Répression et solidarité

Jeudi 12 novembre 2009

Non à la répression
des mouvements sociaux !
Relaxe de tous les inculpés
des 10 et 17 octobre à Poitiers !
Abandon des poursuites
et des instructions en cours !

Le 10 octobre dernier à Poitiers, la manifestation organisée dans le cadre d’une Journée anticarcérale contre l’ouverture de la nouvelle prison à Vivonne s’est conclue par des bris de vitrines appartenant à des multinationales de la télécommunication, des banques et des assurances, ainsi que par le gazage du marché Notre-Dame qu’a opéré la police alors que le cortège s'était déjà dispersé. Pendant plus de cinq heures a également eu lieu au «23», lieu culturel et artistique, une répression policière sauvage et gratuite, et cette journée s’est achevée par l’arrestation de 18 personnes servant visiblement de boucs émissaires.

Après quarante-huit heures de garde à vue, huit d’entre elles sont passées en comparution immédiate, et, du fait du battage médiatico-politique autour de ce qui était devenu le «saccage du centre-ville», toutes ont été condamnées à des peines — dont quatre mois de prison ferme pour Patrick, et un mois pour Samuel et Jean-Salvy. De plus, le parquet a fait appel — ce qui ne présage rien de bon pour la suite si rien ne vient infléchir le cours de cette «justice».

Diverses mobilisations ont déjà eu lieu à Poitiers et à Tours : manif du 17 octobre à l’appel du Comité de soutien à Sam et Jean-Salvy (qui s’est soldée par trois nouvelles arrestations) ; manif du 19 et soirée débat-concert du 22 organisées par le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux en soutien à tous les inculpés ; manif du 24 octobre appelée par le Comité de soutien à Sam et Jean-Salvy et rassemblement du 31 octobre appelé par diverses organisations dont le Comité antirépression de Tours, en solidarité avec Patrick…

Ces mobilisations — de même que les nombreuses distributions de tracts ou les pétitions réalisées — ont montré leur utilité, car Samuel et Jean-Salvy ont finalement été remis en liberté en attendant le procès en appel […]. Mais Patrick est resté en prison : le tribunal a considéré que ses garanties de représentation en justice et de non-réitération de son geste étaient insuffisantes.

Libération immédiate de Patrick Dubreucq !

Patrick, alias Patoche, «militant de toutes les bonnes causes» comme il se définit lui-même, a été condamné non seulement à huit mois de prison dont quatre ferme mais, comble du comble, à une obligation de soins psychiatriques et à une amende pour avoir jeté un projectile en direction des forces de l’ordre sans que personne n’ait été blessé. Ce projectile serait une pile (au moins atomique !) qui aurait atteint par ricochet un commissaire — lequel a obtenu des dommages et intérêts de 800 euros.

Parce qu’il vit de minima sociaux, parce qu’il fait partie des «exclus», Patrick ne pourrait être libéré… Alors qu’à 50 ans passés il n’a jamais été condamné, il est présenté comme susceptible de réitérer un acte dit «violent», mais exceptionnel, en direction des forces de police. Affirmer qu’il est dangereux pour l’ordre public est une sinistre farce — mais bien dans la logique d’un pouvoir qui réprime particulièrement cette partie de nos concitoyens.

Se révolter contre cette société pourrie est ainsi une maladie mentale, et la psychiatrie la cinquième roue du magnifique carrosse de la paix sociale et du système répressif étatique. L’avocat de Patrick a fait appel de ce jugement inique, et un nouveau procès aura lieu le 19 novembre.

Exigeons l’acquittement de Patrick, celui de Jean-Salvy et de Samuel […] ainsi que celui de Charles et de Léo — dont leur date de procès n’est pas encore connue.

Exigeons de même la relaxe pour tous les inculpés des 10 et 17 octobre, et l’arrêt de toutes les procédures en cours — notamment celle qui menace de fermeture le «23».


D’autres actions de solidarité sont prévues. Venez vous y joindre :
— Les 18 novembre à 18 heures et 19 novembre dans la journée, rassemblements devant le palais de justice pour assurer Patrick de notre solidarité face à son procès en appel ;
— Le 28 novembre à 14 heures, manifestation pacifique pour la justice et le respect des droits de l’Homme, à l’initiative du Comité de soutien aux inculpé-e-s du 10 octobre ;
— Le 5 décembre de 14 heures à 23 heures (horaires à confirmer, lieu et programme à préciser), Forum de soutien et d’échanges sur la répression organisé par le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux ;
— Le procès en appel de Samuel et Jean-Salvy est repoussé à une date ultérieure.

Ne laissons pas bafouer les droits d’expression
et de manifestation !
Opposons-nous à toute forme de répression
des mouvements sociaux !


Signez et faites signer massivement la pétition demandant la libération de Patrick et la relaxe de tous les inculpés.
Apportez un soutien financier : chèques à l’ordre d’ACRATIE — à envoyer à ACRATIE, 86310 La Bussière (avec la mention «Solidarité Poitiers» au dos).
Écrivez à Patrick : Centre pénitentiaire de Poitiers Vivonne, Patrick Dubreucq, no d’écrou 145, Champ de Grolles, 86370 Vivonne.
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Mardi 10 novembre 2009
En Belgique
Document du Sénat à propos du mouvement anarchiste et pas seulement



Ce document — propagande de l’État — vise clairement à préparer le terrain pour isoler les anarchistes et autres anti-autoritaires des luttes en cours, ne mérite rien d’autre que notre mépris le plus profond.

Annales du Sénat Belge
29 octobre 2009

M. Carl Devlies, secrétaire d’État à la Coordination de la lutte contre la fraude et secrétaire d’État, adjoint au ministre de la Justice. — Je vous lis la réponse du ministre De Clerck.

On constate depuis fin 2007 une augmentation du nombre d’actions pouvant vraisemblablement être associées au milieu anarchiste. Elles font partie de différentes campagnes anarchistes visant entre autres à obtenir la fermeture des prisons et des centres d’accueil fermés. Toutes les entreprises reliées de près ou de loin à ces institutions peuvent être une cible. Une entreprise de nettoyage, La Poste et des sociétés de transport public ont, par exemple, été victimes de tels actes. Les services de police ont aussi été visés.

Les actes commis par les anarchistes vont de l’inscription de graffitis à l’allumage d’incendies, en passant par des faits de vandalisme. Au moins 55 faits de cette nature ont été dénombrés depuis le début de l’année.

En octobre 2009, deux actions bien préparées ont été menées par des groupes de personnes masquées et vêtues de noir. La première s’est déroulée à Bruxelles, où les vitrines d’agences de travail intérimaire et d’agences bancaires ont été brisées.

L’idéologie anarchiste considère en effet les prisons et les centres d’asile comme les instruments par excellence de la répression exercée par l’État. Les entreprises et organes publics responsables de la gestion des prisons et des centres fermés ou qui leur fournissent des services sont donc devenus la cible d’un petit groupe d’anarchistes virulents, par exemple, le 15 octobre dernier, l’entreprise Besix. Début août 2009, une liste noire de toutes les sociétés qui contribuent à la construction du nouveau centre d’asile de Steenokkerzeel a même été publiée sur internet. La pratique du naming and shaming devient bien souvent une méthode d’action pour les activistes d’extrême gauche.

Il est très difficile d’établir une liste exhaustive de ces incidents car les services de renseignement et de police ne peuvent pas toujours déterminer si un fait est ou non de nature politique.

Seuls quelques faits sont revendiqués en tant que tels sur internet ou dans des tracts, ou ont pu être qualifiés d’anarchistes grâce aux tags découverts sur place. Le choix de la cible a aussi, dans certains cas, permis de supposer qu’un fait s’insérait dans la campagne anarchiste menée contre les prisons et les centres fermés. La violente protestation qui s’exerce dans notre pays contre la politique d’asile et de migration s’inscrit donc dans ce cadre. Ce courant radical est toutefois entièrement dissocié de l’opposition légitime et pacifique des ONG, qui défendent les droits des réfugiés et des sans-papier et réclament une politique d’immigration plus humaine.

Plusieurs enquêtes sont en cours sous l’égide du parquet fédéral, qui suit ce problème. Jusqu’à présent, aucune arrestation n’a eu lieu.

Conformément à ses missions, fixées par la loi du 30 novembre 1998, la Sûreté de l’État consacre l’attention nécessaire aux groupements d’extrême gauche et anarchistes de notre pays qui s’impliquent dans la problématique d’asile et de migration. Si une majorité de personnes agissent de manière pacifique, une petite minorité a toutefois opté pour la méthode forte. Nous pensons qu’une grande partie des récents incidents violents survenus dans notre pays sont le fait de membres du mouvement anarchiste.

Notre contrôle permanent sur le mouvement anarchiste implique aussi un suivi des données relatives aux incidents éventuellement d’inspiration anarchiste. L’enquête judiciaire relève évidemment des services de recherche compétents.

La Sûreté de l’État consacre, là où c’est possible, son expertise à la détection des groupes et des individus. Elle négocie en permanence avec ses homologues étrangers pour établir la cartographie des phénomènes transfrontaliers. Des informations de base sont régulièrement échangées dans le cadre de l’extrémisme idéologique. Le rapport public Het vuur van het verzet de l’AIVD relatif à la résistance croissante contre la politique néerlandaise d’asile et d’immigration confirme en effet que les Pays-Bas sont confrontés au même problème.

Nous avons toutefois le sentiment qu’il s’agit, dans les deux pays, d’un phénomène purement national, guidé il est vrai par les mêmes motifs idéologiques.

Diverses analyses de la menace ont déjà été faites par l’OCAM sur ces actions spécifiques, de sorte que les ministres et leurs services puissent prendre les mesures nécessaires que, pour des raisons compréhensibles, je ne souhaite pas approfondir.



En France

L’ultra-gauche dans le Laonnois : Des éléments isolés


Si la notion dultra-gauche est dactualité, elle reste mineure dans le secteur. Même chez les anarchistes locaux qui ont leur théorie sur cette actualité.

Une première à Tarnac, il y a un an, la seconde fois à Poitiers, il y a un mois. La notion d
’«ultra-gauche» a été une découverte pour beaucoup. Un classement à lextrême marge de la gauche de léchiquier politique, où cette appellation renvoyait régulièrement au monde anarchiste. Une assimilation que les membres du groupe Pierre-Kropotkine de la Fédération anarchiste, section basée à Merlieux-et-Fouquerolles réfutent et expliquent pourquoi. Avec le langage sans détour de Dominique Lestrat, un de ces membres les plus exposés, explication qui commence par une pirouette lexicale.

«Il n
y a pas eu plus démeutes à Poitiers le 10 octobre que de socialisme en France en mai 1981», glisse-t-il avec sa verve. «Une émeute, cest un soulèvement populaire mis en œuvre [par] une partie importante et significative de la population dans un espace politique donné. Or, mis à part, quelques poubelles qui brûlent, quelques vitrines dont celles de Bouygues, le constructeur de la prison, et celle du journal local, du gaz lacrymogène entre les policiers et la dizaine de personnes, nous sommes bien loin de lémeute.»

Après avoir pris contact avec ses semblables du groupe anarchiste local de Poitiers, Dominique Lestrat explique comment la manifestation avait dégénéré : «Ce mouvement, né sous l
action de lassociation pour le respect des proches de personnes incarcérées (ARPI) se servait du transfert des prisonniers du lendemain, pour poser la question cruciale de la prison dans notre société où le sécuritaire et lenfermement sont les deux pivots du maintien de lordre capitaliste. Il y a eu un premier débat, le matin, puis le départ pour ce qui devait être une manifestation festive.»

Sauf que : «Il y a eu des groupes de militants, ceux que nous appelons des “hors sols” (ndlr : des individus n
appartenant pas aux groupes locaux) qui ont pris le contrôle de la manifestation qui regroupait environ 300 manifestants. Ils ont imprimé leurs décisions, leur rythme, leur manière dagir et leurs fantasmes à lensemble des manifestants, sans se préoccuper des retombées sur lenvironnement local.»

D
où limage restant des vitrines brisées.

À Laon et dans le Laonnois, cette présence de l
ultra-gauche existe mais déléments individuels comme lexplique un membre de la direction centrale du Renseignement intérieur axonais, les ex-RG (voir plus bas).

Des éléments comme ceux de Poitiers, extérieurs aux organisateurs de la manifestation, le groupe Pierre Kropotkine en reçoit comme l
explique Dominique Lestrat.

«Régulièrement, nous avons des personnes qui nous contactent, nous sondent, souhaitent connaître nos opinions. Nous nous apercevons vite qu
il est beaucoup plus radical dans sa façon dagir et le contact se termine là.»

Pas de structure locale
«Oui, nous avons pu remarquer une hausse des informations sur les forums internet ou dans les blogs. Mais dans le Laonnois, et même dans lAisne, lultra-gauche ne possède pas, a priori, de structures établies.» À lantenne laonnoise de la direction centrale du Renseignement intérieur (les anciens Renseignements généraux), la réponse est sans détour : oui, il existe dans le Laonnois et dans lAisne, des individus qui sont classés à «lultra-gauche». «Des individus isolés, que nous connaissons bien mais qui ne sont pas constitués en organisations reconnues.» Ou connues. «Nous avons nos anarchistes à Merlieux, mais sils sont présents dans tous les mouvements de contestation, cest une protestation pacifique.» Cette montée des extrêmes est quand même ressentie dans deux endroits du secteur : Chauny pour lextrême-droite et Soissons pour lextrême-gauche. «Il y a un regain actuel, sans doute favorisé par la situation économique. Le prosélytisme est plus facile.»

