Dimanche 21 décembre 2008

N’hésitez pas à faire circuler ces quelques nouvelles des inculpés de la révolte de Vincennes, dont certains sont
emprisonnés depuis 6 mois sans toujours aucune date de procès, et à communiquer le plus largement possible leurs adresses et numéros d’écrou pour que celles et ceux qui le
souhaitent puisssent leur écrire :
M. Diakité, passait jeudi en appel pour une remise en liberté conditionnelle. L’audience n’était pas publique, même si sa compagne, Anaïs, a pu y assister donc il
n’y a pas eu
d’appel pour y
aller nombreux. La juge, la même que lors de la précédente audience en appel pour la remise en liberté, a décidé de maintenir M. Diakité en détention.
M. Diakité (pour ceux qui ne s’en rappellent pas est père de sept enfants français dont plusieurs sont scolarisés dans le 13e à Paris) a semblé fatigué à Anaïs, sa femme, et mercredi il a eu un malaise
pendant la promenade.
Concernant les autres inculpés :
Aujourd’hui le
jeune Ekma Mouktaré (17 ans ou 18 ans selon les sources) a eu sa première visite depuis six mois. Il semble très désorienté par ce qui lui arrive, on espère qu’une demande de remise en liberté sera
bientôt faite.
Ali Diallo, le jeune homme qui avait été interpellé le soir même de l’incendie, a également eu une visite jeudi (la 2e). Petit détail : les gardiens ont refusé qu’on lui donne les chaussures
d’hiver
qu’on avait
achetées pour lui vu qu’il n’avait que ces chaussures d’été (il y aurait un morceau de fer dans les semelles).
Mahamadou Dramé, qui travaillait en France depuis sept ans et qui se trouvait en rétention à Vincennes après s’être fait arrêter sur son lieu de travail a aussi eu sa 2e visite vendredi.
Quand à M. Slaheddine El Ouertani, victime selon les dires de l’administration pénitentiaire d’une agression dans sa cellule début novembre, il est, selon le peu de nouvelles qui
filtrent, toujours hospitalisé à la Pitié-Salpétrière et toujours dans le coma.
Des colis de Noël (on a le droit à 5 kilos) ont été préparés pour chacun d’eux (sauf bien sûr pour M. El Ouertani malheureusement).
Vous pouvez écrire à ces prisonniers, juste une carte, ça fait toujours plaisir et ça montre à
l’administration
que les gens sont entourés.
Voilà leurs numéros d’écrou et les adresses que vous pouvez diffuser à loisir dans vos différents réseaux :
Mahamadou Drame, écrou no 367337
Maison d’arrêt
des hommes de Fleury-Mérogis,
7 allée des Peupliers, 91700 Fleury-Mérogis
Ekma Mouktare, écrou no 367134, bât. D3 cellule D326
Maison d’arrêt des hommes de Fleury-Mérogis,
7 allée des Peupliers, 91700 Fleury-Mérogis
Ali Diallo, écrou no 367347, bât. D5
Maison d’arrêt des hommes de Fleury-Mérogis,
7 allée des Peupliers, 91700 Fleury-Mérogis
Moise Diakité, écrou no 369111 H, bât. D5
Maison d’arrêt des hommes de Fleury-Mérogis,
7 allée des Peupliers, 91700 Fleury-Mérogis
(Les lettres doivent être adressées à une seule personne, ils ne pourront pas les faire
circuler.)
Merci.
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Mercredi 17 décembre 2008
Ami(e)s d’Espace Noir,
Chères compagnonnes et chers compagnons,
Vous connaissez Espace Noir. Depuis 1986, la coopérative libertaire autogérée propose une vaste animation culturelle et politique dans la région de Saint-Imier, qui la fait connaître bien au-delà
de la région. Puisant ses racines dans l’histoire du mouvement ouvrier et de l’anarchisme (la région est le berceau de la Fédération jurassienne et de
l’Internationale
anti-autoritaire), Espace Noir se veut un des «bastions» du mouvement anarchiste contemporain, ici et maintenant. Espace Noir expérimente et vit l’autogestion dans son fonctionnement
quotidien. Espace Noir sert d’infrastructure aux divers mouvements libertaires de la région et au-delà ; il participe aux luttes locales, régionales, nationales et internationales.
Malgré tout cela,
Espace Noir est en danger !
