Vendredi 28 décembre 2007
Les récents mouvements sociaux ont permis de s’apercevoir une nouvelle fois à quel point les médias dominants, drappés dans leur prétendue «objectivité», couvrent
les évènements de façon bien parcellaire. Ce constat a hâté la volonté de quelques personnes de lancer un site Internet d’informations dissidentes sur Dijon et ses alentours : brassicanigra.org.
Brassica nigra ou «moutarde noire», comme la plante aux graines si piquantes. S’y mêlent brèves, récits et analyses ainsi qu’un agenda
des rendez-vous militants dijonnais.
Le site ne s’inscrit pas dans le réseau Indymedia, même s’il s’en inspire par bien des aspects. Afin d’assurer une plus grande clarté dans les
informations présentés, le choix a été fait de constituer une équipe éditoriale prête à sélectionner, retravailler, fusionner, découper les articles proposés. Toutefois, brassicanigra.org est une plateforme de publication ouverte à diverses expressions dissidentes, paroles en lutte, récits d’actions, d’initiatives, rédigés
directement par les parties prenantes des évènements évoqués. Privilégiant ce qu’on ne lit pas ailleurs dans l’optique de créer un «contre-pouvoir médiatique», la modération se fera d’après des
critères politiques : pas de contenus à visées électoralistes, à but lucratif, à connotation sexiste, raciste, homophobe ou autrement discriminatoire, ou plus largement de défense des politiques
antisociales en vigueur.
Proche de l’esprit et des personnes impliquées dans le journal indépendant dijonnais Blabla, vous y trouverez l’intégralité des
articles des numéros parus à ce jour. Dans l’autre sens, l’équipe de Blabla n’hésitera pas à publier sur papier des articles en
provenance de brassicanigra.org afin de leur assurer une diffusion plus large.
Ce projet démarre tout juste et la peinture n’est pas encore tout à fait sèche. Néanmoins, vous pouvez d’ores et déjà l’ajouter à vos favoris, en parler autour de vous et proposer vos articles et
évènements !
Mercredi 26 décembre 2007
À quelques semaines des élections en Russie, No Pasaran a rencontré deux militantes antifascistes
russes : Maria Rozalskaya, de Moscou, participe au Centre Sova, qui recense quotidiennement dans la presse russe (y compris sur Internet) les
indicateurs de l’activité d’extrême droite ; Mina Sodman, de Saint-Pétersbourg, participe au journal antifasciste Antifascistji Motiv,
successeur de Tum Balalaïka, partie prenante depuis une dizaine d’années du Réseau antifasciste international Antifanet auquel participe également le réseau No Pasaran. Aujourd’hui nous connaissons le résultat des élections avec la victoire de Poutine et
l’écrasement du camp démocrate, la solidarité n’en est que plus urgente.
Quelle est
exactement la tâche que s’est fixée le Centre Sova ?
À partir d’un examen rigoureux de tout ce qui est publié en Russie, aussi bien dans la presse traditionnelle et officielle, mais aussi sur Internet via les blogs et autres sites, le Centre Sova
s’efforce d’élaborer des statistiques au sujet des crimes racistes et idéologiques perpétrés par l’extrême droite russe. Ainsi, pour l’année 2007, nous avons recensé 53 morts, soit à peu près un
mort par semaine. Il faut préciser à cet égard qu’il s’agit uniquement des cadavres trouvés par la police, autrement dit, ce qu’on sait. On sait qu’il faut multiplier ce chiffre macabre par
quatre, pour avoir une idée exacte de la violence à caractère raciste et néo-nazie qui existe en Russie. Nous avons également dénombré 472 blessés, ce qui équivaut donc à plus d’une victime de
tabassage à caractère raciste ou perpétré pour des motifs d’extrême droite dans tout le pays par jour.
Les chiffres concernant les néo-nazis violents, c’est-à-dire ceux qui sont susceptibles de passer à l’acte dans la rue, sont un peu plus difficiles à établir : néanmoins nous sommes parvenus
à dénombrer entre 50.000 et 70.000 militants actifs sur toute la Russie. Bien entendu, il faut différencier entre ceux qui arpentent les rues, crient des slogans d’extrême droite et font surtout
de la provocation, et qui, s’ils sentent l’impunité, pourraient se lancer dans l’action violente, et les néo-nazis qui passent concrètement à l’acte.
Des sondages effectués tous les ans sont assez parlants à cet égard, même s’ils sont à prendre avec prudence. Lorsqu’on demande à un échantillon de la population ce qu’ils pensent du slogan «La
Russie aux Russes», les réponses les plus fréquemment citées sont «Oui, d’accord, mais je ne sais pas comment», «Oui, d’accord, mais avec des limites», «Oui, d’accord, mais ça dépend du
contexte», «Oui, d’accord, et sans conditions». En somme, 55% des réponses collectées commencent par un «oui». Le même sondage a été effectué au sein de la police russe, et les réponses montrant
une adhésion à ce slogan nationaliste ont été beaucoup moins nombreuses ; ce phénomène s’explique peut-être par le fait que les policiers savent ce que ce slogan signifie en termes de
cadavres.
