Dimanche 20 avril 2008

Une petite carte postale, sous la forme d’un long article, qui essaie dinformer largement sur le processus de la lutte du Front de Défense de la Terre de San Salvador de Atenco au Mexique, deux ans après la monstreuse répression de l’État…

Nhésitez pas à me demander des précisions ou autres informations si envie !

Un envoyé informel, qui vous remercie davance pour vos critiques et embrasse «Le Fléo» pour ses photos…

San Salvador de Atenco, petit-Bourg rural et populaire de 16.000 habitants, faisant partie du municipe [
Municipe («Municipio») est le regroupement politique, social et administratif de différents villages et/ou communautés au Mexique. La plupart des municipes du pays dépendent de partis politiques «institutionnels» (PRI, PAN, PRD, PP…) ; certains sont autonomes fonctionnant sur les us et coutumes de peuples indigènes (communautés zapatistes au Chiapas, certains villages dans la Sierra Norte de Oaxaca, communautés au Guerrero) ; et d’autres sont mixtes : c’est le cas d’Atenco.] d’Atenco (40.000 habitant-es)… situé dans l’État de Mexico à une trentaine de kilomètres de la surdimensionnée et surpolluée capitale Mexico du District Fédéral (D.F.) et sa métropole de 18 millions d’habitants la nuit et 25 millions les journées de travaux urbains… s’est fait tristement connaître pour beaucoup en France et internationalement, il y a deux ans, par de sauvages brutalités orchestrées par 2500 membres de différents corps de police gouvernementaux. En effet, les 3 et 4 mai 2006, une répression d’une violence sans limite a été mandatée par le gouverneur de l’État de Mexico, Enrique Peña Nieto, et le président de la République du Mexique, Vicente Fox, entre autres. La Police fédérale Préventive (PFP) [Police Fédérale Préventive (PFP) est un corps de police dépendant de l’État fédéral comme son nom l’indique, mais qui connaît un entraînement militaire, et est connu pour ses formes d’intervention radicales et violentes. C’est le corps policier de prédilection pour les interventions contre les mouvements sociaux et indigènes. Vous avez dit «préventive» ?], entre autres, a ainsi perpétué multiples tabassages et tortures de plusieurs centaines de personnes du village (intégrant-es du FPDT : Front Populaire de défense de la Terre, et habitant-es) ; arrêté presque 200 personnes ; violé 36 femmes ; et tué deux personnes : un jeune de 14 ans, Francisco Javier Cortés ; et un étudiant de 21 ans : Ollín Alexis Benhumea.

Ces évènements ont permis de faire connaître la lutte des membres du FPDT composés de 3500 à 4000 personnes, c’est-à-dire plus ou moins 10% de la population du municipe d’Atenco, s’opposant depuis 2001 au projet de construction d’un aéroport, annexe à celui de la capitale, sur leurs terres communautaires «ejidales» [Ejidales : terres communautaires issues de la révolution mexicaine (1910-1919) qui obtinrent un statut de propriété d’usage reconnue par l’État de «terres appartenant à ceux qui l’occupent et la travaillent», et qui ne pouvaient servir à d’autres fins que des exploitations agricoles. Ce dernier fait légal a été aboli par le président en place en 92, Carlos Salinas de Gortari, qui donna les droits d’utiliser les terres à d’autres fins (industrielles, commerciales…) sous réserve qu’il y ait consensus des propriétaires sur la vente des terres à ces fins.]. Ils et elles ont obtenu, entre autre, l’annulation d’un acte d’expropriation de leurs terres en 2002 par le président Vicente Fox, fait unique depuis la révolution mexicaine. Jusqu’à aujourd’hui, les terres sont toujours en leur possession ; on peut réellement parler d’une lutte victorieuse entamée il y a 7 ans.
(Vous pouvez écouter librement, mais attentivement, une émission de Radio Zinzine sur la lutte d’Atenco de 02 à 07 «San Salvador de Atenco : l’histoire d’une vengeance d’État».)
Il me paraissait très intéressant de connaître et partager les suites du processus de construction ou non de l’aéroport. J’ai pu partager avec quelques camarades du FPDT la suite du projet et de leur lutte autour du festival de soutien que le Front a organisé en faveur des prisonnier-es politiques le 14 mars 08.


Ce festival qui a eu lieu sur «las canchas» (le terrain) de football à Atenco sous la forme d’un marathon de concerts où jouèrent 12 groupes de 11 heures à 22 heures, avec en point de mire les stars militantes mexicaines de Los De Abájo et Panteón Rococó. À la musique se mêlèrent quelques projections de films de la lutte contre l’expropriation des terres en 01-02 ; quelques distributions subversives de brochures, CD et vidéos ; et la dégustation des traditionnels «sopes» (tortillas grillées agrémentées de purée d’haricots, oignons, salade et évidemment la sauce chili) et «tortas» (sandwich avec agréments locaux à choix et son piment rouge, vert ou jaune). Une folie punk agrémenta aussi quelques concerts de l’après-midi, folie qui consiste dans la mise en marche sportive du public qui se met à courir ensemble dos à la scène, après un bref signal du chanteur, provoquant une marée humaine impressionnante, et pour l’occasion un nuage de poussière et de sable rendant l’horizon pour un temps plus que nuageux. Certainement un entraînement local de contre-attaque collective contre un potentiel assaut d’un groupe policier quelconque… ¿ Quien sabe ?

À la fin de journée, quelques camarades du FPDT prirent la parole sur scène, machettes en main, devenues la représentation la plus probante de leur lutte. Quelques discours furent effectuées par trois femmes du FPDT, qui font partie des personnes les plus engagées ; à noter que la présence des femmes est très importante au sein du Front, chose de plus en plus commune et courante dans les luttes politiques et populaires au Mexique, a fortiori celles issues des peuples indigènes. Les paroles insufflées furent autour de l’évènement du festival en soutien aux personnes toujours prisonnières politiques depuis mai 06, au nombre de 13, et des frais afférents pour payer les frais de justice et les avocats qui se battent pour obtenir leur libération contre leur injuste enfermement. Quelques paroles furent prononcées sur la lutte de San Salvador de Atenco depuis 01, et la poursuite de la lutte contre de potentiels nouvelles attaques gouvernementales pour subtiliser leurs terres.


À savoir que quand ils et elles furent criminalisé-es comme paysan-nes en lutte avec des armes par le gouvernement et les médias institutionnels ces dernières années, ils et elles n’ont cessé-es de revendiquer que ce n’était qu’un outil pour travailler leurs terres. Certes, je ne remettrais pas en doute leur dires, mais je ne peux cacher que quand on est témoin (réel ou vidéo) de leur face à face avec les «granaderos» (police anti-émeute) ou la PFP lors de «marchas» (manifestations suivant des kilomètres de marche), c’est assez impressionnant l’affront qu’ils sont capables d’assurer machette contre bouclier et matraque. Il me semble vraiment que leur «outil de travail» influence un changement de rapport de forces et de position de pouvoir qu’arpentent les flics généralement en manifestations au Mexique comme en France ou ailleurs ; même si, c’est certain, les armes policières restent davantage perfectionnées et «efficaces» lors d’un affrontement armé.

Un parmi tant d’autres dudit «outil» fut offert aux musiciens de Panteón Rococó, défendant la lutte des camarades d’Atenco ; à savoir si c’était une invitation à cultiver les champs de maïs, de «frijol» (haricots rouges) et de courges ou un symbole d’intégration à leur «lutte armée», je vous laisse juges autonomes populaires. (cf. les photos offertes par «Le Fléo» en annexe.)

