Lundi 5 mai 2008
Jeudi 10 avril 2008

«Les hommes, en toute sincérité, ignorent à quel point le dispositif d’émasculation des filles est imparable, à quel point tout est scrupuleusement organisé pour garantir qu’ils triomphent sans risquer grand-chose, quand ils s’attaquent à des femmes.»
Virginie Despentes.

J’ai déjà longuement parlé de Virginie Despentes dans ces colonnes, mais je reviens aujourd
hui sur un sujet qui me semble extrêmement important pour comprendre les inégalités persistantes entre hommes et femmes dans notre société : la violence féminine (qui a fait lobjet dun débat à la bibliothèque La Rue en décembre 2007).

Dans King Kong Théorie (2006), Virginie Despentes raconte comment elle a été victime dun viol alors quelle avait quinze ans. Elle et une amie. En face : trois types. Combat égal ? Elles : «jamais semblables, avec nos corps de femmes», «du sexe de la peur, de lhumiliation, le sexe étranger».

Elle avoue ce fait qui peut paraitre surprenant : elle avait dans sa poche un cran d
arrêt dont elle ne sest pas servie — dont elle na même pas pensé à se servir. Dont elle se serait peut-être servi si on avait voulu lui voler son blouson.

La question est posée : pourquoi, en situation d
agression sexuelle, beaucoup de femmes qui pourraient se défendre ne le font pas… provoquant ainsi tous les discours justificatifs du type : elles le voulaient bien, la preuve…

Virginie Despentes donne une explication. Les femmes ainsi en position de victimes se trouvent renvoyées à leur féminité : «C
est le projet du viol qui refaisait de moi une femme, quelquun dessentiellement vulnérable.» Or il faut avoir vécu ce que vivent les petites filles et les adolescentes, puis les femmes ensuite, pour comprendre cela.

On n
évacue pas dun coup tous les discours tenus : «Tu es une petite fille, sois sage…» ; «Sois douce, ne ténerve pas» ; «Ne salis pas ta jolie robe». Cest dès lenfance, par des discours et des remarques insidieuses, que lon habitue peu à peu les filles à tenir leur rôle : plaire aux hommes, ne pas se révolter. «Une entreprise politique ancestrale, implacable, apprend aux femmes à ne pas se défendre.»

Difficile de sortir de cette situation de victime, imposée par l
idéologie dominante. «Je suis furieuse contre une société qui ma éduquée sans jamais mapprendre à blesser un homme sil mécarte les cuisses de force, alors que cette même société ma inculqué lidée que cétait un crime dont je ne devais pas me remettre.» Et lauteure de rappeler que «le viol est un programme politique précis : squelette du capitalisme, il est la représentation crue et directe de lexercice du pouvoir». Viol que, pour linstant, les femmes ne se sont jamais approprié. Le but premier du politique apparaît alors comme former le caractère viril comme «asocial, pulsionnel, brutal» : on nous fait croire que le désir de lhomme serait plus fort que lui ; cest une «croyance politique construite» qui passe pour un fait naturel. Fait également partie de cette construction, héritée du christianisme, un certain masochisme des femmes, dispositif culturel qui «prédestine la sexualité des femmes à jouir de leur propre impuissance», préférant être prises de force que vues comme des «salopes qui aiment le sexe».

Et voici ce que conclut l
auteure : «Jaurais préféré, cette nuit-là, être capable de sortir de ce quon a inculqué à mon sexe, et de les égorger tous, un par un. Plutôt que vivre en étant cette personne qui nose pas se défendre, parce quelle est une femme, que la violence nest pas son territoire, et que lintégrité physique du corps dun homme est plus importante que celle dune femme.»

C
est là un point essentiel sur lequel sappuie la domination masculine. Et ça marche, puisque nous sommes nombreuses à être convaincues que, parce que femmes, nous sommes plus patientes, plus douces, plus vulnérables, plus… (complétez vous-mêmes). Et que les hommes, on ne les changera pas, à commencer par leurs «désirs irrépressibles», quil faut bien subir (nous, les femmes).

Et on a beau avoir acquis l
indépendance financière, le droit davorter, on a beau être féministes, la violence féminine reste encore un tabou partagé par beaucoup de femmes.

Caroline, Commission Femmes de la Fédération Anarchiste

Le Monde libertaire no 1507, 6 mars 2008
Vendredi 7 mars 2008

L’origine de la journée de la Femme se perd dans l’histoire. En fait, cette journée est d’abord celle des femmes travailleuses, un moment dédié à des ouvrières brûlées vives alors qu’elles faisaient grève dans une usine des États-Unis. Après des années des luttes, quelle est la situation actuelle des travailleuses ?

«Non, vous êtes une femme.» La réponse de l’employeur est définitive. Il refuse d’employer une amie chômeuse à un poste de livreur parce que c’est une femme. Il argumente qu’elle ne pourra pas porter de charge. Une discrimination ouverte, malgré l’existence de lois pour l’égalité dans le travail. Plus tard, elle sera accueillie à bras ouvert dans une usine pour un emploi à la chaîne dont elle sortira avec un mal de dos qui l’immobilisera plusieurs mois. Dans ces deux emplois un effort physique est nécessaire, mais dans un cas il est intolérable qu’une femme y réponde tandis que dans l’autre la question ne se pose pas. Certains métiers sont encore considérés comme féminins et d’autres masculins.

Aux femmes encore, les emplois à temps partiels : 25% d’entre elles sont à temps partiels contre 5% des hommes. Qui dit temps partiel, dit une rémunération partielle, avec un salaire horaire souvent inférieur à un celui d’un temps plein. «Je dépense plus que ce que je gagne. Ça n’arriverait pas au directeur. Lui, il peut prendre des RTT» raconte une caissière. «Moi, quand je fais plus de trente heures, on me les paie en heures sup’. Tant mieux. Comment je ferais autrement ?» Alors pour compenser ce salaire, les employées acceptent plus souvent des heures supplémentaires de façon désordonnée, au jour le jour, sur simple injonction téléphonique. Ce qui dans la fonction publique est un choix d’aménagement du temps peut devenir ailleurs une contrainte destructrice de la vie privée.

Du coup, les femmes représentent 80% des travailleurs à très bas salaires, c’est-à-dire un salaire inférieur ou égal à 1300 euros. Pas la peine de chercher aux États-Unis des travailleurs pauvres qui cumulent plusieurs boulots pour vivre ou survivre. En France, on connaît aussi. Heureusement, l’écart entre les salaires mensuels moyens des femmes et des hommes diminue. À qualification, niveau d’expérience et poste égal, cet écart est aujourd’hui de 15%. Toutefois, à ce rythme il faudrait attendre un siècle supplémentaire pour que l’égalité de salaires soit vraiment là.

Comme dans la grande distribution le mois dernier, certaines salariées ont déjà réagi en faisant des grèves pour réclamer des temps pleins, une baisse des cadences et le paiement de toutes les heures travaillées. La lutte a payé pour elles.

Les femmes n’auront que ce qu’elles sauront prendre !

