Interpellation place de l'Horloge : le père témoigne
Le 18 juillet à 18h30, mouvement de foule place de l'Horloge : un père et son fils de 15 ans sont interpellés pour
"outrage, rebellion et incitation à l'émeute". Récit et témoignage.
48 heures après les faits, Patrick Leblanc n'en revient toujours pas. Le 10 novembre prochain, il devra comparaître devant le tribunal correctionnel d'Avignon pour "rebellion et incitation à
l'émeute".À62
ans, ce fonctionnaire retraité de la PJJ passé une nuit en garde-à-vue…Tout a commencé le 18 juillet donc, vers 18h30.
"Vous le faites drôlement bien"…
Comme des centaines de badauds, Patrick et ses deux fils de 15 et 12 ans regardent un mime faire "la statue". Tout à côté, un CRS, immobile lui aussi est adossé à son fourgon et profite du
spectacle. "J'ai même cru un instant qu'il s'agissait aussi d'un comédien" avoue franchement Patrick Leblanc. Mais le fonctionnaire est bel et bien en service…C'est alors que le fils de Patrick Leblanc
va déposer 30 cts d'euros aux pieds du CRS, lui glissant "Vous le faites drôlement bien". Plaisanterie de gamin, farce de "festivalier" que le fonctionnaire de police ne goûtera pas dans cette
ville où, le temps d'un Festival, on brocarde les nonnes, on singe les uniformes et on imite outrancièrement les grands de ce monde…"Il avait l'air sympa, tout le monde a ri,
c'était pas méchant" avance le jeune garçon.
Mouvement de foule ou incitation à l'émeute ?
Mais alors qu'il retourne dans les rangs des spectateurs, le CRS le rattrape et lui dit : "Tu sais que c'est un outrage ce que tu viens de faire. Présentes-moi tes papiers." C'est alors que
Patrick Leblanc se rapproche de son fils pour tenter d'expliquer au policier "que c'était de l'humour, qu'il fallait pas mal le prendre". Rien n'y fait. "Il m'a demandé mes papiers en me
tutoyant, j'ai refusé. Je m'adresse correctement à la police, j'attends le même respect en retour" indique Patrick Leblanc. Alors, le ton monte entre le policier et le festivalier. "Il veut
m'embarquer dans le fourgon, mais mes fils sont éparpillés dans la foule, je refuse de monter dans le fourgon sans mes enfants."
Et c'est à partir de là que les versions divergent avec la police. Selon Patrick Leblanc, un "mouvement de foule spontané a formé une chaîne humaine pour empêcher mon interpellation". Mais de
source policière, ce serait Patrick Leblanc qui aurait harangué la foule avec des termes comme "Voyez la police de Sarko !" "Jamais je n'ai employé ce genre de phrases" s'insurge M.Leblanc, "et
je n'ai même jamais entendu d'insultes proférées par la foule" affirme-t-il. Menotté d'une main, il échappe à la surveillance des CRS "pour retrouver mes fils".
Craignant d'être dépassés par la foule et la "mini émeute" qui commençait à se préparer, des renforts de CRS sont
appelés. Entretemps, Patrick Leblanc et son fils sont repris, menottés tous les deux et placés dans le fourgon. Des spectateurs s'opposent à leur arrestation et, toujours de source policière, une
tierce personne tente alors de s'emparer de l'arme de service d'un CRS puis de sa matraque. Deux autres personnes sont interpellées tandis qu'une quinquagénaire recueille le deuxième fils, laissé
dans la foule, pour l'accompagner au commissariat où M. Leblanc passera la nuit. "Dans le fourgon, ils me disaient "Tu vas voir, on va t'arranger". Ce n'est qu'au commissariat où je me suis enfin
senti en sécurité. J'ai eu là, à faire à des policiers dignes de leur fonction républicaine."
Côté CRS, deux d'entre eux ont eu une ITT de deux jours pour des "blessures aux poignées, au dos et des contusions" indique-t-on au commissariat. Visiblement, l'affaire ne s'arrêtera pas là
puisque déjà, la Ligue des droits de l'Homme entend s'en emparer aux côtés de M. Leblanc. Affaire à suivre donc début novembre devant les tribunaux.
Leur presse (Noëlle Réal, AvigNews), 22 juillet 2009.
Sans-papiers. Par mail, il avait exprimé son indignation lors du placement en
rétention des enfants Kuka, au mois de juillet 2008.
Médecin généraliste à Tonnay-Charente (17), Éric Soares a été convoqué mardi par le commissariat de police de Rochefort. Ainsi a-t-il appris qu’il faisait l’objet d’une plainte déposée par le préfet des
Pyrénées-Atlantiques pour outrage à représentant de l’État.
En juillet 2008, Éric Soares s’était ému de la situation d’une famille albanaise sans papiers. La famille Kuka était sous le coup d'un arrêté d’expulsion, les parents et leurs deux
enfants, Anisa 7 ans et Arselio 5 ans, avaient été arrêtés à Pau et placés au centre de rétention administrative à Hendaye.
À l’époque, de
multiples soutiens s’étaient manifestés et l’enfermement des enfants en particulier avait suscité l’indignation. De nombreuses manifestations avaient été organisées sur la place de Pau
pour dénoncer le traitement réservé à cette famille. La famille Kuka a passé quelques jours en rétention puis la cour d’appel a prononcé l’annulation de la mesure de rétention administrative.
L’affaire avait
fait grand bruit dans les médias. Des informations qui avaient rapidement été relayées sur la toile. Chats, forums, sites militants, les informations concernant la famille Kuka ont très
rapidement dépassé le simple cadre du Béarn.