Au niveau de la justice précisément, enfin plus réalistement nous devrions parler d’outil pénal et répressif corrompu contrôlé par les nantis mexicain-es…

Suite à la libération de dix personnes sorties de prison lors de ces deux derniers mois, respectivement sept le 25 janvier et trois le 7 mars (César del Valle Ramírez, Georgina Edith Rosales González y Rufino Gonzáles Rosas) ; il reste à présent treize personnes détenu-es, dix dans la prison de «Molino de flores» (Moulin de fleurs) à Texcoco (à 7 kilomètres d’Atenco) et trois dans la prison dite de «haute sécurité» de Santiaguito à Toluca (à une centaine de kilomètres à l’ouest du village). Ces trois personnes avaient reçues un jugement (le seul à ce jour concernant les prisonnier-es) qui les avait condamnées en mai 07 à 67 ans et demi de prison pour, entre autres, des charges de séquestration ; à savoir que dans les textes de la loi fédérale, ces délits ne peuvent pas engendrer des peines au-delà de 40 ans d’enfermement.

C’est certain les caciques, maîtres de l’instance judiciaire au Mexique, possèdent un goût prononcé pour la précision des peines, mais pas vraiment celui du respect légitime des droits humains (reconnue aussi légalement par leurs outils corrompus) ni même de leur propre législation. Que ce pseudo-jugement fut une criminalisation politique des présumés leaders (inexistants puisque le mouvement est autogéré depuis une base populaire) du FPDT en lutte, et donc leur châtiment par les décideurs de l’État, je me fais juge autoritaire cette fois pour affirmer qu’il n’en fait aucun doute !

Les personnes tout récemment sorties de prison l’ont été par des prononciations de jugements d’«amparo» au niveau de l’État de Mexico. Ces «amparos» sont des jugements particuliers au Mexique, qui protège une personne si le ou la Procureur-e Général-e de Justice reconnaît qu’il n’y a pas de mobiles ou de preuves suffisants pour l’accusation de cette personne, ou simplement juge une mise en danger de celle-ci ; ce jugement suspend toutes les poursuites judiciaires la concernant.

Ces libérations ont pu être obtenues par le travail énorme des avocat-es (et c’est pas rien de se battre contre un système de Justice totalement mafieux) ; et aussi par la pression et le travail au niveau du respect de droits humains et procédures légales de la CIODH (Comission Internationale d’Observation des Droits Humains), créée en 97 lors des massacres d’Acteal au Chiapas, est qui était présente en février de cette année à Atenco.

Des succès d’amparo ont été aussi prononcés pour la majeure partie des personnes qui avaient des mandats d’arrêt contre elles, à l’exception de trois, accusées de séquestration, charge pour laquelle un «amparo» ne peut être prononcé. Ces batailles juridiques n’ont pas été simples, plusieurs personnes devant s’expatrier pour un temps afin de ne pas risquer une probable détention.

Les défenses juridiques et avocat-es mobilisé-es par le FPDT sont différentes selon les cas : une avocate défend les trois prisonniers en «haute sécurité» ; des avocat-es militant-es de l’Autre campagne, et quelques avocats individuels pour les autres. La Justice n’étant toujours pas reconnue d’utilité publique, toutes ces luttes juridiques pour libérer les lutteureuses sociales continuent de posséder un coût économique, assez important (6000 pesos cad 400€ par mois pour uniquement les trois prisonniers dans le pénitencier à Toluca). Le festival ayant été déficitaire, malgré les 2500-3000 personnes présentes ; un peu étonnant cette supra organisation alors que le FPDT n’a pas de liquidités, mais il apparaît depuis quelques temps déjà qu’aucun obstacle ne les arrête tant qu’ils et elles sont accompagné-es de leurs machettes.

Un appel est fait par les gens du FPDT pour un soutien économique plus que nécessaire envers les gens et collectifs qui le pourraient et le souhaiteraient (cf. contacts pour les dons à la fin de l’article).

En outre, une centaine de personnes ont vendu des terres «ejidales» communautaires, ce qui est interdit par le consensus des commissions agraires (mi populaires mi institutionnelles) des paysan-nes du municipe d’Atenco. Une seule personne a eu des problèmes avec la justice au niveau fiscal sous l’argumentaire dialectique policier : «Vous allez aller en prison ! Pourquoi ? Parce que prison ! Mais quel est le délit ? Prison.» Une seule personne jugée, pour exemple certainement, laissant la liberté à tous et toutes les autres, vu que les ventes des terres arrangent bien l’État et les investisseurs privés engagés dans le projet de l’aéroport… C’est un point de vue comme un autre, mais désolé j’en vois pas d’autre, toute objectivité gardée.

Pour terminer sur ce terrain glissant judiciaire, je vous fais part de quelques dires d’un «compañero» du FPDT : «Tout est jeu politique. On (le FPDT, les décideurs de la justice et les membres des partis politiques) n’est pas du même monde. Il y a un grand besoin de faire comprendre aux gens que la réalité n’est pas celle donnée par les médias officiels (TV Azteca et Televisa —TV commerciales— en tête), même à Atenco» ; ce qui n’est pas simple car «La TV est comme un Dieu, tout le monde croit ses dires et informations. En outre, des personnes sont payées par le parti politique du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) pour assurer sa propagande dans le municipe.»


En ce qui concerne le processus du projet de l’État et de plusieurs transnationales de récupération des terres et la construction de l’aéroport, cent zones «ejidales» ont été achetées pour ce faire depuis deux ans, surtout dans les zones urbaines du municipe d’Atenco qui s’industrialisent de plus en plus, à Santa Isabel Ixtapan et à Nexquipavac.

À présent, l’idée du projet serait d’effectuer la construction sur 20% des terres appartenant à la République du Mexique, ce qui tirerait à 5 kilomètres de l’aéroport actuel de Mexico ; ce qui paraît assez peu «efficient» par rapport au projet initial, qui comportait tout un corridor de constructions de zones industrielles, commerciales et touristiques sur une trentaine de kilomètres entre la capitale et le municipe. En parallèle, l’amplification de l’utilisation de l’aéroport international à Toluca, déjà existant, est aussi envisagée ; ou, de manière beaucoup plus incertaine, l’utilisation de la zone «Parque del pueblo  (Parc du peuple) au Sud d’Atenco, qui est aussi la propriété de l’État, exceptée une partie qui à été rachetée par Carlos Slim
[Carlos Slim : propriétaire de Tel-Mex (entreprise détenant le monopole de la téléphonie au Mexique), devenue première fortune du monde en 06 ; mais qui a perdu son titre face à Bill Gates l’année passée. Bon ben, à croire qu’il l’a cherché ou qu’il ne pouvait pas assumer son pouvoir de leader, car le rachat d’une partie de la réserve naturelle «Parque del pueblo», et une parcelle du «Centró historicó» de Mexico DF, c’est certain que ça lui a coûté des points économiques fatals.] qui a le projet de faire un centre de retraitement des déchets durable et charitable. Voilà quelque chose de bien original par nos temps modernes, une industrialisation des terres d’un parc naturel pour l’intérêt communautaire… d’un entrepreneur sans frontière et ses copains, copines !


