Lundi 12 mai 2008
La Fédération Libertaire des Montagnes regroupe des militants libertaires, anarchistes de multiples tendances, habitant le canton de Neuchâtel, du Jura et du Jura Bernois.

La FLM se veut pluraliste. Nous rejetons le dogmatisme et l’esprit de chapelle. Personne ne détient La Vérité. Comme dans la nature, la multiplicité des réponses est un facteur indispensable à la survie et au développement (une espèce trop spécialisée ne survit pas au moindre changement de son environnement). Une stratégie efficace à une certaine époque peut s
avérer inutile à un autre moment ou produisant des effets pervers.

La FLM est fédérée au niveau suisse avec l
Organisation Socialiste Libertaire. Les adhérents de la FLM sont donc automatiquement membres de l’OSL, à moins quils signalent leur volonté de ne pas être membre de cette organisation.

Luttes et créations sociales : La FLM agit avec la population et non à sa place, c
est pour cette raison que nous ne nous présentons pas aux élections. Par notre caractère autogestionnaire nous participons et mettons en place dès aujourdhui des structures permettant de défendre et détablir des rapports sociaux libertaires, égalitaires, autogestionnaires, solidaires, pluralistes et coopératifs (notamment par opposition au concept de concurrence).

Si nous luttons pour une société différente, notre action ne se limite pas à préparer un changement fondamental de notre système social et économique, nous agissons pour promouvoir, ici, maintenant et au quotidien une amélioration égalitaire des conditions de vie de toutes et de tous.

Nous défendons la diversité des stratégies, quand elles ne s
opposent pas, car nous pensons que les différentes actions sociales sont complémentaires et nous enrichissent.

Il n
y aura pas de changements sociaux défendables et durables sans une évolution dans les esprits par la pratique autogestionnaire ou démocratique des luttes sociales, des mouvements associatifs, et dentreprises alternatives et coopératives. Les révolutions sans évolutions sont, selon nous, toutes corruptibles. Cest en tous cas la leçon que lhistoire semble nous avoir donnée. Il appartient donc aux syndicats et aux diverses associations et sociétés dinspiration socialiste (au sens large) et/ou environnementale de créer une culture sociale empreinte de liberté, de solidarité et de coopération pour sopposer à la concurrence, la loi du plus riche et la dictature du marché.

L
Organisation Socialiste Libertaire vise à mener un débat théorique et politique pour élaborer et mettre en pratique une stratégie libertaire dans la lutte des classes et dans lensemble des luttes sociales anti-capitalistes et anti-autoritaires.

L
OSL se réclame de la tradition des organisations et de lensemble des expériences libertaires liées aux luttes du prolétariat pour son émancipation.

L
OSL se bat pour une société autonome, cest-à-dire une société socialiste et libertaire, autogérée, sans bureaucratie étatique ni pouvoir séparé daucune sorte.

L
OSL cherche à promouvoir et à appuyer toutes les pratiques, les luttes et les objectifs qui intègrent la dynamique de lauto-organisation, de laction directe et de lautonomie du prolétariat et de lensemble des sujets sociaux porteurs de combats anti-capitalistes, anti-sexistes et anti-autoritaires.

OSL-Vaud, case postale 7062, 1002 Lausanne
OSL/FLM, case postale 569, 2301 La Chaux-de-Fonds
OSL/Forum, case postale 3464, 2500 Bienne 3
FAUCH, Quartiergasse 17, 3013 Bern
Rebellion, feuille d’agitation de l’OSL
Mardi 1 avril 2008

Les 16 et 17 mai, à l’occasion de son anniversaire, Maloka organise un festoche à l’Espace Autogéré des Tanneries. Retour sur vingt ans d’activités politiques et culturelles à Dijon.

1. Comment ça a commencé Maloka, quand, pourquoi, quelles sont les dynamiques, et comment ça évolue ?

- Rudy : Ça a commencé en 88, en fait on avait déjà fait quelques concerts avant dans d’autres structures. On était motivés par le mouvement punk, mais ce qui se passait en France ça nous plaisait pas du tout parce qu’il n’y avait rien de politique et qu’on avait une conscience politique, on lorgnait déjà pas mal sur ce qui se passait en Angleterre, dans le mouvement anarcho punk, qui nous semblait intéressant, et on a voulu faire ça en France. L’esprit c’était celui-là. Et aussi il y avait des groupes des États-Unis, genre Apple, tout ça. Donc on a commencé à faire des concerts, et en fait l’asso Maloka on l’a fondée surtout parce qu’on venait de sortir un premier 45T de Psycho Squat, c’est la toute première production qui a été faite, mais le label est venu bien après, 3, 4 ans après. Voilà donc l’idée c’était de faire connaître nos idées, et puis surtout lancer la distro et organiser des concerts parce qu’on voulait surtout créer une dynamique autour de la distribution de plein de trucs qui nous semblaient intéressants au niveau politique, qui se faisaient sur les squats, sur le végétarisme et existaient pas dans le mouvement punk rock en France qu’était un mouvement plutôt rock and roll, et pas de distro anarchopunk, à part Katakomb. Donc l’idée c’était de promouvoir des groupes, distribuer des zines [
fanzine, journal], et organiser des concerts. C’était pas à l’époque du tout dans un squat, un truc comme ça, parce que ça existait pas. Alors on a fait des concerts sauvages, et aussi à l’Acropole.

- Jean-jean : Les concerts sauvages ça a été dans une usine à Fontaine d’Ouche, il y en a eu 3 ou 4. Après dans le fort militaire à Saint-Apo, là on en a fait pas mal, pendant un an, dans un entrepôt à Ahuy.

- Rudy : Donc ouais, vraiment au tout début on faisait les concerts à l’Acropole, ce qui nous plaisait pas du tout parce que le mec qui tenait le bar il voulait faire du fric et on pouvait pas faire ce qu’on voulait. Par exemple ce qui bloquait vachement c’est dès qu’on faisait un concert avec une thématique politique, même simplement antifasciste déjà, ça coinçait parce que le mec voulait pas qu’on diffe d’info à caractère politique, lui il est resté sur une salle qui organise des concerts. Donc nous ça nous convenait pas trop et dès qu’on a pu chercher autre chose on a cherché autre chose.

- Jean-jean : Avec le but arrêté assez rapidement d’ouvrir notre propre lieu. Les concerts dans les MJC on en a fait aussi, les concerts dans les bars et tout… Moi j’ai jamais aimé.

- Rudy : Le truc aussi au départ qu’il faut bien voir aussi c’est que de 1988 jusqu’en 90-91, ça c’est vraiment des années où on était pas beaucoup. En fait, dans la structure, on était pas beaucoup réellement actifs, et pas mal de gens dans la scène rock ou même punk au sens large sur Dijon nous chiaient dessus quoi, nous détestaient complètement.

- Jean-jean : Ouais, c’était déjà l’image sale végétarien, sale féministe, sale politiciens…

- Rudy : Ouais, on était des curés intégristes anarchistes, des donneurs de leçons, on était plein de choses, alors qu’en plus on faisait chier personne. J’ai pas l’impression qu’on ait vraiment cherché à donner des leçons… Après, petit à petit, en discutant avec des gens, en mettant les choses en place, ça a finit par intéresser de plus en plus de gens, et ça existe encore aujourd’hui, quoi.

- Jean-jean : Début des années 90 on était 3, 4. Des gens qui sont toujours là aujourd’hui d’ailleurs. Le label, la salle c’est venu après la distro.

- Rudy : En fait nos priorités étaient pas hiérarchisées, ça c’est fait comme ça s’est fait, quoi.

- Jean-jean : Maloka c’est les gens qui étaient là, qui avaient envie de faire des choses, et ben le collectif permet de faire ces choses. Après y a jamais eu de «tiens on va faire ça, on va faire ça…» Moi à un moment j’avais des thunes parce que je bossais, j’avais dit «tiens, on va sortir un disque» … c’était en 95, Heyoka, le 45T de Désert Culturel … c’est là que le label a commencé vraiment.

- Rudy : Ouais, après les envies, les trucs différaient selon les personnes. On a toujours fait des émissions de radio, on a toujours fait plus ou moins les zines. C’est toujours un peu aléatoire, et heureusement c’était pas toujours les mêmes personnes qui faisaient tout. Et c’est encore comme ça à l’heure actuelle.

- Jean-jean : C’est pas une structure très rigide… il y a pas un plan de carrière.

2) Ça vient d’où le nom, Maloka ?

- Rudy : Ça veut dire maison communautaire dans une langue indienne, peut-être bien en sioux.

- Jean-jean : Oui, en sioux. Plus précisément c’est la maison des femmes, là où elles accouchaient. Car à la fin des années 80, dans le mouvement punk politisé, la cause native américaine était une mode.

- Rudy : Ouais, et on est vachement revenu de certaines choses…

3) C’est quoi les différentes activités de Maloka ?

- Jean-jean : Aujourd’hui, il y a la
distro. On essaie de distribuer beaucoup de disques, de bouquins, avec tout ce qui est annexe comme les t-shirts… pour aider une scène indépendante un peu politisée. On sort des disques, en 2007 on en a sorti 12. On doit être à 60 disques. On privilégie le vinyl parce que c’est un format qui nous plaît et il peut y avoir des beaux livrets, des beaux visuels, le punk c’est pas qu’une musique, loin de là…
    Comme autre activité, on participe à la gestion d’un lieu d’expression,
les Tanneries [Espace autogéré des Tanneries, 17 bd de Chicago à Dijon], ce qui nous prend un temps énorme.
    On est propriétaire d’un local, même si dans le milieu anarchiste ça se dit pas, mais on est propriétaire et faut qu’on gère quand même un peu, même si on s’en occupe pas beaucoup.
    On anime une émission de radio, sur
Radio Campus, Riot and Dance côté musique, et Sur les toits pour le côté politique, pour les prisonniers, le dimanche de 18h à 19h. Comme autres activités, certains d’entre nous participent à différents collectifs éphémères sur des sujets divers, sortent des zines ou des feuilles d’info de manière aléatoire, ça a été l’activité principale à un moment.
    On organise des
concerts, ce qui nous prend un peu de temps aussi…
    On essaie d’aider des groupes à trouver des dates un peu en France.

