Lundi 6 juillet 2009
Alors qu’une certaine gauche anti-libérale se mobilise en faveur du régime de la République Islamique ; alors que Chávez a chaleureusement félicité Ahmadinejad pour son élection et l’a saluée comme la «victoire pour un monde nouveau», comme il l’avait soutenu fin 2005 dans ses campagnes négationnistes et antisémites notamment (ce «socialisme des imbéciles» selon August Bebel), lors du concours des caricatures sur le judéocide et visant les juifs en tant que juifs (et non l’État d’Israël en tant qu’État sioniste et colonialiste) ; alors que les thèses complotistes semblent une fois de plus proliférer dans un schéma binaire aussi faux et mystificateur qu’il pouvait l’être à l’époque des blocs et de la guerre froide, nous savons qu’il existe en Iran d’autres paroles venues du bas de la société et se battant pour échapper à ces simplifications qui font le jeu à la fois de l’impérialisme et du pouvoir des mollahs.

Dans le mouvement de masse qui secoue l’Iran, il existe une dimension de classe, des syndicats indépendants et des révoltes ouvrières, une dimension féministe et des combats pour l’égalité et l’autonomie individuelle et collective qui peuvent aller contre les religions et les superstitions. 
En nous gardant de tout triomphalisme propice à des lendemains qui déchanteraient, ce sont ces mouvement-là, qui ne s’alignent ni sur le régime ni sur aucun des blocs et fractions du régime qui aspirent à gouverner le pays, que ce soit ceux de MM. Moussavi ou Karoubi, que nous devons soutenir et populariser.

Il est hors de question de s’aligner sur les campagnes hypocrites de l’Occident contre le «fondamentalisme» et pour les «droits de l’Homme» ainsi que sur ses éventuelles tentatives d’intervention politique et militaire dans ce pays. Nous nous opposons à l’OTAN et à toutes les interventions de type impérialiste, présentes et passées, et au rôle de l’État français et de son complexe militaro-industriel qui, après avoir soutenu la dictature sanglante du Shah, s’est empressé d’armer et de soutenir l’Irak de Saddam Hussein et de pousser ce pays à attaquer l’Iran dans une guerre particulièrement meurtrière de huit longues années (1980-1988).


De même que sur le nucléaire, nous refusons d’entrer dans ce choix imposé et biaisé. Nous ne nous battons pas pour le «droit au nucléaire iranien» même au nom du combat anti-impérialiste : nous nous battons pour la dénucléarisation totale, civile et militaire, de la planète ! Nous nous battons pour le démantèlement de toutes les installations, de toutes les armes de destruction massive à commencer par celles des grandes puissances politiques et militaires qui en font l’un des éléments-clés de leur domination impériale. Nous devons populariser toute information, analyse, prise de position s’inscrivant dans la perspective, de l’indépendance politique, de la lutte de classe, du combat contre toute forme d’exploitation économique et de domination (oligarchique, étatique, patriarcale, religieuse…), du combat pour l’émancipation et pour le socialisme libertaire.



Révolution en Iran. — Le mouvement de révolte populaire qui secoue l’Iran depuis les résultats de la mascarade électorale ne porte pas la question de qui doit gérer le régime des mollahs. Moussavi, ancien dirigeant de la république islamiste, responsable du massacre de milliers de prisonniers politiques dans les années 80, n’est en rien une alternative. Le mouvement de masse commencé le 12 juin ne s’en prend d’ailleurs pas qu’à Ahmadinejad mais au régime islamiste lui-même. Ce blog a pour but de diffuser des informations sur la lutte en Iran et sur les courants révolutionnaires qui y participent. À bas la république islamiste ! En Iran comme ailleurs, vive la révolution socialiste !


Un regard anarchiste sur les mouvements de protestation en Iran

L’interview suivante a été réalisée par ALB-Noticias, avec le soutien de José Antonio Gutierrez (collaborateur de Anarkismo.net). Payman Piedar, est un militant anarchiste exilé iranien qui a participé à de nombreuses initiatives libertaires aux États-Unis et au Pérou. Il a été rédacteur en chef de la revue anarchiste Nakhdar, publiée en anglais et en farsi. Dans cette interview, nous avons essayé d’élucider, au milieu des distorsions des médias occidentaux et de la censure des médias iraniens, les clés pour comprendre ce qui se passe réellement ces jours-ci en Iran. Si nous ne sommes pas devant un soulèvement révolutionnaire, on sait que dans la chaleur de l’agitation sociale se développent des possibilités de subversion populaire.

Il semble que ce soient les manifestations les plus importantes depuis la Révolution de 1979… Voyez-vous une continuité entre celles-ci et celles qui ont eu lieu récemment ?

Oui c’est vrai que ces mobilisations ou manifestations sont les plus fortes et les plus importantes depuis la révolution de 1979. En fait, c’est même ainsi qu’a commencé la révolution de 1979.

Le Shah, dictateur et marionnette de l’impérialisme yankee, a commis l’erreur de n’accepter aucune critique de son pouvoir absolu et la population, déjà lassée de son règne de si longues années de répression, a fini par se soulever et l’a envoyé dans les poubelles de l’histoire.

Oui, il y a une continuité, car, en réalité, la révolution, ou plutôt, l’insurrection de 1979, car, en réalité, il n’y a pas eu de révolution sociale, mais une révolution politique, un changement du pouvoir politique d’un régime monarchique à un régime religieux-théocratique. Révolution qui a été récupérée et accaparée par les mollahs (prêtres), avec l’ayatollah Khomeiny comme chef suprême, et avec laquelle a commencé une nouvelle époque du régime dictatorial.

Donc, le peuple aspire à la liberté et meurt pour elle comme pour le pain et l’eau. En particulier les jeunes — 65% de la société iranienne a moins de 30 ans —, qui en ont assez d’être humiliés et opprimés. Plus encore, ce mouvement apparaît comme une autre révolution, laquelle je l’espère, se poursuivra dans ce moment actuel, est la continuation de la révolution constitutionnelle de 1905 qui n’a jamais été achevée. Cette liberté, même si elle est de type bourgeois et limitée, est quelque chose que la société iranienne n’a pas connu jusqu’à maintenant. Et, important à savoir, le gouvernement démocratique de la bourgeoisie nationale du Dr Mosadegh n’a pas duré plus de deux ans, de 1951 jusqu’en août 1953, car les yankees et la CIA ont fait là leur première expérience de renversement de gouvernement, avant même de renverser Arbenz au Guatemala en 1954.

Dans quelle mesure penses-tu que les mobilisations actuelles pourraient affaiblir l’actuel régime théocratique ?

La réponse à cette question n’est pas facile. Tout dépend jusqu’où pourront aller ces mobilisations. Heureusement, l’aura, la «dignité» des mollahs, en particulier celle de Khamenei, qui est le plus haut chef religieux, la continuité de Khomeiny, ont été fracturées. Nous avons entendu le slogan «mort à Khamenei» et hier ils ont brûlé son portrait dans la rue Zanjan à Téhéran. C’est un signe très important. Les gens n’ont plus peur de personne.

On est presque au moment révolutionnaire dans lequel «ceux d’en bas ne supportent plus» comme disait Lénine mais il manque encore un peu pour que «ceux d’en haut ne puissent plus gouverner». Aujourd’hui, j’ai entendu que des ruptures se sont fait jour au sein des hauts dirigeants mollahs de Qom, qui est un peu comme le Vatican des chiites. Une faction a donné l’ordre d’arrêter la fille de l’ayatollah Rafsandjani, l’un des ayatollahs les plus puissants, riches et corrompus, qui a été président pendant 8 ans, entre 1989-97, et le lendemain, c’est-à-dire aujourd’hui, elle a été laissée libre. Rafsandjani détient deux positions importantes dans la hiérarchie du pouvoir, l’une d’elles est celle de chef de l’«Assemblée des experts», qui sont environ 80, et qui a le pouvoir d’élire ou de destituer le chef religieux suprême, dans ce cas Khamenei. Ainsi, si les événements et les manifestations se poursuivent pendant quelques jours ou quelques semaines, il est possible que cette assemblée vote la destitution de Khamenei. Qui prendra la place ? Ils peuvent mettre un groupe de huit (il y a déjà une rumeur à propos de cette possibilité) au lieu d’un dictateur unique. Ou, dans la meilleure des hypothèses, il est possible que le mouvement ne s’arrête pas jusqu’à la défaite totale du régime théocratique.

N’oubliez pas que nous sommes dans cette situation parce que Khamenei a commis l’erreur fatale d’approuver l’élection frauduleuse lors de son sermon religieux vendredi dernier [19 juin]. Par conséquent, il est très difficile qu’il fasse machine arrière ou que le peuple accepte ses excuses. Mais le dernier mot n’a pas encore été dit. La bourgeoisie et les chefs religieux peuvent aussi parvenir à un accord dans le dos du peuple et tenter de calmer la situation. Mais je vois difficilement cette possibilité.

Quel rôle ont joué les travailleurs jusqu’à présent dans ces manifestations ? Y a-t-il une possibilité que les mobilisations soient capitalisées en fonction des intérêts des classes populaires ?

Bien sûr qu’au sein de ces mouvements il y a des travailleurs de différents secteurs : commerce, services, indépendants, informels, précaires, marginalisés et sans emplois. Nous devons nous rappeler qu’il y a 25 à 35% de personnes sans emploi. Le secteur absent, pour le moment, qui est le plus important, est celui du pétrole et de la pétrochimie, majoritairement situé dans le sud du pays, près de la région du golfe Persique. Le jour où eux s’arrêtent et votent une grève générale, cela entraînera le succès de la révolution, ou plutôt, la défaite complète du régime théocratique. Pour tirer parti de ce mouvement dans l’intérêt des classes populaires, tout dépend de ce que secteur si important se joigne à cette mobilisation et y prenne des initiatives

On insiste constamment sur la mobilisation de l’opposition, mais les partisans d’Ahmadinejad se sont mobilisés en grand nombre, peut-être même supérieur à l’opposition (ce qui est ignoré par la presse occidentale pour des raisons évidentes) ; quel est le facteur qui mobilise les partisans du régime ?

