République et xénophobie : les deux faces d'un même État ?

Publié le par la Rédaction

Les déclarations martiales stigmatisant les étrangers et les nomades, et les pratiques de l’appareil d’État suscitent une légitime vague dindignation dans une large partie de la population. Nous sommes encore nombreux.ses dans ce pays à nous «émouvoir» quand linacceptable se déroule dans notre poste de télévision, dans notre ville, devant notre porte, juste sous nous yeux. Cest rassurant. Chacun.e le sait, chacun.e le sent, il faut agir, ne pas laisser faire. Mais pour agir, lindignation ne suffit pas. Les appels vibrants aux valeurs républicaines nous laissent un goût amer.

 

Mais de quelles valeurs républicaines nous parle-t-on ?

 

Nous, syndicalistes de la CNT, navons pas oublié que la Troisième République, ce ne fut pas seulement le Front populaire ; ce fut aussi la répression de la Commune, la boucherie de Verdun et le colonialisme. Ce colonialisme qui, de Jules Ferry à la Françafrique, constitue un terreau fertile à la xénophobie d’État. Nous voyons une continuité des vieux charters de Maliens que la ministre Dufoix (PS) inaugura en 1984, aux charters de Roms sous Besson ; des lois sur la sécurité quotidienne de Vaillant (PS) en 2001 à la Loppsi 2 d’Hortefeux.

 

Non, la République ne protège pas du racisme. Elle ne protège pas non plus de la misère et de la précarité. Et cest bien la misère qui engraisse le racisme, cette vielle ficelle du pouvoir qui consiste à diviser les pauvres pour asseoir sa légitimité.

 

Lutter contre la xénophobie sans remettre en cause le capitalisme : une impasse.

 

Autrefois colonisé.es, puis exploité.es pour satisfaire les besoins économiques de l’après-guerre, les immigré.es ont toujours été les cibles privilégié.es du pouvoir tant économique que politique en temps de crise. Mais la crise est permanente car elle alimente le capitalisme. Pour les patrons, l’exploitation des travailleur.es migrant.es permet de faire pression sur l’ensemble des travailleur.es et des franges les plus précaires de la population. Pour l’État, une fois la menace communiste devenue obsolète, l’ennemi est devenu intérieur : l’immigré.e, l’insoummis.e, sur lesquel.le.s est censée reposer une grande partie des problèmes sociaux (délinquance, insécurité, déficits budgétaires du système social…).

 

Diviser pour mieux régner a toujours été le mot d’ordre du pouvoir, qu’il soit républicain ou non. Sa stratégie : monter le prolétariat contre le sous-prolétariat, que les pauvres se fassent la guerre entre eux et le pouvoir aura la paix !

 

Oublions nos nationalités et construisons nos solidarités.

 

Pour s’attaquer à la xénophobie, il faut s’attaquer aux inégalités sociales, pour s’attaquer aux inégalités sociales, il faut s’attaquer à la xénophobie et construire nos solidarités, pour une société libre et autogérée. Travailleur.es français.es, travailleur.es immigré.es : même patron.nes, même combat !

 

La CNT s’oppose à toute mesure qui vise à imposer un climat de peur et de haine, et à contrôler la population pour mieux étouffer ses revendications. La vidéosurveillance, le fichage (ADN, biométrie, Base-élèves, Edwige…), le quadrillage policier, les lois sécuritaires (Perben, Sarkozy, Loppsi) et répressives n’ont jamais amélioré les conditions d’existence des populations, se sont toujours retournées contre elles, et en particulier contre celles et ceux qui luttent pour les droits populaires et la justice sociale.

 

Il y aura toujours une résistance et une solidarité de classe qui s’opposeront aux discours et dispositifs sécuritaires lors des luttes sociales, dans les usines, les administrations, dans les quartiers, à la Villeneuve et ailleurs…

 

Union des syndicats CNT de l’Isère, 4 septembre 2010.

 


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