Samedi 1 mars 2008

JÉSUS C’EST OUF (Strip-Tease)
Mercredi 2 janvier 2008
Dans une analyse du discours et de «l’adoubement» du président français au Vatican, Christian Terras, directeur de la revue Golias, estime que «Sarkozy réimplante quelque chose qu’on croyait d’un autre âge». «Même s’il affirme ne pas vouloir remettre en cause 1905, le projet de Sarkozy violera 1905», explique-t-il. Décryptant les emprunts idéologiques à Le Pen et Maurras, il estime que Sarkozy est porteur d’une «vision fondamentaliste et intransigeante du catholicisme dans son rapport au monde».
   
Christian Terras est l’auteur de
Benoît XVI ; le pape intransigeant (2005), L’opus Dei, une église dans l’église (2006), Le retour des intégristes (2007) aux éditions Golias. Il dirige le site golias.fr et l’hebdomadaire Golias, dont un numéro consacré au discours de Sarkozy au Vatican doit paraitre jeudi 3 janvier.

undefinedDans le prochain numéro de Golias, vous analysez la visite de Nicolas Sarkozy au Vatican. Vous l’avez intitulé «Le sermon du Chanoine Sarkozy : catholique et français toujours?»…

«“Catholique et français toujours” c’est une vieille rengaine qu’on reprenait dans les églises autrefois. La marque, proprement ahurissante, du discours de Nicolas Sarkozy, c’est de ne pas parler au nom de tous les français, mais à partir d’une vision catholique très traditionnelle qu’il assume comme la sienne et celle de l’État français. Dans ce discours à l’Église, il ne tient aucun compte des apports spirituels, humanistes, culturels non seulement des religions non catholiques, mais des religions chrétiennes — comme la réforme —, sans parler des agnostiques et des athées. Il estime du reste que l’aspiration spirituelle qui est en tout homme ne trouve sa réalisation que dans la religion. C’est donc d’entrée de jeu un parti pris, sur la base d’une sensibilité, d’une vision catholique que l’on peut qualifier de traditionaliste qu’il présente comme celle de la France. Il met aussi gravement en cause l’exercice laïc de la fonction présidentielle puisqu’il identifie son engagement politique à une vocation sacerdotale. Pour parfaire son identification personnelle aux ministres de droit divin, il est allé jusqu’à dire «sachez que nous avons au moins une chose en commun, c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié on l’est dans toutes les dimensions de sa vie, croyez bien qu’on n’est pas Président de la République à moitié, je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi même, je sais ce que j’ai fait pour réaliser à la mienne». C’est à mes yeux incroyable. La réalisation de sa mission politique, les sacrifices personnels qu’il évoquait durant la campagne électorale, sont dans le droit fil d’une vocation sacerdotale.

On a beaucoup remarqué les signes donnés au Vatican — le baise main au pape, l’allusion au baptême de Clovis…

Il donne des signes de ce qu’on appelait autrefois la chrétienté. Il s’est mis au passage à l’égal du Pape. Quand il dit «comme Benoît XVI je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique religieux spirituel de son histoire commet un crime», ou encore «je partage l’avis du pape quand il considère que l’espérance est une des questions les plus importantes de notre temps»… Non content d’être le premier personnage de la France, il se met à égalité avec le premier personnage de l’Église catholique romaine. Ca va très loin puisqu’il se permet de souffrir avec ceux qui ont souffert ou qui souffrent encore des lois de la séparation de l’Église et de l’État, dont il est théoriquement le gardien ! Il dit «je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoqué en France chez les catholiques, les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905»… Dans une espèce d’exhortation urbi et orbi, il va aller jusqu’à pâtir avec les séminaristes du séminaire français comme jamais il ne l’a fait avec aucun sans papier ou autre insignifiant du pays. Il dit aux séminaristes «Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement ou la solitude. Je sais aussi que la qualité de votre formation, la fidélité au sacrement, la lecture de la Bible et de la prière vous permettent de surmonter ces épreuves»…

C’est le premier chef d’État français qui prend cette position…

Absolument. Dans la tradition radicale socialiste, Chirac qui était un président de droite restait frappé du bon sens de la culture traditionnelle laïque française. Même de Gaulle qui était un catholique très pratiquant ne s’était jamais risqué avec les autorités pontificales romaines ou autres autorités hexagonales à un tel mélange de genre. Jamais. De Gaulle refusait de communier par exemple parce qu’il incarnait la France dans toutes ses composantes et qu’il ne pouvait pas donner un signe ostentatoire d’adhésion à une philosophie, à un credo, fusse-t-il catholique, à la nation. Il le faisait en privé. Alors que Sarkozy s’exhibe. Tout en revendiquant, dans le même discours, «la liberté ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires». Il fait allusion à l’islam et au voile islamique. Mais on pourrait se poser des questions sur ses pratiques ostentatoires présidentielles et sa vision sur la religion. Le sommet, c’est la concurrence entre l’instituteur et le curé. Je cite : «dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et la charisme d’un engagement porté par l’espérance». C’est inimaginable d’entendre ça dans la bouche d’un président de la République. Les enseignants, les pédagos de la laïque, engagés dans les écoles difficiles par exemple dans la banlieue où ils donnent de leur vie, de leur temps, de leur exigence familiale, vont apprécier. C’est un discours qu’il n’a pas écrit. Pas plus qu’Henri Guaino. D’après notre enquête, c’est un dominicain qui s’appelle Philippe Verlin. Il pose une vision fondamentaliste et intransigeante du catholicisme dans son rapport au monde. Au final, Nicolas Sarkozy nous en fait une religion à l’américaine. Les communautés avant la citoyenneté, au risque de favoriser le communautarisme.

Est-ce que ce positionnement est lisible dans le parcours de Sarkozy?

Sarkozy n’est pas un intellectuel, c’est un pragmatique. Et sur la question religieuse, il en est à la religion de son enfance. Il n’y a pas d’évolution dans son intelligence de la foi par rapport à ce qu’on lui a transmis quand il était jeune. Il a sa propre géopolitique religieuse. Pour lui une société qui n’est pas référencée dans le sens ultime du christianisme et du catholicisme, c’est une société qui court à sa perte. Dans son livre sur la religion l’espérance et la République, c’est idéologiquement chevillé au cœur, c’est la conviction que la République ne peut pas avoir un sens ultime pour la cohésion sociale.

