Touché par des mains ennemies l'or pur de l'Internationale se transforme en charbon
Touché par des mains ennemies l’or pur de l’Internationale se transforme en charbon
Nous croyons devoir signaler que des individus et des «organisations» qui n’ont jamais eu aucun rapport avec l’I.S., ni avec aucune forme de pensée critique, se présentent, à des fins diverses, comme «porteurs» de la théorie radicale. Immanquablement, la nature idéologique et récupératrice de chacun de leurs gestes leur ôte un tel droit et les démasque. Il est aussi facile pour eux de chercher à nous abuser qu’il est difficile pour nous de nous abuser sur eux. L’Internationale situationniste doit à elle-même et au projet historique dont elle est l’expression une rigueur totale pour tout ce qui concerne son autodéfense contre toute tentative, d’où qu’elle vienne, de récupération et de dégradation au niveau de la pensée spécialisée. Il est normal que nos ennemis cherchent à nous utiliser partiellement ; en 1964, les situationnistes écrivaient : «Tout comme le prolétariat, nous ne pouvons pas prétendre à être inexploitables dans des conditions données. Ceci doit seulement se faire aux risques et périls des exploiteurs.» Les révolutionnaires ne plaisantent pas sur les questions de calomnie et de mystification, contrairement aux bureaucrates et aux politiques qui règnent grâce à la manipulation des mensonges.
En janvier, quelques individus ont écrit à la section française une lettre de dénonciation particulièrement grossière contre Claudio Pavan, Paolo Salvadori et Gianfranco Sanguinetti, qui les connaissaient bien. Par cette lettre, ils entendaient ébranler, pour prendre leur place, la position de trois membres de l’I.S., en s’imaginant pouvoir compromettre par des mensonges la confiance objective des rapports communs. Mais ils ont commis l’impardonnable légèreté de croire qu’ils ne seraient pas jugés par l’I.S. comme ils l’avaient déjà été par trois de ses membres : leur lettre ne faisait que révéler tous les aspects de leur misère et ne pouvait par conséquent donner lieu à plus de cinq minutes de commentaire entre les autres membres de l’I.S. On a donné, à eux et à leurs intrigues, une réponse précise et définitive.
Ces mêmes personnes, réunies dans la maison d’édition Ed. 912 et dans l’organisation fantôme qui en est le support «politique» (Servizio Internazionale di Collegamento-I.L.S. [International Link Service]), ont entrevu la possibilité d’un succès commercial-révolutionnaire dans la diffusion des thèses de l’Internationale situationniste. Jusqu’à présent, ils ont publié deux livres : un recueil d’extraits de l’I.S. (L’estremismo coerente dei situazionisti [Milan, novembre 1968]) et une «édition critique» du texte de Paul Cardan, Capitalisme moderne et révolution. En ce qui concerne le premier, la pauvre fureur extrémiste de l’introduction et de l’appendice ne peut tromper personne ; il ne s’agit que de proclamations vides, dont l’inconsistance théorique est rendue encore plus évidente par les textes auxquels on a eu la maladresse de les accoler. Le deuxième livre, en dehors de l’article «Socialisme ou Planète» (paru dans le numéro 10 de l’I.S.) reproduit en annexe, ne contient rien qu’on puisse définir comme critique : dans leurs ridicules prétentions et dans leur banalité réelle, la «critique» de la pensée de Cardan (on y reconnaît facilement la même veine que celle des trivialités du premier livre) et son objet sont parfaitement homogènes. Quant aux tracts signés par des groupes «radicaux» qui existent encore moins que l’I.L.S., il ne vaut pas la peine de s’en occuper en détail : toutes les manifestations de ces loqueteux sont contenues dans cette unique mystification que constitue leur existence. La seule «aptitude» de ces individus sans aptitudes est de rabaisser à leur niveau tout ce qui l’excède.
