Vendredi 16 mai 2008


Suite à notre circulaire du 15 mai, nous communiquons les plus récentes informations. Le 16 mai, le Comité d’occupation de la Sorbonne — aux mains du Comité Enragés-I.S. — a lancé avec tous les moyens à la disposition des grévistes de la Sorbonne le communiqué suivant :

«Camarades,
L’usine Sud-Aviation de Nantes étant occupée depuis deux jours par les ouvriers et les étudiants de cette ville ;
Le mouvement s’étendant aujourd’hui à plusieurs usines (N.M.P.P.-Paris, Renault-Cléon et autres),
Le Comité d’occupation de la Sorbonne
Appelle à
L’occupation immédiate de toutes les usines en France
et à la formation de conseils ouvriers.
Camarades, diffusez et reproduisez au plus vite cet appel !
Sorbonne, 16 mai, 15 heures 30»

Le scandale a été immédiatement très grand. Par ailleurs, le mouvement s’étendant dans les heures suivantes à Renault et d’autres usines, l’ensemble des groupements dans la Sorbonne se sont ralliés à une marche sur Renault après 20 heures. Devant la crise révolutionnaire qui se développait, le gouvernement a adopté une ordonnance qui annonce la répression, ou une épreuve de force majeure.

16 mai, 22 heures 30
(I.S.)



Dossier Mai 68
Vendredi 16 mai 2008


Camarades,

L’importance de l’A.G. de ce soir (jeudi 16 mai) ne doit échapper à personne. Depuis deux jours, des individus que l’on reconnaît pour les avoir vus déjà vendre la salade de leurs partis ont réussi à semer le bordel, à étouffer les A.G. sous un fatras bureaucratique dont la maladresse témoigne clairement du mépris qu’ils portent à cette assemblée.

Cette assemblée doit apprendre à se faire respecter, ou disparaître. Deux points sont à discuter en priorité :
Qui contrôle le service d’ordre ? dont le rôle dégueulasse est insupportable.
Pourquoi le Comité de presse, qui ose censurer les communiqués qu’il est chargé de transmettre aux agences, est-il composé d’apprentis journalistes soucieux de ne pas décevoir les patrons de l’O.R.T.F. ; de ne pas compromettre leurs futurs jobs. D’autre part à l’heure où les ouvriers commencent à occuper plusieurs usines en France, sur notre exemple et par le même droit que nous, le Comité d’occupation de la Sorbonne a approuvé aujourd’hui à 15 heures le mouvement. Le problème central de la présente A.G. est donc de se prononcer par un vote clair pour soutenir ou désavouer
l’appel de son Comité d’occupation. En cas de désaveu, cette assemblée prendra donc la responsabilité de réserver aux étudiants un droit qu’elle refuse à la classe ouvrière et, dans ce cas, il est clair qu’elle ne voudrait plus parler d’autre chose que d’une réforme gaulliste de l’Université.

Comité d’occupation de l’Université autonome et populaire de la Sorbonne,
16 mai 1968, 18 heures 30



Dossier Mai 68
Vendredi 16 mai 2008


Le Comité de presse qui siège escalier C au deuxième étage, bibliothèque Gaston Azard, ne représente que lui-même. Il s’agit en l’occurence d’une dizaine d’étudiants-journalistes soucieux de donner dès maintenant des gages à leurs futurs employeurs et à leurs futurs censeurs.

Ce Comité, qui essaie de monopoliser les contacts avec la Presse, refuse de transmettre les communiqués des instances régulièrement élues par l’Assemblée générale.

Ce comité de presse est un comité de censure : ne plus s’adresser à lui.

Les différents comités, commissions, groupes de travail, peuvent s’adresser directement à l’A.F.P. (Agence France Presse) 508 45 40 ou aux différents journaux :
Le Monde : 770 91 29.
France-Soir : 508 28 00.
Combat : laisser un message à M. Robert Toubon, CEN 81 11.
Les différents groupes de travail peuvent, sans intermédiaire, en piétinant les bureaucrates mal dissimulés, dire quand ils veulent, ce qu’ils veulent.

