Vendredi 15 mai 2009
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Vendredi 24 avril 2009

Aujourd’hui, les droits économiques, sociaux et culturels des femmes sont en régression et celles-ci sont particulièrement touchées par la précarité, la pauvreté et les violences. L’ordre moral est de retour, ne nous y trompons pas : si les propos du pape sur le préservatif, prononcés sur le continent le plus sévèrement touché par le sida font scandale, à juste titre, ceci ne doit pas masquer une véritable offensive actuelle, notamment menée par lÉtat, contre les femmes.

Les attaques contre le droit à l
avortement se multiplient : deux décrets d’août 2008, donnant un début de statut juridique au fœtus, permettent d’inscrire un enfant mort-né au livret de famille, sans délai de gestation. Les associations anti-avortement se frottent les mains : ces décrets ouvrent la voie juridique à la repénalisation de lavortement, comme l’amendement Garraud en mars 2003 qui proposait un «délit d’IVG» dans le cadre de la loi Perben et qui fut rejeté par le Sénat en janvier 2004. Labsence de réelle formation des praticiens sur cet acte, la persistance de la «clause de conscience» des médecins leur permettant de refuser de pratiquer une IVG remettent également en cause laccès réel au droit à lavortement.

Parallèlement, le gouvernement a tenté de réduire de 42% le budget du Planning Familial. Après négociations et pétitions massives, il a finalement rétabli ces subventions mais en mettant en concurrence le Planning avec d
autres associations et en exigeant des «résultats» !

Autre attaque récente de l
État contre les droits des femmes, après avoir supprimé le Ministère des Droits des Femmes, le gouvernement démantèle le Service des Droits des Femmes et de l’Égalité, qui était chargé de la promotion de l’égalité salariale et professionnelle, de la lutte contre les violences faites aux femmes et de la préservation des acquis comme l’accès à la contraception et l’IVG. Ce, alors quen France, une femme meurt tous les trois jours victime de violences conjugales et que 48.000 femmes sont violées chaque année… À ce sujet, la «présomption de consentement», introduite dans la loi du 4 avril 2006 (article 222-22 CP), en matière de viol conjugal représente une régression sociale dramatique.

Dans le monde du travail, les inégalités s’aggravent et ce sont les femmes qui sont le plus touchées. S
il est maintenant connu quà travail égal, une femme gagne 20% de moins quun homme, il faut également mettre en avant quelles représentent 80% des salarié-e-s pauvres, 83% des emplois à temps partiel, la plupart imposés et avec des horaires flexibles, sous le prétexte quelles devraient soccuper des enfants, dans une conception sexiste de la répartition des tâches domestiques.

Contrôler le corps des femmes, leur sexualité, leur vie, c'est l
arrière fond de telles attaques, la logique capitaliste et celle du système de domination masculine se rejoignant et se renforçant mutuellement. Cest le cas également de la politique raciste de répression de limmigration, qui accroit la précarité des femmes sans-papiers, et les expose ainsi plus facilement à lexploitation, aux violences, aux contraintes des intégrismes religieux, aux mariages forcés ou aux mutilations sexuelles. Peut-on brader l’accès aux soins, la liberté de choisir sa sexualité ? Peut-on nier que ce sont les femmes et les adolescentes des classes populaires qui en paieront les frais ? On sait quen temps de crise, les pratiques sexistes et réactionnaires auront tendance à se renforcer.

Nous dénonçons ces agressions contre la liberté et l
autonomie des femmes. Nous rappelons notre exigence historique : contraception, avortement, libres, gratuits, et accessibles ! Il nous faut rester vigilant-es et se mobiliser sur ces questions. Le combat des femmes, c’est le combat de toutes et de tous, pour une société plus humaine, plus juste, une société libertaire. Ce n’est que par des luttes, parfois anciennes, et des comportements neufs que nous briserons les tabous, les clichés et les inégalités.

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Vendredi 17 avril 2009
Afghanistan : Lapidées pour avoir dénoncé la loi sur le mariage

Des dizaines de jeunes femmes ont bravé des centaines d’hommes barbus qui les traitaient de «chiennes», aujourdhui, pour manifester contre limposition dune loi controversée sur le mariage pour la communauté chiite dAfghanistan. Les critiques estiment que la loi légalise le viol de la femme par son époux. Certains des hommes se sont emparés de cailloux quils ont lancés sur les femmes.

La manifestation, organisée par les mouvements de défense des droits des femmes, a rapidement été débordée par les hommes hurlant pour couvrir la voix des femmes.


«Esclaves des chrétiens !», ont scandé les quelque 800 contre-manifestants, parmi lesquels se trouvaient aussi des femmes. Des policières afghanes se tenant par la main ont formé un cordon pour maintenir les deux groupes à distance.

Cet affrontement illustre le caractère explosif du débat sur les droits des femmes en Afghanistan.

La loi, adoptée discrètement le mois dernier, stipule notamment qu
un époux peut exiger davoir des relations sexuelles avec sa femme tous les quatre jours à moins que celle-ci ne soit malade. Elle dresse également la liste stricte des motifs permettant à lépouse de sortir de son domicile sans escorte masculine.

Cette loi s
appliquerait à la seule population chiite du pays, qui constitue moins de 20 pour cent des 30 millions dAfghans. Mais plusieurs craignent que son adoption ne soit le signe dun retour à loppression des femmes telle quelle se pratiquait sous le régime des talibans.


Des gouvernements et des groupes de défense des droits de la personne du monde entier ont condamné la législation, et le président afghan, Hamid Karzaï, en a suspendu l
application afin quelle soit révisée par le ministère de la Justice.

Plusieurs intellectuels, politiciens et même certains ministres afghans se sont prononcés contre la loi. Mais ceux qui dénoncent la législation sont rapidement la cible des critiques de dirigeants religieux musulmans conservateurs et de leurs partisans.


À la fin, le nombre de femmes manifestant en faveur de la loi a dépassé le nombre de celles qui manifestaient contre la loi. Quelques centaines de femmes chiites ont marché en portant des banderoles pour aller rejoindre les hommes. Les partisans de la loi ont accusé les étrangers dêtre à lorigine de la manifestation des femmes.


De part et dautre, on soutient défendre des droits constitutionnels. Mais la Constitution afghane nest pas claire. Elle considère la loi islamique comme la première autorité, mais garantit également des droits égaux aux femmes.

Leur presse (AP), 15 avril 2009.
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Samedi 7 mars 2009
Le 8 mars sur Radio Canut 102.2 fm

«Lilith, Martine et les autres», une émission féministe de Radio Canut fait son show avec : Féministes - Trans - Bi - Hétéro - Lesbiennes - Femmes racialisées - Queer.

En collectif ou seules occupent Radio Canut le 8 mars lors de la Journée internationale des femmes de minuit à minuit ! Parce que rien n’est fini et que tout reste a gagner, parce que chacune lutte dans son quotidien contre les oppressions et les violences sexistes, nous voulons ensemble discuter, nous connaître, interroger les relations de genres et exploser les dominations, chanter et danser, créer des ponts afin d’être plus fortes, solidaires et réactives.


Le 8-Mars, la fête des mères, des secrétaires,
des ménagères, des boulangères ?


Au début du XXe siècle, des milliers de femmes descendaient dans la rue pour revendiquer de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Officialisée en 77 par les Nations unies, la Journée internationale des femmes devient petit à petit la journée de LA femme. Toujours sacralisée dans son rôle : la mère de, la femme de, la bonne de, la cuisinière de…

Encore victimes d’agressions, de viols et de meurtres, éternellement stigmatisées comme sexe faible, qui doit être protégée, nous trans et femmes en tout genre refusons cette condition.

À travers le 8-Mars, nous célébrons toutes celles qui luttent pour leurs dignités, dans leur travail, leur vie quotidienne, pour leurs libertés et pour leurs droits.

Alors, que reste-t-il les 364 autres jours ?
Les laisserons-nous toujours aux hommes ?
Parce qu’une seule journée ne suffit pas,
le combat, c’est tous les jours,
dans la rue, au boulot, dans les bars etc.

Pour être souverainEs de nos ViEs !!!!


