Exigeons la libération d'Ekma Mouktaré, inculpé de l'incendie du centre de rétention de Vincennes et de tous les autres !

Publié le par la Rédaction

Ekma Mouktaré est l’un des huit inculpés de lincendie du centre de rétention de Vincennes. Arrêté à Barbès en juin 2008, il est enfermé au centre de rétention de Vincennes. Né en 1991, il a alors 17 ans. Deux jours après son arrivée dans le centre, il fait partie des personnes qui ont découvert le corps inerte de Salem Essouli. Le lendemain, il participe à la marche silencieuse organisée par les retenus pour lui rendre hommage et pour protester contre cette mort causée par le défaut de soins.

Après
l
incendie, Ekma est transféré dans un centre de rétention de Lille, il y passe encore trente jours. On lui annonce alors quil est libre … mais il ne le restera que quelques minutes car à la sortie du centre, des policiers lattendent, lui annoncent cette fois quil est inculpé de lincendie du centre et le rapatrient sur Paris. Il est alors interrogé au commissariat de Louis-Blanc puis emprisonné à Fleury-Mérogis. Il passe quatre mois sans aucune nouvelle de lextérieur, comprenant à peine ce qui lui arrive dautant quil comprend mal le français et le parle à peine : sa détresse est totale.

Nous parvenons à entrer en contact avec lui en novembre, il
reprend espoir, sa famille est informée de sa situation et lui assure un hébergement sur la région parisienne. Il a donc toutes les garanties de représentation exigibles pour un sans-papiers. Plusieurs audiences et confrontations ont eu lieu, mais on continue à lui refuser sa liberté conditionnelle.

L
’État veut faire des exemples et pour ce faire sacharne contre lui et les sept autres inculpés de lincendie du centre de Vincennes. À travers eux, l’État veut donner une leçon à tous les sans-papiers qui, comme les retenus du centre de Vincennes cet été, ou ceux du centre de Bordeaux et de Toulouse cet automne ou encore de Lampedusa cet hiver, entendent continuer à se révolter contre le sort que leur réserve la violence des politiques migratoires européennes.

Jeudi 12 mars à 14h Ekma Mouktaré passe une fois de plus devant le juge. Il fait appel du refus de remise en liberté. Il a besoin que nous soyons là.
Rendez-vous au TGI de Paris, métro Cité,
devant la chambre d’instruction,
escalier A, à 14h.

Soyons le plus nombreux possible pour protester contre son emprisonnement et lacharnement de l’État contre lui et tous les autres inculpés.
Liberté pour tous les sans-papiers
et tous les prisonniers !
Liberté de circulation et dinstallation !

Infozone, 10 mars 2009
Liste d
’information pour la France sauvage.


Acharnement contre les inculpés de Vincennes

Sans-papiers. Les retenus poursuivis pour l’incendie du centre, en 2008, sont «pris en otage», selon Me Terrel.

Quel beau pays, la France ! C’est en effet en catimini qu’elle a rapatrié en Tunisie le corps de Salem Souli, le sans-papiers dont la mort fut suivie, fin juin, de la révolte et de l’incendie du centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes. Son fils et son ex-compagne (qui n’ont appris sa mort qu’en octobre !) ont d’ailleurs porté plainte pour «rétention d’information, homicide involontaire par manquement aux obligations de sécurité, omission de porter secours et atteinte à la mémoire du mort et à sa réputation ainsi qu’à sa famille». Et c’est avec la même discrétion que le pays des droits de l’homme s’acharne sur les huit sans-papiers tenus responsables de l’incendie du CRA.

Ainsi, l’un d’eux, Slaheddine El Ouertani, d’origine tunisienne, vient de sortir du coma dans lequel il était plongé depuis novembre, après avoir été grièvement blessé dans sa cellule de la prison de Fresnes, où il était en préventive. Hospitalisé à Paris, il est hémiplégique et souffre de graves séquelles. Si le juge d’instruction n’a pas jugé utile de prolonger son maintien en détention provisoire, cela n’a pas empêché le parquet de dégainer une procédure d’exception (le référé détention) pour le renvoyer en prison ! Heureusement, la chambre d’instruction de la cour d’appel, en attendant de statuer sur le fond, vient de lui éviter de retourner derrière les barreaux, rejetant cette demande.

Demain, un autre inculpé, le jeune Ekma Mouktare, d’origine marocaine, passera devant la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris. Incarcéré depuis huit mois à Fleury-Mérogis, son dossier a été, depuis peu, pris en charge par Me Irène Terrel. Pour elle, ces inculpés ne sont ni plus ni moins que «des otages et des victimes». «Victimes de ne pas être nés dans le bon pays, de la politique d’immigration, des conditions de vie déplorables dans les centres de rétention et en prison.» D’ailleurs, comme nous le raconte l’avocate, après avoir été ballotté de CRA en CRA, puis en prison, son client a fait «plusieurs tentatives de suicide». «Il s’automutile et a, à plusieurs reprises, avalé des lames de rasoir.» En huit mois de détention, il n’aura d’ailleurs été entendu qu’une fois.

De surcroît, le 19 février, son conseil a pu visionner des images «tournées par la police, et sélectionnées par celle-ci comme étant les plus intéressantes, sur ce qui s’est passé au CRA. Le pire, c’est qu’on voit bien que mon client n’a rien fait. La seule chose qu’on puisse lui reprocher, c’est de s’être approché d’un tas de matelas pour récupérer l’argent qu’il y cachait. On voit bien qu’il n’a ni briquet ni allumette à la main. En revanche, sur d’autres images, on voit dans les couloirs une autre personne avec un linge en feu à la main. Une personne qui n’a pas été inculpée.» Et l’avocate d’ajouter : «Même le juge des libertés, dans son ordonnance, reconnaît que l’on ne peut rien reprocher à mon client.» Cela ne l’a pas empêché de demander le prolongement de son maintien en détention. Une décision dont Me Terrel a fait appel. Et pour laquelle elle demandera, demain après-midi, la publicité des débats.

L’Humanité, 11 mars 2009.

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