Nos corps nous appartiennent

Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 14:32
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Dimanche 24 avril 2011 7 24 /04 /Avr /2011 16:50

Quelle organisation des soins, pour quel accès aux soins ? 

 

Conférence-Débat-Action ?!

 

Devant les inégalités sociales de santé, et les nouveaux modes d’exercices de la médecine, quelles initiatives se développent ?

 

Autour de la présentation de deux structures originales :

La Case de Santé de Toulouse,
Les Centres de santé associatifs de Grenoble.

 

(Thèmes : inégalités sociales de santé, accès aux soins autogestion, santé communautaire, modes de financement…)

 

Le vendredi 29 avril 2011 à 20h
À la Maison du peuple kurde
24 boulevard National 13001 MARSEILLE

 

Massilia Santé System 
Marseille Infos Autonomes, 22 avril 2011.

 


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Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 12:16

 

En tant que communistes, partisans de l’égalité et de la liberté inconditionnelles des femmes, nous sommes contre les niqabs, burqas, tchadors et autres prisons de tissus qui visent à enfermer les femmes et à les exclure de l’espace public. Tout(e) communiste, tout(e) militant(e) des droits des femmes et des droits humains, ne peut qu’être opposé(e) à ces symboles d’oppression, qui ne sont pas seulement la marque d’un obscurantisme religieux, mais avant tout la matérialisation de l’apartheid sexiste. Le niqab ou la burqa signifie que la femme ne peut que se montrer à ses propriétaires, père, frères, ou mari, et qu’en dehors de ce cercle restreint elle n’a pas le droit à l’existence, elle doit être cachée, masquée, niée.

 

Cela étant dit nous ne pouvons que dénoncer l’hypocrisie de la loi sur l’interdiction du niqab mise en application le lundi 11 avril. Notons que même des syndicats de flics ont fait savoir que cette loi n’était qu’un effet d’annonce démagogique, que cette loi serait inappliquée et inapplicable.

 

Si le gouvernement s’intéressait réellement aux droits des femmes immigrées et étrangères, la première, la plus urgente des mesures, ce serait déjà d’abroger les dispositions des lois relatives à l’immigration qui font que, pendant cinq ans, une femme étrangère mariée à un Français et victime de violences conjugales risque, si elle fuit les violences, d’être victime d’une Obligation à quitter le territoire et d’être expulsée. Récemment, une jeune femme étrangère, mariée depuis un an avec un Français, a pris contact avec ICAHK, Campagne Internationale Contre les Crimes d’Honneur. Son histoire est celle de milliers de femmes étrangères vivant en France. Un mariage avec un français, le rêve d’une vie pleine d’amour, de pouvoir faire une formation, de travailler dans ce qui est parfois encore présenté comme «la patrie des droits de l’Homme». Une fois arrivée en France, le rêve se transforme en cauchemar : les coups, la réclusion à domicile, les violences et les humiliations quotidiennes, jusqu’au jour où, un coup de trop la pousse à fuir. Elle est maintenant sous le coup d’une OQTF (Obligation à Quitter le Territoire Français), vivant dans la crainte d’être expulsée dans un pays où, divorcée, elle sera rejetée par sa famille pour qui une femme divorcée est une honte. Et on pourrait ajouter celles qui, dans les pays où les femmes sont soumises à ce totalitarisme de «l’honneur familial», l’expulsion après un divorce peut-être synonyme de crime d’honneur ou de mariage forcé rapide. Voilà donc comment le gouvernement français traite les femmes étrangères victimes de violences conjugales … et il faudrait croire qu’un Sarkozy, en promulguant une loi interdisant le niqab sur la voie publique, se préoccuperait des droits des femmes ?

 

Quant aux épouses d’étrangers, elles n’ont accès qu’à un titre de séjour temporaire de deux ans, titre qui peut être supprimé en cas de séparation. Voilà encore une mesure qui renforce le pouvoir des hommes sur les femmes et précarise les femmes étrangères. De plus, bien des femmes étrangères, mariées à l’étranger, subissent, en France, les mesures discriminatoires des codes de la famille des pays d’origine.

 

Les restrictions du droit d’asile, un droit qui n’est de plus en plus que virtuel en France, touchent bien sûr aussi les femmes. Qu’en est-il du droit d’asile pour celles qui fuient un mariage forcé, l’excision de leurs fillettes, les réseaux de prostitution, les crimes d’honneur ou les discriminations et violences quotidiennes dans des pays où l’oppression des femmes est inscrite dans la loi ou dans ceux où elles n’ont aucune protection réelle face aux violences machistes ? Qu’on se souvienne de Najlae, jeune lycéenne marocaine de 19 ans, expulsée en février 2010 alors qu’elle était menacée de mariage forcé, ou de Madame Raba, expulsée avec ses enfants et son mari, au Kosovo où elle avait été violée par des milices nationalistes… Pour ces deux femmes, la mobilisation, en particulier celle de RESF, a finalement permis leur retour en France. Mais combien de femmes et de jeunes filles expulsées en silence, sans que personne ne soit au courant, vers les pires violences que l’on peut faire subir à un être humain parce que c’est une femme ? Là aussi, si un gouvernement s’intéressait un tant soit peu au droit des femmes, et en particulier des femmes étrangères, une des premières mesures serait d’assurer le droit d’asile pour toutes celles qui sont persécutées parce que nées femmes.

 

La Grande-Bretagne est loin d’être un régime idéal, pourtant, dans ce pays, il existe une unité spéciale, la Forced Marriage Unity (FMU), présente également dans des pays comme le Pakistan ou l’Inde, et qui recherche les jeunes filles et femmes résidentes britanniques qui disparaissent lors de vacances suite à un mariage forcé. La FMU, grâce à un réseau de contacts, recherche ces jeunes filles et femmes jusque dans les villages les plus reculés, et, une fois qu’elles sont retrouvées, élabore des stratégies pour les faire rapatrier en Grande-Bretagne. Voilà une mesure concrète d’un gouvernement qui permet d’aider des centaines de jeunes filles et jeunes femmes chaque année. En France, au contraire, si une jeune femme est mariée de force à l’étranger, il faudra qu’elle trouve, seule, les forces pour contacter l’ambassade et se faire rapatrier.