PROGRAMME

0h - 0h30

Présentation d’ouverture de la journée du 8 mars

0h30 - 4h

Djettes sur les z’ondes de Radio Canut

4h - 8h

Bandes sons (musiques, contes érotiques…)

8h - 10h

Femmes en lutte

10h - 11h

Femmes, trans et travail

11h - 11h30

Méli-mélo (tribune libre, musiques…)

11h30 - 12h30

Genre, homosexualités, trans…

12h30 - 13h

Concert des Enculettes

13h - 14h

Sexismes et racismes

14h - 15h

Genre et éducation

15h - 16h

Aux armes (reggae féminin)

16h - 17h30

Prévention des risques

17h30 - 18h

Concert de Karimouche

18h - 19h

Prostituées en lutte

19h - 20h

Méli-mélo (tribune libre, poésie, musiques…)

20h - 21h

Musique hip-hop

21h - 0h

Concerts (C. Lebègue, Vices et râlements déviants, Val Poher…)


Courriel, 4 mars 2009.
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Samedi 10 janvier 2009
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Mardi 16 décembre 2008
Soyons solidaires !

C’est le 17 décembre 2008. Ce jour-là, à Lyon, un rassemblement contre les violences faites aux travailleuses du sexe aura lieu à 17h30, place des Terreaux.

Des prostituées disparues ou torturées à Marseille en novembre, une prostituée assassinée à Paris en octobre… Ces violences extrêmes sont présentées par la presse comme des faits divers exceptionnels, perpétrés par quelques «malades» ou «déséquilibrés». De fait, cette présentation occulte une réalité préoccupante : les personnes prostituées sont exposées quotidiennement à des violences de toutes sortes parce qu’elles sont femmes, parce qu’elles sont migrantes, parce qu’elles vendent des services sexuels. Discriminations, insultes sexistes et racistes, coups, vols, détérioration de camionnettes, viols, tentatives de meurtre, la liste est longue et les agresseurs ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Si certains sont des clients de la prostitution, d’autres sont de simples passants, ou bien des riverains qui ne tolèrent pas la présence des prostituées dans un quartier qu’ils considèrent comme le leur.

Les risques du métier ?

Considérées comme des «risques du métier», ces violences sont encore trop peu prises en compte par les services de police et de justice. Trop souvent, les plaintes ne sont pas enregistrées par les agents de police, et lorsqu’elles le sont, c’est l’administration judiciaire qui ne poursuit pas l’instruction. Les travailleuses du sexe hésitent donc à se lancer dans de telles démarches, craignant de se voir ainsi dénier l’accès à un de leurs droits fondamentaux. Certaines d’entre elles, en situation irrégulière, n’imaginent même pas avoir le droit de déposer plainte. Ainsi, les agresseurs semblent partager un sentiment d’impunité qui, loin d’être le fruit du hasard, est créé par le climat politique et social qui règne en France autour des questions de prostitution ou de migration.

En effet, de multiples violences institutionnelles s’exercent contre les travailleuses du sexe :
— Au niveau national, la Loi pour la Sécurité Intérieure pénalise le racolage passif de 2 mois de prison et 3 750 euros d’amende, criminalisant les personnes prostituées, qui sont constamment harcelées par la police et subissent des gardes à vue répétées. Par ailleurs, les lois relatives à l’immigration rendent encore plus difficiles les conditions de vie des travailleuses du sexe migrantes : contrôles d’identité, arrestations, rétention, expulsions, avec leur cortège de violences policières et d’humiliations.
— Au niveau local, les politiques préfectorales et municipales surenchérissent pour créer un contexte particulièrement répressif envers les travailleuses du sexe, prenant pour prétexte, le plus souvent, le stationnement de leurs camionnettes. Ainsi se multiplient les contraventions, les opérations de mise en fourrière, les arrêtés municipaux interdisant le stationnement, avec l’omniprésence zélée des forces de police. Les personnes prostituées sont indésirables en ville, indésirables dans les quartiers réhabilités, indésirables dans les quartiers populaires et sont poussées toujours plus loin, au bord des nationales de campagne, dans des endroits de plus en plus isolés, où elles sont alors des cibles faciles pour les agresseurs.
Dans ce climat de répression, Cabiria appelle à un rassemblement en solidarité avec les travailleuses du sexe, Mercredi 17 décembre 2008, à 17h30, place des Terreaux.

Nous demandons :
-  Que les plaintes déposées par les personnes prostituées soient prises au sérieux par les services de police,
-  L’abrogation de l’article sur le racolage passif, la suppression des arrêtés municipaux et de toutes les mesures politiques et institutionnelles qui favorisent la stigmatisation et la criminalisation des travailleuses du sexe.

Rebellyon, 15 décembre 2008.
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Lundi 15 décembre 2008
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Jeudi 4 décembre 2008
Réponse des Panthères roses aux attaques de Charlie Hebdo

Quand on dénonce l’influence de l’Église catholique dans la politique française, on nous reproche d’être complaisantEs avec les autres religions. Retour sur des incompréhensions (plus ou moins malhonnêtes).

Début septembre, les Panthères roses ont, avec d’autres, dénoncé la visite officielle du pape à Paris et les gages que donnait là Sarkozy à son électorat catholique [«Remballe ton pape !»]. Une position ainsi caricaturée par Charlie Hebdo : «Il y a ceux qui, façon Panthères roses ou JCR, iront courageusement se défouler contre le pape, alors qu’ils font les yeux doux à des prédicateurs islamistes le reste de l’année, sous prétexte d’être solidaires avec les “damnés de la terre”» [Charlie Hebdo, 10 septembre 2008].

Il n’est pourtant pas tellement dans nos habitudes de faire les yeux doux et nous serions curieuses de savoir avec quels prédicateurs islamistes nous aurions ainsi fricotté. Mais surtout, car la critique est récurrente, pourquoi nous renvoyer systématiquement à une critique des autres religions (et en particulier de l’Islam) — et à la complaisance que nous aurions vis-à-vis de celles-ci — lorsque nous dénonçons l’intrusion en France de l’Église catholique dans le politique ?

Les faits dévoilés

Tout a visiblement commencé en 2004, lors des débats autour de la loi sur les signes «ostentatoires» religieux à l’école, lorsque les Panthères roses se sont prononcées contre l’exclusion des filles voilées de l’école publique. Nous estimons — et estimons encore — comme de nombreuses autres associations et individuEs, que la priorité de l’école publique est de donner les moyens à toutes et tous de se construire à égalité. Les élèves ainsi exclues — et violemment discriminées — ne bénéficient en effet plus des mêmes chances : si certaines peuvent choisir l’école privée, d’autres se retrouvent isolées dans le foyer familial.

Nous ne nions là aucunement que le voile puisse constituer un outil d’aliénation. Mais personne ne nous fera croire que l’exclusion de filles refusant de se «dévoiler», puisse être un moyen de les émanciper. Au contraire, ce qui résulte de ces pratiques discriminatoires est la stigmatisation généralisée des femmes voilées, parce qu’elles sont musulmanes, et leur mise à l’écart du reste de la société. Étrange libération.

Dans les manifestations féministes, notamment celles du 8 mars entre 2004 et 2007, nous avons soutenu la participation de groupes féministes incluant des femmes voilées [«Pour un féminisme d’émancipation pas d’exclusion»]. Il nous semble en effet que lorsqu’un collectif se définit féministe et soutient explicitement les revendications d’une manifestation, il n’y a pas lieu — voile ou pas — de lui demander des gages supplémentaires. Exiger de ces femmes qu’elles enlèvent leur voile comme préalable à toute discussion et participation à la manifestation revient à leur demander de faire allégeance à un féminisme qui devient alors, sous couvert d’universalisme, humiliant, raciste et répressif.

Racisme d’État et instrumentalisation du féminisme

Depuis, on nous taxe donc, ici ou là, plus ou moins explicitement, d’«islamogauchistes». Mais en quoi les jeunes filles voilées à l’école ou les femmes voilées (féministes ou pas) dans les espaces publics en général, menaceraient-elles nos émancipations ? Plutôt que de clore le débat par une exclusion et une stigmatisation, ouvrons-le !