Évidemment, le spectre situationniste hante la cervelle de ces individus : mais dans leurs batailles illusoires avec le réel, ils ne font que s’affronter sans cesse aux limites de leur conscience schizophrénique. L’ambition malheureuse qui les pousse à sortir de leur rôle et l’obstination fébrile avec laquelle ils miment la critique révolutionnaire les couvrent de ridicule ; mais ils ont une tâche à accomplir et ils ne prennent pas conscience que s’ils essaient de ressembler aux situationnistes, c’est seulement pour pouvoir en falsifier et en fragmenter l’opposition irréductible. Couverts par le fait que tous les textes de l’I.S. peuvent être librement reproduits, traduits ou adaptés, ils ont lancé leur commerce : ceux qui sont incapables de s’approprier la valeur d’usage de la théorie révolutionnaire ne pourront que la transformer en valeur d’échange. C’est seulement dans une perspective étroitement concurrentielle qu’on peut comprendre pourquoi ces malheureux continuent à nous poursuivre de leur présence importune. Nous n’avons aucune indulgence envers ceux qui cherchent à faire de nos thèses des marchandises pour en revendre au détail un pauvre succédané : la même théorie qu’ils tentent sottement d’utiliser pour leurs propres fins ne peut que se retourner contre eux et les dénoncer pour ce qu’ils sont, rien d’autre que des ennemis. Comme le niveau misérable de ce qu’ils peuvent faire ou dire est déjà un jugement définitif de chacune de leurs initiatives, il est possible que ces individus, sentant manquer sous leurs pieds un terrain qui, du reste, n’a jamais été le leur, adoptent un nouveau déguisement, ou au contraire décident de se montrer à découvert, en abandonnant leurs sigles et en utilisant leurs noms. C’est seulement à cet égard qu’il n’est pas inutile de les communiquer : il s’agit de Sergio Albergoni, Gianni Sassi, Carlo Gaja, Marco Maria Sigiani, Paolo Borro et Antonio Pilati. À ceux-ci s’ajoute un nombre fluctuant d’étudiants et d’imbéciles d’un autre genre, recrutés et regroupés sur des bases sous-léninistes autour du noyau central. L’Internationale situationniste refusera tout rapport avec quiconque se compromettra avec eux. Au moment où leur importunité dépasserait la dimension actuelle du bruit de fond, nous nous trouverions dans l’obligation de recourir à une intervention directe que personne, dans leur entourage, ne pourrait ignorer.
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Les spécialistes de l’avant-gardisme qui reproduisent, dans leur pratique «subversive», les conditions aliénées de la communication du monde dominant ; les récupérateurs qui, en faisant passer dans le beau monde un peu de «situationnisme» diffus, ne font que dégrader la pensée critique ; ceux qui choisissent le plaisir douteux de parler en notre nom recourent à la falsification, et montrent par là qu’ils ne peuvent même pas parler en leur nom propre : leur intérêt ambigu et contemplatif ne nous amuse ni ne nous honore.
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Internazionale situazionista no 1, juillet 1969.
Traduit de l’italien («Toccato da mani nemiche l’oro puro dell’Internazionale si tramuta in carbone») par Joël Gayraud & Luc Mercier (Écrits complets de la section italienne de l’I.S., 1969-1972, Contre-Moule, juin 1988).
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«Nous avons reçu une lettre de dénonciation violente et grossière, dirigée contre vous par vos ex-camarades de l’édition «912». Elle était envoyée en exprès le 5 janvier (pour essayer de torpiller votre position dans le dialogue à Paris), mais nous n’avons relevé le courrier de notre boîte postale qu’après une dizaine de jours. De toute façon, la faiblesse déplaisante du contenu et du ton de cette lettre n’aurait pas donné matière à plus de cinq minutes de commentaires dans notre discussion commune.
Il est, bien entendu, évident que nous n’avons pas à répondre à ces gens qui vous insultent. Nous vous communiquons le «document», pour que vous adoptiez vous-mêmes la forme de réponse qui vous semblera appropriée. Le minimum est évidemment la rupture de toute relation, même personnelle, avec les signataires et les gens qui pourront les fréquenter ultérieurement.
Ce phénomène de «jalousie» ne nous surprend pas. Pendant le scandale de Strasbourg, des gens nous écrivaient pour dénoncer — auprès de l’I.S. — la conduite des situationnistes qui étaient sur place, laquelle était parfaitement correcte. Quand René Riesel (qui n’était pas encore membre de l’I.S.) menait l’agitation à Nanterre, avec un radicalisme dont tout le monde a pu depuis constater les résultats, nous recevions plusieurs lettres d’attaques idiotes et malhonnêtes, signées ou anonymes. On a toujours agi de la même manière : les crétins ne dénoncent qu’eux-mêmes par de tels procédés.»
Lettre de Guy Debord
à Gianfranco Sanguinetti, 22 janvier 1969.
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«Vous avez très bien répondu aux crétins de l’I.L.S.