Espace Noir est confronté à des difficultés financières importantes. Suite à une augmentation des charges, aggravée par une période de baisse du chiffre d’affaires de la Taverne, et malgré une
récente amélioration, faire face aux factures quotidiennes est un exercice de plus en plus difficile. Les créances s’accumulent avec les menaces qui en découlent. Après des années
d’activité, une
grande partie de l’infrastructure technique et informatique est obsolète, inutilisable dans un avenir proche. Malheureusement sans matériel adéquat, il n’y a plus de culture, et il devient difficile
de poursuivre nos actions. Pour ne pas en finir et nous permettre de continuer de défendre une culture alternative, une culture de réflexion, de proposition — une culture de lutte ! — nous
avons besoin de votre soutien politique et financier, matériel ou autre (diffusion de l’information, organisation de soirées de soutien, liens, échanges…).
Le financement de notre budget dépend essentiellement de l’apport bénévole des travailleurs et du chiffre d’affaires de la Taverne. Enfin, les 300 cotisants à l’Association Culture à Espace Noir et les dons nous permettent d’engranger environ 15'000 francs par
année.
La limitation des subventions publiques est un choix qui assure notre autonomie et qui nous permet de prendre position en toute liberté dans le débat public. La contrepartie, économique, est que
nous sommes tributaires uniquement des ressources que nous devons générer nous-mêmes par nos activités et notre créativité.
Espace Noir,
c’est
un lieu social. Il essaie de promouvoir une culture différente, et qui revendique une culture accessible à tous, où chacun peut s’y impliquer, s’investir, participer, se former grâce aux
outils mis à disposition. Les travailleurs de la coopérative peuvent s’investir et développer des compétences dans des domaines d’activité variés : animation culturelle, service, cuisine,
projection de films, vente de livres, informatique, technique de spectacles, etc.
Espace Noir, c’est un centre de solidarité, un outil pour les luttes politiques et sociales. Par la mise à disposition des locaux de réunion et de matériel divers, et par son
implication en tant que telle (Espace Noir appelle à des manifs, prend position régulièrement dans l’actualité sociale et politique…).
Une des caractéristiques d’Espace Noir est bien sûr son engagement sociopolitique affirmé. Cet engagement se retrouve dans le mode de fonctionnement (l’autogestion), dans ses choix culturels
(week-end sur la mondialisation, contre le racisme, sur le féminisme, le syndicalisme, etc.) mais aussi dans l’action sociale et politique. La solidarité individuelle ou les luttes collectives
(soutien aux ouvriers en grève de «La Boillat» Swissmetal, manifestations contre l’extrême droite, création d’une association de chômeurs, etc.) font également partie de ses priorités. Espace
Noir participe ou organise des manifestations revendicatives et des mouvements associatifs dans les domaines des luttes ouvrières, de la défense des droits humains et de l’environnement.
Espace Noir pratique aussi la solidarité au quotidien en soutenant les personnes qui en font la demande dans leurs démarches administratives, en les conseillant et en les orientant vers des
organismes pouvant les aider.
Espace Noir, c’est une centaine d’événements par année, 24 concerts dans tous les styles, 4 jam sessions, 50 films, 4 pièces de théâtre, 4 expositions, 8 débats et conférences, 4
événements thématiques et 3 actions sociales durant la saison 2007-2008.
Espace Noir, c’est une Taverne, ouverte de 8h15 à 0h30 six jours sur sept. C’est le centre névralgique de la coopérative, elle fait office de place du village. Elle
en est aussi le poumon financier.
Espace Noir, c’est une Librairie. Elle dispose d’un choix d’ouvrages traitant de l’histoire ouvrière de la région, des classiques de la littérature et des ouvrages de
sciences sociales et politiques.
Espace Noir, c’est un Théâtre/salle de Concerts. Il propose une vaste programmation. On y organise des conférences et des débats, des concerts de musique variées, des pièces de
théâtre.
Espace Noir, c’est une Galerie. Des expositions d’art plastique et thématique sont présentées aux visiteurs.
Espace Noir, c’est un Cinéma. Avec ses 35 places, il est le plus petit cinéma de Suisse et le dernier de toute une région périphérique. On y projette en version originale des films du
monde entier, ainsi que des reportages thématiques [sur des sujets] tels que la xénophobie ou la précarité.
Espace Noir, c’est un Info-Kiosque. Il propose un grand panel de la presse alternative, des brochures et des dossiers, ainsi que des projections sur des thèmes engagés.
Espace Noir c’est un poste Internet. De nos jours certaines opérations de la vie courante deviennent difficiles sans un ordinateur avec accès Internet, or tout le monde n’en dispose pas
encore. C’est une des raisons qui nous a décidés d’en mettre un à la disposition du public.
On tient à Espace Noir !
Espace Noir tiendra !
Merci d’avance pour
toutes vos initiatives, salutations fraternelles.
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Dimanche 14 décembre 2008
Non à la répression !