Après en avoir pris connaissance, Éric Soares a adressé un mail au préfet des Pyrénées-Atlantiques pour lui dire son étonnement et commenter la décision prise. «Je tombe des nues, écrivait-il,
j’apprends que
l’on autorise
l’enfermement
d’enfants, cela me
rappelle une triste époque où l’on mettait les enfants dans des wagons.» Et de conclure par «Bonne journée».
«Je ne milite dans aucun organisme mais c’est une question de principe, explique-t-il. J’ai reconnu avoir écrit ce mail, bien sûr, et s’il faut prendre un avocat et comparaître
devant le tribunal à Pau, ce n’est pas un problème, j’irai. L’inspecteur de police, d’ailleurs très aimable, qui m’a interrogé, voulait surtout savoir comment
j’avais obtenu le
mail du préfet. Nous sommes en démocratie, et si on ne peut même pas écrire à un préfet… En plus, mon mail n’avait rien de grossier, ni même d’insultant. Ce n’est pas comme si j’étais allé jeter des tomates sur sa porte.
Quant à l’allusion
à une période de notre histoire, c’est une réalité dont j’ai toujours entendu parler, dont on parle toujours d’ailleurs. »
«Ligne rouge»
Joint hier, Philippe Rey, reconnaît avoir porté plainte peu après les faits. Il explique : «À l’époque, j’avais reçu un grand nombre de courriers. Des critiques, des demandes gracieuses. Dès
lors qu’il
s’agit
d’injure, il y a
plainte. Quand moi ou mes collaborateurs [Un collaborateur du préfet, cité dans cette correspondance, a également déposé plainte] sommes injuriés dans le
cadre de nos fonctions, nous déposons plainte. Il incombe ensuite au procureur de la République de poursuivre ou non. C’est une question de principe. Il y a des lois qui nous protègent. Dans cette affaire,
la ligne rouge a été franchie.»
En l’espèce, la
comparaison avec la période de Vichy fait et fera systématiquement l’objet d’une action en justice, explique le représentant de l’État.
Leur presse, 29 mai 2009
(Marie-Claude Aristégui avec Xavier Sota, Sud-Ouest).
Enfant caché pendant la guerre,
il héberge à son tour un jeune sans papiers
«Son histoire, c’est la mienne qui se répète» : depuis un an, Georges Gumpel, un septuagénaire
juif qui a traversé la seconde guerre mondiale caché dans des familles de résistants, héberge à son tour à Lyon un jeune sans-papiers marocain pour éviter
qu’il ne soit expulsé.
Alae-Eddine, 20 ans, est arrivée du Maroc à 14 ans, confié par ses parents à sa tante de nationalité française.
Arrêté et placé en centre de rétention peu après sa majorité, en 2007, il est libéré après une mobilisation du lycée professionnel de Bron, dans la banlieue lyonnaise, où il suivait une
formation de plâtrier, et il finit son année scolaire, obtenant un CAP.
En août 2008, la préfecture lui refuse le visa qu’il demande pour continuer ses études et il est à nouveau placé en centre de rétention.
Un juge le libère, avec assignation à résidence, mais sur les conseils du Réseau éducation sans frontières (RESF), le jeune homme ne retourne pas chez sa tante.
«Ils m’ont prévenu que la police allait revenir très vite, et c’est ce qui s’est
passé», explique Alae-Eddine.
Georges Gumpel, militant de l’Union juive française pour la paix et sympathisant de RESF, est appelé à la rescousse pour
l’accueillir quelques jours.
«J’avais dit que j’étais disponible en cas de besoin mais je n’avais
pas prévu d’héberger quelqu’un dans la durée. Finalement, cela se passe bien
: c’est un peu comme si c’était mon petit fils, nous avons une relation de confiance, nous partageons
les repas quand il est là», raconte le bouillonnant retraité, ancien fleuriste de luxe.
«Georges m’a appris beaucoup de choses : on parle souvent de la Palestine, ou alors de la guerre,
l’Allemagne, les Juifs. Je lui pose des questions, ça m’intéresse», sourit son jeune hôte, confortablement installé dans le salon.
«Il m’a aussi aidé à trouver un peu de travail au noir.»
Alae-Eddine a vécu reclus, dans la peur de la police, les premières semaines. Puis il a repris une vie presque normale et retourne parfois chez sa tante. Mais la police est revenue plusieurs
fois l’y chercher à l’aube, et il ne dort jamais sur place.
«Si je n’habitais pas chez Georges, je serais à la rue», lance le jeune homme, reconnaissant.
«Le drame c’est de se retrouver à devoir faire ça aujourd’hui à
nouveau : protéger des enfants, des familles, des jeunes pourchassés par le gouvernement», déplore M. Gumpel.
«Le fichage des étrangers, les quotas d’arrestations, les prisons pour étrangers : les méthodes utilisées aujourd’hui
contre les sans-papiers sont les mêmes que le gouvernement de Vichy utilisait contre les Juifs», s’emporte-t-il.
«Il n’y a pas de comparaison possible entre le nazisme et la politique de l’immigration française. Le sort des sans-papiers
après l’expulsion, ce n’est pas les camps de concentration ou
d’extermination. Mais la démarche est un peu la même : évacuer des hommes, des femmes et des enfants considérés comme “en surnombre dans
l’économie française”, dans une totale indifférence quant à leur sort une fois la frontière passée», détaille M. Gumpel.