Les journalistes peuvent, en attendant l’Assemblée générale de ce soir où seront prises de nouvelles décisions, s’adresser au Comité d’occupation et au Comité de coordination élus par l’A.G. d’hier soir.

Tous ce soir à l’Assemblée générale pour mettre à la porte les bureaucrates :

Comité d’occupation de l’Université autonome et populaire de la Sorbonne,
16 mai à 17 heures



Dossier Mai 68
Vendredi 16 mai 2008


Camarades,

La souveraineté de l’assemblée révolutionnaire n’a de sens que si elle exerce son pouvoir.

Depuis 48 heures, c’est la capacité même de décision de l’assemblée générale qui est contestée par une obstruction systématique à toutes les propositions d’action.

Aucune motion à ce jour n’a pu être votée ni même discutée, et les organismes élus par l’assemblée générale (Comité d’occupation et Comité de coordination) voient leur travail saboté par des organismes pseudo-spontanés.

Toutes les discussions sur l’organisation, qu’on a voulu présenter comme des préalables à toute activité, sont des abstractions si on ne fait rien.

De ce pas, le mouvement sera enterré à la Sorbonne !

L’exigence de la démocratie directe est le soutien minimum que les étudiants révolutionnaires puissent apporter aux ouvriers révolutionnaires qui occupent leurs usines.

Il est inadmissible que les incidents d’hier soir en A.G. ne soient pas sanctionnés.

Les curés la ramènent, quand les affiches anti-cléricales sont déchirées.

Les bureaucrates la ramènent quand ils paralysent, sans même se nommer, toute prise de conscience du sens révolutionnaire que peut prendre le mouvement à partir des barricades.

Encore une fois, c’est l’avenir qui est sacrifié au renflouement du vieux syndicalisme.

Le crétinisme parlementaire veut s’installer à la tribune, il essaie de remettre sur pieds le vieux système replâtré.

Camarades,

La seule réforme de l’université est dérisoire, quand c’est tout ce vieux monde qui est à détruire.

Le mouvement n’est rien, s’il n’est pas révolutionnaire.

Comité d’occupation de la Sorbonne,
16 mai 1968, 16 heures 30




Dossier Mai 68
Vendredi 16 mai 2008


Camarades,

L’usine Sud-Aviation de Nantes étant occupée depuis deux jours par les ouvriers et les étudiants de cette ville,

le mouvement s’étendant aujourd’hui à plusieurs usines (N.M.P.P.-Paris, Renault-Cléon et autres),

le Comité d’occupation de la sorbonne
appelle à
l’occupation immédiate de toutes les usines en France
et à la formation de Conseils ouvriers.

Camarades, diffusez et reproduisez au plus vite cet appel.

Sorbonne, 16 mai 1968, 15 heures 30



Dossier Mai 68
Vendredi 16 mai 2008


(tracts, proclamations aux micros, comics, chansons, peinture sur les murs, ballons sur les tableaux de la Sorbonne, proclamations dans les salles de cinéma pendant la projection ou en l’arrêtant, ballons sur les affiches du métro, avant de faire l’amour, après l’amour, dans les ascenseurs, chaque fois qu’on lève le coude dans un bistrot)

Occupation des usines
Le pouvoir aux Conseils de travailleurs
Abolition de la société de classes
À bas la société spectaculaire-marchande
Abolition de l’aliénation
Fin de l’Université
L’humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier bureaucrate aura été pendu avec les tripes du dernier capitaliste
Mort aux vaches
Libérez aussi les 4 condamnés pour pillage pendant la journée du 6 mai

Comité d’occupation de l’Université autonome et populaire
de la Sorbonne, 1
6 mai 1968, 19 heures


Dossier Mai 68
Mercredi 14 mai 2008


Considérant que le seul but d’une organisation révolutionnaire est labolition des classes existantes par une voie qui nentraîne pas une nouvelle division de la société, nous qualifions de révolutionnaire toute organisation qui poursuit avec conséquence la réalisation internationale du pouvoir absolu des Conseils ouvriers, tel quil a été esquissé par lexpérience des révolutions prolétariennes de ce siècle.