UNE FOIS DE PLUS ON CRIMINALISE DES MANIFESTANT-ES SOLIDAIRES DE LA RÉVOLTE DE LA JEUNESSE
GRECQUE.
Comme vous le savez ce vendredi 12 décembre il y a eu une manifestation à Paris devant l’ambassade de Grèce en solidarité avec ce qui se passe là-bas, en solidarité aussi avec notre camarade
Alexandros Grigoropoulos lâchement assassiné par la police grecque…
Comme à sa triste habitude les forces de répression de la préfecture de police parisienne ont multiplié les provocations durant ce rassemblement et ont pour finir effectué sans raison de
violentes charges contre les manifestantEs qu’ils trouvaient trop remuantEs.
Cinq camarades ont été-es arrêté-es, ils risquent gros car la préfecture, la Dcri et ses agents qui étaient sur place devant l’ambassade de Grèce, ainsi que les Gm ont décidés de les «charger» un maximum dans leurs
«dépositions». Ce soir dimanche 14 à 19 heures il y a eu un rassemblement de solidarité près du commissariat de
la place des Invalides où nous avons appris que nos camarades ont été transférés au Dépôt de la préfecture de police de Paris, et qu’ils risquaient
jusqu’à 96 heures
de garde à vue avant de passer devant un juge ou un procureur.
Un nouveau rassemblement de solidarité devrait avoir lieu demain mais nous n’avons encore ni le lieu ni l’heure : merci de relayer si vous avez d’autres précisions.
AUSSI NOUS LANÇONS CET APPEL :
PAR TÉLÉPHONE DE PARIS DE PROVINCE DE PARTOUT EN EUROPE ET DANS LE MONDE EXIGEONS LA LIBÉRATION IMMÉDIATE ET SANS
AUCUNE CONDITION DE NOS CINQ CAMARADES
N’HÉSITONS PAS À TELEPHONER À LA PRÉFECTURE DE POLICE DE PARIS AUX NUMÉROS CI-DESSOUS
(DE PRÉFÉRENCE FAITES-LE DANS DES CABINES DE TÉLÉPHONE PUBLIQUES SURTOUT PAS À PARTIR DE VOS TÉL. PORTABLES OU DE VOS
NUMÉROS PERSONNELS DE TÉL. FIXES)
Adresses et téléphones de la Préfecture de Police
4 bld du Palais 75195 PARIS RP
tél. 01 53 71 53 71
tél. 01 53 73 53 73
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Dimanche 14 décembre 2008
Message transféré du compte rendu d’un camarade.
Salut,
Nous étions une soixantaine rassemblés devant le commissariat du 7e arrondissement [01 44 18 69 07] où sont retenus nos camarades arrétés pendant la manifestation de soutien au mouvement social
grec de vendredi soir. La famille de Othman nous a indiqué que les policiers envisageaient de maintenir nos camarades en garde à vue jusqu’à lundi soir, soit plus de 48 heures, en application des
lois Perben. Cela signifierait que nos camarades constitutent, au choix, une entreprise terroriste ou une bande organisée !
Nous appelons donc à un nouveau rassemblement dimanche soir, rendez-vous à 19 heures métro
Invalides, pour aller devant le commissariat du 7e arrondissement, afin d’accueillir nos camarades à la sortie de leur
garde à vue, ou d’exprimer notre indignation face au maintien éventuel de leur détention (notamment pour les trois
camarades accusés d’agression en réunion sur les flics).
Libération immédiate de nos camarades !
Non à la criminallisation du mouvement social !
Nous comptons sur votre présence.
Merci de faire suivre au maximum ce message !
Infozone, 14 décembre 2008
Liste d’information pour la France sauvage.
Manifestation à Paris en solidarité avec la «génération 600 euros» en Grèce
Quelque 300 personnes ont manifesté vendredi soir à Paris à proximité de l’ambassade de Grèce, en solidarité
avec la «génération 600 euros», et ont partiellement bloqué l’avenue des Champs-Élysées, a constaté une journaliste de l’AFP.

Rassemblés à l’appel d’organisations de l’Éducation et de gauche, les manifestants se sont massés à quelques centaines de mètres de l’Arc de Triomphe, en haut des
Champs-Élysées, et à proximité de l’ambassade, dont les forces de l’ordre leur barraient l’accès.
Les manifestants ont fait irruption sur la célèbre avenue, qu’ils ont bloquée au moyen de barrières de chantier et en formant une chaîne humaine. La circulation a partiellement repris à la
suite du départ des manifestants, talonnés par les forces de l’ordre.
Certains ont démonté des petits feux tricolores. Un panneau publicitaire et le pare-brise d’une voiture ont été endommagés.
Six interpellations ont eu lieu, trois pour dégradations et trois pour jets de projectiles sur les forces de l’ordre, a-t-on indiqué de source policière.
