque ?Codialement