Une telle organisation présente une critique unitaire du monde, ou nest rien. Par critique unitaire, nous entendons une critique prononcée globalement contre toutes les zones géographiques où sont installées diverses formes de pouvoirs séparés socio-économiques, et aussi prononcée globalement contre tous les aspects de la vie.

Une telle organisation reconnaît le commencement et la fin de son programme dans la décolonisation totale de la vie quotidienne ; elle ne vise donc pas lautogestion du monde existant par les masses, mais sa transformation ininterrompue. Elle porte la critique radicale de l’économie politique, le dépassement de la marchandise et du salariat.

Une telle organisation refuse toute reproduction en elle-même des conditions hiérarchiques du monde dominant. La seule limite de la participation à sa démocratie totale, cest la reconnaissance et lauto-appropriation par tous ses membres de la cohérence de sa critique : cette cohérence doit être dans la théorie critique proprement dite, et dans le rapport entre cette théorie et lactivité pratique. Elle critique radicalement toute idéologie en tant que pouvoir séparé des idées et idées du pouvoir séparé. Ainsi elle est en même temps la négation de toute survivance de la religion, et de lactuel spectacle social qui, de linformation à la culture massifiées, monopolise toute communication des hommes autour dune réception unilatérale des images de leur activité aliénée. Elle dissout toute «idéologie révolutionnaire» en la démasquant comme signature de léchec du projet révolutionnaire, comme propriété privée de nouveaux spécialistes du pouvoir, comme imposture dune nouvelle représentation qui sérige au-dessus de la vie réelle prolétarisée.

La catégorie de la totalité étant le jugement dernier de lorganisation révolutionnaire moderne, celle-ci est finalement une critique de la politique. Elle doit viser explicitement, dans sa victoire, sa propre fin en tant quorganisation séparée.

Comité Enragés-Internationale situationniste

Extrait du no 11 de la revue Internationale Situationniste,
réédité en tract le 15 mai 1968



Dossier Mai 68
Mercredi 14 mai 2008


Première affiche publicitaire détournée,
apposée dans la Sorbonne le 14 mai



Vigilance !
Les récupérateurs sont parmi nous !
«Anéantissez donc à jamais tout ce qui peut détruire un jour votre ouvrage» (Sade).
Comité Enragés-Internationale situationniste



Après Dieu, l’art est mort. Que ses curés ne la ramènent plus !
Contre toute survie de l’art,
Contre le règne de la séparation,
Dialogue direct
Action directe
Autogestion de la vie quotidienne.
Comité Enragés-Internationale situationniste


Camarades,
Déchristianisons immédiatement la Sorbonne.
On ne peut plus y tolérer une chapelle !
Déterrons et renvoyons à l’Élysée et au Vatican les restes de l’immonde Richelieu, homme d’État et cardinal.
Comité Enragés-Internationale situationniste




Dossier Mai 68
Mardi 13 mai 2008


L’Assemblée générale du 13 mai décide que l’Université de Paris est déclarée Université autonome populaire et ouverte en permanence, jour et nuit, à tous les travailleurs.

L’Université de Paris sera désormais gérée par les Comités d’occupation et de gestion constitués par les travailleurs, les étudiants et les enseignants.





Dossier Mai 68
Dimanche 11 mai 2008


(Sur une chanson de la Fronde : Six vendeuses de poisson…)
Chanson inédite écrite en mai 68