- Rudy : Ouais, justement je voudrais insister un peu là-dessus parce que quelque part on fait pas seulement des concerts pour se faire plaisir, concrètement tous les groupes ne nous motivent pas plus que ça, si on fait ça c’est surtout parce que en Europe et même dans le monde il y a de moins en moins de salles, il y a de plus en plus de groupes qui cherchent des endroits, donc pour nous c’est vraiment super important qu’on continue à organiser des trucs, même plus qu’on en aurait envie honnêtement parce qu’on est comme tout le monde on a envie d’être peinards aussi, mais c’est plus la survie d’une scène qui est suffocante.

- Jean-jean : Sinon, la majeure partie des gens qui sont dans Maloka ou autour est au
SCALP [collectif antifasciste], certains s’occupent encore un peu de l’ABC [Anarchist Black Cross, soutien aux prisonnier-e-s], on est tous régulièrement investis dans différents trucs. Et en plus on essaie de soutenir financièrement tout ce qu’on peut, qui nous paraît intéressant.
    On vient de sortir un bouquin et je pense qu’on va en sortir d’autres. C’était le premier. Là je pense qu’on va sortir une BD. Et dès qu’on aura un peu de thunes on sortira des bouquins je pense.

- Rudy : Ouais, ça c’est un truc qui était super important au tout début, développer le support écrit. On l’a peut-être un peu perdu de vue pendant quelques années…
    Sur les concerts, les styles de musique, on est à peu près d’accord à Maloka pour dire que le style de musique on s’en fout quoi. Si tu viens avec une démarche, si il y a un contenu intéressant, c’est pas le style musical qui compte, dans ce qu’on organise ou dans ce qu’on sort comme disque :
Binamé, Usual Suspects, Grzzz, Inner terrestrials, Hors contrôle, Calavera, Piloophaz…
    À l’époque aussi il y avait le festival libertaire.

- Jean-jean : Le festival libertaire qui a eu lieu 5 années de suite. 3 années à Dijon, 1 année à Norges, 1 année à Genlis. Le but de ce festival c’était de réunir les différents acteurs du milieu anarchiste et libertaire, et on voulait faire se côtoyer aussi bien les gens de la fédération anarchiste que les punks que les gens du SCALP que les gens investis dans la libération animale que la
CNT, un peu toutes les composantes. Que tout le monde puisse se réunir…

- Rudy : Qu’il y ait des débats, qu’il y ait des échanges d’idées…

- Jean-jean : Autour de la musique, autour de plein de choses. Que les gens se rencontrent, parce qu’il y a quand même vachement de mépris, toujours, entre les différents acteurs de la sphère libertaire très très large, les squatteurs qui détestaient les autres qui étaient détestés par d’autres, les punks, les skins antifascistes, les militants purs et durs syndicalistes et autres… et en plus les différents acteurs de la scène punk et autre se rencontraient jamais. On voulait faire un truc où tout le monde se rencontre, se parle, et faire évoluer un peu tout ça. C’était assez intéressant. Après, on a vu le sectarisme d’une partie des anarchistes assez rapidement, ils ont plus voulu participer parce qu’ils trouvaient ça trop punk. Ensuite c’était difficile à gérer parce qu’il y avait de plus en plus de monde, et notamment en 95.

- Rudy : Heureusement on avait des coups de main de plein de gens de partout. Sinon c’était ingérable.

- Jean-jean : Et puis il y a eu cette manif qui a dégénéré au centre ville pour le pique-nique anti-nationaliste le 14 juillet 96, où il y a eu des bris matériels on va dire. Il y a eu quelques débordements comme ils disent, et à partir de là on était interdit sur Dijon, clairement on pouvait pas avoir de salle, on pouvait plus rien avoir sur Dijon. Donc on a migré à Norges, où ils se sont aperçus que c’était un festival libertaire qu’on montait une semaine à l’avance, ils voulaient l’annuler, on leur a dit «ben d’accord, on ira au jardin Darcy», là ils ont tout de suite dit «non il y a moyen de s’arranger». L’année d’après on est allé à Genlis, par les jeunes de Genlis on a loué la salle et 15 jours avant ils se sont aperçus que c’était le festival libertaire, ils ont dit «non, ce sera pas possible à Genlis, par contre on a une super salle à la sortie de la ville on vous la donne», et on y est allé. Et de toutes façons on avait plus de salle, alors on a abandonné le festival libertaire. Après pendant trois ans on a bossé avec d’autres gens sur un festival à Luzy, et puis il y a eu un arrêté préfectoral interdisant le festival de Luzy et là dans la foulée on a ouvert les Tanneries. Maintenant les festivals si on veut on peut les faire aux Tanneries, c’est un peu différent, c’est un peu moins gros mais voilà. Le festival libertaire était intéressant, mais maintenant aux Tanneries il y a souvent des tables de presse de la CNT ou de différents trucs, tout le monde peut venir avec sa table, on laisse la salle régulièrement à d’autres collectifs ou trucs anarchistes et autre, ce qui permet que les gens se rencontrent quand même pas mal aux Tanneries aussi. Vu que les Tanneries c’est pas qu’une salle de concert, c’est quand même plein de trucs différents, et donc c’est un peu un festival permanent ! Et c’était un peu le but au début aussi. Avant d’ouvrir les Tanneries, on avait pas mal bougé en Allemagne, en Italie et on avait été dans plein de lieux différents avec plein de gens différents qui se côtoyaient, et c’est ça qui nous a quand même vachement donné l’idée. Faudrait que les acteurs du milieu libertaire à Dijon se rendent compte que distribuer des tracts, organiser des conférences, tout ça, c’est bien, mais que mettre ses idées en application dans un lieu, une espèce de centre alternatif social où tout le monde pourrait se retrouver, c’est vachement intéressant.

4) C’est quoi la place qu’a Maloka maintenant dans la scène punk en France ?

- Jean-jean : Notre place ? On est les plus vieux [sourire]. Y a plein de gens qui nous aiment bien, y a plein de gens qui nous détestent… Des fois on se sent un peu seul, dans la scène punk, à avoir nos idées… mais après grâce au label, aux Tanneries, à nos activités, au moins on est connu, haï ou aimé mais on est connu, ce qui permet d’aider largement les groupes, de bien distribuer nos disques, et de faire passer nos idées quand même.

- Rudy : dans le cadre des concerts parce que c’est là qu’il y a le plus de gens extérieurs, que ce soit les groupes ou le public, c’est vrai que quand on discute on a l’impression d’être un peu un bol d’air pour plein de gens. Il y a plein de gens qui disent «ça fait du bien de se retrouver là avec des gens…» C’est pas simplement un concert, quoi. C’est ce qui se passe à l’heure actuelle : un concert c’est un concert. Là les gens ils viennent dans une salle qui est quand même différente parce que c’est un squat, avec d’autres pratiques, ne serait-ce qu’en terme de consommation, bon, la bière pas chère, l’entrée à 4 €, ce genre de trucs là ça se fait de moins en moins… et c’est quand même une démarche qui intéresse pas mal de gens.

5) Alors peut-être qu’on peut parler plus spécifiquement de la salle, comment ça fonctionne, l’aspect politique…

- Rudy : On veut vraiment pas être prestataires de services, on veut pas louer une salle clefs en main. Donc on a refait un texte il y a pas longtemps pour expliquer le pourquoi de la salle, comment elle fonctionne, et ce qu’on veut surtout que ça soit pas. Pour nous c’est vraiment super important parce que c’est vrai que souvent en réu de programmation (le premier mardi de chaque mois à 19h30…), il y a des gens qui viennent et qui disent «ouais on serait intéressé pour avoir la salle», et après ils savent pas vraiment ce qu’il y a derrière. Nous on a un contenu politique, on veut qu’il y ait une démarche derrière, etc. Nous on veut rester fidèle à ça parce que c’est la raison d’être de cette salle.

- Jean-jean : Et souvent quand on parle de politique il y a plein de gens qui se méprennent, qui pensent qu’on est adhérent de je sais pas quel parti, qu’on va distribuer des tracts pour le vote pour je sais pas quel gugusse, mais politique ça a vraiment un autre sens, et c’est vrai que il y a plein de gens qui se méprennent sur les Tanneries, qui croient qu’on est des politiciens, et qui arrivent et qui disent «ouais, moi je vote pas, moi je fais pas de politique. mais par contre je veux faire les trucs moi-même». Ben ouais, ben c’est politique, on a envie d’avoir une emprise sur notre vie. Et donc dans la salle il y a des trucs à respecter, par exemple dans le bar, on vend de la bière artisanale, on essaie de la vendre pas chère.