CNT-AIT Bourg-en-Bresse
Jeudi 6 mars 2008
Si vous aussi vous êtes fatiguéEs par le paternalisme qui parle à notre place, ou par la violence qui cherche à nous faire taire,
Rejoignez notre marche féministe le samedi 8 mars à 13 heures, de la Place de la République jusqu’au rassemblement à 15 heures Fontaine des Innocents.
  • Parce qu’il existe pour la majorité des gens toujours deux classes distinctes, les femmes et les hommes, et qu’il vaut mieux appartenir à la seconde qu’à la première ;
  • Parce que nous revendiquons d’avoir le choix : de notre sexe, de notre genre, de notre sexualité ;
  • Parce que nous désirons que les femmes, et touTEs leurs alliéEs, puissent s’approprier leur corps et ses représentations, sans devoir se conformer aux injonctions de normes oppressantes, réductrices et stéréotypées, véhiculées dans tous les domaines ;
  • Parce qu’il existe mille façons de faire rentrer dans le «droit chemin» les insurgéEs contre leur sexe, leur genre, leur destin obligatoire : de l’assignation forcée des intersexes par mutilations génitales, au viol de représailles contre les lesbiennes ; de la psychiatrisation des trans’, aux violences masculines les plus régulières — en France, tous les trois jours, une femme est assassinée par l’homme avec qui elle vit ;
  • Parce que notre santé passe en dernier, parce que le droit des femmes à disposer de leur corps est sans cesse remis en question, le savoir gynécologique accaparé par les médecins, la contraception pas toujours remboursée, le droit à l’IVG menacé sous l’influence de l’Église catholique ;
  • Parce que nous sommes largement touchées par le VIH, discriminées dans les essais par les labos qui ne prennent pas en compte notre métabolisme spécifique, parce que nous n’avons pas le même accès à des traitements de qualité, parce que nous sommes négligées dans les campagnes de prévention publiques, parce que, précarisées, nous sommes particulièrement touchées par les attaques sur la Sécurité Sociale, et notamment par l’instauration des franchises ;
  • Parce que les femmes sans-papiers souffrent doublement de la politique raciste du gouvernement français, des remises en cause du droit au regroupement familial et des menaces sur l’Aide Médicale d’État (AME) ;
  • Parce que les femmes racialisées luttent dans tous les domaines contre cette double oppression raciste et sexiste. Parce que la logique du racisme s’attaque directement au droit des femmes à disposer librement de leur corps. Parce qu’elle opère par exclusion, comme la loi sur le port de signes religieux à l’école qui prétend «protéger» — en particulier les filles musulmanes — et en fait contribue à les stigmatiser, à les enfermer dans le statut de «victimes» et à les marginaliser ;
  • Parce que nous subissons de front la loi sur la sécurité intérieure (LSI). Parce qu’on nous dit qu’on ne peut pas faire ce qu’on veut de nos corps et de nos vies. Parce que les prostituéEs sont criminaliséEs, harceléEs, violentéEs. Parce que ce sont d’abord elles et eux qui sont précariséEs et misEs en danger par la pénalisation des clients. Parce que c’est la loi sur le racolage et la clandestinisation supplémentaire des étrangères qui sont dangereuses, pas le travail du sexe quand il est choisi, et s’il est autogéré et protégé par le droit commun ;
  • Parce que nous sommes précaires, que les femmes sont toujours moins payées que les hommes à travail égal et à qualifications égales, et qu’elles effectuent l’immense majorité du travail gratuit appelé «travail domestique». Parce que malgré les lois et les effets d’annonce, le domaine public et politique reste toujours largement fermé aux femmes ;
Pour un féminisme qui refuse de voir son discours récupéré à des fins racistes, qui sache se démultiplier, concevoir l’émancipation sous toutes ses formes, et se revendique aussi des féminismes non-blanc, pro-sexe, trans’ et lesbien,

Venez exiger vos droits ! Venez marcher avec nous !
Jeudi 6 mars 2008
1975 : La loi Veil tolère l’avortement. Ce maigre droit acquis par les luttes féministes est aujourd’hui remis en cause par des lobbys et des groupuscules conservateurs, traditionnalistes, et religieux. Parmi eux, l’association provie «SOS toutpetits» qui organise, ce samedi 8 mars (journée internationale des femmes) devant l’hôpital Timone, une «prière publique de réparation» pour clamer que «l’avortement n’est pas un droit mais un meurtre».

En 2003, via l’amendement Garraud, ces lobbys avaient tenté, sans succès, de donner un statut juridique au fœtus. Aujourd’hui, ils reviennent à la charge : la cour de cassation vient de rendre légale la déclaration à l’état civil de tout fœtus mort-né, quel que soit son niveau de développement (jusqu’à maintenant, le foetus devait être viable, c’est-à-dire avoir atteint l’âge de 5 mois et peser 500 grammes, pour accéder à l’identité légale). Une mesure qui risque d’ouvrir la voie à une criminalisation de l’avortement.

Religion et morale, garants de l’ordre étatique, capitaliste, patriarcal. De tous temps, les minorités dominantes ont été friandes du fruit de la reproduction des classes populaires, qui leur fournit en masse chaire à canon, main d’œuvre, consommateurs… Remettre en cause le droit des femmes à avorter, c’est rendre la maternité obligatoire pour chacune, afin d’alimenter la machine étatique et économique.

C’est aussi le retour d’une sexualité dont le seul but serait la reproduction, excluant toutes les formes de sexualités non reproductives (masturbation, homosexualité, sodomie…), mais aussi niant le plaisir sexuel, et en particulier celui des femmes : pour être fécondée, il n’est pas nécessaire de jouir !

Interdire l’avortement, c’est donc rabaisser les femmes au rang de poules pondeuses, et réaffirmer un modèle patriarcal centré sur la famille, qui donne aux hommes, tout pouvoir de contrôle sur les femmes (et en particulier sur leur corps).

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Pour la libre disposition de nos corps !


La libre disposition de son corps est le premier pas vers l’autonomie : sexuelle, économique, politique. Le droit des femmes de décider par elles-mêmes de leurs contraceptions, leurs sexualités, leurs maternités, est primordial pour l’autonomie et l’émancipation de toutes.

C’est pourquoi, contre les catholiques intégristes, contre les réactionnaires de toutes les religions et de tous poils, nous affirmons le libre droit de toutes et de tous de choisir.

Cela implique que l’avortement et la contraception, ainsi que l’information et l’éducation concernant le corps et la sexualité, soient libres, gratuits, et accessibles à toutes, sans contrôle psychologique ni jugement moral.

Rassemblement à Marseille
Samedi 8 mars, 10h, La Timone (angle Baille/Sakakini)

 

Lundi 25 février 2008
Sans la présence d’esprit de deux voisins qui ont enfoncé la porte, la femme n’aurait pas survécu aux coups portés par son mari

«Quand nous avons entendu la femme balbutier derrière la porte la phrase que l’on dit dans notre religion avant de mourir, nous n’avons plus hésité. J’ai enfoncé la porte» explique Youness Belhamra. Les gendarmes sont unanimes et louent un acte de citoyenneté. Sans cette intervention, la victime serait morte sous les coups.