Depuis les années 80 et la Marche pour l’Égalité, le sort des populations immigrées et issues de l’immigration n’a pas connu d’avancées significatives en France. Discriminations multiples notamment à l’embauche ou pour l’accès au logement, violences policières, racisme et antisémitisme, restent le quotidien des non-blancs. Le durcissement systématique des lois sur l’immigration n’a cessé de renforcer l’équation lepéniste, immigration = problème. Enfin, la vague d’attentats de 1995 en France et le 11 septembre 2001 au niveau mondial, ont accentué la stigmatisation des populations arabes et musulmanes instaurant une nouvelle équation : arabe = musulman = extrémiste = terroriste.

En 2003, l’affaire du voile à l’école déclenche l’expression d’une violente islamophobie, qui éclipse pour beaucoup les problèmes réels (classes surchargées, attaques des services publics, inégalités des chances, sexisme, etc.).

La problématique telle qu’elle est posée n’est donc plus le racisme et l’antisémitisme profondément ancrés dans la société française mais bien les non-blancs / non-chrétiens qui refusent de se plier au mode de vie occidental (chrétien), qui ne savent pas s’intégrer et sont communautaristes. Car c’est bien souvent en rempart contre l’islam que la laïcité est invoquée : quand il s’agit du christianisme elle devient positive ! [Comme le montrent les tentatives de certains établissements scolaires publics d’imposer aux enfants de manger de la viande «laïque» dans les cantines en niant des habitudes et interdits alimentaires. Ainsi, les enfants musulmans et juifs pratiquants sont implicitement visés].


La classe politique invoque alors les droits des femmes pour mieux justifier un racisme anti-musulman. Sans pour autant se soucier des salaires inégaux et des temps partiels imposés aux femmes, le gouvernement exclut des jeunes filles de l’école et stigmatise les arabes comme étant les derniers machos de la société française. Le sexisme, bien délimité dans les classes populaires des banlieues, est nié dans toutes les autres sphères et milieux sociaux.


Tout serait donc rentré dans l’ordre ? Non. Pour nous, le féminisme s’est fait instrumentaliser à des fins racistes. Et l’idéal de l’universalisme républicain et de sa chère laïcité ne fonctionne pas parce que non, tout le monde n’est pas égalE. Aujourd’hui, des personnes ne disposent pas des mêmes droits que les autres (en termes de mariage, séjour, citoyenneté, parentalité et transmission du patrimoine), ne bénéficient pas des mêmes représentations, ni de la même place dans la société. Le droit à l’éducation est remis en question, et la loi excluant les jeunes filles voilées à l’école a des répercutions dans le reste de la société [En septembre 2008, une femme s’est vu refuser l’entrée de sa propre agence bancaire sous prétexte qu’elle portait un voile. En juin, une mère a été sommée d’ôter son voile pour accompagner des élèves lors d’une sortie scolaire ; grâce à l’appui des autres parents, elle a pu le garder mais a dû ne s’occuper que de son propre enfant].


«Ce n’est pas une messe qui ébranlera notre République»


L’Église catholique a une place particulière en France et un lien idéologique puissant perdure entre les positions du gouvernement et les thèses réactionnaires du catholicisme.


Cette influence de l’Église catholique nous paraît à ce titre bien plus menaçante que celle des autres religions présentes en France, parce que c’est le Vatican qui interpelle ici les politiques pour s’opposer à l’IVG et aux unions homosexuelles [Cela nous a amenéEs à nous positionner à plusieurs reprises contre l’influence du religieux dans le politique : «Les raisons de l’apostasie», «Gouines, pédés et féministes s’invitent à la messe de Notre Dame de Paris», «Mon corps m’appartient, ma sexualité aussi»]. Et parce que ce sont les idées du Vatican qui sont accueillies et relayées par de hauts responsables politiques. Lors de la visite du pape, Chantal Brunel porte-parole de l’UMP a ainsi déclaré : «Ce n’est pas une messe qui ébranlera notre République, mais plutôt certaines dérives inadmissibles que nous combattons, dont le voile islamique à l’école, l’ouverture des piscines réservées aux femmes, les menaces à l’encontre des gynécologues hommes, la polygamie etc.»


De même que nous ne nous sommes pas positionnéEs pour ou contre le voile en soi, mais contre l’exclusion de femmes voilées, notre propos n’est pas pour ou contre les religions en soi, mais contre leur influence dans le champ politique.


C’est pourquoi nous dénonçons l’accueil en grande pompe du pape en France et la participation du gouvernement à la messe donnée à cette occasion. Et concrètement, nous ne voyons pas en quoi l’Islam constituerait en France une menace, si ce n’est pour celles et ceux qui se sentiraient par là attaquéEs dans leur occidentalité. Qu’elles et ils s’interrogent alors sur leur ethnocentrisme. Quant à nous, nous ne nions ni les violences et le sexisme des autres religions, ni leur poids différent dans d’autres pays, nous les dénonçons [Suite à des exécutions en Iran et en Arabie Saoudite, nous avons dénoncé les pays condamnant les actes homosexuels au nom de la Charia en organisant des manifestations avec d’autres associations LBGT : «Malgré l’homophobie de l’État Saoudien, Chirac reçoit sans états d’âme le Prince Abdallah», «Non à l’expulsion de Pegah Emambakhsh vers l’Iran»].


Nous sommes des gouines, des trans et des pédés. Nous sommes féministes. Nous dénonçons l’ordre moral et notamment l’influence de l’Église catholique dans les affaires d’État et l’élaboration de lois sexistes et homophobes en France. Et en effet, nous ne pensons pas que les autres religions y menacent aujourd’hui la laïcité de la même manière. Nous ne pensons pas que des hordes de mollahs se cachent derrière chaque femme voilée en France. En revanche, nous constatons qu’un racisme mal déguisé se cache souvent derrière une critique soi-disant progressiste de l’Islam. Cette critique se fait souvent au nom du féminisme. D’un féminisme qui s’est fait instrumentaliser à des fins racistes. Ce n’est pas notre vision du féminisme, que nous voulons d’émancipation, pas d’exclusion.


Les Panthères roses, 28 novembre 2008.


Les Panthères roses sont «des gouines, trans et pédés énervéEs par l’ordre moral, le patriarcat, le sexisme, le racisme, le tout-sécuritaire, les régressions sociales et tout ça».
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Mercredi 3 décembre 2008
Les anti-IVG reprennent du service :
Contre-manif le samedi 13 décembre à Dijon

Je dois avouer qu’ell·eux n’ont pas l’air très offensif·ve·s, les dix petit·e·s vieux·ielle·s qui viennent passer une matinée devant l’hôpital du bocage, une fois tous les deux mois.

Pour tout avouer, prise au dépourvu, j’aurais presque pu me contenter de les regarder de loin, en souriant avec indulgence…

Là où ça coince, ces que s’il·elle·s se réunissent ici, ce n’est pas en raison d’une obscure attirance pour les blocs de béton, ou pour le magnétisme du parking de l’hôpital du Bocage.

Si ell·eux psalmodient des prières de conserve, c’est parce que le centre d’orthogénie, joli terme qui désigne le service où se déroulent les Interruptions Volontaires de Grossesse (IVG) se trouve dans la maternité.

Et nos papys’s mamy’s, ne pouvant plus, comme au «bon vieux temps» se contenter de dénoncer à la vindicte populaire et à la justice les meurtriers (comprendre les avorteurs qui pouvaient il y a quelques années être soumis à la peine de mort) ont dû se reconvertir. C’est là où «miracle !» intervient l’association «SOS tout-petits» qui réunit avec bonheur intégristes catholiques et fachos depuis 22 ans (voir photos d’anniversaire sur leur site, c’est croquignollet).

Les «anti-ivg» ont changé de moyens d’actions, tablant leur politique sur le lobbying au sein des hautes instances d’une part et opérations «chocs» de culpabilisation des femmes d’autre part. On se souviendra des tristes actions contre les cliniques et hôpitaux pratiquant l’avortement.