- Rudy : Ça fait parti des choses aussi qu’on a recadré les derniers temps parce qu’il y avait des asso qui venaient dans la salle qui n’avaient pas cette démarche-là, donc on leur a dit «ben voilà, si vous voulez à continuer à faire des trucs dans la salle, nous on veut pas subventionner machinbrau…» Voilà, ça peut paraître des petites choses, mais…

- Jean-jean : Ou par rapport à la libération animale. Je veux pas forcer les gens à devenir végétariens, ou vegan, mais simplement dans la salle, il y a pas de viande, on vend pas de viande… c’est pas un effort surhumain. Mais quand tu luttes contre l’exploitation, c’est la moindre des choses. Après il y a d’autres trucs par rapport à la salle, on lutte tout le temps contre la violence, c’est jamais facile à gérer…

- Rudy : Et c’est vrai qu’il y a quelques personnes, c’est extrêmement rare, mais il y a quelques personnes qui sont indésirables, qui ont eu des comportements… mais bon on fout pas les gens dehors comme ça sans leur expliquer, on leur dit «ben voilà, c’est pas cool parce que si, parce que ça, il faut que tu arrêtes ces comportements», et quand la personne recommence deux fois, trois fois ben… Récemment on a voulu recadrer un peu les choses, expliquer aux gens qui viennent que c’est pas une salle municipale, c’est pas une MJC, c’est pas la Vapeur. Les gens qui font des choses dans la salle organisent tout de A à Z, c’est-à-dire que, ils paient l’entrée aussi, hein d’ailleurs, et puis ben tout ce qui est promotion, bouffe, ménage, bar, tenir les entrées, tout le monde met la main à la pâte.

- Jean-jean : La culture subventionnée c’est quelque chose qui me fait gerber.

- Rudy : Voilà, on fonctionne complètement sans subvention, y a plein de gens qui comprennent pas.

- Jean-jean : Une salle comme les Tanneries montre que tout le monde peut tout faire. Si tu as envie de faire quelque chose, avec la structure des Tanneries, tu peux le faire.

- Rudy : Voilà, on peut parfaitement faire un concert avec une entrée à 4 €…

- Jean-jean : Et puis une salle comme les Tanneries ça permet quand même, si t’as une passion, c’est possible de l’assouvir aux Tanneries. Moi je suis passionné par la musique, un peu, et ben voilà, aux Tanneries, les groupes que j’adore j’arrive à les faire jouer, quoi. Sans tout ce que je vois tout le temps, la culture là, ça passe par les sponsors, ça passe par aller chercher de l’argent au ministère de je sais pas quoi… Ben non, les individus dans la société, s’ils ont envie de faire quelque chose ils peuvent le faire par eux-mêmes. Les Tanneries ça permet aux gens de faire les choses par eux-mêmes, c’est tout. Et en plus, c’est un bon grain de sable dans la machine parce que le discours tenu par les gens des Tanneries et qui ressort c’est pas faut gagner de l’argent, faut aller plus vite que les autres, faut battre la concurrence, le capitalisme, tout ça, le bonheur, c’est génial, et ouais, voilà, c’est ça les Tanneries. Et normalement tous les gens qui viennent aux Tanneries sont sur un pied d’égalité et tout le monde doit pouvoir faire quelque chose aux Tanneries, s’ils ont envie de s’investir ils doivent pouvoir s’investir. Bon après c’est jamais parfait ça. Et on s’est aperçu que ces temps derniers y avait pas mal de gens qui venaient pour louer la salle, et après s’en lavaient les mains, moi j’ai fait ma soirée, j’ai fait mon bar, et ça c’est une dérive qui nous va pas. Nous on dit que les gens qui veulent faire des choses aux Tanneries faut qu’ils s’y investissent, sinon ils ont pas leur place.

- Rudy : Ouais, faut qu’ils s’y investissent et qu’ils aient une certaine éthique quand même, en terme de tolérance, de respect de l’autre… toujours dans une démarche de DIY [
Do It Yourself (fais le toi-même)]. Nous on est entré dans le punk pour ça et c’est cette idée-là qu’on a envie de continuer à développer. C’est ça qui permet de montrer aux gens «ben ouais tu peux faire les choses» !

- Jean-jean : Il y a pas que la culture officielle, sponsorisée, gavée de subventions qui existe. il y a une autre culture. Que l’État aimerait bien voir disparaître mais qui subsiste tant bien que mal. Et l’autogestion c’est pas 15 esclaves qui gèrent matériellement, humainement et tout une salle, et en accord avec d’autres gens qui font d’autres choses, mais c’est «j’ai envie de faire un concert ben faut peut-être que je m’occupe aussi de faire du ménage, de faire des travaux de temps en temps, de m’intéresser aux côtés matériels, financiers, luttes pour la subsistance» parce qu’il y a jamais rien d’acquis avec les Tanneries par exemple, et on doit être toujours sur le qui-vive parce qu’il y a une bonne partie des autorités qui laissent cet espace de liberté parce que ça arrange un peu mais si ça pouvait disparaître ce serait pas une

- Rudy : Moi ça me fait un peu chier qu’il y ait pas de théâtre par exemple. Le minimum c’est qu’il y ait pas de trucs craignos dans ce qui passe aux Tanneries, après…

- Jean-jean : Mais nous en tant que Maloka c’est sur on a une certaine identité, on la revendique, et libre aux autres de faire ce qu’ils aiment. Moi je donne pas de leçon, mais que personne ne vienne me donner de leçon non plus.

- Rudy : Non mais autant que nous on se fasse plaisir, quoi.

- Jean-jean : Après on parlait du Mât-Noir
, c’est bien, il faut qu’il y ait d’autres lieux, si on veut qu’il y ait de la vie sur une ville, il faut qu’il y ait plusieurs lieux. Après c’est bien que les lieux ils bossent ensemble, se soutiennent, fassent les choses en cohérence. Mais ce serait dommage qu’il y ait qu’un lieu, parce que ça rendrait la vie assez stérile sur la région. Et je pense que plusieurs lieux c’est primordial. Et j’espère qu’un lieu comme le Mât-Noir tiendra et pourra faire des trucs. Je pense plus il y a de vie plus les gens ont envie de participer à des trucs. Et si via les Tanneries on doit aider je sais pas qui, on l’a toujours fait, on le fera.

- Et je pense qu’on pourrait faire vachement plus de trucs aux Tanneries. J’aimerais bien que les gens pour les sans papier
puissent faire leur truc ici, une permanence d’aide juridique, qu’il y ait un vrai centre d’information et d’assistance pour les sans papier… pour aider aussi les gens sans logis… pour tous les «sans» quelque part. Mauvaise chose non plus, pour eux. Après on accepte tout style de musique, à partir du moment où y a un minimum de contenu quand même, que ce soit clairement antifasciste, anti-sexiste, c’est le minimum pour nous, quoi. Mais aussi faut voir le paquet hallucinant de demandes qu’on reçoit pour jouer, nous on fait jouer ce qui nous plaît, mais si des gens viennent proposer d’autres choses, à partir du moment où il y a ce minimum de contenu, nous on va pas regarder quel style de musique c’est.

- Rudy : Et aussi tout un travail d’information syndicale réelle, parce que ça manque aussi.

- Jean-jean : Vraiment un centre qui mêle plein de choses différentes, qui soit vraiment une base de résistance sur la région. Ce serait intéressant si tous les gens complètement différents, qui parlent tout le temps d’union, de solidarité, d’anarchie et tout, arrivent véritablement à mettre un jour toutes ces idées un peu en adéquation avec ce qu’ils font, et le fassent.

6) Vous avez parlé du
local quand vous présentiez vos activités, alors est-ce que vous voulez préciser ce qui s’y fait, quand…

- Jean-jean : C’est ouvert le samedi après-midi de 15h à 18h, il y a une partie de la distro, il y a souvent le matos du SCALP. Le local c’est surtout un lieu ouvert et qu’on laisse à tout le monde, si quelqu’un veut faire une conférence ou un resto de soutien, je sais pas quoi... Mais après c’est pas parce qu’on est propriétaire que c’est chez nous parce que on a délégué complètement toute gestion du local, on paie juste les factures en gros. Le local c’est un local libertaire : si les libertaires veulent y faire quelque chose, faut qu’ils le fassent, et quoi qu’il arrive on sait que ce local on l’aura toujours.

7) Pour finir, peut-être que vous voulez dire ce qui est prévu pour l’anniversaire ?

- Jean-jean : Un gâteau… Non, on fait un festival aux Tanneries, les 16 et 17 mai. On fait venir des groupes qu’on aime bien. On va faire ça avec des gens qu’on aime bien, parce qu’au fil des temps on a noué plein de contacts et d’amitiés avec des gens d’un peu partout, et on veut faire un festival pour que tous les gens qu’on aime bien se retrouvent aux Tanneries, avec des groupes, des cuisines prix libres, plein de tables de presse d’asso différentes… On veut que ce soit ouvert. C’est un peu l’esprit des festivals libertaires…

Tachone

P.-S. Vous pouvez trouver plein de renseignements sur la distro, les concerts, le label… sur le site de Maloka. Le calendrier des concerts est également disponible sur Brassicanigra.

Bla bla no 6, 28 mars 2008
Lundi 10 mars 2008
Vendredi 29 février 2008
 
À propos du drapeau rouge et noir
«Avez-vous manqué de noir pour vos drapeaux ?»
Entendu à la manif de jeudi.

On nous demande régulièrement, surtout dans les manifs, pourquoi nous portons le drapeau rouge et noir et ce que ça signifie. Ne reculant devant rien pour éduquer les masses (!), Voix de faits vous propose son explication (qui en vaut bien une autre).

Tout le monde (ou presque) sait que le drapeau noir est le symbole par excellence des anarchistes. On le voit encore souvent dans les manifs, alors pourquoi préférer le rouge et noir qui est plus compliqué à fabriquer ? Pour nous distinguer, tout simplement. De nos jours, la référence anarchiste recouvre tout et n’importe quoi et il y a une chance sur deux que nous ayons autant d’affinités politiques avec une personne porteuse d’un drapeau noir qu’avec une autre portant le fleur de lysé (!).

Pour nous, la symbolique du rouge et du noir est intéressante. Le rouge c’est la couleur traditionnelle du mouvement ouvrier (même la FTQ l’utilise), tandis que le noir c’est celle de l’anarchisme. Rouge et noir, ça fait anarcho-communiste. Ceci dit, on n’a rien inventé : la plupart des anarcho-syndicalistes et des communistes libertaires du monde entier utilisent aussi ce drapeau.