L’incursion de la religion en politique évoque beaucoup l’utilisation du catholicisme par Le Pen dans ses meetings…

Sans faire référence au Décalogue, c’est la même chose. C’est Le Pen en plus soft. Mais cela rappelle historiquement Charles Maurras. Maurras ne croyait pas, mais il trouvait dans l’Église catholique le système parachevé qui pouvait permettre à un État de trouver le sens de sa destinée sur terre, par rapport aux missions de Dieu, pour que les responsables politiques puissent vivre en bonne intelligence. Pour moi, Sarkozy emprunte au système maurassien. De l’utilité du système ecclésiastique pour cimenter la cohésion sociale. Je vous donne, je vous délègue, je décentralise la question du sens et cela me permet de gérer les affaires en fonction de mon programme politique. Cela veut dire aussi j’abdique ce que la République en elle même porte comme sens. La dangerosité de ce discours, c’est quelque chose qui est passé complètement sous silence pendant la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy ne pouvait engager un débat sur la laïcité au moment des élections : cela mettait le feu aux poudres. Il ne peut le faire qu’en le distillant. C’est sa conception de la laïcité. Même s’il affirme ne pas vouloir remettre en cause 1905, le projet de Sarkozy violera 1905. C’est la première fois sous la cinquième République qu’un Président de la République écrit au pape — qui l’avait félicité pour son élection —, une lettre de quatre pages pour lui donner son programme politique à la lumière de l’éclairage de l’Église et du sens spirituel. D’habitude les présidents font dix lignes.

Au sein du RPR ou de l’UMP, le discours religieux n’avait aucune place jusqu’à présent…

Sarkozy réimplante quelque chose qu’on croyait d’un autre âge. C’est sa propre vision des choses mais c’est aussi l’aspiration d’un certain nombre de catholiques de droite. Même dans un journal comme La Croix, qui conserve un certain pluralisme, on n’a pas trouvé une critique, ni même l’écho d’une critique du discours de Sarkozy. Parce que dans l’Église catholique, ce discours porte. Il scelle une espèce de pacte avec les catholiques français de droite. Sarkozy met le curseur sur la religion majoritaire. Il leur promet ses faveurs. Et bien sûr, il attend un retour d’ascenseur. Il leur parle de «participer à la pacification» de l’hexagone. Il leur dit «Je vous soutiendrais pour participer au débat et à la mise en œuvre des lois sur la bio-éthique». Et il espère un soutien pour «son grand dessein de la Méditerranée» qui rencontre l’intérêt du Saint Siège par exemple. Rien n’est gratuit. Ce n’est pas uniquement convictionnel. C’est aussi pour obtenir des cathos une alliance et une mobilisation sur les sujets sensibles. Dans certains sites cathos, non pas intégristes mais traditionalistes, Nicolas Sarkozy est présenté comme le personnage providentiel dont la France chrétienne avait besoin. À travers ce discours au Latran, il est perçu comme celui qui sur le plan sociétal et civilisationnel, va faire se rencontrer la République et l’Église. On n’est pas dans la théocratie, mais je crains qu’on ne s’oriente à terme à une remise en cause inquiétante de la laïcité française.

Quelle importance accordaient les autres présidents français au titre de chanoine de Latran?

L’insignifiance totale pour les précédents. Par contre, avec l’accueil du cardinal Vicaire de Rome Camillo Ruini à la basilique de Latran, Nicolas Sarkozy s’est glissé dans le lit du corps ecclésiastique. Comme chanoine de Saint-Jean-de-Latran, il a même remercié le cardinal Ruini de le recevoir en son chapitre — c’est la communauté des chanoines, le chapitre. En son chapitre ! Il prend possession de Saint-Jean-de-Latran, compte tenu de ce que ce rite désuet lui donne symboliquement comme fonction. Mais de ce rite désuet et symbolique, il en tire un argument politique. Monseigneur Ruini, je vous reçois chez moi à Latran. Et chez moi, à Saint-Jean-de-Latran, je vais vous parler, au sein de mon chapitre, et je vais vous donner mon programme, sur les rapports entre la religion, la politique et l’espérance. Et ça c’est très fort, parce qu’il politise un symbole. Par cette solennité, cette prise de possession des lieux, il en a fait un adoubement. Avec Sarkozy, on a un président qui est missionné presque mystiquement aujourd’hui. La réaction des cardinaux présents montraient qu’il était adoubé pour être pour le Vatican l’un des grands hommes d’État de la planète qui portera les valeurs du catholicisme. Cet adoubement là n’a jamais eu lieu avec les autres présidents de la République.

Propos recueillis par Karl Laske
Contre-Journal, 1er janvier 2008
Mardi 25 décembre 2007
La conduite de l’anarchiste envers l’homme d’Église est tracée d’avance. Aussi longtemps que les prêtres, moines et tous les détenteurs d’un pouvoir prétendu divin seront constitués en ligue de domination, il faut les combattre sans répit de toute l’énergie de sa volonté et de toutes les ressources de son intelligence et de sa force. D’ailleurs, cette lutte acharnée ne doit empêcher nullement que nous gardions le respect personnel et toute la sympathie humaine pour chaque individu chrétien, bouddhiste ou fétichiste dès que sa puissance d’attaque et de domination aura été rompue. Nous commencerons par nous affranchir, puis nous travaillerons à l’affranchissement du ci-devant adversaire.

undefined Ce que nous avons à craindre de l’Église ou des églises est clairement enseigné par l’histoire. À cet égard, toute méprise, toute confusion sont impossibles. Nous sommes haïs, exécrés, maudits : on nous voue non seulement aux supplices de l’enfer — ce qui n’a pas de sens pour nous — mais on nous signale à la vindicte des lois temporelles, à la vengeance spéciale des rois, des geôliers et des bourreaux, même à l’ingéniosité des tortureurs que la Sainte Inquisition, toujours vivante, entretient dans les cachots. Le langage officiel des papes, fulminé dans leurs bulles récentes, dirige expressément la campagne contre les «novateurs insensés et diaboliques, les orgueilleux disciples d’une science prétendue, les gens en délire qui vantent la liberté de conscience, les corrupteurs de toutes choses sacrées, les odieux corrupteurs de la jeunesse, les ouvriers de crime et d’iniquité». Ces maudits, ces anathèmes, ce sont, en premier lieu, ceux qui se disent hommes de révolution, anarchistes ou libertaires.

C’est bien ! Il est juste, il est légitime que des gens se disant et se croyant même sacrés pour exercer la domination absolue sur le genre humain, s’imaginent qu’ils sont les possesseurs des clefs du ciel et de l’enfer, concentrent toute la force de leur haine contre les réprouvés qui contestent leurs droits au pouvoir et condamnent toutes les manifestations de ce pouvoir : «Exterminez ! Exterminez !» telle est la devise de l’Église, comme aux temps de Saint Dominique et d’Innocent III.

