Une famille domiciliée à Souvans menacée d'expulsion
Les quatre membres d’une famille originaire d’Azerbaïdjan ont été interpellés mercredi à Souvans. Ils ont d’abord été placés en centre de rétention à Rouen, avant d’être relâchés hier après-midi.
Mercredi matin, le couple Mamedov et leurs deux petites fillettes, âgées de 4 ans et 3 mois, ont été arrêtés à leur domicile. Originaires d’Azerbaïdjan, ils auraient fui leur pays pour des raisons politiques. Ils sont arrivés sur le territoire en décembre 2005 et sont installés depuis à Souvans. Le père, Musvic Mamedov, a fait une demande d’asile politique. Entre-temps, il a obtenu une autorisation provisoire de séjour. Ces papiers temporaires lui permettent de travailler librement. Mais le 28 mai dernier, la famille est déboutée de sa demande d’asile politique. Depuis cette date, elle est sur le coup d’une obligation de quitter le territoire français. En réaction, les Mamedov déposent un recours contre la décision administrative. Cette demande devait être examinée par le tribunal administratif de Besançon le 18 septembre prochain.
Des problèmes de santé
Mais voilà, mercredi dernier, tous les espoirs de la famille s’écroulent. Ils sont interpellés à leur domicile. Dans un premier temps, ils sont conduits dans les locaux de la gendarmerie de Mont-sous-Vaudrey, pour être transférés dans la journée au centre de rétention administrative de Oissel près de Reims.
La mère, Samira Mamedov, et le bébé en bas âge supportent très mal cette détention. «Nous sommes inquiets pour le nourrisson. Sa santé est fragile et sa mère s’est mal remise de son accouchement. Elle ne peut plus allaiter et le bébé refuse le biberon et vomit le peu qu’il absorbe. Ce n’est pas une place pour des enfants» s’inquiète Chantal Pujol-Herr, membre de RESF Jura, le réseau Éducation sans frontières.
Remis en liberté
Vendredi matin, une audience était organisée devant le juge des libertés et de la détention. Ce dernier n’a pas statué. Il a demandé une expertise médicale avant de prendre sa décision. Finalement, hier après-midi, toute la famille a été relâchée. Mais leurs ennuis ne s’arrêtent pas là. Le recours contre l’obligation de quitter le territoire sera examiné à Reims le lundi 25 août. L’audience est donc avancée et dépaysée. «Cette mise en rétention si loin du Jura les isole de leur avocat qui avait préparé un dossier complet pour le 18 septembre. Du coup, il ne peut pas se déplacer» tempête Chantal Pujol-Herr. Faute de mieux, la famille devra se contenter d’un avocat commis d’office.
Réunion de soutien
Hier après-midi, RESF organisait une réunion de soutien à Souvans. Plusieurs sympathisants de RESF et quelques proches voisins de la famille Mamedov étaient présents. En tout, une vingtaine de personnes. Ils sont sous le choc. La famille était bien intégrée et la fillette la plus âgée fréquente l’école du village. Sophie, une proche voisine, souligne la gentillesse de Samira Mamedov. «Elle est adorable, quand on lui rend visite, elle ne sait quoi faire pour nous faire plaisir.» Plusieurs voisins ont assisté à l’interpellation. Selon eux, le dispositif mis en place était démesuré. «Il y avait trois véhicules de gendarmerie et quatorze gendarmes pour un homme, une femme et deux petits enfants. Ce ne sont pas des criminels. L’arrestation n’a pas été violente, mais moralement c’est difficile. On pense surtout aux enfants» explique Sophie.
Vincent Patrin avec Bruno David
Le Progrès (édition du Jura), 24 août 2008.
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