Aux origines du drapeau rouge et noir

«Le rouge pour naître à Barcelone
Le noir pour mourir à Paris.»

Léo Ferré, Thank you Satan.

Selon nos camarades d’Alternative libertaire, l’origine du drapeau rouge et noir est contestée. Il serait apparu à différent moments, dans différents lieux. Ainsi, vers 1880, les anti-autoritaires italiens de l’Internationale utilisaient un drapeau rouge bordé de noir. D’autres disent qu’on peut le voir en Ukraine chez les makhnovistes. N’empêche, c’est la CNT espagnole qui l’a popularisé au tournant des années 1930.

Selon le témoignage de Garcia Oliver, c’est le premier mai 1931 que le drapeau rouge et noir fait sa première apparition officielle à Barcelone. Il s’agit d'un nouvel emblème pour une nouvelle génération de militantEs anarcho-syndicalistes qui rejettent à la fois le syndicalisme pur et l’anarchisme philosophique. Concrètement, les jeunes révolutionnaires avait appelé à un meeting à 200 mètres du meeting officiel des syndicalistes traditionnels. Pour attirer l’attention, ils avaient fait confectionner cinq grands drapeaux rouges et noirs montés sur un camion avec une banderole annonçant «Premier Mai, Fête internationale de gymnastique révolutionnaire». Et de la gymnastique, il en eu effectivement avec échange de coups de feu et entrée de force dans le siège de la Generalitat (le gouvernement catalan) pour porter les «conclusions du meeting» à son président, Francesc Macià. Par la suite, le rojinegro devient le symbole incontesté de l’anarchosyndicalisme espagnol. Les images de la révolution de 1936 se chargeront de la diffusion internationale de cet emblème anarchiste.

Au Québec…

Au Québec, sauf exception, le drapeau noir garde la faveur des militantEs même si on voit apparaître de temps en temps un drapeau rouge et noir. Une seule exception : le premier mai 1988. Ce jour là un cortège rouge et noir de 250 militantEs se forme à Montréal et quitte la manifestation syndicale avec fracas (geste expliqué le lendemain dans Le Devoir). Il s’agit de la première (et dernière) action publique d’un nouveau groupe politique : Socialisme & Liberté. Malheureusement, après avoir lancé le journal Rebelles (qui durera bien 12 ans), le groupe se dissout, paradoxalement victime de sa propre popularité (une cinquantaine de personnes ont répondu présent à un appel lancé par une demi-douzaine de militantEs, la bouchée fut trop grosse à avaler et ce fut fatal). Depuis le début des années 2000, ce sont surtout les militantEs de la NEFAC qui remettent le rouge et noir au goût du jour.

Voix de faits, 27 février 2008



Notes sur l’histoire du drapeau rouge et noir

D’où vient le drapeau rouge et noir, emblème du communisme libertaire et de l’anarcho-syndicalisme ? Il semble que les sources soient multiples puisqu’on en relève les premières utilisations, à des époques différentes, en Italie, en France et en Espagne, sans qu’un lien puisse être établi entre ces différentes apparitions. Comme si, en plusieurs occasions, une association instinctive avait été réalisée entre le rouge du mouvement ouvrier, et le noir de l’anarchisme.

Depuis la publication de l’Histoire du drapeau rouge de Maurice Dommanget [
M. Dommanget, Histoire du drapeau rouge, Le Mot et le Reste, Marseille, 2006 (réédition)], on n’ignore à peu près rien de l’histoire d’un emblème qui, apparu longtemps avant la naissance du mouvement ouvrier, en devint le signe de ralliement par excellence, y compris au sein des groupes issus du courant anti-autoritaire de la Première Internationale, qui l’arborent même bien après l’apparition du drapeau noir [Un exemple, parmi d’autres : dans son extraordinaire étude consacrée à La Patagonia rebelde, Osvaldo Bayer note à plusieurs reprises que les ouvriers qui, sous la conduite de militants anarchistes, mènent les grandes grèves de 1921 — qui conduiront au massacre de quelque 1500 travailleurs — portent à la fois le drapeau rouge et le drapeau noir au cours de leurs manifestations. Un an avant et en un autre lieu, le gouverneur du Chaco avait dénoncé dans un rapport adressé au ministère de l’Intérieur «la lâche attaque menée par des anarchistes contre la procession civique du 25 mai». D’après lui, «au passage des dames», les anarchistes avaient crié «Vive le drapeau rouge ! À bas le drapeau argentin !» Cité in La Patagonia rebelde, vol. I, Los bandoleros, Booket, Buenos Aires, 2004 (réédition), p. 267], au début des années 1880. Pour ce dernier, on sait qu’il doit sa popularisation comme emblème du mouvement anarchiste à Louise Michel — la même, pourtant, qui “avait combattu si vaillamment sous les plis de l’étendard communaliste” [Histoire du drapeau rouge, op. cit., p. 206] —, bien que le mérite de son introduction en revienne aux libertaires de Lyon qui, avant la «bonne Louise», revendiquèrent le drapeau des canuts de 1831.

Quant au drapeau rouge et noir, il paraît lié à tel point à l’histoire de la CNT qu’on croit tout naturellement que c’est elle qui, la première, eut l’idée de joindre les deux couleurs sur le même étendard et qu’elle le fit, de surcroît, dès le premier jour de son existence. Cette seconde croyance, fort répandue, est tout à fait fausse. La première est loin d’être vraie.

Première apparition du drapeau rouge et noir

En vérité, la première apparition du drapeau rouge et noir eut lieu en Italie où, dès avant 1880, les membres — bakouninistes — de la section italienne de l’Internationale adjoignirent du noir au rouge adopté en mémoire de la Commune de Paris. Au cours d’une tentative insurrectionnelle menée en avril 1877, les internationalistes italiens [
La section italienne de l’Internationale — à laquelle appartenaient Errico Malatesta et Carlo Cafiero — est connue sous le nom de «banda del Matese» (le Matese est une région de la province de Caserte)] déployèrent un grand drapeau rosso e nero sur la place principale de la ville de Letino. Après leur arrestation, on trouva parmi leur matériel des drapeaux et des cocardes à ces deux couleurs. Un peu plus tard, en mars 1880, les libertaires de Rimini célèbrent l’anniversaire de la Commune de Paris en hissant sur l’Arc de triomphe de la ville ce que Andrea Costa appellera, dans une lettre datée de la même année, «le drapeau rouge et noir de l’Internationale».

Il ne reste plus trace, semble-t-il, de ces premiers drapeaux mais une indication tirée d’un poème de Pietro Gori laisse entendre qu’il devait s’agir, en réalité, d’un drapeau rouge bordé de noir [
Dans le poème «Sogno», rédigé en prison l’année 1890, P. Gori évoque le vieil étendard des internationalistes italiens en parlant de la «bandiera — rossa tra lembi neri {drapeau — rouge entre des bords noirs}». Toutes les indications concernant l’histoire du drapeau rouge et noir en Italie sont tirées du livre Un’altra Italia nelle bandiere dei lavoratori {Une autre Italie dans les drapeaux des travailleurs}, publié par le Centro Studi Piero Gobetti en 1980, un ouvrage qui m’a été signalé par Gianni Carrozza, de la BDIC, que je remercie ici.]. Quant au sens donné à cette dernière couleur, la date très précoce de son introduction montre qu’elle n’a pas été choisie comme signe d’identité anarchiste mais pour la connotation qui s’y attache habituellement dans les civilisations européennes [Pour les internationalistes italiens, le rouge et noir signifie : «Mort aux tyrans et paix aux oppresseurs !» C’est encore ce sens que Louise Michel a en vue quand, à l’occasion d’un banquet tenu le 18 mars 1882 pour fêter anniversaire de la Commune, elle dit ceci : «Plus de drapeau rouge mouillé du sang de nos soldats. J’arborerai le drapeau noir portant le deuil de nos morts et de nos illusions.» (Cité in M. Dommanget, Histoire du drapeau rouge, op. cit., p. 207)]. Une constatation qui oblige à nuancer les affirmations des historiens italiens quant à la naissance du drapeau rouge et noir : bien qu’identiques, les couleurs du drapeau des internationalistes italiens n’ont pas le même sens que celles du drapeau adopté bien plus tard par la CNT. Du reste, une fois constitué le mouvement anarchiste proprement dit, le rosso e nero cède la place au noir, bien que celui-ci apparaisse souvent, en Italie, frangé de rouge et orné d’inscriptions imprimées dans cette même couleur.

Le 1er mai 1931 à Barcelone

En ce qui concerne l’adoption du drapeau rojinegro par la CNT, le témoignage de Juan García Oliver [
El eco de los pasos, Ruedo ibérico, Paris, 1978. Ce témoignage, qui est le seul dont on dispose sur le sujet, ne fut démenti ni au moment de sa parution ni après. Sur cette grande figure de l’anarcho-syndicalisme espagnol, on lira le no 17 du bulletin de critique bibliographique À Contretemps.] la situe non pas à la naissance, en 1910, du syndicat révolutionnaire espagnol ni même au moment de sa «mutation» anarcho-syndicaliste — que García Oliver date du début de 1923, avec la fusion des deux fédérations révolutionnaires de Barcelone, Bandera Roja et Bandera Negra [La première était d’inspiration syndicaliste révolutionnaire, la seconde rassemblait les groupes anarchistes de Barcelone. Ces deux fédérations décident de faire taire leurs désaccords devant la répression qui s’abat sur les militants de la CNT, y compris les plus prestigieux comme Salvador Seguí, assassiné en mars 1923. «Nous ne sommes plus des anarchistes et des syndicalistes qui empruntent des voies opposées, écrit García Oliver. De ahora en adelante, anarcosindicalismo {littéralement : “Désormais, anarcho-syndicalisme”}.» (El eco de los pasos, p. 75) Il est probable que, sans l’instauration, en septembre 1923, de la dictature de Primo de Rivera, la fusion des deux fédérations rivales «Drapeau rouge» et «Drapeau noir» aurait abouti à l’apparition rapide du drapeau rojinegro comme emblème commun aux militants révolutionnaires de Barcelone, syndicalistes et anarchistes.] — mais à la date du 1er mai 1931, soit plus de 20 ans après la fondation de la CNT.