À l’intransigeance catholique, nous opposons égale intransigeance, mais en hommes et en hommes nourris de la science contemporaine, non en thaumaturges et en bourreaux. Nous repoussons absolument la doctrine catholique, de même que celle de toutes les religions connexes, amies ou ennemies ; nous combattons leurs institutions et leurs œuvres ; nous travaillons à détruire les effets de tous leurs actes. Mais cela sans haine de leurs personnes, car nous n’ignorons point que tous les hommes sont déterminés par le milieu dans lequel leurs mères les ont bercés et la société les a nourris ; nous savons qu’une autre éducation, des circonstances moins favorables auraient pu nous abêtir aussi, et ce que nous cherchons par dessus tout, c’est précisément de faire naître pour eux — s’il en est encore temps — et pour toutes les générations à venir, des conditions nouvelles qui guériront enfin les hommes de la «folie de la croix» et autres hallucinations religieuses.

Nous ne songeons point à nous venger quand viendra le jour où nous serons les plus forts : les échafauds et les bûchers n’y suffiraient point, tant les Églises ont massacré d’infidèles au nom de leurs dieux respectifs, tant l’Église chrétienne tout spécialement a fait de victimes pendant quinze cent années de domination. La vengeance n’est point dans nos principes, car la haine appelle la haine et nous avons hâte d’entrer dans une ère nouvelle de paix sociale. Le ferme propos que voulons réaliser n’est point d’employer «les boyaux du dernier prêtre à tordre le cou du dernier roi !», mais de faire en sorte que ni prêtres ni rois ne puissent naître dans l’atmosphère purifiée de notre société nouvelle.

Logiquement, notre œuvre révolutionnaire contre l’Église commence par être destructive avant qu’elle puisse devenir constructive, bien que les deux phases de l’action soient interdépendantes et s’accomplissent en même temps, mais sous divers aspects, suivant les différents milieux. Certes, nous savons que la force est inapplicable pour détruire les croyances sincères, les naïves et béates illusions ; nous ne chercherons point à entrer dans les consciences pour en expulser les troubles et les rêves, mais nous pouvons travailler de toutes nos énergies à écarter du fonctionnement social tout ce qui ne s’accorde pas avec des vérités scientifiques reconnues ; nous pouvons combattre incessamment l’erreur de tous ceux qui prétendent avoir trouvé en dehors de l’humanité et du monde un point d’appui divin, permettant à des castes parasites de se grimer en intermédiaires dévotieux entre le créateur fictif et ses créatures.

Puisque la crainte et l’épouvante furent de tout temps les mobiles qui asservirent les hommes — ainsi que rois, prêtres, magiciens et pédagogues l’ont eux-mêmes répété sous tant de formes diverses — combattons incessamment cette terreur des dieux et de leurs interprètes par l’étude et par l’exposition de la sereine clarté des choses. Faisons la chasse à tous les mensonges que les bénéficiaires de l’antique sottise théologique ont répandus dans l’enseignement, dans les livres, dans les arts. Et n’oublions pas d’enrayer le vil paiement des impôts directs que le clergé nous extorque, d’arrêter la construction des chapelles, des reposoirs, des églises, des croix, des statues votives et autres laideurs qui déshonorent nos villes et nos campagnes. Tarissons la source de ces millions qui, de toutes parts, affluent vers le grand mendiant de Rome et vers les sous-mendiants innombrables de ses congrégations. Enfin, par la propagande de chaque jour, enlevons aux prêtres les enfants qu’on leur donne à baptiser, les garçons et les filles qu’ils «confirment dans la foi» par l’ingestion d’une hostie, les jeunes gens qu’ils prétendent conjoindre, les malheureux qu’ils souillent en faisant naître le péché dans leur âme par la confession, les mourants qu’ils terrorisent encore au dernier moment de la vie. Déchristianisons le peuple !

Mais les écoles, même celles qui se disent laïques, christianisent leurs élèves, c’est-à-dire toute la génération pensante, nous est-il répondu. Et ces écoles comment les fermerons-nous, puisque nous trouvons devant elles des pères de famille revendiquant la «liberté» de l’éducation choisie par eux ? À nous qui parlons sans cesse de liberté et qui ne comprenons l’individu digne de ce nom que dans la plénitude de sa fière indépendance, voici qu’on oppose aussi la «liberté» ! Si ce mot répondait à une idée juste, nous n’aurions qu’à nous incliner en tout respect afin de rester fidèles à nous-mêmes ; mais cette liberté du père de famille est-elle autre chose que le rapt, l’appropriation pure et simple d’un enfant qui devrait s’appartenir et que l’on remet à l’Église ou à l’État, pour qu’ils le déforment à souhait ? N’est-ce pas une liberté semblable à celle du manufacturier qui dispose de centaines ou de milliers de «bras» et qui les emploie comme il veut à concasser des métaux ou à croiser des fils ; une liberté comme celle du général qui fait manœuvrer à sa guise des «unités tactiques» de «baïonnettes» et de «sabres» ?

Le père, héritier convaincu du pater familias romain, dispose également de ses fils et de ses filles, pour les tuer moralement ou, pis encore, pour les avilir. De ces deux individus, le père et l’enfant, virtuellement égaux à nos yeux, c’est le plus faible que nous avons à soutenir de notre force ; c’est de lui que nous avons à nous déclarer solidaires, lui que nous tâcherons de défendre contre tous ceux qui lui font tort, fût-ce le père même ou celui qui se dit tel, fût-ce la mère qui le porta dans son sein ! Si, par une loi spéciale qu’imposa l’opinion publique, l’État refuse au père de famille le droit de condamner son fils à l’ignorance, nous qui sommes de cœur avec la génération nouvelle, nous mettrons tout en œuvre, et sans lois, par la ligue de nos volontés, pour protéger la jeunesse contre une éducation mauvaise. Que l’enfant soit frappé, battu, torturé par des parents, qu’il soit même doucement empoisonné de gâteaux, de confitures ou de mensonges, ou bien qu’il soit catéchisé, dépravé par des frères ignorantins, qu’il apprenne chez les jésuites une histoire perfide, une fausse morale faite de bassesse et de cruauté, le crime nous semble être le même et nous le combattrons avec énergie, toujours âprement, solidaires de l’être auquel on a fait tort.

Certes, aussi longtemps que la famille se maintiendra sous sa forme monarchique, modèle des États qui nous gouvernent, l’exercice de notre volonté ferme d’intervention envers l’enfant contre les parents et les prêtres restera d’un accomplissement difficile ; mais ce n’en est pas moins dans ce sens que doit se porter tout notre effort. Être le défenseur de la justice ou le complice du crime, il n’y a point de milieu.