Leur presse (Stéphane Massé, L’Union), 5 novembre.
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Mardi 10 novembre 2009
(Nota Bene : La réflexion est glocale, mais plus locale que globale…)

Puisqu’on a l’impératif de contribuer aux «luttes sociales» selon une charte préétablie qui donne sa propre conception de la contribution «rentable et productive», sans tenir véritablement compte de l’ensemble des modes de luttes, alors je me propose de gribouiller un texte en forme de réponse à tous ceux qui considérent l’autonomie comme «contre productive» (Vous reprendrez bien un peu de principe capitaliste ?) à partir du moment où elle n’entre pas dans leurs propres schèmes et modes de pensée. Ce sera une façon de faire progresser le débât sur l’autonomie des luttes, donc de faire avancer les luttes (a)sociales (Mais au fait, la société, ce n’est pas ce qu’on combat ? C’est quoi au juste, des «luttes sociales» ?).

Depuis quelques temps, certains s’emploient, avec une énergie admirable, à écharper les initiatives autonomes en attribuant à leurs ennemis du moment des sobriquets méprisants et infantilisants. Le plus amusant est sans doute celui de «toto» qui, repris aux socdem de l’Unef, fait sans doute référence aux blagues Toto, ce gosse un peu crétin qui ne comprend pas trop la vie. Utilisé à l’encontre de certains activistes autonomes, il permet de douter de leur capacité à réfléchir, à construire un discours ou à agir avec cohérence. Il permet surtout de faire marrer autour d’une table les syndiqués et autres organisés qui ne croient qu’en la massification et autres concepts lénifiants de la lutte des classes, mais qui, à l’heure actuelle, sont plus prolixes pour la rédaction de communiqués désaprobateurs, l’organisation de soirées de soutien et de rassemblements de solidarité.

Quand le «brave Toto» passe le clair de son temps à se joindre, aussi par solidarité, aux rassemblements des organisés, à tenter des actions qui ne reçoivent presque jamais le soutien des organisés (parce que leur spontanéité apparaît comme un élan d’immaturité aux yeux des «raisonnables» et autres «réalistes»), à soutenir les migrants et sans pap en taule (quitte à se geler des nuits entières devant un centre de rétention pour que les organisés se glorifient ensuite d’avoir «empêché l’expulsion par leur formidable mobilisation»), à se joindre aux contre-sommets et à faire vivre un peu partout des squats d’activité (activité peu visible, il faut les en excuser), ses détracteurs aiment à le considérer comme un neutron, une particule électrique qui bouge sans savoir pourquoi. Et quand, par malheur, il exerce une autocritique (principe d’extrême gauche que nombre d’autres ont relégués aux oubliettes du progrès) à l’égard de ces mouvements auquels il participe, on le taxe de «fouteur de merde» et on lui reproche avec mépris d’avoir gâché une si belle fête (notamment lorsque, par colère, il a provoqué une charge de CRS que tout le monde voulait éviter) : il faut qu’il comprenne que de nos jours, la «révolution» se fait sagement…

Ce que les anti-toto devraient commencer à saisir, c’est qu’il n’y a ni mouvance, ni groupe autonome, il n’y a que des personnes révoltées qui s’organisent de façon affinitaire pour des projets particuliers. Ce qu’ils devraient comprendre aussi, c’est que la «révolution» n’est pas un objectif en soi, même si l’on a passé des heures à potasser l’après-révolution dans des soirées libertaires. La révolution ne peut aboutir que sur la réforme. Nous sommes d’ailleurs encore aujourd’hui dans la poursuite de cette réforme permanente de la constitution de 1795. La république a vocation à n’être qu’une perpétuelle reformulation des principes révolutionnaires. Et tous les réformistes et révolutionnaires se plient ou se plieront tôt ou tard à la logique révolutionnaire du grand Capital. D’ailleurs, même Lenine avec sa Nouvelle Politique Économique et Gorbatchev avec sa Perestroïka ont fini eux-même par se soumettre au capitalisme. Ce qui intéresse «Toto», ce serait plutôt de se demander pourquoi le principe de l’insurrection a disparu de la dialectique des révolutionnaires et autres libertaires. Dans la déclaration de l’Homme et du citoyen de 1793 il était écrit : «Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs» (article 35). Mais 1793, c’était le temps de la ferveur populaire, de la révolte, pas celui de la sagesse révolutionnaire. Deux ans après, ce sont les révolutionnaires qui ont enlevé cet article de la déclaration…

Mais passons au delà des discours idéologiques, parce qu’il y a sans doute plus de rhéteurs dans la grande famille des anti-Toto que dans la secte de Toto. Parlons de «spontanéité» et de «provoc». Il serait bon que certains comprennent que lorsque Toto pète des banques à Poitiers, brûle un Hôtel Ibis à Strasbourg ou provoque une rangée de flics en marge d’une manif raisonnable, ce n’est pas dans l’objectif d’être compris ou de massifier, ni même celui de lécher le derrière des médias en paraissant réfléchis et raisonnables comme les organisés, qui tentent chaque jour de s’acheter une conduite pour mieux se faire aimer des masses ouvrières qui ont toujours préféré se syndiquer à la CFDT qu’à la Cénète. Quand il rédige des communiqués en s’appropriant les noms d’oiseaux qu’on lui donne ou lorsqu’il se fait passer pour un con isolé, c’est peut-être justement pour ne pas jouer le grand Spectacle de la massification. Mais c’est vrai qu’il serait plus acceptable s’il défilait lui aussi avec un drapeau et des autocollants, plutôt que de venir pourrir les manifs avec son masque, son brise-vitre et ses attitudes désinvoltes qui font peur aux enfants. Et puis quand les flics brisent le crâne d’une jeune militante, il ferait mieux de faire comme le SO et regarder la scène de loin en s’appuyant sur son drapeau miniature en forme de massue, plutôt que d’envisager enfin la confrontation avec les flics…

C’est vrai que Toto a la rage. C’est vrai que parfois, il fait des conneries. C’est vrai aussi que par moments, Toto se comporte comme un capitaliste en se bourrant la gueule ou en utilisant la justice pour tenter de faire tomber quelques fachos. Par moments même, il se prend pour un warrior et essaie d’identifier ses ennemis plutôt que de leur distribuer des tracts sans savoir qu’ils sont flics. Toto préfère parfois prendre des risques inutiles plutôt que de tomber dans le piège de la représentation et des défilés alter. Pourtant c’est étrange, mais il n’y a qu’en France que Toto est pris sans cesse pour un con. Ailleurs, les délires totoïdes sont conçus comme des modes de lutte et d’existence, qui se retrouvent autant dans les squats que dans le Black Bloc. Ailleurs, les délires totoïdes permettent d’organiser de véritables luttes sur lesquelles beaucoup ici se masturbent (excusez le terme : est-il suffisament «raisonnable» ?) le soir en rêvant de révolution devant leur écran cathodique ou lors de soirées débats. À ce propos, ce serait intéressant de demander aux anars russes ou aux anars contre le mur ce qu’ils pensent des «délires totoïdes», eux qui connaissent vraiment l’oppression ?

La différence, peut-être, c’est que Toto a la sensation de vivre déjà dans un régime oppressif, avec ses caméras, ses flics, ses lois antiterroristes et ses RFID. Toto n’est pas seulement idéologiquement choqué ou scandalisé par l’évolution de la société, mais il a peur et il a la rage. Toto ne veut pas seulement se rassembler devant une prison pour qu’on voit son mécontentement sur France 3, mais saisit toute opportunité d’en défoncer les grilles. Toto ne croit pas dans l’alternance démocratique et ne croit pas non plus qu’un peuple en liesse portera ses idées vers la victoire sur le capitalisme. Toto ressent chaque jour les humiliations d’un système toujours plus totalitaire et dégueule devant l’individualisme ambiant que certains anars organisés défendent comme un moyen de se protéger de l’uniformisation. Toto saisit les opportunités de l’instant présent et construit la confrontation dans laquelle naît l’insurrection. Et s’insurger n’est pas prendre les armes et faire un bain de sang à l’image des révolutions et des guerres populaires. L’insurrection est le fait de se «soulever», de ne pas se coucher, ni de se plier, mais de se mettre debout et d’y rester. C’est le fait d’entretenir le conflit aussi souvent que possible et partout où cela est possible. Leur système est comme un tissu. À nous d’y percer des trous sans relâche.

Alors à tous ceux qui considèrent qu’il y a des «bons autonomes» et des «mauvais autonomes», qui se sentent des véléités dignes des tribunaux populaires, le «je» qui écrit cet article au nom d’un «nous» dans lequel il se reconnaît demande qu’ils réfléchissent avant de commenter dans les colonnes d’Indymedia et de balancer des infos qui pourraient porter atteinte à la sécurité des autres. Ce serait cool qu’ils repensent aussi leur définition de la solidarité, de l’union pour la lutte et de tous ces concepts qu’ils égrennent dans leurs discours en permanence, mais qu’ils semblent oublier lorsque vient le temps de fustiger les déraisonnables.

Et surtout, ont-ils vraiment cherché à connaître Toto et à comprendre ses motivations ?

Et aussi, si on arrêtait de se prendre la tête ?

un Toto qui en a marre de se faire insulter par procuration

(PS : je dois mettre quoi comme mot clé ? Y’a pas de rubrique «luttes asociales», «problématiques internes», «gueguerre d’idées»…)

Indymedia Lille, 2 novembre 2009.
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Lundi 9 novembre 2009

Dans la nuit du 6 octobre, Jürgen n'est pas rentré chez lui. Il a été arrêté par la police, traîné devant le juge d'instruction et incarcéré à la prison de Gand (Nieuwe Wandeling). Plus tôt dans cette journée, la ville de Gand si tolérante accueillait une fois de plus une bande de fascistes. Apparemment ça ne plaît pas à tout le monde. À différents endroits dans la ville, des gens ont exprimé leur opposition en endommageant des symboles de cette société capitaliste. Un peu plus tard, nous avons appris que Jürgen était accusé d'avoir participé à ces actions.

Les jours suivants, nombre de gens ont été harcelés par les flics. Une semaine plus tard, la police perquisitionne le domicile de Paulo. Il est sommé de se présenter au commissariat deux jours plus tard, le 21 octobre, pour un interrogatoire. Ce jour-là, il est arrêté en rentrant chez lui. Il est lui aussi jeté dans les geôles de Gand.

Le 9 novembre, les deux compagnons sont passés devant la Chambre du Conseil qui a prolongé leur détention préventive. La Chambre a renvoyé l'affaire au tribunal correctionnel. Le procès aura lieu dans deux semaines, la date exacte doit encore être confirmée.

Nous ne nous reposerons pas avant de pouvoir de nouveau embrasser nos compagnons, comment et quand nous le voulons.

Liberté pour Jürgen et Paulo !
Contre toute forme d'enfermement.
Pour la destruction de la prison
et de son monde.

Pour leur écrire, voici leurs adresses :
Gian-Paolo Melis
Nieuwe Wandeling 89, 9000 Gand, Belgique
Jürgen Goethals
Nieuwe Wandeling 89, 9000 Gand, Belgique

Du soutien financier peut être versé sur le compte 000-3244460-04 en mentionnant J+P.


Gand, la nuit du 6 au 7 octobre

Des vitres qui volent en éclats, de la peinture qui dégouline. Les vitres du palais de justice détruites par des vandales. Des dizaines de milliers d'euros de dégâts, selon le parquet. Un des piliers de la démocratie attaqué lors d'une flambée de fureur ? Des flammes qui lèchent le plastique des poubelles partout dans le centre de Gand. Quelques distributeurs qui crachent de l'argent pour le confort du consommateur perpétuel ont aussi pris feu. Les pompiers et la police doivent se rendre en toute hâte partout au même moment. Du chaos et des sirènes hurlantes partout.

La télévision régionale dit que quelques étudiants de droite ont reçu une bonne dose de critique physique démoralisante (c'est entre autres le président du NSV [organisation flamande d'étudiants fascistes] qui a pris des coups). Sur la place Sint-Pieters, le KVHV [organisation flamande d'étudiants catho-fascistes] organise un débat sur l'islam en Europe. Un petit comité de « démocrates » de la droite dure avec la présence de Dewinter [leader flamboyant du parti fasciste Vlaams Belang], Dedecker [leader d'un parti de droite] & co et les islamistes de l'AEL [organisation identitaire arabe et musulmane] en face. Un peu plus loin à Gand, dans la Haute École sur l'avenue Voskes, le NSV (ce club d'étudiants officieux du Vlaams Belang) fête le début de l'année universitaire. L'année passée, le NSV avait organisé un débat avec entre autres Filip Dewinter comme orateur invité. Le bâtiment universitaire où se déroulerait ce débat, avait alors été occupé avec succès par des antifascistes. Une attaque des fascistes sous le commandement de Führer Filip a été repoussée. Cette entrave au supposé droit à la liberté d'expression pour les fascistes ne pouvait pas se répéter…

Alors cette année, un dispositif policier impressionnant avait été mobilisé pour faire en sorte que les combattants de la démocratie flamande puissent procéder sans encombrements. Vu qu'un rassemblement au moment et lieu fixés par eux échouerait sur un mur de bleu, cette année les réactions ont été différentes. Ainsi, la fête n'est pas passée inaperçue et Gand a tressailli par une éruption spontanée et versatile de chaos.