Ce jour-là, pour célébrer la fête du travail et l’avènement du régime républicain, les syndicalistes de la CNT de Barcelone ont prévu de tenir un meeting au Palacio de Bellas Artes, là où eut lieu le congrès constitutif de la CNT. D’autres militants, groupés autour de García Oliver, décident d’organiser leur propre meeting, le même jour et à la même heure, à 200 mètres du premier, afin de réaffirmer la vocation révolutionnaire du syndicalisme contre les «compromissions» des «vieux» dirigeants cénétistes, Ángel Pestaña ou Joan Peiró, avec les chefs républicains. Pour ce faire, ces jeunes militants catalans peuvent compter sur l’appui de quelques «organes d’agitation» — commission des locataires ou des femmes du service domestique — et du syndicat du Bâtiment de Barcelone, animé par des groupes d’affinité adhérents à la FAI.

Afin de marquer les esprits, García Oliver fait confectionner, à l’aide de trente mètres de toile rouge et trente de toile noire, cinq énormes drapeaux rouge et noir dont les hampes ont été commandées à un atelier de charpenterie. Le jour dit, les cinq drapeaux rojinegros — flanqués d’un drapeau totalement noir — sont montés sur un camion garé sur le Paseo del Arco del Triunfo. Les sigles de la CNT et de la FAI y figurent côte à côte, avec les mots suivants : «Premier Mai. Fête internationale de gymnastique révolutionnaire». Attirée par l’apparition du nouvel emblème, qui symbolise la renaissance foudroyante de la CNT après les années de dictature de Primo de Rivera, la foule qui avaient répondu à l’appel de la CNT «officielle» va assurer le succès de l’autre meeting, au cours duquel García Oliver «glose la signification du concept de gymnastique révolutionnaire» et explique «le sens symbolique du rouge et noir du drapeau qui, écrit-il, apparaissait pour la première fois en public» [
El eco de los pasos, op. cit., p. 116. On notera que García Oliver se réfère à la première apparition publique de l’emblème rojinegro, ce qui sous-entend qu’il pourrait avoir eu une histoire souterraine avant mai 1931.].

Une fois les discours terminés, la foule, précédée des drapeaux rojinegros, se dirige vers le siège de la Generalitat afin de porter les «conclusions du meeting» à son président, le séparatiste catalan Francesc Macià. Arrivés là, les manifestants se heurtent aux forces de sécurité. S’ensuit un échange de coups de feu entre celles-ci et une centaine de compañeros qui, «à tout hasard», sont venus au meeting le pistolet passé sous la ceinture. Malgré l’opposition de la police, la commission du meeting parvient à entrer de force dans le bâtiment. Depuis le balcon, García Oliver constate que les compañeritos se sont rendus maîtres de tous les coins de rue qui donnent sur la place. Il leur fait comprendre cependant que, le document ayant été remis à un représentant des autorités, il faut cesser les hostilités. «La commotion fut énorme. […] Les commentaires des journaux et des revues de Barcelone, d’Espagne et du monde entier rendirent compte de l’impression produite par l’apparition de cette nouvelle force appelée “la FAI” par les uns et par d’autres “les anarcho-syndicalistes des drapeaux rouge et noir”» [
El eco de los pasos, op. cit., p. 117]

Succès incontestable, s’il en fut, cette journée du 1er mai 1931 à Barcelone mérite d’être regardée comme un événement historique [
Elle est cependant oubliée dans l’Histoire du Premier Mai de M. Dommanget, également rééditée en 2006 par Le Mot et le Reste, avec une introduction de Charles Jacquier]. Et elle le mérite non seulement parce qu’elle marque la première apparition publique de ce qui deviendra la bannière inséparable de l’anarcho-syndicalisme espagnol mais, plus profondément, à cause de tout ce que suppose l’adoption de cet emblème : l’irruption dans l’arène sociale d’une nouvelle génération qui, sous le sigle de la CNT-FAI [Sur la FAI, on lira le texte de Felipe Orero paru dans le no 25 de À Contretemps sous le titre «Mythe et réalités de la FAI»], va marquer de son empreinte non seulement le mouvement ouvrier espagnol mais, bien au-delà, l’histoire même de la Seconde République.

Miguel Chueca


En France, l’hypothèse narbonnaise

Après l’épisode italien de 1877, avant l’épisode barcelonais de 1931, et sans lien apparent avec eux, il y eut une apparition parisienne du drapeau rouge et noir, en 1919. Le «premier Parti communiste», fondé par le cégétiste libertaire Raymond Péricat en mai 1919, a arboré cet emblème alors inédit en France, si l’on en croit un article de son périodique Le Communiste, daté du 8 août 1920. Dans son ouvrage A History of French Anarchist Movement, l’historien David Berry explique cette innovation par la volonté, qui animait cet éphémère «PC», d’une synthèse du marxisme et de l’anarchisme dans une nouvelle doctrine, le «soviétisme», inspirée par la Révolution russe. L’usage du drapeau rouge et noir disparaîtra dans un premier temps avec ce «PC» qui s’éteint dès mars 1921.

D’après Georges Fontenis, rapportant un témoignage de Louis Estève — ayant lui-même appartenu, adolescent, au PC de Péricat —, le drapeau rouge et noir serait réapparu en France dès les années 1930, par le biais de la fédération du Languedoc de l’Union anarchiste.

L’UA arborait le classique drapeau noir, mais comptait en son sein une remuante tendance «plate-formiste» qui, inspirée par la Révolution russe, souhaitait rompre avec l’anarchisme traditionnel et certains de ses symboles. Or un des bastions du plate-formisme au sein de l’UA était cette fédération du Languedoc, animée principalement depuis la région de Narbonne — depuis la petite ville de Coursan, dans l’Aude, pour être exact — par des gens comme André Daunis et Louis Estève. D’octobre 1931 à juillet 1933, la fédération du Languedoc fut même exclue de l’UA pour son positionnement «déviant». L’important groupe anarchiste de Coursan était composé en majeure partie d’ouvriers agricoles, dont un certain nombre d’Espagnols. L’hypothèse la plus plausible est que c’est sous leur influence, et durant la période où elle a été autonome, que la fédération du Languedoc a commencé à arborer le drapeau rouge et noir.

Après 1945, la Fédération anarchiste utilisait indifféremment le drapeau noir et le drapeau rouge et noir lors de ses apparitions publiques. Mais il est évident que l’adoption de ce dernier a été facilitée par le prestige de la Révolution espagnole et de la CNT en exil. Ainsi dans Le Libertaire du 20 novembre 1947, qui rend compte de son congrès d’Angers, on peut lire : «Une grande banderole rouge et noir : “IIIe congrès de la Fédération anarchiste” barre l’imposant édifice du Grand Cercle» où se tiennent les séances. Quant à la CNT française, constituée en décembre 1946 sur le modèle ibérique, elle en prend également l’emblème.

Lors du congrès de mai 1953, où elle fit siennes les thèses plate-formistes, la FA adoptera pour unique emblème le drapeau rouge et noir (titre 5 de sa déclaration de principes). Elle le conservera lorsqu’elle se rebaptisera Fédération communiste libertaire quelques mois plus tard. La FA reconstituée la même année sur des bases synthésistes réaffirmera, en toute logique, le drapeau noir.

Guillaume Davranche

Alternative libertaire no 159, février 2007
Jeudi 21 février 2008
Mercredi 20 février 2008
Interview avec Nestor Mc Nab, de la FdCA

Alternative libertaire : Peux-tu exposer brièvement ce qu’est la FdCA aujourd’hui ?

Nestor : La Fédération des Communistes Anarchistes a fêté ses vingt ans d
existence en 2006, elle est donc lorganisation politique anarcho-communiste la plus durable de lhistoire italienne. Elle a des militant(e)s et des sections dans onze régions différentes et même en Suisse et au Portugal et elle est dans une phase de croissance numérique constante. Cependant, en raison de la nature de lorganisation, qui pratique une unité politique ferme des militant(e)s, ladhésion de nouveaux militant(e)s est un processus bien plus long que pour les organisations qui accueillent quiconque se définit anarchiste.

AL : Dans quel contexte politique êtes-vous amenés à militer actuellement ? En quoi le gouvernement Prodi est-il en rupture ou dans la continuité de celui de Berlusconi ? [
Cet interview a été réalisé en décembre 2007, avant la démission de Romano Prodi de son poste de premier ministre]

Nestor : Actuellement, la situation politique institutionnelle est fortement influencée par les vicissitudes des deux principaux regroupements politiques qui sont dans une phase de réorganisation. Au sein de la coalition gouvernementale, sont nées deux nouvelles forces politiques : le Parti Démocratique (essentiellement constitué des deux principaux partis de la coalition, les Démocrates de Gauche et Démocratie et Liberté) et une nouvelle force de «gauche radicale» d
importance beaucoup plus limitée, mais potentiellement plus combative [Elle se nomme «La Gauche-LArc-en-ciel» et rassemble les Verts, Refondation Communiste, Parti des Communistes Italiens et Gauche Démocratique. Elle a tenue une assemblée générale, mais ne fonctionne pas encore comme un parti.]. Dautre part, dans les rangs dune opposition toujours plus désorganisée, Berlusconi essaye de fonder un Parti du Peuple qui laisse froid lAlliance Nationale [Parti «post-fasciste» créé en 1995 par la majorité du parti fasciste historique, le Mouvement Social Italien-Droite Nationale. Il a participé à la majorité gouvernementale de Berlusconi de 2001 à 2006.] et les partenaires démocrates chrétiens, petits partis qui risquent de disparaître en même temps que les petits partis de gauche. Car, si le projet de loi électorale passe, cela se traduira par lexclusion du parlement de nombreux petits partis. Mais le gouvernement Prodi poursuit les politiques néo-libérales du précédent gouvernement Berlusconi. Il est vrai que quelques lois ont été supprimées, par exemple concernant la législation sur la précarité, la formation et sur limmigration, mais lorientation générale est restée intacte. Et dans le champ social, il semble parfois vouloir se montrer plus à droite que la droite.