Youness, 27 ans, habite au 15 rue des Nations. En se dirigeant, samedi vers 14 heures, en direction du 13, il entend un cri continu et pense que c’est un enfant. Quand le hurlement se fait plus aigu, il décide d’aller voir. Son ami Mohamed Ben Gaaied qui habite au troisième étage descend lui aussi, inquiet.

La scène qu'ils découvrent dans cet appartement du 1er étage désormais sous scellés pour homicide volontaire est hallucinante. «Ça se passait juste derrière la porte qui avait été verrouillée. Malgré notre présence, l’homme continuait à asséner des coups de marteau, sans dire un mot, sur sa femme encore debout contre le mur. Elle essayait de résister. Il y avait du sang partout. Elle avait des trous dans les doigts, des entailles profondes aux bras» racontent les deux hommes. Réflexe ? Youness dit ne pas avoir réfléchi quand il a «pris l’homme par le col, mis au sol sur le palier et neutralisé en lui mettant un pied sur le dos».
«Un acte calme sans aucune violence, fait au péril de son intégrité physique» souligne le lieutenant Prudent de la compagnie de gendarmerie de Lyon.

En attendant les secours, les voisins tentent de secourir la victime, toujours consciente. «Mais que pouvait-on faire à part l’éponger un peu ? Elle était très essoufflée, c’était terrible» poursuit Youness. Un voisin s’évanouit. «Quand les gendarmes sont arrivés sur les lieux, il y a eu plusieurs secondes de silence. Eux-mêmes étaient impressionnés. Ils sont entrés dans l’appartement. L’un est ressorti avec un hachoir de boucher, celui qui a fait les entailles à la femme.» Les pompiers puis le SAMU prennent en charge la victime. Pendant une heure et demie, les urgentistes vont s’activer sur la femme qui s’enfonce. Le pronostic vital est alors très réservé. Emmenée à l’hôpital Édouard-Herriot, elle sera opérée durant la nuit.

Hier, une voisine est allée la voir. «Elle est en état de choc. Elle a entre 80 et 120 points de suture sur la tête. Des hématomes sur tout le corps. Le bras et les doigts fracturés. Elle m’a dit qu’elle était allée faire ses ablutions pour la prière dans les toilettes. Son mari l’attendait derrière la porte. Il lui aurait dit : “Aujourd’hui, c’est fini pour toi”.»

Les voisins s’interrogent. Ce couple, de 64 et 47 ans, était sans histoire. «Elle s’occupait énormément de lui. Il avait eu un problème de santé, il y a quelques mois.»

L’homme, placé en garde à vue depuis samedi dans les locaux de la gendarmerie à Rillieux, doit être présenté au parquet aujourd’hui.

Le Progrès (édition du Rhône), 25 février 2008
Mardi 25 décembre 2007
2010 est une année importante pour l’industrie mondialisée de la prostitution. C’est l’année des Jeux olympiques d’hiver à Vancouver et de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud. Dans les deux cas, les autorités envisagent la légalisation de la prostitution afin de ne pas criminaliser les amateurs de sport et les athlètes attendus en grand nombre, qui auront dès lors accès en toute impunité au corps et au sexe des femmes.

Afrique du Sud

En Afrique du Sud, la prostitution pourrait être libéralisée le temps de la Coupe du monde de football pour permettre aux nombreux supporteurs de vivre pleinement la fête du soccer sans tomber sous le coup de la loi. Selon le chef de la police nationale, Jackie Selebi, cette libéralisation permettrait d’éviter les arrestations massives de supporteurs contrevenants. L’Afrique du Sud attend plus d’un million de touristes pendant la Coupe du monde 2010. Pour le chef de la police, lors du Mondial de 2006, «en Allemagne, ils l’ont contrôlée [la prostitution]. Ils ont constaté l’existence de ce phénomène, qu’on soit d’accord ou non.»

En Allemagne, à l’occasion de la Coupe du monde de 2006, des associations et des politiciens ont lancé une campagne sur la prostitution «forcée» liée à la traite («Ab pfiff» ou «Coup de sifflet final»). Joseph Blatter, le président de la FIFA, a exhorté les partisans à ne recourir qu’«aux services des volontaires».

Il faut tirer le bilan de ces diverses actions. Pour sa part, le gouvernement allemand a minoré l’impact de la Coupe du monde sur la traite des personnes, tandis que la police de Munich, pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, a constaté une augmentation de 63% des femmes prostituées dans les bordels «licenciés». D’où venaient donc ces femmes ? Le gouvernement allemand estime à 400.000 le nombre de femmes prostituées sur son territoire ; de 75 à 85% d’entre elles sont originaires d’autres pays. L’Allemagne est un pays où il est relativement difficile d’immigrer sauf, vraisemblablement, dans l’industrie de la prostitution.

L’Afrique du Sud est déjà reconnue comme un centre régional de la traite à des fins de prostitution. De nombreuses jeunes femmes et fillettes qui y sont prostituées sont originaires de pays de la région : Mozambique, Angola, Zimbabwe, Lesotho, Swaziland, Zambie… La légalisation de la prostitution pendant la durée de l’événement (comme la Hongrie l’avait fait pendant la course de la Formule 1 en 2001) donnera une impulsion à cette industrie et créera une demande accrue, d’où une possible expansion de la traite.

Vancouver

Le maire de Vancouver et des groupes favorables à la décriminalisation de la prostitution, notamment du proxénétisme, font la promotion du projet de création d’un bordel légal dirigé par des femmes prostituées, pour les Jeux olympiques de Vancouver en 2010. Ils espèrent convaincre Ottawa de déroger à ses lois pour permettre, sur une base «expérimentale», la création d’un bordel «coopératif». Selon Susan Davis, une porte-parole du projet, des dizaines de milliers d’hommes viendront à Vancouver à l’occasion des Jeux olympiques et rechercheront à se payer des relations sexuelles. Il faut donc que les «services sexuels» soient facilement disponibles.

L’argument invoqué pour légaliser la prostitution en bordel à Vancouver est que cela assurerait une meilleure sécurité aux femmes prostituées. Avec l’affaire Robert Pickton, assassin de six prostituées et présumé assassin de 20 autres, on associe la dangerosité de la prostitution avec la prostitution qui se pratique dans les rues, d’où la volonté affichée de légaliser la prostitution en bordel. Or, au Québec, au moins cinq des 14 femmes prostituées tuées au cours des 10 dernières années ne travaillaient pas sur le trottoir. Elles étaient des prostituées incall et outcall, c’est-à-dire qu’elles recevaient des clients dans un lieu «privé» ou se déplaçaient pour les rencontrer à leur domicile ou dans une chambre d’hôtel.

S’il est vrai qu’un nombre important de personnes prostituées au Canada ont été victimes de tueurs en série, c’est également le cas dans d’autres pays (Allemagne, France, Royaume-Uni, États-Unis). Les tueurs en série s’attaquent généralement à des personnes marginalisées (personnes prostituées, jeunes hommes gais) ou en situation de faiblesse ou de dépendance (enfants et adolescents). Ils sévissent aussi bien dans des pays ayant légalisé la prostitution que dans les pays la prohibant, ou encore dans des pays ayant adopté un régime juridique abolitionniste. Il n’y a pas de corrélation significative entre le fait de légaliser la prostitution et le déclin ou l’augmentation des meurtres en série de personnes prostituées.