La progression politique de l'extrême droite en Flandre n'est pas une coïncidence. Le fait que des organisations fascistes comme le NSV et bientôt le NSA [une bande de néo-nazis] à Gand (et en Flandre) ont le jeu libre et sont protégées avec énormément de zèle par les forces de l'ordre, a des causes plus profondes.

L'extrême droite met sur le tapis toutes sortes de « problèmes » qui n'ont pas de base objective. Partout dans le monde, les lignes de rupture entre une petite élite monstrueusement riche et les masses qui se battent au quotidien pour survivre, deviennent plus aigues. Partout, les protecteurs de cette élite disposent de plus en plus de moyens et sont de mieux en mieux équipés. Pensez seulement à la palette des couleurs des polices qui salissent nos rues (gris, mauves, noirs… des uniformes avec chacun leur spécialité). Leur manière de s'y prendre va de l'approche « sociale » douce à la répression implacable.

Le discours de l'extrême droite (présenter l'islam comme une menace pour l'occident « éclairé » ; présenter les gens en fuite pour échapper à une existence misérable comme des parasites ; présenter ceux qui ne travaillent pas comme des profiteurs…) vise à détourner l'attention de la guerre quotidienne entre les riches et les pauvres. Cette histoire nous est présentée par les médias qui sont le porte-voix de l'élite dominante, qui ne cessent de nous distraire avec du « tittytainment » à la télé et sur internet, avec le culte de la santé etc. L'opinion publique flamande semble s'être approprié ce discours. Au café, le racisme n'est jamais loin non-plus. Les « autres » sont l'ennemi, pas les marionnettistes qui manipulent ce théâtre.

La suite

Clairement la justice et le gouvernement n'aiment pas les expressions de résistance comme celles de cette nuit-là. Face à une opinion publique dominée par des acteurs de droite, des têtes doivent tomber. La nuit même, une personne a été arrêtée, accusée de différents incendies. Deux semaines plus tard, une autre personne a été arrêtée, plus ou moins sous les mêmes accusations.

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Samedi 7 novembre 2009
Le Black Bloc ou «la stratégie de la disparition»

«Il faut bien faire quelque chose, n’importe quoi», ont écrit de façon provocante en 2003 les rédacteurs anonymes de l’Appel, pour hâter l’effondrement d’un monde qu’ils jugent insupportable. Sur la base de cette théorie du chaos, familière à une partie du milieu autonome, mais vivement contestée par d’autres, des vitres de magasins volent en éclats, des voitures particulières flambent, du mobilier urbain est détruit. «J’ai tellement de haine accumulée contre le système qu’il faut l’éradiquer, c’est comme une thérapie», lâche tout de go Pascal, qui demande l’anonymat. C’est un autonome qui a déjà pas mal bourlingué et possède, en la matière, des «états de service» sérieux, notamment à Strasbourg, le 3 avril, et à Poitiers, le 10 octobre.

Il y a un minimum de préparation lors de certaines manifestations. Mais il n
y a pas de concertation globale : «Ça, cest un fantasme de flic.» «Tapprends que tel groupe va bouger, bon, tu te dis quil va y a voir du monde, mais on ne sait jamais ce que font les autres, raconte-t-il. Chacun vient avec son truc, on prévient ou pas.» Son truc ? Du matériel, tels que des fumigènes, des cocktails, des barres, que chacun a pris soin de disposer à lavance dans des caches le long de litinéraire prévu. «Il sert, ou pas. Ça dépend de lambiance. Il y a un côté adrénaline. Cest politique, mais il faut être honnête, on y trouve un certain charme.»

Pascal a fait du Black Bloc, qui est une technique et non un groupe constitué de manière permanente comme souvent on le pense. «C
est appropriable par tout le monde», souligne Barnabé, militant parisien. La «méthode» passe dabord par une tenue : vêtements noirs, masques et cagoules, pour éviter lidentification, gants pour ne pas laisser dempreinte ADN, et une tenue de rechange pour pouvoir sévanouir dans la nature. Pascal appelle cela «la stratégie de disparition». Un habitant de Poitiers en a été le témoin, lorsquil a ouvert la porte de sa cour à un groupe. «Ils avaient des plans de la ville, une carte Michelin, et souhaitaient rejoindre des véhicules quils avaient laissés sur des parkings autour du centre-ville, se souvient cet habitant. Ils ont ensuite sorti de leurs sacs à dos des vêtements de rechange. Les garçons ont enfilé des chemises blanches Ralph Lauren, et puis ils sen sont allés chacun avec une fille, en couple. En partant, ils mont dit très courtoisement merci.»

Parfois, les actions peuvent déboucher sur des alliances ponctuelles. À Strasbourg, des autonomes se sont entendus avec des jeunes du quartier populaire du Neuhof. Pascal, à nouveau : «On a passé un deal avec la cité : ils nous ont dit comment éviter les flics et, en échange, ils nous ont demandé d
aller récupérer leurs scoots au commissariat, ce qui a été fait.» Le lien avec les cités est souvent un projet caressé. Au lendemain des émeutes de banlieue, en 2005, des autonomes ont assuré y avoir participé, ce qui reste invérifiable.

Pour un haut responsable policier, parler de terrorisme à propos de ces petits groupes n
est pas approprié. Lui emploie le terme de «subversion violente». Les modus operandi sont désormais bien connu des forces de lordre qui éprouvent néanmoins des difficultés à appréhender un fonctionnement en «groupes affinitaires». Depuis Poitiers, où elle a été vivement critiquée, la police est à laffût du moindre événement qui pourrait donner lieu à des actions déclat des autonomes. À ce titre, elle a porté une grande attention à la manifestation anticarcérale qui devait être organisée dimanche 8 novembre à Paris.

Les actions «émeutières» représentent la forme la plus exacerbée des actions d
autonomes. Quoique spectaculaires, elles sont encore bien en deçà de la violence de leurs aînés dans les années 1970. Difficile de savoir ce que va produire laffaire de Tarnac. «Cest souvent un événement répressif qui lance le processus de radicalisation quemprunte lensemble des groupes, les faisant entrer dans un cycle provocation-répression-violence», souligne luniversitaire Isabelle Sommier, auteur de plusieurs ouvrages sur la violence révolutionnaire.

La plupart du temps, la violence est de papier, contenue dans les écrits. Ou s
exprime parfois dans des tags, comme «À gouvernement nihiliste, jeunesse terroriste», ou encore «Contribution à la guerre en cours», repérés à Poitiers. Plus récemment, des graffitis ont été tracés, dans la nuit du 3 au 4 novembre, à Paris, aux domiciles de trois hauts cadres, tous en relation avec ladministration pénitentiaire. X «gagne du fric en exploitant les prisonniers», Y «travaille à emprisonner les pauvres». «À bas toutes les prisons et ceux qui en profitent», revendiquent leurs auteurs sur un site Internet.


L
archipel des autonomes

Ce sont des silhouettes entraperçues au milieu de bris de vitrines, lors dune manifestation à Poitiers, de heurts et de barricades enflammées, au sommet anti-OTAN de Strasbourg, ou dopérations policières, comme à Tarnac, un dossier dans lequel, depuis un an, neuf personnes sont poursuivies, suspectées par la justice de sabotages de voies ferrées. Ils surgissent de manière sporadique à la «une» des journaux, le plus souvent à la façon «Black Bloc», vêtus de noir. Des autonomes, dit-on ?

Les autonomes n
existent pas. Cest en tout cas ce quils opposent lorsquon les rencontre : les étiqueter, cest déjà «un travail de flicage», contestent-ils. Ils nexistent pas, et pourtant comme le dit lun dentre eux : «On va nous voir de plus en plus. En face, il y a des gens trop sûrs deux et qui nont de prise sur rien.»

Tous les casseurs ne sont pas des autonomes et tous les autonomes ne sont pas des casseurs, mais certains le revendiquent. Ils expliquent alors que la casse n
est pas «gratuite» mais ciblée : des banques qui incarnent le capitalisme, des entreprises privées qui construisent des prisons ou en gèrent la restauration, des agences pour lemploi, des directions du travail. «Jamais le petit commerce», ou ce qui na pas de sens, affirment-ils.

La règle connaît des exceptions. À Strasbourg, le 3 avril, une pharmacie a été incendiée. À Poitiers, le 10 octobre, un manifestant qui tentait de s'attaquer à l
enseigne Vertbaudet (vêtements pour enfants) en a été dissuadé par dautres autonomes.

Les autonomes, les «totos», sont loin d
être daccord sur tout et de former un ensemble homogène. Cette nébuleuse compterait un millier de personnes en France.

Impossible de les rattacher à une organisation structurée, de type parti ou syndicat, c
est une forme quils rejettent. Difficile de les situer : ils haïssent la droite, la gauche et méprisent lextrême gauche, ils refusent le label «ultragauche» qui pourrait leur correspondre le mieux. Mais son utilisation par Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur, à propos de laffaire Tarnac, a remisé cette appellation au rang de procédé policier. Tout comme celle, honnie, d’«anarcho-autonomes». «Cest devenu synonyme de terroriste comme les salafistes», explique Chloé, 33 ans, installée dans le Nord de la France et qui a pris ses distances avec le milieu autonome.

Un autre militant, Barnabé, 31 ans, bien actif, lui, en région parisienne, trouve aussi que «le terme résonne comme salafiste, et finit par signifier quelque chose d
inquiétant». «Il sagit de nous désigner comme des corps étrangers à la population», dit-il. Nos interlocuteurs, cités par leur seul prénom, ont tous choisi un pseudonyme. Un anonymat quils utilisent également dans leur vie militante.

La plupart des autonomes sont jeunes, très souvent étudiants. «Ils étaient lycéens en 2006 au moment du mouvement contre le CPE (contrat première embauche), puis, en 2007, lors de la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités), ce qui a favorisé une radicalité», souligne Jean-François Chazerans, professeur de philosophie au lycée Victor-Hugo de Poitiers et animateur d
un collectif antirépression, qui a pu observer dans sa ville le parcours de quelques-uns de ses élèves.

Ceux-là se sont structurés pendant les années Sarkozy, d
abord contre un ministre de l’Intérieur honni, puis contre le même, devenu président de la République, qui, pour eux, incarne plus que dautres lordre policier. Dans les jours qui ont suivi son élection, plusieurs voitures ont été incendiées, dont lune devant le Fouquets, le restaurant où le chef de l’État avait fêté sa victoire… «La clique au pouvoir est en train de foutre en lair tout ce qui peut faire encore la matière dune existence digne dêtre vécue», justifie Barnabé. «Tant que la droite sera au pouvoir, ça ne peut que monter», juge de son côté Sébastien Schifres, doctorant en sciences politiques et militant.

«Lors de chaque mouvement étudiant, les totos font des recrues, pas les jeunes socialistes», relève Chloé. Plus âgés, les autonomes comptent dans leurs rangs des diplômés brillants. Principal mis en examen dans l
affaire Tarnac, Julien Coupat a été doctorant à l’École des hautes études en sciences sociales après une grande école de commerce. Il pratique plusieurs langues étrangères. Il est loin dêtre une exception. Certains sont issus de familles aisées, les plus nombreux plutôt de classes moyennes.

Les villes universitaires, comme Rennes, Rouen, Grenoble, Toulouse ou Lyon, ont supplanté Paris chez les autonomes. «Aujourd
hui, il existe chez eux une recherche sur les concepts beaucoup plus importante quil y a dix ans», témoigne Oreste Scalzone, qui fut lune des grandes figures de lautonomie italienne dans les années 1970. «Cest peut-être lié à la présence détudiants en philo qui ont fait Erasmus (le programme européen déchanges universitaires)», poursuit cet homme très respecté dans le milieu et qui se dit admiratif du niveau de leur discussion. Le père d'un militant autonome de Montreuil confirme : «La rhétorique est très importante. Pour rédiger un communiqué, ils se mettent à trente. Et puis ils votent.»

Être autonomes, pour ces jeunes, «c
est exactement le contraire de ce que la plupart des étudiants entendent par lexpression “devenir autonomes”. Alors que pour ceux-ci, il sagit en général de trouver un emploi et un appartement, il sagit pour les premiers de parvenir à vivre sans se lier ni à un patron ni à un propriétaire», souligne Rémy Piperaud, dans un mémoire universitaire intitulé «Radiographie du mouvement autonome», soutenu cette année à la faculté de sciences politiques de Versailles - Saint-Quentin. «Ils cherchent dabord à devenir autonomes par rapport à l’État et au capitalisme, écrit le chercheur. Ce qui différencie en premier lieu les militants de lultragauche de la plupart des militants dextrême gauche, cest le fait d’essayer dès à présent de combler le fossé qui sépare leur société idéale de la réalité sociale (…). Ils veulent construire le communisme et lanarchie ici et maintenant.»