AL : Quels sont les principaux effets des politiques européennes sur les choix du gouvernement ? Et question connexe : les privatisations et la casse sociale galopantes, préfiguration de ce qui se met en place en France, rencontrent-elles des résistances ?

Nestor : Les politiques sécuritaires qui affligent l
Europe se sont également répandues en Italie, largement aidées par l'instrumentalisation des médias qui suscitent la peur parmi les habitants du pays. Lennemi islamique, trop lointain pour être utile comme menace quotidienne réelle, est remplacée par le «péril roumain», même si la majorité des tueurs sont des Italiens, fils, maris, pères et que les tueries «en famille» occupent en permanence les unes de la presse et les journaux télévisés. La peur est toujours plus forte. Une autre politique européenne qui influence les choix gouvernementaux italiens concerne la réalisation de corridors, ces voies de communications qui doivent/devront traverser lItalie depuis le Portugal jusquà lest et du nord de lEurope jusquà la Méditerranée. Enfin la libéralisation des services va dans le sens de leur privatisation, réduisant toujours plus lespace public collectif. Cest une question qui désormais concerne chaque secteur, des transports à la santé, de la sécurité sociale à lassistance publique et à lécole. Les formes de contestation que lon rencontre le plus souvent sont de caractère corporatif. Cest le cas des mouvements de protestation contre la libéralisation chez les taxis, les pharmaciens, les chauffeurs routiers, les notaires, etc. Par contre, en ce qui concerne les privatisations des services les ripostes de base sont beaucoup plus faibles, malgré une perception générale de malaise et une pauvreté croissante et, parfois, de la rage.

AL : Quelle est la situation des organisations syndicales ? En particulier des syndicats de base ?

Nestor : La CGIL est ancrée au gouvernement de centre-gauche. Toutefois, à l
intérieur le syndicat de la métallurgie et de la mécanique (FIOM) et le réseau du 28 avril [Le Réseau du 28 avril est un groupe oppositionnel organisé au sein de la CGIL. Il a été fondé officiellement en octobre. Des militant(e)s de la FdCA membres de la CGIL y participent. Il défend la démocratie et l’indépendance syndicale. Le secrétaire de la FIOM est également à sa tête.] constituent un espoir et une contradiction avec les politiques de partenariat du plus grand syndicat italien. Les syndicats de base sont maintenant accablés par un manque stratégique de projet, ils narrivent pas à se donner ni une forme de coordination, ni une plate-forme qui aille au-delà de la convocation dune grève générale dun jour ou deux. Cest trop peu pour constituer une alternative. Par contre dans quelques zones du pays ou dans quelques catégories ou secteurs, la situation est différente et les syndicats de base ont une influence certaine.

AL : Revenons à l
immigration : vous avez récemment publié un communiqué sur la xénophobie croissante en Italie, symptôme et paravent à la fois de la crise et de la casse sociale que traverse le pays. Existe-t-il aujourdhui une mobilisation des immigré(e)s, avec ou sans papiers, face à la stigmatisation (et la répression) dont ils sont lobjet ?

Nestor : Ce n’est pas chose facile que de contrecarrer l
influence massive des médias dominants sur une question telle que le rôle de bouc émissaire de létranger, coupable de tous les mots de la société. Je dirai même que cest impossible au moment dune «panique médiatique». Il ny a donc aucun mouvement organisé de contestation. La xénophobie doit être combattue dans la vie quotidienne et notre tâche doit être de sensibiliser aux problèmes des migrant(e)s et aux causes réelles des maux qui nous accablent.

AL : Quelles sont les luttes les plus dynamiques portées par le mouvement social ?

Nestor : Les mouvements d
opposition extra-parlementaire sont nombreux en Italie, de dimensions variables et ils sintéressent à différentes questions. Peut-être que celui qui a la plus grande importance aujourdhui est le mouvement antimilitariste, surtout engagé dans la lutte contre lexpansion de la base étatsunienne de laéroport de Dal Molin à Vicence. Ce mouvement est un bel exemple de résistance sociale à la militarisation du territoire et de démocratie directe. Il caractérise cette partie du pays qui nentend pas se soumettre à des décisions qui font des territoires les instruments du profit et dune politique de grands travaux comportant des effets dévastateurs sur les plans écologique et social. Cest donc un aspect dune réalité plus vaste, faite de nombreux comités locaux, qui aujourdhui en partant du Val de Suse contre le TAV [Projet de train à grande vitesse entre Lyon et Turin nécessitant de gros travaux, dont plusieurs dizaines de kilomètres de tunnels. Cette ligne est un élément du «corridor no 5» qui reliera transversalement l’Europe de l’est depuis Kiev avec plusieurs grandes villes d’Europe occidentale, dont Gênes, Marseille, Barcelone et Lisbonne.], en passant par la Vénétie contre le Mose [Un projet d’infrastructure destiné à protéger Venise des inondations coûtant plus de 6 milliards d’euros et dont l’efficacité est sujette à caution] et à travers tant dautres luttes de défense de lenvironnement et de la santé publique. Il est important de nous assurer que ces luttes sont liées aux autres questions sociales comme la baisse du pouvoir dachat des salariés avec pour conséquence laugmentation de lendettement et la perte dautonomie financière des travailleurs et de leurs familles. Lurgence dans le logement, la dégradation environnementale, la casse des territoires provoquée par les privatisations, le militarisme, le saccage des sols et des ressources publiques modifient profondément les rapports entre temps de vie et usage du territoire, entre autonomie salariale des travailleurs, des citadins, de la population et la possibilité daccéder à des biens collectifs et aux services, toujours plus privatisés, monétisés et soustraits au contrôle social collectif. Loffensive du capitalisme qui est facilitée par limpréparation et lopportunisme de la gauche institutionnelle, déchirée entre sa crise didentité et les choix de gestion pro-gouvernementaux, est partiellement contrebalancée par des mouvements qui partant de problématiques locales arrivent à agréger des alliances significatives, acquérant parfois une valeur nationale.

AL : Pour la FdCA plus précisément, quelles sont les priorités à l
ordre du jour ?

Nestor : Les militant(e)s de la FdCA sont comme toujours immergés dans les luttes syndicales en qualité de membres de leur organisation syndicale, promouvant toujours l’unité de classe, la conflictualité et la démocratie dans les syndicats. En dehors du syndicalisme, nos militant(e)s participent à divers comités et mouvements locaux sur le lieu où ils/elles résidents, s
occupant de lutte écologique, antifasciste, antimilitariste, antiraciste, ainsi quau niveau national dans quelques cas. Comme la laïcité où nous tentons de contrecarrer lingérence croissante de léglise catholique dans la vie publique italienne, partie intégrale (et intégriste) de lattaque de la droite contre les valeurs laïques et antifascistes du pays. Il est nécessaire de reprendre avec plus de vigueur la lutte de classe, faire en sorte que les inégalités diminuent, que la solidarité entre femmes et hommes quelle que soit leur nationalité reprenne avec force, rappelant à lattention de tous les limites de cette société dans laquelle grandit toujours plus la richesse de quelques-uns et lexploitation du plus grand nombre et où la violence contre les femmes est une constante. Il faut retrouver lautonomie de classe et un projet libertaire, lunique alternative à la barbarie fratricide dans laquelle le capitalisme cherche à nous entraîner usant des armes de la division, y compris ethnique, de la répression, des bombardements médiatiques. Dans ce contexte lintervention des militant(e)s de la FdCA doit contribuer à identifier et à amplifier les caractéristiques anticapitalistes et de classe qui souvent sont seulement implicites dans la plupart des luttes ; contribuer à garantir lhorizontalité et une praxis libertaire correcte, dans la contestation des logiques de lobby et de délégation qui finissent par créer de nouveaux leaderships ; et chercher toujours à pousser vers la fédération des luttes, des structures auto-organisées et des mouvements. Enfin, en ce qui concerne nos rapports avec le mouvement anarcho-communiste du reste du monde, la FdCA soutient activement le projet Anarkismo.net et cherche à maintenir des rapports bilatéraux avec nos organisations sœurs. Travailler en direction d’une vision commune et une des tâches les plus importantes des anarcho-communistes. Le capital, toujours plus globalisé, est combattu également par un mouvement globalisé et les organisations anarcho-communistes doivent toujours échanger entre elles, leurs expériences et leurs analyses, de telle sorte qu’on se dirige vers une stratégie commune dans les luttes globalisées. C’est la tâche principale, selon nous, du projet Anarkismo.net.