Tout d’abord, les partisans du régime d’Ahmadinejad ne sont pas plus que ceux de l’opposition. En réalité, le vrai résultat de l’élection présidentielle a été le suivant : 19 millions et quelques pour Moussavi ; 13 millions pour Karroubi un autre «réformiste», 3 millions et quelques pour Rezaï, du même bord qu’Ahmadinejad, un peu «modéré», 5 millions et quelques pour Ahmadinejad et les votes nuls ont été de 1 million et demi.

Les partisans d’Ahmadinejad viennent principalement des secteurs populaires, qui ont reçu un bonus de 50 $ et des sacs de pommes de terre. Il y a également un secteur de retraités qui quelques jours avant le vote, ont reçu une forte augmentation de leur pension de retraite : avant ils recevaient 200 $ et maintenant 600 $. N’oublions pas que ce régime possède environ 3 à 5 millions de jeunes Basijis, une milice paramilitaire, comme les phalanges de Franco en Espagne, qui sont issus des secteurs populaires. Ainsi, leurs familles sont basiquement pro-régime, parce qu’elles reçoivent un salaire chaque mois. Mais il y a aussi un secteur minoritaire des étudiants qui ont aussi reçu le bonus de 50 $ au cours de la campagne électorale.

Je crois qu’il y a aussi un secteur heureux dans la classe moyenne inférieure parce Ahmadinejad, au cours de sa campagne, a rendu public (ce que tout le monde savait) certains noms des corrompus qui ont leurs propres mafias économico-politiques, comme Rafsandjani lui-même. C’est pourquoi ce secteur le soutient également.

Existe-t-il une différence de classe entre les deux parties ? Nous demandons cela parce que, en l’absence d’une alternative révolutionnaire consolidée et claire, la classe ouvrière et les pauvres en général sont souvent mobilisés pour des causes conservatrices…

Il y a peu de différence entre les blocs du pouvoir. Tous font partie du pouvoir bourgeois en général. Aucune ne «représente» la classe moyenne en général, sa couche inférieure ou les classes populaires. Tous sont en faveur des politiques économiques néolibérales, les privatisations, en faveur de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), avec quelques différences mineures sur les subventions. Certains veulent donner un peu plus d’argent aux pauvres chaque mois, et d’autres veulent donner ces subsides en subventionnant le prix du pain, des transports publics et de l’assurance sociale

Politiquement, toutefois, l’opposition veut donner une image démocratique : en tolérant la liberté d’expression et en ne fermant ou ne censurant pas les journaux d’opposition, en n’appliquant pas la peine de mort pour les mineurs, en donnant plus de possibilités pour les femmes dans le secteur public. En ne distribuant pas des peines de prison pour les étudiants radicaux, en donnant «plus» de pouvoir aux femmes en matière de divorce, etc.

Ce qui est frappant sont les paroles mesurées d’Obama devant les manifestations, ce qui contraste avec soutiens bruyants et les vivats lancés par Bush et compagnie lors de manifestations de Kiev et de Beyrouth il y a quelques années… Pourquoi cette attitude de prudence ?

La position d’Obama est très diplomatique. L’impérialisme yankee est bien conscient que l’Iran n’est pas l’Irak, l’Afghanistan ou le Pakistan, ni Beyrouth ni Kiev. Il n’y a aucune possibilité qu’ils puissent envahir l’Iran, et même pendant l’administration Bush il n’y avait aucun plan pour agir comme cela a été fait en Irak. Encore moins maintenant que les choses ont bougés. Ils ne peuvent pas prendre de risques sur la situation interne en Iran.

Ils ne veulent pas que les choses empirent, car en fin de compte, il est mieux d’avoir quelqu’un qui ne coupe pas la production pétrolière dans la région… Il sait que les mollahs disent que «les États-Unis, l’Angleterre, la France, l’Allemagne sont en train d’intervenir en Iran…» pour non seulement détourner l’opinion publique iranienne, mais le monde entier. C’est la raison pour laquelle Obama a dit qu’il ne voulait pas qu’il soit interprété que les États-Unis se mêlaient des affaires intérieures de l’Iran. Mais hier, pour satisfaire les conservateurs, il a sorti la note suivante demandant : «que le gouvernement iranien ne réprime pas les opposants, qu’il ne soit pas si violent…»

De plus, les mollahs ont beaucoup aidé les yankees dans le travail de «stabiliser» la situation en Irak et en Afghanistan. En d’autres termes, les mollahs, subtilement, se sont placés en harmonie avec les intérêts géopolitiques des yankees. Mieux vaut ne pas prendre le risque d’aggraver cette situation très délicate. À ce niveau-là, pour les intérêts hégémoniques de l’impérialisme yankee, Obama est la meilleure carte dont ils disposent. Bush et sa politique sont déjà de l’histoire, du passé. Lors de son dernier voyage au Moyen-Orient, Obama a prononcé un discours à l’Université du Caire, la capitale de l’Égypte, en essayant de donner une image pro-islamique, pas comme l’ennemi du monde arabe. Il a également rendu visite au roi d’Arabie saoudite son éternel allié, les sionistes / fascistes israéliens. Tout indique qu’il essaie de donner une image consensuelle plutôt que la confrontation. Bien que cette politique de manière générale est une bonne tactique de sa part, stratégiquement elle ne va pas fonctionner dans la région à cause du conflit israélo-palestinien, parce que, comme toujours, rien n’est offert de tangible pour les Palestiniens.

Que pensez-vous sera l’issue probable de cette situation ? Les secteurs progressistes peuvent-ils avoir quelque illusion sur l’opposition ou doivent-ils construire une alternative propre ?

Les secteurs progressistes ne peuvent ni ne doivent s’illusionner sur l’opposition existante. Tout d’abord, l’opposition n’est pas laïque, elle est islamique et pro-constitution islamique. Ils ne sont pas contre la figure du «Velayat Faghie», c’est-à-dire le plus haut dictateur religieux. Ils veulent seulement pouvoir manœuvrer politiquement dans le cadre de la constitution de la République islamique, rien de plus.

Et comme le mouvement ouvrier est extrêmement faible, car nous n’avons pas de syndicats libres, tous sont contrôlés par l’État, tous sont jaunes, les progressistes ne peuvent que profiter de cette occasion pour créer une atmosphère moins répressive, un peu plus libre pour respirer, organiser et développer leurs objectifs anti-capitaliste et les plans de lutte à long terme.

Les travailleurs, les jeunes, les femmes, les marginalisés, les chômeurs doivent forger leur alliance progressivement, resserrer leurs liens, créer leurs organisations, leurs assemblées, leurs conseils et préparer leur projet pour leur libération finale : en détruisant l’État, en éliminant le capital et en nettoyant leur esprit de toutes les religions et superstitions. Ce sera alors jour de fête.

21 juin - Traduction OCL, 26 juin.
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Jeudi 23 avril 2009

À Paris, depuis le 6 avril 2009, des milliers de Tamouls, réfugiés politiques pour la plupart, sont rassemblés pour crier leur colère face aux massacres perpétrés à l’encontre de leurs proches, dans le nord-est du Sri Lanka.

Pour le gouvernement raciste de Mahinda Rajapakse, le Sri Lanka est exclusivement cingalais et bouddhiste, et la minorité tamoule est une anomalie qu’il faut mater, dont la culture et les droits sont bafoués.

Les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) qui, malgré tous leurs travers autoritaires, sont devenus la composante hégémonique de la résistance tamoule à l’oppression, sont en train de perdre la guerre qu’ils menaient depuis vingt-cinq ans. Derrière leur liquidation, c’est tout le peuple tamoul qui va devoir subir le déferlement de la répression de l’armée sri-lankaise, dans un pays où toute opposition politique est réprimée, et où la censure de la presse est totale. Toutes et tous les observateurs internationaux, journalistes et membres d’ONG ont d’ailleurs été expulsés de la zone des combats.

Non content d’utiliser des armes chimiques contre les populations civiles, le gouvernement sri-lankais finance des paramilitaires qui se chargent du reste du sale boulot : dénonciations, arrestations arbitraires, torture, viols, meurtres et enlèvements d’opposants. Ce sont ainsi 200.000 civils, piégés dans les zones de combats, qui risquent d’être livrés à la barbarie. On parle de 7000 morts en une semaine.

La zone nord-est du pays intéresse tout particulièrement l’État sri-lankais, qui entend y implanter une immense zone industrielle et portuaire, avec l’aide de capitaux chinois et indiens.

À Paris, malgré quatorze jours de rassemblements massifs et calmes (jusqu’à 15.000 personnes), il aura fallu que la police provoque des échauffourées le 20 avril au soir pour que les médias évoquent le sujet, dans la tonalité sécuritaire qu’ils affectionnent.

Le peuple tamoul a droit à l’autodétermination, le droit de parler sa langue et d’avoir sa culture propre. Il faut stopper ce massacre !

Alternative libertaire, 22 avril 2009.
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Dimanche 18 janvier 2009

De Paris à Tel Aviv, de Washington à Alger Avec la réémergence du mouvement révolutionnaire en Grèce, les bons vieux réflexes de solidarité internationaliste recommencent à affoler tous les gouvernements.

Envoi d’armes annulé par les camarades grecs


Les mass-médias internationaux ont informé ce matin (12 janvier) que l
envoi darmes planifié par les États-Unis depuis la Grèce à Israël a été annulé. La raison nest pas bien éclaircie : les mass-médias internationaux disent que la décision a été prise à cause de la proximité du port israélien de Ashodod, où la cargaison devait arriver, avec Gaza, mais cependant les journaux grecs impriment une histoire totalement différente. Selon eux, la cargaison a été annulée à la demande du gouvernement grec.

Comme l
a informé le journal Ta Nea (Les Informations), pendant toute la journée dhier les lignes téléphoniques entre Athènes et Washington ont été occupées jusquà ce quil fût décidé que à ce moment-là, lopération publiquement annoncée par la marine nord-américaine ne peut pas avoir lieu.

La décision a été réalisée malgré le fait que en dehors du port grec d
Astakos un bateau de la marine nord-américaine qui devait être utiliser pour transporter 235 containers était en stationnement.

Le gouvernement grec et le ministre des Affaires étrangères étaient nerveux à cause de la publicité qu
avait reçu le sujet et, malgré leurs compromis (politiques et légaux), limmense coût politique de lopération les a surpassé.