 

Ce sont là juste quelques exemples de lois à abroger ou de mesures qu’un gouvernement qui aurait vraiment pour but d’améliorer la situation des femmes étrangères pourrait prendre. Or, non seulement ce n’est pas le cas du gouvernement actuel, mais toutes ses campagnes de chasse aux sans-papiers visant à faire du chiffre, ses campagnes racistes contre les Roms ou les Arabes, la remise en cause du droit d’asile et les mesures visant à réprimer l’immigration, tout cela se retourne également contre les femmes étrangères, les précarise et renforce le pouvoir patriarcal contre les droits des femmes.

 

Alors, si les communistes sont bien entendu contre le niqab, le tchador, la burqa et autres symboles d’oppression des femmes, s’il est hors de question que des communistes puissent manifester pour «le droit au niqab» qui n’est que le droit de porter des chaînes, nous dénonçons l’hypocrisie de cette nouvelle loi démagogique. Et nous nous tenons, aux côtés des femmes de toute origine, aux côtés des sans-papiers, des immigré(e)s, bref des êtres humains de tout sexe, de toute origine ou nationalité pour l’égalité entre toutes et tous.

 

Camille Boudjak
Initiative Communiste-Ouvrière, 12 avril 2011.

 


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Mardi 12 avril 2011 2 12 /04 /Avr /2011 12:29

40 ans après l'appel dit «des 343 salopes», l'accès à l'IVG n'est toujours pas garanti. À la fois par les conditions économiques infligées aux CIVG et par les discours qui continuent à vouloir faire de ce choix un drame.

 

Nous (groupe informel de femmes féministes) avons donc lancé un appel pour réclamer l'accès inconditionnel et gratuit à l'IVG mais également la liberté de faire ce que nous voulons de notre corps sans que l'on nous dise comment nous devons nous sentir.

 

Cet appel (joint à ce mail) est à signer là : jevaisbienmerci.net et a recueilli plus de 343 signatures le 5 avril.

 

6 avril 2011.

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Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 09:26

Spiruline & le Panthère krew présentent :

QUEER PARTY volume 2 (ze come back !)
Le 23 avril 2011, ne reste pas seule !

 

 

Au programme :

16h-18h30 : Goûter créatif avec ateliers divers - Do It Your Sextoy (harnais, martinet) ; Patchs ; Badges ; Couture - PRIX LIBRE. 
19h : Apéro guinguette cabaret avec Smith Mon Cul (queer punk ukulélé from Nancy). 
20h30 (pétantes !) : Concerts - Crêtes et paquerettes (queer punk from BXL) ; Death to pigs (hardocre punk from Nancy) ; + un groupe à confirmer ; Enfacement (performance pour public averti from Troyes). 
23h30-1h30 : BOOM and Karaoké !! Sortez votre plus belle voix et vos vieilles cassettes ! 
+ Défilé de mode : Fuck la Haute Couture (avec les créations de l'après-midi !) ; Tombola avec roue magique ; Projections ; Miam-miam Vegan ; Tables de presse.

 

Et ça se passe à la MJC des Trois Maisons, rue Fontenoy à Nancy (54).

Début 16h, début des concerts 20h30 pile poil,
BOOM jusqu'à 1h30 - Entrée : 5 neuros.

 

Viendez nombreuses et avec vos plus belles tenues.

 

La Spiru / Panthères roses team (contact).

 


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Mercredi 6 avril 2011 3 06 /04 /Avr /2011 10:44

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Mercredi 30 mars 2011 3 30 /03 /Mars /2011 11:17

 

Un concert, un soir, quelque part en Rhône-Alpes [Ce texte a été écrit à Grenoble, à la sortie d’une soirée de soutien face à la répression policière, au 102, avec La Fibre et le Collectif Mary Read.]… Public majoritairement masculin. Antifasciste. Ambiance camaraderie virile, les «oï» résonnent de ci de là, mes oreilles tentent de passer outre les «sale tapette» ou «ce fils de pute devrait aller se faire mettre», «mon poing dans la chatte à Marine» et autres perles entendues sur scène ou dans la fosse aux lionceaux. Puis sur scène, ceux qu’on attendait avec impatience : un groupe de hip-hop anticapitaliste, antifasciste, antisexiste, antiraciste… du hip-hop sans concession. Aucune. Sauf quand, tout à coup, en intro d’un morceau, une des membres du groupe prend la parole. Elle semble réaffirmer son engagement féministe, en rappelant la nécessité pour les femmes de lutter pour le droit à disposer librement de leurs corps. Mais enchaîne en dénonçant les «dérives» du féminisme, qui, bien souvent, «se trompe de cible». Car, selon elle, il serait temps pour les féministes de cesser de «se tromper de cible», et de lutter ensemble, hommes et femmes, dans la solidarité… Spéciale dédicace aux féministes du coin sans doute, réputées un peu trop «sans concession».

 

Soit… Mais l’envie me vient d’élargir cette théorie. Imaginons un monde ou les militants arrêteraient de «se tromper de cible».

 

Imaginons-nous aller faire la morale à ceux qui crament des voitures parce que ce monde pourri leur met trop la rage et qu’il ne reste plus que ça à faire, au prétexte que c’est sans doute la voiture de leur voisin, qui s’est tué au travail 40 heures par semaines pour se la payer. Sans doute se trompent-ils de cible.

 

Imaginons qu’un-e anarcho-syndicaliste en grève, délaisse ses camarades coincés sur le piquet face aux CRS, pour entrer en négociation autour d’une tasse de thé avec son patron, et lutter pour l’épanouissement des travailleurs avec lui, dans l’amour et la solidarité, car après tout, le patron aussi aurait à y gagner. Puis il est sympa, ils sont pas tous pourris les patrons. Puis on a déjà les 35 heures alors est-ce bien encore la peine de se mettre en grève ? Il ne faut pas se tromper de cible.

 

Imaginons qu’en manif, au lieu de laisser faire le sourire aux lèvres, un-e sympathisant-e libertaire retienne la personne qui, à côté d’elle, se prépare à jeter des œufs sur les flics. Après tout, pourquoi tant de violence ? Un peu de dialogue ne permettrait-il pas d’avancer mieux, ensemble, avec ce policier qui après tout n’est qu’un honnête homme qui doit gagner sa croûte ? Lui aussi veut sans doute vivre dans un monde meilleur. Ne nous trompons pas de cible.

 

Imaginons qu’un antifasciste, en pleine baston avec des fafs, s’interpose au prétexte que peut-être, s’attaquer aux fascistes, c’est se tromper de cible ? Que peut-être eux aussi sont, quelque part, des êtres sensibles ? Qu’ils ont juste eu le cerveau lavé, et pourront changer si seulement on prenait le temps de boire un coup avec eux ? S’attaquer à des personnes trop influençables, n’est-ce pas se tromper de cible ?

