Que fait la Cimade ?

Publié le par la Rédaction


La Cimade est une association créée en 1939 ; depuis l’ouverture sous la gauche des centres de rétention administrative (CRA) au début des années 1980, elle mène «une mission d’accompagnement des étrangers dans les centres de rétention administrative». D’abord essentiellement sociale, elle est aujourd’hui définie comme une association d’aide à l’exercice des droits des personnes retenues. Elle est le seul représentant de la société civile dans les CRA.

Les rapports de l’association énoncent régulièrement ses positions officielles. L’enfermement des étrangers en situation irrégulière doit se réduire en temps et en nombre. Il s’agit alors de «faire pression» pour réduire le plus possible la durée des procédures d’expulsion et les délais d’attente en centre. Chaque «retenu» devrait être fixé le plus vite possible sur sa situation et ne pas rester enfermé pour rien. D’autre part, l’association se dit contre l’enfermement de certaines catégories d’étrangers, à savoir, les femmes, les enfants et les malades. Quand l’enfermement ne peut pas être évité, il doit se dérouler dans les meilleures conditions. Michel Rocard, éminent membre du parti socialiste et ancien premier ministre de Mitterrand interrogé dans Le Monde du 3 novembre 2008 prend la défense de l’association et résume ainsi ses positions : «La Cimade a toujours agi avec esprit de responsabilité, elle ne s’est jamais permise de demander l’ouverture générale de toutes les frontières. Elle est dure lorsqu’elle observe des traitements dégradants. (…) Nous essayons tous de contenir l’immigration venant des pays pauvres, qu’on ne peut quantitativement absorber. Le problème est de le faire avec décence et humanité.» Le travail quotidien de la Cimade, sauf exception, se résume à de la gestion administrative des dossiers des sans-papiers. Elle effectue les tâches dont l’État a tenu à se débarrasser dès le début : elle fait directement le travail d’un service administratif, tandis que l’État n’a plus qu’à gérer la surveillance des CRA. Dans les faits, seuls ceux que l’association estime les plus susceptibles d’obtenir des papiers, seront soutenus et aidés. De nombreux témoignages de sans-papiers enfermés résument ce travail quotidien. «Avec le bureau de la Cimade, ce sont des manipulateurs. C’est une association qui s’occupe du droit des étrangers. Et la première chose qu’ils te disent c’est de remettre ton passeport. Si tu le fais pas ils te disent qu’on peut rien faire. Je sais que la première chose qu’ils disent, comme les avocats d’office, c’est je peux rien faire ; alors comme droits des étrangers c’est un peu léger. En regardant d’autres cas même pas seulement moi ; les demandes d’asile, ils les transmettent, mais du coup ils obligent à donner l’identité. Sinon, ça dure dix secondes si tu donnes pas tes papiers, ils te donnent un numéro de fax, une carte téléphonique si t’en as pas. Moi je vois rien d’autre. Les demandes d’asile, elles sont toutes refusées et les gens qui ont donné leurs papiers ils sont sûrs d’être expulsés», déclarait Samir il y a deux ans dans L’Envolée no 16. Interviewé plus récemment dans l’émission l’Envolée, sur Fréquence Paris Plurielle, un «retenu» sortant du CRA de Vincennes déclarait : «Au CRA, la Cimade n’est là que pour gérer les dossiers administratifs, ils s’en foutent de nous. D’ailleurs j’ai assisté à une discussion où des “retenus” disaient qu’il ne fallait rien donner à la Cimade, parce que sinon ils vont tout donner à la police. Je n’y croyais pas, mais on m’a dit qu’il y avait une différence entre la Cimade de dehors et la Cimade de dedans.» Le frère d’un «retenu arrêté suite à l’incendie expliquait à son tour : «Ce qui m’a écoeuré au tribunal, c’est le comportement de la Cimade. Sur conseil de l’avocat, on avait besoin d’une association. J’ai joint un représentant de la Cimade. Ce monsieur m’a fait savoir qu’il n’était pas là pour aider les “retenus” en ce sens ; que leur rôle était de les assister au niveau du CRA — mais ce mec était avec moi au tribunal ; il me demandait des informations sur mon frère, sur son travail, sur son état civil, etc.»

