On n'arrête pas le Progrès
Cour d’assises : la preuve par l’absurde
Dans le box, l’accusé semble étranger à lui-même. «Il y a une victime ; j’ai pas le droit» dit-il en guise d’aveux. Grand au visage renfrogné, il marmonne un vocabulaire hésitant, accentué d’une élocution chuintante. «C’est moi qui l’a fait mais je me souviens pas, je suis pas capable de faire ça.» Il faut se contenter de bouts de phrases désarticulées pour suivre le récit craché de son existence. «Une pensée étrange, difficile à suivre» résume un expert.
Samir Korichi est né à Lyon, reparti à 4 ans en Algérie, revenu en 2003 pour errer de foyers en centres d’accueil. En dehors de ces points de repères, son portrait ressort d’un collage verbal hasardeux. On perçoit un milieu pauvre, un père violent, une mauvaise chute sur la tête, l’armée en période de terrorisme, un comportement déroutant aux facettes agressives, colmaté à coups de médicaments, d’alcool sûrement, de hasch peut-être : «Je fume mais je ne suis pas fumeur.» «J’ai passé les limites» dit-il du renvoi d’un foyer.
«Il s’est retrouvé seul, à l’abandon, son médecin est passé une seule fois, on lui a pourtant dit qu’il fallait le soigner» soutient l’ancien gardien du foyer Sonacotra de l’avenue Félix Faure, où a éclaté le crime, le 27 novembre 2004. Un voisin de couloir lardé de dix-huit coups de couteau et ciseaux, sans aucun motif apparent.
Comme dans un roman de Camus, l’accusé assiste en spectateur déconnecté à son propre procès, comme un pion de la procédure criminelle qui cherche une raison, ne serait-ce qu’une, à son acte meurtrier. Les psychiatres s’accordent pour dire que son discernement est nettement altéré par la présence diffuse d’une maladie mentale.
Le docteur Jean Canterino penche pour une schizophrénie qui aurait pu générer «des réactions inadaptées». Son confrère Paul Galea évoque une psychose difficile à diagnostiquer, mélange de traumatisme d'enfance, de déficit personnel, de troubles maladifs. Tous relèvent un problème d’adaptation à la réalité. Pas si fou en faisant semblant de ne pas comprendre le français comme «une volonté d'obstruction manifeste à l’enquête» complète le lieutenant Gilles Semon, en policier expérimenté de la brigade criminelle. L’avocat général ne manque pas de noter la «dangerosité» de cette personnalité insaisissable.
Suite et fin du procès aujourd’hui.
Belleville: le principal du collège suspecté d’exhibitionnisme
«On se refuse à tout commentaire.» Hier après-midi, le personnel du collège Émile-Zola à Belleville avait reçu des consignes précises : aucune communication à la presse, chacun, enseignant, surveillant et élève devant (ou préférant) garder le silence. Depuis lundi, chacun ici savait que Christian Meyer ne reviendrait pas dans l’enceinte de l’établissement.
Cet habitant de Charentay, une commune voisine, âgé de 58 ans avait été interpellé pendant son séjour aux sports d’hiver par les gendarmes pour des faits d’exhibition sexuelle sur mineurs. Venu avec sa compagne en vacances à Val-Thorens en Savoie, l’homme se serait exhibé peu de temps après son arrivée devant une fillette sur un télésiège. Il aurait récidivé le lendemain dans une autre station (Les Ménuires) puis à Val-Thorens et s’en serait pris au total à cinq petites filles. Les enfants âgées de 6 à 10 ans ont immédiatement raconté l’histoire à leurs parents qui ont déposé plainte à la gendarmerie.
Grâce aux témoignages recueillis, les enquêteurs ont interpellé mardi 26 février Christian Meyer. Il a été présenté en comparution immédiate deux jours plus tard devant le tribunal correctionnel d’Albertville. Placé en détention provisoire, le principal subira une expertise psychiatrique et passera en audience le 3 avril. Circonstance aggravante : le suspect a déjà été condamné en appel pour des faits similaires à une peine de prison avec sursis mais son casier judiciaire est resté vierge ce qui explique qu’il ait pu continuer à exercer (lire ci-dessous). Au collège de Belleville qui accueille environ 700 élèves, Christian Meyer était réputé pour son goût de la discipline et son autorité naturelle. Jouissant d’une bonne réputation, le principal avait exercé quelques années auparavant à Beaujeu, une ville voisine. Ancien professeur, il avait démarré sa carrière en 1971 à Paris puis avait été nommé principal adjoint à Liancourt dans l’Oise en 1991.