Le leader d’extrême-gauche Olivier Besancenot, à la tête du Nouveau parti anticapitaliste (NPA)
qui doit voir officiellement le jour en janvier, participait au rassemblement.
«Au-delà de l’indignation légitime de ce qui se passe en Grèce, on souhaitait faire entendre l’inquiétude des jeunes en France. Sans faire de parallèle douteux entre les
situations politiques en France et en Grèce, la génération 600 euros de Grèce a bien des similitudes avec la génération CPE», a déclaré à la presse le président de l’organisation étudiante Unef,
Jean-Baptiste Prévost.
Le contrat première embauche (CPE) est un contrat-jeunes que le gouvernement avait été contraint de retirer en 2006 après deux mois et demi de mobilisation des syndicats, des étudiants et des
lycéens, descendus dans la rue par centaines de milliers.
Les «600 euros» sont une référence au salaire mensuel de jeunes actifs grecs.
Des militants du NPA brandissaient une pancarte sur laquelle on pouvait lire : «À bas le terrorisme
d’État en Grèce
et vive le peuple grec en lutte».
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Vendredi 12 décembre 2008
«Mes mots, s’ils respirent, ce n’est pas de ramper mais de dire. Et ce que je dis ne plaît pas à ceux qui voudraient
qu’on se taise.
Car dans mon cas judiciaire, il faudrait que j’accepte le livret de la victime expiatoire à la bonne raison de ne plus rien faire, de ne plus se rebeller ou alors avec des
mots sourds et aveugles, étrangement orphelins de leur musique.»
Jann-Marc Rouillan, Lettre à Jules.
Jean-Marc Rouillan est un militant communiste révolutionnaire depuis plus de trente ans. Jean-Marc Rouillan est un prisonnier politique depuis vingt et un ans. Jean-Marc Rouillan est devenu un
écrivain depuis la parution de Je hais les matins, en 2001 [Chez Denoël]. Il est aujourd’hui l’auteur de neuf ouvrages dans lesquels il décrit la condition carcérale ainsi que son expérience individuelle et collective de la
lutte armée. Après avoir bénéficié de la semi-liberté pendant dix mois, Jean-Marc Rouillan est retourné à plein temps en prison, suite aux propos qu’il a tenus dans L’Express.
Contrairement à ce qu’on a parfois pu lire ou entendre au cours de l’emballement médiatique qui a suivi, Jean-Marc Rouillan ne continuait pas de prôner la lutte armée, mais remettait dans une
perspective historique un point de doctrine marxiste, qui fait partie des références d’un bon nombre de militants et de sympathisants se réclamant de cette idéologie : «Le
processus de lutte armée tel qu’il est né dans l’après-68, dans ce formidable élan d’émancipation, n’existe plus. Mais en tant que communiste, je reste convaincu que la lutte armée à un moment du processus révolutionnaire est
nécessaire.» Et plus loin, répondant à la question du journaliste sur ses éventuels regrets, il commentait son interdiction de parler des faits pour lesquels il a été condamné en janvier 1989 et
pour lesquels, rappelons-le, il a purgé sa peine de sûreté : «Je n’ai pas le droit de m’exprimer là-dessus… Mais le fait que je ne m’exprime pas est une réponse. Car il est
évident que si je crachais sur tout ce qu’on avait fait, je pourrais m’exprimer. Mais par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de
tirer son vrai bilan critique.»
Pourquoi ces deux réponses, qui ne faisaient pourtant que reprendre ce que Jean-Marc Rouillan n’a jamais cessé de dire, dérangent-elles autant ? Sans doute parce
qu’elles sortent de
la bouche d’un
homme condamné à la perpétuité pour des «actes de terrorisme», qui n’a pas renié son engagement — malgré vingt et une années d’incarcération dont sept et demie à l’isolement total et cinq grèves de la faim.
Et qu’aujourd’hui, cet homme, qui ne s’est pas repenti, souhaite continuer de militer en intégrant un parti légaliste.