(…) Il faudra combattre vite les Alferj-Galante, et tous les groupes pseudo-situationnistes italiens. Pour cela vous aurez certainement de grands moyens dès que sortira la revue italienne.»
Lettre de Guy Debord
à la section italienne de l’I.S. à Milan, 7 février 1969.
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À Mario Perniola
Lettre sur papier à en-tête de l’Internationale situationniste.
Copie à la section italienne de l’I.S.
Paris, le 6 mai 1969
Cher Mario,
On a bien reçu ta lettre du 2 mai 1969. Nous sommes surpris et nous répondons tout de suite sur l’essentiel :
— Nous sommes, comme nous l’avons toujours été, opposés à toute participation à une revue de l’I.S. de quiconque ne fait pas partie d’une section de l’I.S.
— Luisella Passerini est, à notre avis, une conne. Nous croyions te l’avoir déjà dit lors de ton passage à Paris.
— Nous ne préjugeons rien quant à l’intérêt des autres (Poggio, Sbardella, Moretti, De Paoli). Les situationnistes italiens en décideront après les avoir rencontrés. Qu’ils prennent donc contact avec Milan.
— Nous comprenons mal l’intérêt d’une réédition de la revue française en Italie (d’autant plus qu’il existe ici un projet de ce genre). Nous préférons naturellement les traductions et il nous semble que les textes qui seront publiés par Silva, la revue italienne, Sugar, etc., devraient suffire au stade actuel des choses pour donner une première idée juste de l’I.S. Mais nous laissons là encore à nos camarades de Milan le soin de juger la rigueur révolutionnaire de ce groupe conseilliste de Gênes ainsi que de l’opportunité du projet.
Amicalement,
Beaulieu, Chevalier, Debord, Khayati,
Riesel, Sébastiani, Vaneigem, Viénet
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«Quant à Mario, il semble que les relations avec lui se dégradent à très grande vitesse. Sa lettre est extravagante. Si tout cela a un sens, on ne peut comprendre que ceci : Mario se propose, au nom d’une “conception élargie” de l’I.S., de recruter n’importe où une foule de “sympathisants”, qui formeraient un groupement effectivement “large”, pour le mettre en symétrie et en opposition devant vous. On dirait même qu’il se propose pour se constituer en arbitre suprême entre vous et tous ces inconnus (la Passerini, elle, n’est même pas une inconnue : nous la connaissons bien comme une idiote qui, même après mai, a persisté, du fond de je ne sais quel Kenya, à maintenir son obsession d’une perspective révolutionnaire principalement liée aux mouvements de lutte des pays sous-développés).
Il faut nettement réveiller Mario de ses rêves malsains. Vous êtes, à Milan, les seuls membres de l’I.S. existant en Italie. N’importe quel “sympathisant” — y compris Mario — ne sera accepté dans l’I.S. que d’après une décision que vous auriez prise, vous. Nous ne voulons aucune sorte de collaboration confuse avec des “sympathisants”, quels qu’ils soient. Nous ne pouvons envisager de discussions, échanges d’informations, ou actions communes limitées, qu’avec des groupes révolutionnaires autonomes, dont nous reconnaissons — c’est-à-dire dont vous avez à juger par vous-mêmes en Italie — la valeur révolutionnaire minimum ; et dont tout le monde pourra constater la position, et la signature, indépendantes (sans laisser aucune équivoque sur un demi ou un quart d’appartenance à l’I.S.). Voyez, de ce point de vue, qui sont Faina et Della Casa [Gianfranco Faina et Gianfranco Della Casa, membres du “groupe conseilliste de Gênes”.].»
Lettre de Guy Debord
à la section italienne de l’I.S., 7 mai 1969.
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«(…) maintenant Perniola est notre ennemi numéro un en Italie.
Perniola vient de nous écrire trois lignes exigeant “le démenti formel de l’I.S. aux faussetés du soi-disant mémorandum [Memorandum, du 7 mai 1969, adressé par la section italienne de l’I.S. à Mario Perniola.] de Milan”, sinon il rompra tout rapport avec nous ! La prochaine réunion du groupe (dans trois jours) lui répondra que nous approuvons complètement ce mémorandum.»
Lettre de Guy Debord
à la section italienne de l’I.S., 24 mai 1969.
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À Mario Perniola
Paris, le 27 mai 1969
Nous approuvons complètement le mémorandum des camarades de Milan.
Pour la section française, Cheval, Chevalier, Debord, Khayati, Sébastiani, Riesel, Viénet
Pour la section américaine, Verlaan
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