Du populisme pénal au populisme constitutionnel
C’est assurément de populiste que l’on peut taxer la politique de Sarkozy. L’homme qui dit avoir réponse à tout n’a finalement d’autre réponse que l’autoritarisme forcené des monarques républicains du XXe siècle.
Jugé dangereux par le journal télévisé ? Aussitôt emprisonné !
Une peine de vingt ans déjà purgée ? On n’est plus à quelques années près !
Une peine de vingt ans déjà purgée ? On n’est plus à quelques années près !
Mais c’est promis, seuls les «dangereux pédophiles» seront concernés par cette rétention de sécurité. Comme pour les écoutes téléphoniques, la vidéo-surveillance ou les prélèvements ADN, il serait peu rentable politiquement d’avouer que bientôt tout ceux qui ne rentrent pas dans le moule seront la cible de cette nouvelle forme d’enfermement. On remarquera au passage l’utilisation du terme «rétention» qui, comme pour l’enfermement des sans papiers, tente de nous faire croire qu’il ne s’agit pas vraiment de prison. La détention ne serait plus de mise, on se demande à quoi peuvent bien servir les barreaux aux fenêtres…
Le populisme devient constitutionnel, le petit Nicolas cherchant à doubler le conseil constitutionnel. Au grand étonnement de ceux qui croyaient encore —à tort— que la République protégeait les libertés fondamentales. Ceux là, tout content de voir les appels à la défense républicaine publiés dans Marianne, préfèrent sûrement ne pas voir l’industrie pénale des comparutions immédiates, envoyant par flots entiers les pauvres et les rejetés de la société dans les bastilles de la République. Mais cela il faut le taire, ne surtout pas dire la monstruosité de cette machine à enfermer. Preuve en est la poursuite que la justice fait au site d’informations alternatives Rebellyon.info en raison des comptes-rendus de comparutions immédiates mis en ligne et soit disant diffamatoires pour l’(in)justice française. Une raison de plus pour soutenir ce média alternatif qui a mis en ligne plus de cent comptes-rendus de comparution en trois ans !
Finalement il n’est jamais trop tard pour rappeler notre refus de toutes les formes d’enfermement. Nous n’oublions pas que la justice ne sert qu’à condamner les pauvres, contrôler et empêcher tout débordement dans notre société aseptisée, dans notre totalitarisme rose bonbon. Nous n’oublions pas non plus les morts dans les prisons françaises, chaque année plus nombreuses alors que la France compte plus de 60.000 prisonniers, ni celle de Julien, mort à 16 ans dans l’EPM de Meyzieu. À l’heure où les nouvelles prisons, à Corbas, à Roanne, à Bourg-en-Bresse, où les Établissements Pénitentiaires pour Mineurs et les Centres de Rétention Administratifs, deux types de prisons qui taisent leur nom, où les commissariats, dans le 3e arrondissement ou à Villeurbanne, se multiplient à grande vitesse, il est toujours tant de le dire :
Mur par mur, Pierre par pierre, Détruisons toutes les prisons !
L’Égalité économique et sociale, mars 2008
Feuille mensuelle de l’Union locale lyonnaise de la CGA
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