En cette matière se pose encore, comme dans toutes les autres questions sociales, le grand problème qui se discute entre Tolstoï et les autres anarchistes, celui de la non-résistance ou de la résistance au mal. Pour notre part nous sommes d’avis que l’offensé qui ne résiste pas livre d’avance les humbles et les pauvres aux oppresseurs et aux riches. Résistons sans haine, sans esprit de rancune ni de vengeance, avec toute la douceur sereine du philosophe qui se possède et reproduit exactement sa pensée profonde et son vouloir intime en chacun de ses actes, mais résistons ! L’école actuelle, qu’elle soit dirigée par le prêtre religieux ou par le prêtre laïque est nettement, absolument dirigée contre les hommes libres, autant que le serait une épée ou plutôt des millions d’épées, car il s’agit de dresser contre les novateurs les enfants de la génération nouvelle. Nous comprenons l’école comme la société «sans Dieu ni maître» et nous considérons par conséquences comme des lieux funestes tous ces antres où l’on enseigne l’obéissance à Dieu et surtout à ses représentants, les maîtres de toute espèce, pères et moines, rois et fonctionnaires, symboles et lois. Nous réprouvons autant les écoles où l’on enseigne les prétendus devoirs civiques — c’est-à-dire l’accomplissement des ordres d’en haut et la haine des peuples étrangers — que les écoles où l’on enjoint aux enfants de n’être plus que «des bâtons dans les mains des prêtres». Nous savons qu’elles sont également mauvaises, et quand nous aurons la force, nous fermerons les unes et les autres comme les casernes et les lupanars.

Vaine menace, dira-t-on avec ironie. Vous n’êtes pas les plus forts, et nous commandons encore aux rois et aux militaires, aux magistrats et aux bourreaux. Oui, cela semble vrai ; mais tout cet appareil de répression ne nous effraie point, car c’est aussi une grande force d’avoir la vérité pour alliée et de répandre la lumière devant soi. L’histoire se déroule en notre faveur, car si la science a «fait faillite» pour nos adversaires, elle est restée notre guide et notre soutien. La différence essentielle entre les suppôts de l’Église et ses ennemis, entre les asservis et les hommes libres, c’est que les premiers, privés d’initiative propre, n’existant que par la masse, non par la valeur individuelle, s’affaiblissent peu à peu et meurent, tandis que le renouveau de la vie se fait en nous par l’agissement spontané des forces anarchiques. Notre société naissante d’hommes libres, qui cherche péniblement à se dégager de la chrysalide bourgeoise, ne pourrait avoir aucune espérance de triompher un jour, elle ne pourrait même pas naître, si elle avait devant elle de vrais hommes avec un vouloir et une énergie propres, mais l’immense armée de dévots et des dévotes, flétrie par le prosternement et l’obéissance, reste condamnée à l’ataxie intellectuelle. Quelle que soit, au point de vue spécial de son métier, de son art ou de sa profession, la valeur du catholique croyant et pratiquant, quelles que soient aussi ses qualités d’homme, il n’est au point de vue de la pensée qu’une matière amorphe et sans consistance, puisqu’il a complaisamment abdiqué son jugement et par l’aveugle foi, s’est placé lui-même en dehors de l’humanité qui raisonne.

Toutefois l’armée des catholiques a pour elle la puissance de la routine, le fonctionnement de toutes les survivances, continuant d’agir en vertu de la force d’inertie. Spontanément, les genoux de millions d’individus fléchissent devant le prêtre resplendissant d’or et de soie ; c’est portée par une série de mouvements réflexes que la foule s’amasse dans les nefs aux jours de fêtes patronales ; elle célèbre la Noël et la Pâques parce que les générations antérieures ont célébré ces fêtes. L’image de la Vierge Marie et celle du Bambin sacré restent gravées dans les imaginations ; le sceptique vénère sans savoir pourquoi le morceau de cuivre ou d’ivoire taillé en crucifix ; il s’incline en parlant de la «morale de l’Évangile», et quand il montre les étoiles à son fils, il ne manque pas de glorifier le divin horloger. Oui, toutes ces créatures de l’habitude, toutes ces porte-voix de la routine constituent une armée déjà redoutable par sa masse : c’est la matière humaine qui constitue les écrasantes majorités, et dont les cris sans pensée retentissent comme s’ils représentaient une opinion. Qu’importe ! Cette masse elle-même finit par ne plus obéir aux impulsions ataviques : on la voit rapidement devenir indifférente à ce jargon religieux qu’elle ne comprend plus ; elle ne croit plus que le prêtre soit un interprète auprès de Dieu pour remettre les péchés, ni un interprète auprès du diable pour ensorceler les bêtes et les gens ; le paysan, de même que l’ouvrier, n’a plus peur de son curé. Il a quelque idée de la science, sans la connaître encore et en attendant il redevient païen en se confiant vaguement aux forces de la nature.

Certes, la révolution silencieuse qui déchristianise lentement les masses populaires est un événement capital, mais il ne faut pas oublier que les adversaires les plus à craindre, parce qu’ils n’ont aucune sincérité, ne sont pas les pauvres roturiers du peuple, ni surtout les croyants, suicidés de l’esprit, que l’on voit se prosterner dans les chapelles comme séparés par un voile épais du monde réel. Les hypocrites ambitieux qui les mènent et les indifférents qui, sans être catholiques, se sont ralliés officiellement à l’Église, ceux qui font argent de la foi, sont autrement dangereux que les chrétiens. Par un phénomène contradictoire en apparence, l’armée cléricale devient plus nombreuse à mesure que la croyance s’évanouit. C’est que les forces ennemies se massent de part et d’autre. L’Église a groupé derrière elle tous ses complices naturels auxquels il faut des esclaves à commander, rois, militaires, fonctionnaires de tout accabit, voltairiens repentis et jusqu’aux honnêtes pères de famille qui veulent qu’on leur élève des enfants bien sages, stylés, gracieux, polis, de belles manières, se gardant avec prudence de tout ce qui pourrait ressembler à une pensée.