D’ailleurs, quand le gouvernement fait passer une loi en août 2008 qui, sous prétexte de «faciliter le deuil» des parent·e·s, leur permet d’inscrire le fœtus atteint de fausse couche sur le livret de famille, et ce quel que soit son stade de développement, ell·eux ne s’y trompent pas et saluent l’initiative. Ell·eux n’iront pas s’inquiéter, comme moi, de ce que le droit français qui ne reconnaît jusqu’à nouvel ordre, en tout cas le statut juridique d’un embryon qu’à partir du sixième mois, et «permet» aux femmes d’avorter jusqu’à la douzième semaine de grossesse (et de se payer un voyage en Espagne quand elles ont dépassé le délai et ont de la thune) vienne se contredire et ouvrir la brèche à une remise en cause du droit des femmes à disposer de leur sexualité, de leurs corps et de ses possibles…

Aujourd’hui même, se construisent des centres d’orthogénie dans des «hôpitaux couple-enfant» comme à Grenoble, plein d’indices semblent concorder pour revenir sur des droits des femmes acquis de haute lutte. Il y a encore beaucoup de luttes à mener :
- Développement de la recherche publique sur l’ensemble des moyens de contraception,
- Accès réel et égal aux choix de méthodes d’IVG et de contraception,
- Développement de l’avortement à domicile (comme dans d’autres pays de l’UE),
- Suppression de l’obligation de la personne référente pour les personnes mineures,
- Obligation de maintenir un service assurant les IVG dans chaque centre hospitalier et augmentation de leurs capacités d’accueil,
- Alignement sur les législations les moins restrictives d’Europe,
- Réflexion et formation continue pour les personnels hospitaliers.
Réaffirmons les droits des femmes en distribuant tracts et préservatifs et en osant parler, aussi pourquoi pas ? de nos avortements qui se sont «bien passés» malgré la pression sociale et les tentatives de culpabilisation diverses et variées.

Empêchons les intégristes religieux d’effectuer leurs prières et de propager leurs idées nauséabondes en venant nombreux·euse·s le
Samedi 13 décembre 2008 à 14 heures 30
Devant la maternité de l’hôpital du Bocage
Manifester notre envie de continuer à disposer de notre corps comme outil de recherches de sensations intéressantes et improbables, et non comme outil de reproduction au service du «travail-famille-patrie», pourtant si en vogue ces temps-ci.

Brassicanigra, 2 décembre 2008.
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Samedi 8 novembre 2008

«Le soir, elles sont sur le trottoir.
Le jour, elles militent dans un syndicat.»

Pilote d’un projet de film documentaire
de Valérie Mitteaux & Myriam Guillemaud-Silenko
(52')


Production Koala Prod
avec le soutien de la région Poitou-Charentes
et du département de la Charente-Maritime (2008)
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Dimanche 19 octobre 2008
Au niveau national

— Intrusion de la pensée chrétienne dans les affaires publiques : Nicolas Sarkozy parle de «laïcité positive» qui ne devrait pas avoir «le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes» ou encore dans son discours de Latran : «Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé». Nul besoin d’épiloguer sur le positionnement anti-choix, anti-avortement de Benoît XVI invité récemment en France par Nicolas Sarkozy ! Petit rappel : présence dans le gouvernement, comme ministre du Logement et de la Ville de Christine Boutin, militante anti-choix !

— Suite à l’arrêt du 6 février 2008 de la 1re chambre de la Cour de cassation, les ministres de la Justice et de la Santé publient au journal officiel du 22 août, deux décrets et leur arrêtés modifiant les conditions d’établissement d’un «acte d’enfant sans vie» autorisant son inscription sur le livret de famille des parents. Proposer l’inscription au registre de l’État civil et sur le livret de famille d’un fœtus-mort, quel que soit son stade de développement ou son poids, c’est de fait, reconnaître une personnalité juridique à l’embryon. Nous sommes donc, en train de glisser vers la reconnaissance du statut juridique de «personne» à l’embryon, et par là vers la possible remise en cause du droit à l’avortement, vers la remise en cause du droit des femmes à disposer de leur corps, à vivre leur sexualité comme elles l’entendent, et à décider librement du nombres d’enfants qu’elles souhaitent.

— Non application de la loi autorisant l’Interruption volontaire de grossesse dans certains hôpitaux : notamment, certains refusent de pratiquer des avortements au-delà de dix semaines de grossesse alors que la loi permet les IVG jusqu’à douze semaines de grossesse, non respect du droit de choisir les méthodes utilisées (avec anesthésie générale, locale, par aspiration ou par voie médicamenteuse, à l’hôpital ou en médecine de ville pour l’IVG médicamenteuse…), etc.




À Grenoble

— Le centre d’IVG va être transféré dans un hôpital appelé «Couple Enfant». Cela rentre dans le cadre d’une réforme nationale des hôpitaux où les services vont être regroupés en Pôles, avec à la clé un risque de dégradation des conditions de travail, ainsi qu’une polyvalence accrue des personnels ; privatisation de la santé publique avec des conséquences désastreuses sur l’offre de soin, l’accès au soin. Qu’en sera-t-il de l’accueil fait aux femmes souhaitant avorter, alors que socialement, encore actuellement, une forte culpabilité pèse sur celles qui font ce choix ?

Assez de cette culpabilité judéo-chrétienne !
Liberté d’avorter ! Liberté de choix !

— Avec cet intitulé, «hôpital Couple Enfant», la parentalité ne se pense que dans le cadre d’un couple : c’est le retour, mais qui en aurait douté, du «Travail Famille Patrie».

— Le 28 avril dernier, «SOS tout petits», ainsi que d’autres groupuscules d’extrême-droite anti-avortement, anti-choix s’en sont pris au Planning Familial au travers de graffitis, d’un rassemblement avec banderole et tracts devant ses locaux. Des collages dans l’agglomération et des regroupements des anti-choix devant le centre d’IVG de l’hôpital de La Tronche s’étaient déjà auparavant multipliés, continuent.

Pas de fachos dans nos quartiers !
Pas de quartier pour les fachos !

Confédération nationale du Travail
Syndicat santé-social de l’Isère, 16 octobre 2008.

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Lundi 1 septembre 2008
Les décrets du 22 août 2008 sur le «livret de famille» et l’«acte d’enfant sans vie»

Faisant suite à l’arrêt du 6 février 2008 de la 1re Chambre de la Cour de Cassation — dont nous avions dénoncé la remise en cause qu’il impliquait du droit à l’avortement — les ministres de la Justice et de la Santé publient au journal officiel du 22 août, deux décrets et leurs arrêtés modifiant les conditions d’établissement d’un «acte d’enfant sans vie» et autorisant son inscription sur le livret de famille des parents.

L’établissement de cet acte n’est plus soumis, comme il l’était précédemment selon la circulaire du 30 novembre 2001, a des limites sur l’âge (22 semaines d’aménorrhée), ou le poids (500 grammes) d’un fœtus mort, mais à la présentation d’un certificat médical d’accouchement dont le modèle est joint aux textes officiels, signé par le praticien (médecin ou sage-femme) ayant effectué l’accouchement, ou par un autre praticien «qui dispose des éléments cliniques permettant d’en affirmer l’existence».

On est atterré par l’absurdité de ces textes qui satisfont aux pressions de groupes religieux intégristes et qui font l’effet d’un bricolage et leur absurdité. Nulle part n’apparaît de mention concernant le stade de développement de l’embryon, au mépris de la législation encadrant par ailleurs l’IVG !

Proposer en effet l’inscription au registre de l’État civil et sur le livret de famille d’un fœtus-mort, quel que soit son stade de développement ou son poids, c’est, de fait, quoi qu’en disent les ministres, reconnaître une personnalité juridique à l’embryon. Nous sommes donc bien, ainsi que nous l’avions dénoncé, en train de glisser vers la reconnaissance du statut juridique de «personne» à l’embryon, et par là vers la possible remise en cause du droit à l’avortement, vers la remise en cause du droit des femmes à disposer de leur corps, à vivre leur sexualité comme elles l’entendent, et à décider librement du nombre d’enfants qu’elles souhaitent.

L’ANCIC, la CADAC et le MFPF dénoncent fermement l’ambiguïté, l’absence de courage et de responsabilité de ces textes, et l’offensive sournoise dont ils sont porteurs contre le droit à l’avortement, droit fondamental des femmes.