L’argument de la plus grande sécurité offerte par les bordels fait l’impasse sur les causes fondamentales de la violence de la prostitution et dans la prostitution, à savoir, comme le notait Georg Simmel, les rapports sociaux de pouvoir que confère le fait de payer «ce qui accorde à l’homme une formidable prépondérance» dans la prostitution. Et qui dit pouvoir dit également abus de pouvoir et violence.

Dénonciations

La majorité des personnes prostituées disparues et assassinées du quartier Downtown Eastside à Vancouver sont d’origine autochtone et métisse. Le projet de légalisation des bordels est dénoncé par les premières concernées : l’Aboriginal Women’s Action Network (AWAN) de Colombie-Britannique. L’AWAN souligne que «le fait de légaliser la prostitution à Vancouver ne [la] rendra pas plus sécuritaire pour les personnes qui sont prostituées ; cela ne fera qu’accroître le nombre de ces personnes».

Une autre organisation, l’Ex-Prostitutes Against Legislated Sexual Servitude (X-PALSS), s’oppose à ce projet ainsi qu’à «toute mesure qui mettrait plus de pouvoir entre les mains des hommes qui nous ont violentées en leur disant qu’ils ont légalement le droit d’agir à leur guise». Ces anciennes personnes prostituées mettent en évidence le fait que, «une fois la prostitution décriminalisée, les proxénètes et les clients seront totalement en sécurité», ce qui n’est pas le cas des femmes en situation de prostitution. «Qui faut-il protéger ?», demandent-elles. C’est là le nœud du problème.

Les grands événements sportifs — Jeux olympiques, Coupe du monde de football, courses automobiles de Formule 1 — donnent une impulsion aux industries de la prostitution et du tourisme sexuel au profit des hommes et de leur pouvoir d’achat. Comme si, au moment des festivités sportives, il fallait, semble-t-il, permettre aux hommes de se défouler et, pour cela, leur faciliter l’accès au sexe et au corps des jeunes femmes.

Richard POULIN, professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa
et auteur d’Enfances dévastées, L’enfer de la prostitution (L’Interligne, 2007)
Le Devoir, 24 décembre 2007
Mardi 4 décembre 2007
Le 24 novembre, 150.000 femmes et lesbiennes* dans la rue contre les violences faites aux femmes.
Il y a deux mois à peu près est née l’idée d’une manifestation pour la journée internationale contre les violences des hommes contre les femmes. Des assemblées de 40, 50 voire 60 femmes et lesbiennes, individuelles ou faisant partie de collectifs féministes et lesbiens de Rome, centres anti-violences, se mettent en place pour organiser cette manifestation. Une manifestation auto-organisée sans parti politique, sans syndicat, sans drapeau d’aucune sorte. Une manifestation non-mixte. Très discutée, la non-mixité a finalement vaincu. Une manifestation de femmes qui donne la voix aux femmes, qui donne visibilité à la force des femmes.

Le 24 novembre le pari est plus que gagné, 150.000 femmes venues sont dans la rue pour crier leur ras le bol de la violence des hommes. Elles sont sorties très nombreuses le 24, comme on ne les avait pas vues depuis très longtemps. Pas 400, comme au 8 mars dernier, ce qui avait déjà été très impressionant, mais 150.000 cette fois ! Des femmes, des femmes, des femmes, plein de femmes !

Il faut lutter parfois durement pour maintenir le cortège non mixte, pour expliquer aux hommes que s’ils veulent prendre part, ils peuvent se mettre en fin de cortège. Quand à la gay pride il a été décidé que les malades du sida ouvriraient le cortège, est-ce que ça a été difficile à faire respecter ? Ou c’est seulement les hommes qui ne supportent pas que les femmes prennent la parole sans eux, ou c’est seulement un non de plus qu’ils ne veulent pas entendre.

Il faut être carrément ferme pour maintenir le cortège apolitique : une ex ministre tente de rejoindre la tête du cortège pour se faire montrer. Reconduite sur le trottoir. Des ministres de l’extrême droite à la gauche ont organisé une scène avec télévision pour l’arrivée du cortège à piazza Navona. Surprise et colère des organisatrices et de toutes les femmes sur la place et puis la scène est reprise, le direct TV stoppé, et les ministres chassées. Et ça va faire du bruit. On n’arrête pas les grands comme çà ! Ministres de tout bord, déçues de n’avoir pas pu récupérer la force des femmes à leur fin de pouvoir personnel, qui vont s’emparer de la presse le lendemain pour insulter les organisatrices, pour arranger l’épisode à leur sauce et surtout ne pas reconnaître que ce sont les femmes auto-organisées qui sont sur la place, celles qui ne croient pas aux lois surtout quand elles sont assorties de mesures racistes comme c’est le cas des dernières mesures anti violences qu’elles ont votées il y a trois semaines. Des femmes qui rappellent que les violences sont d’abord exercées par les pères, maris, petits amis, ex compagnons. Des femmes qui disent que la violence n’a ni couleur, ni classe sociale, ni religion, ni culture parce qu’elle est une culture en soi. Des femmes qui crient «L’autodéfense est notre seule certitude» et qui n’attendent pas la protection de qui ce soit mais veulent s’organiser pour en finir avec la violence des hommes.

Voilà c’est de ces convictions-là qu’est née la manif, une grande, grande, grande manif, qui a laissé aux participantes l’ivresse de la force commune et la certitude que ce n’est qu’un début. À suivre donc…

Ne comptez pas sur notre silence, mais seulement sur notre rage.

Indymedia Grenoble, 4 décembre 2007


* Nous notons qu’il y a des lesbiennes parmi les femmes pour deux raisons : pour que ces dernières soient visibles dans les luttes (alors qu’elles sont presque toujours invisibilisées, satanisées…), mais aussi parce que des lesbiennes (mais pas toutes !) revendiquent ce choix comme acte poltique : être lesbienne, pour une partie d’entre elles, est une rupture avec le devoir de servir, domestiquement et sexuellement, des hommes, au sein du couple hétéronormal. Elles affirment donc par là qu’elles ont fait un pas de côté par rapport à la définition actuelle de ce qu’est une femme…
Lundi 26 novembre 2007
À l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes

Femmes battues,
violées,
contraintes,
discriminées,
humiliées tous les jours,

Ça suffit !

Dans le monde,
Dans certains pays du monde, les femmes sont mariées de force, répudiées, excisées, battues, prostituées, victimes de crimes dits d’honneur, violées en temps de guerre, persécutées pour lesbianisme. Parfois ces faits sont perpétrés avec la bénédiction des Etats ou organisés par eux.
Nous sommes solidaires des femmes du monde entier victimes de violences.