Plusieurs personnes intégrantes du FPDT parlent de lutte victorieuse (annulation de l’ordre d’expropriation en 02, fait quasi unique à Mexico ; la non construction de l’aéroport sur les terres communautaires jusqu’à aujourd’hui) face au gouvernement et son méga-projet grâce à «la force de la lutte d’une minorité sur la volonté d’imposition par une majorité»… mais quelle force populaire déterminée ! En ce sens, je me souviens d’un de ces échanges certainement anecdotique mais si parlant, un parmi les nombreux quand on prend plaisir à fleurer les rues si vivantes de paroles et de générosité des habitant-es de San Salvador Atenco…

Un fleuriste de Texcoco d’une soixantaine d’années me comptait ainsi très naturellement son engagement en tant que vendeurs de fleurs ambulants, et la répression en mai 06, lors de laquelle il avait pris plusieurs coups par des policiers en pleine rue, puis subit des tortures en prison avant d’être relâché quelques jours plus tard. Il me confirmait qu’«il avait lutté à cette époque, et continuait de lutter solidairement avec les autres compagnons» ; et juste que son problème actuel était que la mairie ne voulait pas lui procurer sa nouvelle carte d’électeur, la raison étant ses «problèmes juridiques d’il y a deux ans». À savoir qu’au Mexique, une personne peut se voir suspendre, ou annuler ses droits civiques et électoraux, voire être virée des listes officielles (apparaissant ainsi comme mort), si elle est en procédure judiciaire, même si aucun jugement n’a encore été délivré. Légalement, la personne doit retrouver ses droits au moment où les poursuites judiciaires tombent, dans le cas où elle n’est pas condamnée «bien évidemment»… bon bien sûr ça s’est la théorie, vous aurez compris, à présent, que le Code pénal mexicain est plus utile, et donc plus utilisé, aux WC que dans une cour de Justice… Quelques personnes en tête du gouvernement sont capables de mandater des assassinats et viols par pure vengeance du non aboutissement d’un projet ; alors, il paraît presque anecdotique de ne pas rendre une carte d’électeur à un citoyen tabassé lors d’émeutes policières.

À mon sens, tout ce processus de lutte qui a abouti à une victoire probante sur l’État et ses acolytes financiers, à l’initiative d’un projet qui est énorme au niveau économique, donne un espoir vital pour l’accentuation des luttes de territoire déjà engagées, et qui risquent de se décupler dans les temps à venir, entre grandes organisations sociales populaires et répression militaire d’État : la création d’un État de non-droit en somme. Ceci en partie pour la construction du «Plan Puebla-Panama»
[Plan Puebla Panama (PPP) : énorme création de corridor indutrialo-commercialo-touristique s’étalant de la ville de Puebla (centre du Mexique) jusqu’à la ville de Panama (capitale du même pays). En ce sens, les subtilisations de terres et exploitations forcenées des ressources naturelles risquent de s’intensifier sans limite ; les peuples indigènes sont les plus directement affectés par ce «réaménagement territorial».] et «grâce à» l’entrée en vigueur du TLC (Traité de libre commerce entre États-Unis, Mexique et Canada) au 01 janvier 08.

Une réénergisation des forces sociales par une telle victoire populaire fait donc le plus grand bien dans ce climat de répression généralisée.

De plus, des convergences de luttes intéressantes ont été aussi développées entre le FPDT et le syndicat de la coopérative ouvrière «Boing» (jus de fruits) ; l’entreprise appuyant la lutte d’Atenco avec le don de produits lors d’évènements et par l’appui économique mensuel. Des échanges existent aussi avec une coopérative de vêtements. Le Front s’est enfin lié à la lutte des prostituées du centre de Mexico, que le gouvernement voulait virer il y a quelques années, lutte victorieuse également.

Mais ces victoires ne peuvent pas nous faire oublier les troubles humains qu’a essaimé cette lutte. Outre les violences physiques et arrestations déjà évoquées, des troubles psychologiques très importants ont aussi été perpétués par les outils répressifs policiers. En effet, pas mal de gens continuent de se remémorer des choses horribles, bien détaillées, de la répression de mai 06. Des soutiens psychologiques ont été mis en place par le FPDT mais ce n’est pas forcément efficace car la plupart des personnes ne veulent pas recevoir d’appui : un homme est resté chez lui sans sortir pendant plusieurs mois après la répression ; une habitante n’a pas vu d’autres horizons que sa maison quasi depuis deux ans ; un membre du FPDT se remémore des coups portés par la PFP le 4 mai 06 : les blessures physiques sont surpassées, mais les douleurs psychologiques restent ; des femmes violées qui ne parlent pas car elles considèrent plus «urgent et important» de s’occuper des prisonnier-es politiques. Une parano a aussi envahi, un temps, certains paysan-es en lutte, se soupçonnant les un-es les autres d’être indicateurs ou indicatrices servant le PRI, parti politique du gouverneur de Mexico.

Pour pimenter la pression sécuritaire, les hélicoptères de la police estatale et fédérale tournent quasi en permanence depuis 01 dans les cieux d’Atenco, exceptés les jours de trêve lors d’une présence dérangeante comme celle de la CIODH en février dernier.


Et comme toute histoire de mouvement social qui se veut «légendaire», celle d’Atenco possède ses non-dits ou bêtisier… Voici donc quelques anecdotes croustillantes, certaines drôles et d’autres moins riantes, pour prouver que la société du spectacle n’a pas de frontière…

* Le FPDT a reçu un prix de «Droits humains» le 10 décembre 07 aux Asturias en Espagne, peu d’argent pour l’État selon un membre : 6000 €, «ce qui doit être équivalent au coût journalier de nettoyage des rues du centre ville des Asturias qui brillent plus que le sol de ma cuisine» ; mais qui a eu l’intérêt non négligeable d’une reconnaissance par une institution du gouvernement espagnol. Pas vraiment que cela les intéresse et importe cette reconnaissance d’État, mais ça met en lumière les violations de droits humains à Atenco, outre-frontières, et met ainsi une certaine pression sur «l’image» des États-Unis du Mexique» et pousse les regards sur les agissements du gouvernement mexicain.

Lors de cette inauguration très officielle, un représentant du gouvernement des Asturias s’est permis des envolées lyriques et dénonciatrices des violations de droits humains de la part de l’Etat mexicain, et de faire l’apologie de la « démocratie parfaite » en leur territoire (il avait dû oublier son livre d’histoire basque à la maison !). Sans imaginer les complots de tous horizons, ça fleure presque la récupération, voir l’instrumentalisation de la lutte des membres du FPDT. L’autre anecdote rigolote fut la prise de parole de la représentante du PP (Parti Populaire, «à la droite de l’UMP») qui s’est mise à improviser un texte… «Eh bien, en fait je vous félicite pour votre lutte, et tout ce que je viens d’entendre ou plutôt apprendre, mais sincèrement je ne connais pas du tout votre engagement ni les évènements, j’ai été envoyée par mon parti, mais je vous souhaite plein de courage pour la suite» ; elle a ensuite complètement été effrayée quand les deux membres du FPDT ont sorti leurs machettes avant leur discours !

Qui osera encore diffamer que les personnes politiques ne sont pas sincères et n’ont pas d’humour ?

L’argent recu a permis d’aider une personne victime de blessures assez graves à une jambe due aux évènements de 06, avec pour conséquences des incapacités de travail ; blessures qu’il n’avait pas déclarées par peur de la répression qu’il pourrait subir, étant affilié au Front ; mais comme on ne peut rien cacher au FPDT et ses services secrets d’investigations, il a été retrouvé et «forcé» de se soigner. En outre cela a permis l’achat d’un vidéo-projecteur et d’un ordinateur qui leur permettent un peu plus de moyens et d’autonomie pour leurs productions médiatiques (DVD surtout).