Ils n’acceptent pas que le gouvernement, instrumentalisant la détresse de certaines femmes, cautionne l’esprit mortifère d’une telle démarche, au détriment des enfants vivants dans les fratries, qu’il favorise la confusion entre le projet d’enfant et la réalité de la personne née vivante. Ils considèrent comme inacceptable la réponse faite aux questions sociétales que pose l’arrêt de la Cour de cassation, par les ministères de la Justice et de la Santé qui, en précipitant la parution de ces décrets à quelques mois de la consultation nationale sur la loi de bioéthique annoncée par ce même gouvernement, privent notre société d’un véritable débat, tout en cautionnant les positions hors-la-loi des anti-IVG.

Partout dans le monde des lobbies œuvrent ouvertement, au détriment de la santé et de la vie des femmes, pour empêcher toute légalisation là où ce droit fondamental n’existe pas, ou pour le supprimer là où il existe.

L’ANCIC, la CADAC, le Planning n’acceptent pas que soient mis en place des textes mortifères pour les femmes et les familles et que soit remis en cause, par quelques moyens que ce soit, le droit à l’avortement obtenu après un long combat et au prix d’un lourd tribut payé par les femmes.

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Samedi 23 août 2008
Le congrès de Barcelone fédère en 1910 quatre-vingt-seize syndicats anarchistes en une Confédération nationale du Travail (CNT) dont la finalité est létablissement dune société anti-hiérarchique et anti-autoritaire, ce qui infère légalité des sexes. Plus concrètement, les statuts fondateurs affirment que la rédemption morale de la femme passe par son indépendance économique. Les participants, dans la continuation des précédents congrès anarchistes (congrès de Saragosse, 1872), rompent audacieusement avec le modèle de la Perfecta casada [la mariée parfaite].

De soubassements idéologiques catholiques, plus que de la perméabilité des Espagnols aux idées proudhoniennes, découlent lidéal de l«Ange au foyer» et le discours antiféministe des travailleurs. Il reproduit à lidentique les formules discriminatoires contre les femmes qui courent à travers toute lEurope industrielle, mais il se structure autour dune nature plus religieuse que biologique : la bonne épouse, bonne mère est le pilier de la sacro-sainte famille, gardienne des valeurs chrétiennes quelle transmet aux générations futures. Paysans et ouvriers, dans leur ensemble, adhèrent à ce modèle, et ce malgré leur anticléricalisme. Aussi dénoncent-ils le travail salarié des femmes comme contraire à la destinée des sexes et à la morale ; ces arguments voilent mal les craintes dune concurrence jugée déloyale. La position anarchiste sur légalité des sexes est en décalage avec les mentalités.

CNT et égalité des sexes

L
égalité des sexes devient au cours des années suivantes, celles de la construction du mouvement, puis de son expansion géographique et quantitative, lun des axes de la doctrine anarcho-syndicaliste. La CNT se situe ainsi dans la droite ligne de son maître à penser, Bakounine. Comme lui, elle prône légalité des sexes fondée, dune part, sur léducation qui libère de lignorance esclavagiste et, dautre part, sur lamour libre qui permettra dabattre la famille patriarcale, modèle réduit de la construction capitaliste. La CNT accueille donc les femmes, travaille à leur syndicalisation, en appelle à la solidarité, soutient leurs grèves, favorise des campagnes éducatives où se mêlent instruction culturelle et éducation sexuelle.

Dans le même temps, la presse anarchiste se fait l
écho des résistances internes à toute transformation des rapports de sexe ; la polémique est surtout vive autour du bien fondé du travail des femmes. Les militants de base se montrent attachés à limage glorificatrice du travailleur dont le salaire suffit à nourrir sa famille sur laquelle veille son épouse. Leurs arguments flirtent avec la misogynie la moins élaborée. Ces dérapages, qui maltraitent les principes de lanarchisme, ne choquent pas, semble-t-il, les rédacteurs des journaux, preuve que lécart entre théorie et pratique participe de la projection de lanarcho-syndicalisme dans le temps. En effet, les actions des cénétistes ne visent pas la réforme, mais le durcissement de la lutte sociale et son avancée vers la révolution libertaire pour détruire entièrement le système économique et politique. Les anarchistes refusent en conséquence une participation à lÉtat et, avec leur antiparlementarisme, jugent inutile la conquête du droit de vote pour les femmes. Les principes ne sont pas applicables ici et maintenant, mais seulement après linstauration de la société communiste libertaire. Dès lors, il nexiste pas de problème féminin pour les anarcho-syndicalistes car linégalité des sexes est, postulent-ils, un produit du capitalisme ; la CNT en conclut que sa disparition sera inévitablement concomitante de celle son géniteur. Une telle affirmation fait apparaître opportunistes ses démarches auprès des femmes : il sagit de gonfler les rangs des troupes libertaires, dempêcher les ouvrières de se laisser séduire par dautres propositions syndicales ou politiques.

Le présupposé qui nie la spécificité des problèmes féminins est positif dans la mesure où il repousse une lecture naturaliste qui infériorise les femmes, son corollaire l
est moins. Les libertaires véhiculent sur la relation des sexes un discours romantique : lamour des êtres au sein du bain universaliste de la nouvelle société résoudra tout antagonisme de sexes car la révolution aura fait naître un nouveau type dHomme. Faute dune véritable réflexion sur le partage futur des rôles et des tâches, notamment domestiques, les anarchistes laissent se développer des projets fantaisistes et inconciliables ; on assigne à la communauté communiste léducation des enfants qui ne peuvent être la propriété des parents (Anselmo Lorenzo), on attribue à la maternité la qualité dune œuvre dart (Federica Monseny), et on voit dans les femmes sans enfants des rosiers sans rose (A.G. Laurado). Le seul véritable effet de la prise en compte dans le présent de la condition féminine est pervers : des voix sélèvent pour douter de la capacité des femmes à lutter aux côtés des hommes. Les uns arguent de leur mauvaise insertion dans le tissu social pour les exclure du combat, les autres, plus critiques, voire acerbes, confondent à plaisir les effets négatifs de la soumission ancestrale des femmes avec une nature féminine faite de passivité, daltruisme, de coquetterie, de superficialité. Federica Montseny nest pas en reste, fidèle en cela au maniement du paradoxe qui marque son engagement politique. En 1927, dans un article de la Revista blanca, «La mujer, el problema del hombre», elle dénonce la tragique condition féminine et conseille le développement de léducation ; mais elle brosse aussi un sombre tableau de ses compatriotes, soumises, pleines de préjugés, incapables de sémanciper. Les femmes sont donc renvoyées soit à une position attentiste soit à un rôle de soutien moral des syndicalistes libertaires qui luttent pour tous et toutes.

Cet universalisme donne bonne conscience : il permet d
évacuer le «problème des femmes», il fait de légalité des sexes non une fin en soi mais une conséquence qui va de soi. La prise en compte de cette nuance et de ce quelle implique pour les femmes est à lorigine de la création dun mouvement féminin anarcho-syndicaliste.

Pour un syndicalisme féminin

La politique à adopter face à un éventuel problème féminin ne fit jamais l
unanimité parmi les militant(e)s ; leurs positions sont complexes et fluctuent en fonction des événements, grâce à une grande capacité à tisser ensemble des contradictions. Il serait caricatural de réduire les tendances à une opposition hommes/femmes, ou à un combat féministes/antiféministes.

L
élaboration par les femmes dune stratégie hors de la ligne directive de la CNT arrive à maturité dans les années 1930. En favorisant la syndicalisation, lorganisation et léducation des femmes, le mouvement anarchiste leur fournit, à son corps défendant, les instruments nécessaires à la construction dune pensée critique des rapports de sexes au sein du mouvement. Lémergence dune conscience de classe s’accompagne de la naissance dune conscience de genre. La République, par son train de réformes favorables aux femmes, souligne par contraste le peu dintérêt porté par les anarchistes à la condition féminine. Elle joue le rôle dun détonateur dans laffirmation dun anarcho-syndicalisme féminin.

