Brest : De 3 à 7 ans ferme requis en appel pour des émeutiers de novembre 2005

Publié le par la Rédaction


École incendiée, coups de feu sur policiers : c’était le 7 novembre 2005. Hier, la cour d’appel réexaminait l’affaire. Décision le 31 mars.

Novembre 2005. Alors que la France des banlieues est en ébullition, Brest n’échappe pas à la règle. Le lundi 7 novembre au soir, un attroupement de jeunes se forme dans le quartier de Pontanezen. Un incendie criminel est allumé à l’école Nattier. Pendant que les pompiers combattent le feu, «deux patrouilles de police sont piégées par une horde de jeunes», résume Me Delphine Caro, avocate des policiers. Trois (ou quatre ?) coups de feu sont tirés sur les deux voitures de la police. Une balle se loge dans un appui-tête, une policière est blessée par des éclats de verre. «Elle et ses collègues ont craint pour leur vie.»

Deux accusateurs introuvables

Concernant l’incendie, le 23 janvier 2008, le tribunal correctionnel de Brest avait condamné Yoann Corbel, un jeune du quartier, à quatre ans de prison ferme. Le jeune Brestois avait avoué, et dénoncé son co-auteur comme étant Nassim Benantar dit Django, 25 ans, ex-footballeur stagiaire à l’AS Nancy-Lorraine. Il a déjà été condamné pour avoir mis le feu à la mairie de son quartier de Pontanezen. Mais il a toujours nié l’école Nattier. Considérant qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves, le tribunal de Brest l’a relaxé.

Hier, le procureur de la cour d’appel, Philippe Petitprez, est revenu à la charge contre Nassim Benantar. «Plusieurs témoins font de lui le meneur de l’incendie. Il s’était fabriqué un alibi à l’avance. Lui et les autres prévenus ont attaqué deux des symboles de notre République, l’école et la police. Je requiers six ans de prison ferme.» Mais Me Vincent Omez, défenseur du jeune Brestois, a plaidé la fragilité des témoignages. Dont celui de Yoann Corbel, «qui avait peut-être intérêt» à charger les autres.

Le renvoi refusé

Restait l’énigme des coups de feu sur les policiers. L’enquête et l’instruction s’étaient basées sur les accusations de Yoann Corbel, et celles d’un témoin «anonyme» : un statut créé par une loi de 2001. Ces deux jeunes ont accusé Vahitu Schmidt, 25 ans, comme ayant tiré sur les policiers ; Mohamed Esslmani, même âge, comme lui ayant apporté l’arme et les cartouches ; et enfin Anande Ka dit Chichi, 21 ans, comme ayant également eu un fusil entre les mains, ce 7 novembre 2005.

Le problème de ces deux accusateurs, c’est qu’ils sont aujourd’hui … introuvables. Yoann Corbel a disparu quelques jours avant le premier procès. Se cache-t-il par peur de représailles ? Un mandat d’arrêt est décerné contre lui.

De même, le témoin sous X n’a pu être entendu à Rennes hier. «Il est parti à l’étranger», croit savoir l’avocat général Petitprez. «Dans ces conditions, nous demandons le renvoi du procès, a plaidé la défense. Car la cour ne pourra pas apprécier la fiabilité de ces témoins.» La cour a refusé ce renvoi ; le président a lu les déclarations des deux accusateurs.

Un seul ou deux tireurs ?

À la stupeur des policiers locaux, le tribunal de Brest avait relaxé Esslmani pour la complicité, Ka et Schmidt pour les coups de feu sur la police. «Je ne suis pas un tueur de flics. Ce soir-là, je manipulais l’arme pour frimer. On me l’a prise. J’ai une idée du vrai tireur, mais je n’ai aucune preuve», a répété hier Vahitu Schmidt, contre qui le parquet requiert 7 ans (au lieu de 9 à Brest). «Sur l’arme, il y avait un ADN, mais ce n’était pas celui de Schmidt», a rappelé son avocat, Me Ronan Appéré.

«Les témoins qui m’accusent sont des menteurs», ajoute Anande Ka (4 ans demandés). Son avocat et celui de Mohamed Esslmani ont justement souligné que ce second procès, condensé sur une journée au lieu de trois à Brest, «n’a pas abordé la personnalité des quatre prévenus». La cour a mis sa décision en délibéré.

Presse jaune (Ouest-France), 3 mars 2009.

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