Des situs et Enragés,
Sur un vieil air, ont chanté
Nos barricades dernières.
Laire la, laire lanlaire,
Laire la, laire lanla.
Alors qu’ensemble, ils buvaient,
L’un à l’autre se disaient :
Parlons un peu d’nos affaires.
Laire la…
Un camarad’ de Bruxelles
Disait que René Riesel
Nous était fort nécessaire.
Laire la…
Pour le peuple colérer,
Fut en prison emmené ;
Mais il n’y demeura guère.
Laire la…
Les étudiants attroupés
Saisissaient tous des pavés,
Pris d’une fureur guerrière.
Laire la…
Les C.R.S., effrayés
De se voir si bien traités,
En tombaient le cul par terre.
Laire la…
En sept autres jours de jeu
On porta partout le feu
Qui avait pris à Nanterre.
Laire la…
Vers Gay-Lussac le quartier,
Fortement barricadé,
Fut aux mains des libertaires.
Laire la…
Pompidou, qui voyageait,
Revint, et dit qu’il cédait
À nos universitaires.
Laire la…
Mais dans la Sorbonne à nous,
On cassa et changea tout
En l’ouvrant aux prolétaires.
Laire la…
C’est là qu’il y eut ce bon
Comité d’occupation,
Entre tous si exemplaire,
Laire la…
Appelant les ouvriers
D’usin’s à les enlever
À tous leurs propriétaires.
Laire la…
Il fut si bien justifié
Qu’un mouvement spontané
Emporta la France entière.
Laire la…
La grève sauvage a pris
Un tel tout que chacun vit
L’aube révolutionnaire.
Laire la…
Le Capital aux abois
Ne tenait plus, cette fois,
Qu’à ses derniers mercenaires :
Laire la…
Les syndicats staliniens,
Socialistes ou chrétiens,
Et d’incertains militaires.
Laire la…
Ce que l’on a fait ici
Sera fait en tout pays,
De Russie en Angleterre.
Laire la…
Puis Mustapha Khayati
À son tout parla, et dit
Qu’une chose était fort claire :
Laire la…
Les bureaucrates rivaux
Gauchistes sont à vau-l’eau,
Du maoïsme à la FER.
Laire la…
On sait qu’ils n’ont rien compris,
Ni oublié ni appris,
Tous criaillant en arrière.
Laire la…
Le camarade Viénet
Dit qu’il n’y eut rien qu’il n’ait
Annoncé à sa manière :
Laire la…
Sa notule a exposé
Les moyens pour renverser
La phrase spectaculaire.
Laire la…
Et depuis, Sébastiani,
Sur tous les murs de Paris,
Écrivait ce qu’il faut faire.
Laire la…
Sur bon nombre de tableaux
On voit tracés les plus beaux
Mots d’ordre de la colère.
Laire la, laire lanlaire,
Laire la, laire lanla.


Samedi 10 mai 2008


(Paroles d’Alice Becker-Ho, mai 1968
Sur l’a
ir de Nos soldats à La Rochelle, chanté par Jacques Douai)



Rue Gay-Lussac, les rebelles
N’ont qules voiturs à brûler.
Que vouliez-vous donc, la belle,
Quest-ce donc que vous vouliez ?
Refrain :
Des canons, par centaines.
Des fusils, par milliers.
Des canons, des fusils,
Par centaines et par milliers.
Dites-moi comment sappelle
Ce jeu-là que vous jouiez ?
La règle en paraît nouvelle :
Quel jeu, quel jeu singulier !
Au refrain
La révolution, la belle,
Est le jeu que vous disiez.
Ell se joue dans les ruelles,
Ell se joue grâce aux pavés.
Au refrain
Le vieux monde et ses séquelles,
Nous voulons les balayer.
Il sagit dêtre cruels ;
Mort aux flics et aux curés.
Au refrain
Ils nous lancent comme grêle
Grenades et gaz chlorés.
Nous ne trouvons que des pelles
Et couteaux pour nous armer.
Au refrain
Mes pauvres enfants, dit-elle,
Mes jolis barricadiers,
Mon cœur, mon cœur en chancelle,
Je nai rien à vous donner.
Au refrain
Si jai foi en ma querelle
Je ncrains pas les policiers.
Mais il faut quell devienn celle
Des camarads ouvriers.
Au refrain
Le gaullisme est un bordel,
Personne nen peut plus douter.
Les bureaucrats aux poubelles :
Sans eux on aurait gagné.
Au refrain
Rue Gay-Lussac, les rebelles
Nont qules voiturs à brûler.
Que vouliez-vous donc, la belle,
Quest-ce donc que vous vouliez ?
Au refrain


Reproduction populaire de la chanson du CMDO (On notera la confusion :
Jacques Douai n’a, bien sûr, pas chanté cette chanson.)
«Au carrefour de la rue des Écoles et du boulevard Saint-Michel, un chanteur anonyme tient cercle. Il a affiché sur un mur le texte d’une chanson spécialement écrite sur les événements récents. “Des fusils par centaines, des canons par milliers” dit le refrain. Comme d’autres événements plus tragiques, tout cela finira-t-il par des chansons chantées à chaque carrefour ?»
France-Soir, 15 juin 1968.