Le peu d
écoute des cénétistes, linertie des rapports hommes/femmes au quotidien jettent un doute dans lesprit des militantes quant à linéluctabilité de la disparition de linégalité des sexes dans la future société. La misogynie continue de marquer les comportements de leurs compagnons ; les femmes sont convaincues que le désir de changement total de la société sarrête au seuil du foyer où les hommes veulent demeurer les maîtres et le machisme conserver ses droits. Légalité par et dans lamour libre est dénoncée comme une utopie : les maîtresse-mères se retrouveront démunies après le départ de lamant-père ; la relation aux enfants nest queffleurée ; ne pas signer un contrat ne prouve nullement lamour désintéressé de lautre, le désamour des hommes ne signifiera-t-il pas la valse des laissées pour compte alors que les partenaires masculins demeureront, au fond deux-mêmes, attachés à la virginité et à la double morale ?

Le doute se transforme en une certitude, la nécessité pour les femmes anarchistes de prendre en main leurs problèmes, leur destin et leur émancipation qui ne viendra de nul autre : «L
homme révolutionnaire qui aujourdhui lutte pour sa liberté combat seulement contre un monde extérieur qui soppose à ses aspirations de liberté, dégalité et de justice sociale. La femme révolutionnaire, en revanche, doit lutter sur deux terrains : dabord pour sa liberté extérieure — dans cette lutte elle a comme allié lhomme, dans un combat pour les mêmes idéaux et la même cause ; mais, en plus, la femme doit lutter pour sa propre liberté intérieure dont lhomme profite depuis des siècles», ainsi la femme se libérera dun triple esclavage : celui de lignorance, celui du capitalisme, celui du patriarcat. Le succès rencontré par les colonnes réservées aux militantes et sympathisantes dans Tierra y Libertad conforte un groupe de cénétistes, autour de Lucia Sanchez Saornil, Mercedes Comaposada et Amparo Poch y Gaston, dans leur volonté de créer «une force féminine consciente et responsable qui agisse comme avant-garde du progrès». Dans ce but, elles fondent la revue Mujeres Libres, créée par et pour des femmes, sans laide de la CNT ; le premier numéro paraît en avril 1936.

D
emblée, leur démarche les situe dans le mouvement anarcho-syndicaliste pour lequel elles veulent œuvrer, elles considèrent en effet que la non-prise en compte de la spécificité des problèmes féminins éloigne de la mouvance libertaire bien des travailleuses, attirées par les sirènes, fussent-elles démagogiques, des mouvements de gauche et des féministes.

Mujeres libres veut ensemencer le terrain d
où, lÉtat abattu, naîtra légalité des sexes ; ces semences ont pour noms instruction scolaire, éducation sexuelle, indépendance économique sans laquelle les femmes ne peuvent se dégager de la soumission à lhomme. Ce programme, qui concrètement débouche sur un travail de terrain, des cycles dinstruction et la mise en place dinstituts, exprime à la fois la reconnaissance de la spécificité des problèmes féminins et le désarroi des femmes face à la cécité des anarchistes. Il ne signifie nullement le rejet de lanarcho-syndicalisme et de sa finalité originelle, le révolution libertaire.

La revue Mujeres Libres engendre une organisation féminine du même nom ; elle recrute des adhérentes (20.000 en 1938) et, à ce titre, elle réclame sa reconnaissance, son autonomie au sein du mouvement anarcho-syndicaliste et sa représentation dans toute réunion décisionnelle. Elle refuse d
être une section féminine, comme il en existe dans les partis de gauche, elle veut ajouter une branche à larbre anarchiste (CNT, FAI, FIJL). Pour les responsables libertaires, cest là une ambition inacceptable.

L’opposition anarchiste à un anarcho-syndicalisme féminin

«Féministe jamais, humaniste toujours ! Propager un féminisme, c
est fomenter un masculinisme, cest créer une lutte morale et absurde entre les deux sexes quaucune loi naturelle ne tolérera», cette célèbre exclamation de Federica Montseny exprime leffet révulsif que provoque toute évocation possible dun rapprochement entre une action anarchiste et le féminisme. À lévidence la figure emblématique féminine de la CNT tient à se démarquer du féminisme, posture à laquelle elle restera fidèle toute sa vie. Elle reflète ainsi le rejet consensuel des anarchistes que réactive des années plus tard la fondation de Mujeres Libres : le féminisme est dénoncé comme un mouvement réformiste, sectaire, voire sexiste et bourgeois.

Cette analyse est partagée, en apparence, par Mujeres libres ; à «féministe» elle préfère le qualificatif «féminin». Derrière cette bataille de mots, est en jeu son orthodoxie libertaire. L
opposition entre lorganisation féminine et la CNT ne se cristallise pas autour des revendications que Mujeres Libres voudrait voir reconnues, mais autour de la légitimité même du groupe. Le dogmatisme de la CNT, relayée par la FAI et la FIJL, défendu au nom dun anarchisme, pourtant pourfendeur de toute rigidité doctrinale, surprend ; il laisse supposer quune dimension de ce combat reste tue et conduit à émettre lhypothèse dun refus travesti de voir échapper au pouvoir masculin le contrôle de toute expression anarchiste. Dans la crispation des cénétistes sur les préceptes de lanarcho-syndicalisme entre, sans que lon puisse en établir lexacte part, la peur dun pouvoir féminin qui rognerait la suprématie masculine, vue auxquelles se rallient des femmes élitistes.

Ainsi se comprend la rapidité de la réaction négative des anarchistes émise dès la création de Mujeres Libres, exacerbée par son développement. Le groupe est considéré comme traître à la cause car ses déclarations, sa revue, ses prétentions à l
autonomie remettent en cause les fondements de lanarcho-syndicalisme. Les détracteurs de Mujeres Libres clament luniversalisme du mouvement libertaire ; concevoir une lutte des femmes revient à nier la substance vitale du mouvement. De plus, il induit une révolution en une seule et unique étape : la révolution libertaire sera totale et globalisante, lémancipation des femmes et des hommes y est inclue. Or, Mujeres Libres n'est pas convaincue de la pertinence de cette chronologie ; le groupe pense la révolution, sinon en deux temps, du moins, à lévidence, en deux axes distincts ; ce désaccord ne peut conduire, selon ses accusateurs, quà une rivalité des sexes et donc à un affaiblissement de lanarcho-syndicalisme. Le syndicalisme de Mujeres Libres est accusé de déviationnisme et de féminisme.

Ce jugement est porté une fois pour toutes, et les libertaires camperont sur leur position sans jamais la modifier. Elle implique une fin de non-recevoir aux demandes de participation autonome et de reconnaissance de statuts ; elle conduit à la mise en place de stratégie pour empêcher l
impact de Mujeres Libres : ainsi doit être lue la création dun secrétariat des femmes par la FIJL, vers 1937.

Cette peur de la fuite des adhérentes vers Mujeres Libres relève du fantasme puisque l
organisation féminine ne refuse pas lappartenance multiple de ses membres à la constellation anarchiste ; toujours est-il quelle suscite lopposition virulente de la Fédération ibérique des jeunesses libertaires. La FIJL ne peut cependant faire léconomie dune réflexion sur lémancipation féminine en raison de limportance des jeunes filles dans ses rangs ; les jeunes libertaires récupèrent le concept pour exprimer leur conscience de la domination des femmes par les hommes, mais légalité des sexes est à leur sens accessoire ; on a affaire, selon lexpression de Jesus Lopez Santamaria, à un aféminisme plutôt quà un anti-féminisme.

L’universalisme à l’épreuve de la guerre

La carence de l
armée républicaine oblige, en un premier temps, à faire appel à toutes les forces vives révolutionnaires. Les libertaires intègrent les femmes qui combattent, armes à la main. La lutte sanglante contre les rebelles semble abolir la différence des sexes ; lillusion ne survit pas à lété. En septembre 1936, le nouveau mot dordre, habilement placé dans la bouche de la Pasionaria, Dolorès Ibarruri, appelle «les hommes au combat, les femmes au travail». Les anarchistes, ordinairement insoumis aux ordres gouvernementaux et à ceux du parti communiste, appliquent cette directive. Les commentaires de lépoque laissent transparaître la satisfaction des hommes à se retrouver seuls détenteurs des armes, symbole de la virilité combative ; la presse témoigne de la rage des femmes, larmes aux yeux et haine au cœur, à abandonner cet acquis. La retaguardia [arrière] réinstalle de fait une hiérarchie des sexes ; certes, on ne cesse de rappeler lapport indispensable des femmes, mais elles renouent avec un rôle traditionnel, celui dauxiliaires. Lexpression «soutien logistique» souligne cette complémentarité inégalitaire : le vrai combat revient aux hommes.