** La nouvelle carte géographique officielle des écoles «primaria» et «secundaria» (primaires ou secondaires) situe toujours San Salvador de Atenco, mais étrangement plus éloignée de Mexico que la distance réelle, d’autres villages venant s’intercaler entre les deux (pour médiation de projet ?)… Erreur hasardeuse ou aménagement territorial des cerveaux des élèves ? À vous de juger, mais en connaissance de cause…

Une personne dépendant du Ministère, secteur Éducation, régi par le président de la République, Felipe Calderon, du parti politique du PAN (Parti d’Action Nationale — à droite de la droite sarkozyste) donne des cours avec des entreprises pour impliquer l’idée que les gens doivent «vivre au présent» et donc de faire valoir l’utilité unique d’inculquer la culture sociale et économique actuelle dans les écoles, sans aucune notion d’histoire du pays et sa culture des siècles passés… cultures et luttes indigènes, entre autres, à la poubelle en sorte ! Ceci s’implique dans le projet de modernisme d’annihiler complètement l’histoire de l’Éducation Nationale, ce qui est déjà en partie effectif depuis environ un an à l’école primaire.

Pour finir, et avant de prendre congé, pour un temps, de ces riches histoires mexicaines… quelques besoins de soutiens formulées par les camarades du FPDT :
* L’information, en dehors du Mexique, est primordiale (même si parfois on a l’impression que ce n’est qu’un mince appui) ; ils et elles ont peu de canaux alternatifs de diffusion propres : «Radio Atenco» est seulement ponctuel sur des évènements ; leur media s’effectue via quelques communiqués écrits et films.
* Tissage de liens avec l’extérieur pour une solidarité intra-Mexique et internationale. Le FPDT a été très touché par les accueils et la solidarité outre atlantique, pouvant ainsi venir parler de leur lutte et échanger avec des personnes en Europe, sans aucun besoin d’argent.
* Intérêt de la stratégie de pressions sur les Commissions de droits humains et autres instances et organisations institutionnelles.
* Un grand besoin de ressources économiques, surtout pour les processus juridiques en cours, et un peu de besoin de matériel assurant leur autonomie.
Voici, comme promis plus haut, les références bancaires si vous voulez appuyer le Front Populaire de Défense de la Terre : CAJASTUR 2048-0135-01-3404000042. Un membre se porte garant sur le fait que vous pouvez être certain-es qu’il se fera une bonne utilisation des fonds reçus.

À bientôt pour d’autres contes, plus violent et sanguinaire la prochaine fois, ou comment militariser tout un pays pour en assurer sa dictature, et contrôler la guerre civile qui en découlera assurément… En attendant, faites de beaux rêves!

Un abraso y un saludo desde les terres de Calderon… oups de Zapata !

Ian
Dimanche 23 mars 2008



Lundi 18 février 2008
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Une nouvelle revue pour l’Afrique, un bulletin de plus, pour quoi faire ? Il suffit de prendre quelques éléments d’actualité pour en comprendre la nécessité. Lorsque les médias français évoquent le conflit au Kenya, ils ne l’abordent que par deux côtés, comme toujours, celui du politique anecdotique et de l’ethnicisme. Du côté des puissants, des chefs d’État et des opposants plus ou moins opposés à la politique en place, elle-même quasiment toujours contre les travailleurs et la population. On glose sur les postures, les déclarations fleuries, où la rhétorique et l’éloquence ne servent qu’à mieux asseoir sa fortune, ou atteindre le pouvoir.

On s’attarde sur les défauts des fruits sans regarder les arbres et les mains qui les ont façonnés. Ainsi, plutôt que de parler seulement d’une guerre ethnique, pourquoi ne pas aller dans les détails à propos de la réforme agraire, la question de la terre, au centre de beaucoup de problèmes au Kenya, comme dans d’autres pays ? Des promesses avaient été faites, mais comme souvent, les chefs se sont assis dessus. Elles ne valent que pour ceux qui les croient, c’est vrai.

Nous ne souhaitons pas nous faire le porte-voix de cela. Nous nous rangeons résolument dans le camp de ceux qui luttent, souvent au péril de leur vie, comme en Guinée, où l’intercentrale a bien failli relancer, peu avant la mi-janvier, le mouvement de grève pour l’amélioration du niveau de vie des Guinéens et le respect des engagements tenus par le général-dictateur Lansana Conté. Mais aussi en Centrafrique, où les fonctionnaires sont en grève depuis près d’un mois. Comme dans de nombreux pays d’Afrique (Cameroun, Burundi, Congo-Brazzaville), ceux-ci exigent le paiement d’arriérés de salaires (plus d’un an).

Nous dénonçons aussi les répressions contre les libertés syndicales, politiques, comme au Maroc avec les détenus du 1er mai, et en Algérie. Des actes souvent perpétrés par ceux qui exploitent et bâillonnent les peuples, sous les yeux bienveillants des dirigeants de l’Europe du capital et du reste du monde, seulement intéressés par le profit.

Les APE, sur lesquels nous ne manquerons pas de revenir dans le prochain numéro, démontrent une nouvelle fois l’ambiguïté de l’Union européenne à l’égard de l’Afrique. Derrière les discours soi-disant humanistes, se cache une stratégie froide, dangereuse et destructrice à plus d’un titre pour l’Afrique. Alors que l’ONU, le FMI et les autres ont chanté l’austérité pendant plusieurs décennies sans résultat, laissant les services de base se dégrader, il est difficile de croire que ces accords qui visent à libéraliser à l’extrême les échanges entre l’UE et l’Afrique n’amèneront pas à la catastrophe les économies locales.undefined

Cette revue se veut donc un outil de lutte, relais, et peut servir à établir des liens, tisser des solidarités entre celles et ceux qui ne se résignent pas, au Nord, comme au Sud, entre les Afriques.

Éditorial d’Afrique sans chaînes no 1, février 2008
Lettre bimestrielle d’info du groupe CNT-Afrique

Jeudi 14 février 2008
«Ineurope». Surtout ne pas parler des grèves actuelles en Grèce :
C’est le secret de l’Europe officielle, ineuropéenne.


Hier mercredi 14 février 2008, toute l’économie grecque était paralysée par une journée massive de grève générale, la deuxième en deux mois.

Il n’y a pas besoin d’avoir fait une grande école de journalisme pour comprendre que la consigne générale, d’autocensure ou bien d’«exocensure», c’est de parler le moins possible de tous les mouvements sociaux qui se peuvent survenir à l’étranger, et surtout s’il s’agit de nos frères et sœurs «consorts» européens : ceux qui partagent le même «sort» institutionnel.

On voit bien ici le tour foncièrement antieuropéen et antieuropéiste de cette Europe des traités de Maastricht et de Lisbonne : tout est fait pour faciliter la circulation des marchandises et des capitaux, mais tout est conçu pour entraver la libre circulation des âmes et des idées, pour cloisonner chaque peuple dans son espace médiatique étriqué autour d’enjeux dérisoires tels que les chroniques inlassables de chaque cour princière (ah, Carla et Nicolas, ah Berlusconi, s’il fallait vous inventer !).

Bref, tout est fait pour priver méthodiquement les Européens d’un espace public commun, condition indispensable d’une démocratie commune. Et ils osent nous parler d’Europe et même nous traiter de nationalistes attardés ! (Vous remarquerez que pour être bien certains que les citoyens de chaque pays européen vivront toujours à des rythmes séparés, on ne vote pas les mêmes jours ni sur des listes européennes, afin d’isoler et d’impuissanter la volonté populaire. Afin de pouvoir sanctionner prestement chaque peuple qui s’avérerait isolément récalcitrant dans l’Empire supranational, un peu comme cela se passait à l’Est pour les Hongrois en 1956 et les Tchèques en 1968, même si la Commission de Bruxelles possède aujourd’hui des moyens infiniment plus sophistiqués que les chars d’assaut soviétiques pour faire plier un pays qui aurait mal voté à un référendum.)