ÉCOUTER & TÉLÉCHARGER LA CHANSON :

Par
Les Barricadiers

P
ar Vanessa Hachloum, pseudonyme de Jacqueline Danno
sur le disque Pour en finir avec le travail,
chansons du prolétariat révolutionnaire

paru
en septembre 1974 .mp3 / .ogg


En mai 1968, c’est une nouvelle époque qui s’ouvre pour la révolution, non seulement en France, mais dans le monde entier. Le courant le plus extrémiste, et le plus représentatif sans doute du nouveau mouvement prolétarien qui prend forme dès ce moment-là, est constitué par les Enragés de Nanterre, l’Internationale situationniste et d’autres travailleurs conseillistes, qui ensemble, dominent l’espèce de soviet de la Sorbonne et appellent à l’occupation de toutes les entreprises et à l’expropriation du capital privé et bureaucratique. Cette avant-garde, réunie dans le Conseil pour le maintien des occupations, se battra sur tous les terrains jusqu’au recul provisoire du mouvement. La Chanson du C.M.D.O., contrairement à la très grande majorité des chansons révolutionnaires, écrites plus ou moins longtemps après les événements qui les inspirent, date des jours qui suivent la bataille sur les barricades de la rue Gay-Lussac, et a été efectivement chantée par les groupes d’intervention du C.M.D.O. dans les combats de rue immédiatement ultérieurs, reproduite sur-le-champ et popularisée par ce baptême du feu. Dans cette chanson on voit apparaître le nouvel ennemi historique du prolétariat, les bureaucrates ; qui désormais seront évoqués dans presque toutes les chansons suivantes. Il est intéressant de noter que des historiens ont pu relever, au moins en ce qui concerne un des couplets, une nette parenté de cette chanson avec celle des spartakistes écrasés à Berlin, en janvier 1919, par les troupes du social-démocrate Noske (La Chanson de Büxenstein). Ce n’est pas sans émotion que peuvent l’entendre ceux qui se sont battus rue Gay-Lussac.



Vendredi 9 mai 2008


Adresse au Conseil de l’Université de Paris

Vestiges,

Votre ignorance crasse de la vie ne vous autorise à rien. En voulez-vous la preuve ? Si vous pouvez siéger aujourd’hui, c
est avec un cordon de police derrière vous. De fait, personne ne vous respecte plus. Pleurez donc sur votre vieille Sorbonne.

Que certaines ganaches modernisantes se soient piquées de me défendre, s
imaginant — à tort — quaprès leur avoir craché dessus, je pourrais redevenir assez présentable pour quils me protègent, me fait seulement rire. Malgré leur persévérance dans le masochisme, ces arrivistes ne sauraient même pas replâtrer lUniversité. Monsieur Lefebvre, je vous dis merde.

Ils seront de plus en plus nombreux, ceux qui prendront dans le système des études ce qu
il a de meilleur : les bourses. Vous me lavez refusée, je nai rien eu à cacher, jai tout à mordre.

Le procès d
aujourdhui est bien sûr une fable dérisoire. Le véritable procès sest déroulé dans la rue, lundi, et la justice temporelle a déjà retenu une trentaine démeutiers. Pour mes camarades, ce qui importe cest la libération inconditionnelle de tous les condamnés (y compris les étudiants).

La liberté est le crime qui contient tous les crimes. Gare à la justice seigneuriale quand le château brûle !

Paris, 10 mai 1968
René RIESEL



Dossier Mai 68
Mercredi 7 mai 2008


Ce n’est pas un «accident» qui a réveillé pour un temps le consommateur dépolitisé, un accident dont la cause serait la brutalité policière. Pas plus que la révolte étudiante ne se réduit au fanatisme de «quelques enragés», la répression policière ne peut être réduite au sadisme des «flics» et à la «bêtise» de leurs chefs ; et pas plus dans un cas que dans l’autre, il ne s’agit d’un fait isolé, anomalie momentanée et sans lendemain de notre harmonieuse civilisation.

