Dimanche 6 septembre 2009
Au feu !
«Sois tolérant. Garde fermement ta foi ou ta conviction, mais admets qu’on ait une foi ou une conviction
différente. Ne fais rien, ne dis rien qui puisse blesser la croyance d’un autre homme : c’est chose intime de la conscience humaine, si délicate qu’on la froisse en
l’effleurant.»
À partir du 10 mai 1931, à
Madrid, Cordoue, Séville, Bilbao, Alicante, Malaga, Grenade, Valence, Algésiras, San Roque, La Linea, Cadix, Arcos de la
Frontera, Huelva, Badajos, Jeres, Almeria, Murcia, Gijon, Teruel, Santander, La Corogne, Santa-Fé, etc., la foule a incendié les églises, les couvents, les universités religieuses, détruit les
statues, les tableaux que ces édifices contenaient, dévasté les bureaux des journaux catholiques, chassé sous les huées les prêtres, les moines, les nonnes qui passent en hâte les frontières.
Cent cinq édifices d’abord consumés ne cloront pas ce bilan de feu. Opposant à tous les bûchers jadis dressés par le clergé d’Espagne la grande clarté matérialiste des églises incendiées, les
masses sauront trouver dans les trésors de ces églises l’or nécessaire pour s’armer, lutter et transformer la Révolution bourgeoise en Révolution prolétarienne. Pour la restauration de N.-D.
del Pilar à Sarragosse par exemple, la souscription publique de vingt-cinq millions de pesetas est déjà à moitié couverte : qu’on réclame cet argent pour les besoins révolutionnaires et
qu’on abatte le temple del Pilar où depuis des siècles une vierge sert à exploiter des millions d’hommes ! Une église debout, un prêtre qui peut officier, sont autant de dangers pour
l’avenir de la Révolution.
Détruire par tous les moyens la religion, effacer jusqu’aux vestiges de ces monuments de ténèbres où se sont prosternés les hommes, anéantir les symboles qu’un prétexte artistique chercherait
vainement à sauver de la grande fureur populaire, disperser la prêtraille et la persécuter dans ses refuges derniers, voilà ce que, dans leur compréhension directe des tâches révolutionnaires,
ont entrepris d’elles-mêmes les foules de Madrid, Séville, Alicante, etc. Tout ce qui n’est pas la violence quand il s’agit de la religion, de l’épouvantail Dieu, des parasites de la prière,
des professeurs de la résignation, est assimilable à la pactisation avec cette innombrable vermine du christianisme, qui doit être exterminée.
Ce qui fut, des siècles durant, l’auxiliaire et le soutien de leurs Majestés Très-Catholiques est aujourd’hui la proie d’une belle flamme dont on espère bien qu’elle gagnera tous les
monastères, toutes les cathédrales d’Espagne et du monde. Déjà l’U.R.S.S., où des centaines d’églises ont été dynamitées, transforme les édifices du culte en clubs ouvriers, en hangars à pommes
de terre, en musées antireligieux. La masse révolutionnaire espagnole s’en est prise immédiatement à l’organisation des prêtres qui en tous lieux sont avec la police et l’armée les défenseurs
du capitalisme. Mais si le premier soin de la République bourgeoise a été de déclarer que le culte catholique restait religion d’État, sa deuxième tâche est de réduire par la force ceux qui
sont résolus à jeter bas tous les édifices sacrés. La démarche du nonce apostolique auprès de M. Alcala Zamora a mis le gouvernement républicain et socialiste aux ordres du Pape. Une
justice sommaire conduit déjà devant le peloton d’exécution les communistes coupables d’iconoclastie. Les bourgeois trembleurs maintiendront le clergé dans ses terres parce que le partage des
biens ecclésiastiques ne peut être que le signal du partage des biens laïcs. Les bourgeois ont besoin des prêtres pour maintenir la propriété privée et le salariat. Ils ne pourront pas séparer
l’Église de l’État. Seul, le terrorisme des masses effectuera cette séparation : le prolétariat armé et organisé fera justice des banquiers, des industriels, cramponnés aux jupons noirs
des prêtres. Le front antireligieux est le front essentiel de l’étape actuelle de la Révolution espagnole.
En France, l’amplification de la lutte antireligieuse soutiendra la Révolution espagnole. Athées français, vous ne tolérerez pas qu’au nom d’un droit d’asile absolument fallacieux, la France,
malgré la Séparation de l’Église et de l’État proclamée en 1905, permette l’établissement sur son territoire des congrégations qui ont fui l’Espagne révolutionnaire. C’est assez que se soient
produites à l’arrivée du roi Alphonse les scandaleuses manifestations de Paris. Vous imposerez, par une agitation qui saura être digne des magnifiques bouquets d’étincelles apparus par-dessus
les Pyrénées, le refoulement des religieux vers la frontière où les attendront bientôt les tribunaux de salut public. Vous exigerez du même coup le rapatriement avec leurs confesseurs des
bandits royaux qui doivent être jugés par leurs sujets d’hier, leurs victimes de toujours. Vous ferez de vos revendications de solidarité avec les ouvriers et les paysans en armes de l’Espagne
une étape de votre lutte pour la prise du pouvoir en France par le prolétariat qui, seul, saura balayer Dieu de la surface de la terre.
Benjamin PÉRET, René CHAR, Yves TANGUY, Louis ARAGON, Georges SADOUL, Georges MALKINE, André BRETON, René CREVEL,
André THIRION, Paul ÉLUARD, Pierre UNIK, Maxime ALEXANDRE & dix signatures de camarades étrangers
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