 

Imaginons, lors de concerts anarcho-punks, libertaires, antiracistes, antifascistes, tolérer les remarques racistes parce qu’après tout, elles ne viennent pas de mauvais bougres. Parce que tout le monde n’est pas parfait et qu’il ne faut pas se tromper de cible.

 

Imaginons que les chanteurs de hip-hop engagés arrêtent d’attaquer dans leurs morceaux celles et ceux qui se sont fait du fric dans le rap, ont mis de l’eau dans leur vin, roulent en Mercedes et font la couv’ des magazines, parce qu’après tout, peut-on en vouloir à une personne qui a grandi dans la galère de vouloir accéder à une classe sociale supérieure, même si ça veut dire éluder d’où il/elle vient et abandonner ses revendications passées ? Ne nous trompons pas de cible.

 

Imaginons…

 

Enfin bref. Allez, assez rigolé.

 

À quand un discours venant d’un collectif de hip-hop se revendiquant entre autres «anti-raciste» sur les dérives de l’anti-racisme ? Pour le jour où une personne racisée l’ouvrira un peu trop ? Se montrera un peu trop «extrême» dans ses revendications et se «trompera d’ennemi» ?

 

Tout ça pour dire : oui, ce monde est constitué de classes. Bien au-delà de la définition marxiste du terme. De classes de dominants et de dominés. Patrons et ouvriers, noirs et blancs, hommes et femmes… Et ces classes sont en lutte. C’est LA lutte des classes. Class war en anglais pour faire plus cool. Oï. Les classes opprimées, dominées, luttent pour s’émanciper de ces dominations. Et quand une classe lutte pour son émancipation en se dressant en opposition à la classe qui l’opprime, non, elle ne se trompe pas de cible. Certes, tous les hommes, en tant qu’individus, ne sont pas «dominants». Jean est très sympa, Julien est doux comme un agneau, Jack est beaucoup plus attentionné que sa cousine Jocelyne. Il y a des hommes très bien, tout comme on peut considérer qu’il y a de bons patrons, qui fournissent du travail, respectent leurs employé-es, voire roulent en R5 mais pas sur l’or. Là n’est pas la question. On ne parle pas d’individus mais de classes sociales. Or la classe sociale constituée par les hommes est une classe dominante par rapport à la classe des femmes. Les rôles sociaux attribués aux hommes ne sont pas des rôles d’opprimés, mais bien de dominants : les hommes, à tous les niveaux, ont des positions sociales valorisées par rapport aux femmes. L’espace appartient aux hommes. Ils sont encouragés dès le plus jeune âge à y prendre de la place, contrairement aux femmes, auxquelles on inculque de laisser la place à leurs petits frères, à leurs maris, à leurs cousins… Il n’y a qu’à regarder une aire de jeux pour s’en rendre compte. Les femmes appartiennent aux hommes (sinon comment expliquer qu’une femme porte le nom de son père, qu’elle ne perd quand elle se marie à un homme, qui lui donnera son nom ? Depuis des siècles, on nous refourgue de nos pères à nos maris). Un homme qui parle fort et tape du poing sur la table ne sera jamais perçu comme vulgaire, grossier, outrageant. C’est juste normal. Un homme ne sortira jamais «trop tard», ne sera jamais une «proie» potentielle. Par contre, chaque femme qui marche seule la nuit dans la rue sait qu’elle l’est. Être sur ses gardes. En permanence. Tout comme d’autres seront en permanence sur leurs gardes de crainte de se faire contrôler, tabasser, tuer, pour la couleur de leur peau. C’est la réalité des dominé-e-s.

 

Alors oui, parfois on est pas trop sympas quand des types foutent leurs bras autour de nos épaules, «ouaih ça va, c’était pour être sympa ! faut se détendre !», oui mais eh, que voulez-vous, on est un peu au taquet… Mais bon faudrait relativiser, les gars, c’est vraiment si dur de se voir demander d’aller poser son bras ailleurs ? Même si j’imagine que c’est pas évident, quand vous avez l’habitude que tout vous soit permis, en tant qu’hommes blancs hétérosexuels.

 

La lutte féministe fait partie intégrante de la lutte anti-fasciste. Ça semble une évidence quand on voit d’où viennent les attaques les plus virulentes contre le droit à disposer de nos corps, qu’il s’agisse de droit à l’avortement ou de droit des homosexuel-les et transexuel-les. Car au passage rappelons qu’un nombre considérable de pédés, de tapettes, de gouines ont fini dans les camps d’extermination, petit «détail» passé sous silence dans l’Histoire écrite par… des hommes blancs et hétérosexuels, et dont il serait bon que les camarades anti-fascistes se rappellent lorsqu’ils lancent des «sale tapette» à tue-tête. Ces attaques virulentes viennent des chrétiens intégristes, des groupuscules d’extrême-droite. Elles reposent sur un sexisme beaucoup plus subtil, beaucoup plus ordinaire et s’en nourrissent. La partie immergée de l’iceberg. On parle là de viols qu’on ne peut pas nommer ainsi «parce qu’il n’y a pas eu pénétration». On parle de violences conjugales que bien souvent on ne peut pas non plus nommer telles parce que «attends, on n’a que sa version à elle, si ça se trouve elle mythonne». On parle de devoir se battre pour se voir accorder de l’espace verbal ou pour pouvoir prendre un outil en main. On parle d’oppression du corps par des normes de beauté insensées. On parle de pression à l’hétérosexualité. On parle d’inégalités salariales. On parle de la peur de marcher seule la nuit… Or on ne peut lutter contre ces attaques contre les droits des femmes qu’en les appréhendant dans leur globalité. Et en ne faisant aucune concession. De la même manière qu’on ne lutte pas contre le capitalisme en faisant des concessions.