Les autonomes n
attendent pas dentraîner une majorité pour mettre en pratique leur projet. Ils créent des «îlots de communisme», en misant sur le fait quils finiront par se multiplier et submerger la société.

Le squat est l
un de ces îlots. Le 16 octobre, à Montreuil, dans un garage désaffecté près dune église, une quarantaine de jeunes ont ainsi tenté dinvestir, en vain, les lieux. Depuis des années, la ville de Seine-Saint-Denis attire des autonomes qui ont, tour à tour, élu domicile dans divers endroits, dont une ancienne clinique, occupée boulevard de Chanzy et évacuée cet été.

À sa façon, Tarnac est un autre îlot. C
est une ferme — et non un squat — en zone rurale, comme il en existe dans les Cévennes et en Ariège, où lon sécarte de la société marchande en faisant de lautoproduction. «Une forme dencerclement des villes par les campagnes», samuse un ancien mao qui les fréquente. Une «utopie pirate», une de ces «zones dautonomie temporaire» échappant aux «arpenteurs de l’État», comme le théorisait Hakim Bey, très lu à la fin des années 1990 dans le milieu.

Ces îlots rassemblent chacun 30 à 40 personnes, parfois moins. Il ne s
agit pas dun mouvement, plutôt dun archipel, dun réseau de groupes affinitaires. Les membres de ces groupes vivent ensemble, participent ensemble à des actions ponctuelles et se soudent petit à petit, renforcés par ladversité et la crainte permanente des infiltrations policières. «Les communautés autonomes tendent à prendre la forme de véritables tribus, note Rémy Piperaud. En faisant tout pour constituer des contre-sociétés totales, les autonomes se rapprochent les uns des autres au fur et à mesure quils séloignent de la société extérieure.»

Quand ils parlent d
eux, ils disent «nous», pas «je». «Cest le “nous” des gens qui pensent quil y a nécessité à reprendre les choses en main plutôt que de se prendre les ruines de ce monde sur la gueule», soutient Barnabé, le militant parisien, convaincu comme dautres que leffondrement du système est proche. Ce «nous» agit comme un rempart vis-à-vis de lextérieur. Lorsquon demande à discuter avec un autonome, il vient rarement seul. À Poitiers, après deux mois de négociations et plusieurs intermédiaires, Le Monde en rencontrera six autour dune table, après quils ont débattu entre eux du principe du rendez-vous. À une question sur la signification de tags, la réponse fusera : «Le collectif nen pense rien.»

Leur défiance, voire leur haine des médias, est grande. Sur leur échelle de détestation, les journalistes, considérés comme instruments de contrôle social et de propagande, se glissent entre «les flics» et «les sociologues». C
est peut-être la raison pour laquelle, à Poitiers, certains ont brisé les vitres dun local de La Nouvelle République du Centre-Ouest. Sur ce point, laffaire Tarnac a produit chez eux des réactions contrastées. «Cest la prison ou les médias», professe Sébastien Schifres à ses camarades, partisan de sexprimer auprès des journalistes, quand dautres ont vu leur animosité envers les «journaflics» décupler. Avec lentrée en scène de lantiterrorisme, «les gens prennent de plus en plus de précautions», constate Chloé. Déjà, le téléphone portable, source potentielle de localisation et découte, ne faisait plus partie de leur attirail.

Les autonomes ont en commun d
être anticapitalistes, de rejeter l’État, lidéologie du travail et du salariat, la société de consommation, et de le signifier par leur mode de vie et par leurs actions. Parce quils ne veulent pas sinscrire dans une société marchande, ils bricolent et sont hyperactifs. Dun côté, ils échangent, troquent, mutualisent, font de la récupération, sont capables de retaper entièrement une maison, se repassent des adresses des points de chute en France, et à létranger ; de lautre, ils profitent, aussi, des opportunités comme celles que leur offrent les résidences secondaires au ski ou à la mer de certains parents. «Ils sont à la fois dans la frugalité et dans lexcès», note un père. Ils sont très itinérants. Chez eux, la littérature américaine de lerrance liée à la crise des années 1930 reste une référence.

Ils prennent ce qu
il y a à prendre : les ressources familiales ou le RMI. Ils pratiquent les «auto-réductions», cest-à-dire le prix quils estiment devoir payer mais aussi le vol dans les rayons. Se servent dans les poubelles des magasins et des particuliers. Fabriquent ce quils nont pas, comme, il y a peu, des billets SNCF. Lun deux nous indiquera avoir eu, à létranger, maille à partir avec la justice pour possession de faux euros. «Cétait pour faire vivre le squat et aller à des concerts punk-rock.»

Il existe aussi des antagonismes politiques forts et de vraies haines. Diverses chapelles coexistent, débattent, s
engueulent, se font la guerre parfois. Les «mouvementistes» simpliquent plus que les autres dans les luttes des mal-logés, des sans-papiers et autour des conditions de vie des détenus. Les «insurrectionnalistes» mettent laccent sur la théorie du chaos et les vertus de lémeute. «Moi, je vis là-dedans, dans l’insurrection permanente», explique Pascal qui était, entre autres, présent à Poitiers et à Strasbourg. «Nous, ce quon veut, cest quil y ait un mouvement unitaire, que les gens viennent et que cela débouche sur une révolte.»

À l
’intérieur de ces deux grandes familles, certains sont plutôt «lutte de classes», d’autres plutôt «autonomie désirante». Des nuances difficiles à saisir pour le non-initié. «C’est un chaudron compliqué», plaisante Oreste Scalzone. Dans ce paysage touffu, Julien Coupat et ses amis sont désignés comme des «tiqquniens», du nom de la revue Tiqqun aujourd’hui disparue, ou des «appelistes», en référence à l’Appel, un texte collectif anonyme prônant l’insurrection, paru en 2003. Un groupe qui, jusqu’à l’affaire Tarnac, a pu être contesté dans le milieu pour le caractère élitiste, prophétique et comminatoire de ses écrits. Le tag latin «Onmnia sunt communia» («Tout est commun») remarqué sur le baptistère de Poitiers, entraîne ce commentaire amusé d'un autonome : «C’est forcément un tiqqunien pour écrire un truc comme ça !» La citation est érudite : elle se réfère à … Thomas Müntzer, un dissident luthérien qui guida sous cette bannière la révolte des paysans allemands au XVIe siècle.

Leur presse (Isabelle Mandraud & Caroline Monnot,
Le Monde), 7 novembre 2009.
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Samedi 7 novembre 2009
Rap conscient et partie de chasse

Les tribulations d’un groupe engagé en proie au couvre(horte)-feu par E-one d’Eskicit (groupe en résidence au 2PC l’an dernier, deuxième album en préparation), La K-Bine, Bboykonsian, depuis Poitiers.

Chers amis, camarades,

Cela fait maintenant deux ans que nous tournons en France et en Europe sur la scène alternative afin de diffuser notre musique, un rap militant, révolutionnaire et libertaire, peu importe les qualificatifs forcément réducteurs, simplement l’expression d’une révolte impossible à négocier. Par choix et par affinités, nous nous sommes retrouvés proches des milieux punk-rock, anars, à jouer dans des centres culturels alternatifs, squats autogérés ou lors de manifestations.

La semaine dernière nous étions à Poitiers pour un concert de soutien anti carcéral au «23», 23 rue de paris. Vers 20 heures la police investit les lieux brutalement, forçant toutes les personnes présentes à se mettre à genoux, mains sur la tête. Certains d’entre nous sont violentés et forcés de s’allonger face contre sol. Nous sommes palpés et contrôlés, les identités sont relevées et les adresses soigneusement notées. Après environ quatre heures d’attente par terre dans la cour de l’immeuble et diverses formes d’humiliations, nous sommes appelés un par un pour être photographiés par la police scientifique. Enfin les flics ne nous permettent de récupérer le matériel qu’une fois l’opération de police terminée. Seulement une fois l’opération de police terminée, de retour dans la salle, nous trouvons l’ensemble du matériel noyé dans la bière (platines, table de mixage, mixette…), dont une partie ostensiblement matraquée. Bref un sabotage en bonne et due forme après ce qui s’apparente clairement à une expédition punitive.

Ces évènements sont révélateurs des méthodes arbitraires légitimées par un pouvoir qui ne se cache plus et agit sur tous les fronts (sans-papiers, chômeurs, grévistes, squatteurs, artistes…) pour réprimer toujours plus durement la contestation. Deux jours plus tard certains manifestants passent en comparution immédiates et écopent de prison ferme pour des faits mineurs (dégradations, jet de briquet…) et ce sans casiers judiciaires préalables.

Nos camarades en prison, les descentes, les rafles, la chasse aux sorcières de l’«anarcho-autonome», du sans-papier, du marginal, constituent le vrai visage de cette démocratie de façade, république dictatoriale. Triste oxymore. Un jour viendra où ils n’attendront plus une manifestation qui dégénère pour venir nous chercher. Ce jour-là, plus proche qu’on ne le croit, ils nous enfermeront pour notre mode de vie, notre culture, nos idées.

Ce jour-là, ils nous enfermeront simplement pour ce que nous sommes et ce que nous représentons. Rien d’autre. Car comme nous l’a si bien dit le commissaire divisionnaire lorsque nous étions à genoux, mains sur la tête, le regard plein de rage : «vous savez pourquoi vous êtes là».

Salutations libertaires,

E.one pour Eskicit , La K-Bine, Bboykonsian, 26 octobre 2009.

PS
: Étaient présents ce soir-là à l’initiative de l’association du 23 les artistes suivants: La K.Bine, E.one (Eskicit), Kyma, Black cat, In Vinas Verito. Plus d’infos sur les groupes et évènements à venir.


Aux Coucous de Poitiers
À propos du communiqué de Coucous au Monde


Alors, comme ça, vous avez fondu sur Poitiers à la Cosaque à l’occasion d’une manif contre les prisons ! Vos chevaux piaffants ont piétiné son ventre bourgeois ; vos sabres ont éventré sa «matrice». Vous êtes les Attila de notre époque néronienne. Derrière vous, les pelouses synthétiques ne repoussent plus.

Tant pis si ceux dont vous avez coucoufié le mouvement ont pris, suite à cela, de méchantes baffes. C’était des cons, trop mous, trop gentils. Vous leur avez montré ce que c’est qu’être un révolutionnaire radical. Qu’importe ce qui a pu leur tomber sur la gueule après votre passage. Ils l’avaient mérité. S’ils avaient été comme vous, ça ne leur serait pas arrivé.

Voilà, sûrement, ce que vous pensez, Coucous bas.

Relativisons : 18 vitrines brisées et toutes remplacées dès le lendemain matin (Les commerçants sont assurés. Les banquiers, surtout, le sont fort bien). Si le capital à tremblé, ce n’est pas au point de renverser son cognac.

Par contre, la rafle flicarde, elle, a mieux payé : tout le projet saboté, un local saccagé, un tas de gens maltraités, 18 inculpés (un par vitrine ?) dont neuf condamnés en comparution immédiate à des peines de prison allant jusqu’à un quatre mois ferme.

Tout bénef aussi pour les fabricants d’épouvantails «anarcho-autonomes» : l’«émeute» claironnée dans tous les médias, les ministres ran-tan-plan sur le pont, et, dans la foulée, une Xième loi «sécuritaire» qui passe les doigts dans le nez ; un durcissement de plus de l’arsenal répressif servant à écraser les moindres velléités de rébellion ou même de simple «protestation» humble contre le despotisme régnant.

Grande victoire, camarades Coucous ! Un embryon de résistance cassé dans l’œuf et les dompteurs du populo qui en sortent renforcés. Ça valait le coup que vous interveniez !

Certains, après ça, parmi les révoltés contre l’ordure capitaliste, vous imaginent flics déguisés. Il y en a toujours, c’est vrai, à tous les coins de rue de la moindre «manif», poussant à l’acte répréhensible pour mieux casser les insoumis, aussi peu méchants soient-ils. Et, ces derniers temps, ils se multiplient. Normal : face à la colère qui monte que pourraient-ils faire d’autre qu’essayer, comme toujours, de la piéger ?

Mais vous n’avez pas besoin d’être de la maison poulaga pour agir conformément à ses attentes. Pas besoin de vous encarter, de vous payer. Spontanément et d’un bel élan vous faites ce qui l’arrange, en étant persuadés de lui nuire. C’est pas beau ça. Un vrai rêve de Vidocq.

Et pourquoi le faites-vous ? Parce que vous vous croyez l’avant-garde, la bande de détonateurs qui va faire péter la colère populaire et la guider vers les vraies cibles, les bonnes formes d’action. Sous vos masques et vos proses anars et néo-situs, vous êtes de petits bolcheviks. Comme les maos d’hier vous pensez éclairer par vos actes exemplaires la conscience confuse des prolos que vous trouvez trop englués dans leur soumission. Vous vous glissez, en Coucous, dans le nid de leurs mouvements et de leurs manifs en pensant les radicaliser par vos petites attaques éclair. Et, une fois votre caca fait, vous vous tirez sans vous préoccuper de ce qui arrive à ceux que vous avez foutus ainsi dans la merde. Et vous en êtes fiers, vous «revendiquez» cette vacherie.

