saintNazaire : Le Radeau aux sorcières reste !
La mairie de Saint-Nazaire voulait expulser quatorze personnes installées dans un hôtel désaffecté. Mais la justice les autorise à y élire domicile jusqu’au 15 mars. Et à poursuivre leur expérience culturelle.
L’histoire
Quatorze personnes, garçons et filles, ont élu domicile, depuis le 1er décembre, à l’hôtel du Pilotage, dans le quartier du port à Saint-Nazaire. Un immeuble abandonné depuis de nombreuses années et voué à la destruction. Devant le tribunal d’instance saisi en référé, la Mairie a obtenu le droit de les expulser, mais pas avant… le 15 mars. Le squat devient désormais leur domicile.
«Les services sociaux sont prêts à intervenir pour aider ceux qui auraient besoin de logement», soulignait, un peu plus tôt, Me Claude Boureau, qui défend les intérêts de la ville. La Mairie demandait la libération de l’immeuble «occupé sans droits ni titres».
Espace de liberté
Le site internet du collectif annonce des activités d’animations culturelles. Sur un tract distribué auprès des voisins, les jeunes revendiquent «la création d’un espace libre et non marchand». Pour le représentant de la Mairie, «ils ne sont donc pas là parce qu’ils ont froid. Ils veulent créer des activités concurrentes à celles qui existent déjà dans la commune.»
L’un des jeunes, pas cité dans la procédure, demande néanmoins à comparaître devant le tribunal. Il raconte : «Pour rétablir l’électricité, je n’ai eu qu’à enclencher le compteur et changer un fusible. Nous avons appelé EDF pour mettre l’abonnement à mon nom. Rien à voir avec un branchement sauvage.»
Il démonte aussi le délit de voie de fait que leur reproche la Mairie. «Les ouvertures du rez-de-chaussée étaient murées, sauf une porte sur laquelle un simple contreplaqué était posé. Les fenêtres du premier étage ? Facilement accessibles, il n’y a eu qu’à en pousser une pour pénétrer.» Ce que conteste la Mairie.
À la sortie du tribunal, sourires et applaudissements pour les cinquante personnes venues accompagner les quatorze occupants de l’immeuble, dont la Mairie demandait l’expulsion.L’avocat des jeunes gens, Me Erwan Le Moigne, relève de son côté le comportement tranquille de ces nouveaux habitants du quartier. «Pas de va-et-vient incessants, pas de plaintes pour la musique.» Pour lui, cette jouissance paisible ne saurait justifier une expulsion. Il argue du droit au logement. «Demander une expulsion au moment où le plan grand froid est déclenché ? Quel paradoxe !»
Le tribunal s’inquiète de la situation de ces jeunes. L’un d’entre eux, en rupture avec sa famille, vit du RSA et cherche du travail dans l’agriculture. Un autre, élève du Lycée expérimental, niveau seconde, abandonne ses études. Il cherche une formation dans les métiers de la musique. Le président interroge un troisième garçon sur son projet de vie : «Participer à la création d’initiatives culturelles autonomes.»
Le tribunal ordonne l’expulsion dans un délai de quinze jours. Mais, prenant en compte les conditions climatiques, dit qu’ils ne pourront être expulsés avant le 15 mars. Pour les jeunes, c’est un bon début. Ils ont désormais le domicile dont ils rêvaient pour développer leur projet collectif. Sans eau courante, sans chauffage. Insalubre ? «C’est très convenable… quand on n’a pas besoin d’énormément de confort !», reconnaît l’un d’eux.
Leur presse (Cyrille Pitois, Ouest-France), 15 décembre 2009.
Les occupants sont sortis satisfaits du tribunal de Saint-Nazaire :ils pourront faire de l’hôtel du Pilotage un lieu de culture.
Vogue le «Radeau» : Les squatters ne seront pas expulsables avant le 15 mars
Les occupants veulent faire de l’hôtel du Pilotage, rebaptisé Radeau aux sorcières un lieu de culture.