 

En outre, il serait bon de ne pas oublier que cette lutte féministe reste encore à mener, ici, aujourd’hui, car tout est loin d’être acquis, et rien que pour ne pas perdre le peu qui l’a été, il ne nous faut jamais baisser la garde. Alors c’est bien beau de remercier, comme l’a fait ce soir-là ce groupe de hip-hop, «celles qui ONT lutté», «celles qui ONT écrit l’histoire», mais dénigrer celles qui luttent aujourd’hui, ICI et MAINTENANT, au jour le jour ? Quel sens cela a-t-il ? Ça m’évoque ces personnes pseudo-engagées qui mythifient les luttes du passé, ou celles qui ont lieu dans de lointains pays, admirent Che Guevara et achètent du café zapatiste, mais dénigrent le moindre lanceur de pierre, le moindre militant jugé un peu trop «extrême» dans son engagement, ici, en France. Parce que «les extrêmes, c’est pas bien», comme se plaisaient à nous répéter nos ami-e-s centristes au lycée quand on partait en manif. Les luttes féministes, d’ici et de maintenant, n’ont pas moins de valeur que celles du passé ou que celles qui se passent ailleurs, suffisamment loin pour que certain-e-s puissent se les réapproprier et bénéficier d’une crédibilité politique au rabais, sans avoir à prendre de positions trop radicales, ici et maintenant, face à des situations concrètes. Au final, 50 ans en arrière, les membres de ce collectif de hip-hop se seraient-ils posés en solidarité avec celles qui luttaient pour les droits des femmes alors ? Ce phénomène de mise à distance historique et géographique, par ce groupe, des luttes pour s’en approprier la gloire révolutionnaire sans avoir à prendre position, me laisse fortement en douter.

 

Je vais essayer de ne pas me tromper d’ennemi-e-s pour conclure. La femme qui, dans ce groupe de hip-hop tellement intègre, a dénigré la lutte et le travail des féministes de cette petite ville de Rhône-Alpes, en pointant du doigt «les dérives» de cette lutte, n’est pas mon ennemie. Elle fait partie de la même classe que moi. Celle des femmes. Celle dont je suis solidaire, de par mon engagement féministe. Mais tout comme le briseur de grève fait partie bien souvent de la même classe sociale que les travailleurs grévistes, elle et moi ne sommes définitivement pas des alliées dans la lutte. On peut choisir de sacrifier son engagement féministe pour préserver ses liens affectifs ou sociaux avec les hommes. On peut choisir de s’en sortir dans ce monde en guerre en s’alliant aux classes dominantes. C’est un choix, critiquable, certes. J’en ai fait un autre. Nous ne sommes pas des alliées. Point. Mais tenir un tel discours dans une salle remplie à 80% d’hommes, dans une ambiance viriliste, dans un contexte politique où les causes féministes sont de plus en plus souvent reléguées au rang de lutte de second ordre, dénoncer «les dérives» du féminisme revient à légitimer un discours masculiniste, et un anti-féminisme assez primaire qui gagne du terrain y compris dans nos sphères politiques anarchistes ou libertaires. Par là même il légitime aussi les agressions, subtiles ou pas, contre les femmes… Une jolie porte ouverte à tout un tas d’autres dérives…

 

… Dérives qui n’ont probablement même pas été envisagées par ce groupe qui se targue d’être «anti-sexiste».

 

Une sale féministe poilue et véner
Indymedia Grenoble, 28 mars 2011.

 


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Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 09:25

 

8 mars : journée de LA femme… ? Et non celles des femmes transformée en «la femme» ! Offrez-lui un soin pour payer les inégalités du reste de l’année !!

 

On est toujours un peu agacéE d’entendre parler de cette fameuse journée de «LA femme», en se demandant : «Mais c’est qui celle-là ? Qu’est-ce qu’elle a de particulier ? Et pourquoi on ne parle que d’elle seule ?…» Qu’est-ce que «LA femme»… ? la mère ? la putain ? la working-girl au top de la société capitaliste ? Toujours à fond, toujours plaisante, qui ne se plaint jamais ni de ses patron-NE-s, ni des charges familiales, ni du carcan de la mode ? Ce jour du 8 mars devient donc celui où on entend tout et n’importe quoi, y compris des perles sexistes du genre : «Aujourd’hui, elle ne va pas faire la vaisselle». C’est la journée où l’on fait en sorte que les femmes se transforment en la femme pour nier les inégalités et la domination sur l’intégralité de la seconde moitié de l’humanité niant ainsi nos revendications politiques et collectives.

 

Le sexisme institué socialement reste pourtant la réalité aujourd’hui encore : 80% des tâches ménagères sont effectués par les femmes… En gros, ILS font la vaisselle lundi et mardi matin et ELLES, tout le reste de la semaine. Et puis, ELLES doivent travailler en horaires décalés ou à temps partiel parce qu’elles n’ont pas le choix, et ELLES doivent se faire belles, et ELLES sont moins bien payées, et ELLES ne peuvent pas avorter où elles veulent et par la méthode qu’elles choisissent, et ELLES ne peuvent pas acheter de petites voitures à leurs filles sans être regardées de travers, et puis parfois même ELLES prennent une bonne droite parce qu’elles se rebellent, et puis : qu’ELLES ne s’amusent pas à sortir seules la nuit…

 

Encore aujourd’hui les inégalités sont trop importantes : le système capitaliste et le système patriarcal oppressent et exploitent doublement les femmes en se renforçant mutuellement.

 

On ne peut donc lutter contre l’un sans combattre l’autre, et risquer que ne persistent des rapports d’exploitation et des inégalités. La lutte pour l’égalité entre tous et toutes se situe à la fois dans une remise en cause collective de nos comportements et relations de tous les jours : dans les relations affectives, dans le couple, dans la famille, au boulot, dans l’espace public, dans les syndicats … pour que ceux-ci ne reproduisent pas sexisme, machisme et bi-lesbophobie (non partage des tâches, humiliations, insultes, violences). Et dans un combat plus large contre tout ce qui produit et reproduit l’oppression — l’État, la société capitaliste, les religions : seuls moyens de construire les bases d’une société égalitaire où les richesses sont réparties entre tous et toutes et libertaire où chacun-e peut s’épanouir et où personne n’est le chef de quiconque.

 

En tant qu’anarchistes, nous luttons contre toutes les formes d’oppression, pour une société égalitaire débarrassée de toute hiérarchie, de ses chefs et de tous types de violences. C’est pour cela que nous soutenons les femmes qui se saisissent de la question des oppressions spécifiques qu’elles subissent et qui s’auto-organisent sur la base matérielle de leurs oppressions et s’autodéterminent. Nous soutenons les luttes anarcha-féministes.

 

Nous revendiquons :

— Abolition du genre : le sexe biologique ne détermine plus la place des individuEs, et les catégories hommes / femmes cessent d’être la norme de référence pour l’organisation de la société. 
— Libre choix dans ses sexualités.
— Accès à une éducation sexuelle non hétéronormée et non sexiste.
— Accès aux contraceptions masculine et féminine gratuites et à l’avortement libre et gratuit.
— Lutte contre les inégalités salariales genrées.
— Lutte contre les violences faites aux femmes.