Au sein de la population russe, les deux tranches d’âge qui montrent une adhésion à une idéologie nationaliste sont d’une part les 60-70 ans, qui constituaient la base du Parti Communiste de la
Fédération de Russie (KPRF), qui sont aussi violemment antisémites, et d’autre part les jeunes, qui sont plus violents.
Quels sont les
modes d’apparition publics de l’extrême droite russe ?
Le 4 novembre a lieu tous les ans la Marche russe, qui rassemble les nationalistes «de toutes les couleurs». À cette occasion, les langues
se délient, et d’aucuns ont pu entendre dans la rue ou dans le bus des discussions au sujet des marchés russes (dont les vendeurs sont majoritairement des ressortissants des anciennes républiques
du Sud de l’Union soviétique comme le Caucase et l’Asie centrale) : des passants se félicitaient ainsi de la fermeture des marchés, disant que les skinheads avaient fait le sale boulot, mais
qu’enfin le résultat était là. À quelqu’un qui leur disait que de tels propos étaient honteux, que leurs grands-pères s’étaient battus contre les nazis, les gens sont tombés des nues, ne voyant
pas le rapport.
Les violences d’extrême droite qui ont lieu quotidiennement sont le mode d’apparition le plus fréquent de cette extrême droite très brutale : les motivations racistes et nationalistes sont
parfois difficiles à démêler, témoignant d’un fouillis idéologique qui prévaut en Russie. Ainsi, un jeune homme dont les vêtements ressemblaient à ceux de la scène punk a été assassiné «par
erreur» par deux skinheads à Izhevsk. En règle générale, ceux qui ont une apparence non-slave sont prix pris pour cible par les militants d’extrême droite : ainsi, un Iakoute a été assassiné
alors que les Iakoutes sont un des peuples autochtones de la Russie. Sur les blogs néo-nazis, on pouvait lire après ce triste événement que les Iakoutes ressemblaient décidément trop à des
Chinois.
Existe-t-il des
groupes néo-nazis déclarés, officiels ?
En Russie, il y a des partis politiques enregistrés, et d’autres qui ne le sont pas. Néanmoins, même ceux qui sont enregistrés sont en minorité totale car ils ne recueillent pas assez de voix
pour se maintenir à la Douma (cf. les réformes électorales de Poutine). À côté des masses de skinheads plus ou moins organisés, qui sont d’ailleurs l’objet des convoitises des partis d’extrême
droite qui, à grand renfort de camps d’été paramilitaires, essaient de les intégrer à leurs rangs, il y a deux grands pôles dans l’extrême droite russe : les nationaux-socialistes, et la
droite raciste plus modérée, telle Rodina («Patrie», en russe), qui n’existe plus aujourd’hui, mais qui était présidé par Rogozin, le représentant de la Russie au Conseil de l’Europe et s’est
illustré à la fin de l’année 2005 par un spot électoral télévisé particulièrement raciste. On y voyait des Tadjiks et des Kirghizes en train de manger du melon dans la rue et jeter les écorces
par terre, et le slogan était : «Prenons exemple sur la France, débarrassons-nous de l’ordure». [Le spot était diffusé après la mort de Ziad et Bouna
à Clichy-sous-Bois : les événements ont fait l’objet de l’attention des médias russes.]
Quelles sont
les composantes idéologiques de l’extrême droite russe ?
Une idée importante est celle du complot juif international, que véhiculent les Protocoles des Sages de Sion, ou que résument assez bien les lettres
ZOG [Zionist Occupied Government, gouvernement d’occupation sioniste], un autre grand classique des
organisations néo-nazies depuis des dizaines d’années. L’autre pan idéologique consiste en une rhétorique sociale raciste : pour l’extrême droite, les Africains et les Roms sont des
trafiquants de drogue tandis que les autres immigrés prennent le travail des Russes. Pour beaucoup se mêle à ce discours une rhétorique anti-étatique : les agressions racistes ont ainsi pour
objectif non seulement de terroriser et de faire partir les étrangers, mais aussi de maintenir une certaine pression sur l’État, en attendant mieux…
Quoi qu’il en soit, il n’y a pas d’unité de l’extrême droite russe : tous les petits groupes se tirent dans les pattes, surtout quand un groupe semble prendre plus d’importance que les
autres.
Et les
communistes dans tout ça ?
Le Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF) est dirigé par Guennadi Ziouganov, et il revendique son héritage avec le PCUS d’avant 1989 : il se caractérise par son antisémitisme et
son racisme envers les immigrés. C’est un très grand parti d’opposition, présent au Parlement, et qui a paradoxalement proposé au vote (comme on leur a dit de le faire) la loi anti-extrémiste,
censée permettre la lutte contre les groupes néo-nazis mais qui réprime actuellement toute opposition à Poutine.
Il existe par ailleurs des petits groupes trotskistes et communistes (comme Jeunesse rouge), qui correspondent un peu plus à l’idée d’une gauche comme on