Faire semblant de construire l’Europe en faisant son contraire, c’est-à-dire l’«Union ineuropéenne», voici le secret de fabrication de ces si médiocres dirigeants politiques du niveau de cynisme de Tony Blair, de Sarkozy, de Schröder et de Berlusconi, qui ont trouvé ainsi un moyen subtil de se passer des peuples, afin de se délivrer pour toujours des conquêtes démocratiques et sociales issues de plusieurs siècles de résistance démocratique contre les rois, contre les magnats, et il y a soixante ans contre les nazis.

Maintenant, il reste une question brûlante : Qui nous interdit de parler des grèves en Grèce ? Et demain peut-être en Finlande, au Portugal ou en Roumanie, si leurs classes ouvrières se révoltaient ? Et qui interdit en retour les travailleurs européens de se préoccuper de nos combats en France ?

On se demande vraiment à quoi servent ces permanents d’organisations syndicales et altermondialistes qui se rencontrent si fréquemment en symposiums internationaux tels que les Forums sociaux, mais sans jamais parvenir à se mettre d’accord sur un ou deux objectifs précis et vraiment gênants pour les managers de Bruxelles, ni même sur un texte de principe commun.

Si nos porte-parole sont incapables de s’entendre, tant pis. Que ce soit au moins un principe élémentaire de solidarité, un réflexe à propager, un conseil d’ami : Lorsqu’il y a grève chez nos voisins et consorts, en Grèce ou ailleurs, qu’on en parle au maximum, entre collègues et voisins, et aussi dès qu’on a accès à nos médias. Pour briser cette censure officielle inacceptable et ineuropéenne, et non l’entretenir par notre passivité. Qu’on fasse des piquets de grève, des marches, des danses, des distributions de tracts multilingues devant les représentations diplomatiques grecques et les succursales d’entreprises concernées. Qu’on arbore ici des autocollants grecs solidaires et des drapeaux hélènes. Qu’ils aient peur d’un réveil du peuple des peuples européens infantilisés, ce peuple des peuples qui surviendrait enfin «pour-soi»et non seulement «en-soi».

Qu’ils sachent enfin que nous sommes l’Europe, contre l’Ineurope.

Luc Douillard, 14 février 2008
Samedi 12 janvier 2008
Très porté sur les punitions collectives (formellement interdites par les Conventions de Genève qui régissent la conduite des puissances occupantes en temps de guerre), l’État d’Israël coupe périodiquement l’approvisionnement d’électricité dans la Bande de Gaza (après avoir bombardé la seule centrale électrique à Gaza en 2006). Outre des protestations habituelles venant des associations israéliennes des droits humains et du mouvement anticolonialiste, une composante de la gauche extraparlementaire a pris une initiative originale dans le but de frapper les esprits.

Début décembre, de nombreux habitants des trois principales villes du pays (Tel-Aviv, Jérusalem et Haïfa) ont eu la surprise de recevoir dans leur boîte aux lettres un avis de la Compagnie Générale d’Électricité (l’EDF israélienne). Cette notice, distribuée à quelque 10.000 exemplaires, les informait qu’ils allaient bientôt subir des coupures de courant. L’avis précisait que «l’électricité reviendrait lorsque Israël cesserait d’en priver les habitants de Gaza». Ornées du sigle de la Compagnie Générale d’Électricité, ces affichettes étaient signées d’un mystérieux «Front de Libération de Gaza». En fait, les auteurs de ce canular n’étaient pas des agents de la Compagnie Générale, ni des combattants d’un mouvement armé inconnu, mais des militants israéliens des Anarchistes Contre le Mur.

Une des initiatrices, Adar Graëvsky, explique : «Les mesures prises par Israël contre les habitants de Gaza, sans distinction, nous semblent cruelles autant qu’inutiles. Ce ne sont que des actes de vengeance.» Avant d’ajouter : «De même que les habitants de Tel-Aviv sous pression ne peuvent pas arrêter les actes de leur gouvernement, de même les habitants de Gaza sous pression ne ourront pas faire cesser les tirs de Kassam.» Même si «le courant ne passe pas» dans l’opinion israélienne, les anarchistes à l’origine de cette protestation inédite espèrent que le message, lui, passe. Selon Hagaï Mattar, objecteur de conscience et militant du «Forum contre les crimes de guerre», le but de cette action «n’était pas d’effrayer la population, mais de faire réfléchir les citoyens sur ce que fait leur gouvernement en leur nom.»

L’action des Anarchistes Contre le Mur a-t-elle entraîné des recours devant les tribunaux ? Contre les officiers israéliens pour crimes de guerre ? Non, contre les militants anarchistes pour utilisation illicite du logo de la Compagnie Générale d’Électricité. L’entreprise réclame des dommages et intérêts. À chacun d’exprimer son indignation, qu’il s’agisse des infractions à l’encontre du droit international ou des infractions à l’encontre du droit commercial israélien…

La Commune, 12 janvier 2008
communiqué par l’UJPF
Dimanche 6 janvier 2008
À Baima, ville de Dongguan, province du Guangdong, le 27 décembre 2007
Dimanche 11 novembre 2007
Voici une présentation de la Comunidad Autogestionaria Volcán, qui pratique l’autogestion au quotidien, et se présente comme une expérience alternative au système économique et politique actuel.
La Communauté Autogérée Volcán existe depuis 5 ans au Nord-est de Lima, au sein de la Communauté Paysanne Jicamara. Elle rassemble environ 100 familles qui vivent grâce à l’autogestion et résistent au système capitaliste et à l’abandon de l’État en mettant en place des activités répondant à leurs besoins, tant sur le plan politique et économique, que social et culturel. Dans une autonomie totale vis à vis des organismes publics et des partis politiques (quels qu’ils soient), la communauté possède déjà de multiples activités et de nombreux projets.

Tout d’abord, elle a mis en place une Coopérative d’Épargne et de Crédits gérée par une commission chargée de l’épargne des habitant-e-s et des prêts pour la construction de maisons et de boutiques. Cette coopérative permet ainsi aux habitant-e-s de réduire leur dépendance vis à vis des banques capitalistes. Sur le plan social et culturel, la communauté a crée une cantine populaire et une bibliothèque, qui ont ouvert leurs portes le 11 mars 2007, à l’occasion de son 5e anniversaire. Des discussions hebdomadaires et des travaux collectifs d’information et de formation sont également organisés, en collaboration avec le groupe anarco-communiste liménien Qhispikai Llaqta. Les thèmes abordés sont variés, comme par exemple «Relations au foyer : contre le machisme, la violence et la discrimination» ou «Pédagogie scolaire pour les enfants», avec la projection du documentaire «Paideira, 15 ans d’éducation anti-autoritaire». Ce dernier débat a permis à la communauté de réaffirmer sa volonté de construire une école alternative.

Pour ce qui concerne son organisation et sa gestion concrète, la communauté se réunit tous les dimanches matins en Assemblée Générale pour discuter des évolutions et des problèmes qui se posent sur son territoire et dans ses diverses activités. Les habitant-e-s y échangent leurs coups de gueule et leurs propositions. C’est aussi le lieu des bilans économiques, et c’est là que les délégués et responsables mandatés rendent des comptes publics à tous et toutes. Ces délégués appliquent les décisions prises par les habitant-e-s, n’agissent pas sans consultation et sont révocables à tout moment. La Communauté Volcán pratique donc la démocratie directe et l’horizontalité avec des charges tournantes et non rémunérées.

L’hiver dernier, le collège privé Santo Domingo de Guzmán, dispensant un enseignement pré-militaire et religieux, a menacé d’expulsion la communauté, se prétendant abusivement propriétaire «légal» des terres où elle est installée. La résistance des habitant-e-s et la solidarité de groupes et organisations amies a permis de sauver la communauté des dommages que cette expulsion aurait provoqué.