Le samedi, le Front populaire pour la libération de la Palestine a appelé le mouvement et le peuple grec à détenir l
envoi darmes à Israël par le gouvernement grec. Des dizaines de groupes dans tout le pays ont répondu à lappel en convoquant plusieurs manifestations et en bloquant le port dAstakos.

À peine un jour plus tard, l
envoi a été annulé. Le peuple grec continue à démontrer le pouvoir de son soulèvement dont les actions ont déjà un pouvoir dissuasif et leur portée (bien que de différente manière, il le fût toujours) est globale.

Forum antifasciste, 14 janvier 2009.
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Vendredi 16 janvier 2009
Le régime algérien, piégé par Gaza

Le drame de Gaza sert de révélateur au malaise que vit la population algérienne. Et témoigne de la paralysie qui règne au sommet de l’État.

Pour une fois, les services de sécurité algériens ont mal évalué la détermination d’une population civile qui ne supporte plus d’être réprimée lorsqu’elle essaye de s’exprimer. Les horreurs qui se déroulent à Gaza et le devoir de solidarité envers les «frères» palestiniens a apparemment poussé les Algériens à envoyer un message bien senti à leur pouvoir politique destabilisé et qui tergiverse depuis le début de l’attaque israélienne sur Gaza.

Interdite de manifester par les services d’ordre en dépit de trois tentatives avortées, la jeunesse algérienne, qui représente environ 70% des «révoltés», a fini, après la prière du vendredi 9 janvier, par faire face, à Alger, au millier d’hommes du général Ali Tounsi, le directeur de la Sûreté nationale. Ces derniers ont été contraints de faire marche arrière, voire de fuir la marée humaine qui a fini par atteindre le million de manifestants, menaçant ainsi la stabilité de la capitale si les autorités étaient intervenues.

Partis politiques déconnectés des Algériens

Mais les manifestants ont été à la hauteur de l’événement et se sont dispersés sans incident grave. Les services de sécurité se grattent encore la tête pour comprendre ce qui s’est passé et n’ont personne à accuser d’être derrière ce million de manifestants pacifiques. Le pouvoir n’a pas pu, comme à l’accoutumée, montrer du doigt les islamistes pour profiter de cette situation car, dans le cas de manifestations de soutien à Gaza, il ne peut pas diaboliser la rue. Il s’est donc contenté d’arrêter l’opposant islamiste Ali Belhadj, qui sortait d’une mosquée, pour le relâcher quelques heures plus tard.

Quant aux partis politiques — FLN en tête, ses alliés dans la coalition gouvernementale ainsi que les islamistes et les gauchistes de Louisa Hanoune — ils ont inventé, chacun de leur côté, des meetings bidons. Au menu des réjouissances : tantôt discuter des prochaines élections présidentielles prévues pour avril 2009, tantôt débattre de dossiers liés à leur cuisine interne. Le succès de la manifestation du 9 janvier a montré que ces formations politiques étaient maintenant totalement déconnectées des Algériens et ne représentaient plus qu’elles-mêmes. Ce qui commence à méchamment inquiéter les autorités algériennes.

La Sécurité militaire joue les belles au bois dormant

Quant à l’assourdissant silence qu’a observé à ce jour le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, il prouve que l’heure est grave au sommet du pouvoir. Des slogans utilisés par les manifestants du genre «
le peuple et l’armée avec Gaza, l’État reste lâche» montrent, selon les observateurs les plus avisés à Alger, que l’establishment politico-sécuritaire connaît des failles.

De surcroît, la Sécurité militaire du général Mohamed Médiène (alias Tewfic) n’a interpellé aucun manifestant, même pas ceux qui sont considérés comme dangereux eu égard à la stabilité du pays. Et le refus de l’armée d’intervenir pour saboter la grande manifestation du vendredi 9 janvier montre que, tous clans confondus, le pouvoir craint le bain de sang et choisit de laisser du temps au temps.

Kader Atoum
Bakchich, 16 janvier 2009.


Gaza : Marches de protestation et affrontements

Des «incidents» ont éclaté hier au niveau de lavenue Zighout Youcef à Alger lorsque des dizaines de jeunes ont tenté de se rendre à proximité de lAssemblée populaire nationale (APN) dans une procession organisée pour dénoncer le massacre perpétré par l’État hébreu à Ghaza en Palestine. Les «manifestants» étaient venus des mosquées Ketchaoua, Bab El-Oued, la Casbah ou encore la mosquée de Sahat Echouhada (place des Martyrs). Plusieurs jeunes ont été interpellés par la police puis relâchés.

Au même moment, des dizaines de milliers de personnes, en majorité des fidèles qui venaient d
effectuer la prière du vendredi, sont bloquées à proximité du ministère de la Jeunesse et des Sports à la place du 1er Mai (Champ de manœuvres). Il était 14h30 environ et la foule devenait de plus en plus imposante devant le ministère de la Jeunesse et des Sports. Il faut savoir que les fidèles venant des mosquées de Belcourt, Salembier, la cité Mahieddine, le Champ de manœuvres, Hussein Dey, Ruisseau, Kouba, El-Harrach et dautres encore se sont donné rendez-vous, semble-t-il, à cet endroit.

La police a tenté de dissuader les manifestants de marcher mais en vain. La foule était devenue tellement importante que le cordon de sécurité mis en travers de la route n
a pas pu empêcher les manifestants de marcher vers la place des Martyrs où des milliers dautres fidèles étaient déjà présents en train de scander des slogans hostiles à Israël et à certains dirigeants de pays arabes.

Jamais depuis la fameuse marche des «ârchs» en 2001 la capitale algérienne n
a vu autant de monde défiler. Ils étaient plus de 100.000 personnes, attestent certaines sources alors que dautres parlent de plusieurs centaines de milliers de manifestants qui ont battu le pavé hier à Alger pour la première fois depuis huit années. Hommes, femmes, enfants, vieux, jeunes et moins jeunes ont participé hier à plusieurs marches qui ont toutes atterri au niveau du centre dAlger. Mais la plus importante est celle qui a démarré depuis la place du Premier Mai. Aux cris de «Allah Akbar» la procession est passée par la rue Hassiba Ben Bouali vers la place des Martyrs, scandant des slogans tels que «ils ont vendu Ghaza avec des dollars», «Mahmoud Abbas agent dIsraël» ou encore «Hosni Moubarak traître».

En fait, les marches se sont déroulées dans le calme et aucun incident majeur n
a été enregistré jusquau moment où certains ou voulu atteindre lambassade des États-Unis en passant par la rue Didouche Mourad en plein centre d’Alger. Trois processions ont défilé par cette rue en lespace dune heure. Plusieurs cordons de sécurité ont été mis en place à partir de la rue Asla Hocine à côté du Palais du peuple. La situation a dégénéré vers 16h35 quand la troisième procession na pas voulu prendre la déviation indiquée par la police. La foule qui voulait absolument prendre le chemin du Golfe (El-Mouradia) pour arriver à l’ambassade américaine a été confrontée à lintransigeance des policiers qui ont chargé les manifestants qui étaient, faut-il le signaler, en majorité des adolescents. Cest laffrontement. La rue Didouche Mourad est devenue en lespace de quelques minutes seulement un véritable champ de bataille.

Abribus, plaques de signalisation et même des arbres ont été arrachés par des manifestants en furie qui ont arrosé le cordon de sécurité de pierres et de divers objets. Le camion équipé de lance à eau des forces anti-émeutes dépêché sur les lieux et qui n
avait de cesse darroser la foule nétait pas arrivé à bout des manifestants qui revenaient à chaque fois à la charge et narguaient même les policiers. Une heure après, les affrontements continuaient toujours et les choses prenaient de plus en plus dampleur car quelques manifestants ont commencé à sattaquer aux commerces, aux bureaux appartenant à des privés, à des agences telles la CNAS ainsi que le ministère de lHabitat qui a essuyé une pluie de projectiles. Plusieurs bureaux ont été saccagés et le mobilier jeté dans la rue, jonchée de détritus, poubelles, plaques de signalisation et dautres objets. Même le Palais du peuple na pas été épargné. Des dizaines de jeunes se sont introduits à lintérieur mais ont été vite arrêtés par les éléments de la Garde républicaine.

Les jeunes manifestants paraissaient déterminés à en découdre avec les policiers puisque toutes les charges opérées par la police anti-émeutes ne les ont pas empêchés de revenir à chaque fois. Ce n
est que vers 18 heures que la police réussira à disperser les manifestants en donnant un grand assaut avec lappui des renforts arrivés sur les lieux. Plusieurs personnes ont été arrêtées et aucun bilan officiel na été rendu public ni sur le nombre darrestations ni sur le nombre de blessés. À noter quune fois le calme revenu, les agents de lentretien sont intervenus pour nettoyer la rue Didouche Mourad qui paraissait avoir été traversée par une tornade.

Z. Mehdaoui
Continental News, 10 janvier 2009.
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Vendredi 16 janvier 2009

La Fédération des travailleurs de l’éducation de la Confédération nationale du travail (CNT, France) condamne avec fermeté les frappes militaires israéliennes contre les habitants des territoires occupés de Gaza. Elle exige l’arrêt de l’agression militaire, le démantèlement de toutes les colonies, la fin de l’occupation, et la mise en œuvre du droit au retour des réfugiés palestiniens.
De surcroît, elle tient à exprimer son soutien aux travailleurs de l’éducation de Palestine et plus largement aux citoyens subissant les exactions de la soldatesque israélienne.
La Fédération des travailleurs de l’éducation de la Confédération nationale du travail se fourvoierait en omettant de rappeler aux Israéliens qu’ils sont maîtres de leur destin et qu’à tout moment, ils peuvent faire cesser cette tragédie qui dure depuis 60 ans.


The CNT-FTE (Federation of the Workers of Education of the French Confédération nationale du Travail,) strongly condemns the Israeli military strikes against the inhabitants of the occupied territories of the Gaza strip. We demand the end of this military aggression, the dismantling of all colonies, the end of occupation and the implement of the right to return for Palestinian refugees.
Moreover, we wish to express our solidarity to the workers of Education of Palestine, and more largely to all denizens victims of the Israeli army rabble.
We can’t but recall the Israelis that they’re in command of their own destiny and that they can put an end to a tragedy which has been enduring for the last 60 years.