Comme on a pu le constater, le débat qui a suivi la parution de ces propos dans L’Express s’est orienté sur la question de la repentance
et sur la crédibilité d’un nouveau parti, celui d’Olivier Besancenot, lequel allait intégrer dans ses rangs un «ancien terroriste». Nulle part, il n’a été question de débattre du choix,
discutable, qu’ont
fait certaines personnes qui se sont radicalisées dans la lutte et qui ont pris les armes au cours des années 1970-80. Et pour cause : pour débattre de la légitimité ou non
d’une telle option,
il aurait fallu se replonger dans l’histoire de ces dernières décennies et remettre Action directe (AD) dans la perspective des autres organisations armées qui sont nées, en France, après Mai 68. Or, comme le
constatait la chercheuse italienne Luisa Passerini, la connexion entre l’élan contestataire de Mai et ces organisations est un des problèmes les plus difficiles à aborder de notre histoire récente
[Lire Luisa Passerini, Autoritratto
di gruppo, Florence, Giunti, 1988]. Et bâillonner certains
des acteurs directs de cette histoire en les empêchant de tirer, à l’aide des armes de la critique, un bilan de leurs actions passées ne nous aidera certainement pas à comprendre comment
l’organisation
Action directe a pu, à un moment donné, décider, au nom de la révolution, d’exécuter un général de l’armement et le patron de la régie Renault. Il ne s’agit pas ici de faire
l’apologie
d’AD, mais de
dépasser les considérations «pseudo-psychologiques», qui ne prennent pas en compte la dimension collective de l’élan contestataire de l’après 68 et, surtout, de montrer
qu’il existe
certains tabous dans cette histoire de la violence politique en France.
Action directe, une génération spontanée ? Retour sur les expériences de lutte armée après 1968
Quand on se penche sur le contexte des années 1970, en France, on constate que la réactivation de l’idéologie révolutionnaire après Mai 68 et, notamment, l’opposition à la guerre menée par les
États-Unis au Vietnam, ont conduit à la formation de plusieurs groupes d’extrême gauche dont l’objectif était de ramener la classe ouvrière à sa mission historique en lui offrant un autre projet
politique que celui des réformistes. C’est ainsi que se sont créées des organisations, aux tendances idéologiques souvent antagonistes, comme la JCR (Jeunesse communiste révolutionnaire,
trotskiste) au printemps 1966, l’UJC-ml (Union des jeunesses Communistes marxistes-Léninistes) en 1966, la GP (Gauche prolétarienne) en février 1969, ou VLR (Vive la Révolution) en septembre
1969. La GP, groupe d’obédience maoïste qui comptait environ 3500 membres en 1971 [Ces chiffres sont avancés par Isabelle Sommier, La Violence politique et son deuil. L’après 68 en France et en Italie, PUR,
1998, p. 238], est l’un des groupes les plus emblématiques.
Qualifié de groupe «Mao-spontex» pour sa croyance en la spontanéité des masses, les «gépistes» entendaient dépasser les organisations ouvrières pour créer un «authentique» parti communiste
ouvrier à partir de la lutte des peuples. Officiellement interdite en 1970, par les lois Marcellin (du nom du ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin), la GP s’autodissout en 1973 après avoir
formé une organisation parallèle armée, la NRP (Nouvelle résistance populaire), qui se distingue par des actions comme l’enlèvement d’un responsable de chez Renault. La NRP sera dissoute dès
janvier 1974 par ses dirigeants, qui renoncent à la lutte armée. Tandis que d’anciens militants de la GP vont fonder, en avril 1973, le quotidien Libération, sous l’égide de Jean-Paul
Sartre, certains rallieront, en 1977, les NAPAP (Noyaux armés pour l’autonomie prolétarienne) qui ont revendiqué des attentats et des sabotages ainsi que l’exécution, le 24 mars 1977, de
Jean-Antoine Tramoni, le vigile de Renault, responsable, en février 1972, de la mort du syndicaliste et militant de la GP, Pierre Overnay. D’anciens «gépistes» vont également participer, en 1977,
à la coordination CARLOS (Coordination autonome des révoltés en lutte ouverte contre la société), composée d’autonomes, d’anarchistes et de communistes révolutionnaires, engagés dans la lutte
anticapitaliste et antinucléaire [Lire
Retour sur les années de braise, Collectif éphémère, CRAS, mars 2005, p. 15].