En France, aussi.
— En France le «sexisme ordinaire» sévit tous les jours sur les murs de nos villes en montrant des femmes humiliées pour faire vendre des voitures ou du chocolat. Les violences, ça va de l’injure sexiste dans la rue au harcèlement sexuel au travail, au viol et au meurtre.
— En France, «patrie des droits de l’homme», une femme sur dix est victime de violences conjugales, une femme meurt tous les trois jours sous les coups, et rares sont celles dont la presse parle.
— En France, des femmes migrantes susceptibles d’avoir un titre de séjour comme conjointes de Français ou venues par le regroupement familial risquent de perdre le droit au séjour en cas de rupture conjugale pour violences au sein de leur couple. Ces femmes ont à affronter non seulement la violence de leur conjoint, mais aussi celle de l’État français qui, au lieu de les protéger, peut les expulser.
— En France, 11% des femmes, au cours de leur vie, ont subi une agression sexuelle. Deux viols sur trois ont lieu dans la famille, un viol sur deux se produit au sein d’un couple.

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Ici, nos gouvernants doivent prendre leurs responsabilités en montrant leur détermination pour faire disparaître les violences faites aux femmes. Ceci ne peut se faire qu’en mettant en place sans plus de délai la loi-cadre contre les violences sexistes que nous réclamons.

En effet, seule une loi-cadre peut :
• Prendre en compte toutes les formes de violences faites aux femmes à la maison, dans la rue, au travail,
• Créer, développer et centraliser les dispositifs de prévention, de protection, de répression, de soutien, solidarité et de recours judiciaires afin de les rendre visibles, efficaces et opérants.

C’est une affaire de volonté politique, l’Espagne l’a fait, nous pouvons le faire !!!!!!

Rassemblement le samedi 24 novembre 2007 à 15 heures
Ministère de la Justice (angle Place Vendôme - rue de la Paix)


Premiers signataires : Collectif National pour les Droits des Femmes, ACTIT, ANEF Association des études féministes, APEL Association pour l’Égalité, Assemblée des Femmes, Assemblée des Femmes – Ile-de-France, ATF, CADAC, CFCV, Chiennes de Garde, Collectif Faty Koumba, Collectif féministe «Ruptures», Collectif féministe de solidarité avec Marina Petrella, Encore Féministes, Femmes en noir, Femmes libres de Radio Libertaire, Fédération Nationale Solidarité Femmes, Femmes Solidaires, FSU, GRAF-M Groupe de Recherche et d'Action Féministe de Martinique, HES Homosexualité et Socialisme, La Meute, LCR, Les Verts, LIFD, Marche Mondiale des Femmes, MFPF, MFPF AD75, Mix-Cité, MJS, PCF, Pluri-Elles Algérie, PS, RAJFIRE, Union syndicale Solidaires.

Collectif National pour les Droits des Femmes
21 ter rue Voltaire, 75011 Paris, 01 43 56 36 48
Lundi 26 novembre 2007
«L’IVG médicamenteuse au Planning Familial» : une avancée qui risque de reculer avant même sa légalisation.

Depuis 2004, les femmes souhaitant interrompre une grossesse par la méthode médicamenteuse «hors hospitalisation», peuvent uniquement le faire en s’adressant à un médecin libéral.

Depuis le 17 avril 2007, en parallèle d’une action politique visant à faire intégrer par la loi le rôle des Centres de Planification et d’Éducation Familiales dans ce dispositif «hors hospitalisation», le Planning Familial de Villeurbanne a décidé de passer à la pratique après plusieurs mois de réflexion et de formation auprès des professionnels de l’IVG médicamenteuse. Cette démarche est motivée par l’intérêt d’un tel accompagnement par ces mêmes structures qui, au sein de leur équipe, peuvent intégrer l’approche médicale de l’interruption de grossesse aux approches sociales et surtout, à la dimension de l’écoute. Il s’agit d’une expérience pilote qui s’accompagnera d’une procédure d’évaluation s’intéressant aussi bien aux données médicales, aux conditions d’organisation de la pratique, qu’au vécu des femmes elles-mêmes ! Cette appréciation vise aussi à pouvoir témoigner de cette expérience…

Cette loi tant attendue (qui n’empêche pas aux structures militantes, comme à Villeurbanne, d’ores et déjà de s’organiser pour mettre en pratique leur revendication) est prévue au vote en 2008 : «L’article 46 du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale étend la possibilité d’IVG médicamenteuse aux Centres de planification familiale, dans les mêmes conditions de convention que celles prescrites au sein des cabinets médicaux de ville. Cet article répond à une demande forte de ces centres, de nombreuses femmes et de leurs associations.»

Or, une série d’amendements de suppression de cet article viennent d’être déposés par certains groupes opposants… Si ces amendements étaient adoptés, ils remettraient en cause ce qui constitue une nouvelle avancée pour les femmes : renforcer l’offre de choix dans le parcours d’IVG !

Cette information vient tout juste de tomber via un communiqué de la délégation aux droits des femmes du groupe communiste républicain et citoyen. Tout juste après une journée grise de prières éparpillées dans la France entière, organisées par l’association catho intégriste «SOS tout-petits». À Grenoble, ce groupe en prière était protégé par les forces de l’ordre, eux-mêmes à l’ordre d’un État où avorter est pourtant légalisé… plutôt inquiétant.

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En préparant le jour prochain (n’entendez-vous pas ce silence, ce grand fracas que les femmes portent en elles ?) où il sera possible d’avorter librement, sans avoir à faire à une loi qui dicte ce que les femmes peuvent ou ne peuvent pas faire ou de comment elles doivent le faire, la lutte à l’intérieur du système est également nécessaire pour maintenir ce droit, et aussi afin de permettre une avancée quant à la multiplicité de choix possibles pour avorter.

N’oublions pas que la dernière femme guillotinée pour avoir pratiqué des avortements, c’était en 1943. N’oublions pas que la légalisation de l’avortement a eu lieu en 75 dans l’explosion des luttes post-68 et que Sarkozy menace cette période de l’histoire subversive. N’oublions pas que beaucoup de médecins de cette même période militante s’en vont à la retraite. N’oublions pas que même au sein de l’Union Européenne, des femmes n’ont toujours pas accès au droit à l’IVG et continuent à se battre pour l’obtenir. N’oublions pas qu’actuellement dans le monde une femme meurt toutes les 6 minutes suite à un avortement clandestin alors que l’IVG pratiquée dans de bonnes conditions est une intervention bénigne.

DégenréE - L’émission pour déranger !
Une émission féministe : actualité, analyses, infos, débats, points de vue, musiques etc… de femmes, de lesbiennes et de monstres !

De 18h30 à 20h les 2e et 4e mercredis du mois
(rediffusion les lundis suivants à 19h)

Sur 97 fm à Grenoble
Sur Radio Kaléidoscope partout ailleurs
Dimanche 14 octobre 2007
Le Code pénal sanctionne la traite des êtres humains, le proxénétisme et le fait de «soumettre une personne à des conditions de travail et d’hébergement contraires à la dignité humaine». Pourtant les femmes sans papiers sont très souvent victimes de tout ou partie de ces abus.