 

L’Égalité économique et sociale, février-mars 2011
Union locale lyonnaise de la CGA.

 

TÉLÉCHARGER LE BULLETIN

 


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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 15:16

 

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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 08:53

Entretien radiophonique avec Haroun (Reims). Discussion sur les «maltraitances» à l'hôpital ou en centre de rééducation : expériences personnelles et pistes de réflexion politique…

 

Émission réalisée en direct sur Radio Périgueux 103 jeudi 24 mars 2011. Disponible à l’écoute et en téléchargement sur l’audioblog de Faure et Reclus à l’Élysée.

 

 

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Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 11:18

«Je suis pute, je suis fière, Collomb/Sarkozy c’est la guerre !»

 

La Marche pour les droits des travailleurs et travailleuses du sexe a bien eu lieu à Lyon le samedi 19 mars à partir de la place des Terreaux. Une marche très colorée, débridée… En voici un compte-rendu.

 

 

Place des Terreaux, à 14h30, nom­breu­ses sont les ban­de­ro­les… et les pho­to­gra­phes. Plusieurs per­son­nes por­tent des cos­tu­mes de putes de tous les temps : une cour­ti­sane, une catin, etc… De nom­breu­ses per­son­nes se camou­flent der­rière des mas­ques blancs, et des per­ru­ques.

 

La marche dura pres­que deux heures pour rejoin­dre l’église Saint-Nizier. [Le 2 juin 1975, un mouvement inattendu est lancé à Lyon : plus d’une centaine de prostituées lyonnaises occupent l’église Saint-Nizier pendant plus d’une semaine pour protester contre le harcèlement policier et les violences dont elles sont la cible. C’était la première fois que des femmes appartenant à l’une des catégories de la population les plus stigmatisées osaient faire front contre la répression. Ce lieu est resté un symbole.]

 

Sur le chemin, dif­fé­ren­tes réac­tions. Un type tente d’insul­ter… il sera dési­gné et montré du doigt au son de «Client ! client ! client !» et vite aban­donné de ses amis. Une lycéenne tra­ver­sera la manif au bras de sa pote, en criant : «Allez vous faire encu­ler !»… Mais la plu­part des pas­sants res­tent obser­va­teurs, sou­vent à l’écoute, dans l’attente.

 

Pour mettre le ton, le devant du cor­tège avance en s’écriant : «Je suis pute, je suis fière, Collomb/Sarkozy c’est la guerre !» Mais dès l’arri­vée de slo­gans reven­di­quant le droit au tra­vail et à payer des impôts, l’arrière du cor­tège a élevé sa propre voix : «On paie pas d’impôts, on est des gros­ses putes !» D’autres phra­ses ont trouvé de l’écho parmi nous : «L’Élysée en feu, les proxos au milieu !» «À bas les maris, à bas les curés, à bas les proxos, à bas l’État !» fut scandé dans un cres­cendo auquel des sou­ri­res ont lar­ge­ment répondu.

 

À la moin­dre appa­ri­tion d’uni­for­mes, une ligne de mani­fes­tants s’arrê­tait en les dési­gnant : «Flics, vio­leurs, assas­sins !» Quant aux bour­geois se bala­dant le samedi après-midi dans le deuxième arron­dis­se­ment, ils ont eu droit à une remise en cause : «Un mari, c’est le même client, pour toute la vie !» et «Mon corps, est un champ de bataille». Sans parler de l’inter­pré­ta­tion de la chan­son de Brel qui les com­pare aux cochons. Pour les plus réticents, une ver­sion expli­cite : «Si je sais faire une pipe, je sais faire une bombe» ! Les ter­ras­ses enso­leillées ont pu s’inter­ro­ger sur le sens de «Moins de maria­ges et plus de pilla­ges !» et «Le bordel, c’est dans la rue !» (contre l’ouver­ture des mai­sons closes).

 

Les jour­na­leux nous ont collé une bonne partie de la manif, jusqu’à ce que les pre­miè­res caca­houè­tes heur­tent leurs lunet­tes. Aux micros de France 3 qui ten­taient d’inter­vie­wer des pas­sants, le son fut saturé de «État proxé­nète, jour­na­lis­tes com­pli­ces !» Harry Roselmack [présentateur de télévision] sou­riait d’un air par­te­naire, sûre­ment fier d’être reconnu.

 

Une dou­zaine d’œufs ont été lancés sur des vitri­nes de ban­ques, et ont de même atterri sur le blou­son de la star télé­vi­sée, au son de «TF1 c’est les putes de l’État !» Et puis, devant l’église, des cris de jouis­san­ces après «Carla Bruni, est une col­lè­gue !» Les portes de l’église Saint-Nizier ont été pres­te­ment fer­mées à notre arri­vée.

 

Enfin, les rues ont été colo­rées de nos pro­pres tein­tes, et malgré l’impos­si­bi­lité de trou­ver des alliés — sachant le deuxième arron­dis­se­ment en zone enne­mie — le défilé nous a permis de nous ren­contrer, d’avan­cer avec cynisme, sans aucun sen­ti­ment de honte ni de culpa­bi­lité.

 

«Je ne retournerai pas à l’usine !

Pute si je veux, soumise quand je veux !»

 

P.-S. : La veille, le 18 mars, les personnes travailleuses du sexe, les putes et autres alliées s’étaient retrouvées à Lyon pour les Assises de la prostitution. La prostitution étant illégale, les personnes sont arrêtées et réprimées pour deux motifs : racolage passif (mini jupe ou annonce) et proxénétisme (partager un appartement, faire le site d’une escorte, distribuer des brochures … ce qui peut les pousser à travailler). Il s’agit de se défendre…

 

Rebellyon, 21 mars 2011.

 

 

«Je suis pute, je mourrai pute et fière de l’être»

 

Ces prostitué(e)s s’auto-nomment «putes» en ce jour de manifestation, comme un homo s’auto-nommerait «pédé» : ils emmerdent ceux dont ils viennent de désamorcer l’insulte, ils sont fiers de l’être et le revendiquent.

 

Le cortège est parti de la place des Terreaux à Lyon, ce samedi 19 mars, pour rejoindre l’église Saint-Nizier, en deux heures. Objet : protester contre le projet de pénalisation du racolage passif, contre la pénalisation du client, contre une politique gouvernementale qui finalement les poussent à travailler dans des conditions toujours plus difficiles, donc plus dangereuses. «La prostitution est autorisée, mais tout ce qui est autour est progressivement interdit. C’est de l’hypocrisie», scande une représentante de l’association Cabiria lors du rassemblement.