Mujeres Libres ne s
élève pas, ou peu, contre la perpétuation dans la guerre du rapport inégalitaire des sexes. Elle espère que cette phase permettra lentrée massive et définitive des femmes dans la production. Le projet de la CNT est autre ; la présence des femmes est conjoncturelle et elle rassure les hommes : ils retrouveront leurs emplois après le combat, et donc leurs épouses au foyer.

L
universalisme des anarchistes ne résiste pas à lépreuve de la guerre ; celle-ci met en lumière le fossé entre théorie et pratique et la force des mentalités masculines figées. La lutte pour la révolution sociale prend le pas sur dautres combats, aussi Mujeres Libres refuse-t-elle toute collaboration avec les organisations féminines qui font de la lutte contre le fascisme une priorité ; pour elle, il ne sagit pas dune guerre civile mais dune révolution. Elle réaffirme ainsi son combat dans le mouvement libertaire. Est-ce la contrainte des urgences ou lincorporation de femmes moins radicales, toujours est-il que les positions de Mujeres Libres paraissent sémousser et les querelles avec la FIJL sapaiser ; la valorisation des femmes comme mères retrouve sa pleine vigueur, la maternité est censée permettre la réalisation des femmes (Etta Federn, Lucia Sanchez Saornil) leur combat s’exprime à travers les maris, se justifie pour les fils (et non pour les filles…), et se situe donc fort loin du féminisme que Mujeres Libres rejette à nouveau en 1938.

La théorie égalitaire, la prétention à une révolution non sexuée se fissurent à l
épreuve du combat. Celui-ci consolide la différence des sexes dans la hiérarchie traditionnelle. Ici comme ailleurs, la guerre, en dépit des apparences, ne contribue pas à la libération des femmes.

En fin de compte, la réponse de Mujeres Libres paraît ambiguë ; est-ce un effet de l
adaptation au contexte ou un retrait des exigences originelles ? La défaite des gauches laisse en suspens la question et sans doute à jamais ouvert le débat sur la validité de lappellation «anarcho-féminisme» pour désigner lorganisation Mujeres Libres.

Yannick Ripa - Clio, no 3 (Métiers. Corporations. Syndicalisme), 1996.
[Source]
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Jeudi 21 août 2008
ICAHK Newsletter, août 2008

Que ce soit l’été ou une autre saison, les violences commises «au nom de lhonneur» contre des femmes, et parfois aussi des hommes, ne cessent pas.

Le 2 juillet, c
est Banaz Bakir Fatah, dorigine kurde irakienne, qui a été assassinée en Norvège. Début août, on apprenait quun nouveau meurtre dhonneur avait eu lieu en Jordanie, faisant suite à un autre crime «dhonneur» courant juillet, ou nous pourrions aussi parler du jeune Ahmet Yildiz, exécuté par sa famille parce quil était homosexuel. Au Pakistan, on apprenait récemment que le mois dernier, cinq femmes avaient été enterrées vivantes, les coupables, dont le frère dun ministre de la province du Baloutchistan, ne sont toujours pas inquiétés par la police ou la justice, si bien que nous nous joignons à la campagne de la Commission Asiatique pour les Droits Humains (AHRC) pour demander aux autorités de prendre les mesures nécessaires pour enquêter sur ces meurtres et punir les coupables.

En Jordanie,
la législation favorise toujours ces assassinats commis «au nom de lhonneur familial». Et si la Turquie a récemment criminalisé ces meurtres de femmes, un rapport montre quils restent non seulement fréquents, mais quils sont en recrudescence. Même chose au Kurdistan dIrak, où on apprenait début juillet que onze femmes avaient été tuées ou s’étaient suicidées par immolation par le feu en une seule semaine dans la ville dErbil. Lassassinat de Kurdistan Aziz a quand a lui démontré lincapacité et le manque de volonté des autorités de la région autonome kurde doffrir un minimum de protection aux femmes menacées par leurs familles, ce qui rend nécessaire la campagne que nous menons contre les meurtres et lapidations de femmes au Kurdistan. Et cela dautant plus, que nous avons aussi appris que les assassins de Doa Khalil Aswad, lapidée publiquement le 7 avril 2007, risquent déchapper à toute peine de prison (voir notre déclaration : Le prix du sang).

En Iran, si les meurtres d
honneur existent aussi, cest également lappareil dÉtat qui cherche à contrôler la sexualité et le corps des femmes. Ainsi, en juillet, neuf personnes (au moins) étaient condamnées à la lapidation, dont Kobra Najjar. Début août, selon les informations que nous avons reçu dIran, ces lapidations sont suspendues, mais la peine de mort par lapidation continue de figurer dans le code criminel du régime des mollahs.

Le système de «l’oppression de l
honneur familial» ne se limite pas aux meurtres qui ne sont que la partie visible d’une organisation sociale tribale et patriarcale où on nie aux femmes leurs plus fondamentaux droits humains. Une des formes que prend cette oppression est le mariage forcé. Au Yémen, deux fillettes de 8 et 9 ans ont pu fêter… leurs divorces, prenant ainsi exemple sur Nojoud, une fillette de 10 ans qui s’est battue pour pouvoir obtenir le divorce. En Arabie Saoudite, le personnel d’un hôpital de la province de Hail s’est mobilisé pour empêcher le mariage d’une fillette de 10 ans avec un homme de 60 ans. Au Pakistan, ce sont des jirgas (tribunaux tribaux) qui offrent des fillettes en mariage pour régler des querelles de clans. C’est aussi des tribunaux tribaux qui condamnent à mort ceux qui décident de se marier librement comme Mohammad Ibrahim et Zainab.

Les mariages forcés ne sont, malheureusement, pas seulement une barbarie qui existe au Moyen-Orient ou dans le sous-continent indien. En France, comme ailleurs en Europe, l’été
est la saison propice des mariages forcés. Début juillet, dans le nord de l’Italie, «Piccola», 15 ans, a tenté de se suicider pour éviter d’épouser un homme qu’elle n’aime pas. On peut lire à ce propos le témoignage d’Hamina Ben Sadia, mariée de force à 16 ans, ou de Justine qui, elle, a fuit sa famille pour ne pas être mariée. Nous avons publié quelques informations juridiques et contacts utiles pour les jeunes filles de France qui serait menacées de mariage de force. Il est à noter que ces derniers temps, à propos de mariages forcés, la presse a tendance à applaudir l’initiative mise en place par SPIOR (organisation islamique de Rotterdam), avec le soutien de Tariq Ramadan. En plus d’un communiqué d’organisations de femmes luttant en France contre les mariages forcés, on lira avec intérêt l’analyse de Necla Kelek, militante d’origine turque contre les mariages forcés en Allemagne, sur les ambiguïtés et l’hypocrisie de cette campagne organisée par des groupes réactionnaires proches des Frères musulmans.

Si notre site ne répertorie que quelques unes des atrocités et de l’oppression que subissent les femmes «au nom de l’honneur» (vous pouvez avoir un petit aperçu de ce que signifie cette oppression en lisant, si vous ne l’avez pas déjà fait :
«Un totalitarisme contre les femmes, Répercussions des crimes et du système de “l’honneur familial” sur les conditions de vie des femmes au Moyen-Orient»), nous pouvons aussi annoncer quelques avancées grâce aux luttes courageuses qui se mènent un peu partout dans le monde. Ainsi, la campagne contre l’excision au Kurdistan enregistre quelques succès et les mutilations sexuelles féminines devraient être enfin interdite en septembre. Et même si nous n’avons pas encore obtenu l’abolition de la lapidation en Iran, les suspensions des peines par lapidation sont aussi un petit succès de la mobilisation des organisations de défense des droits des femmes, des défenseurs des droits humains et d’autres progressistes. Cela montre que, même si cela peut paraître peu, participer aux différentes campagnes que nous proposons ou soutenons peuvent permettre de fissurer peu à peu l’oppression et d’aller vers plus d’égalité.