Incrédules, les Bellevillois louent les qualités du personnage, ancien champion d’athlétisme et amateur de voyages. Dans son village où il habite depuis dix ans avec sa compagne, les gens le croisaient peu. Habitant dans un hameau, il ne s’impliquait pas dans la vie associative. On savait juste qu’il «avait mis de l’ordre au collège». Discret chez lui, il s’affichait pourtant avec décontraction sur le site «Copains d’avant» : on le voit posant avec un large sourire et en maillot de bain sur des plages mexicaines. Tout un album photos qui surprend chez un homme ayant des responsabilités dans l’Éducation nationale depuis plus de quinze ans.
Circulez, y’a rien à voir…
On peut résumer ainsi les réponses du rectorat de l’académie de Lyon (Ain, Rhône, Loire). Interrogées hier, les instances locales de l’Éducation nationale, responsables de la bonne marche du système scolaire se contentent de distiller des phrases types : «la justice est saisie de cette affaire», «si les faits sont avérés, les sanctions les plus lourdes seront prises», ou encore «nous assurons la continuité du service public et nous apportons notre soutien à l’équipe pédagogique du collège et aux élèves». En 2005, ce chef d’établissement avait été condamné en appel pour des faits similaires. À la demande de l’avocat, le juge n’avait pas inscrit la petite peine de prison avec sursis sur son casier judiciaire, permettant ainsi au principal de continuer à exercer dans l’Éducation nationale. Arrivé en 1997 dans la région (à Beaujeu) le principal avait donc pu tranquillement conserver ses responsabilités à Belleville, où il avait été affecté en 2001. Les services du rectorat savaient-ils néanmoins que le chef d’établissement s’était déjà exhibé ? Silence. Si oui, comment expliquer que l’administration l’ait maintenu au même poste, et auprès d’enfants ? Même silence. Face à la question, l’inspecteur d’académie du Rhône réagit pareillement, assurant qu’il n’a pas «à commenter une décision judiciaire». Le ministre Xavier Darcos a pour sa part déclaré qu’il allait déclencher une enquête interne.
En cherchant bien, on trouve un peu d’Albert Camus dans les débats de la cour d’assises du Rhône qui juge depuis hier Samir Korichi, 37 ans, pour un meurtre qu’on dirait surgi de nulle part, comme l’incarnation édifiante de l’absurde cher à l’écrivain algérois.
Dans le box, l’accusé semble étranger à lui-même. «Il y a une victime ; j’ai pas le droit» dit-il en guise d’aveux. Grand au visage renfrogné, il marmonne un vocabulaire hésitant, accentué d’une élocution chuintante. «C’est moi qui l’a fait mais je me souviens pas, je suis pas capable de faire ça.» Il faut se contenter de bouts de phrases désarticulées pour suivre le récit craché de son existence. «Une pensée étrange, difficile à suivre» résume un expert.
Samir Korichi est né à Lyon, reparti à 4 ans en Algérie, revenu en 2003 pour errer de foyers en centres d’accueil. En dehors de ces points de repères, son portrait ressort d’un collage verbal hasardeux. On perçoit un milieu pauvre, un père violent, une mauvaise chute sur la tête, l’armée en période de terrorisme, un comportement déroutant aux facettes agressives, colmaté à coups de médicaments, d’alcool sûrement, de hasch peut-être : «Je fume mais je ne suis pas fumeur.» «J’ai passé les limites» dit-il du renvoi d’un foyer.
«Il s’est retrouvé seul, à l’abandon, son médecin est passé une seule fois, on lui a pourtant dit qu’il fallait le soigner» soutient l’ancien gardien du foyer Sonacotra de l’avenue Félix Faure, où a éclaté le crime, le 27 novembre 2004. Un voisin de couloir lardé de dix-huit coups de couteau et ciseaux, sans aucun motif apparent.
Comme dans un roman de Camus, l’accusé assiste en spectateur déconnecté à son propre procès, comme un pion de la procédure criminelle qui cherche une raison, ne serait-ce qu’une, à son acte meurtrier. Les psychiatres s’accordent pour dire que son discernement est nettement altéré par la présence diffuse d’une maladie mentale.