 

D’autres associations sont présentes, comme Act Up qui a bien pris soin de noter son nom en bas des pancartes distribuées dans le groupe, mais elles ne semblent pas mener la danse : en tête de cortège, 4 femmes et un homme se passent le micro à tour de rôle pour lancer les chants et slogans, et ce sont tous des «putes» comme il et elles ne se lassent de le répéter. Même ce jeune homme, casquette, survêtement Sergio Tacchini, chaussures Nike requin et «pute depuis 8 ans» : en voilà un briseur de clichés.

 

Sur le bord de la route, les badauds et badaudes regardent le cortège passer, on sent quelques vieux rebutés qui font la grimace, on en sent d’autres un peu plus excités qui s’empressent de sortir leur téléphone/appareil photo pendant que madame ne regarde pas pour prendre à défaut de prendre quelques-unes de ces femmes parfois légèrement vêtues. Il y a aussi un groupe de jeunes qui s’ennuient assez pour suivre le cortège pendant plusieurs minutes et lancer à la va-vite quelques «sales putes». Le côté pute est revendiqué ; le côté sale, le fil des interventions le démentira comme le résume bien cette dame, la quarantaine avancée déguisée et maquillée à la mode Louis XIV : «Je ne vais pas risquer ma vie pour des inconnus, bien sûr que j’impose la capote. Et celui qui refuse aura beau danser autour du camion, il restera dehors.»

 

Il y a les journalistes aussi. RTL, France 3, et Harry Roselmack en observation. Quelques cacahouètes en guise d’insulte leur sont jetées par un groupe dans le groupe, au son de «État proxénète, journalistes complices !» Ce même groupe à la créativité augmentée produira d’autres slogans tels «Sarkozy, ta femme est une confrère», «Notre corps est un champ de bataille», «Un mari est un client pour la vie» puis se lanceront dans la simulation vocale débridée d’une partouze géante qui ne manquera pas de mettre (très) mal à l’aise cette famille avec enfants sur le trottoir juste derrière l’église.

 

Car ici, ce ne sont pas les prostitués et autres participants qui ont honte mais plutôt les gens autour. Sont-ils mal à l’aise pour ces prostitués qui manifestent, dans une empathie leur permettant d’entrevoir les difficultés que les «travailleurs et travailleuses du sexe» endurent au quotidien ? Ou bien comme le crie au mégaphone cette femme mûre et ventripotente dont le débit parolier ferait blêmir n’importe quel orateur-né, parce que «beaucoup de ces messieurs [sont] sûrement déjà venus [les] voir» ? Ou encore parce que de nombreuses femmes participant à la manifestation ne répondent pas au code vestimentaire et social accolé au mot «prostituée» et pourraient très bien être ma mère ?

 

L’église Saint-Nizier signe la fin de la manifestation, il est temps pour nos prostitué(e)s leaders de prendre la parole. Saint-Nizier parce qu’en 1975, lors de l’occupation des lieux par des prostituées, un prêtre leur avait donné refuge, de quoi manger et se laver quand elles en avaient eu besoin, en faisant ainsi un symbole de lutte. Au moins deux l’ont vécu et racontent leur combat de l’époque quand l’église ferme ses portes juste derrière elles. L’une d’elles s’énerve : «Je suis chrétienne et catholique, mais dans des moments pareils, j’en ai honte. Ils devraient se souvenir que nous sommes toutes des descendantes de Marie. Notre travail est un travail social et humanitaire.» Le jeune homme au survêtement poursuit : «Et ils ne devraient pas oublier non plus qu’ils sont aussi nos clients. Vatican, nos clients ! Vatican, nos clients !» Enfin, notre prostituée-chrétienne-catholique revient à la charge, arrache le micro et lance : «Ça fait cinquante ans que je suis pute. Je suis pute, je mourrai pute et fière de l’être !»

 

Florentin Cassonnet - Remplir des sacs, 22 mars.

 

 

Assises de la prostitution : «C'est de pire en pire»

 

Les Assises de la prostitution étaient organisées à Lyon vendredi 18 mars pour la cinquième année consécutive. Les travailleurs et travailleuses du sexe se réunissaient à cette occasion pour évoquer les difficultés qu'ils rencontrent au quotidien. Récit.

 

 

Être écouté et entendu. C'est la principale revendication qui est ressortie de la 5e édition des Assises de la Prostitution vendredi 18 mars à la maison des associations de Lyon (4e). «Les assises ne sont pas seulement un lieu pour faire le bilan de la loi de 2003, sur le racolage passif, mais une plateforme de revendication», a précisé en effet Sarah-Marie Maffesoli, juriste pour le collectif Droit et Prostitution ainsi que pour le STRASS (Syndicat du travail sexuel). «Pourtant, depuis la création des Assises, la situation est de pire en pire», a-t-elle résumé.

 

«J'aimerais avoir la parole pour une fois !»

 

Trois ans après les arrêtés municipaux pris par la Ville de Lyon, pour empêcher le stationnement des camionnettes de prostituées à Perrache et Gerland, les conditions de travail des travailleuses du sexe continuent de se dégrader. Violences, agressions, stigmatisation pour l'accès au logement, dégradation de l'accès au soin, etc. Aucune amélioration n'a été constatée et les principales intéressées désespèrent de se faire entendre. «Les politiques prennent des décisions sans nous demander notre avis. J'aimerais avoir la parole pour une fois, qu'on nous écoute, on a des choses à dire», s'indigne Karen, prostituée à Gerland. Pour tenter d'expliquer la situation, elle a même envoyé un courrier aux 577 députés de l'Assemblée nationale. Seulement deux lui ont répondu.

 

Pour combattre cette situation, les acteurs des Assises dont Cabiria, l'association bien connue à Lyon de santé communautaire qui vient en aide aux prostituées, le STRASS et le collectif Droit et Prostitution, tous et toutes ont souligné l'importance d'un changement de loi sur la prostitution, ainsi que l'élaboration d'actions pour améliorer les conditions d'exercice des travailleuses du sexe. Parmi les solutions évoquées : sensibiliser les clients sur les maladies sexuelles, avoir à disposition un terrain identifié sur lequel travailler afin d'éviter agressions et violences. Ou encore, lutter contre le délit de «proxénétisme de soutien» qui vise ceux aident ou favorisent le travail d'une prostituée. «Aujourd'hui, si un ami m'emmène sur mon lieu de travail ou me prête sa camionnette, il est considéré comme proxénète de soutien !», s'insurge Karen.