Une cérémonie de parrainage républicain était prévue samedi dans la mairie du premier arrondissement de Lyon. Georges devait officiellement devenir le parrain de son protégé, et la sénatrice
socialiste Christiane Demontès sa marraine.
Pour sa part, le Tribunal administratif de Lyon doit examiner le dossier mardi prochain.
Cent cinquante personnes ont défilé, hier, dans les rues de Lille et de Lambersart. Des pétards ont explosé, des
œufs ont volé, sous les yeux étonnés des passants.
«Cocktail Molotov, bazooka, Kalachnikov !» ou «Un flic, une balle, justice sociale !» : la couleur est clairement annoncée, hier en début d’après-midi à Lille. Environ cent cinquante personnes
défilent à l’appel
du «Bloc contre les violences et contre la répression d’État». Elles dénoncent le «racisme des policiers», la «criminalisation des militants antifascistes», «les répressions sociales», les
contrôles, fichages ADN, et l’«interdiction de porter des cagoules» (lors des manifestations).
Appel à l’anarchie
Avançant à une allure militaire dans les petites rues commerçantes du Vieux Lille, hors des trajets habituels, le cortège fait sensation. À l’avant, une petite centaine de jeunes,
habillés de noir et le visage masqué, appellent à l’anarchie. Derrière les vitrines ou depuis les terrasses, les passants sont médusés. Des œufs s’écrasent sur des enseignes chics, quelques
pétards explosent dans les entrées de magasins branchés et des tags fleurissent.
Devant le bâtiment des services de la préfecture, une boutique de surplus militaire reçoit deux impacts : «On ne
comprend pas, peste le patron, les policiers qui étaient à côté ne sont pas intervenus.» Mais, pour l’instant, les forces de l’ordre laissent le cortège avancer, craignant
qu’une action dans
ces rues très fréquentées ne génère des incidents. D’ailleurs, la «manif» se poursuit dans le métro, direction Lambersart. À la sortie, ils ne sont plus qu’une centaine à rejoindre la maison du Peuple
flamand et commencent à s’attaquer au portail. Cette fois la police charge avec flashball et gaz lacrymogène. Bilan : vingt-cinq personnes interpellées (dont un jeune homme juste avant le départ, qui
transportait des frondes), quelques dégradations et aucun blessé.
Lille : Vingt-six gardés à vue
après la manif anti-«répression d’État»
Vingt-six personnes auraient été placées en garde à vue, samedi en début de soirée, après la manifestation
contre «la répression d’État».
Lors de cette manifestation, samedi après-midi, cent cinquante personnes avaient défilé dans les rues de Lille, mais aussi de Lambersart. Pour beaucoup cagoulés, les manifestants avaient
lancé des œufs sur des vitrines, des pétards dans des entrées de magasins, et tagué des bâtiments. Certains avaient finalement été interpellés par la police à proximité de la maison du
Peuple flamand, à Lambersart.
Parmi les gardés à vue, figurerait au moins un mineur. Ainsi que des étudiants étrangers, notamment belges et italiens.
L’un des
interpellés a été relâché, hier. Il est convoqué en juin devant le tribunal correctionnel pour dégradations. Les gardes à vue des autres manifestants interpellés ont été prolongées. Elles
pourraient aboutir soit à des comparutions immédiates, soit à des convocations ultérieures.
Un journaliste brutalement interpellé
par la police à Besançon
Alors qu’il prenait des photos d’un fait divers en face de l’Office du Tourisme lundi soir à Besançon, un
journaliste demaCommune.infoet du quotidienL’Alsace-Le
Paysa été ceinturé et pris violemment par le cou par plusieurs policiers. Tout en déclinant à
plusieurs reprises son identité professionnelle en se débattant, les policiers lui ont violemment arraché son appareil photo sans pour autant vérifier s’il était porteur d’une carte de presse.
Puis, il a été emmené de force au commissariat après confiscation de son appareil.
Vers 19h45, plusieurs policiers viennent d’arrêter un voleur de voiture après une course-poursuite. La voiture est endommagée et l’auteur présumé du vol est assis par terre les mains menottées
dans le dos. Il n’y a plus de danger. Le journaliste sort son appareil photo et a juste le temps de faire d’assez loin deux images au téléobjectif avant d’être ceinturé par plusieurs policiers
dont au moins un en civil.
Le journaliste qui a trente ans de métier décline immédiatement sa profession sans pouvoir interrompre l’action pour le moins musclée des policiers qui ne lâcheront partiellement prise qu’au
moment où ils auront réussi à arracher violemment son appareil photo.
Quand le journaliste veut montrer sa carte de presse on la refuse et on lui réclame sa seule carte nationale d’identité. Se souvenant peut-être que tout le monde peut prendre des photos sur la
voie publique et a fortiori un reporter, un des policiers en civil se récrie et accuse le journaliste de ne pas avoir dit qui il était.
Une situation surréaliste qui a fini au commissariat où la hiérarchie visiblement consciente de la «méprise» a fait venir le directeur départemental de la police qui tout en reconnaissant le bon
droit du journaliste a mis le comportement de ces policiers sur le compte de la tension liée à l’arrestation mouvementée.
Après avoir tenté de dissuader le journaliste de porter plainte, le directeur départemental l’a accompagné à la porte avec ses papiers, son appareil et sa disquette intacte. Notre collaborateur
trouve l’explication de la police pour le moins légère et décide de porter plainte ce mardi. «Pour défendre l’honneur de notre métier face à des agressions policières qui se répètent à l’encontre
de la profession de journaliste, comme récemment encore à Lyon, je vais porter plainte. Il est inadmissible qu’un journaliste professionnel dans l’exercice de ses fonctions se fasse traiter de la
sorte par des policiers qui sont censés connaître les procédures même en cas de stress, qui plus est devant des dizaines de badauds», a déclaré le journaliste très affecté après cette violente
«méprise» selon les policiers, véritable «bavure» selon lui.