Des applaudissements sur les marches du tribunal de Saint-Nazaire. Ils sont une vingtaine de personnes au total. Le tribunal vient de les reconnaître comme «domiciliés au 14 place de la Rampe» rebaptisé «Radeau aux sorcières». Surtout, ils ne peuvent pas être expulsés avant le 15 mars prochain, date de la fin de la trêve hivernale.
Le tribunal a ainsi débouté la Ville, propriétaire du bâtiment, qui voulait les faire quitter les lieux. «Ils n’ont jamais fait de démarches ni affiché une réelle volonté de se loger autrement, avec l’aide des services sociaux» plaide Me Boureau. L’avocat de la Ville dénonce également «un branchement sauvage d’électricité» ainsi qu’une «volonté de créer un lieu qui pourrait entrer en concurrence avec les offres culturelles de la Ville».
Mise en danger
Mais la justice ne l’a pas entendu comme cela. Tout juste a-t-elle retenu l’entrée dans le bâtiment par voie de faits pour une seule personne. Résultat : les autres profitent du bénéfice de la trêve hivernale. «Les mettre dehors les aurait mis en danger alors que la Ville vient de déclencher le plan grand froid» précise, satisfait, Erwan Lemoigne. L’avocat des squatters déplore également «la manière forte employée par les forces de l’ordre pour tenter de les déloger le 4 décembre dernier. La Mairie a voulu contourner la procédure légale.»
Ce jour-là, Gaël, 27 ans, venait d’arriver. Il a posé ses affaires dans le squat ce vendredi. Trois jours après les premiers squatters. Comme la plupart de ses co-occupants, il est «en rupture» avec sa famille. Il espère décrocher une «formation en agriculture» et vit avec le RSA. C’est lui qui s’est occupé de rétablir l’électricité. «Un agent d’EDF doit venir cette semaine pour ouvrir un compte à mon nom. Nous serons en règle.»
Projet culturel
Les occupants vont maintenant pouvoir développer leur projet de créer «un lieu qui redonnera une vie au quartier». Une vingtaine de personnes s’y attellent. Erwan Lemoigne les décrit comme «pacifistes. Ils sont étudiants, sans emploi ou en pleine démarche artistique et défendent un projet hors norme fondé sur un esprit collectif et solidaire. Laissez-les faire. Ils veulent en faire une habitation paisible en associant les voisins.»
À la fin de la trêve hivernale, la Mairie pourra de nouveau saisir la justice pour obtenir l’expulsion d’un lieu voué à la destruction. Le feuilleton judiciaire n’est pas terminé.
Leur presse (Nicolas Aufauvre, Presse-Océan), 15 décembre.

L’avocat explique la décision de justice a la sortie du tribunal.
Une cinquantaine de personnes est venue soutenir les occupants de l’ancien hôtel.
Les quatorze occupants du Pilotage ne seront pas expulsés
Les occupants de l’ancien hôtel Le Pilotage, désaffecté depuis des années, ne seront pas expulsables avant le 15 mars 2010. Le tribunal d’instance de Saint-Nazaire a statué en référé ce midi.
Les quatorze personnes dont la Mairie voulait obtenir l’expulsion par décision de justice, ont obtenu le statut de domicile pour les locaux qu’ils occupent dans cet immeuble en mauvais état et voué à la démolition. La justice n’a pu établir l’entrée dans les lieux par voie de faits que pour un seul d’entre eux. Les autres peuvent bénéficier de la protection hivernale accordée à toute personne en situation de précarité, au titre du droit au logement.
Le squat peut donc se prolonger légalement jusqu’au 15 mars, à l’issue de la trêve hivernale. La Mairie devra alors de nouveau saisir la justice pour obtenir l’expulsion des occupants. «Mais ils pourront alors faire valoir leur situation de précarité et l’absence de solution de relogement», prévoit leur avocat, Erwan Lemoigne.
Leur presse (Ouest-France), 14 décembre.
Publicité