Vous n’êtes pas des rebelles s’organisant entre eux pour mettre bas le monde qui les opprime. Vous êtes des militants comme ceux des partis que vous conchiez ; des missionnaires de la «vérité» à capuche ; des petits croisés de la foi qui pense abattre des montagnes en dérangeant un peu deux ou trois rats. Vous n’allez pas au baston pour soulager votre colère. Vous y allez pour montrer au populo ce qu’il faut faire ; pour «radicaliser» la situation par vos interventions.

Et, ce que vous réussissez surtout à radicaliser, c’est la répression.

Car, si le détonateur est le seul à détonner dans une situation qu’il croit explosive, c’est que, plus sûrement, il déconne. La situation qu’il voit mûre pour l’insurrection elle est peut être encore trop verte ou déjà trop blette. En tous cas : sans répondant à son étincelle. Pour la faire péter, y a pas mèche.

Quand l’insurrection n’est pas là on ne la fabrique pas sur l’établi du club des cinq. D’autres s’y sont essayés qui l’ont payé fort cher. Certains agonisent encore dans les Bastilles de «l’ordre».Tandis que ceux qui les poussaient hier à la bagarre, avec tout le flamboyant jargon adéquat, paradent comme ministres et leur chient dessus en abondance. Ça donne à réfléchir. Ceux que vous coucoufiez ont peut être raison de vouloir construire un mouvement solide (avec toutes les difficultés que ça présente pour allier des disparités) pour ne pas se lancer dans la bagarre sans biscuits, plutôt que de jouer les Rambo de pacotille dans les rangs d’une «autonomie» qui n’a même pas assez d’audace pour agir seule et contre des cibles un peu moins dérisoires !

Mais peut-être aussi que, si le populo ne répond pas à vos incitations, c’est qu’il est plus autonome que vous ne le pensez, et n’est pas d’humeur à se laisser mener par qui que ce soit. Le coup des éclaireurs du peuple, on lui a déjà fait. Il n’a pas forcément envie de rempiler. Surtout derrière des semeurs de castagne qui se tirent dès que ça chauffe et le laissent face aux cognes.

Mais les Jacques, les Canuts, les Communards, n’ont pas eu besoin de pousseurs de boutons insurrectionnels pour se fâcher contre ce qui les opprimait et le mettre à bas d’assez belle manière. Et, en 68, les gauchistes de tous genres se demandaient d’où pouvait bien venir ce soulèvement qui ne répondait à aucun de leurs «mots d’ordre», et comment ils pourraient bien le contrôler. Préoccupation qui leur valut pas mal de rires et quelques baffes.

Les révolutions véritables, celles qui ne sont pas des coups d’État déguisés, ont toujours surpris et dérangé les «révolutionnaires». C’est tant mieux.

Rien ne dit que ça ne se reproduira pas.

Mais si ça arrive, petits Coucous, il faudra peut être que vous fassiez attention à ne pas vous faire voler dans les plumes. Avant cela, vous devriez plutôt vous volatiliser. C’est ce que vous faites de mieux.

Coucou, c’est moi :
Jacques Bonhomme Junior.
Indymedia Nantes, 4 novembre 2009.
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Samedi 7 novembre 2009

Comme bien des militant(e)s ouvriers en Iran, les militants syndicalistes de l’usine Haft-Tapeh (production de sucre, Khuzestan) font face à une sévère répression de la part de l’appareil d’État pour lutter pour les intérêts des travailleurs. Plusieurs militants de cette usine ont été condamnés à des peines de prison ferme. Hier, jeudi 5 novembre, deux membres du bureau du syndicat des travailleurs d’Haft-Tapeh ont été arrêtés par les services de sécurité de l’usine et emmenés par les forces de police pour être incarcérés.

La CGT ADDSEA a envoyé un courrier à l’ambassade d’Iran en France pour dénoncer la répression contre les militants syndicalistes de l’usine Haft-Tapeh et réclamer leur libération et leur relaxe immédiates, courrier qui peut bien entendu être utilisé par d’autres structures syndicales pour dénoncer cette répression auprès de l’ambassade d’Iran à Paris (Ambassade de la République Islamique d’Iran, 4 avenue Iéna, 75116 Paris).

Monsieur l’Ambassadeur,
Une fois de plus les violations des libertés syndicales et les tentatives du gouvernement iranien de réprimer le syndicalisme indépendant constituent un élément inquiétant du paysage des droits fondamentaux en Iran.
Notre syndicat a eu connaissance des pressions sur les militants du Syndicat des travailleurs d’Haft-Tapeh, en particulier à l’encontre de Ali Nejati, Feridoun Nikoufar, Jalil Ahmadi et Reza Rakhshan, condamnés à des peines de prison ferme pour leur seule activité syndicale.
Hier, jeudi 5 novembre, nous avons appris l’arrestation et l’incarcération de Jalil Ahmadi et de Feridoun Nikoufar.
Nous ne pouvons que dénoncer cette nouvelle violation des droits syndicaux et des libertés démocratiques des ouvriers d’Iran et condamnons sans retenue l’attitude du gouvernement qui cherche à asphyxier les activités syndicales indépendantes en utilisant la force étatique.
Nous exigeons l’arrêt de la pression sur les militants syndicaux, la libération et la relaxe immédiates de tous les militants syndicaux.
Recevez, Monsieur l’Ambassadeur, nos salutations.

Pour plus d’information sur la répression contre les militants du syndicat de l’usine d’Haft-Tapeh :
Campagne de l’UITA (Fédération syndicale mondiale des travailleurs de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de l’hôtellerie).
Infos en anglais sur l’arrestation de deux militants du syndicat le 5 novembre.
Traduction en français (Iran en lutte) :

Deux membres du bureau du syndicat des travailleurs de l’usine de sucre Haft-Tapeh ont été arrêtés et emmenés en prison pour qu’ils y accomplissent leurs peines.

L’unité ouvrière de Militants des Droits Humains rapporte que deux membres du bureau du syndicat des travailleurs d’Haft-Tapeh ont été arrêtés jeudi 5 novembre par la sécurité de l’entreprise à 10 heures du matin. Les deux militants syndicalistes, Jalil Ahmadi et Feraydoon Nikoofar, ont été emmenés à 14 heures par les forces de sécurité à la prison de Dezful pour qu’ils accomplissent leurs peines.

Le Tribunal Révolutionnaire de Dezful avait avant condamné les deux militants ouvriers à des peines de prison ferme et de prison avec sursis pour leurs activités. La cour d’appel provinciale avait confirmé le verdict du tribunal révolutionnaire pour les deux militants et transféré leurs dossiers au département de l’application des peines du tribunal de Dezful. Les militants ont été arrêtés aujourd’hui pour que leurs peines soient appliquées.

En octobre, le Tribunal Révolutionnaire de Dezful avait déclaré coupable un groupe de militants syndicalistes et les avait condamnés à des peines de prison ferme. Ali Nejati, Feraydoon Nikoufar, Ghorban Alipoor et Jalil Ahmadi ont chacun été condamnés à 6 mois de prison ferme et à 6 mois de prison avec sursis. Selon des sources sûres, les trois autres militants seront aussi arrêtés dans les jours qui viennent pour l’application de leurs peines.

CGT ADDSEA, 6 novembre 2009.
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Vendredi 6 novembre 2009

Le 9 octobre 2009, la justice italienne a condamné en appel dix inculpés du contre-sommet du G8 de Gênes de 2001. Ils ont reçus, pour «destruction et saccage», de très longues peines de prison ferme :
Carlo Arculeo : 8 ans
Carlo Cuccomarino : 8 ans
Marina Cugnaschi : 12 ans et 3 mois
Luc Finotti : 10 ans et 3 mois
Alberto Funaro : 10 ans
Ines Morasca : 6 ans et 6 mois
Francesco Puglisi : 15 ans
Dario Ursino : 7 ans
Antonio Valguarnera : 8 ans
Vicenzo Vecchi : 13 ans et 3 mois

Ce procès arrive 48 heures après celui de 45 policiers où 15 seulement ont été condamnés à des peines très légères. Ont été acquittés le préfet Ganni De Gennaro, alors chef de la police ainsi que d’autres membres de la hiérarchie qui ont dirigé la répression à Gênes en juillet 2001, bien que la justice ait considéré comme illégale la charge de la police ayant engendré les plus violents affrontements. La répression a fait un mort, Carlo Giuliani, 23 ans, tué par balles lors de cette charge, plusieurs centaines de blessés, des violences dont les plus fortes ont eu lieu à l’école Diaz où était installé le centre de média indépendant et où dormaient 307 manifestants qui ont été arrêtés puis séquestrés pendant trois jours dans la caserne du Bolzaneto, subissant sévices et humiliations.

Les journées de Gênes ont vu la réunion pratique et puissante d’une opposition à la réunion des chefs d’État de la planète, et plus généralement à l’ordre économique mondial. Réunion internationale, forum social : 300.000 personnes se sont réunies à la manifestation du 20 juillet malgré la militarisation et le verrouillage de la ville.

Huit ans après, ce 9 octobre, les peines prononcées sont très, très lourdes. La disproportion est éclatante entre les chefs d’inculpation qui touchent des destructions de biens matériels et ces cent années de prison au total. Ce n’est pas telle ou telle action individuelle, telle ou telle personne que la justice italienne punit. C’est l’ensemble des événements politiques du contre-sommet qui se trouvent sanctionnés. Ces dix-là paient pour toute l’action collective, pour tout le mouvement social et politique qui a eu lieu à Gênes. Cette décision de justice ressemble à un grand signal de terreur pour toutes celles et ceux qui contestent l’ordre social. Elle poursuit la répression sauvage du contre-sommet. Ces procès sont la deuxième vague de vengeance de l’État italien. Pour que la lutte contre l’injustice sociale et les rapports économiques sauvages, les conflits qu’ils génèrent soient cantonnés dans des formes invisibles, aseptisées qui ne gênent pas réellement l’ordre établi.

La tolérance du pouvoir envers les formes de révolte non autorisées n’a cessé de diminuer et, alors que la conflictualité sociale tend à s’aggraver, ces condamnations marquent un nouveau pas dans le délire répressif en cours en Italie comme ailleurs. Notre pays ne manque lui aussi pas d’exemples dans ce domaine, comme le montrent les récents évènements de Poitiers (une manifestation anticarcérale ayant débouché sur le bris de quelques vitrines) après lesquels un homme a été condamné à quatre mois de prison ferme «pour jet de pile» sur la police, puis un autre interpellé lors d’une manifestation de soutien consécutive pour avoir comparé publiquement l’officier de police à un collabo célèbre.

En dehors du fait que les condamnations de Gênes dépassent toutes les bornes de l’entendement, et demeurent même sans commune mesure avec les peines les plus dures infligées pour ce genre d
actes, elles sortent totalement des règles les plus ordinaires du droit pénal. Les personnes condamnées se voient infliger, pour quelques dégâts matériels (des bris de vitrine), des peines que nombre de meurtriers ne purgeraient pas. Dans ce cas, comme dans ceux où il maquille des assassinats sous des accidents de la route, comme à Villiers-le-Bel, ou à Fréjus récemment, l’État réprime en faisant fi des règles qu’il sest lui-même imposé. Quand il protège les siens contre les poursuites judiciaires que des affaires de corruption ou de mœurs pourraient entraîner, il outrepasse également la légalité. Cest que le droit est traversé par les rapports de forces qui existent au sein de la société, et que parfois il na pas eu le temps de sadapter aux nouvelles pratiques de la domination, alors sa sacro-sainte indépendance est violée, mais cela fait bien longtemps que ce nest plus une sainte-nitouche…

La plupart du temps, le droit s
adapte, et en nos temps de répression tous azimuts, cela donne les législations antiterroristes, qui permettent de torturer des Irakiens, ou denfermer des épiciers communistes. Si la justice a été un temps garante des libertés individuelles contre larbitraire de l’État, aujourdhui elle nest plus quun des accessoires entre les mains de larbitraire étatique, quil utilise selon ses humeurs. Ceux qui quémandent auprès de lappareil judiciaire un peu de justice sociale, prennent cette bureaucratie de tribunaux et de prisons pour la garantie dun monde damour et de paix, ceux qui préfèrent manifester entourés de «gardiens de la paix» plutôt quaux côtés de briseurs de vitrines ne font que retarder un peu lémancipation des exploités par eux-mêmes.

Aujourd
hui, alors que nos camarades italiens sont persécutés par l’État berlusconiste depuis huit ans, mettons tout en œuvre pour quils cessent dêtre poursuivis, et que ce genre de condamnations ne se reproduise plus.

Nous appelons à ce qu
’une solidarité en actes se manifeste un peu partout contre ces procès intolérables. Nous appelons à ne pas céder à l’intimidation et à ne pas oublier qu’ici comme ailleurs, le pouvoir a de bonnes raisons lui aussi de trembler. Nous appelons ainsi à participer à la manifestation du 8 novembre contre les prisons.