 

Pénalisation des clients et maisons closes

 

«Client prostitueur» : la notion sera au centre du rapport sur la prostitution en France qui doit sortir fin mars. Dirigé par la socialiste Danielle Bousquet (1re circonscription des Côtes-d'Armor), il  évoque la possibilité de pénaliser demain les clients par une amende. Une idée dénoncée par les travailleurs du sexe et Miguel Ange Garzo, psychologue, chargé de prévention au sein de l'association Arcat. «Lutter contre les clients, c'est mettre en danger les prostituées, c'est signer un retour en arrière du combat contre le sida», selon lui. Thierry, travailleur du sexe depuis 8 ans est du même avis. Il craint «une baisse de salaire, un manque de temps et de sécurité».

 

Sur la question d'une possible réouverture des maisons closes, une idée proposée par certains députés français, les travailleurs du sexe se sont prononcés à  une écrasante majorité contre ce vendredi 18 mars à Lyon. Cela n'aurait pour conséquence que de «parquer tout le monde au même endroit», et restreindrait l'autonomie des clients et des prostitués. Mais l'idée «d'un bordel auto-géré» : de petits appartements ou maisons tenues par les prostitués en copropriété séduit. «On serait tous sur le même pied d'égalité, personne ne commanderait», conclut Karen, la prostituée voit en effet trop de différences entre les conditions de travail des prostituées de luxe et des filles de la rue comme elle. «Si les politiques veulent taper sur les clients, ils doivent taper sur tout le monde. Des mecs comme Benzema ne seront jamais emmerdés. Les riches peuvent baiser tranquillement !», s'étonne-t-elle.

 

Leur presse (Fanny Badoil, Gaëlle Grès,
Lyon Capitale), 21 mars.

 


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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 18:43

 

«Dis tu… travailles là ?» «Tu sais que c'est dangereux de se promener seule le soir ?» «Hé vous êtes seules les filles ?» (Non on est quatre, connard !) «Salope-S !»

 

Dans mon entourage, je ne connais pas une seule femme qui n'ai pas été au moins une fois interpellée, insultée, abordée, suivie, klaxonnée, sifflée, humiliée, coincée ou physiquement agressée. Pas une seule fois je n'ai entendu une femme dire : «De toute ma vie il ne m'est jamais arrivé d'avoir peur en sortant seule la nuit». Depuis la petite enfance, nos mères, nos parents, l'école, les médias, les politiques nous mettent en garde, nous les femmes, contre les dangers de la nuit. Une fille qui sort seule la nuit s'expose au risque de se faire agresser physiquement ou verbalement, si elle prend ce risque on lui dit tout bas (car ce n'est plus politiquement correct de l'affirmer haut et fort) qu'elle l'a bien cherché. Ce «on» c'est les phallocrates, les machos, les cathos, mais pas seulement. Ce sont aussi toutes celles et ceux qui véhiculent quotidiennement la peur et l'idée ancestrale selon laquelle la place d'une femme c'est à la maison: les tenants du gouvernement actuel, les journalistes qui sous couvert d'objectivité posent la question «Comment étiez-vous habillée ce soir-là ?», la publicité, le domaine juridique, les lois ultra-sécuritaires… Je dis celles et ceux mais on sait bien que la société est tenue principalement par des hommes : la parité n'est pas effective dans les instances dirigeantes ou décisionnelles. Elle n'existe pas non plus dans les entreprises et les organes de communication. Nous savons bien que la société actuelle est basée sur le système patriarcal qui vise à naturaliser les tâches, les places, auxquelles nous sommes assignées.

 

Sachant tout cela, je m'étonne de l'étonnement qu'a suscité notre volonté, à nous Les Poupées en Pantalon, d'organiser une manifestation non-mixte en ce 8 mars 2011. Étonnement est un terme un peu faible pour décrire les invectives dont nous avons été les cibles. Et je m'étonne d'autant plus que ces invectives provenaient en grande partie du milieu militant et associatif dans lequel nous naviguons. Anti-progressisme, archaïsme, sexisme à l'envers, discriminante… Notre action a connu en quelques semaines tous les qualificatifs possible. Revendiquer la réappropriation de la nuit et de l'espace public par les femmes, affirmer le fait de ne pas/plus vouloir se faire accompagner par un homme pour se sentir en sécurité, déclarer que toutes les femmes devraient pouvoir se promener seules la nuit sans peur, expliquer que la non-mixité est un outil de lutte pour l'émancipation des femmes… tout cela était «anti-progressiste», «archaïque», «sexiste», «discriminatoire envers les hommes»… Nous devrions permettre aux hommes de lutter pour les droits des femmes eux-aussi nous dit-on… Par cette action, nous les en empêchons ? Ne sont-ils pas capables de comprendre qu'une marche déclarant «Nous n'avons pas besoin d'un homme pour nous raccompagner» où il y aurait hommes et femmes serait contradictoire ? Notre action avait justement pour but de montrer que des femmes doivent avoir le droit de se promener sans présence masculine à n'importe qu'elle heure du jour ou de la nuit. Nous devons pouvoir sortir sans peur. Nous devrions pouvoir arrêter de nous demander «Est-ce prudent de sortir à cette heure-ci, ne devrais-je pas appeler untel pour me raccompagner ?», «Ne serait-il pas plus sûr de prendre un taxi ?» Nous ne devrions plus culpabiliser si nous sommes les cibles d'une agression de quelque nature que ce soit. Mais le patriarcat, pensée dominante-écrasante, affirme que nous sommes responsables de ces faits.

 

Pourtant, alors que notre tract affirmait ces revendications, nous avons eu affaire à des militantEs affirmant «Tous les hommes ne sont pas des oppresseurs»… Il faudrait donc individualiser, mesurer les degrés d'oppression, faire du cas par cas : certains hommes profiteraient plus de l'oppression des femmes que d'autres, certains hommes sont féministes il est donc impossible qu'ils soient acteurs d'une oppression sur les femmes, il y a également des femmes misogynes, il y a des hommes plus féministes que certaines femmes… On peut tout à fait commencer à entrer dans ce genre de statistiques, mais j'aimerais bien savoir à partir de quand, dans ce cas-là, on commence à analyser le patriarcat, le système patriarcal ? Évidemment nous ne pouvons pas généraliser et naturaliser les comportements masculins, ils sont issus d'une construction culturelle et sociale, et nous n'affirmons pas que tous les hommes sont des agresseurs, mais en entrant dans ce genre de considérations individualistes on en vient à entrer dans un rapport de chantage et de sentimentalisme qui ne mène qu'à éluder le fond du problème.