Par ailleurs, alors que, en Espagne, des mouvements de grèves voient le jour à la fin des années 1960, des militants ouvriers, des étudiants s’organisent dans la contestation. Des étudiants
catalans en exil à Toulouse établissent des contacts avec des militants français, ce qui conduit à la formation, en 1971, du MIL (Mouvement ibérique de libération). Cette organisation rassemble
une vingtaine de membres français et espagnols, qui font le choix des armes et de la clandestinité. Conçu comme un groupe de soutien aux mouvements ouvriers en grève en Espagne, le MIL a pratiqué
des «expropriations» (des braquages) de 1971 à 1973, essentiellement sur le territoire espagnol, ainsi que des vols d’imprimerie à Toulouse. L’objectif du MIL était aussi d’élaborer une
«bibliothèque socialiste», une maison d’édition chargée de diffuser leurs idées et leurs références théoriques d’obédience anarchiste, marxiste, conseilliste, voire situationniste. Le groupe
s’autodissout en août 1973. En septembre 1973, plusieurs membres de l’ex-MIL sont arrêtés et font l’objet d’une sévère répression de la part des autorités franquistes. Salvador Puig Antich est
condamné à mort en janvier 1974. Une campagne de soutien s’active en Europe. Dès janvier 1974, une coordination de plusieurs personnes — dont des militants de l’ex-MIL, des anarchistes français
et espagnols — s’organise sous le sigle de GAI (Groupes autonomes d’intervention) qui deviendra rapidement les GARI (Groupes d’action révolutionnaire internationalistes). Leur action vise à
soutenir leurs camarades emprisonnés en Espagne et à demander leur libération. Le 2 mars 1974, Salvador Puig Antich est garrotté. Les GARI vont alors se radicaliser en pratiquant des sabotages
sur les voies ferrées et des braquages, puis en kidnappant, à Paris, Baltasar Suarez, le directeur de la Banco Bilbao (mai 1974) ou en déposant des explosifs visant des bâtiments officiels de
l’État franquiste, comme le Consulat d’Espagne (juillet 1974). Ils bloquent également le Tour de France en juillet 1974, lors de son passage dans les Pyrénées, et mettent le feu à des bus de
pèlerins en partance pour Lourdes. Les GARI se sont autodissout fin août 1974 [Pour une chronologie plus précise, on pourra se référer à l’article de La Lanterne noire, no 2 (décembre 1974-janvier 1975)].
En cette année de commémoration des quarante ans de Mai 68, si la GP a très souvent été citée, on ne peut pas en dire autant du MIL ou des GARI. Et quand le nom d’Action directe a surgi, ce ne
fut pas toujours pour rappeler une filiation entre cette organisation et les discours et les pratiques de l’époque, mais parfois pour vanter notre «exception française» : la culture des urnes
contre celle de la rue [Nous faisons ici
allusion aux propos tenus par Jean-François Sirinelli dans l’émission «La rumeur du monde», radiodiffusée sur France Culture, le 10 mai 2008]. S’il est vrai que la France n’a pas connu d’épisodes de violence d’une ampleur équivalente à
ceux de l’Allemagne ou de l’Italie, cette vision de l’histoire nous paraît toutefois révélatrice d’une forme de refoulement ou d’une volonté de délégitimation d’organisations ayant entrepris,
dans les années 1970-80, une stratégie de guérilla contre la violence étatique. Certains anciens militants eux-mêmes semblent des fois faire preuve d’amnésie à l’égard de leur passé et de leurs
velléités, à l’époque, de prendre les armes. C’est ce que démontre très bien la politologue Isabelle Sommier dans son travail de recherche sur la forclusion de la violence politique en France et
en Italie [Isabelle Sommier, La
Violence politique et son deuil, op. cit.]. Elle
constate une prise de distance de la part d’un grand nombre de ces militants vis-à-vis de ceux qui ont suivi jusqu’au bout leur combat. Et comme elle le fait remarquer, «les rares ouvrages écrits
a posteriori par les acteurs directs surprennent par leur côté souvent anecdotique, voire apologétique, d’un Mai 68 qui semble n’avoir été qu’une gigantesque fête à la limite de la
farce. De violence, il est peu question, sauf sous un jour ludique (les barricades) ou pour évoquer la répression. Les années suivantes sont, quant à elles, frappées par un black-out quasi-total
: en France, elles ont surtout donné lieu à des diatribes acerbes de la part d’ex-militants [Ibidem, p. 25]». Pour donner une idée du refoulement concernant le recours à la violence d’une partie de l’extrême gauche ou de la filiation entre Mai 68 et les expériences de lutte
armée, il suffit de se plonger dans l’historiographie de la lutte armée, en France, dans les années 1970. Celle-ci n’est pas pléthorique : le sujet est parfois évoqué dans quelques biographies
d’anciens militants ou dans certains travaux de politologues, de sociologues ou de journalistes, mais il n’a jamais fait l’objet d’une véritable synthèse historique. Comme le souligne Luisa
Passerini, qui a entrepris une recherche sur «la génération de 68», «au manque d’enquêtes s’ajoutent une aversion diffuse à en parler, le poids des préjugés et des rancœurs, un sentiment de
tabou. [Luisa Passerini,
Autoritratto di gruppo, op. cit., p. 188]»
Du MIL à AD : le parcours de Jean-Marc Rouillan
En mars 2005, un collectif éphémère publiait, aux éditions du CRAS [CRAS : Centre de recherche sur l’alternative sociale a été fondé en 1979. Il archive tous types de documents sur les expériences