Secrétariat international de la CNT-FTE
Dijon, le 2 janvier 2009.
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Dimanche 11 janvier 2009

À Lons et à Dole, des rassemblements ont mobilisé hier 250 personnes environ. Dans la ville préfecture, le mouvement est même à l’origine de la création prochaine d’un collectif «Palestine».

Une soixantaine de personnes a manifesté hier matin à Lons pour dire non à la guerre à Gaza. Ils étaient près de deux cents, un peu plus tard dans la journée, dans les rues de Dole, à avoir répondu à l’appel du Réseau pour une paix juste au Proche-Orient que préside Laurence Bernier. Le cortège était emmené par tout un collectif d’associations et de citoyens mais également d’élus, dont élus, parmi lesquels Claude Chalon, le président de la communauté d’agglomération de Dole.

Si la mobilisation a été plus modeste côté lédonien, c’est en partie à cause du fait que ce mouvement s’est décidé «spontanément» jeudi soir, comme l’a indiqué Springsfield Marin, représentant de la FSU et initiateur du rassemblement.

Au côté du syndicat, place de la Liberté, des membres de partis politiques, d’associations, et d’autres organisations syndicales. Mais aussi des citoyens révoltés par les hostilités qui touchent le peuple de Palestine. «Notre objectif, c’est que cela cesse vite ! Refusons aussi l’instrumentalisation communautaire : ce conflit est politique et pas religieux», revendiquait encore Springsfield Marin qui poursuivait : «Se pose maintenant pour nous la question de créer un collectif Palestine, comme il en existe déjà un à Dole. Un collectif qui peut nous permettre de donner des rendez-vous à la population comme celui de ce matin (hier, ndlr). Et pourquoi pas d’être de nouveau dès samedi prochain dans la rue. Et autant de fois qu’il le faudra pour que le peuple palestinien soit reconnu dans ses droits.» Un appel qui a obtenu une réponse favorable : la réunion de «constitution» se tiendra demain lundi, à 18 heures, à la Maison des syndicats de Lons.

Témoignage bouleversant à Besançon

Hier dans la capitale régionale, ils étaient 800, selon la police, plus de 2000, selon les organisateurs. Selon notre décompte, il y avait au moins 1500 à assister notamment au témoignage de la jeune Bissane, une Franco-palestinienne vivant à Besançon, qui a annoncé à la foule l’assassinat, la veille, de sa mère et de son beau-frère. «J’ai perdu ma mère qui était avec moi, ici à Besançon, il n’y a pas si longtemps. Les commerçants du coin la connaissent bien. C’est pour vous dire que la mort n’est pas si loin que ça. Elle est là tout près de nous. J’ai aussi perdu mon beau-frère et ma sœur est entre la vie et la mort», témoigne la jeune fille avant que l’émotion ne l’empêche de poursuivre son intervention.

Le Progrès (édition du Jura), 11 janvier 2009.
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Mercredi 24 décembre 2008
Des manifestants lancent des chaussures contre le mur

Des centaines de Palestiniens manifestant contre la barrière de séparation en Cisjordanie ont lancé des chaussures aux soldats israéliens, au lieu des pierres habituelles.

Des centaines de Palestiniens manifestant contre la barrière de séparation en Cisjordanie ont lancé vendredi 19 décembre des chaussures aux soldats israéliens, imitant le geste d’un journaliste irakien contre le président George W. Bush.

Plus de 500 manifestants ont jeté des chaussures contre les soldats israéliens, au lieu des pierres habituelles à Bilin. Certains brandissaient des photos du président américain et du Premier ministre israélien Ehoud Olmert.


À Nilin, autre village de Cisjordanie, des manifestants ont également lancé des chaussures contre les soldats en signe de protestation contre la «politique américaine de soutien à Israël», ont rapporté des témoins.

«Mur de l’apartheid»

Bilin et Nilin sont le théâtre de manifestations hebdomadaires, souvent violentes, contre la barrière de séparation auxquelles participent des militants pro-palestiniens venus d
Israël et de létranger.

Un enfant et un adolescent palestinien ont été tués depuis fin juillet par des tirs israéliens à Nilin.

Israël qualifie la barrière de sécurité qu
il érige sur plus de 700 km en Cisjordanie de mesure légitime qui a permis, selon lui, de limiter les attentats palestiniens.

Les Palestiniens parlent d
un «mur de lapartheid» dans la mesure où cet obstacle senfonce en territoire palestinien, séparant des cultivateurs de leurs terres, pour protéger des colonies de peuplement.

Dans un avis rendu le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice (CIJ) a jugé illégale la construction de cette barrière et exigé son démantèlement, tout comme l
a fait ensuite lAssemblée générale de lONU. Israël na pas tenu compte de ces requêtes.

Presse policière-bourgeoise :
Le Nouvel Observateur, 22 décembre 2008.

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Jeudi 11 décembre 2008
Solidaires face à la répression meurtrière

Alexandros assassiné par la police

Le quartier d’Exarchia au centre d
Athènes, un des lieux phares depuis la lutte contre la dictature des colonels, concentre une présence libertaire et contestataire très importante. Samedi 6 décembre un échange d’insultes entre un groupe de jeunes et deux policiers dégénère. Un des policiers sort alors son arme et tire trois balles. Alexandros Grigoropoulos, âgé de 15 ans, est touché au thorax, et meurt quelques minutes plus tard.

Il ne s’agit pas comme le laissaient entendre les médias officiels, relayant la version policière, d
une mort accidentelle mais bien d’un assassinat comme les témoignages des habitants du quartier l’ont attesté. Dès cet instant, des manifestations spontanées de protestation n’ont cessé partout dans le pays. Les révoltes, dans les plus grandes villes du pays, prennent pour cibles principales les institutions du Capitalisme et de l’État : banques, commissariats etc.

Ces évènements ont lieu dans un contexte économico-social explosif, du fait de la dégradation des conditions de vies en Grèce, alors que les mouvements sociaux y sont particulièrement combatifs face à la politique réactionnaire d
un État empêtré dans une profonde corruption : luttes de sans-papiers, grève de la faim de prisonniers, mobilisations contre la libéralisation du système déducation et le démantèlement de la protection sociale et grève générale le 10 décembre. Ceux qui ont semé la misère, récoltent maintenant la colère.


Solidarité sans frontières pour une autre société

Sous toutes les latitudes et en tous temps, face à la contestation, la réponse des gouvernants est la répression et les arrestations de masse. Contrairement aux déclarations du ministre de l
’Intérieur grec qui promet la tolérance zéro et se retranche derrière la falsification : «la police et le mécanisme étatique agissent sur la base de la protection de vie humaine, de la propriété des citoyens, et de la démocratie», il est important daffirmer notre solidarité aux dizaines de milliers de Grecs qui occupent les rues du pays depuis ces derniers jours.

Nous savons que dans le contexte d’offensive capitaliste au niveau mondial, c
est dune riposte internationale des exploité-e-s et des opprimé-e-s contre la domination dont nous avons plus que jamais besoin. À ce titre, les luttes sociales en Grèce sont aussi les nôtres.

Les logiques politiques qui entraînent la dégradation des conditions de vie — et souvent la mort — des immigré-e-s aux frontières et à l
intérieur du pays, des prisonniers, des ouvriers sur leur lieu de travail ne sont pas de simples dérives isolées mais la forme achevée de la barbarie guerrière et policière des États et du capitalisme.

C
est bien contre ces politiques quil nous faut lutter aujourdhui pour pouvoir abolir ce système meurtrier et terroriste, pour y substituer une organisation sociale fondée sur l’égalité économique et sociale, la liberté et le fédéralisme libertaire.

Partout dans le monde lÉtat réprime, assassine,
pour assurer le maintien du Capitalisme.
Organisons nous, partout dans le monde,
pour construire une société sans classes et sans État.

CGA, 11 décembre 2008.



Les heurts et les manifestations se poursuivent en Grèce

De nouveaux incidents se sont produits entre jeunes et forces de lordre à Athènes, où les violences sont quotidiennes depuis la mort samedi soir dun adolescent tué par un policier. Ce tragique événement a plongé la Grèce dans une profonde crise sociale et politique.

Malgré de nouvelles escarmouches, la police a fait état d
une «baisse de tension» par rapport aux jours précédents. À Athènes, 400 personnes se sont rassemblées dans le centre-ville. En fin de manifestation, une vingtaine de jeunes ont lancé des pierres sur des policiers près de luniversité. La police a riposté aux jets de projectiles par des tirs de gaz lacrymogènes.

Près de 1200 personnes, également membres de groupes de la gauche extraparlementaire pour la plupart, ont par ailleurs défilé dans le calme dans le centre de Salonique.

Des incidents se sont par ailleurs déroulés dans plusieurs autres grandes villes d
Europe, comme à Rome et à Bologne, en Italie, où cinq policiers et un soldat ont été blessés mercredi dans des affrontements avec des manifestants.

D
autres manifestations ont eu lieu en Espagne, à Madrid et Barcelone, et un inconnu a lancé un engin incendiaire mercredi soir contre le consulat de Grèce à Moscou. À Bordeaux, deux véhicules ont été incendiés devant le consulat de Grèce.

À Athènes, des affrontements ont éclaté entre jeunes et policiers, devant la prison de Korydallos, la principale de Grèce.

Les élèves se sont rassemblés à proximité de cet établissement pour protester contre la mort de leur camarade samedi et attendre le transfert du policier accusé de l
avoir tué. Le policier inculpé mercredi d’«homicide volontaire» devait en effet être placé en détention provisoire dans la journée à Korydallos.

Des affrontements ont également eu lieu devant la faculté d
Agronomie, occupée par les étudiants, et dans deux autres quartiers dAthènes.

Dans celui d
Exarchia, au centre-ville, où le jeune a été tué, une quarantaine de jeunes ont jeté des pierres sur les forces anti-émeutes, qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogène.

ATS, 11 décembre 2008.
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Jeudi 11 décembre 2008

Depuis plusieurs jours la jeunesse grecque crie sa colère.

Sa colère contre une police qui assassine froidement un adolescent de 15 ans.

Sa colère contre une classe politique (toutes tendances confondues) qui est gangrénée par ses pratiques de clientélisme et de corruption.