D’éventuels témoins peuvent se signaler en écrivant à redaction@macommune.info
maCommune.info, 31 mars 2009.
Interpellation d’un journaliste à Besançon :
Du rodéo aux cow-boys
Alors que le conducteur de 25 ans auteur d’une périlleuse course poursuite dans les rues de Besançon a été placé en
garde à vue, le journaliste malmené par des policiers juste après l’interpellation du chauffard a décidé de porter plainte pour «entrave à la liberté d’expression et du travail» et «violences
volontaires».
«Je ne porte pas plainte contre la police en général mais contre les policiers qui ont joué aux cows-boys.» Claude Mislin, le journaliste du quotidien Le Pays et de
maCommune.info interpellé sans délicatesse lundi soir est encore sous le choc (notre article).
Souffrant du dos, un médecin lui a ordonné quatre jours d’ITT. Le journaliste ceinturé et pris par le cou a décidé de porter plainte au nom de tous les rédacteurs et reporters parfois mis à mal
dans l’exercice de leur profession.
De son côté, la direction départementale de la sécurité publique a expliqué que les policiers ont ceinturé le journaliste sans violence pour l’accompagner hors du périmètre de sécurité. Dans un
communiqué, le directeur de la sécurité publique explique qu'il «aurait refusé sans se présenter et sans raison, de reculer conformément aux consignes de sécurité imposées par les policiers
intervenants alors que le chauffard était considéré comme dangereux et connu par les forces de l’ordre pour des faits graves, dont vol avec arme».
Claude Mislin réfute cette version. «J’ai immédiatement fait état de ma profession à plusieurs reprises. Ce n’est qu’au commissariat que les policiers m’ont rendu mon appareil photo et ont
vérifié ma carte de presse.»
Quant au chauffard qui a été pris en chasse (rappel des faits : ici), puis rapidement arrêté par la police, il a été placé en garde à vue. L’homme est originaire de la Guyane et serait arrivé depuis peu à Besançon.
maCommune.info, 31 mars 2009.
Besançon : La police arrête un journaliste
qui prenait des photos
Après avoir maîtrisé un dangereux voleur de voiture les policiers bisontins ont arrêté un journaliste qui
photographiait l’interpellation.
Pied au plancher. Le réflexe est de plus en plus courant, dans la capitale comtoise comme ailleurs, lorsqu’un conducteur en faute est repéré par la police. Dès lors, passants, gare à vos abattis.
Pour échapper à la sanction, le fautif n’hésite pas, parfois, à se lancer dans une course folle. Plus rien n’existe pour lui à cet instant que l’espoir insensé d’échapper à ses poursuivants. Qui
ne lâchent pas le morceau.
Des centaines de piétons ont assisté lundi, en début de soirée, à cette scène hallucinante en plein centre de Besançon. Vers 19h30, la Bac (brigade anticriminalité) repère un homme au volant
d’une voiture volée quelques jours plus tôt. Pour s’échapper, le conducteur lance sa voiture à folle vitesse dans la rue des Granges, en marche arrière. Il percute ensuite deux véhicules, des
vitrines pour se frayer un passage.
Derrière lui, la poursuite s’organise avec gyrophares et deux tons hurlants. Elle cessera une demi-heure plus tard près du parc Micaud, avenue Edouard-Droz, avec l’arrestation du fuyard. Par
miracle sans blessé. L’homme est maîtrisé, menotté, hors d’état de nuire.
Délit de curiosité
Un de nos confrères assiste en direct à l’épilogue de cette interpellation. Pour ne pas entraver l’action des forces de l’ordre, Claude Mislin, journaliste à l’Alsace-Le Pays, prend
quelques mètres de recul, sort son appareil photo et se met au travail. Pour témoigner, relater cet événement qui a suscité une énorme émotion au cœur de la cité.
Mais sa présence va provoquer une réaction pour le moins inattendue. «Plusieurs policiers, dont un en civil, se
sont approchés de moi et m’ont ceinturé brutalement pour m’enlever des mains mon appareil photo que je tenais par la dragonne. Je leur ai dit que j’étais journaliste. “C’est faux, vous n’avez pas
de brassard”, m’a lancé l’un d’eux. Quand je leur ai proposé ma carte de presse, ils n’en ont pas voulu et me demandaient ma carte nationale d’identité. On m’a ensuite contraint à monter dans une
voiture qui m’a emmené au commissariat.»
Un peu plus d’une heure plus tard Claude Mislin a récupéré son appareil et «reçu les excuses» du directeur départemental.
Version contestée
Constatant des douleurs lombaires de Claude Mislin, son médecin lui a prescrit quatre jours d’interruption de travail. Hier soir son avocat, Me Michel Levieux, déposait une plainte contre X
devant le procureur de la République pour «violences volontaire avec ITT de moins de 7 jours» et «entrave concertée à la liberté d’expression et du travail», un délit, s’il est établi, passible
de 3 ans de prison.
Hier matin, côté commissariat et tribunal, on ne cachait pas un certain embarras, expliquant l’attitude des policiers par «la tension, le stress» consécutifs à la course-poursuite et à
l’interpellation du chauffard.