Enfin, pour faire connaître notre lutte contre les meurtres et l’oppression «au nom de l’honneur familial», nous proposons des autocollants qui peuvent être téléchargés en format PDF et imprimés (chaque planche est faite pour une feuille A4 et chaque autocollant mesure 105 x 148,5 mm). Pour l’instant, nous en avons en arabe, allemand, anglais, espagnol, français, italien, kurde (soranî) et russe. Vous pouvez les trouver à cette adresse à cette adresse. Au fur et à mesure des traductions, nous en ajouterons d’autres et si vous pouvez nous aider à en traduire dans d’autres langues, vos propositions sont les bienvenues sur
notre forum.

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Vendredi 15 août 2008

La Commission Asiatique des Droits Humains (Asian Human Rights Commission, AHRC) a été informée depuis une lointaine zone de la province du Baloutchistan que cinq femmes y ont été enterrées vivantes, en particulier par le plus jeune frère de Sadiq Umrani, ministre de la province et célèbre dirigeant du Parti du Peuple du Pakistan (PPP), le parti au pouvoir. De plus, la police na toujours pas arrêté les coupables et ce plus dun mois après les faits.

Détails de l’affaire :

La tribu Umrani est essentiellement concentrée dans les districts de Jarabad et de Naseerabad de la province du Baloutchistan, à environ 300 kilomètres de la ville de Quetta, la capitale de la province. Sadiq Umrani, ministre de l
habitat et de la construction de la province, a été élu à lassemblée du Baloutchistan lors des élections du 18 février 2008 pour la circonscription de Dera Marad Jamzali, district de Naseerabad.

L
enterrement de femmes vivantes a eu lieu dans un village éloigné, Baba Kot, à 80 kilomètres de la ville dUsta Mohammad, dans le district de Jafferabad. On pense que cest à cause de linfluence du ministre et de son frère que ces faits nont pas été reportés dans les médias.

Selon les informations obtenues, ces cinq femmes sont Fatima, épouse d
Umeed Ali Umrani, Jannat Bibi, épouse de Qaiser Khan, Fauzia, fille dAta Mohammad Umrani, et deux autres filles, qui avaient entre 16 et 18 ans. Elles se trouvaient au domicile de monsieur Chandio, dans le village de Baba Kot, et devaient partir pour le tribunal civil dUsta Mohammad (district de Jafarabad) où trois de ces filles devaient épouser un homme de leurs choix. Leurs décisions de se marier au tribunal civil est le résultat de plusieurs jours de discussion avec les anciens de la tribu qui refusaient de leur accorder le droit de se marier. Les noms des deux plus jeunes victimes ne sont pas connus à cause du fort contrôle des leaders tribaux dans cette région.

Lorsque la nouvelle de leurs projets fut connue, Abdul Sattar Umrani, un frère du ministre, est arrivé avec au moins six personnes et les a menacées avec un pistolet. Elles ont été emmenées dans une jeep Land Cruiser, immatriculée dans la province du Baloutchistan, vers une autre zone éloignée, Nau Abadi, dans les environs de Baba Kot. Une fois dans la zone désertique de Nau Abadi, Abdul Sattar Umrani et ses six compagnons ont fait descendre les trois plus jeunes filles de la jeep, et les ont battues avant de leur tirer dessus avec leurs pistolets. Les filles étaient grièvement blessées mais toujours en vie. Sattar Umrani et ses complices les ont jetées dans une fosse profonde qu
ils ont commencé à recouvrir de terre et de cailloux. Les deux femmes plus âgées étaient la tante de Fauzia et la mère dune des filles mineures. Lorsquelles ont protesté et tenté de mettre fin à lenterrement des mineures encore vivantes, les agresseurs étaient tellement en colère quils les ont poussées dans la fosse et enterrées, elles aussi, vivantes. Après avoir terminé lenterrement, ils ont tiré plusieurs coups de feu en lair pour que personne ne sapproche.

Les mineures étaient éduquées et poursuivaient leurs études dans les 10e et 12e classes. Elles ont été punies pour avoir essayé de décider elles-mêmes de leurs mariages.

Un mois plus tard, la police n
a toujours pas enregistré laffaire et il est difficile dobtenir des informations plus détaillées. Le ministre de la province est si puissant que la police hésite à chercher des détails sur le meurtre. Lorsque lAHRC a contacté Sadiq Umrani, le ministre de la province, il a confirmé les faits en disant que trois femmes seulement auraient été assassinées par des inconnus. Il a nié toute implication de sa part ou de son frère dans le crime. Il en est venu à dire que la police ne donnerait aucune information sur laffaire, comme si, si elle le faisait, cela pourrait les impliquer. De plus, les fonctionnaires de deux différents postes de police ont confirmé les faits et expliqué que personne ne leur donnait plus dinformations. Aussi, comme ils ne peuvent pas trouver la fosse où sont enterrées les victimes, il est difficile pour eux denregistrer laffaire. Les membres de la famille des victimes ont depuis quitté la région et personne ne sait où ils se trouvent.

Abdul Sattar Umrani, le coupable présumé et frère du ministre de la province, était déjà impliqué dans le meurtre de trois personnes, dont une jeune femme, en janvier 2006. Dans cette affaire, Mohammad Aslam, un professeur d
école, allait en taxi avec son amoureuse au tribunal civil pour se marier. Les coupables les ont arrêtés à Manjo Shori, sous district de Tumboo, district de Naseerbarad, et ont assassiné les trois personnes par balles. Le conducteur de taxi, Jabal Aidee, faisait parti des victimes. La police a été incapable douvrir une enquête pour meurtre pendant cinq mois, jusquà lintervention dIftekhar Choudhry, Chef de la justice à la Cour Suprême et député porte-parole au Sénat. Mais une seule personne a été arrêtée et le principal coupable et commanditaire, Abdul Sattar Umrani, na pas été inculpé.

Informations supplémentaires :

Chaque année au Pakistan, des centaines de femmes, de tout âge et de toutes les régions du pays, sont assassinées au nom de l
honneur. La plupart de ces crimes restent impunis. La vie de millions de femmes au Pakistan est soumise aux traditions qui impliquent lextrême exclusion et la soumission aux hommes qui impose un véritable contrôle de propriétaires sur les femmes avec violence. La plupart des femmes acceptent ce contrôle des hommes sur tous les aspects de leurs corps, de leurs paroles et de leurs comportements avec stoïcisme, comme étant un aspect de leur «kismat» (destin), mais les prises de position dans les médias, le travail des organisations pour les droits des femmes et le plus grand degré de mobilité ont permis le début dune prise de conscience sur les droits des femmes dans le monde des femmes enfermées.

Mais lorsque les femmes réclament leurs droits, ou simplement tentent de les réclamer, elles doivent souvent faire face à toujours plus de répression et de châtiments : le nombre des crimes d
honneur a augmenté parallèlement au développement de la conscience des droits des femmes. Lindifférence de l’État, les lois discriminatoires et les conceptions sexistes de la plupart des fonctionnaires de police et de la justice assurent une impunité pour les coupables de crimes dhonneur. Il est paradoxal que les femmes qui ont un si bas statut dans la société et aucun droit dans la famille deviennent le principal point sur lequel se concentre la fausse et primitive conception de lhonneur familial, qui refuse toute prise en compte de leurs aspirations et préférences dans les questions de mariage (cf. Honour killings in Pakistan, par Neshay Najam).

À l
origine des traditions tribales pachtounes et baloutches, les meurtres dhonneur sont fondés sur la conception jumelle de lhonneur et de la marchandisation des femmes. Les femmes sont mariées contre une dote payée au père de lépouse. Il ny a aucune conception selon laquelle les filles se marieraient selon leurs libres choix et si elles le font, elles sont tuées au nom de lhonneur (cf. Lesson Series 35, mai 2004, Human Rights Correspondance School).

Action proposée :

Merci décrire aux autorités concernées pour leur demander denquêter sur laffaire du meurtre des cinq femmes enterrées vivantes et de poursuivre les coupables.
LAHRC a également écrit des lettres au rapporteur spécial de lONU sur les exécutions sommaires, extrajudiciaires et arbitraires pour lappeler à intervenir dans cette affaire.

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