Cette association protestante de gauche, s’est exprimée sur les événements récents dans son rapport annuel de 2008 en expliquant les révoltes des «retenus» dans les CRA comme suit : «La contestation s’est propagée au CRA de Vincennes, ce centre de 280 places qui symbolise l’industrialisation de la rétention et de l’expulsion des sans-papiers», avant de faire quelques propositions à l’État, pour éviter toute mutinerie : «Limiter la capacité des centres de rétention à 80 places»… «Nous constatons aujourd’hui dans les centres de rétention les plus importants (jusqu’à 280 places au centre de Vincennes) qu’au-delà d’un certain seuil, la rétention change de nature. Nous proposons la limitation de la capacité des centres de rétention. Cette préoccupation est reprise dans le rapport conjoint de l’IGA et de l’IGAS remis au gouvernement. […] Ainsi, le nombre de places dans un centre de rétention doit être compatible avec l’attention requise à la situation individuelle de toute personne qui y est enfermée, tant par les divers intervenants à l’intérieur que par les services préfectoraux et les magistrats compétents. Tel n’est pas le cas dans les départements où sont construits des centres de plus de 80 places.» Tout ça, bien sûr, pour «assurer des conditions de rétention conformes au respect de la dignité humaine». Et en bon gestionnaire de la rétention, la Cimade a persuadé le gouvernement, qui après ce rapport a démarré au Mesnil-Amelot la construction d’un CRA conforme à ses recommandations. Il comprendra plusieurs petits bâtiments de 40 personnes ; la Cimade «déplore l’embrasement du centre de rétention administrative de Vincennes».

Toutes ces déclarations sont publiques et transmises aux médias institutionnels ; mais le discours varie selon l’interlocuteur : trois jours après l’incendie, deux membres de la Cimade qui avaient «travaillé» au CRA de Vincennes, invités sur l’antenne de Fréquence Paris Plurielle dans l’émission RESF (Réseau éducation sans frontières), déclarent spontanément : «le plus gros centre de France s’embrase, et la Cimade est bien contente de cet embrasement». Questionnées sur leur déclaration et sur leur rôle ambigu dans les CRA, elles lâchent : «C’est très facile de traiter la Cimade de collabo quand on n’a jamais mis les pieds à l’intérieur de Vincennes. Ce qu’on y fait, c’est énorme !» Elles vont même jusqu’à dire que : «La manipulation qu’exercent les “retenus” sur l’extérieur existe aussi.» Lorsqu’une auditrice appelle pour demander des explications, elles se risquent à une analyse : «La Cimade, le paradoxe, c’est qu’il y a des financements publics ; on est tenu, d’une certaine manière ; on n’a pas la liberté de parole que vous, vous avez.»

À l’avenir, la Cimade pourrait bien perdre le monopole de la présence dans les CRA ; elle se reprend brutalement en pleine face que l’État dispose de ses serviteurs à son gré et distribue ses subventions comme bon lui semble. Il a simplement pris acte de la massification de l’enfermement constatée par tous. L’augmentation du nombre d’enfermés a des conséquences directes. L’État fait suivre l’infrastructure ; des centres comme celui de Vincennes sont ingérables dans la longue durée, comme il le faisait depuis vingt ans. Les conseils ont, semble-t-il, été entendus. Les centres seront plus petits et plus nombreux. C’est aussi l’occasion de diversifier les associations qui interviendront pour en gérer la partie administrative. Il s’agit aussi de donner de l’argent aux copains et au passage, de calmer les quelques individus déjà en poste qui voudraient continuer à l’ouvrir. L’association Respect créée et présidée par un membre parisien de l’UMP entend, militer pour le respect de la république et de l’institution présidentielle… tout est dit. Quand à la Croix de Malte, un petit détour historique nous éclaire. Elle est née il y a plusieurs siècles pour combattre la «barbarisation» de l’Europe en arrêtant les Turcs menaçants aux portes de la Méditerranée… sans commentaires. Pour le moment l’appel d’offre a été remis en cause par le conseil d’État. Nous ne pleurerons de toute façon pas sur le sort de la vieille dame !
L’Envolée no 24, décembre 2008.


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