En fin de journée, la direction départementale de la sécurité publique contestait la version du journaliste. Dans un communiqué elle expliquait «l’invitation» à suivre les policiers au
commissariat par le fait que le journaliste n’a pas voulu respecter le «périmètre de sécurité» autour du lieu de l’interpellation du chauffard. Un périmètre qui, selon lui, n’a jamais été
matérialisé.
Le Pays, 1er avril 2009.
Journaliste molesté :
Ouverture d’une enquête
À la suite de la plainte déposée par Claude Mislin, journaliste demaCommune.infoet du
quotidienL’Alsace-Le Pays, le procureur a ordonné l'ouverture d'une enquête confiée à la Direction régionale de la police judiciaire de Dijon.
Il sera reçu dès ce matin pour être entendu et présenter sa version des faits. Il récuse celle des policiers reprise mercredi par un syndicat de policiers (Unsa) qui a annonce vouloir porter
plainte pour «dénonciation calomnieuse».
Dans un communiqué, l’Unsa explique que les policiers se sentent injustement pointé du doigt : «Les forces de
l’ordre ont dû extraire le journaliste en le ceinturant sans “aucune violence” une fois le calme revenu, le journaliste a décliné sa qualité de journaliste.»
De son côté, notre journaliste a reçu le soutien de toute la profession, notamment celui du Syndicat national des
journalistes (SNJ) qui dénonce une «bavure».
Claude Mislin estime que la version de la police a évolué depuis qu’il a déposé plainte. D’une «méprise» ou d’une «maladresse» d’abord reconnues par la police le soir des faits, la version
officielle accuse désormais le journaliste d’avoir franchi un périmètre de sécurité qui, selon lui, n’existait pas ou plus au moment où il a fait sa photo sur laquelle on voit que l’auteur du
rodéo est au sol, parfaitement maîtrisé par plusieurs policiers.
maCommune.info, 2 avril 2009.
L’Unsa police va déposer une plainte
pour dénonciation calomnieuse
Des policiers de Besançon, concernés par une plainte d’un journaliste vont déposer plainte pour
«dénonciation calomnieuse» a annoncé mercredi l’Unsa police du Doubs.
Claude Mislin, journaliste du quotidien L’Alsace-Le Pays, avait porté plainte mardi pour «entrave à la liberté d’expression et du travail» et «violences
volontaires», à la suite d’une altercation lundi avec la police nationale (notre édition de mardi). «Les policiers (du commissariat de Besançon) concernés, se sentant injustement mis en cause, vont
déposer plainte pour dénonciation calomnieuse», a indiqué l’Unsa police. M. Mislin avait affirmé qu’il avait été «violemment ceinturé et pris par le cou par quatre ou cinq policiers» qui
lui auraient «arraché» son appareil photo et l’auraient «emmené de force au commissariat».
Selon l’Unsa, le
journaliste se trouvait sur les lieux de l’interpellation d’un «délinquant circulant à bord d’un véhicule volé, auteur d’un rodéo sauvage pendant de longues minutes
et mettant en danger la vie d’autrui». «Cette interpellation risquée (…) a nécessité un périmètre de sécurité» dont les forces de l’ordre ont dû extraire le journaliste en le ceinturant sans «aucune violence» selon
l’Unsa. Une fois le
calme revenu, M. Mislin a décliné sa qualité de journaliste, continue le syndicat.
M. Mislin réfute cette version, soutenant qu’il avait «fait état de sa qualité de journaliste à plusieurs reprises» et se dit révolté par «la manière dont les policiers ont joué
les cow-boys». Suite à sa plainte, l’enquête a été confiée à la Direction régionale de la police judiciaire de Dijon. Dans un communiqué, le SNJ a dénoncé «une bavure», estimant que M. Mislin avait été «molesté
par des policiers».
Le Progrès (Jura), 3 avril 2009.
Besançon : Un collectif de journalistes
dénonce des «dérapages» de la police
Un collectif de journalistes de Franche-Comté, constitué à la suite de l’altercation entre un reporter et des
policiers à Besançon, a dénoncé vendredi dans un communiqué des «dérapages» des forces de l’ordre.
«Les journalistes professionnels de Franche-Comté ont été choqués par l’interpellation d’un collègue le 30 mars alors qu’il faisait son métier lors de l’arrestation à Besançon
d’un automobiliste
auteur d’un rodéo
dans les rues», indique le communiqué du «Collectif du 30 mars».
«Ils ont également été surpris par un contrôle d’identité sans raison apparente le 1er avril d’une équipe de France 3 devant un collège de Vesoul», ajoute-t-il.
Ce collectif, qui «vient de se constituer en réponse à ces faits», «dénonce de tels dérapages et demande que ces excès cessent».
Il estime que «ces deux exemples de dérapage en Franche-Comté ne font que s’ajouter à la longue liste d’autres problèmes rencontrés par les journalistes en France depuis quelques mois».
Claude Mislin, journaliste du quotidien l’Alsace-Le Pays, avait porté plainte mardi pour «entrave à la liberté d’expression et du travail» et «violences
volontaires», à la suite d’une altercation la veille avec la police nationale, qui interpellait un homme considéré comme «dangereux».
L’Unsa Police du
Doubs avait indiqué mercredi, dans un communiqué, que les policiers de Besançon concernés par cette plainte, se sentant injustement mis en cause, allaient déposer plainte pour «dénonciation
calomnieuse».
Dans un communiqué, le SNJ a dénoncé «une bavure», estimant que M. Mislin avait été «molesté par des policiers».
Le collectif a sollicité une audience auprès du préfet de Franche-Comté.
AFP, 3 avril 2009.