Nestor McNab est membre du Secrétariat aux relations internationales de la FdCA et il est délégué au collectif éditorial de Anarkismo.net

Propos recueillis fin décembre 2007 par Hervé et Corinne
Traduits de l’Italien par Hervé, Alternative libertaire
Mardi 29 janvier 2008
Les élections législatives ont, sans surprise, reconduit la majorité pro-Poutine… À côté de cette mascarade, l’organisation communiste libertaire Action autonome s’implique dans de nombreuses luttes : syndicalisme, logement, antifascisme, luttes LGBT…

Aux élections législatives russes, Russie unie, le parti de Poutine, l’a emporté par la peur, la fraude et le lavage de cerveaux. La Douma — le parlement russe — est monocolore même si elle compte quatre partis [La Russie évolue aujourd’hui dans un système partisan dit «de Dresde», en référence au régime de la RDA où le SED tolérait à ses côtés d’autres partis croupions (CDU et SPD de RDA), présents sur ses listes mais jamais dissonants par rapport aux orientations du parti-État est-allemand] : Russie unie sera majoritaire avec à ses côtés Russie juste (sa version de gauche), le Parti communiste de la Fédération de Russie, bien dressé dans un rôle de lobby des retraités, et le parti libéral-démocrate de Jirinovski dont la seule fonction est de canaliser le ressentiment d’extrême droite au bénéfice du pouvoir.

Putain, 20 ans !

Les Russes ne sont pas dupes de la mascarade électorale qui se joue devant eux, et beaucoup sourient aux contorsions de Poutine, qui rechigne à modifier la Constitution pour ne pas prêter le flanc aux critiques du monde occidental mais envisage sérieusement de devenir le Premier ministre de son pantin Zoubkov, en attendant de le remplacer pour raisons de santé. Un tel scénario l’autoriserait à présenter de nouveau sa candidature en 2012 et 2016. Un bail de 20 ans au Kremlin !

L’opposition réelle est dans la rue

Si le système politique semble bien verrouillé après huit ans de règne de Poutine, il se passe bien des choses en dehors des sentiers battus par les formations partisanes autorisées. Du côté libertaire en particulier, on trouve des raisons d’espérer. Le paysage libertaire russe est aujourd’hui principalement dominé par trois organisations : l’Association des mouvements anarchistes (ADA), créée en juin 1990 et repliée sur les fondamentaux anarchistes, Action autonome (AD), fondée en janvier 2002 et se revendiquant du communisme libertaire, et la Confédération sibérienne du travail (SKT), active depuis 1995 et caractérisée par ses références à l’anarcho-syndicalisme et son implantation régionale. AD compte plusieurs centaines de personnes implantées dans une vingtaine de villes russes, une organisation-sœur en Biélorussie et des liaisons en Ukraine et dans le Caucase. Elle édite un périodique central (Avtonom) et un journal régional (Situatsia). Action autonome autogère, en partenariat avec plusieurs autres groupes d’extrême gauche, une bibliothèque sur Moscou, baptisée du nom de Victor Serge dont on fêtait le soixantième anniversaire de la mort en novembre de cette année.

AD sur tous les fronts

Action autonome intervient simultanément sur de multiples fronts [Voir l’article «Entre repression étatique et capitalisme sauvage», paru dans Alternative libertaire no 164, été 2007]. Le fascisme rampant du régime poutinien se double d’un activisme violent de groupes d’extrême droite que le pouvoir laisse faire, quand il ne les encourage pas. Plusieurs dizaines de militants de gauche, d’étudiantes étrangères ou de Caucasiens ont payé de leur vie ce déferlement de violence. La lutte antifasciste est donc au cœur de l’activité d’AD, qui doit faire face à la nécessité de protéger ses militants et miliantes. AD pilote aussi l’opposition aux JO de Sotchi en 2014. Ses membres, souvent jeunes salariés, sont par ailleurs à l’animation des luttes syndicales dans les secteurs où elles et ils sont présents. Ils sont très actifs également dans les luttes LGBT (lesbiennes, gaies, bi et trans) et étaient en première ligne lors de la dernière gay-pride, interdite par la mairie de Moscou. L’organisation est enfin très en pointe sur les luttes liées au logement ; la résistance aux promoteurs immobiliers prend parfois des formes spectaculaires comme à Joulebino ou Boutovo, quartiers de la grande périphérie de Moscou, où les habitants et les habitantes refusent de plier, les armes à la main. Des formes d’auto-organisation et de résistance qui ont tendance à se diffuser en Russie, Moscou la totalitaire ayant du mal à conserver sous son emprise un «huitième des terres émergées».

Pierre Chamechaude, AL Paris Nord
Alternative libertaire no 168, décembre 2007
Vendredi 28 décembre 2007
Les récents mouvements sociaux ont permis de s’apercevoir une nouvelle fois à quel point les médias dominants, drappés dans leur prétendue «objectivité», couvrent les évènements de façon bien parcellaire. Ce constat a hâté la volonté de quelques personnes de lancer un site Internet d’informations dissidentes sur Dijon et ses alentours : brassicanigra.org.

Brassica nigra ou «moutarde noire», comme la plante aux graines si piquantes. S’y mêlent brèves, récits et analyses ainsi qu’un agenda des rendez-vous militants dijonnais.

Le site ne s’inscrit pas dans le réseau Indymedia, même s’il s’en inspire par bien des aspects. Afin d’assurer une plus grande clarté dans les informations présentés, le choix a été fait de constituer une équipe éditoriale prête à sélectionner, retravailler, fusionner, découper les articles proposés. Toutefois, brassicanigra.org est une plateforme de publication ouverte à diverses expressions dissidentes, paroles en lutte, récits d’actions, d’initiatives, rédigés directement par les parties prenantes des évènements évoqués. Privilégiant ce qu’on ne lit pas ailleurs dans l’optique de créer un «contre-pouvoir médiatique», la modération se fera d’après des critères politiques : pas de contenus à visées électoralistes, à but lucratif, à connotation sexiste, raciste, homophobe ou autrement discriminatoire, ou plus largement de défense des politiques antisociales en vigueur.

Proche de l’esprit et des personnes impliquées dans le journal indépendant dijonnais Blabla, vous y trouverez l’intégralité des articles des numéros parus à ce jour. Dans l’autre sens, l’équipe de Blabla n’hésitera pas à publier sur papier des articles en provenance de brassicanigra.org afin de leur assurer une diffusion plus large.

Ce projet démarre tout juste et la peinture n’est pas encore tout à fait sèche. Néanmoins, vous pouvez d’ores et déjà l’ajouter à vos favoris, en parler autour de vous et proposer vos articles et évènements !
Jeudi 27 décembre 2007
Dans une Russie en proie, d’une part, à une répression étatique qui n’a rien à envier à celle de l’Union soviétique et, d’autre part, à un capitalisme déchainé qui plonge la majorité dans la misère, des groupes d’activistes et de libertaires luttent contre le racisme, le fascisme, la guerre en Tchétchénie, contre le sexisme.

Le 2 juin 1962, il y a tout juste 45 ans, 23 ouvriers d’une usine de Novotcherkassk payaient de leur vie leur contestation d’une décision du pouvoir central. Trois jours durant, ils et elles lui ont tenu tête, occupant leur usine pour signifier au pouvoir leur refus d’une série de mesures d’austérité.

Près d’un demi siècle plus tard, le quotidien des militants et militantes libertaires post-soviétiques tient front simultanément aux attributs d’un État totalitaire et aux effets d’un capitalisme destructeur des dernières solidarités.

Le règne de la terreur

À la chute de l’Union soviétique, l’espoir de liberté n’aura pas vécu bien longtemps. Dès 1993, avec l’écrasement d’un parlement rebelle et surtout en 1994, avec le déclenchement de la première guerre en Tchétchénie, l’état de guerre permanent et la violence institutionnalisée sont les deux piliers du régime. Le FSB (ex-KGB) et ses satellites, entrent en scène à intervalles réguliers, pour rappeler au peuple cette triste réalité. Ainsi chaque nouvelle période électorale de l’ère poutininenne est-elle l’occasion de faire exploser quelques bombes : plusieurs centaines de vies humaines ont été sacrifiées lors des deux dernières élections présidentielles en 2000 et 2004. Beaucoup de Russes sont conscients que derrière ces actes terroristes, on retrouve la main de l’État et de ses services spéciaux, toujours prompts à désigner l’ennemi (tchétchènes, cinquième colonne pro-occidentale). Mais aucune force politique [
Le parti communiste rouge brun s’accommode fort bien des relents soviétiques de Poutine et l’opposition dite démocrate ne fait que rêver d’une révolution orange à la russe, financée par l’Occident], en dehors du courant révolutionnaire et libertaire, n’est porteuse d’une alternative au pouvoir en place.

Un paysage social dévasté

Le caractère lib
erticide du régime russe se double d’une offensive anti-sociale sans équivalent dans le monde. Celle-ci a conduit une majorité de russes à subir, au cours des années 90, une effroyable dégradation de leurs conditions d’existence : perte d’emploi et de raison d’être, ravages de l’alcoolisme, chute dramatique de l’espérance de vie [Avec 59 ans d’espérance de vie pour les hommes en 2005 contre 64 ans dans les années 60 (cet indice est même tombé à 57 ans à la fin des années 90). Source Goskomstat], destruction des systèmes publics d’éducation et de santé. La privatisation des entreprises opérée en 1992/1993 par les ultra-libéraux alors aux commandes, fut présentée sous le vocable de populaire. Elle l’était effectivement puisque la propriété industrielle fut, dans un premier temps, intégralement distribuée aux travailleurs et travailleuses sous la forme de millions de «vouchers» (des titres de propriété). Du jour au lendemain, de grands trusts industriels soviétiques devenaient en quelque sorte des coopératives ouvrières dont les seuls travailleurs et travailleuses détenaient la propriété. Mais en l’absence totale de culture de l’autogestion d’une part, dans un contexte d’inflation galopante d’autre part, générée par la libéralisation des prix [Près de 1200% d’inflation en 1992, 900% en 1993], la reconcentration du capital s’est faite très rapidement. Des fonds d’investissement autorisés par l’État, faisant la part belle à l’ancienne direction du parti et de la jeunesse communiste (le Komsomol), se sont chargés de racheter les vouchers d’une population au bord de la famine. En quelques mois, la propriété industrielle a changé de mains pour une bouchée de pain, créant au passage la caste d’oligarques qui défraie, aujourd’hui, la chronique.