«Que nous racontez-vous là !» dira sans doute quelque politicien que passionne la lutte actuelle entre les congrégations et le «bloc républicain» du Parlement français. «Ne savez-vous pas que l’État et l’Église sont définitivement brouillés, que les crucifix, les images des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie vont être enlevés des écoles et remplacés par de beaux portraits du Président de la République ? Ne savez-vous pas que les enfants sont désormais soigneusement préservés de la lèpre et des superstitions antiques et que des instituteurs civils leur dispenseront une éducation fondée sur la science, débarrassée de tout mensonge, toujours respectueux de la liberté ?» Hélas ! nous savons bien qu’on se dispute là-haut parmi les détenteurs du pouvoir ; nous savons que les gens du clergé, les séculiers et les réguliers sont en désaccord sur la distribution des prébendes et du casuel ; nous savons que la vieille querelle des «investitudes» se continue de siècle en siècle entre le pape et les Etats laïques ; mais cela n’empêchepas que les deux détenteurs de la domination, religieux et politiciens, ne soient au fond d’accord, même dans leurs excommunications réciproques, et qu’ils comprennent de la même manière leur mission divine à l’égard du peuple gouverné. Les uns et les autres donneront aux enfants le même enseignement, celui de l’obéissance. Du moins, parmi ces éducateurs à rebours, les prêtres sont-ils les plus logiques, puisqu’ils prétendent représenter Dieu, le Créateur et Maître Universel. Hier encore, sous la haute protection de la République, ils ont été les maîtres absolus, incontestés.

Tous les éléments de la réaction étaient alors unis sous le même labarum symbolique, le «signe de la Croix» ; il eût été naïf de se laisser tromper par la devise de ce drapeau ; il ne s’agissait plus ici de la foi religieuse, mais de la domination, la croyance intime n’était qu’un prétexte pour la majorité de ceux qui veulent garder le monopole des pouvoirs et des richesses ; pour eux le but unique était d’empêcher à tout prix la réalisation de l’idéal moderne, le pain pour tous, la liberté, le travail et le loisir pour tous. Nos ennemis, quoique se haïssant et se méprisant les uns les autres, avaient dû pourtant se grouper en un seul parti. Isolées, les causes respectives des classes dirigeantes étaient trop pauvres d’arguments, trop illogiques pour qu’elles pussent essayer de se défendre avec succès ; il leur était indispensable de se rattacher à une cause supérieure, à Dieu lui-même, le «principe de toutes choses», le «grand ordonnateur de l’Univers». Ainsi, dans une bataille, les corps de troupes exposés abandonnent les ouvrages extérieurs nouvellement construits pour se masser au centre de la position, dans la citadelle antique accommodée par les ingénieurs à la guerre moderne.

Trop ardents à la curée, les gens d’église ont commis aussi la maladresse, d’ailleurs inévitable, de ne pas évoluer prestement avec le siècle. Encombrés par leur bagage de vieilleries, ils sont restés en route. Ils jargonnent en latin et cela suffit pour qu’ils ne sachent plus parler le français de Paris. Ils ânonnent la théologie de Saint Thomas, mais cet antique verbiage ne leur sert plus à grand chose pour discuter avec les élèves de Berthelot. Sans doute, quelques uns d’entre-eux, surtout les prêtres américains, en lutte avec une jeune société démocratique, soustraite au pouvoir de Rome, ont essayé de rajeunir leurs arguments, refourbi quelque peu leurs vénérables flamberges, mais ces façons nouvelles de contreverse ont été mal vues en haut lieu, et le misonéisme a triomphé : le clergé se tient à l’arrière-garde, avec toute l’affreuse bande des magistrats, des inquisiteurs et des bourreaux. En masse, ils se sont placés derrière les rois, les princes et les riches, et pour les humbles ils ne savent demander que la charité, non la justice, un coin modeste dans le Paradis futur, et non une large et belle place au bon soleil qui nous éclaire aujourd’hui. Quelques enfants perdus du catholicisme ont supplié le pape de se faire socialiste, d’entrer hardiment dans les rangs des niveleurs et des meurt de faim. Oh, que nenni ! Il s’en tient aux millions qu’on appelle le «denier de Saint-Pierre» et à cette «botte de paille» qui est le palais du Vatican.

Quel beau jour pour nous, penseurs libres et révolutionnaires, que celui pendant lequel le pape s’est définitivement enferré dans le dogme de son infaillibilité ! Voilà notre bonhomme saisi comme dans une trappe d’acier ! Il ne faut pas se dédire, se renouveler, vivre en un mot ! Il est ligotté dans les vieux dogmes, obligé de s’en tenir au Syllabus, de maudire la société moderne avec toutes ses découvertes et ses progrès. Il n’est plus désormais qu’un prisonnier volontaire enchaîné sur la rive et nous poursuivant de ses imprécations vaines, tandis que nous cinglons librement sur les flots. Par un de ses sous-ordres, il proclame la «faillite de la science !» Quelle joie pour nous ! C’est le triomphe définitif que l’Église ne veuille plus apprendre ni savoir, qu’elle reste à jamais ignorante, absurde, enfermée dans ce que déjà Saint Paul appelait sa folie !

Mais trop avides, les prêtres et les moines ont manqué de prudence ; chefs de la conspiration, porteurs du mot d’ordre divin, ils ont voulu beaucoup plus que leur part. L’Église, toujours âpre à la rapine, ne manquait pas d’exiger un droit d’entrée de tous ses nouveaux alliés, républicains et autres ; elle exigea des subventions pour toutes ses missions étrangères, elle exigea même la guerre de Chine et le pillage des palais impériaux. C’est ainsi que les richesses du clergé se sont prodigieusement accrues : dans la seule France, les biens ecclésiastiques ont beaucoup plus que doublé dans les vingt dernières années du dix-neuvième siècle ; c’est par milliards que l’on évalue les terres et les maisons qui appartiennent ouvertement aux prêtres et aux moines, mais que de milliards encore ils possèdent sous les noms de vieux messieurs et d’antiques douairières ! Des jacobins se réjouissent presque de voir ces propriétés immenses s’accumuler dans les mêmes mains, espérant que d’un seul coup l’État pourra s’en emparer un jour : remède qui déplacerait la maladie mais ne la guérirait point ! Ces propriétés, produits du vol et du dol, il faut les reprendre pour la communauté puisque jadis elles furent siennes. Elles font partie du grand avoir terrestre appartenant à l’ensemble de l’humanité.