Sa colère contre une classe politique (toutes tendances confondues) qui privatise les Universités, précarise les jeunes et rogne les acquis des travailleurs (réforme de la sécurité sociale et du système des retraites).

À Paris comme à Athènes…

Le capitalisme exploite, licencie, assassine, criminalise les mouvements sociaux et expulse les sans-papiers.

Solidarité internationale
avec les étudiants et travailleurs grecs en lutte !


À Paris comme à Athènes…

Globalisons les résistances !
Grève générale contre le capital !





Interview de Yannis, secrétaire international de l’ESE grecque (anarcho-syndicaliste)

Peux-tu revenir sur les circonstances de la mort d’Alexis ?

Il y a trois ans que la police grecque a instauré une stratégie de provocation dans le quartier d’Exârcheia, lieu populaire historique d’Athènes, où vivent nombre d’étudiants, de jeunes et de libertaires.
Les rondes de la police ont augmenté ces derniers temps et les insultes à l’encontre des gens du quartier par les policiers sont le lot quotidien.

En ce qui concerne l’assassinat du jeune de 15 ans, tous les témoins oculaires (résidents du quartier, passants etc.) affirment que les policiers ont provoqué un cercle de jeunes en les insultant. Quand les jeunes ont répondu, les policiers ont garé leur voiture avant de revenir au point où les jeunes étaient assis puis ils ont tiré trois fois. Les témoins affirment aussi que l’assassin a tiré à vol d’oiseau sur Aléxandros, qui est tombé mort sur le trottoir.

Quelles sont les pratiques de la police grecque ?
Depuis la fin de la dictature de colonels, plusieurs dizaines de gens ont été tué par la police. Parmi eux, Mikalis Kaltezas, militant anarchiste de 15 ans, en 1985, Issidoros Issidoropoulos, militant d’extrême gauche de 16 ans en 1976, les manifestants Koumis et Kanellopoulou, mais aussi un nombre infini d’immigrés et des minorités ethniques (Tsiganes, Turcs de Thrace etc.). Dernièrement, la police avait également assassiné un jeune handicapé.

En même temps, on a une quantité innombrable de cas de tortures contre des militants, des manifestants et des immigrés arrêtés, ainsi qu’un usage systématique et injustifié de bombes lacrymogènes et de gaz chimiques pendant toutes les manifestations.

Il faut souligner que la police entoure traditionnellement les manifestations en Grèce.

J’ajouterai enfin que jamais un policier n’a été tué en Grèce par des manifestants et que jamais un policier — même condamné par la justice — n’a passé plus que 2,5 ans en prison.



Quel est l’état des lieux de la révolte ?

Presque dans toutes les capitales des départements du pays, la révolte s’est allumée. À Salonique, à Agrinion, à Yannena, partout en Crète, des affrontements opposent les manifestants et la police. À Patras, la police a attaqué les manifestants accompagnée par un bataillon de néo-nazis armés, dit «citoyens indignés».

À Athènes chaque jour, il y a deux ou trois manifestations différentes, avec plusieurs dizaines de milliers de participants. 20.000 manifestants solidaires ont accompagné Alexandros Grigoropoulos, pendant son enterrement. Il ne s’agissait pas du tout d’une «sédition aveugle» comme les médias l’ont dit. Bien au contraire, le mouvement continue…

Les cibles des manifestants sont les banques et les grandes entreprises multinationales qui sont les symboles de la misère et de la détresse du peuple.

La révolte rassemble des jeunes et des vieux, des militants mais aussi des gens non politisés.

Il s’agit de la plus grande révolte depuis la deuxième guerre mondiale et la guerre civile qui l’a suivie en Grèce. Il s’agit peut-être de la plus grande révolte de ces dernières quarante années dans le monde occidental. Pour nous, c’est aussi une révolte absolument légitime.


Au delà de l’assassinat du jeune, y a-t-il d’autres raisons qui expliquent cette explosion ?

Nous sommes la première génération d’après-guerre qui vit dans des conditions de travail et économiques pires que celles de nos parents.

En Grèce on parle souvent de «la génération de 700 euros». Sans aucun doute, il s’agit d’un slogan qui sous-estime la réalité. Parce que la grande majorité des jeunes de moins de 30 ans a de salaires inférieurs à 700 euros. Il n’y a plus de contrats de travail non précaire. Le travail au noir est très fort aussi. Le patronat licencie au nom de la «crise». En même temps que le Capital grec se réjouit d’une rentabilité énorme grâce au pillage des pays balkaniques.

La situation est encore pire pour les immigrés qui souffrent des lois racistes, de la xénophobie généralisée en Grèce et de l’action impunie de groupes nazis. Il faut souligner que la participation des immigrés à ce mouvement est assez grande et que comme d’habitude, ce sont eux les premières victimes de la répression étatique : sur quelque 400 arrêtés, la moitié sont des immigrés.


En ce qui concerne la vie politique et la corruption, je vous donnerai quelques éléments qui résument la situation politique grecque.

Récemment un scandale dit de «Vatopedi» a éclaté. Le gouvernement a offert des terres… publiques à l’église (!!!).

Je rappellerai aussi que deux familles (Papandréou pour le centre-gauche, le PASOK, et Caramanlis pour la droite) ont gouverné 34 années sur les 40 dernières années en Grèce.

Ce à quoi il faut ajouter la gestion désastreuse par l’État des incendies de l’été 2007 et de leurs conséquences, la casse de la sécurité sociale par les lois des socialistes en 2001 et par la droite en 2006, les privatisations de l’électricité, des ports et de Olympic Airways.


Propos recueillis le mercredi 10 décembre,
par Jérémie, SI de la CNT.
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Samedi 2 août 2008
La vie chère en question

Mi-avril 2008. C’est la stupeur dans la plupart des journaux européens, surpris par les brusques éruptions de colère, les émeutes de la faim. Au-delà du spectaculaire et de l’hypocrisie des médias et des politiques, qui feignent de découvrir le caractère inique de ce monde, il est temps de revenir sur ce qu’on a appelé la vie chère.

Qu’entend-on par le terme de vie chère ? La vie chère a remplacé le terme de pouvoir d’achat depuis peu. Elle traduit un glissement de sens non négligeable. En effet, on passe toujours notre vie à travailler, mais alors que dans un cas, on semble travailler pour pouvoir acheter, dans l’autre, on paye sa vie, chère.

Travailler pour survivre, c’est de plus en plus dur. Pourquoi ? Parce que les salaires n’augmentent pas en Afrique. Normal, puisque les institutions financières internationales telles que le FMI ou la Banque mondiale imposent depuis de nombreuses années de ne pas augmenter les salaires et de réduire les effectifs des emplois stables (fonctionnaires, personnels soignants, etc.). Cela a son incidence lorsque les prix, eux, augmentent dramatiquement.

En outre, si dans des pays développés, comme les États-Unis ou l’Europe, la part du budget des ménages consacrée à la nourriture est assez faible (10%), ce chiffre est tout autre dans les pays du Sud. Dans de nombreux pays, il peut approcher les 80-90%. On comprend dès lors les enjeux signifiés par des hausses de prix. La vie chère dans le domaine alimentaire s’analyse donc à partir de plusieurs phénomènes, structurels ou conjoncturels et en rapport avec les situations locales.

Des raisons conjoncturelles

On peut avancer deux éléments conjoncturels : d’une part, une spéculation de replis sur les denrées alimentaires suite à la crise du crédit immobilier aux États-Unis et en Espagne, et d’autre part l’enlisement de la guerre en Irak, qui a provoqué la flambée des prix du pétrole et donc de l’essence (prix du baril multiplié par cinq en deux ans).

Voyons maintenant les éléments relevant de l’agriculture. À tout seigneur, tout honneur, commençons par le riz, première céréale mondiale et aliment de base. Le prix du riz, qui a grimpé de plus de 100% en quelques mois, est à première vue lié à la conjoncture, celle d’une campagne 2007 assez médiocre. Cela a du coup incité la Thaïlande, premier exportateur mondial de riz à garder une partie de sa récolte pour le marché intérieur. Et s’ils ont fini par vendre le restant, c’est à des prix bien plus élevés.

Pour l’Afrique, d’autres facteurs sont venus s’ajouter à cette mauvaise récolte, comme la décision de l’Égypte, en mars dernier, de ne pas vendre à l’étranger pour une période de six mois, jusqu’au mois d’octobre prochain. Or, l’Égypte, non contente d’être un grenier à blé, est l’un des plus gros producteurs de riz d’Afrique. Cette mesure, prise au sein d’un pays friand de cette céréale, visait à maintenir le riz à un prix correct pour les consommateurs égyptiens. Le pays du bord du Nil a suivi en cela l’exemple du Vietnam et de l’Inde, respectivement deuxième et troisième exportateurs mondiaux de riz, et du Cambodge. Au total, ces restrictions diminuent de plus d’un tiers les stocks de riz sur le marché international, une aubaine pour l’inflation, et donc la spéculation. La catastrophe pour les pays à faibles revenus, qu’ils soient d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie (le Bangladesh a vu le prix de son riz doubler en un an).

Il faut toutefois relativiser le caractère nouveau de ces retenues des ventes, puisque la première céréale mondiale en terme alimentaire est surtout consommée localement. En effet, seulement 4% de la culture du riz de la planète part à l’exportation. La Chine, au premier rang mondial, destine toute sa production à sa population (1,3 milliard d’habitants).

La demande explose

Seconde constante, de fond, le prix du riz grimpe parce que la demande est en hausse, en raison de l’accroissement démographique des zones à forte consommation de riz, Afrique et Asie. En 2004, le prix d’une tonne de riz «thaï 100% grade B» (la norme du marché) a varié entre 250 et 270 dollars, puis entre 325 et 350 dollars en 2005. Cette année, le prix de la tonne a atteint la barre des 700. Une situation explosive donc et extrêmement nocive pour les populations, ce qui explique, entre autres, l’apparition de troubles dans plusieurs pays en Afrique (voir ci-dessous).