Noire et rouge Russie

C’est dans ce contexte que le mouvement libertaire russe s’est reconstruit. Rappelons la part importante que les anarchistes et communistes libertaires ont pris dans les dernières années de l’Union soviétique et les premiers mois de la transition : de nombreux militants et militantes libertaires étaient alors à l’animation des luttes, notamment sociales et environnementales. Aujourd’hui, les luttes les plus importantes se tissent autour de la question du logement. La plupart des Russes sont propriétaires du fait d’une «privatisation» automatique des appartements au bénéfice de leurs occupants en 1992-1993. Après une quinzaine d’années de capitalisme, les maîtres de la Russie ne tolèrent plus cette unique concession faite au petit peuple qui se voit aujourd’hui massivement chassé des centres villes, pour le plus grand profit des promoteurs immobiliers. Les luttes antifascistes, l’organisation de la défense contre les crimes racistes et politiques [
Depuis 2000, une dizaine d’étrangers (notamment des étudiants africains, latino-américains ou des résidents d’origine caucasienne), de même qu’une dizaine de militants politiques anarchistes et d’extrême gauche ont été assassinés (Nikolai Guirenko en 2004, Timour Katcharava en 2005, Alexandre Roukhin en 2006, Stanislav Korepanov en 2007…)], les luttes LGBT et anti-guerre en Tchétchénie captent également une part importante de l’activité militante. La principale organisation libertaire actuelle, «Avotonom», est en pointe sur toutes ces luttes et anime un comité contre l’organisation des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi en 2010, dans un contexte de répression permanente mais paradoxale : le pouvoir ne tolère aucune forme d’opposition surtout lorsqu’elle s’affiche révolutionnaire, mais son bras armé policier, fortement corrompu, laisse parfois une marge de manœuvre aux militants et militantes radicaux, qu’il estime non solvables. Sera-t-elle suffisante pour rallumer l’étincelle de 1962 ?

Pierre Chamechaude, AL Paris Nord-Est
À voix autre, 24 décembre 2007
Mercredi 26 décembre 2007
À quelques semaines des élections en Russie, No Pasaran a rencontré deux militantes antifascistes russes : Maria Rozalskaya, de Moscou, participe au Centre Sova, qui recense quotidiennement dans la presse russe (y compris sur Internet) les indicateurs de l’activité d’extrême droite ; Mina Sodman, de Saint-Pétersbourg, participe au journal antifasciste Antifascistji Motiv, successeur de Tum Balalaïka, partie prenante depuis une dizaine d’années du Réseau antifasciste international Antifanet auquel participe également le réseau No Pasaran. Aujourd’hui nous connaissons le résultat des élections avec la victoire de Poutine et l’écrasement du camp démocrate, la solidarité n’en est que plus urgente.

- Quelle est exactement la tâche que s’est fixée le Centre Sova ?

À partir d’un examen rigoureux de tout ce qui est publié en Russie, aussi bien dans la presse traditionnelle et officielle, mais aussi sur Internet via les blogs et autres sites, le Centre Sova s’efforce d’élaborer des statistiques au sujet des crimes racistes et idéologiques perpétrés par l’extrême droite russe. Ainsi, pour l’année 2007, nous avons recensé 53 morts, soit à peu près un mort par semaine. Il faut préciser à cet égard qu’il s’agit uniquement des cadavres trouvés par la police, autrement dit, ce qu’on sait. On sait qu’il faut multiplier ce chiffre macabre par quatre, pour avoir une idée exacte de la violence à caractère raciste et néo-nazie qui existe en Russie. Nous avons également dénombré 472 blessés, ce qui équivaut donc à plus d’une victime de tabassage à caractère raciste ou perpétré pour des motifs d’extrême droite dans tout le pays par jour.

Les chiffres concernant les néo-nazis violents, c’est-à-dire ceux qui sont susceptibles de passer à l’acte dans la rue, sont un peu plus difficiles à établir : néanmoins nous sommes parvenus à dénombrer entre 50.000 et 70.000 militants actifs sur toute la Russie. Bien entendu, il faut différencier entre ceux qui arpentent les rues, crient des slogans d’extrême droite et font surtout de la provocation, et qui, s’ils sentent l’impunité, pourraient se lancer dans l’action violente, et les néo-nazis qui passent concrètement à l’acte.

Des sondages effectués tous les ans sont assez parlants à cet égard, même s’ils sont à prendre avec prudence. Lorsqu’on demande à un échantillon de la population ce qu’ils pensent du slogan «La Russie aux Russes», les réponses les plus fréquemment citées sont «Oui, d’accord, mais je ne sais pas comment», «Oui, d’accord, mais avec des limites», «Oui, d’accord, mais ça dépend du contexte», «Oui, d’accord, et sans conditions». En somme, 55% des réponses collectées commencent par un «oui». Le même sondage a été effectué au sein de la police russe, et les réponses montrant une adhésion à ce slogan nationaliste ont été beaucoup moins nombreuses ; ce phénomène s’explique peut-être par le fait que les policiers savent ce que ce slogan signifie en termes de cadavres.

Au sein de la population russe, les deux tranches d’âge qui montrent une adhésion à une idéologie nationaliste sont d’une part les 60-70 ans, qui constituaient la base du Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF), qui sont aussi violemment antisémites, et d’autre part les jeunes, qui sont plus violents.

- Quels sont les modes d’apparition publics de l’extrême droite russe ?

Le 4 novembre a lieu tous les ans la Marche russe, qui rassemble les nationalistes «de toutes les couleurs». À cette occasion, les langues se délient, et d’aucuns ont pu entendre dans la rue ou dans le bus des discussions au sujet des marchés russes (dont les vendeurs sont majoritairement des ressortissants des anciennes républiques du Sud de l’Union soviétique comme le Caucase et l’Asie centrale) : des passants se félicitaient ainsi de la fermeture des marchés, disant que les skinheads avaient fait le sale boulot, mais qu’enfin le résultat était là. À quelqu’un qui leur disait que de tels propos étaient honteux, que leurs grands-pères s’étaient battus contre les nazis, les gens sont tombés des nues, ne voyant pas le rapport.

Les violences d’extrême droite qui ont lieu quotidiennement sont le mode d’apparition le plus fréquent de cette extrême droite très brutale : les motivations racistes et nationalistes sont parfois difficiles à démêler, témoignant d’un fouillis idéologique qui prévaut en Russie. Ainsi, un jeune homme dont les vêtements ressemblaient à ceux de la scène punk a été assassiné «par erreur» par deux skinheads à Izhevsk. En règle générale, ceux qui ont une apparence non-slave sont prix pris pour cible par les militants d’extrême droite : ainsi, un Iakoute a été assassiné alors que les Iakoutes sont un des peuples autochtones de la Russie. Sur les blogs néo-nazis, on pouvait lire après ce triste événement que les Iakoutes ressemblaient décidément trop à des Chinois.

- Existe-t-il des groupes néo-nazis déclarés, officiels ?

En Russie, il y a des partis politiques enregistrés, et d’autres qui ne le sont pas. Néanmoins, même ceux qui sont enregistrés sont en minorité totale car ils ne recueillent pas assez de voix pour se maintenir à la Douma (cf. les réformes électorales de Poutine). À côté des masses de skinheads plus ou moins organisés, qui sont d’ailleurs l’objet des convoitises des partis d’extrême droite qui, à grand renfort de camps d’été paramilitaires, essaient de les intégrer à leurs rangs, il y a deux grands pôles dans l’extrême droite russe : les nationaux-socialistes, et la droite raciste plus modérée, telle Rodina («Patrie», en russe), qui n’existe plus aujourd’hui, mais qui était présidé par Rogozin, le représentant de la Russie au Conseil de l’Europe et s’est illustré à la fin de l’année 2005 par un spot électoral télévisé particulièrement raciste. On y voyait des Tadjiks et des Kirghizes en train de manger du melon dans la rue et jeter les écorces par terre, et le slogan était : «Prenons exemple sur la France, débarrassons-nous de l’ordure». [
Le spot était diffusé après la mort de Ziad et Bouna à Clichy-sous-Bois : les événements ont fait l’objet de l’attention des médias russes.]

- Quelles sont les composantes idéologiques de l’extrême droite russe ?

Une idée importante est celle du complot juif international, que véhiculent les Protocoles des Sages de Sion, ou que résument assez bien les lettres ZOG [
Zionist Occupied Government, gouvernement d’occupation sioniste], un autre grand classique des organisations néo-nazies depuis des dizaines d’années. L’autre pan idéologique consiste en une rhétorique sociale raciste : pour l’extrême droite, les Africains et les Roms sont des trafiquants de drogue tandis que les autres immigrés prennent le travail des Russes. Pour beaucoup se mêle à ce discours une rhétorique anti-étatique : les agressions racistes ont ainsi pour objectif non seulement de terroriser et de faire partir les étrangers, mais aussi de maintenir une certaine pression sur l’État, en attendant mieux…

Quoi qu’il en soit, il n’y a pas d’unité de l’extrême droite russe : tous les petits groupes se tirent dans les pattes, surtout quand un groupe semble prendre plus d’importance que les autres.

- Et les communistes dans tout ça ?

Le Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF) est dirigé par Guennadi Ziouganov, et il revendique son héritage avec le PCUS d’avant 1989 : il se caractérise par son antisémitisme et son racisme envers les immigrés. C’est un très grand parti d’opposition, présent au Parlement, et qui a paradoxalement proposé au vote (comme on leur a dit de le faire) la loi anti-extrémiste, censée permettre la lutte contre les groupes néo-nazis mais qui réprime actuellement toute opposition à Poutine.

Il existe par ailleurs des petits groupes trotskistes et communistes (comme Jeunesse rouge), qui correspondent un peu plus à l’idée d’une gauche comme on