Assemblée générale
pour organiser des actions face à la répression
mardi 10 novembre à 18 heures au CICP
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Mercredi 4 novembre 2009

Le délateur est devenu le héros de notre temps. Il ne se passe pas de jour sans qu’on nous abreuve des exploits des gens de cette farine. Une infirmière dénonce un médecin génocidaire ; un cadre véreux collabore avec la justice américaine dans une affaire de délit dinitié ; un maire italien indique à la police les mafieux par dizaines.

Qui ne pourrait s
en féliciter ? Dénoncer à l’État un exterminateur, un financier ou un malfrat, nest-ce pas un «devoir républicain», comme le rappelait naguère le porte-parole de lUMP ? «Il sagit précisément, et voilà un heureux hasard, de renforcer les excellentes structures actuelles, den approfondir les fondations, den étendre les effets. Tous les dangers dénoncés par les médias permettent ainsi de justifier notre organisation sociale, de la rendre nécessaire», observe finement Michel Bounan dans La Vie innommable.

Ajoutons que ce conditionnement des foules présente une parenté avec la méthode suivie par l
’État pour rendre acceptables les fichiers dempreintes génétiques. Ces fichiers ont dabord concerné les délinquants sexuels avant dêtre étendus progressivement à des secteurs toujours plus vastes de la population. Il convient dans un premier temps de familiariser les masses avec de nouveaux procédés de contrôle en sélectionnant des cibles désignées comme des figures du Mal absolu. Contre le terroriste ou le délinquant sexuel, le citoyen possède avec l’État un ennemi commun, dont ce même État le protègera. Là est la racine psychologique de lacceptation dune administration policière toujours plus poussée de la vie quotidienne. Nul doute que le zèle médiatique mis à nous entretenir des prouesses de divers délateurs animés par la passion civique nait pour objet dinstiller graduellement la mentalité délatrice comme un réflexe conditionné chez les moutons spectateurs.

Un pareil abaissement rencontre bien sûr un terrain favorable chez certains névrosés. Simon Leys en avait dressé le portrait à propos de la maoïste Michelle Loi, cette balance qui avait livré son identité véritable aux autorités chinoises en publiant un pamphlet dont le contenu était donné dans son titre, Pour Luxun : Réponse à Pierre Ryckmans. Le lecteur trouvera ci-dessous cette intéressante contribution à l
étude clinique du délateur.
«La passion policière qui pousse certaines gens à dénoncer voisins, parents, relations ou collègues ne trouve de véritable exutoire que dans les périodes de bouleversements, de guerres, doccupations, etc., mais même en temps normal, elle nen demeure pas moins latente chez les ratés, les envieux et les médiocres et constitue un phénomène psychologique singulier qui mériterait dêtre mieux étudié. La vénalité en est rarement absente, mais ce serait une erreur dy voir son moteur exclusif ; dans ce genre de démarche en effet, la recherche davantages personnels saugmente le plus souvent dautres mobiles non moins puissants : des sentiments dinfériorité ou de frustration (sur qui la seule apparence de succès chez autrui vient agir comme une intolérable provocation), le désir de se donner de limportance, une forme dexhibitionnisme, et surtout un respect inné du Pouvoir, de lOrdre établi, des Autorités, linstinct flic, la haine de tout ce qui apparaît non conforme, différent, hétérodoxe, hérétique.»
Simon Leys, L’Oie et sa farce.

Jules Bonnot de la Bande, 21 octobre 2009.

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Mardi 3 novembre 2009
Retour sur les événements poitevins :
Émeute ou happening ?


Depuis quelques années, la mouvance «autonome» remet au goût du jour des pratiques qui jadis étaient l’apanage des léninistes. Les événements de Poitiers le 10 octobre, lors de la mobilisation contre la prison de Vivonne, en sont un exemple. Entre avant-gardisme et auto-organisation, le choix des modes d’actions est posé.

À Poitiers, pour la semaine d’action contre la construction de la prison de Vivonne, le collectif de mobilisation avait prévu, le 10 octobre, une manifestation festive, pacifique et colorée, animée par une fanfare. Le but de la semaine d’action était de mettre en cause le système carcéral auprès de la population locale. Entre 350 et 400 personnes avaient rejoint la manifestation.

La télévision n’en aurait sans doute pas parlé sans cela, mais l’événement a rapidement été supplanté par de violentes échauffourées. En fait, un groupe extérieur à la ville avait décidé d’instrumentaliser cette manifestation pour créer, de façon complètement artificielle … une émeute.

Rappelons qu’une émeute, c’est un soulèvement qui implique une population, ou une partie de la population. Quand il s’agit d’une action militante démonstrative à usage médiatique, on appelle ça un happening, et ça n’a que peu de rapport avec des pratiques autogestionnaires et révolutionnaires…

Manifestation détournée

Les «autonomes» ont délibérément méprisé le choix du collectif qui organisait le rassemblement, sans se soucier des conséquences politiques de leurs actes. Les bris de vitrine ou d’abribus, les jets de pierre à l’aveuglette, les tirs de fusées artisanales (avec des trajectoires pour le moins aléatoires) ont été — dans la circonstance — totalement contre-productifs. La manif une fois détournée, son but, qui était de sensibiliser la population à la critique anticarcérale ne pouvait plus être atteint.

Sans grande surprise, une fois les autonomes repartis dans leurs pénates, la répression policière s’est abattue sur les militants et les militantes poitevins, censés payer les pots cassés. Les peines prononcées en première instance sont lourdes (prison ferme, avec sursis, amendes). Et encore, elles sont loin de ce qu’avait réclamé le procureur (plus de 5 ans de prison ferme et 3 ans de sursis) suivant Hortefeux qui attendait que la justice «sanctionne, et durement». Les personnes interpellées n’ont en majorité rien à voir avec les événements, leur unique crime est d’être actives dans les mouvements sociaux poitevins.

L’État policier attaque une nouvelle fois tout ce qui ressemble à une forme contestation sociale. Une semaine après les événements, le 17 octobre, un millier de personnes manifestaient leur soutien aux interpellés. Cette fois, la police a arrêté trois manifestants ! Avec l’aide des médias, le gouvernement a profité des événements pour relancer sous une nouvelle forme le fichier Edvige, système de fichage des militantes et militants politiques et syndicaux.

Une sorte d’anarcho-léninisme

Les événements de Poitiers ne sont pas un cas isolé, et c’est là tout le problème. Ce type de pratique autoritaire et dirigiste, nous l’avions déjà subie dans les mouvements étudiants contre la LRU en 2007 et 2008. Des décisions collectives, qu’elles concernent les assemblées générales ou les manifestations, avaient déjà été délibérément détournées par des individus se réclamant du même courant politique que ceux et celles qui ont fait le happening de Poitiers.

Ce courant «autonome», assez organisé, met en avant des théories que l’on pourrait assimiler à une sorte d’anarcho-léninisme [Bien qu’on les y associe parfois, les autonomes n’ont pas grand-chose à voir avec l’ultra-gauche, ce courant de pensée marxiste anti-léniniste notamment représenté par des théoriciens comme Anton Pannekoek ou Cornelius Castoriadis].

Les communistes libertaires prônent des formes de lutte réellement collectives, basées sur l’autogestion. Il faut en finir avec l’avant-gardisme, même quand il se prétend «autonome».

Guillermo (AL Angers)

Soutien aux inculpé-e-s
Un comité de soutien aux inculpé-e-s a été créé. Vous pouvez également signer la pétition. La CNT-Poitiers organise une caisse de soutien : chèque à CNT, 20 rue Blaise-Pascal, 86000 Poitiers (en mentionnant au dos «Solidarité Poitiers»).

Alternative libertaire, novembre 2009.
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Lundi 2 novembre 2009
La CGT espagnole lance un appel international à la solidarité et au soutien face à l’agression par la police du siège de la FAG

Hier, jeudi 29 octobre 2009, la police civile de Rio Grande do Sul, commando au service de la Gouverneure Yeda Crusius, a fait irruption au local de la Fédération anarchiste gaucha (FAG) [L’adjectif gaucho, au féminin gaucha, désigne au Brésil les gens de l’État du Rio Grande do Sul]. La police a saisi du matériel divers, comme des affiches, des procès-verbaux de réunions, la CPU d’un ordinateur, et même les poubelles du local. Elle a aussi tenté d’intimider ceux qui ne faisaient qu’apporter leur solidarité et qui se trouvaient enregistrés sur le site web de l’organisation. Il y a deux compañeros inculpés.

Cela fait des années que les compañeros et compañeras de la FAG luttent contre lexclusion et la précarité, en défendant la justice et des conditions de vie dignes. Leur travail avec les chiffonniers et cartonniers, avec les sans-toit, avec les sans-terre, est bien connu. En définitive, un travail quils mènent depuis des années avec ceux den bas.

Cest là le motif pour lequel la police de lÉtat du Rio Grande do Sul a exercé la répression contre les compañeros et compañeras de la FAG, un État plongé dans des scandales de corruption et qui adopte une attitude répressive face aux collectifs et organisations qui exercent simplement leur liberté dexpression pour critiquer les différentes politiques antipopulaires du gouvernement. Cest là la réponse gouvernementale face au refus social. Et la FAG nest pas la première agressée, il faut rappeler lassassinat du paysan sans terre Elton Brum ou la mort de Marcelo Cavalcante en février dernier.

La Confédération générale du Travail (CGT) de lÉtat espagnol tient à faire part de sa plus énergique condamnation devant ces actes répressifs. Nous voulons dénoncer lincongruité de la politique gouvernementale brésilienne, une politique de droite avec un discours de gauche. Une politique qui est régie par les mêmes paramètres économiques que dictent les multinationales, et qui applique par conséquent les mêmes tactiques militaristes et répressives.

Non seulement nous condamnons la répression gouvernementale, mais nous voulons aussi manifester notre solidarité et notre soutien aux compañeros et compañeras de la FAG pour le travail quils réalisent avec les gens simples de leur peuple, un travail constant et tenace que les pouvoirs gouvernementaux ont prétendu faire cesser au moyen de la terreur, de lintimidation et de la répression, mais nous sommes certains quils ne vont pas y parvenir.

En ces moments, nous considérons que les marques de soutien et de solidarité sont importantes, cest pourquoi la CGT lance un appel aux différentes organisations et collectifs à rendre visible leur condamnation de ces agressions.

Vivent ceux qui luttent !

Secrétariat permanent du Comité confédéral de la CGT, 30 octobre 2009.


Protesto não é crime, nenhum passo atrás!

A Federação Anarquista Gaúcha (FAG) agradece fraternalmente a solidariedade que está sendo manifestada e reafirma seus princípios frente ao ocorrido no dia 29 de Outubro, em Porto Alegre. Homens e mulheres livres, dotados de ideais e certos do direito que tem de expressá-los política e socialmente seguem íntegros.

Na tarde do dia 29 de Outubro foi deflagrada a execução pela Polícia Civil do rio Grande do Sul de dois mandados judiciais (Justiça Estadual) de busca e apreensão na sua sede pública em Porto alegre e no endereço de hospedagem do site vermelhoenegro.org na cidade de Gravataí. Em tais ordens constava o recolhimento de material impresso de propaganda, computador (CPU) e demais objetos relacionados à queixa criminal. Os agentes do Estado inicialmente tentaram arrombar o portão conforme testemunho de vizinhos do local, já que a sede estava fechada naquele momento. Após a entrada no local, mediante a leitura do mandado, iniciaram a busca no interior do imóvel por cartazes, boletins informativos e demais documentos ao mesmo tempo em que desligaram o telefone, alegando que durante aquela execução não se pode usar tal meio. O agravante é que além do cartaz requerido pela ordem judicial, no qual a governadora é responsabilizada junto à Brigada Militar (polícia militar estadual) pelo assassinato de Eltom Brum da Silva, levaram o estoque de arquivo de outras produções impressas de opinião política e informação, como um arquivo de cartazes reivindicando a saída da governadora e denunciando a ingerência do Banco Mundial no seu projeto político. Este material é parte da campanha pública deflagrada pela FAG dentro do contexto de uma ampla campanha de mobilização sindical e popular ampla que vem se desenvolvendo há pelo menos um ano neste estado.

Conforme comunicado pelos agentes da Polícia Civil o processo está embasado na queixa de injúria, calúnia e difamação contra a FAG movido pela governadora Yeda Crusius (PSDB) referente ao termo “assassina” publicado em panfletos, cartazes e página web. Também foram apreendidos outros documentos não relacionados ao fato, assim como uma coleção de discos de arquivo de backup e do próprio CPU. Perguntavam por armas e drogas, numa tentativa clara de nos criminalizar assim como sobre quem toma as decisões, quem são os responsáveis, como funciona a FAG, se tem registro jurídico formal enquanto associação ou entidade. Buscavam também, com um segundo mandado semelhante o endereço e o responsável pela página do site da internet, havendo uma ameaça clara de cerceamento da liberdade de expressão também neste veículo assim como da tentativa de criminalização do seu responsável técnico, o qual não foi localizado. O responsável pelo endereço físico do portal foi levado à 17ª delegacia e apreendido neste local — em Gravataí (Região Metropolitana de Porto Alegre) também o CPU do seu computador, um palm-top de uso pessoal e arquivos de documentos antigos da FAG, que permaneceram lá guardados ao longo dos anos, como cartazes, revistas e informativos diversos.