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Les femmes migrantes sans papiers ou en situation précaire sont, en effet, vulnérables à toutes sortes d’abus et d’exploitations : dans le travail (pas de respect du droit du travail), dans le logement (possibilité d’abus sexuels)… Beaucoup de femmes sans-papiers travaillent, le plus souvent chez des particuliers qui refusent de délivrer des attestations, ce qui leur rend très difficile de «prouver» selon les critères des préfectures leur présence en France. Il en est de même pour disposer de preuves de leur domicile, car elles sont souvent hébergées chez des proches, ou chez l’employeur.

Celles qui viennent retrouver leur mari se retrouvent dans une situation de dépendance totale. Elles sont coincées entre la loi et leur mari. Si une femme obtient un titre de séjour en raison de son mariage avec un Français ou un étranger titulaire d’un titre de séjour, le divorce entraîne le refus de renouvellement de son titre de séjour. Le conjoint peut, ainsi, exercer un chantage permanent sur sa femme qui ne peut guère porter plainte. Cela peut contraindre des femmes à demeurer dans des situations de violence domestique.

Il manque des structures d’hébergement pour les femmes fuyant des violences, et certaines de ces structures n’accueillent pas les femmes sans titre de séjour, car leurs perspectives d’insertion — logement, travail — sont lointaines et incertaines.

Les droits humains fondamentaux doivent être attachés à la personne et non au statut familial.

Femmes persécutées dans leur pays (par l’État, mais aussi famille, société) : ces violences sont trop mal reconnues pour permettre aux femmes d’obtenir le statut de réfugié. L’asile, en France, est refusé aux femmes victimes de violences subies en tant que femmes : viol, mariage forcé, violences domestiques, excision (pour elles ou leurs filles), mises en danger par des groupes intégristes… La Convention de Genève pourtant reconnaît comme motif pour obtenir le statut de réfugié les persécutions craintes ou subies en raison de «l’appartenance à un certain groupe social». Mais les femmes ne sont pas reconnues comme un groupe social !


Le droit d’asile doit pouvoir être obtenu en raison de violences spécifiques faites aux femmes.

Exploitées : Femmes et jeunes filles subissant la traite des êtres humains (prostitution, esclavage, peur, violences, séquestration, menaces de représailles) sont des délinquantes pour la police et ne reçoivent aucun appui. Selon le rapport annuel 2006 de l’Observatoire National des Délinquances, 34.848 faits de violences non mortelles sur des conjointes ont été enregistrés par la police et la gendarmerie, mais il n’y a eu que 9.000 condamnations inscrites au casier judiciaire. Des violences (physiques, sexuelles) sont aussi commises dans les centres de rétention ou dans les commissariats.

Toutes les femmes doivent pouvoir se libérer de ces oppressions, recevoir un titre de séjour ainsi que toute l’aide nécessaire (travail, logement, soutien psychologique, etc.)

Enfin, énormément de familles vivent dans des squats ou des logements très insalubres avec des enfants atteints de saturnisme, une maladie de la misère terrifiante qui attaque les nerfs et laisse des séquelles à vie. Beaucoup de femmes ont des problèmes de santé liés au stress, à l’angoisse, aux conditions de travail. Sans sécurité sociale, il est difficile de consulter, d’avoir recours aux soins. L’information sur l’aide médicale est difficilement accessible. Les femmes étrangères en situation irrégulière n’ont pas droit à l’IVG.

Certaines initiatives collectives, cependant, sont nées, par l’intermédiaire du RAJFIRE, notamment — Réseau pour l’Autonomie des Femmes Immigrées et Réfugiées — qui est une association avec un fonctionnement collectif et une volonté d’horizontalité.

Il est nécessaire d’entendre ces réalités pour briser le silence,
lutter pour une autre politique en matière d’immigration et de droit d’asile
et construire des solidarités entre toutes les femmes.

L’Égalité économique et sociale, octobre 2007
Feuille mensuelle de l’union locale lyonnaise de la CGA
Samedi 22 septembre 2007
Quand l’État se rend complice des violences faites aux femmes
activist-60.jpgEn juillet 2004, Fatia se marie dans un consulat français au Maroc avec un Français. En septembre, elle vient en France avec un visa. Après plusieurs récépissés, elle obtient une carte de séjour «vie privée et familiale», en tant que conjoint de Français, d’un an renouvelable avec autorisation de travail. Elle trouve un emploi comme agent d’entretien. Son mari exerce des violences conjugales : l’insulte, contrôle ses déplacements, l’empêche d’appeler sa famille au Maroc, la frappe… Elle porte plainte et fait faire un certificat médical. Son mari s’excuse et elle revient au domicile conjugal. Les violences redoublent, il la menace de ne pas signer son renouvellement de titre de séjour. Après un épisode de violences graves, Fatia décide de quitter le domicile. Au moment du renouvellement de son titre de séjour, Fatia apprend que son mari l’a dénoncée en signifiant à la préfecture qu’il y avait rupture de la vie commune. Fatia fournit les preuves (plainte, certificat, témoignage) des violences pour justifier de cette rupture comme l’exige la loi. Plusieurs mois après, elle se voit notifier un refus de titre de séjour et une invitation à quitter le territoire. La préfecture estime que Fatia n’a pas suffisamment amené de preuves des violences et en outre que la plainte déposée n’a pas été poursuivie par la justice.
La situation de Fatia est celle de centaines de femmes étrangères en France chaque année, victimes de la «double violence». Cette «double violence» peut être la subordination d’un droit au séjour au maintien des liens conjugaux y compris en situation de violences conjugales ou familiales. Elle est aussi le refus du droit au séjour du fait de la non reconnaissance des violences sexistes que les femmes ont subies dans leur pays (viols, violences conjugales ou familiales…). On peut aisément imaginer ce que l’État répondrait à Fatia et à toutes les femmes qui subissent la double violence : «L’immigration est aujourd’hui sans rapport avec les capacités d’accueil de la France et ses besoins économiques (…) il faut donc retrouver une maîtrise quantitative des flux migratoires.» Voici en tout cas comment Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, motivait la loi du 24 juillet 2006 «relative à l’immigration et l’intégration» qui modifie le CESEDA [Code d’entrée et de séjour des étrangers en France]. Loi qui poursuit la politique d’immigration choisie qui sévit en France depuis 1974, politique xénophobe, soupçonneuse et utilitariste. Politique qui s’octroie le droit de décider de la vie et des déplacements de milliers de personnes et oppose une logique de quotas à des vies humaines. Si hommes et femmes la subissent de la même façon, la persistance des inégalités entre les hommes et les femmes partout dans le monde et des violences sexistes en France comme ailleurs engendrent des conséquences spécifiques pour les femmes migrantes. Alors que l’État prétend lutter contre les violences faites aux femmes à grands renforts médiatiques, la loi sur l’immigration de 2006 aggrave les conditions de vie des femmes étrangères et en particulier de celles qui subissent des violences conjugales. En outre, la politique d’immigration met en œuvre une vision masculine des migrations, les femmes migrantes y sont considérées comme des épouses ou des mères et non comme des individus migrants à part entière et les persécutions sexistes que subissent les femmes dans le monde font peu l’objet d’une reconnaissance du droit d’asile.