«Non aux dérapages de la police»
Un collectif d’une quarantaine de journalistes francs-comtois s’est constitué après l’interpellation indélicate
d’un journaliste qui prenait des photos suite à une course poursuite dans les rues de Besançon lundi dernier.
Choqués après l’altercation entre un reporter et les forces de l’ordre, une quarantaine de journalistes a signé une pétition en formant le «collectif du 30 mars».
Outre la brusque interpellation de Claude Mislin, journaliste du quotidien Le Pays et de maCommune.info, le collectif s’est ému d’un contrôle d'identité le 1er avril d'une
équipe de France 3 devant un collège de Vesoul.
Les journalistes mobilisés sollicitent une entrevue avec le préfet de région et réclament que cessent les abus.
Le collectif de journalistes de Franche-Comté reçu par le préfet
Après les frictions entre les médias et les forces de l’ordre en Franche-Comté, quatre journalistes représentant la
presse écrite, radio, télévisée et web ont alerté le préfet sur certains dérapages. Tous appellent à l’apaisement.
L’entrevue a duré un peu plus d’une heure. Après avoir rappelé les affaires en cours, le Préfet a dédramatisé les faits avant d’insister sur l’importance de la liberté de l’information et de la
presse en rappelant une directive de décembre 2008 stipulant que «les policiers ne bénéficient pas de protection particulière en matière de droit à l’image. À quelques exceptions, tout
journaliste — ou même tout particulier — peut photographier, filmer ou enregistrer des policiers qui effectuent une mission. Si tout policier a droit au respect de sa vie privée, ils ne peuvent
s’opposer à l’enregistrement ou à la diffusion d’images ou de sons dans la mesure où cette liberté d’information n’est pas dévoyée par une atteinte à la dignité de la personne ou au secret de
l’enquête, ou de l’instruction. La possibilité d’enregistrement ou de diffusion d’images et de sons peut être limitée dans certains cas, notamment pour des raisons de sécurité lorsqu’il s’agit de
maintenir des personnes à distance d’une action présentant des risques pour le public se trouvant à proximité.»
Après une crispation entre les journalistes et les forces de l’ordre, le collectif et le Préfet ont souhaité délivrer un message commun d’accalmie. Les journalistes présents ont rappelé que la
presse a une déontologie et qu’elle ne cherche pas à mettre en difficulté les policiers dans l’exercice de leurs fonctions mais qu’il n’était pas tolérable qu’un policer en arrive à un
contact physique, que soit avec un journaliste ou un quidam, pour faire entendre son autorité.
Le préfet s’est engagé à faire passer un message d’apaisement auprès des forces de l’ordre.
maCommune.info, 8 avril 2009.
Besançon : Réunion sur la liberté d’informer
Un comité d’une soixantaine de journalistes comtois a exprimé ses craintes auprès du
Préfet.
Le Préfet de Franche Comté s’est voulu rassurant auprès des portes parole du «Comité du 30 mars» qu’il recevait ce mardi 7 avril.
Le représentant de l’État a assuré les journalistes régionaux qu’«il n’y a pas… intention délibérée de la police d’empêcher la presse écrite et audiovisuelle de remplir sa mission
d’information». Il
a également rappelé que «la Ministre de l’Intérieur a donné des instructions claires sur la liberté de l’information et sur le fait notamment
que les policiers ne bénéficient pas de protection particulière en matière de droit à l’image».
Quelques jours plus tôt, une soixantaine de journalistes franc-comtois rassemblés au sein de ce collectif avaient dénoncé «des dérapages de la police». Ils avaient pointé le contrôle
d’identité visant
une équipe de journalistes de France 3 Haute-Saône alors en plein travail d’enquête, et surtout l’interpellation musclée de Claude Mislin, journaliste au Pays de Franche-Comté
alors qu’il
photographiait l’arrestation d’un délinquant présumé.
Interpellé pendant une arrestation
Le journaliste prenait des photos pendant l’arrestation d’un automobiliste délinquant.
Selon le site maCommune.info qui relate les faits, il était environ 19h45 lundi 30 mars, quand les policiers viennent d’arrêter un voleur présumé à
l’issue
d’une
course-poursuite. Alors que le voleur est assis par terre les mains menottées dans le dos, Claude Mislin qui se trouve assez loin, a sorti son appareil-photo. Il a tout juste le temps de prendre
deux clichés au téléobjectif que des policiers le prennent par le cou, le ceinturent et le délestent de son appareil.
Le journaliste a beau décliner son identité professionnelle, clamer qu’il est journaliste, rien n’y fait. Il sera finalement emmené au commissariat où les policiers prennent conscience
de leur «méprise». Et c’est le directeur départemental de la sûreté urbaine qui viendra lui-même reconnaître le bon droit du journaliste, excuser le comportement des policiers «dû à la tension liée à
une arrestation mouvementée» et raccompagner le journaliste jusqu’à la porte du commissariat après lui avoir rendu ses papiers d’identité et son appareil photo.
Le journaliste a décidé de porter plainte ce mardi «pour défendre l’honneur de notre métier face à des agressions policières qui se répètent à l’encontre de la profession de journaliste»
concluant : «Il est inadmissible qu’un journaliste professionnel dans l’exercice de ses fonctions se fasse traiter de la sorte par des policiers qui sont censés connaître les procédures même en cas de
stress, qui plus est devant des dizaines de badauds».