No total, a repressão política impetrada pela governadora terminou identificando e levando para interrogatório a quatro pessoas. As oitivas se deram na 17ª delegacia de Polícia Civil em Porto Alegre, agora seguindo o inquérito, possível indiciamento e posterior processo judicial contra os indivíduos identificados e responsabilizados pela referida campanha pública de difusão de opinião, em nome da FAG, sobre o assassinato de um companheiro do MST na fazenda Southall em São Gabriel (Fronteira Oeste), ocorrido em 21 de agosto deste ano. Reiteramos porem que não apenas os ditos materias ofensivos foram apreendidos, mas vários arquivos de textos e discos, documentos políticos, atas de encontros e reuniões, inclusive objetos já descartados caracterizados como lixo e também que a ameaça de exclusão do site vermelhoenegro.org está clara. Assim, alertamos a todas as companheiras e companheiros, incluindo aqueles que se solidarizam conosco, cientes do motivo caso sejamos excluídos, ou melhor, censurados, em nossa página na internet.

O episódio do assassinato do sem-terra Eltom Brum da Silva, a luta de idéias, a propaganda e agitação produzidas pela FAG sobre os fatos motivaram a queixa de injúria, calúnia e difamação que resultaram em busca e apreensão do material difundido na semana seguinte ao dia 21 de Agosto de 2009. Em São Gabriel, no sul do país, o colono Sem Terra foi covardemente morto com um tiro de calibre 12 pelas costas, havendo inclusive relatos discordantes quanto ao responsável direto pela morte. Este fato é fundamental, já que uma pergunta que fazemos é: independente da patente daquele que segurava a arma com munição letal e da sua intenção ou dolo, não são os governantes os responsáveis pelas polícias e demais instituições do Estado?

No topo da cadeia hierárquica são os governadores dos estados brasileiros os chefes máximos das polícias estaduais (Civil e Militar), portanto é a governadora Yeda Crusius no Rio Grande do Sul, assim como seria em qualquer outro estado do país, a responsável direta por qualquer ato de seus comandados diretos. Mas há ainda outras considerações importantes. As políticas públicas implementadas pelos governos são também responsabilidade de quem as define e executa, mais uma vez representado no seu chefe, o governador. Não somente a fato do assassinato de um Sem Terra em 2009, caracterizado pela própria mídia tradicional como político, mas também as conseqüências das políticas para a educação e saúde públicas, da criminalização da pobreza nas periferias urbanas e no campo, assim como sobre os movimentos sociais e sindicatos são bandeiras legítimas que vários setores do povo organizado vêm levantando a mais de ano contra este governo. Não há casos isolados, mas um endurecimento dos dispositivos de criminalização e repressão brutal a todos estes setores, como por exemplo, na greve dos bancários e dos professores estaduais em 2008 e a tentativa de criminalização da oposição dos servidores públicos liderada pelo CPERS-sindicato, de longa trajetória de lutas. Não podemos tampouco omitir o processo político deflagrado junto ao Ministério Público estadual contra o MST, uma conspiração de Estado, também com o firme propósito de criminalizá-lo.

Outro agravante deste governo são os efeitos a curto, médio e longo prazo do empréstimo com o Banco Mundial, por exemplo, a tentativa de venda da Pampa para os interesses das papeleiras, a prevalência do agronegócio sobre a agricultura familiar e o financiamento direto e indireto dos grupos e corporações nacionais e multinacionais. Enfim, se aplica o plano estratégico neoliberal para o RS publicamente conhecido na agenda 2020 e estas metas são responsabilidades de todos os que compõem o governo com funções políticas (1º, 2º e 3º escalão) e principalmente da governadora Yeda Crusius, evidente defensora do seu projeto de governo, ou melhor, do projeto das elites que a sustentam e dos interesses que estas representam.

Não ignoramos o papel das classes dominantes como agentes decisivos na política e da sua influência no jogo de interesses que caracterizam os governos de turno do estado do RS. Aqui estão presentes os interesses dos latifundiários e do agronegócio e toda sua cadeia depredatória, como a indústria da celulose, o deserto verde, a exploração das reservas de água, a tentativa de criminalização do MST, o fechamento das escolas itinerantes dos acampamentos, etc. Também estão em jogo os interesses daqueles que vivem do roubo sistemático contra o povo, da corrupção institucionalizada, da banca estelionatária e criminosa, da velha ordem de tirar vantagem, de desprezar o povo e fundamentalmente seus direitos e sua capacidade de rebelar-se. São inúmeras as denúncias e evidências de corrupção escandalosa assim como foram muitas as tentativas de desqualificar e impedir os sindicatos, as categorias e movimentos sociais de manifestarem seu repúdio, sua opinião.

A política de retirada de direitos dos trabalhadores, muitos deles conquistados orgulhosamente com muito combate desde os sindicatos de resistência há mais de cem anos, não é exclusividade do governo Lula. Aqui no RS o governo Yeda Crusius tomou e vem tomando várias medidas de cerceamento, repressão e criminalização contra os professores estaduais e seu o sindicato (CPERS), assim como de seus dirigentes. As escolas públicas estaduais passaram a ser um negócio entre o governo e organizações privadas, as fundações educacionais, verdadeiras cloacas de dinheiro público com sua lógica de gestão e seus interesses, onde quem ganha são os de sempre e quem perde é o povo. As conquistas de décadas de lutas das categorias dos trabalhadores da educação vêm sendo combatidas arduamente pela atual política para a educação no governo estadual, antes também personificado na figura de Mariza Abreu, ex-secretária de educação, logo também responsável pelas suas conseqüências do projeto que defende.

O CPERS junto a vários outros sindicatos dos serviços públicos estaduais organizados no Fórum dos Servidores e com diversos setores dos movimentos populares, sindical e estudantil vem denunciando e posicionando-se contrários publicamente a essas políticas e suas conseqüências. A campanha, chamada “Fora Yeda”, na qual somamos esforços é onde está contextualizada a luta de propaganda e agitação que motiva o processo contra a FAG.

Queremos registrar a solidariedade que foi manifestada prontamente por vários companheiros, entidades, sindicatos, veículos de comunicação alternativos, da comissão de direitos humanos do MST, do Cpers-sindicato na presença de sua presidente e vice já em nossa sede durante a operação policial, assim como da disponibilização das assessorias jurídicas deste e de outros sindicatos. Temos a solidariedade como um princípio e estamos enaltecidos com tantas manifestações que recebemos e certamente seguiremos recebendo de tantos estimados companheiros, como as já manifestadas pela Confederação Geral do Trabalho (CGT-Espanha) e nossa co-irmã, a Federação Anarquista Uruguaia (FAU).

Nos exemplos de Sacco e Vanzetti reafirmamos que a natureza criminal das classes dominantes, suas elites dirigentes, do sistema capitalista seguirá colidindo com o antagonismo e a vigência de nossas lutas, de nossos princípios e acima de tudo do direito a liberdade pelo qual seguiremos peleando. Com um olhar firme no horizonte libertário que buscamos, com a dignidade de combatentes e a solidariedade com as classes oprimidas, aos povos que lutam, suas ânsias por construir desde o presente caminhos rumo a uma nova sociedade, nenhum passo atrás é a palavra de ordem.

Que a ofensa feita a um seja a luta de todos!
Pelo socialismo e pela liberdade,
Não tá morto quem peleia!



Nota de Repúdio à invasão da sede da FAG pela polícia civil!

Às 16h do dia 29 de outubro de 2009, a Polícia Civil do Rio Grande do Sul, sob o comando da Governadora Yeda Crusius com base num mandado de segurança, invadiu e aprendeu material de propaganda política contra seu governo, atas de reuniões, chapas de cartazes, resíduos de uma lixeira e até a CPU de um computador na sede da Federação Anarquista Gaúcha (FAG).

Dois companheiros da FAG prestaram depoimento e estão sofrendo um processo, cuja origem está num governo acusado de dezenas de crimes e alvo de investigações federais, que ao contrário da velocidade com que atingem os companheiros anarquistas gaúchos, movem-se lentamente nos trâmites da institucionalidade burguesa; fazendo jus ao cínico epíteto: “Aos amigos tudo, aos inimigos, a lei.”


O ataque a Federação Anarquista Gaúcha inscreve-se numa conjuntura de freqüentes ataques aos movimentos sociais e as organizações anti-capitalistas no Rio Grande do Sul. O assassinato cruel do sem-terra Elton Brum e a esgrogue tentativa de fechar as escolas do MST no início do ano, revelam não só o aspecto da política institucional que está sendo levada à cabo neste estado, mas demonstram que por baixo de um suposto estado de direito democrático há na verdade uma ditadura de classe resguardada por um aparato político oficializado, acionado sempre que os movimentos sociais e as organizações políticas dos trabalhadores questionam alguns de seus privilégios.

Ao redor do país a situação não se modifica substancialmente, o assassinato sistemático de militantes dos movimentos sociais e de trabalhadores e a criminalização desses movimentos, seja por uma lógica de “segurança pública” encomendada pelas elites, seja pela ação de setores da inteligência da polícia revela descaradamente o projeto brutal organizado pelos governos estaduais e federais, com apoio diga-se de passagem, de alguamas organizações supostamente de esquerda.

Prestamos nossa solidariedade à FAG; como comprova a história, não é a primeira nem a última vez que irão atacar uma organização política anarquista, a recorrência da repressão jamais acossará o ânimo dos libertários envolvidos nas lutas sociais, ao contrário disto, apenas fortalecem nossas fileiras contra os inimigos em comum.

Que este episódio, como outros relacionados e anteriores, removam as ingenuidades e sirvam de alerta às organizações políticas e aos movimentos sociais! Em épocas de Copa do Mundo e Olimpíadas, os sonhos dos trabalhadores e anticapitalistas não cabem nos projetos da elite, portanto permaneçamos de olho aberto!

Fica aqui registrada nossa indignação
e nosso sentimento de solidariedade à FAG!

Federação Anarquista do Rio de Janeiro, 1er novembre.


Solidarity with the Federação Anarquista Gaúcha

Yesterday, Thursday 29th October, the Civil Police of Rio Grande do Sul, under the command of Governor Yeda Crusius, broke into the premises of the Federação Anarquista Gaúcha. Police seized various materials such as posters, minutes of meetings, the hard disk of a computer and also the contents of refuse containers that were at the headquarters. They also tried to intimidate those who came to show their solidarity and names contained in the records of the organization’s website. Two comrades were arrested and charged.

The comrades of the FAG have spent years fighting against exclusion and casualisation, defending justice and decent living conditions. They are well known for their work with the “catadores” (collectors of cardboard and recyclable refuse), with the homeless and with the landless. In short, work they have been carrying on for years with those at the bottom of society.

This is the reason why the police of the State of Rio Grande do Sul is repressing the comrades of the FAG, a State immersed in corruption scandals, which takes a repressive stance against collectives and organizations that freely exercise their freedom of speech in order to criticize various anti-people policies of the government. This is the government's response to social protest. And the FAG is not the first to be attacked — we must remember the murder of the landless peasant Elton Brum or the death of Marcelo Cavalcante last February.

We condemn these acts of repression in the strongest terms. We denounce the incongruity of Brazilian government policy, a policy of the right with left-wing words. A policy that is governed by the economic parameters dictated by the multinationals and therefore their militaristic, repressive tactics.

Not only do we reject this government repression, but we also express our solidarity and support for the comrades of the FAG, for the constant and tenacious work they do with the ordinary people of their city, which the government and police authorities are seeking to silence by terror, intimidation and repression. We are sure they will not succeed.

It is important now to show support and solidarity. For this reason, we appeal to all anarchist, libertarian and grassroots organizations and collectives to protest against this attack.

Federazione dei Comunisti Anarchici (Italy), Zabalaza Anarchist Communist Front (South Africa), Alternative Libertaire (France), Melbourne Anarchist Communist Group (Australia), 30 October.
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Lundi 2 novembre 2009
Manifestation de soutien à Patrick D.

Le samedi 31 octobre, une centaine de manifestant(e)s ont défilé dans les rues de Tours pour demander la libération de Patrick D., toujours emprisonné suite aux évènements de Poitiers.

Quelques 200 flics étaient mobilisés et les autorités avaient demandé aux commerçants du centre ville de baisser leurs rideaux… Au pays de la répression et de la bouffonnerie, certain(e)s résistent encore…

Demain le Grand Soir, 31 octobre 2009.



Ils réclament la libération de Patrick D…

Tours. Quatre-vingts personnes environ ont défilé, hier, pour réclamer la libération de Patrick D…, incarcéré depuis les émeutes de Poitiers.

Gentil, sympa, non violent… : dans l’assemblée qui participait, hier après-midi, à la manifestation de soutien, les qualificatifs utilisés pour décrire Patrick D… étaient toujours les mêmes. Me Catherine Lison-Croze, avocate, membre de la Ligue des droits de l’Homme et dEurope Écologie, connaît bien ce garçon que les émeutes de Poitiers ont sorti de lanonymat. «Je lai croisé dans le couloir du juge des libertés et de la détention où il venait soutenir des étrangers en rétention, explique-t-elle. Je lai vu accompagner des militants anti CPE poursuivis en correctionnelle. Il a toujours été calme et respectueux.»