 

En s'attelant à préserver la sensibilité de chaque homme se défendant d'être un oppresseur, nous nions l'existence même d'un système patriarcal. Tous les hommes ne battent pas la personne avec qui ils vivent, mais tous les hommes bénéficient, de manière directe ou non, de l'oppression des femmes. En disant cela nous ne remettons pas en cause l'engagement féministe des hommes, mais nous expliquons que les inégalités salariales, la non-appropriation de leurs propres corps par les femmes, l'accès restreint à l'emploi, les pressions sociales telles que l'injonction à la maternité et au modelage d'un corps «parfait»… Tous ces faits n'ont pas été établis en faveur des femmes, mais ils ont bien été instaurés pour une raison, non ? Que les hommes dénoncent ces faits, soit et tant mieux, mais ils ne peuvent nier qu'ils sont inscrits dans un système qui les veut, qui les place dans une place dominante vis-à-vis des femmes. S'ils veulent s'émanciper de cette place, qu'ils s'organisent ! Nous n'allons pas lutter à leur place tout comme nous leur expliquons que les femmes n'ont pas besoin de porte-paroles hommes : on est assez grandes pour parler toutes seules, qu'on se le dise ! Et surtout, nous le répétons encore une fois : seules les femmes sont à même d'exprimer, de nommer et d'identifier les oppressions qu'elles subissent. D'où l'intérêt et l'importance de créer des espaces temporairement non-mixtes où les femmes peuvent s'exprimer librement, débarrassées de la pression sociale qui les incite à s'enfermer et à rester silencieuses… Des lieux et des temps où les femmes peuvent expliquer leurs histoires et leurs oppressions pour les analyser collectivement, les regarder attentivement avec d'autres personnes ayant été — ou pouvant — se trouver dans une situation similaire et puis simplement faire advenir la parole. Affirmer aujourd'hui que la non-mixité est inutile, c'est nier l'existence des pressions sociales faites sur les femmes. Car toutes les femmes ne peuvent pas encore parler en toute sérénité en présence d'hommes. Si les femmes n'étaient pas éduquées dans des schémas de confinement et de mutisme, si le fait de décréter que nous sommes inférieures aux hommes en tout point ne nous conditionnait pas et ne serait pas la base d'un système, si nous pouvions toutes être absolument libres et décomplexées de tous nos faits et gestes (j'entends par libre : sans se dire «Une fille n'a pas à faire ça») et ce du début à la fin de notre vie, si nous pouvions librement disposer de nos corps, cela signifierait que le système patriarcal n'aurait pas de prise sur nous, cela signifierait qu'il n'y a pas d'oppression des femmes. Nous voyons bien que ce n'est pas le cas. Nous voyons bien que les femmes ne sont toujours pas, aujourd'hui, les égales des hommes en tous points. Et j'affirme ici que les espaces non-mixtes peuvent permettre aux femmes de prendre conscience de leurs capacités. Les espaces non-mixtes sont la possibilité pour les femmes de n'avoir plus pour référent comparatif l'homme (qui est l'être humain, le premier…) mais de pouvoir s'affirmer indépendamment de l'homme / des hommes.

 

Aujourd'hui les luttes féministes doivent affirmer la nécessaire réappropriation de l'histoire et de leur histoire par les femmes. Les femmes n'ont pas à dépendre du regard que portent les hommes sur elles et sur leurs actions. Elles sont les seules légitimes pour élaborer les moyens de lutte qui leur permettront de s'émanciper. «Une femme sans homme c'est comme un poisson sans bicyclette» est un slogan qui a une nouvelle fois trouvé son sens ce 8 mars 2011, lorsque nous avons réitéré l'affirmation que les hommes ne décideront pas pour nous.

 

Lo - Les Poupées en Pantalon, 17 mars 2011.

 


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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 17:55
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Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 10:08

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Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 18:55

Nous sommes à une époque très particulière. L’avenir de millions de gens pourrait changer radicalement. Ces jours sont superbes, magnifiques et historiques. Le soulèvement du peuple en Afrique du Nord et au Moyen-Orient a apporté un grand espoir de changements fondamentaux et d’un avenir meilleur pour des millions de gens dans la région. On peut mettre fin aux dictatures, une après l’autre. Le soulèvement du peuple est la conséquence du développement de la pauvreté, de l’absence totale de droits, de l’oppression brutale et de l’injustice sociale dans la vie quotidienne. Les femmes doivent subir en plus des questions comme la discrimination sexiste, l’inégalité et les lois misogynes. C’est pour cela que ce n’est pas surprenant de voir la présence massive des femmes dans les luttes actuelles.

 

En Iran, les femmes luttent pour leurs droits humains côte à côte avec les hommes contre le régime inhumain. En Égypte, les femmes ont été une part active de la révolution contre la pauvreté et pour la liberté. Et des milliers de femmes ont pris part à une manifestation dans la capitale tunisienne le 22 février et revendiqué des droits égaux. Ce sont quelques exemples de comment les femmes sont une force révolutionnaire majeure dans les évènements actuels qui toucheront aussi les autres pays.

 

La solidarité avec le mouvement égalitaire des femmes devient de plus en plus importante tandis que la lumière des révolutions dépasse les frontières nationales. Le renversement du régime islamique en Iran signifiera une grande victoire pour les droits des femmes dans le pays et pour le mouvement laïque et la libération des femmes au Moyen-Orient. Ce sera une étape majeure contre l’Islam politique et ses actions terroristes. Les organisations des droits des femmes à travers le monde doivent faire la même chose contre l’apartheid sexuel en Iran qu’elles l’ont fait contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

 

Cette année le 8 mars a un message important : rompre toutes les relations diplomatiques avec les dictatures et les régimes misogynes ! Dénoncer les régimes qui sont la cible des luttes des peuples et les exclure de la communauté internationale !

 

Vive le 8 mars !

Vive la solidarité avec les femmes d’Iran,

d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient !

Rompre les relations diplomatiques

avec les dictatures et les régimes misogynes !

À bas le régime islamique misogyne en Iran !

 

Parti Communiste-Ouvrier d’Iran,
Organisation à l’Étranger, 6 mars 2011.

 


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