C’est la peur des émeutes de la faim récurrentes, dangereuses pour l’ordre du monde capitaliste, qui fait réagir et hurler à la surprise. Pourtant, la situation n’est pas nouvelle : les ressources naturelles ne se multiplient pas comme des petits pains ; la population mondiale, elle, si. En prenant en compte les besoins toujours plus croissants de la Chine et de l’Inde, mais aussi des pays d’Afrique, en pleine croissance démographique, la loi de l’offre et la demande du marché va pousser à une hausse des prix. Et cela attire déjà les spéculateurs et autres fonds de pensions qui jouent sur le cours des denrées. Si l’on ajoute le poids des intermédiaires en Afrique, grands commerçants dans l’Afrique de l’Ouest notamment, vous comprendrez pourquoi le sac de riz de 100 kg a dans certains cas triplé.

Autre élément essentiel à la bonne nutrition, la viande. Or, les cours ont aussi grimpé, en raison notamment de l’envol des prix du soja, premier aliment distribué aux bêtes dans le monde entier. Le soja monte, les éleveurs répercutent les prix. Lorsque les Dakarois achètent leurs poulets en provenance du Vietnam, premier exportateur mondial, sur le marché, ils sentent les hausses, accentuées par la percée du carburant, toujours plus cher.

Autre produit de première nécessité en Afrique, les céréales tels que le mil ou le blé. Là encore, le prix est à la hausse, sous le double effet des récoltes en demi-teinte et des hausses des prix du carburant.

Dans ce cas-là, tout comme pour le marché des huiles alimentaires, un autre phénomène entre en ligne de compte : le recours de plus en plus important aux biocarburants (d’origine végétale). Ces derniers entrent désormais en concurrence avec les productions locales, vivrières, qui disparaissent sous les effets de la rentabilité, les paysans ayant par conséquent encore plus de mal à survivre. Là encore, on constate l’absurdité d’un système qui encourage la production de carburant à base de maïs, de canne à sucre ou d’huile de palme et décourage celle des des céréales, des légumes et d’autres cultures locales destinées à nourrir sur place la population.

Une destruction structurelle

Dans l’intérêt de l’agriculture capitaliste, pour trouver de nouveaux débouchés à leurs productions, les USA, l’UE et des pays émergents, tel que le Brésil, premier producteur mondial d’éthanol, ou la Malaisie avec l’huile de palme, ont augmenté certaines productions au détriment d’autres. Pour diminuer la pollution dans les pays riches, on accélère les ravages écologiques (destruction massive des forêts, envahissement d’espèces, etc.), et on accroît la malnutrition en diminuant la part de surface agricole cultivée à des fins alimentaires.

On peut comprendre la position du petit paysan malais qui ne peut plus vivre des fruits de son travail en raison de prix de vente trop faibles et de la concurrence des multinationales de l’alimentation. Mais la diversité des produits est menacée, les pays et villages dépendent des importations, et donc des prix du marché.

En poussant dans les années 80 les pays en voie de développement à travers les désastreux plans d’ajustement structurels (PAS), à la poursuite des monocultures, le plus souvent héritées du système colonial, c’est-à-dire à renoncer à son autosuffisance alimentaire, tout en ouvrant son espace sans obstacle au libéralisme, les dirigeants de ce monde ont précipité les populations vers l’abîme. Ce ne sont pas les larmes de crocodiles versées par les responsables en place, à la FAO ou ailleurs qui le feront oublier.

La question énergétique

Et c’est sans parler du dernier élément grevant le budget et les conditions de vie des plus pauvres, le bond spectaculaire du prix de l’essence, lié à la situation des ressources pétrolières, en passe de disparaître à l’horizon 2030, et la nécessité de remplacer celles-ci pour l’énergie et pour stopper le réchauffement climatique, désormais reconnu par tous comme véritablement préoccupant. Sur ce dernier point, il faut se rappeler que les Africains subissent plus que d’autres les impacts environnementaux, avec notamment la progression du désert, qui grignote les terres cultivées. Ce qui complique encore plus d’avoir l’autosuffisance alimentaire. Situation d’autant plus scandaleuse que ce continent est loin derrière les autres en terme de pollution globale.

La hausse du pétrole a des conséquences aussi dans la vie de tous les jours, augmentant les coûts de production d’un grand nombre d’activité : le transport bien sûr, mais aussi les industries.

Et cela finit par faire trop pour des millions d’être humains qui craquent devant l’accumulation de richesses d’un côté et la misère de l’autre. Il faut de toute urgence mettre à terre ce système capitaliste, bâtir un autre monde, donner les clés aux uns et aux autres pour reprendre le contrôle de leurs ressources, qu’elles soient énergétiques ou alimentaires. L’exact contraire de toute la politique des Nations unies, des institutions financières internationales, de «l’aide au développement» et des États comme la France qui feignent la peine à l’égard des Africains. À nous d’imposer un autre système.

NTE, du Groupe de travail Afrique du SI de la CNT

Les récentes émeutes de la faim en Afrique
Burkina Faso
«Les 20, 21 et 22 février 2008 certaines capitales régionales du Burkina, en l’occurrence Bobo Dioulasso, Ouahigouya et Banfora ont été secouées par de violentes manifestations contre la vie chère que l’on pourrait qualifier de véritables émeutes de la faim, conséquences de la flambée vertigineuse des prix des produits de grande consommation.» Extrait d’un tract de la CGTB. Voir également article dans
Afrique sans chaînes no 2. Plusieurs centaines de personnes sont arrêtées et jugées. Depuis une coalition contre la vie chère (syndicats et société civile) muliplie les grèves générales (8 et 9 avril puis 13, 14 et 15 mai).
Cameroun
Des émeutes de la fin éclatent les 25, 26 et 27 février 2008 à travers tout le pays. Selon les associations de doit de l’homme MDHC et FIDH : «Ainsi, dans les seules villes de Loum, Kumba, Bamenda, Buéa, Basang, Limbe et Njombé-Penja, le bilan s’élèverait déjà à près de 35 victimes. À Douala et Yaoundé, où les affrontements entre les civils et les forces de la police, des militaires et de la Gendarmerie ont été particulièrement violents, on dénombrerait aussi plusieurs dizaines de morts et plus de 2000 arrestations parmi la population civile.»
Égypte
Mouvements de grève dans tout le pays en mars-avril 2008 (notamment les ouvriers du textile de Mahalla el Kobra) qui débouchent sur une grève générale le 6 avril. Des émeutes, durement réprimées, ont éclatées notamment à Mahalla, dans la région du Delta.
Sénégal
La manifestation organisée à Dakar le 30 mars pour protester contre la cherté de la vie est interdite et brutalement réprimée par la police (plusieurs dizaines d’arrestations musclées).
Côte d’Ivoire
Le dimanche 30 mars le président Gbagbo recevait son ami… Jack Lang qu’il décore puis emmène découvrir les fastes d’Abidjan (à proximité immédiate d’un autre quartier de Yopougon, Wassakara, où manger trois fois par jour est un luxe) sous l’objectif des caméras de télévision. Les jours suivants, des manifestations contre la vie chère éclatent à Abidjan dans le quartier de Cocody, où se situe la résidence du président ivoirien Laurent Gbagbo, puis dans d’autres communes de d’Abidjan et certaines villes de l’intérieur (Yopougon, Port Boué, Attécoubé, Grand Bassam). Officiellement, il y aurait eu au moins un ou deux morts.
Et aussi Guinée, Sénégal, Niger, Cameroun, Madagascar, Mauritanie… sans parler des autres continents.

Afrique sans chaînes no 3, juillet 2008.


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Jeudi 17 juillet 2008
Le malaise social des travailleurs migrants chinois tourne à l’émeute dans le Zhejiang

Plus d’un millier de travailleurs migrants chinois ont attaqué récemment, et trois jours durant, le poste de police de Kanmen, une ville dun comté de la province du Zhejiang, située au sud de Shanghaï, illustrant la persistance dun malaise social dans les campagnes de Chine.

Selon une information diffusée, lundi 14 juillet, par la
branche hongkongaise du Centre pour les droits de lhomme et la démocratie (CHRD), la colère des ouvriers a explosé, jeudi, après que lun deux eût été battu par des policiers. La victime, Zhang Zhongfu, protestait contre le refus de la police de lui attribuer un permis de résident.

L
incident a dabord provoqué une manifestation dune centaine de personnes autour du commissariat. Les policiers ne voulant rien entendre aux doléances des ouvriers protestant contre le passage à tabac de leur camarade, laffaire a tourné à lémeute. Le CHRD ne donne pas de détails sur le bilan éventuel de blessés mais précise que 23 émeutiers ont été arrêtés, dont Zhang Zhongfu.

Les travailleurs migrants ou «mingong», en chinois, représenteraient une force de travail de près de 200 millions de personnes. Paysans pauvres de villages reculés des provinces défavorisées, ils sont venus en ville participer à l
extraordinaire essor durbanisation de la Chine de la fin du XXe siècle. Parfois exploités par des patrons qui ne les paient pas, ils travaillent dans des conditions dégradantes avec des horaires harassants.

Permis de résidence

Ce que demandait Zhang Zhongfu est à la racine du malaise des «mingong». Venus des campagnes, ils n
ont pas toujours dexistence légale en ville, formant une population flottante qui ne possède pas le document donnant des droits au citoyen chinois, le permis de résidence ou «houkou». Sans lui, pas décole pour les enfants, pas de sécurité sociale, pas de couverture médicale… Autant davantages sociaux que la «dérive» capitaliste de la Chine a par ailleurs largement érodés pour lensemble de la population.

Les autorités ont annoncé à plusieurs reprises des mesures destinées à lutter contre les discriminations dont sont victimes les travailleurs migrants. Le système du «houkou» reste cependant, pour l
essentiel, en vigueur en Chine même sil est devenu de moins en moins un objet de contrainte en province.

Cette émeute fait suite à d
autres violences, qui ont éclaté le 28 juin dans la province méridionale du Guizhou. Une manifestation réunissant une trentaine de milliers de personnes avait, elle aussi, dégénéré en bataille de rues dans le chef-lieu du comté de Wengan. La foule avait attaqué des bâtiments publics et des commissariats de police avant de renverser et dincendier de nombreux véhicules. Le meurtre et le viol dune jeune fille de 17 ans avaient provoqué cette flambée de colère.

Les camarades de classe de la victime accusaient la police de protéger le suspect de ce crime, qui serait le fils d
un responsable local. Le chef de la police a été par la suite démis de ses fonctions mais il a accusé les émeutiers dêtre liés aux triades, les organisations chinoises de type mafieuses. La presse locale a annoncé, lundi, quune centaine de personnes avaient été arrêtées à la suite de cette émeute.