alternatives et les courants de pensée opposés à l’ordre social (anarchistes, libertaires, autonomes, communistes anti-autoritaires). Le CRAS se veut indépendant de toute institution et de tout
groupe constitué. BP 51026, 31010 Toulouse, cedex 6], une
brochure, Retour sur les années de braise, les groupes autonomes et l’organisation Action directe, qui faisait
état de l’absence d’étude objective sur AD. «Actuellement, constatait ce collectif, sur Action directe, nous n’avons connaissance que de la situation pénale, des conditions de détention et de
l’état de santé des membres incarcérés.» En 2008, nous n’en savons guère plus. Il existe toutefois le texte émanant d’Action directe, paru dans Cahier Front no 6, que les auteurs de la
brochure du CRAS reproduisent et datent de la fin des années 1990. On peut lire la version des prisonniers d’AD sur la genèse du groupe auquel ils ont appartenu. On y apprend notamment que
«l’année 1977 est marquée par l’émergence du mouvement autonome européen et par sa liaison avec les offensives de la guérilla en Allemagne et en Italie. En France, des militants révolutionnaires
issus de nombreuses et diverses expériences françaises et étrangères, depuis 1968, initient un processus de convergence. Et ils établissent une coordination politico-militaire, interne au
mouvement autonome.» Ainsi «se retrouvent d’anciens membres de groupes armés […] du MIL et GARI […], des NAPAP […]. Durant près de deux ans, cette coordination mènera de nombreuses actions de
sabotages et de préparation à la lutte armée.» Si le collectif éphémère du CRAS préfère employer le terme de «réseau» plutôt que de coordination, et évalue la durée de ce dernier à un an plutôt
qu’à deux, il n’en reste pas moins, comme il le souligne, qu’«il y avait plusieurs ex-MIL et ex-GARI». Selon le CRAS, ce n’est pas, à proprement parler, cette coordination qui décide de créer AD,
mais certains groupes et individus qui la constituent. Le collectif éphémère avance ensuite l’éventualité de la participation de membres des BI (Brigades Internationales) [BI : organisation communiste de tendance
marxiste-léniniste, créée en 1973 après le coup d’État au Chili. La plupart de ses membres proviennent de la GP. De 1974 à 1977, les BI vont se concentrer sur la situation internationale et sur
la solidarité en blessant et en exécutant des diplomates étrangers présents en France] à la création d’AD. Mais comme le déclare le CRAS, «c’est à eux d’en parler».
Toujours est-il que, contrairement à ce qu’on a parfois pu lire dans la presse ou entendre sur les ondes, AD ne paraît pas avoir surgi, tel un météore, dans le «climat pacifié» de la France du
début des années 1980. À ce jour, nous n’avons pas suffisamment d’informations pour discuter plus précisément de la filiation d’Action directe avec tel ou tel groupe en particulier. Ce que nous
voulons simplement tenter de dire ici, c’est que cette organisation s’enracine dans les expériences armées amorcées dans les années 1970. En ce sens, le point de vue des réalisateurs Pierre
Carles et Georges Minangoy, dans leur film Ni vieux, ni traîtres (2004), est intéressant. Ce documentaire
tente de revenir sur l’engagement, dans le MIL ou les GARI, de certains membres d’Action directe, en particulier Jean-Marc Rouillan. Certains pourront critiquer le manque de didactisme du film,
son aspect trop anecdotique. D’autres pourront contester la filiation entre AD et les MIL-GARI. Nous ne souhaitons pas ici entrer dans ces polémiques, mais simplement souligner l’intérêt de
l’entreprise de Pierre Carles et de Georges Minangoy : dans ce climat d’amnésie, ce documentaire aura au moins permis à quelques militants, ayant pour la plupart fait de la prison, de revenir sur
cette période de leur vie.
Les livres de Jean-Marc Rouillan peuvent également nous donner des pistes sur la genèse d’AD, ou plus précisément, sur son propre parcours dans la lutte armée après Mai 68. Si ses textes sont
davantage des tentatives de restitution du climat insurrectionnel de «ces années de braise» qu’un retour critique sur cette période de sa vie, ils demeurent néanmoins un matériel utile à
l’historien. Le parti pris «littéraire» d’un ouvrage comme De Mémoire 1 [Agone, 2007] nous est précieux pour comprendre, de l’intérieur, comment un jeune homme révolté est passé du gauchisme à la lutte armée au cours de l’automne 1971, à Toulouse. Après
avoir fait partie un temps des CAL (Comités d’action lycéens) en 1968, Jean-Marc Rouillan s’est engagé au sein du GAL (Groupe autonome libertaire), avec ses copains du pavillon de la rue
d’Aquitaine. Ce qui semblait l’intéresser avant tout, c’étaient ces moments-clé de l’histoire politique et sociale que sont les insurrections et les révolutions. Ainsi, le premier groupe
constitué avec ses copains de lycée s’appelle-t-il Vive la Commune-GAL, en référence à la Commune de Paris. Il ne s’agissait pas d’une organisation bien structurée, produisant des textes, mais
plus d’une manière de vivre contre l’ordre social. Dans De Mémoire 1, on découvre donc que Rouillan a grandi et acquis une conscience politique dans le bouillonnement intellectuel et
contestataire de cette époque mais aussi, ce qui n’est pas négligeable dans son parcours, dans une ville du sud-ouest comportant une importante communauté d’exilés espagnols. C’est dans son
quartier des Minimes et du Raisin qu’il a rencontré les guérilleros anarchistes et les compagnons de lutte de Durruti, qui l’ont décidé à prendre les armes.