La Communauté Autogérée Volcán attire de nombreux visiteurs du monde entier, qui viennent découvrir les réalisations et le fonctionnement autogestionnaire de ce regroupement de familles. Italiens, Argentins, Israéliens, Allemands, Colombiens, Brésiliens, Français ont pu participer aux expériences autogestionnaires et horizontales qui s’y pratiquent au quotidien, ainsi que contribuer à son développement (réalisation de toilettes écolo, développement de projets éducatifs, travaux d’aménagement…).

Côté projets, la communauté a de quoi faire : organisation de postes médicaux, animation d’ateliers scolaires, construction de canaux d’irrigation, de potagers bio, organisation du recyclage des ordures, sensibilisation sur l’alimentation saine, constitution de micro-entreprises… Dans cette optique, tout soutien d’ordre économique, matériel, technique ou de partage d’expérience est évidemment bienvenu.

L’ambition dont cette communauté fait preuve pour répondre à l’ensemble de ses besoins de façon indépendante politiquement et économiquement par des pratiques autogestionnaires mérite non seulement notre soutien, mais également tout notre intérêt, car elle est porteuse d’un autre présent, d’un autre futur. Cette communauté se dessine comme une petite société à l’écart des griffes du capitalisme, pour construire un monde nouveau, une nouvelle société alternative qui puisse s’étendre.

Solidarités sans frontière no 11, novembre-décembre 2007
Jeudi 10 mai 2007
Le camp aura lieu du 11 au 20 août 2007 en Ukraine, dans la principale région de transit et de migration de travail du pays : la Transcarpathie. L’expansion de l’Union européenne (UE) vers l’est a fait bouger les murs de la «forteresse Europe» jusqu’à la frontière ouest de l’Ukraine. La région ukrainienne de Transcarpathie, dont les plus grandes villes sont Uzhgorod et Mukachevo, est devenue une nouvelle zone frontière, qui se militarise de plus en plus, et où sont concentrés de nombreux camps de détentions, pour des refugié-e-s qui viennent des pays du «Sud» et de l’ex-URSS, qui essaient de fuir la guerre, le totalitarisme, ou la misère, en venant dans les pays de l’Union européenne. Il est difficile de trouver des informations à propos des conditions à l’intérieur de la majorité de ces camps.
    La condition des réfugié-e-s en Ukraine est très instable : leur liberté de mouvement est restreinte, il leur est difficile de trouver du travail, d’avoir accès aux soins médicaux, et ils et elles n’ont pas de sécurité sociale. Quand on obtient le statut de réfugié-e, le seul soutien que l’on obtienne du gouvernement est un unique et insiginifiant don de 3 euros. Au cours des dernières années, l’Ukraine a même extradé des demandeurs d’asile vers des pays comme l’Ouzbékistan, où ils ont été emprisonnés pour des années, dans les fameux goulags de ce régime autoritaire. L’augmentation des contrôles aux frontières a un gros impact sur la vie dans une région «de sous emploi» telle que la Transcarpathie. La région est située à l’intersection des frontières de cinq pays : l’Ukraine, la Slovaquie, la Pologne, la Hongrie et la Roumanie. Quatre de ces pays font maintenant partie de l’Union européenne, mais l’Ukraine n’en sera pas membre bientôt. Alors la «forteresse Europe» renforce ses frontières est à l’ouest de l’Ukraine, alors que plus de la moitié de la population de Transcarpathie travaille à l’étranger. L’Ukraine a annulé le système des visas pour les personnes venant de l’Union europénne, mais l’UE n’a pas rendu pour autant l’accès aux Ukrainien-ne-s au marché du travail (ou même aux territoires des pays européens) plus aisé. Pourtant il serait difficile d’imaginer par exemple que l’agriculture de l’UE se passe des travailleurs et travailleuses venus d’Ukraine.
   
Par ailleurs, la Transcarpathie est depuis longtemps une région très spéciale de par son mélange unique de cultures et traditions, et aujourd’hui elle devient une des principales voies de migration internationale. Les gardes frontières, les services de sécurité et les medias, en utilisant un langage xénophobe, aident à répandre les préjugés négatifs dans la population locale vis-à-vis des migrant-e-s. En découlent des tensions de plus en plus fortes dans la région.

Nous réclamons le droit à la liberté de mouvement pour tout le monde, l’asile pour toutes les personnes persécutées et le droit de migrer des régions touchées par le sous emploi vers d’autres pays, si cela peut améliorer leur vie. Nous réclamons l’abolition de tous les systèmes de visas. Nous voulons faire s’effondrer la «forteresse Europe», et avec elle le système des frontières, qui a mené au meurtre cautionné par l’État de milliers de personnes aux frontières ces dernières années. La politique d’«Apartheid global» doit cesser !

Nous nous inscrivons dans la tradition des camps No Border organisés sur les frontières est de la forteresse Europe, qui ont été organisés en 1998-2000 aux frontières d’Allemagne et Pologne, en 2000-2003 à la frontière est de la Pologne, en 2001 en Slovénie, en 2003 en Roumanie, en 2003 et 2005 à la frontière entre Grèce et Bulgarie, et en Finlande en 2004. Des camps ont aussi été organisés aux frontières sud de l’Europe (en Sicile en 2000 et à Tarifa en Espagne en 2001), à l’intérieur de l’Europe près des aéroports et des centres principaux du système de surveillance et de décisions (comme à Strasbourg en 2002), à la frontière entre le Mexique et les USA, ainsi qu’en Australie. Cette année notre mouvement international fait un nouveau pas en avant, puisque le camp en Ukraine sera le premier à être organisé sur le territoire de l’ex-Union soviétique.

Certains des objectifs de ce camp sont :
1) De créer un terrain de communication entre les activistes d’Europe de l’est et de l’ouest, et de partout ailleurs : se rencontrer, établir des contacts, échanger des compétences, des savoirs, des expériences, etc. (ateliers, discussions, entraînements pratiques, concerts, et plus encore…).
2) D’attirer l’attention des gens en Ukraine (mais aussi en Russie et dans le monde entier) sur la politique raciste d’immigration, de soulever la question des formes contemporaines de racisme et de xénophobie.
3) De créer des contacts avec les gens vivant en Transcarpathie : éducation anti-raciste, événements ouverts au public, projections de films, expositions, concerts et discussions, dans le but d’améliorer les attitudes des gens vivant dans la région envers les migrant-e-s, les réfugié-e-s, et les demandeurs/euses d’asile.
4) D’échanger des informations entre nous : Comment les autorités des différents pays criminalisent-elles les migrations ? Quelles sont les situations dans les prisons de déportation (centres de rétention…) ? Et de partager les expériences de résistance dans différents pays. Un des résultats concrets de ce camp sera la publication d’une brochure avec des informations de divers pays à propos de tous ces sujets afin de renforcer nos luttes (un appel avec des questions approximatives va venir !).
5) De faire en sorte que plus de personnes des collectifs et mouvements anti-autoritaires d’Ukraine, de Russie et d’autres pays «post-soviétiques» s’impliquent dans les questions liées à la migration, de mobiliser les gens pour lutter contre le racisme, la criminalisation de la migration, et le système des camps de déportation.