Transportons-nous par l’imagination aux temps à venir de l’irréligion consciente et raisonnée. Quelle sera dans ces conditions nouvelles l’œuvre par excellence des hommes de bonne volonté ? Remplacer les hallucinations par des observations précises, substituer aux illusions du paradis que l’on promettait aux faméliques les réalités d’une vie de justice sociale, de bien-être, de travail rythmé, trouver pour les fidèles de la religion humanitaire un bonheur plus substantiel et plus moral que celui dont les chrétiens se contentent actuellement. Ce qu’il fallait à ceux-ci, c’était de n’avoir point le pénible labeur de penser par eux-mêmes et de chercher en leur propre conscience le mobile de leurs actions ; n’ayant plus de fétiche visible comme nos aïeux sauvages, ils tiennent à posséder un fétiche secret qui panse leurs blessures d’amour-propre, qui les console de leurs chagrins, qui leur rende les heures de maladie moins longues et leur assure même une vie immortelle, exempte de tout souci. Mais tout cela pour eux personnellement : leur religion n’a cure des malheureux qui continuent à leur péril la dure bataille de la vie ; comme les spectateurs de la tempête dont parle Lucrèce, il leur est doux de voir, de la plage, les gestes des naufragés luttant contre les flots. Ils peuvent relire dans les Évangiles cette vilaine parabole de Lazare «couché dans le sein d’Abraham» et refusant de tremper le bout de son doigt dans l’eau pour rafraîchir la langue des mauvais riches (Luc XVI).

Notre idéal de bonheur n’est point cet égoïsme chrétien de l’homme qui se sauve en voyant périr son semblable [
N. de l’É. Allusion à la croyance protestante sur la prédestination individuelle et peut-être aussi au cantique des catholiques : «Je n’ai qu’une âme, qu’il faut sauver».] et qui refuse une goutte d’eau à son ennemi. Nous, les anarchistes qui travaillons à l’émancipation complète de notre individu, collaborons par cela même à la liberté de tous les autres, même à celle du mauvais riche quand nous l’aurons allégé de ses richesses, et nous leur assurons le profit solidaire de chacun de nos efforts. Notre victoire personnelle ne se conçoit point sans qu’elle devienne du même coup une victoire collective ; notre recherche du bonheur ne peut s’imaginer autrement que dans le bonheur de tous : la société anarchiste n’est point un corps de privilégiés, mais une communauté d’égaux, et ce sera pour tous un bonheur très grand dont nous n’avons aujourd’hui aucune idée, de vivre dans un monde où nous ne verrons point d’enfants battus de leurs mères en récitant le catéchisme, point de faméliques demandant un sou, point de prostituées se livrant pour avoir du pain, point d’hommes valides se faisant soldats ou même policiers, parce qu’ils n’ont pas d’autres moyens de gagner leur vie. Réconciliés parce que les intérêts d’argent, de caste, de position, n’en feront pas des ennemis-nés les uns des autres, les hommes pourront étudier ensemble, prendre part, suivant leurs affinités personnelles, aux œuvres collectives de la transformation planétaire, à la rédaction du grand livre des connaissances humaines, en un mot, vivre d’une vie libre, toujours plus ample, puissamment consciente et fraternelle, en échappant ainsi aux hallucinations, à la religiosité et à l’Église. Et par dessus tout, ils pourront travailler directement pour l’avenir en s’occupant des enfants, en jouissant avec eux de la nature, en les guidant avec méthode dans l’étude des sciences, des arts et de la vie.

Les catholiques ont beau s’être emparés officiellement de la société, ils n’en sont point et n’en seront point les maîtres, parce qu’ils ne savent qu’étouffer, comprimer, amoindrir : tout ce qu’est la vie leur échappe. Chez la plupart, la foi même est morte : il ne leur reste plus que la gesticulation pieuse, les prosternements et les ornements, l’égrenage du chapelet, le ronronnement du bréviaire. Les meilleurs parmi les prêtres sont obligés de fuir l’Église pour trouver un asile chez les profanes, c’est-à-dire chez les confesseurs de la foi nouvelle, chez nous, anarchistes et révolutionnaires, qui marchons vers un idéal, et qui travaillons à le réaliser. C’est en dehors de l’Église qui a fait faillite à tous les grands espoirs, que s’accomplit tout ce qui est grand et généreux. Et c’est en dehors d’elle, malgré elle, que les pauvres auxquels les prêtres promettaient ironiquement toutes les richesses du Paradis, conquerront enfin le bien-être de la vie présente : c’est malgré l’Église que se fondera la vraie Commune, la société des hommes libres vers laquelle nous ont acheminés tant de révolutions antérieures contre le prêtre et le roi.

Élisée RECLUS & Georges GUYOU [pseud. de Paul RECLUS],
in le Supplément littéraire des Temps nouveaux, vol. III (no. 19-20), p. 158-161.
Rapport au Congrès ouvrier révolutionnaire international, Paris, 1900.
Vendredi 7 décembre 2007
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Mgr Legrez porte la bonne parole sur le marché

Hier matin, l’évêque de Saint-Claude a distribué l’évangile selon saint Matthieu. Il est allé à la rencontre des personnes dans une démarche d’amitié.

«Il s’agit de l’ami de Jésus Christ, pour moi c’est un ami. J’ai envie de vous le faire connaître», Mgr Jean LEGREZ, évêque de Saint-Claude, a ainsi porté la bonne parole sur le marché de Lons, hier matin.

Accompagné du curé de la paroisse de Lons, Jean VILLET, de quelques paroissiens et du responsable du service d’annonce de la foi, l’évêque a distribué des évangiles selon saint Matthieu. «L’évangélisation est une histoire d’amitié, observait l’homme d’église, on a un regard bienveillant, quand on a des amis, on a envie de les faire connaître. Cette opération est une première et commune aux trois diocèses de franche-Comté : Saint-Claude, Besançon et Belfort-Montbéliard. L’évangile selon saint Matthieu sera tous les dimanches pendant l’année liturgique qui a commencé le dimanche de l’Avent» expliquait Mgr LEGREZ.

Le texte a été donné à tous les paroissiens, dimanche dernier au cours de la messe. Alors pourquoi venir sur le marché ? «Le but est de favoriser la rencontre des personnes avec le Christ»  a argumenté l’évêque. «Le marché est un des lieux où on peut le faire car beaucoup de gens ne vont pas dans les églises.» «La démarche est surprenante» constatait Paul RATEL, Lédonien à la retraite, paroissien. Il était sur le marché avec son épouse. «C’est une démarche innovante, pas courante et qui fait plaisir. On a vu l’annonce dans la presse et on s’est dit qu’on viendrait au marché sans faute pour rencontrer notre évêque.»

undefined«C’est pas sa place sur le marché, parmi les poulets de Bresse et les fromages !» fustigeait cette enseignante retraitée. Elle a donc refusé l’évangile. «C’est pas la place de faire du prosélytisme sur un marché. Parfois on croise aussi les Témoins de Jéhovah, c’est ignoble. Bientôt on ne va plus oser venir sur le marché…»

Samuel PARTHER, 34 ans, a déclaré tout net qu’il est athée. Je n’y crois pas, il n’y a personne là-haut. Déjà petit je ne voulais pas aller au catéchisme car je n’y croyais pas.» Commerçant, il a tout de même pris quelques évangiles pour les donner à ses clients qui l’acceptent. Car chacun «a ses croyances».