La version de l’UNSA Police
Selon la version livrée jeudi par l’UNSA Police, Claude Mislin aurait été sommé de se placer au delà du «périmètre de sécurité», mais aurait «refusé de répondre aux injonctions des policiers». Il aurait alors été
«ceinturé, son appareil photo retiré» et n’aurait décliné sa qualité de journaliste «qu’une fois le calme revenu». Selon l’UNSA, «il n’a subi aucune violence, mais a été invité à
se rendre à l’Hôtel
de Police». Claude Mislin estime lui que la version de la Police a évolué : lors de sa «visite» au commissariat, le commissaire aurait alors reconnu une «méprise» et une «maladresse».
L’UNSA annonce en
tout cas que les policiers «se sentant injustement mis en cause» vont déposer plainte pour «dénonciation calomnieuse».
Besançon : Plainte des policiers pour «calomnie»
Après la plainte du journaliste «brutalement» interpellé, les policiers incriminés portent plainte pour
«calomnie».
Après la plainte de Claude Mislin, directeur de la rédaction et journaliste à maCommune.info, contre la
«brutalité» de son interpellation par les forces de l’ordre alors qu’il effectuait un reportage sur l’arrestation d’un délinquant, l’UNSA Police du Doubs réagit.
Le syndicat «dénonce avec véhémence les attaques injustifiées et calomnieuses dirigées contre des policiers du
Commissariat de Besançon».
Lundi 30 mars en soirée, ce journaliste connu et ayant trente ans de carrière professionnelle, avait été
«brutalement interpellé» selon son témoignage, au centre-ville de Besançon, alors qu’il prenait des photos d’un faits divers avant
d’être emmené au
commissariat. Le journaliste, très affecté par ce qu’il considère comme une «bavure» et nécessitant quatre jours d’arrêt de travail, avait décidé de porter
plainte. Le procureur a d’ailleurs ordonné l’ouverture d’une enquête confiée à la Direction régionale de la police judiciaire de Dijon.
France 3 Bourgogne
Franche-Comté, 8 avril 2009.
«Je vais surtout porter plainte pour défendre une profession»
Claude Mislin, journaliste professionnel duPays-L’Alsaceet demaCommune.infoqui prenait
des photos après une course-poursuite dans les rues de Besançon lundi 30 mars, a été interpellé de manière indélicate et musclée par des policiers. Une plainte a été déposée et une enquête est
aujourd’hui
ouverte. Suite à cette «méprise» ou «bavure» — c’est selon —, une quarantaine de journalistes franc-comtois ont formé «le collectif du 30 mars» pour dénoncer ces
abus.
L’Hebdo
de Besançon : Tout d’abord, comment vous portez-vous ?
Claude Mislin : Ça va bien. Les séquelles sont plutôt dans la tête que physiques. Car j’ai été violenté mais pas frappé. Je commence (après quatre jours) à surmonter cet
épisode douloureux dans une vie professionnelle. Depuis que j’ai fait ma déposition à la police le 2 avril, les choses se sont un peu dégagées car j’ai pu présenter mes arguments et exposer les
faits par rapport à une version de la police qui, pour moi, est mensongère.
Le préjudice moral est important…
Je vais surtout porter plainte pour défendre une profession par rapport aux agissements de certains policiers et non de la police [Claude Mislin porte plainte pour entrave à la liberté
d’expression et du
travail, ainsi que pour violences volontaires]. Je pense que comme dans tous les métiers, il y a des personnes qui ne respectent pas un certain nombre de devoirs. Quand on empêche un journaliste
de prendre ses photos et qu’on raconte ensuite une version mensongère, je trouve ça anormal.
En 30 ans de métier, est-ce la première fois que vous êtes confronté à ce genre de problème ?
J’ai déjà subi une
agression, il y a une vingtaine d’années, par des truands. Mais là je savais pourquoi j’étais agressé. En revanche, quand il s’agit de policiers, on se pose beaucoup plus de questions.
Racontez-nous les faits.
Je sortais du travail, je me rendais à mon domicile et j’ai constaté qu’il y avait un fait divers qui était en cours. Une voiture de police était sur la voie de bus, rue Fontaine-Argent.
J’ai alors vu des
policiers qui n’étaient pas en mouvement autour d’une auto accidentée. Je ne savais même pas qu’il y avait eu une course-poursuite juste avant. L’arrestation était aboutie puisque le
chauffard était menotté, assis à terre. Donc je me suis positionné à quelques mètres en observant la scène pendant deux ou trois minutes. Durant ce temps, personne ne m’a demandé de m’écarter. Il y avait du monde autour de moi.
Puis, j’ai pris
quelques photos au téléobjectif. J’étais à une douzaine de mètres environ.
Et c’est à partir de là que les policiers vous ont ceinturé.
C’est seulement
quand j’ai voulu
prendre des photos que j’ai entendu crier «Pas de photo» et que je me suis fait ceinturer violemment. J’ai été pris par les bras, le cou et les policiers ont essayé de me retirer mon appareil
photo. J’ai insisté
pour le garder pendant quelques secondes et j’ai fini par le lâcher de peur de le casser.
Avez-vous décliné votre identité à ce moment-là ?
Pendant tout ce temps là, je leur ai dit que j’étais journaliste mais ils n’ont rien voulu entendre. J’en ai entendu un dire : «Il
n’a pas de brassard
donc il n’est pas
journaliste» ou encore «C’en est un qui va se faire du fric en mettant ses photos sur YouTube». Quand j’ai voulu leur montrer ma carte de presse, ils m’ont dit qu’ils n’acceptaient de voir que ma carte nationale
d’identité.