Cette civilisation est au contraire le déguisement habituel que prend la répression permanente pour se dissimuler et pour se perpétuer ; car habituellement cette répression n’a pas l’apparence révélatrice et lumineuse d’un gendarme casqué mais des uniformes moins choquants, mieux acceptés, souvent même désirés comme la blouse du médecin ou la toge de l’enseignant.

Au lieu de verser des larmes sur les blessés, car les blessures doivent être pour nous la leçon du courage qu’elles signent, il vaut mieux s’intéresser aux maladresses de Roche, par exemple, qui nous permit de vivre si intensément que police et université ont la même fonction : maintenir et reproduire l’ordre bourgeois.

La structure sanitaire partage avec les deux précédentes et quelques autres (structure judiciaire par exemple) un rôle de cimentage et de colmatage des fissures qui pourraient apparaître dans notre édifice social. Cette fonction répressive et adaptatrice de la structure sanitaire que nous voulons révéler ici, peut être montrée à ses trois niveaux d’organisation.

I. La répartition sociologique du travail sanitaire

Le médecin croit être le patron là où il n’est que le contremaître. Les permissions de «toucher» au malade qu’il délivre parcimonieusement aux autres travailleurs sanitaires, comme autant de bribes de son «pouvoir», sont les bons points dont il dispose pour récompenser les bonnes relations qu’il entretient avec ses «subordonnés». Les limites de ces permissions sont les interdictions que le médecin émet comme autant de diktats et dont il fait reposer la justification sur un savoir dont il serait le seul et unique dépositaire.

Pourquoi, par exemple, faire passer la frontière qui délimite le pouvoir de l’infirmière entre la piqûre intramusculaire et la piqûre intraveineuse ? Parce que le médecin se doit de masquer l’absence de fondement scientifique de son «art», qui lui fait établir des distinctions aussi arbitraires ; sinon cette absence de fondement scientifique révèlerait la nature idéologique du savoir médical et sa soumission à l’idéologie dominante : l’idéologie bourgeoise.

De cette contrainte
, qui met le médecin dans l’impossibilité d’une critique radicale de sa méthode et de son objet, c’est-à-dire tout simplement qui lui retire la liberté de penser, le système idéologique lui donne compensation, à l’inverse des autres travailleurs sanitaires, en le rattachant à la classe bourgeoise et en lui donnant l’illusion de détenir, seul, le pouvoir thérapeutique, le contraignant ainsi à être le gardien de cette idéologie.

II. Le contenu et l’organisation des études médicales


Les études médicales n’apportent qu’un savoir fragmentaire : études du corps malade et du corps sain, amputant l’homme de deux dimensions essentielles : l’homme social et l’homme sujet de désirs (exclusion des sciences humaines, demi-exclusion de la psychiatrie). Études qui se font sous la forme, non d’un apprentissage critique, mais d’acquisition par la mémoire d’une pseudo-science qui ne trouve sa matière que par un recours désordonné à des concepts venus d’autres sciences et qui perdent dans ce transfert toute cohérence. L’importance accordée à la présence hospitalière et surtout le mode d’intégration de l’étudiant est révélateur : d’emblée, celui-ci endosse le statut du médecin, on l’appelle «Docteur» dès le premier jour, il ne pourra dorénavant que tendre vers cette image mythique, toute possibilité de critique ou de contestation lui est retirée, ainsi que d’une remise en cause de son mode de relation avec ses futurs «subordonnés».

L’institution fondamentale des études médicales reste de toute façon le concours, dont la fonction est de syncrétiser cette acquisition d’un pseudo-savoir et d’un statut mythique.

III. Les modalités de prise en charge de la maladie par la société et la place qu’elles assignent au médecin

Il apparaît qu’un des rôles de la Faculté de Médecine soit de préparer les étudiants à leur tâche réelle : à partir d’une conception biologique, elle forme des médecins au service de l’oppression capitaliste dans la mesure où il leur est interdit de contester l’état de maladie dans ses dimensions socio-économiques.