Nous discuterons des possibilités, et nous ferons peut-être des actions (mais pas dans la région directe du camp, toutes les personnes connaissant la région ayant suggéré que la moindre action confrontationnelle faite par des activistes d’«ailleurs» sur un sujet si sensible pourrait faire empirer la situation). Donc, ce ne sera pas un camp d’action mais un camp de communication, de mise en réseau, de programmation et d’éducation populaire.
    Un autre événement aura lieu au sein de ce camp : un rassemblement international de «Food Not Bombs» (ndt : collectifs de distribution de repas gratuits dans les rues, réseau présent dans plein de pays). Il y a une explosion des activités de Food Not Bombs en europe de l’est. Rien qu’en Russie, il y a cinquante groupes qui font régulièrement des actions. Nous avons déjà commencé à mettre en place un programme d’ateliers, discussions, entraînements pratiques, etc.
    Mais nous préférons que le programme se fasse avec les gens qui viendront. Alors si vous avez quelque chose à partager, ou une contribution à apporter, s’il vous plait faites-nous le savoir maintenant ! Cela peut concerner tous les sujets qui vous intéressent, pas uniquement le thème principal du camp.
    Sachez que l’Ukraine a supprimé le système des visas pour les citoyens de l’Union européenne, des USA et d’autres pays. Alors si vous avez un passeport d’un pays occidental, vous n’avez probablement pas besoin de visa pour nous rejoindre.

Pour participer, dès maintenant :
    Si vous avez des questions ou voulez rejoindre la préparation, nous aider à construire le camp la semaine précédant son commencement, et, le plus important, si vous voulez participer à la mise en place du programme en proposant des ateliers, discussions, entraînements pratiques ou quoi que ce soit, n’hésitez pas à nous écrire dès maintenant.
    Si vous voulez être régulièrement informé-e-s des préparations en cours et vous impliquer plus activement dans la préparation du camp, aider à mettre le programme en place en proposant des contributions, vous pouvez vous inscrire à la liste e-mail.
    S’il vous plaît, aidez-nous à diffuser cet appel le plus largement possible ! Traduisez-le dans diverses langues et distribuez-le dans votre
pays ou partout où vous le pouvez !
Jeudi 22 mars 2007
Après le mouvement étudiant de l’été dernier et l’énorme grève interprofessionelle (enseignants et élèves) dans les collèges et les lycées, les étudiants entrent de nouveau dans un bras de fer avec le ministère de l’Éducation et des religions.

La poursuite de la colère étudiante
Tout d’abord, le projet de loi de l’année dernière est maintenu. Il s’agit d’une loi fixant le maximum d
années détudes pour obtenir un diplôme (impossibilité de redoubler plusieurs fois).
    De plus, depuis la chute de la dictature en 1974, la police n
a pas le droit de pénétrer sur les campus. Cest désormais le cas avec la suppression de l«asile universitaire». On peut donc imaginer quelle pourra librement étouffer toute activité contestataire.
    Enfin, les étudiants s
opposent à la volonté des deux grands partis au pouvoir de réviser larticle 16 de la Constitution interdisant la création duniversités privées.

Une contestation plus générale
La communauté estudiantine élargit ses revendications en s
attaquant au système éducatif dans son sensemble. Elle lutte en effet contre lensemble des directives imposées par lUnion européenne (réforme LMD/ECTS, système de sélection dès le lycée, division entre étudiants manuels et intellectuels, etc.).
    Comme lors du mouvement de l
année dernière, on voit des lieux doccupation très vivants, des assemblées générales gigantesques, des manifestations et des actions coup de poing dans plus de 320 départements académiques (facs et IUT) dans tout le pays.

Répression féroce contre mobilisation massive
La manifestation du 9 mars à Athènes a rassemblé plus de 35.000 personnes, des étudiants, des lycéens, des enseignants et quelques travailleurs. Ceux-ci, bien que solidaires, ont des difficultés à se mettre en grève en raison de la timidité des grosses centrales syndicales.
    En même temps, des manifestations avaient lieu dans d
autres villes (Thessaloniki, Patra, Karditsa, Giannena, etc.).
    Ce mouvement fait face à une répression policière continue : lors de la manifestation du vendredi 9 mars à Athènes, des dizaines de personnes ont été envoyées aux urgences ; des dizaines de manifestants ont été arrêtés, 62 ont été inculpés.


CONTRE L’ÉCOLE DU FRIC ET DES FLICS :
NOUS SOMMES À LEURS CÔTÉS !
SOLIDARITÉ INTERNATIONALE !

Lundi 12 mars 2007
Le retrait unilatéral d’Israël de la Bande de Gaza, qualifié de «geste de paix» par les gouvernements et la plupart des medias occidentaux, est loin de permettre une autonomie réelle à la population palestinienne de Gaza. Les frontières sont contrôlées par Israël, il n’existe ni port ni aéroport sur le territoire, 80% de la population vit sous le seuil de la pauvreté — pour beaucoup dans des camps et des décombres — et 65% de la population active est au chômage. Cette paix est donc bien illusoire pour une population prise au piège dans une région surpeuplée et sans espoir d’autonomie même réduite. De plus, la politique israélienne des assassinats politiques «ciblés», présentés comme des actes légitimes, n’épargne pas la population : missiles et raids aériens tuent des civils sans que s’élèvent de protestations de la part des politiques ou des médias. Et pendant ce temps, la construction du mur d’annexion se poursuit.
    Dénonçant la politique de la fuite en avant dans la violence, des Israélien(ne)s condamnent l’occupation militaire israélienne et soulignent la menace que la situation actuelle représente pour les deux populations, palestinienne et israélienne.
    Matan et Michal font partie des Anarchistes contre le mur qui manifestent — en Israël et dans les territoires palestiniens occupés — contre l’occupation israélienne et contre le mur, mur de sécurité pour les autorités israéliennes et mur de la honte pour les autres.

Chroniques rebelles : Qui sont les Anarchistes contre le Mur, et de quel milieu venez-vous ?
Matan : Il y a un peu plus de trois ans, notre groupe s’est formé avec des jeunes ayant en commun la lutte non violente contre l’occupation israélienne. Nous n’avons aucun lien avec des partis et nous sommes, pour la plupart, des anarchistes. Nous travaillons et prenons les décisions ensemble, sans aucune hiérarchie. Beaucoup d’entre nous ne sont pas encore dans la vie professionnelle, mais à l’université ou au lycée, et nous venons plutôt d’un milieu privilégié.

Quelques-unEs des militantEs poursuiviEs devant les tribunaux

CR : Quelles sont les actions du groupe ?
Matan : Depuis le début, nous organisons des actions directes contre l’occupation et la construction du mur plusieurs fois par semaine. Nous soutenons les populations touchées par la construction du mur et nos actions non violentes sont destinées à en entraver le processus. Nous manifestons aussi quand les Palestiniens ne peuvent se rendre dans les hôpitaux.
Michal : La majorité des militant(e)s viennent de Tel Aviv ou de Jérusalem. En dehors des grandes villes, s’informer, militer, organiser des actions n’est pas simple, même avec Internet. Il y a beaucoup d’activisme dans le milieu universitaire, à l’université de Tel Aviv par exemple, et les rencontres se font aussi à l’occasion des manifs.
    En Israël, le système scolaire, les livres, la télévision, les films font l’apologie de la violence et de l’armée : être soldat, c’est servir l’État et se sacrifier pour le pays. L’éducation comme la culture sont nationalistes et font rapidement de nous, depuis l’enfance, des soldats. Le mythe du soldat-héros est perpétré et il est difficile d’aller à l’encontre de cette idéologie et de devenir objecteur. Il faut affronter quotidiennement la propagande.