Pas facile d’aller à la rencontre de tout un chacun dans les allées du marché. La discussion s’est vraiment instaurée avec les paroissiens, d’ailleurs ravis de le rencontrer. Et il s’est adressé aux commerçants qui ont accepté de recueillir quelques évangiles. À charge pour eux de les redonner ensuite. Car Mgr LEGREZ y tient. «Il faut le redistribuer et le faire connaître, c’est une démarche d’amitié.»

Militantisme croisé (bis)

«Ça sent les élections» observait hier un commerçant sur le marché de Lons. Il commentait en fait la visite de Mgr LEGREZ, évêque de Saint-Claude, qui distribuait des évangiles selon saint Matthieu.

Du monde il y avait donc pour arrêter les gens et engager la discussion. Car au détour d’une allée, l’homme d’église a croisé… le candidat. Christophe PERNY, candidat socialiste aux prochaines municipales à Lons était également présent sur le marché. Il distribuait des tracts pour annoncer une réunion publique qui se déroulera à 20 heures au Centre social mercredi 12 décembre sur «l’habitat et la vie des quartiers».

Les deux hommes se sont salués, ont pris le temps de converser et l’évêque a donné un évangile à l’élu. Qui lui-même avait distribué des tracts aux paroissiens. Le marché est donc le lieu de toutes les rencontres. Et tous les publics s’y côtoient sans forcément exprimer des opinions.

Nathalie BERTHEUX
Le Progrès, 7 décembre 2007
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Lundi 3 décembre 2007
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Ex-voto retrouvés par centaines dans plusieurs églises de Florence le samedi 7 avril 2007, veille de Pâques, provoquant un mini-scandale national et la fermeture d’une église par un curé apeuré le lendemain. Ces jours-là, des compagnons avaient monté une exposition anticléricale dans les rues de la ville. Le texte de l’ex-voto (traduit en italien) est extrait des Rouilles encagées de Benjamin Péret, publié en 1964 sous le pseudonyme de Satyremont.

Cette semaine no 94, automne 2007
Vendredi 13 juillet 2007
undefinedDumnezeu a scapat de judecata
Dosarul in care Dumnezeu a fost dat in judecata de un detinut din penitenciarul timisorean a fost clasat de procurorii de la Parchetul de pe langa Judecatoria Timisoara, deoarece nu a fost gasita adresa invinuitului.
Pavel Mircea, condamnat la 20 de ani de puscarie pentru omor, l-a chemat, in octombrie 2005, in instanta pe Dumnezeu deoarece, contrar „contractului” facut in timpul botezului, nu a fost aparat de rele.
    „Solicit deschiderea actiunii penale impotriva numitului Dumnezeu, domiciliat in cer (…), pentru comiterea infractiunilor prevazute de art. 215 (inselaciune - n.r.), 221 (tainuire - n.r.), 246 (abuz in serviciu contra intereselor persoanelor - n.r.), 256 (primire de foloase necuvenite - n.r.) si 257 (trafic de influenta - n.r.). In fapt, prin botezarea mea la biserica s-a facut un contract cu paratul pentru a-l indeparta pe diavol de mine si a ma feri de necazuri. Pana acum, paratul nu si-a onorat contractul. Dimpotriva, a pretins si primit de la mine in cursul vietii diferite bunuri si rugaciuni, in schimbul iertarii pacatelor”, se arata in plangerea detinutului.
    Dupa ce plangerea a fost inregistrata la Parchet, la mijlocul lui octombrie 2005, solutia pusa de anchetatori a fost aceea de neincepere a urmaririi penale, sub motivatia ca Dumnezeu nu este o persoana reala si nu are domiciliu.
    Din datele de la penitenciar, Pavel Mircea, care si-a executat numai jumatate din pedeapsa, sufera de mai mult timp de afectiuni psihice, necesitand chiar internarea in clinici de specialitate.

Georgeta Petrovici, Evenimentul Zilei, 11 Iulie 2007


Il porte plainte contre Dieu... et perd sa cause
Un Roumain qui avait porté plainte contre Dieu pour «escroquerie» et «abus de confiance», Lui reprochant notamment de ne pas avoir répondu à ses prières, a été débouté de son action par le Parquet de Timisoara, a rapporté mercredi le quotidien Evenimentul Zilei.
Mircea Pavel, 40 ans, qui purge une peine de 20 ans de prison pour meurtre, avait porté plainte contre «le nommé Dieu, domicilié aux cieux et représenté en Roumanie par l’Église orthodoxe», l’accusant d’«escroquerie, abus de confiance, corruption et trafic d’influence».
    «Lors de mon baptême, j’ai conclu un contrat avec l’accusé visant à me délivrer du mal. Or, jusqu’ici, ce dernier n’a pas honoré ce contrat, bien qu’il ait reçu de ma part différents biens et nombreuses prières», a écrit M. Pavel.
    Le Parquet de Timisoara l’a toutefois débouté de sa plainte, estimant que «Dieu n’est pas un sujet de droit et n’a pas d’adresse».

Agence France-Presse, Bucarest, 11 juillet 2007
Lundi 1 janvier 2007
 
«Sois tolérant. Garde fermement ta foi ou ta conviction, mais admets qu’on ait une foi ou une conviction différente. Ne fais rien, ne dis rien qui puisse blesser la croyance d’un autre homme : c’est chose intime de la conscience humaine, si délicate qu’on la froisse en l’effleurant.»
Paul Doumer.

undefinedÀ partir du 10 mai 1931, à Madrid, Cordoue, Séville, Bilbao, Alicante, Malaga, Grenade, Valence, Algésiras, San Roque, La Linea, Cadix, Arcos de la Frontera, Huelva, Badajos, Jeres, Almeria, Murcia, Gijon, Teruel, Santander, La Corogne, Santa-Fé, etc., la foule a incendié les églises, les couvents, les universités religieuses, détruit les statues, les tableaux que ces édifices contenaient, dévasté les bureaux des journaux catholiques, chassé sous les huées les prêtres, les moines, les nonnes qui passent en hâte les frontières. Cent cinq édifices d’abord consumés ne cloront pas ce bilan de feu. Opposant à tous les bûchers jadis dressés par le clergé d’Espagne la grande clarté matérialiste des églises incendiées, les masses sauront trouver dans les trésors de ces églises l’or nécessaire pour s’armer, lutter et transformer la Révolution bourgeoise en Révolution prolétarienne. Pour la restauration de N.-D. del Pilar à Sarragosse par exemple, la souscription publique de vingt-cinq millions de pesetas est déjà à moitié couverte : qu’on réclame cet argent pour les besoins révolutionnaires et qu’on abatte le temple del Pilar où depuis des siècles une vierge sert à exploiter des millions d’hommes ! Une église debout, un prêtre qui peut officier, sont autant de dangers pour l’avenir de la Révolution.

