Les barricades bloquent la route mais ouvrent la voie

Publié le par la Rédaction

UFR Lettres & Sciences humaines de Reims, février 2010



À l’université de Reims, il suffit que quelques murs se mettent à parler pour que l’incontinence policière des vice-doyens s’affiche sans honte :

Tags et agressions au campus Croix-Rouge / Pas bon pour l’image !

Étudiantes agressées, montée d’une psychose, bâtiments barbouillés de tags… Deux jeunes vice-doyens des facs de lettres et de droit montent au créneau.

Lisa est étudiante en première année de lettres modernes. «Le 14 décembre, j’ai été agressée ; ça s’est passé un peu avant 18h30, dans les escaliers après les “Coquilles”. J’étais seule, je téléphonais avec mon portable ; deux jeunes se sont approchés, j’ai reçu un coup-de-poing dans la tête, un des deux a essayé de m’arracher mon téléphone, ils m’ont jetée par terre, j’ai reçu des coups de pied, et ils sont partis avec mon appareil. Depuis, j’essaye de ne plus me balader seule sur le campus.»
Ce témoignage ne serait pas grand-chose (hormis pour la victime bien sûr) s’il restait isolé. Malheureusement, Baptiste Rogissart et Maxime Thorigny, deux jeunes vice-doyens, l’un de la faculté de droit et l’autre de la fac de lettres, sont formels : ce genre d’agression se développe dangereusement sur le campus Croix-Rouge. «Des vols avec violence, il y en a eu une dizaine dans les derniers mois, et ça s’est accentué depuis décembre.» Maxime indique avoir été lui-même témoin d’une de ces attaques : en fin de journée, vers 18h30, fin novembre début décembre, sous le porche de l’ancienne fac de lettres désaffectée. Une jeune fille a été plaquée contre un mur et on lui a volé son ordinateur et son sac à main. «J’ai entendu dire qu’une autre fois, une fille avait été traînée sur plusieurs mètres et rouée de coups. Nous avons de nombreuses remontées de plaintes du même genre.» Un début de psychose semble en effet s’installer : «J’évite de me retrouver seule le soir», confie ainsi Mélanie, 2e année de sanitaire et social. Idem pour son amie Aurélie. Et des avis identiques, on en recueille aisément autour des tables du Resto-U.
Il suffit de casser
Et comme si cette violence ne suffisait pas, il y a aussi une prolifération de tags dans le décor : «À l’occasion d’un conflit, on comprendrait, mais là, il n’y a aucune raison ! Ce sont des messages à visée anarchiste, des appels à la violence…» Quelques échantillons de cette prose protestataire : «Feu aux prisons !» … «No border no nation (pas de frontière, pas de nation)» … «Rien ne sert de manifester, il suffit de casser» … «Les barricades bloquent la route mais ouvrent la voie»…
Certes, l’adjoint au maire chargé de la vie étudiante Dominique Bunel relativise la poussée de violence — «ce n’est pas vraiment nouveau» —, certes au commissariat, on n’a pas spécialement constaté que le campus Croix-Rouge revenait davantage dans les plaintes ces temps-ci, néanmoins les deux jeunes vice-doyens montent au créneau pour essayer de faire bouger les choses. «Ça nous donne une image déplorable, et on en souffre, alors que par ailleurs nous avons une formation de qualité !»
Que demandent-ils en fait ? «Canaliser les entrées, avec quelques grillages ; augmenter la présence des vigiles : ils ne sont que deux entre 20 et 6 heures.» Ils en appellent pour cela à une concertation avec les collectivités locales. «Elles ont bien réussi à se bouger pour faire venir Sciences po !»
Leur presse (Antoine Pardessus,
L’Union), 27 février 2010.



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