Le docteur Jean Canterino penche pour une schizophrénie qui aurait pu générer «des réactions inadaptées». Son confrère Paul Galea évoque une psychose difficile à diagnostiquer, mélange de traumatisme d'enfance, de déficit personnel, de troubles maladifs. Tous relèvent un problème d’adaptation à la réalité. Pas si fou en faisant semblant de ne pas comprendre le français comme «une volonté d'obstruction manifeste à l’enquête» complète le lieutenant Gilles Semon, en policier expérimenté de la brigade criminelle. L’avocat général ne manque pas de noter la «dangerosité» de cette personnalité insaisissable.
Suite et fin du procès aujourd’hui.
R.S.
Le Progrès (édition du Rhône), 7 mars 2008
Belleville: le principal du collège suspecté d’exhibitionnisme
Stupeur et incrédulité à Belleville où le principal du collège Émile-Zola a été interpellé la semaine dernière dans une station de ski pour exhibitionnisme
«On se refuse à tout commentaire.» Hier après-midi, le personnel du collège Émile-Zola à Belleville avait reçu des consignes précises : aucune communication à la presse, chacun, enseignant, surveillant et élève devant (ou préférant) garder le silence. Depuis lundi, chacun ici savait que Christian Meyer ne reviendrait pas dans l’enceinte de l’établissement.
Cet habitant de Charentay, une commune voisine, âgé de 58 ans avait été interpellé pendant son séjour aux sports d’hiver par les gendarmes pour des faits d’exhibition sexuelle sur mineurs. Venu avec sa compagne en vacances à Val-Thorens en Savoie, l’homme se serait exhibé peu de temps après son arrivée devant une fillette sur un télésiège. Il aurait récidivé le lendemain dans une autre station (Les Ménuires) puis à Val-Thorens et s’en serait pris au total à cinq petites filles. Les enfants âgées de 6 à 10 ans ont immédiatement raconté l’histoire à leurs parents qui ont déposé plainte à la gendarmerie.
Grâce aux témoignages recueillis, les enquêteurs ont interpellé mardi 26 février Christian Meyer. Il a été présenté en comparution immédiate deux jours plus tard devant le tribunal correctionnel d’Albertville. Placé en détention provisoire, le principal subira une expertise psychiatrique et passera en audience le 3 avril. Circonstance aggravante : le suspect a déjà été condamné en appel pour des faits similaires à une peine de prison avec sursis mais son casier judiciaire est resté vierge ce qui explique qu’il ait pu continuer à exercer (lire ci-dessous). Au collège de Belleville qui accueille environ 700 élèves, Christian Meyer était réputé pour son goût de la discipline et son autorité naturelle. Jouissant d’une bonne réputation, le principal avait exercé quelques années auparavant à Beaujeu, une ville voisine. Ancien professeur, il avait démarré sa carrière en 1971 à Paris puis avait été nommé principal adjoint à Liancourt dans l’Oise en 1991.
Incrédules, les Bellevillois louent les qualités du personnage, ancien champion d’athlétisme et amateur de voyages. Dans son village où il habite depuis dix ans avec sa compagne, les gens le croisaient peu. Habitant dans un hameau, il ne s’impliquait pas dans la vie associative. On savait juste qu’il «avait mis de l’ordre au collège». Discret chez lui, il s’affichait pourtant avec décontraction sur le site «Copains d’avant» : on le voit posant avec un large sourire et en maillot de bain sur des plages mexicaines. Tout un album photos qui surprend chez un homme ayant des responsabilités dans l’Éducation nationale depuis plus de quinze ans.
Jean-Didier Derhy et Annie Demontfaucon
Circulez, y’a rien à voir…
On peut résumer ainsi les réponses du rectorat de l’académie de Lyon (Ain, Rhône, Loire). Interrogées hier, les instances locales de l’Éducation nationale, responsables de la bonne marche du système scolaire se contentent de distiller des phrases types : «la justice est saisie de cette affaire», «si les faits sont avérés, les sanctions les plus lourdes seront prises», ou encore «nous assurons la continuité du service public et nous apportons notre soutien à l’équipe pédagogique du collège et aux élèves». En 2005, ce chef d’établissement avait été condamné en appel pour des faits similaires. À la demande de l’avocat, le juge n’avait pas inscrit la petite peine de prison avec sursis sur son casier judiciaire, permettant ainsi au principal de continuer à exercer dans l’Éducation nationale. Arrivé en 1997 dans la région (à Beaujeu) le principal avait donc pu tranquillement conserver ses responsabilités à Belleville, où il avait été affecté en 2001. Les services du rectorat savaient-ils néanmoins que le chef d’établissement s’était déjà exhibé ? Silence. Si oui, comment expliquer que l’administration l’ait maintenu au même poste, et auprès d’enfants ? Même silence. Face à la question, l’inspecteur d’académie du Rhône réagit pareillement, assurant qu’il n’a pas «à commenter une décision judiciaire». Le ministre Xavier Darcos a pour sa part déclaré qu’il allait déclencher une enquête interne.