Si la suite des «Mémoires» de Jean-Marc Rouillan n’est pas encore publiée, on sait néanmoins que ses premiers combats ont lieu dans l’Espagne franquiste, au sein du MIL et que cette expérience
décisive revient, par flash, dans la plupart de ses ouvrages déjà parus. Dès Je hais les matins, Jean-Marc Rouillan évoque le MIL ; au fil d’un texte comme «Le voyage extraordinaire des
enfants de l’Extérieur» [Dans Lettre
à Jules, Agone, 2004] surgissent des instantanés de sa vie
clandestine ; certains de ses romans portent la trace écrite de son engagement dans le MIL : Le Roman du Gluck [Paris, L’esprit frappeur, 2003], Paul des Épinettes [Montreuil, L’insomniaque-Agnès Vienot, 2002] ou bien encore La Part des loups [Marseille, Agone,
2005] dont certains passages pourraient être lus comme une
métaphore de son engagement en Espagne, au début des années 1970.
L’exécution de son compagnon de lutte, Salvador Puig Antich, est, semble-t-il, un événement clé dans le processus de radicalisation de Jean-Marc Rouillan, engagé à ce moment-là dans les GARI et
connu, dans la clandestinité, sous le pseudonyme de «Sebas». Arrêté en décembre 1974 pour port d’armes, à Paris, il est incarcéré à la prison de la Santé et libéré en mai 1977 par une amnistie de
Valéry Giscard d’Estaing, sans avoir été jugé. Sa participation à Action directe s’inscrit dans un processus de radicalisation extrême avec l’exécution du général Audran, le 25 janvier 1985 et
celle de Georges Besse, le 17 novembre 1986. Quoi qu’on puisse penser de ces méthodes, rappelons que le nom du commando d’AD, qui a exécuté le patron de la régie Renault de l’époque, porte aussi
la trace d’un événement qui a fortement marqué l’ensemble de l’extrême gauche dans les années 1970 : la mort de Pierre Overnay.
Ne pas se renier
Pour conclure, nous reviendrons sur les propos tenus par Jean-Marc Rouillan dans un entretien téléphonique accordé à la télévision catalane en février 2002, puis diffusé dans le documentaire
Ni vieux, ni traîtres. Il nous a semblé que ces mots-là résumaient à eux seuls notre propos : «Je ne sortirai que si j’accepte de payer, et le paiement de cette rançon, c’est une
déclaration, un texte politique qui condamne mon action dans l’organisation armée, mais bien au-delà, dans toutes les organisations auxquelles j’ai participé, comme le MIL, les GARI, jusqu’aux
manifestations de l’après 68. Dans leur délire réactionnaire à vouloir tout édulcorer, l’histoire de la contestation armée dans ce pays n’est pas définitivement écrite, et cela tant que nous ne
l’aurons pas co-signée de notre repentance. Cette repentance, c’est la rançon. La rançon du chantage. Tant qu’il me restera un soupçon de lucidité, je refuserai le chantage et je ne me renierai
pas.»
Nous qui voulons comprendre, nous demandons la libération sans conditions de Jean-Marc Rouillan et de ses camarades
encore emprisonnés. Nous souhaitons aussi qu’ils puissent s’exprimer librement, car leur témoignage est essentiel pour l’écriture de ce pan d’histoire refoulée.
Delphine Galonnier,
Toulouse, novembre 2008
Marginales, 4 décembre 2008
Revue de littérature et de critique sociale.
Delphine Galonnier est l’auteure d’un mémoire de Master 1 d’histoire immédiate, soutenu en septembre 2008 à
l’Université de Toulouse Le Mirail, «Toulouse en noir et rouge : de la guérilla urbaine de 1971 à 1975. Fragments de l’aventure toulousaine du MIL et des GARI à travers les écrits de Jean-Marc
Rouillan».
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