À la veille des Jeux olympiques, qui auront lieu à Pékin en août sous très haute surveillance policière, le pouvoir entend prouver qu
il est capable dimposer la loi et lordre et de promouvoir le concept de «société harmonieuse» voulu par le président Hu Jintao. En 2006, selon les statistiques officielles, 87.000 manifestations et violences ont secoué de nombreuses villes et comtés de province. Depuis, le gouvernement a cessé de publier les chiffres illustrant ces dysfonctionnements sociaux.

Bruno Philip
Le Monde, 15 juillet 2008.
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Dimanche 29 juin 2008


Émeutes dans le sud-ouest de la Chine après la mort d’une adolescente


Plusieurs bâtiments administratifs et des voitures ont été incendiés dans le sud-ouest de la Chine en signe de protestation contre la conduite d’une enquête sur la mort d
’une adolescente, a indiqué dimanche l’agence officielle Chine nouvelle.

Les violences sont survenues samedi après-midi dans le canton de Wengan, dans la province montagneuse du Guizhou (sud-ouest).

Des photos publiées sur l’internet montrent plusieurs milliers de personnes rassemblées devant le commissariat de Wengan, aux vitres cassées et duquel s’échappe de la fumée.

Des responsables locaux étaient injoignables dimanche matin.

Selon Chine nouvelle, les violences ont éclaté à la suite des conclusions d’une enquête sur le meurtre présumé d’une adolescente de 15 ans dont la famille soutient qu’elle a été violée.

Des forums sur l’internet affirment que la famille a accusé le fils d’un responsable local pour le meurtre et le viol de leur fille. La colère serait ensuite montée sur la gestion de l’enquête qui a conclu au suicide.

Chine nouvelle ne donne pas de détails sur l’origine des troubles, se bornant à qualifier de «criminels» les auteurs des violences.

La foule s’était dispersée dimanche et l’incident «n’a pas connu d’escalade», selon la même source.

AFP, 29 juin 2008.
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Vendredi 27 juin 2008

La Chine est un thème d’actualité médiatique : la répression dans le sang des émeutiers tibétains a déclenché une juste révolte lors du passage de la flamme olympique. De même, le tremblement de terre au milieu du pays du Milieu a fait de nombreux morts. Or, la population rescapée qui n’a rien, qui est dans la détresse, devra assumer en plus sa part dans la contribution aux fastes pharaoniques des JO dont le coût est déjà estimé à 60 milliards de dollars.

Les JO : ni là-bas, ni ici !

Les JO révèlent le cynisme de la logique de fer sportive. Peut-on encore douter de leur barbarie après le sang qui a coulé dans les rues de Lhassa et la gabegie olympique de l’État-parti ? En effet, la clique sportive mondiale, dans un joli bal des faux-culs a exprimé son indifférence à la souffrance humaine. En tête, sa sainteté le chef suprême du CIO, Jacques Rogge qui n’ose bouger le petit doigt : il n’est pas un «militant», dit-il. Mais ici même, le serviteur du CNOSF Henri Sérandour, considère qu’il est scandaleux de s’attaquer aux Jeux olympiques. Les Jeux menacent pourtant d’avoir lieu entre les camps de travail forcé, sur les cadavres de Lhassa sans oublier qu’ils risquent de piétiner la mémoire des étudiants et ouvriers massacrés en 1989 sur la place Tien An Men. Les JO sont avant tout une machine de guerre sociale au service du capital. C’est là la seule raison fondamentale qui justifie une opposition prenant notamment pour cible Beijing 2008.

Beijing 2008 : une stratégie Kapital

Là bas les travailleurs suent la plus-value pour construire les infrastructures olympiques. La population laborieuse, comme toujours lors des JO, peinera à rembourser les dettes que l’État consacre à cette course inutile à la médaille. Dans le même mouvement, les sponsors profitent de l’écran olympique pour incruster davantage dans les consciences la marchandise. Les États des-mots-cratikes, quant à eux, marchent au pas cadencé avec le parti-État chinois : il réprime ? Ils protestent intérieurement mais poursuivent malgré tout leur marche en rythme, émerveillés qu’ils sont par cet «atelier du monde» où la croissance du vide enfonce les pauvres. L’esclavagisme moderne risque, à la faveur de cette compétition mondiale, d’obtenir un label de respectabilité. D’autant que là-bas les puissants d’ici trouvent tout leur intérêt à l’exploitation intensive du travail d’autrui qui reste la loi mondiale d’airain. C’est bien pour cela qu’une Ségolène Royal a pu vanter les mérites de la justice chinoise quant à sa célérité. De cela, RSF n’en parle pas et pour cause : il s’agirait seulement selon cette organisation, de civiliser l’exploitation…

Une drogue idéologique et biologique : le sport

En langage olympique, pour caractériser cet état de fait mondial qui s’exprime là-bas, on dit «one world, one dream», en langage droits-de-l’homme on dit «communauté internationale», tandis qu’en langage tyrannique on dit «mobilisation patriotique» : c’est bien là qu’est l’hypocrisie ! La vérité consisterait plutôt à reconnaître le règne du consensus globalisé permettant aux États de former une unité qui est plutôt un combat pour l’hégémonie capitaliste où s’affrontent diverses marchandises ; le tout sous le haut patronage du CIO. La Chine qui a obtenu son brevet de concurrent loyal dans ce grand concert grâce à lui, veut faire des JO un enjeu politique : ils sont en effet la continuation de la politique par d’autres moyens. C’est pourquoi l’État fourbit ses armes bio-chimiques pour faire de ses athlètes des bolides : la barre sera mise très haut puisque d’ores et déjà le record du monde du 100 mètres est passé à 9"72. Mais c’est la Chine qui donnera le la symbolique à la guerre des chronomètres. On sait en effet, que le dopage, systématisé en secret à l’époque des États du bloc de l’Est n’est pas étranger à ce parti-État qui est de même nature que ses ex-confrères. L’embrigadement de la jeunesse permettra de donner satisfaction aux bureaucrates du PCC. C’est ainsi que l’effectivité de la tenue sans anicroches des JO constituera le signal pour que la Chine devienne un concurrent redoutable parce que jouant définitivement dans la cour des grands. Après Berlin 1936 les jeux de la croix gammées, Moscou 1980 les jeux du goulag, voici Pékin 2008 : les jeux de la tyrannie… Le CIO qui a historiquement toujours fait les bons choix relativement à ses intérêts, distille un poison virulent. Désormais, il faut bien se rendre à l’évidence : c’est lui qui joue du luth de classe sous les fenêtres du prolétariat.

Sabotage de Beijing 2008 !

Inversement, le défi politique de l’offensive des cerbères du Bocog-CIO [
On se souvient que lors du parcours de la flamme, les sportifs étaient guidés par le diktat des nervis de l’Ambassade chinoise prouvant par là la contribution française à la tyrannie. Le Bocog est le comité d’organisation des JO de Pékin.] peut être relevé si la prise de conscience s’approfondit. Le boycott a été accueilli avec scepticisme, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais paradoxalement, il a été un thème médiatique majeur de l’épisode de la flamme olympique. Éteindre sa télé, ne pas assister aux cérémonies, porter un badge ridicule, voilà ce qu’a pu signifier le boycott. On comprend le scepticisme ! À quoi rime pour un chef d’État le boycott d’une cérémonie olympique puisque qu’il n’est pas tenu d’y assister ? Tout cela n’engage à rien ! Ce sont les athlètes qui sont la pièce centrale du dispositif : l’histoire produit souvent des changements à partir de l’intérieur, certes. Mais étant donnée l’hypocrisie qui règne dans ce milieu, sa couardise et la soumission au diktat de la Charte olympique, c’est de l’extérieur qu’il peut être judicieux de procéder en reprenant le type d’attitude qui s’est manifestée au mois de mars-avril pour souffler sur la flamme. À condition d’intensifier le geste, un sabotage intégrant le boycott et la protestation, et nécessaire et urgent. C’est dans cet ordre qu’il faut prendre le mot pour qu’il devienne un mot d’ordre. L’insubordination à l’État français qui apporte sa contribution aux JO totalitaires, c’est aussi adresser un message à la population chinoise laborieuse qui ne verra jamais les fruits de cette «fête». La France veut envoyer ses missiles sportifs pour participer à la grande guerre économique mondiale : il s’agit de les saboter !

Vive le défaitisme sportif !
Pas de consensus !
Guerre à l’olympisme !

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Dimanche 22 juin 2008
Intéressés depuis un certain moment par les problèmes concernant le Tibet, mais non passionnés il est vrai, les derniers soulèvements nous ont interloqués, attentifs que nous sommes quand des opprimés se révoltent. Et s’il y eut des mouvements de solidarité, notamment lors de la tournée de la flamme olympique, notre point vue sur les soulèvements tibétains ne fut pas réellement partagé par le plus grand nombre. Il y aurait diverses raisons à invoquer pour expliquer cela mais elles ne seront pas listées ici car ce n’est pas le but de cette brochure. Néanmoins, nous avons décidé de mettre notre grain de sel dans cette affaire épicée pour deux raisons principales.

La première est que la situation tibétaine reste mal (ou pas) connue, sa perception relevant souvent du domaine de l’exotisme.

La seconde vient des réactions que les derniers événements ont suscitées. Tout et n’importe quoi fut dit sur le sujet : points de vue délirants, parfois limites, souvent déformés par tout le prêchi-pré-chié des journalistes, ou bien visions romantiques sur le Tibet.

Bref, nous avons eu envie de présenter un certain point de vue sur cette question, une certaine lecture. Peut-être sommes nous également à côté de la plaque, qui sait ? Le lecteur jugera (et nous le dira ?).


Ceux qui s’attendent à ce que l’on parle de la Chine, du dalaï-lama, du bouddhisme ou encore des J.O. pour ne citer que ces exemples récurrents lorsque l’on parle du Tibet, vont être déçus. Nous n’en parlerons pas, sinon de façon assez distante, uniquement lorsque nous aurons besoin d’éclairer nos propos ou quand l’on ne peut pas ne pas les aborder.