J’ai ensuite été
embarqué au commissariat toujours sans pouvoir montrer ma carte. Arrivé au commissariat, un agent a demandé à voir le déroulé de mes photos et ce n’est qu’à ce moment là que
j’ai pu récupérer
mon appareil. Pas avant.
Et au commissariat, comment ça s’est passé ?
Ils n’ont regardé
ma carte de presse qu’en arrivant au commissariat et là, j’ai senti comme un malaise. J’ai discuté avec le capitaine qui a été très agréable, m’indiquant seulement que les agents
n’avaient
probablement pas lu la note comme quoi tout le monde peut prendre des photos sur le domaine public. À aucun moment, ni avec le capitaine, ni avec le commissaire, il n’a été question d’un quelconque périmètre de sécurité que
j’aurais
soit-disant franchi. Le directeur départemental, M. Jolibois, m’a dit que c’était «une méprise et une maladresse». Qu’il n’avait jamais eu de problème avec la presse et que c’était la première fois que ça arrivait. Je
n’ai pas décidé de
porter plainte de suite mais je lui ai dit que j’allais le tenir informer. Ce que j’ai fait et j’ai porté plainte dès le lendemain.
Finalement, le coup de massue est (encore) tombé, un peu plus tard, avec le communiqué de la police.
En effet. Car ça ne correspond pas du tout à la réalité. C’est ma parole contre la leur. Mais il faudra prendre aussi en compte ma photo qui est parlante, puisqu’elle résume la scène avant que je sois
ceinturé. C’est la
parole d’un
journaliste avec 30 ans de métier qui a vécu cette altercation comme une bavure et non comme une méprise ou une maladresse et encore moins de la manière dont la police l’explique dans son communiqué.
Vous parlez bien de bavure.
Oui. Des policiers qui ne demandent même pas à une personne si elle est journaliste ou non ; qui n’acceptent pas de regarder une carte de presse et qui emploient la force, alors je
considère cela comme une bavure effectivement.
Pourquoi ont-ils agi de cette manière selon vous ?
Je ne me l’explique
pas vraiment. Je sais qu’il y a des craintes actuellement par rapport aux sites internet notamment. Mais le droit à l’image ne se pose qu’au moment de la diffusion
d’une photo. Sinon,
il n’y a aucune
interdiction possible. En réalité, c’est seulement le droit à l’image qui les a fait réagir de la sorte et pas un quelconque périmètre de sécurité, malgré une arrestation houleuse —
j’en conviens — et
heureusement réussie.
Une enquête est désormais ouverte.
Oui et le procureur a demandé que ce soit des policiers de Dijon et non de Besançon qui la mènent. Je porte plainte uniquement pour dénoncer ces dérives. Et je ne porte plainte que contre
ces policiers et non contre la police en général.
La liberté de la presse est-elle de plus en plus menacée ?
J’ai le sentiment
qu’il y a de plus
en plus de pressions. On est davantage cadré, parqué. C’est aussi de plus en plus difficile pour un journaliste d’avoir des marges de manœuvre. J’espère que ce qui
m’est arrivé
restera un cas isolé. Sauf que lorsque je regarde le rapport d’Amnesty International, je m’aperçois que je ne suis malheureusement pas le seul.
Propos recueillis par Richard Zampa
L’Hebdo de Besançon, 15 avril 2009.
Nos maîtres policiers n’hésitent jamais à s’investir dans la tâche répressive à laquelle ils s’adonnent avec une
évidente satisfaction. Faire la chasse aux contestataires «invisibles», traquer les «voyous» des banlieues, expulser un maximum de sans-papiers, ne suffit pourtantpas à la satisfaction de nos fins limiers.
Fort heureusement, les fichiers policiers explosent, jusqu’à risquer de devenir inexploitables, tellement les «clients» concernés peuvent y figurer par erreur. Dans ce pays, jadis patrie des
droits de l’Homme, il n’est plus un secteur de la vie quotidienne qui ne soit constamment épié par une officine policière. Certaines d’entre elles piétinent les mêmes plates-bandes, se trouvant
ainsi en concurrence : ce qui pourrait susciter un retour à la guerre des polices. Nous sommes effectivement sous contrôle actif. Que celui qui n’est pas défavorablement connu des services de
police lève le doigt ! Cela ne suffit pas.
Il est indispensable de prévoir de quoi seront faits les lendemains policiers. Mais non, il n’est pas question d’augmenter les effectifs de la Grande Maison car, en ces temps de récession, les
économies sont à l’ordre du jour. Il serait surtout envisagé de se pencher sur la forme que pourrait prendre la délinquance future. Sans oublier le grave danger représenté par les millions de
«réfugiés climatiques» qui, bientôt, ne manqueront pas de menacer l’ordre public dans les pays encore relativement protégés des ouragans et de la montée des eaux. Ne riez pas. Une récente
enquête, publiée dans Le Monde, nous informait que la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, venait de créer un département prospective. Au cas où…
En fait, un très sérieux rapport, titré «Contexte stratégique de la sécurité intérieure à l’horizon 2025», remis à la ministre de l’Intérieur en septembre 2008, a pour objet d’étudier «les
tendances lourdes ou émergentes» en matière de sécurité. Dès le mois de février 2009, une étude plus précise sur «le vieillissement de la population et les besoins de la sécurité intérieure»,
s’inquiétait de la possible criminalité des plus de soixante ans. Il fera bon vivre au pays de la liberté au cours des prochaines décennies. Une certitude : la réalité ne tardera pas à dépasser
la fiction !
Maurice Rajsfus
Éditorial du no 29 de Que fait la police ?, avril
2009 Bulletin d’information anti-autoritaire.