La société capitaliste, sous le couvert d’une apparente neutralité (libéralisme, vocation médicale, humanisme non combattant…) a rangé le médecin aux côtés des forces de répression : il est chargé de maintenir la population en état de travail et de consommation (ex. : médecine du travail), il est chargé de faire accepter aux gens une société qui les rend malades (ex. : psychiatrie).

Quoique l’indépendance du médecin soit proclamée (et défendue par l’ordre des médecins… qui ne dit mot lorsque les forces de l’ordre s’opposent au ramassage et au traitement des blessés) cette indépendance est extrêmement réduite du fait qu’il est chargé non pas tant de lutter contre la maladie, mais de la prendre en charge en l’excluant de la vie sociale. Une véritable contestation de la maladie, impliquant un élargissement considérable de la notion de prévention, deviendrait rapidement politique et révolutionnaire : car elle serait contestation d’une société inhibitrice et répressive.

Centre national des Jeunes Médecins
13, rue pascal, Paris 5e

Communiqué du 7 mai 1968

Le C.N.J.M. se déclare solidaire des luttes menées en France par le mouvement étudiant pour :
— Une libre discussion au sein de l’Université sur l’enseignement et l’idéologie qui le sous-tend ;
— Une mise en question de la relation pédagogique et des finalités politico-économiques de l’Université.
Il constate en particulier que l’enseignement médical actuel vise à former des médecins dont le rôle est de faire accepter au peuple une Société qui le rend malade.

Il se réjouit de voir se constituer, d’un pays à l’autre, un mouvement de contestation universitaire d’une ampleur sans précédent.

Il s’élève contre la répression policière qui s’est abattue sur les étudiants à l’instigation du pouvoir et avec la complicité des éléments les plus réactionnaires de l’Université.



Dossier Mai 68
Mardi 6 mai 2008


C
amarades,

En dépit de la collusion avérée des staliniens de l’U.E.C. et des réactionnaires, les magnifiques bagarres de vendredi dernier prouvent que les étudiants, dans la lutte, commencent à accéder à une conscience qu’ils n’avaient pas jusqu’alors : où commence la violence, commence de finir le réformisme.

Le Conseil de lUniversité qui sest réuni ce matin aura beau faire : cette forme désuète de la répression ne peut rien contre la violence dans la rue. Lexclusion pour cinq ans de toutes les Universités de France de notre camarade Gérard Bigorgne — passée sous silence par toute la presse, tous les groupuscules, et associations étudiantes —, celle qui menace aujourdhui notre camarade René Riesel et six autres étudiants de Nanterre sont tout de même pour lautorité universitaire une manière de les livrer à la police.

Face à la répression, la lutte qui sannonce devra conserver ses méthodes daction violente, pour lheure sa seule force. Mais elle devra surtout susciter une réflexion parmi les étudiants qui la mèneront. Car il ny a pas que les flics : il y a aussi les mensonges des divers groupuscules trotskistes (J.C.R., F.E.R., V.O.), prochinois (U.J.C.M.L., C.V. base), anarchistes-à-la-Cohn-Bendit. Réglons nos affaires nous-mêmes !

Lexemple donné par les camarades arrêtés vendredi à la Sorbonne, qui se mutinèrent dans le car où ils étaient emmenés, est un exemple à suivre. Tant quil ny aura que trois flics par panier à salade, nous saurons quoi faire. Le précédent du brigadier Brunet, trépané hier, fera jurisprudence : mort aux vaches !

Déjà la violence ferme la gueule des petits chefs des groupuscules ; la seule contestation de lUniversité bourgeoise est insignifiante quand cest toute cette société qui est à détruire.
Vive la Zengakuren!
Vive le Comité de salut public des vandalistes (Bordeaux) !
Vivent les Enragés!
Vive l’I.S!
Vive la révolution sociale!
Paris, 6 mai 1968
Les Enragés


René Riesel (à gauche), le 6 mai
avant la séance du Conseil de l’Université


Dossier Mai 68
Lundi 5 mai 2008

Contact

Le Jura Libertaire
Au Coffre-Fortcoffre-fort.JPG
rue de Bonneville
(en face de l’I.M.E.)
F-39200 saintClaude

Activités
à venir cet hiver
Tu viens ou tu crains !



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