Détruire par tous les moyens la religion, effacer jusqu’aux vestiges de ces monuments de ténèbres où se sont prosternés les hommes, anéantir les symboles qu’un prétexte artistique chercherait vainement à sauver de la grande fureur populaire, disperser la prêtraille et la persécuter dans ses refuges derniers, voilà ce que, dans leur compréhension directe des tâches révolutionnaires, ont entrepris d’elles-mêmes les foules de Madrid, Séville, Alicante, etc. Tout ce qui n’est pas la violence quand il s’agit de la religion, de l’épouvantail Dieu, des parasites de la prière, des professeurs de la résignation, est assimilable à la pactisation avec cette innombrable vermine du christianisme, qui doit être exterminée.

Ce qui fut, des siècles durant, l’auxiliaire et le soutien de leurs Majestés Très-Catholiques est aujourd’hui la proie d’une belle flamme dont on espère bien qu’elle gagnera tous les monastères, toutes les cathédrales d’Espagne et du monde. Déjà l’U.R.S.S., où des centaines d’églises ont été dynamitées, transforme les édifices du culte en clubs ouvriers, en hangars à pommes de terre, en musées antireligieux. La masse révolutionnaire espagnole s’en est prise immédiatement à l’organisation des prêtres qui en tous lieux sont avec la police et l’armée les défenseurs du capitalisme. Mais si le premier soin de la République bourgeoise a été de déclarer que le culte catholique restait religion d’État, sa deuxième tâche est de réduire par la force ceux qui sont résolus à jeter bas tous les édifices sacrés. La démarche du nonce apostolique auprès de M. Alcala Zamora a mis le gouvernement républicain et socialiste aux ordres du Pape. Une justice sommaire conduit déjà devant le peloton d’exécution les communistes coupables d’iconoclastie. Les bourgeois trembleurs maintiendront le clergé dans ses terres parce que le partage des biens ecclésiastiques ne peut être que le signal du partage des biens laïcs. Les bourgeois ont besoin des prêtres pour maintenir la propriété privée et le salariat. Ils ne pourront pas séparer l’Église de l’État. Seul, le terrorisme des masses effectuera cette séparation : le prolétariat armé et organisé fera justice des banquiers, des industriels, cramponnés aux jupons noirs des prêtres. Le front antireligieux est le front essentiel de l’étape actuelle de la Révolution espagnole.

En France, l’amplification de la lutte antireligieuse soutiendra la Révolution espagnole. Athées français, vous ne tolérerez pas qu’au nom d’un droit d’asile absolument fallacieux, la France, malgré la Séparation de l’Église et de l’État proclamée en 1905, permette l’établissement sur son territoire des congrégations qui ont fui l’Espagne révolutionnaire. C’est assez que se soient produites à l’arrivée du roi Alphonse les scandaleuses manifestations de Paris. Vous imposerez, par une agitation qui saura être digne des magnifiques bouquets d’étincelles apparus par-dessus les Pyrénées, le refoulement des religieux vers la frontière où les attendront bientôt les tribunaux de salut public. Vous exigerez du même coup le rapatriement avec leurs confesseurs des bandits royaux qui doivent être jugés par leurs sujets d’hier, leurs victimes de toujours. Vous ferez de vos revendications de solidarité avec les ouvriers et les paysans en armes de l’Espagne une étape de votre lutte pour la prise du pouvoir en France par le prolétariat qui, seul, saura balayer Dieu de la surface de la terre.

Benjamin PÉRET, René CHAR, Yves TANGUY, Aragon, Georges SADOUL, Georges MALKINE, André BRETON, René CREVEL, André THIRION, Paul ÉLUARD, Pierre UNIK, Maxime ALEXANDRE & dix signatures de camarades étrangers
Lundi 6 février 2006
undefinedsaintClaude, 6 février 1906

« Vers 1 heure, l’église fut entourée et assaillie par des
bandes ignobles chantant l’Internationale. Ils ont commencé par casser les vitres de l’évêché, de la cure, du Cercle catholique, de la maîtrise. Dans la cour de la maîtrise, une statue de la Vierge a été enlevée, portée à trois cents mètres de là et précipitée du haut du pont suspendu.

Après une heure au moins de désordres et de violences,
les apaches ont réussi à enfoncer une des portes de la cathédrale. Alors ç’a été une scène indescriptible de pillage et de destruction : les autels, la salle capitulaire ont été saccagés, les ornements sacerdotaux arrachés des armoires et mis en lambeaux ; les chaises, les confessionnaux, les candélabres, les chandeliers, des reliquaires, des statues, des tableaux, etc., jetés dehors et brisés, au milieu de huées, de hurlements et de chants immondes.


Plusieurs Catholiques, des jeunes gens, ont été frappés
et blessés. Cette scène de sauvagerie n’a été arrêtée qu’à 4 heures, par l’arrivée du lieutenant de gendarmerie et de sept ou huit gendarmes, venus sur l’avis de simples particuliers sans en avoir été requis ni par le maire, ni par le sous-préfet, ni par une autorité quelconque.

Les Catholiques, dans leur résistance du matin, ne
s’étaient laissé aller à aucun sévice ni à aucune violence. Le soir, des bandes socialistes parcouraient la ville en hurlant l’Internationale.

Les dégâts causés dans la cathédrale par les bandes révolutionnaires ont été évalués à plus de 50.000 francs. Le soir de ce jour de désordres, la statue de la Vierge du Mont-Chabot a été renversée de son piédestal par les forcenés, au chant de l’Internationale, et plusieurs maisons catholiques ont été l’objet de manifestations hostiles et de menaces. »

Livre d’or de la défense des liberté religieuses, publication diocésaine recensant les résistances aux inventaires de l’Église par l’État en 1906, cité par la Voix du Jura du 8 décembre 2005, puis repris en février 2006 dans le sixième numéro du Jura Libertaire.

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Le Jura Libertaire
Au Coffre-Fortcoffre-fort.JPG
rue de Bonneville
(en face de l’I.M.E.)
F-39200 saintClaude

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