Restriction du regroupement familial : 80% des rejoignants sont des femmes
La loi 2006 restreint encore davantage les possibilités de regroupement familial. Dans une période de précarisation massive, les conditions de ressources exigées sont encore plus importantes qu’avant. En France, 80% des étrangers qui viennent par regroupement familial sont des femmes. Ce sont donc elles qui vont majoritairement subir ces restrictions et qui migreront hors cadre légal. Elles se retrouveront en situation de précarité et de dépendance vis-à-vis de leur conjoint puisqu’elles n’auront que peu de perspectives de régularisation.
    À l’inverse, les conditions du regroupement familial sont plus difficiles à réunir pour les femmes
vivant en France puisqu’elles sont employées dans les secteurs et métiers les moins rémunérés et subissent plus massivement des conditions de logement précaire.

Une dépendance accrue vis-à-vis du conjoint : quand la loi sert la violence
D’une manière générale l’obtention d’une carte de résident (10 ans) est rendue encore plus difficile. En particulier pour les conjoints de français et de résidents étrangers puisque la loi allonge la durée de vie commune nécessaire (3 ans) et la carte de résident peut être retirée si la rupture de la vie commune se produit avant quatre années de mariage.
   
Depuis la loi CESEDA de 2003, il est laissé la possibilité au préfet de renouveler un titre de séjour «lorsque la communauté de vie est rompue à l’initiative de l’étranger en situation de violences conjugales». Précisons d’abord que cette disposition n’est pas une obligation, qu’elle est laissée au pouvoir discrétionnaire des préfets, donc au plus grand arbitraire. Dans la réalité nombre de préfectures exigent des preuves des violences conjugales qui sont impossibles à fournir du fait de la nature même du phénomène. Les violences conjugales se passent le plus souvent dans le huis clos conjugal, sans témoin. Elles sont une série d’agressions répétées (verbales, psychologiques, physiques) qui ne sont qu’exceptionnellement reconnues par la justice (10% des plaintes sont poursuivies). En outre, si les femmes arrivent à porter plainte, qui plus est, quand elles sont étrangères et sans papiers, ces plaintes sont rarement poursuivies. Or certaines préfectures ont exigé comme preuve une condamnation de l’auteur. Si tous les critères imposés pour l’obtention d’un droit au séjour sont inhumains, que dire de celui qui exige d’exposer les violences subies pour obtenir le droit de vivre sur un territoire donné ? Inutile de préciser que si les femmes victimes de violences conjugales ne portent pas plainte elles sont suspectées de s’être mariées pour obtenir des papiers.
   
Par ailleurs, cette disposition continue (dans la loi 2006) à ne s’appliquer qu’au renouvellement du titre de séjour. En outre, les femmes qui n’ont pas encore obtenu un titre d’un an ou qui n’ont pas suffisamment de preuves des violences se voient confrontées à un non choix : continuer à subir des violences conjugales ou devenir sans papiers. Tout se passe comme si les préfets s’arrogeaient le droit de juger de l’existence des violences conjugales et de la légitimité qu’a une femme à les dénoncer.
    Les situations de «double violence» sont multiples et la loi de juillet 2006 fait perdurer un certain nombre d’entre elles. Par exemple, «l’état de polygamie» est reproché tout autant «aux épouses», et les empêche d’accéder à un titre de séjour. Il est encore demandé aux femmes prostituées de dénoncer leur proxénète si elles veulent obtenir des papiers, qui ne leur sont même pas garantis, dans le mépris le plus total des risques de représailles qu’elles encourent. La double violence est bien un symptôme caractéristique de l’hypocrisie et de l’inhumanité de notre système étatique. Système qui d’une main accorde des droits aux femmes et de l’autre subordonne ces droits à des critères d’accessibilité. Au pays «des droits de l’homme» c’est bien celui de l’État à disposer de la vie des gens qui prévaut. Quand l’inhumanité fait loi, luttons contre la «double violence» et rappelons à l’État qu’aucun être humain n’est illégal.

Infos et Analyses Libertaires no 67, septembre-octobre 2007
Samedi 4 août 2007

    SOLIDARITÉ FEMMES
    23 rue de Mulhouse
    90000 BELFORT
    03 84 28 99 09


Belfort, le 30 juillet 2007

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
    Vous trouverez ci-joints deux articles publiés, dans différents quotidiens, par la Maison Départementale des Femmes «Louise Weiss» dont nous vous invitons à prendre connaissance :

— l’un concerne une de nos salariées, assistante sociale, mise en garde à vue dans l’exercice de ses fonctions professionnelles,

— l’autre a été rédigé pour sensibiliser, informer des conditions des femmes étrangères victimes de violences conjugales.

En restant à votre disposition, recevez, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, l’expression de nos salutations les meilleures.

La Présidente, J. LELIÈVRE



1) Article concernant le délit de solidarité :

Le 16 Juillet 2007, Catherine BERNARD Assistante Sociale à Solidarité Femmes à Belfort, a été contactée sur son lieu de travail par la Police aux Frontières.
    Elle a été appelée à se présenter le 17 juillet 2007, pour clarifier la situation d’une femme immigrée victime de violences conjugales, qu’elle a rencontrée dans l’exercice normal de ses missions professionnelles (accueil, accompagnement, aide auprès de personnes victimes de violences conjugales).
    Convoquée dans le cadre de l’instruction, elle se retrouve placée en garde à vue et elle découvre qu’elle est mise en cause pour le motif «d’aide au séjour irrégulier».

Les Associations de la Maison Départementale des Femmes «Louise WEISS» : Centre d’Information des Droits des Femmes et de la Famille, Pluri’elles et Femmes Actives s’associent et soutiennent Solidarité Femmes, estimant qu’il est inconcevable et inacceptable de voir ainsi une salariée se retrouver dans une telle situation de mise en accusation.

    Intervenant depuis toujours aux côtés des personnes les plus en difficultés pour faire reconnaître leurs droits, nous souhaitons que tout professionnel, travaillant dans le champ de l’action sociale puisse être protégé de tels agissements.
    Par ailleurs, la loi du 26 novembre 2003 précise qu’«une personne qui agit afin de répondre à un danger grave et imminent menaçant la vie ou l’intégrité physique de l’étranger ne peut pas être condamnée pour aide au séjour irrégulier d’un étranger».

Nous demandons aux employeurs publics et privés du secteur sanitaire et social, d’intervenir auprès du Ministère de la Justice et du Ministre de l’Intérieur pour que de tels faits ne puissent plus se répéter.


Nous ne voulons plus que d’autres professionnels du social, de la santé, de l’éducation, de la justice, recevant une personne de nationalité étrangère, puisse subir le même sort que Catherine BERNARD assistante sociale ; ou Olivier PIRA éducateur spécialisé à Lille dont nous apprenons qu’il a vécu en 2004, une situation similaire dans l’exercice de sa profession auprès de jeunes mineurs et majeurs en difficultés.