M.F.
Incidents racistes à Ambérieu : un an de prison avec sursis
Il y avait de la tension dans l’air, mardi soir, au palais de justice de Belley, moins de deux mois après les incidents racistes survenus devant le lycée de la Plaine de l’Ain, à Ambérieu-en-Bugey. Une jeune femme en crise, prise en charge par les sapeurs-pompiers, deux «clans» face à face, il aura fallu faire intervenir les gendarmes de Belley, au cours du délibéré, afin de prévenir tout risque de dérapage.
Au final, les magistrats du tribunal correctionnel de Belley auront sanctionné le plus virulent des protagonistes de ces événements, reconnu coupable d’insultes à caractère raciste, et tentative d’intrusion dans l’enceinte d’un établissement scolaire. Âgé de 18 ans, le jeune «skinhead» a été condamné à une peine d’un an de prison avec sursis et mise à l’épreuve de deux ans.
Alcool et bêtise
Son «complice» présumé, âgé de vingt ans, a été pour sa part relaxé «au bénéfice du doute». Le parquet avait réclamé six mois de prison avec sursis à l’encontre de ce jeune homme sous contrat de gendarme adjoint dans un peloton autoroutier de Haute-Savoie.
Quant au jeune français d’origine maghrébine, âgé de dix-neuf ans, qui avait eu le tort de répondre avec ses poings aux provocations et aux insultes, il a écopé d’une amende de 300 euros, dont 200 avec sursis. La scène s’était produite le 11 janvier dernier, entre 13 heures et 13h30, une bagarre provoquée par des individus qui avaient passé une partie de la matinée à boire des bières devant le lycée. Plusieurs professeurs et personnels de l’établissement avaient dû intervenir pour interrompre l’altercation, avant l’arrivée des gendarmes. La bêtise xénophobe est condamnée.
Le Progrès (édition de l’Ain), 7 mars 2008
Le Progrès (édition du Rhône), 7 mars 2008
Incidents racistes à Ambérieu : un an de prison avec sursis
Il y avait de la tension dans l’air, mardi soir, au palais de justice de Belley, moins de deux mois après les incidents racistes survenus devant le lycée de la Plaine de l’Ain, à Ambérieu-en-Bugey. Une jeune femme en crise, prise en charge par les sapeurs-pompiers, deux «clans» face à face, il aura fallu faire intervenir les gendarmes de Belley, au cours du délibéré, afin de prévenir tout risque de dérapage.
Au final, les magistrats du tribunal correctionnel de Belley auront sanctionné le plus virulent des protagonistes de ces événements, reconnu coupable d’insultes à caractère raciste, et tentative d’intrusion dans l’enceinte d’un établissement scolaire. Âgé de 18 ans, le jeune «skinhead» a été condamné à une peine d’un an de prison avec sursis et mise à l’épreuve de deux ans.
Alcool et bêtise
Son «complice» présumé, âgé de vingt ans, a été pour sa part relaxé «au bénéfice du doute». Le parquet avait réclamé six mois de prison avec sursis à l’encontre de ce jeune homme sous contrat de gendarme adjoint dans un peloton autoroutier de Haute-Savoie.
Quant au jeune français d’origine maghrébine, âgé de dix-neuf ans, qui avait eu le tort de répondre avec ses poings aux provocations et aux insultes, il a écopé d’une amende de 300 euros, dont 200 avec sursis. La scène s’était produite le 11 janvier dernier, entre 13 heures et 13h30, une bagarre provoquée par des individus qui avaient passé une partie de la matinée à boire des bières devant le lycée. Plusieurs professeurs et personnels de l’établissement avaient dû intervenir pour interrompre l’altercation, avant l’arrivée des gendarmes. La bêtise xénophobe est condamnée.
Vincent Lanier
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