No Border Bruxelles, 26 septembre : Manifestation au centre de rétention 127 bis
Semira Adamu (1978-1998) était une demandeuse d’asile d’à peine 20 ans, originaire du Nigeria qui a été étouffée à mort avec un oreiller par deux policiers belges lors d’une tentative pour «la calmer» au cours de son expulsion. Elle avait fui le Nigeria car on voulait l’y marier de force.
Depuis lors, chaque année, une manifestation se déroule en son hommage. La manifestation de cette année devait commencer à 14 heures à la gare de Nossegem.
La police en a décidé autrement. Les gens qui sortaient du train ont été fouillés, filmés, ont dû justifier de leur identité. La gare était également le lieu de rendez-vous pour les cyclistes et les gens venus en voiture. Ils ont eu le droit au même traitement.
Paranoïaques comme ils savent être, la police a même considéré une petite feuille de papier avec quelques noms étrangers, trouvée dans une voiture comme une preuve que les activistes étaient en fait des passeurs.
Enfin, la manifestation se mit en marche et arriva bientôt au centre de détention. Il avait été en grande partie vidé, mais certains migrants étaient encore là et ont essayé de prendre contact avec les activistes de l’extérieur.
Nous étions attendus : les autorités avaient prévu des hélicoptères, des chevaux, des canons à eau et un gros effectif de policiers suréquipés. Tout cela pour environ 100 manifestants. La moindre tentative de faire une action, même symbolique, comme un sit-in devant l’entrée principale, a conduit à l’arrestation immédiate de 11 militants.
Il y a eu certain temps de répit jusqu’à ce que la police montée décide de repousser les manifestants vers la gare. Malgré leur petit nombre, les manifestants n’ont pas été intimidés et des chaînes ont été formées à l’avant et à l’arrière du cortège.
La situation est devenue très tendue, il était clair que la police avait hâte d’utiliser cette technologie hors de prix dont elle avait été pourvue pour l’occasion. Cependant, deux personnes ont été gravement maltraitées sans raison apparente. Une femme a fini à l’hôpital après avoir été frappée à la tête. Un photographe a été «puni» pour avoir pris une photo d’un policier qui avait des ecchymoses au visage. Ce bleu n’a pourtant pas empêché cet officier de police d’arracher la caméra. Ils ont traîné le photographe derrière un bloc de béton et l’ont matraqué sans retenue. Un avocat, témoin de l’incident a confirmé que ce n’était en aucun cas une situation qui justifiait la légitime défense des policiers. À ce stade de l’action 4 ou 5 personnes avaient été arrêtées.
La manifestation a finalement atteint la gare de Nossegem, où la plupart des manifestants arrêtés ont été libérés. Les manifestants à pied ont pris le train, «escortés» par un certain nombre de policiers. Dans le même temps les gares de Bruxelles-Nord et Schaerbeek ont été occupées par d’autres policiers afin de s’assurer que personne ne descendrait du train «non-protégé».
Ce soir tout le monde est revenu en toute sécurité au camp, autant que nous sachions. Le camp ne fait que commencer officiellement ce lundi, il est donc difficile de dire si la réaction de la police durant et après l’action d’aujourd’hui donnera le ton de ce qui nous attend cette semaine. Il est devenu clair cependant que la détermination des militants face à cette réaction policière ridiculement exagerée demeure inébranlable !
Indymedia Bruxelles, 27 septembre 2010.