    Comme il le souligne : «Il ne manque pas d'assistantes sociales de circonscription ou hospitalières, d’éducateurs, d’infirmiers… qui sont quotidiennement en contact avec des populations étrangères, en situation irrégulière ou non qui demandent aide, assistance ou conseil aux services sociaux ou sanitaires ou accueillis en centre d’hébergement.
    Si le seul fait de recevoir, conseiller, accompagner ou soigner ces personnes implique potentiellement gardes à vues et mises en causes, alors ce serait un pas supplémentaire dans la négation des libertés publiques, vers l’état pénal qui fait perdre tout son sens à un travail social fondé sur le respect des personnes et de leur dignité».

Les militantes, les professionnelles des Associations de la Maison Départementale des femmes «Louise WEISS» affirment leur volonté d’accueillir, d’aider, d’assister, de protéger toutes les personnes victimes de violences quel que soit leur statut juridique ou administratif.


Nous revendiquons donc le droit à tout être humain d’être respecté et de bénéficier d’une protection de son intégrité physique et morale.

    Le système actuel ne prend pas suffisamment en compte leur situation et les conséquences en cas de retour dans leur pays ; ce qui constitue pour nous une violation des droits humains et des valeurs républicaines de notre pays.



2) Article concernant la double violence faite aux femmes :

Pour faire suite à la mise en accusation de l’une de leurs professionnelles, les Associations de la Maison Départementale des Femmes «Louise Weiss» de Belfort, souhaitent à nouveau dénoncer les conditions des femmes immigrées victimes de violences.
    Depuis plus d’un an, avec la Ligue des Droits de l’Homme et Parenthèses à la Violence, nous alertons Monsieur le Préfet et les députés du Territoire de Belfort sur la situation très préoccupante des femmes étrangères.
    Nous rappelons qu’en France : 1 femme meurt tous les 3 jours de violences dans le cercle familial et 1 autre meurt par ricochet (Ministère de la Cohésion Sociale et de la Parité, 2006).
    Parmi les femmes victimes de violences conjugales, se trouvent de nombreuses femmes étrangères qui sont le plus souvent mariées à des Français ou des étrangers en situation régulière.
    Leur vie conjugale devient progressivement un enfer car leur devenir dépend du bon vouloir de leur conjoint qui dispose d’un grand nombre de moyens de pression sur elles.
    En effet, les conjoints, qu’ils soient français ou étrangers, connaissant la rigueur de la réglementation française en matière d’immigration, usent et abusent des failles du droit d’entrée et séjour concernant leur épouse de nationalité étrangère.
    Ils peuvent par exemple faire pression sur leur épouse par le biais de l’obligation légale, et indispensable, de prouver le maintien de la vie commune pour obtenir la délivrance ou le renouvellement du titre de séjour.
    Ainsi, en refusant d’accompagner son épouse à la préfecture pour confirmer le maintien de la vie commune, le conjoint la maintient dans une situation irrégulière de séjour.
    En outre, et c’est ce qui est le plus incompréhensible pour ces femmes, si l’époux ne fait pas cette démarche administrative ; rien, ni personne ne peut l’obliger à la faire.
    Le conjoint, pour sa part français ou en situation régulière de séjour, n’est jamais inquiété ni responsabilisé quant à la présence «irrégulière» de sa conjointe en France.
    Compte tenu de cette rigueur légale et administrative pour obtenir la délivrance ou le renouvellement du titre de séjour, les femmes immigrées se trouvent à la merci de leur conjoint (et de l’entourage de ce dernier…) et doivent se soumettre à sa volonté.
    Elles endurent les insultes, les brimades, les coups, les pratiques qui s’apparentent à de l’esclavagisme … car elles comprennent que leur sort est entre les mains de leur époux.
    Ainsi, des femmes peuvent être victimes de violences mais n’osent pas les dénoncer. Elles se terrent par crainte de ne plus avoir de titre de séjour et d’être ensuite rejetées par la société française.
    D’autres ont quitté leur conjoint violent. Elles ont dénoncé les violences subies pour y mettre fin. Elles ont déposé plainte pour faire reconnaître leurs droits.
    Dans ce cas, le Préfet a le pouvoir de renouveler leur titre de séjour obtenu en raison du mariage.
    Toutefois, ce n’est pas un droit. Cette faculté de régularisation est largement laissée au pouvoir d’appréciation du Préfet.
    Que la plainte de ces femmes aboutisse ou non à la condamnation de l’agresseur, nous constatons souvent dans les faits que le titre de séjour n’est pas renouvelé.
    Ainsi, les motifs qui les ont poussées à la rupture de la vie commune sont vite omis par les pouvoirs publics.
    Aujourd’hui, ces femmes reçoivent une obligation de quitter le territoire français.
    Plus rien n’y fait, et cela, même après avoir organisé et démontré leur autonomie personnelle, professionnelle ou leur facilité d’intégration et d’attachement aux valeurs républicaines.
    Elles font face à un choix inacceptable que nous appelons «double violence» :
— quitter leur conjoint violent, et risquer le non renouvellement de leur titre de séjour,
— garantir la régularité de leur séjour au péril de leur santé physique et psychique.
Elles sont expulsées vers leur pays d’origine où être femme n’est pas toujours bon, et encore moins une épouse rejetée ! où être femme risque de les exposer à des formes de relégation qui peuvent parfois conduire au suicide ou à la prostitution.
   
La relégation peut prendre diverses formes comme l’enfermement, l’exclusion du logement, du travail, de la société en général.
    Elles sont exclues de France pour avoir dénoncé des violences vécues et dont souvent l’auteur ne sera pas inquiété, ni mis face à ses responsabilités pénales, civiles et administratives.
    Quel avenir peut-il y avoir pour ces femmes dans ces conditions ?
    Nos lois restent incomplètes quant au sort des femmes étrangères en France et aux spécificités qui les entourent.
    Nos réglementations divergentes (droit de séjour par opposition au droit pénal et civil) contraignent ces femmes à rentrer dans la clandestinité avec tous les dangers imaginables que génère cette situation.
    Elles ont refusé de subir en silence des violences.
    Elles ont cru que, dans notre beau pays des Droits de l’Homme, leur témoignage, leur parole seraient pris en compte. Mais la réalité est tout autre ; comme réponse à leurs espoirs, elles se voient sanctionnées et donc expulsées.
    Nous sommes tous et toutes concernés par la situation de ces femmes.
    En ce moment, à Belfort, une procédure d’expulsion est en cours à l’égard d’une femme qui a eu le courage de dénoncer les violences subies.
    Combien de procédures similaires sont en cours et dont nous n’avons pas connaissance ?
    Nous demandons pour toutes les femmes qui sont ou peuvent être dans cette situation :
— la régularisation de leur situation administrative indépendamment de la procédure judiciaire engagée contre les violences conjugales,
— une redéfinition des modalités d’application de la loi en matière d’entrée et séjour en France.
Enfin, nous revendiquons le droit à tout être humain d’être respecté et de bénéficier d’une protection de son intégrité physique et morale.
    Le système actuel ne prend pas suffisamment en compte leur situation et les conséquences en cas de retour dans leur pays ; ce qui constitue pour nous une violation des droits humains et des valeurs républicaines de notre pays.

Contact

Le Jura Libertaire
Au Coffre-Fortcoffre-fort.JPG
rue de Bonneville
(en face de l’I.M.E.)
F-39200 saintClaude

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