CR : Le fait de mener des actions avec la population palestinienne est déjà une lutte contre la propagande qui propage l’idée de deux populations ennemies ?
Michal : C’est pourquoi il est important que nos actions soient menées ensemble. La propagande du gouvernement concernant le mur écarte les raisons politiques pour mettre en avant la question sécuritaire. Le mur n’aurait pour but que de protéger Israël des attentats-suicides.
Matan : Ce que nous constatons sur le terrain, c’est que la construction du mur, de fait, annexe à certains endroits jusqu’à 30 kilomètres du territoire palestinien. Le mur se construit en effet au-delà de la ligne verte de 1967. Or 80% de l’eau d’Israël vient de Cisjordanie. L’eau serait-elle dangereuse ? Comment croire la propagande de l’État qui, pour la construction du mur, a fait arracher 150.000 oliviers ? En tant qu’Israélien, soi-disant menacé par l’«autre», je découvre au cours de ces actions des êtres qui sont semblables à nous, nos égaux. Nous agissons ensemble, hors de la relation occupant/occupé, et c’est là un changement essentiel. Il s’agit non seulement de briser une barrière physique, mais aussi une barrière mentale érigée depuis l’enfance. Nous pouvons travailler et lutter ensemble pour les droits et la justice ; les barrières disparaissent.

Meeting de soutien à saintClaude, le 27 octobre 2005

CR : Quelles sont précisément les actions et leurs conséquences ?
Matan : Nous nous rassemblons plusieurs fois par semaine avec les Palestiniens et des internationaux pour manifester sur les sites de construction du mur. Nous marchons mains levées pour montrer que nous sommes non-violents et sans intention de blesser quiconque. Nous manifestons, dans la non-violence, contre l’occupation et les crimes de guerre. Aux injonctions des soldats ordonnant de quitter une zone militaire où il est interdit de manifester, nous répondons que l’occupation est illégale et qu’ils ne peuvent pas nous priver du droit démocratique de protester. La réponse est alors invariable : la violence. D’abord avec des grenades lacrymogènes, puis le tir de balles en caoutchouc sur les manifestant(e)s pour nous effrayer et tenter de nous séparer. Le véritable enjeu est de nous empêcher de manifester ensemble.

Matan — parmi les manifestantEs blesséEs à Bil’in le 24 février 2006

Nos tactiques sont parfois spectaculaires. Nous nous enchaînons dans des cages, comme enfermé(e)s dans le mur. À Tel Aviv, nous avons bloqué des routes pour montrer ce que subit la population palestinienne aux check points.


CR : Comment réagissent les gens à vos actions ?
Matan : Les réactions sont différentes. Du côté palestinien, c’est ouvert, en Israël c’est le contraire. On nous considère souvent comme des traîtres soutenant les terroristes, et nous sommes dépeints comme violents bien que pacifistes ! La question soulevée est pourtant simple : peut-on vivre et cohabiter avec les Palestiniens ou non ?

CR : Des Israéliens-Palestiniens participent à vos actions ?
Michal : Pas encore. Ils sont dans les associations comme Tayyush, Gush Shalom, mais participent à nos manifestations. Nos liens avec la population palestinienne sont très forts dans plusieurs villages.
    En Israël, la majorité ne s’oppose pas à l’occupation et oublie que les Palestinien(ne)s sont des êtres humains, avec des droits, et qu’il est nécessaire de dialoguer, de se rencontrer. C’est la seule solution pour vivre ensemble. Il faut cesser cette annexion et briser la barrière mentale qui sépare les deux populations.

CR : Dans les confrontations avec les soldats, pouvez-vous établir un dialogue ?
Matan : Non, ils obéissent aveuglément aux ordres. Ils ne cherchent ni à comprendre ni à anticiper les conséquences de la violence de l’occupation. Pour les soldats, nous sommes des ennemi(e)s à combattre, en tous cas une composante de l’ennemi puisque nous nous élevons contre le pouvoir. Aucun dialogue n’est possible avec le gouvernement et l’armée, leur réponse est donc forcément la violence. Les refuzniks sont considérés comme des traîtres à Israël alors que c’est le contraire. Ils sont des centaines en prison à être classés comme traîtres dans les campagnes de propagande. La population leur est souvent hostile.

Bil’in, le 9 mars 2007 — deux manifestants seront hospitalisés

Michal : Pour les femmes, c’est plus facile de refuser le service militaire [femmes : 2 ans. Hommes : 3 ans + 1 mois de réserve par an] et d’opter pour le service civil. J’ai refusé de faire mon service militaire, il y a deux ans. Je suis passée devant une commission après avoir rédigé une lettre expliquant que j’étais pacifiste, contre la guerre et les armes. La commission m’a interrogée pour savoir si je militais. À ma connaissance, seulement deux femmes ont fait de la prison pour être refuznik.

CR : Vos actions ont-elles une influence sur les jeunes ?
Michal : Oui. En Palestine, les Israélien(ne)s ne sont plus vus seulement comme des militaires ou des colons. Et en Israël les Palestinien(ne)s ne sont plus uniquement considéré(e)s comme des kamikazes. Les femmes refusent de plus en plus d’effectuer leur service militaire, même si elles ne sont pas, comme les hommes, sur le terrain, et choisissent le service civil. Sur Internet, on trouve une information pour refuser le service militaire [New Profile] et le phénomène d’isolement est moins grand. Il faut souligner qu’il est différent de se déclarer pacifiste et de refuser de faire son service militaire dans une armée d’occupation.
Matan : Les actions — les nôtres et celles d’autres groupes — ont un effet. Au début de la construction du mur, il était prévu 20% d’expropriations de terres palestiniennes, maintenant c’est 10%. C’est le résultat des luttes. Notre but est 0% de terres agricoles confisquées. L’effet sur les jeunes grandit, pas beaucoup, mais c’est constant. Nous étions au début une poignée à manifester et nous sommes à présent des centaines. Nos actions constituent une alternative, même une alternative au service militaire.

CR : Tu as parlé des internationaux. Quelle est l’importance du mouvement international de solidarité ?
Matan : Il est essentiel de venir, de voir en direct ce qui se passe ici et de soutenir nos actions non-violentes. La police et l’armée font tout pour les intimider (Rachel Corey tuée à Gaza), pour les refouler. Mais si la violence est la seule réponse, c’est peut-être un signe que nous progressons. Les autorités veulent nous décourager et nous isoler de la population palestinienne.
    Pour ce qui concerne Gaza et le retrait unilatéral, c’est un écran de fumée. Rien n’est dit réellement sur la situation : 40.000 colons sont installés en Cisjordanie pour empêcher la création d’un État palestinien et pour mieux coloniser les terres palestiniennes. C’est la stratégie de l’état de fait.

Interview par Christine PASSEVANT, 4 mars 2007 - Chroniques rebelles
tous les samedis de 13h30 à 15h30 sur Radio Libertaire, 89.4
 
Mercredi 7 juin 2006
Lu dans Libé : « Le gouvernement central a reconnu que le nombre de conflits sociaux est passé de 58.000 en 2003 à 74.000 en 2004. » (19 janvier 2006.) « Des “petits” Tiananmen ne cessent de se produire et de se reproduire de nos jours. Les officiels les appellent “incidents de masse”. L’attitude des autorités consiste à étouffer ces mouvements par des moyens “doux”, ou “durs” si nécessaire, auquel cas l’Armée peut être mobilisée pour réprimer. La récente répression armée dont ont été victimes les villageois de Dongzhou, dans la province de Guangdong, en est une tragique illustration. Le nombre croissant des outrages aux droits des personnes commis par les autorités provoque une multiplication des réactions de défense chez les gens. L’an dernier, plus de 80.000 incidents de ce genre, impliquant des dizaines, des centaines ou des milliers de personnes, ont eu lieu. C’est un toutes les cinq minutes. » (Bao Tong, 2 juin 2006.)
« La Chine a connu l’an passé 50.000 conflits ou manifestations dus à des problèmes environnementaux, soit 136 en moyenne chaque jour, indiquait un officiel le mois dernier. Le ministre de la Protection de l’environnement, Zhou Shengxian, estime que ces conflits dus à la pollution progressent de 30 % par an. » (6 juin 2006.)

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Au Coffre-Fortcoffre-fort.JPG
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