La Chine mériterait à elle seule de nombreux écrits et il vrai que l’on pourrait lui reprocher de nombreuses choses telles que ses laogai, la peine de mort, la lutte contre les cyberdissidents, etc. Mais la situation du Tibet est déjà assez complexe sans parler de celle d’un autre pays bien que les deux soient intimement liés. Cependant, évitons de donner une image trop caricaturale de la Chine, faite de préjugés et de stéréotypes. Néanmoins, nous reprenons les mots de
Claude Guillon pour saluer ceux qui écopent (et s’insurgent contre) des actions des bureaucrates désireux de maintenir leur pouvoir de classe. Pour ce qui est des J.O., là aussi il y aurait des choses à dire, mais la question du boycott ne nous intéresse pas parce que les Jeux se passent dans ce pays, mais bien au-delà pour ce qu’ils sont en soi, leur histoire et tout ce qu’ils véhiculent en terme d’image, de valeurs, d’idéologie, de projets urbanistiques, d’économie, etc. Si les Jeux s’étaient déroulés en France, nous aurions éprouvé le même plaisir à voir des individus perturber le bon déroulement de cette manifestation. Pour ce qui est du chef spirituel et du bouddhisme tibétains, que les choses soient claires : notre sensibilité politique ne peut s’accorder avec le dalaï lama ni avec toute forme de religion. De plus, nous n’avons pas trouvé nécessaire de nous y attarder car ce n’est pas ce qui manque lorsque l’on parle du Tibet. Nous ne tomberons pas, nous l’espérons, dans ces méandres sans fin qui font que le débat reste souvent pauvre et stérile, car les discussions sur des points de détail (du genre : est-ce que le bouddhisme est oppressant pour les tibétains ?) s’écartent souvent des enjeux sociaux et politiques.

Les textes que nous présentons ici sont tirés de ce que nous avons trouvé de plus intéressant, et proposent une vision singulière et pertinente du sujet. Nous nous sommes appuyés entre autres sur le travail de l’association Amnesty International (qui, malgré tout ce que l’on peut en penser, produit de l’information de qualité), et sur quelques articles de journaux (à lire avec bien sûr tout le recul qu’il faut avoir notamment lorsqu’il s’agit de médias mainstream). Mais la source principale reste l’excellent ouvrage Les Tibétains, en lutte pour leur survie, où l’on a pompé la majeure partie de ce qui constitue cette brochure. Outre un support iconographique important et une analyse assez pointue sur le sujet, les auteurs de ce livre ont le mérite de savoir de quoi ils parlent, étant acteurs des événements de la première heure. En effet, présents en 1987 lors du renouveau du mouvement pour l’indépendance au Tibet, ils ont largement participé à sensibiliser l’opinion internationale sur la situation de ce peuple avant même que le pays soit sous le feu des projecteurs. Leurs avis sont souvent sollicités comme références lorsque l’on aborde le sujet. Steve Lehman a couvert le Tibet pour plusieurs magazines et journaux internationaux. Robbie Barnett, lui est journaliste et chercheur (tibétologue), spécialisé dans les affaires du Tibet contemporain. Il a créé en 1987 un organisme indépendant de recherche et d’information sur le Tibet, le
Tibet Information Network (TIN).

Leur principale qualité est de regarder cette situation comme un problème colonial, position trop peu souvent adoptée lorsque l’on parle du Tibet, et nous la partageons avec eux. Ainsi, nous avons décidé de nous recentrer autour des différentes facettes qu’impose un tel régime.

Il n’est pas simple d’avoir de l’information claire sur le sujet, car bien souvent on ne donne pas la parole aux premiers concernés. L’intérêt que l’on porte au travail de Steve Lehman en particulier réside dans le fait qu’il donne une vision moins évidente de la question : «Les Chinois réprimaient les Tibétains et les Tibétains se réprimaient entre eux. La Chine aurait-elle pu occuper ainsi le Tibet sans une collaboration tibétaine à haut niveau ? Un peuple fait des compromis pour survivre. Au Tibet, on dit “avoir deux visages”. J’ai appris à ne faire confiance à personne, sachant que, pour un Tibétain, fréquenter un étranger, journaliste de surcroît, pouvait signifier dix ou vingt ans de prison pour espionnage et divulgation de secrets d’État. En faisant mon travail, j’ai été harcelé, interpellé. La police sait qui je suis. Elle a été d’hôtel en hôtel avec ma photographie. Les journalistes ne sont pas autorisés à entrer au Tibet sans l’approbation du ministre des Affaires étrangères ni être accompagnés d’une escorte. Autorisation rarement accordée, et très circonscrite. Il est donc difficile de rassembler de l’information, a fortiori d’établir des contacts où d’être reçu dans une maison. Je crains parfois que mon travail, malgré les précautions que je prenais, ait compromis des gens.»

Pour conclure nous avons abordé la question des soulèvements tibétains. Pour ce qui est des derniers événements de mars nous avons dressé un bref aperçu de la situation. Cependant il est encore trop tôt pour expliquer les causes exactes de ces révoltes et pour dire ce qu’il s’est passé précisément. D’autant plus que la censure et la propagande rendent les choses d’autant plus floues. Si nous disons cela c’est pour préciser que l’on ne peut pas être sûr de la véracité de l’information. Pour ne citer qu’un exemple nous ne nions pas que les émeutes de Lhasa ont certainement fait des dizaines de victimes de colons chinois mais les chiffres annoncés par le gouvernement chinois nous paraissent disproportionnés. De même, on accorde peu de crédit à ceux annoncés par le gouvernement tibétain en exil en ce qui concerne la répression. Le nombre de morts nous importe peu dans ce cas là, non pas qu’il ne soit pas important de le savoir, mais cette bataille des morts est d’une bassesse peu commune. Nos morts sont plus morts que les vôtres, rengaine habituelle. Ce qu’il faut y voir en revanche c’est toute l’horreur que porte en soi chaque situation coloniale.

Nous saluerons donc pour finir tou-te-s ceux et celles qui sont à la proie de ces systèmes et tou-te-s ceux et celles qui s’insurgent et luttent pour un monde sans oppressions.

Pour tou-te-s les insurgé-e-s émeutier-e-s de Dharamsala (Inde), de Katmandou (Népal), de Shigaze, de Lhasa, de Maizhokunggar, de Lithang, de Sichuan, du monastère de Ngapa-Kirti, de Machu, de Tso, de Lanzhou, du monastère de Labrang, de Repkong, de Mangra (Tibet), de Pékin (Chine) et de tous les autres endroits où l’on n’a pas d’informations à cause de la censure…

Black-star (s)éditions, Grignoble/ (St)-é, avril 2008.

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Lundi 26 mai 2008

Hsi Hsuan-wou et Charles Reeve, China Blues, voyage au pays de l’harmonie précaire, Verticales, sortie fin mai 2008, 22 euros, 288 pp.

Avec le récent tremblement de terre, une fois de plus, le peuple chinois paye chèrement les conséquences de l’organisation sociale, les choix de classe du «socialisme de marché». À Pékin, le parti-État stalino-libéral se veut rassurant, le barrage des Trois Gorges a bien résisté aux secousses, ainsi que les centrales nucléaires… La confiance doit régner, c
est un ordre ! Mieux, les gigantesques ouvrages construits pour les Jeux olympiques par des groupes capitalistes occidentaux seraient intacts, prêts à recevoir la nouvelle classe moyenne chinoise dopée au nationalisme sportif. Pendant ce temps-là, des villes entières ont été rayées de la carte, des centaines de milliers de constructions de fortune bâties par les pauvres ont été réduites en poussière et autant dimmeubles édifiés à la hâte par les mafias du bâtiment se sont effondrés sur leurs habitants. Des dizaines de milliers de travailleurs sont morts sous les décombres de leurs usines, des écoliers et des malades ont été ensevelis sous les décombres décoles et dhôpitaux. La pauvreté et la misère vont encore faire un «grand bond en avant», des centaines de milliers de travailleurs vont prendre la route et viendront sajouter à ceux qui survivent déjà dans les grandes villes de lEst.

Depuis quelque temps le Tibet est l
arbre qui nous cache une forêt en feu. La situation au Tibet sapparente certes à celle dune colonie : exploitation des matières premières, déplacements de populations, effacement de la culture traditionnelle, peuplement chinois massif.

Mais cette situation ne peut être séparée de la nature oppressive du régime chinois et des objectifs qu
il poursuit. LOccident sest ému que les «droits de l’Homme» soient bafoués au Tibet. Mais de quels droits et de quels hommes parle-t-on ? Pendant quon parle de «droits de l’Homme», les autres aspects de la question sociale passent à la trappe : les émeutes paysannes contre des expropriations de terres, la découverte dun vaste réseau dexploitation denfants esclaves dans la région de Liangshan, au Sichuan, les grèves et les révoltes récurrentes dans les bagnes industriels et les mines, les catastrophes à répétition qui sabattent sur les couches les plus défavorisées de la population, létendue du système concentrationnaire.

Alors que le pouvoir orchestre le compte à rebours des glorieux Jeux olympiques, dans les quartiers populaires de Pékin la police spéciale (entraînée par des experts français) se fait plus présente, les prix s
envolent (+ 48% pour la viande, + 68% pour le porc), et cela au cours du seul mois davril 2008 ! Pendant le même mois, lexcédent commercial sest élevé à 16,7 milliards de dollars, la camelote chinoise remplit les rayons des supermarchés occidentaux et fait le bonheur des multinationales.

China Blues, voyage au pays de lharmonie précaire est un recueil de témoignages qui rappelle que la Chine daujourdhui nest pas un monde séparé, mais la caricature bureaucratique du modèle libéral présenté ici comme notre avenir indépassable. Composé dune série dentretiens sur le vif et de documents originaux traduits du chinois, le livre brosse un tableau saisissant du nouvel «atelier du monde» et montre le vrai visage de la «société harmonieuse» avec sa «croissance à deux chiffres» que nous vantent les dirigeants chinois. On y découvrira ainsi certains aspects peu connus du pays de la répression concentrationnaire, des ONG pseudo-écologistes et de la surexploitation généralisée qui accable les millions de paysans déracinés, travailleurs précaires des zones franches et autres victimes de la pollution durable. La Chine pose la question sociale à léchelle de lhumanité entière.

A-infos, 19 mai 2008

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