Crispin, lui, est un «compagnon de lutte de Patrick». «Je l
ai connu en 1997, dans laction en faveur des chômeurs, se souvient-il. Cest un défenseur de toutes les bonnes causes, il na jamais commis dactions violentes. La peine qui lui a été infligée est démesurée.»

La mobilisation de ce samedi n
a sans doute pas été à la hauteur des espérances des organisateurs. Mais pour le symbole, on retiendra la présence remarquée du père de Jean-Salvy, un des étudiants de Poitiers également condamné. «Mon fils et Patrick ont été pris dans le même engrenage, précise-t-il. Ils sont innocents, ce ne sont pas des casseurs. On a cherché à faire des exemples.»

Discrètement noyée parmi les manifestants, Noëlla, la compagne de Patrick D…, exprime elle aussi un sentiment d
injustice. «Jétais tellement en colère après le procès, commente-t-elle, que jai déchiré ma carte délecteur. Je nai pas pu entrer en contact avec Patrick depuis laudience. Le 19 [Patrick D… doit être rejugé en appel le 19 novembre], si la mobilisation porte ses fruits, jespère quon fera une grande fête pour sa libération.»

En attendant, le dispositif policier déployé à l
occasion de cette manifestation sest avéré démesuré pour encadrer le cortège clairsemé qui a défilé de la place Jean-Jaurès à la place Anatole-France. Dans lespoir que les slogans réclamant la libération de Patrick D… soient entendus jusquà Poitiers.

Leur presse (Caroline Devos, La Nouvelle République), 1er novembre.
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Vendredi 30 octobre 2009
Soutien Patrick

Quelques infos «techniques» du Collectif anti répression de Tours pour soutenir Patrick, toujours incarcéré à Poitiers-Vivonne depuis le 10 octobre.

Pour les sous :

Nous avons envoyé à Patrick de quoi cantiner (…).

Il nous faut cependant continuer à récolter des sous (…). Pour cela des actions sont prévues (collecte-café autogéré à la fac, prévision d’un concert, etc) et un appel aux dons est lancé !

Logistiquement parlant, nous proposons que tout ce qui a été et sera récolté sur Tours soit envoyé au Collectif poitevin afin d’être mis en commun en faveur de tous les inculpés (…). Pour cela adresser un chèque à l’Acratie, à l’adresse : ACRATIE - 86310 LA BUSSIÈRE (pensez à annoter «Solidarité Poitiers» au dos de ce chèque).

Pour sa défense :

Son avocat dépose demain matin, mercredi, une nouvelle demande de remise en liberté suite aux éléments administratifs que sa compagne lui a fait parvenir. Il pense que la réponse se fera d’ici quatre à cinq jours. Il faudrait donc que toutes les personnes connaissant Patrick et acceptant de témoigner en sa faveur le fassent très rapidement.

Pour cela, vous trouverez en pièce jointe un modèle d’attestation à remplir. Pour ce qui est du contenu, il s’agit de dire que Patrick participe à de nombreuses causes ou luttes sociales, associatives ou syndicales, de défense, de soutien à … (sans logis, demandeurs d’asiles et autres personnes «en galère»), qu’il n’est pas dangereux ou agressif… A priori le fait de confirmer qu’il est à Tours depuis longtemps serait utile pour sa demande de remise en liberté (donc si vous le connaissez depuis un, deux, sept ou quinze ans c’est bien de préciser).

N’oubliez pas de joindre à votre attestation une photocopie recto verso de votre carte d’identité. Le tout à envoyer à :
Cabinet d’avocats BROTTIER-ZORO
4 boulevard Verdun
86000 POITIERS
Le plus tôt sera le mieux, si possible avant la fin de semaine, et au pire avant la date de l’appel fixée au 19 novembre.

Pour son moral :

Lui écrire !

Centre Pénitentiaire de Poitiers Vivonne
Patrick DUBREUCQ
Numéro d’écrou 145
Champ de Grolles
86370 VIVONNE
Sachez que les courriers sont lus par l’administration pénitentiaire avant d’être donnés au prisonnier et peuvent être censurés ou utilisés contre lui… Et comme tout se paie en prison, pensez à joindre une enveloppe et des timbres pour qu’il puisse répondre.

La solidarité est une arme !

P
our toute info ou toute question, contactez le Collectif antirep.

D'autres infos suivront très prochainement…

Collectif antirépression face à la police - Tours, 28 octobre 2009.

Pétition pour la libération immédiate de Patrick Dubreucq, la relaxe de tous les inculpés des 10 et 17 octobre et l’arrêt de toutes les procédures en cours


Autre caisse de solidarité (dons à envoyer avec la mention «solidarité Sam») :
Union locale des syndicats CNT de Poitiers
20 rue Blaise-Pascal
86000 POITIERS



Manifestation violente à Poitiers : deux des trois détenus remis en liberté

La cour dappel de Poitiers a remis en liberté vendredi deux des trois hommes qui étaient incarcérés depuis leur jugement en comparution immédiate le 12 octobre pour leur participation à une manifestation qui avait dégénéré en violences le 10 octobre dernier dans le centre-ville de Poitiers.

Le tribunal a accepté la demande de remise en liberté de Samuel Bastard, étudiant en deuxième année de géographie, et de Jean-Salvy Compte, étudiant en première année de sociologie. Les deux hommes de 20 ans avaient été condamnés à six mois de prison dont un ferme.

À l'issue de l
audience, la mère de Jean-Salvy, Gwenn Compte, sest dite «extrêmement soulagée». Selon elle, son fils et Samuel Bastard «ont été emprisonnés à cause dune faille de la police qui a mal géré la manifestation du 10 octobre et a mis des innocents en prison». Elle sest dite «persuadée de linnocence» de son fils et «attend le procès en appel pour le prouver».

En revanche, Patrick Dubreaucq, condamné à huit mois de prison dont quatre fermes, a vu sa demande de liberté refusée. La cour a estimé «insatisfaisantes les garanties de présentation en justice et de non réitération» pour cet homme de 51 ans domicilié à Tours.

Les procès sur le fond sont programmés le 19 novembre pour Patrick Dubreaucq et le 10 décembre pour les deux étudiants.

Le 10 octobre dernier, près de 250 personnes, selon la police, avaient investi le centre de Poitiers. Se réclamant d
un «collectif anticarcéral», pour la plupart masqués et cagoulés, ils avaient endommagé une quinzaine de vitrines et tagué des bâtiments dont un édifice religieux.

Leur presse (AP), 23 octobre 2009.


Poitiers : Libérés… et poursuivis en appel

Nouvelle manifestation dans le centre-ville de Poitiers samedi : au lendemain de la libération de Samuel Bastard et de Jean-Salvy Compte, 300 personnes, selon l’AFP, se sont réunies pour dénoncer le maintien en détention de Patrick Dubreaucq, un SDF de 51 ans, condamné à 8 mois de prison dont 4 ferme.

Tous trois avaient été jugés en comparution immédiate pour «dégradations volontaires, dégradations de biens publics, coups et blessures sur agents de la force publique dans l’exercice de leurs fonctions», mais nient les faits qui leur sont reprochés. Le Parquet, jugeant les peines trop clémentes, a fait appel de quatre des condamnations, dont celle des deux étudiants (procès le 10 décembre) et de Patrick Dubreaucq (procès le 19 novembre). La nouvelle de la libération de Samuel et Jean-Salvy a été accueillie avec soulagement par leurs proches et les élus. Le secrétaire national du Parti socialiste aux droits de l’Homme, Pouria Amirshahi, a ainsi salué samedi une «bonne nouvelle pour le droit».


Poitiers, récit d’un engrenage

Libéré vendredi, Jean-Salvy Compte revient sur les événements qui l’ont conduit à être arrêté, gardé à vue puis emprisonné, à la suite de la manifestation anti-carcérale de Poitiers, le 10 octobre.

De la manifestation à la prison. Jeune étudiant en sociologie, et militant «occasionnel», Jean-Salvy Compte, ne se doutait pas une seconde de ce qui allait lui arriver, le 10 octobre dernier, quand il s’est rendu à la manifestation contre l’inauguration de la prison de Vivonne, à l’initiative du collectif anti-carcéral. «Alerté par des affiches annonçant une manifestation festive», il se retrouve avec des amis au point de rendez-vous, «en arrière d’un cortège masqué, sans slogans ni banderoles, silencieux et pas du tout festif». Voyant la tournure que prenaient les choses, il décide de sortir de la manifestation, «surpris et choqué» par les saccages et la violence du cortège. Mais espère toujours pouvoir se rendre, le soir, accompagné de Samuel Bastard, son ami, au concert qui devait clore la journée de mobilisation.

«Je reconnais ces gueules de cons»

«Au carrefour qui précédait le lieu du concert, il y avait des cars de CRS, mais nous avons décidé d’aller voir quand même, nous n’imaginions pas du tout ce qui allait nous arriver.» À l’entrée de ce lieu tenu par un collectif artistique, il a le temps de voir, dans la cour, la centaine de personnes venues assister au concert, assises les mains sur la tête. Lui et son ami ne pourront pas rentrer : «un policier nous a désigné, et a dit en substance “Je reconnais ces gueules de con, vous êtes de toutes les manifestations” : nous avons été arrêtés, menottés, et conduits au commissariat». Ignorant ce qu’on lui reproche, «sûr qu’on allait s’apercevoir qu’il n’était pas la bonne personne», Jean-Salvy Compte reste alors persuadé qu’il serait «relâché au bout de quelques heures». Mais au bout de ces quelques heures vient seulement le premier interrogatoire, «toujours sans précision sur ce qu’on me reproche». Ce n’est d’ailleurs qu’à la reconduction pour 24 heures de sa garde à vue que le jeune homme, surpris de la tournure que prennent les choses, décide de rencontrer un avocat commis d’office, qui lui notifie ses droits. Au second interrogatoire, il apprend qu’il est soupçonné d’avoir lancé un objet métallique en direction des policiers pendant la manifestation. Ce qu’il nie. Au bout d’un troisième interrogatoire, «épuisé, impressionné par les policiers qui sont là en nombre, et qui lui disent que reconnaître est la seule solution pour éviter la prison», il finit par signer le procès verbal.

Enfermés à la prison de Vivonne

Conduit au tribunal dès le terme de sa garde à vue, il revient sur ses déclarations devant le procureur général. «En arrivant, en voyant les cars de CRS, les caméras de télévisions, j’ai réalisé l’ampleur qu’avait pris l’affaire.» Il ne peut voir son avocat «que cinq minutes, juste avant que le procès ne démarre», le lundi en début d’après-midi. La sentence tombe vers 1 heure du matin : six mois de prison dont un ferme avec mandat de dépôt, pour lui comme pour son ami, Samuel Bastard, reconnu coupable des mêmes faits. Patrick, un SDF de 51 ans que Jean-Salvy ne connaissait pas auparavant, est lui condamné à huit mois dont quatre ferme. Tous sont conduits immédiatement dans la prison de Vivonne. Placés dans un bâtiment à part, un peu coupé du reste de la prison, les deux jeunes étudiants obtiennent d’être ensemble pour «se soutenir mutuellement». Une cellule «neuve, avec une douche et la télévision», des surveillants «plutôt gentils»… Ce que Jean-Salvy retient de son séjour à Vivonne, c’est surtout de s’être «beaucoup ennuyé», trop «angoissé et stressé pour pouvoir se concentrer pour lire ou quoi que ce soit». Vendredi, le tribunal a décidé la remise en liberté des deux étudiants, mais pas de Patrick, «faute de garantie de représentativité». «Nous, on pense à lui, c’est injuste, il n’a pas compris et nous non plus», commente l’étudiant qui est venu assister au départ d’une nouvelle manifestation de soutien, samedi, pour obtenir la libération du SDF.

Leur presse (Anne Roy, L’Humanité), 26 octobre 2009.


«On ne fait pas partie de l’ultragauche»

Poitiers. Samuel et Jean-Salvy, libérés vendredi après douze jours de détention, aspirent au calme. Rencontre.

Lui, c
est Jean-Salvy Compte, 20 ans, né à Guéret, mince jeune homme brun au visage légèrement mangé de barbe. À ses côtés, 20 printemps lui aussi, cest Samuel Bastard, né à Poitiers, plus enveloppé, un visage encore poupin cerclé de cheveux roux. Ces deux-là se sont connus au lycée, en classe de première. Depuis, lamitié a pris le quart. Ils ont vécu les manifs, lengagement, les rires entre copains et partagé une même colère contre le monde tel quil va. Ou ne va pas…


Depuis ce funeste 10 octobre, ces deux-là se sont retrouvés pris dans un engrenage infernal : interpellation au soir de la manif anticarcérale, garde à vue épuisante, comparution immédiate et prison. On ne reviendra pas ici sur les faits, qui doivent être réexaminés le 10 décembre prochain lors de leur procès d
appel. Dailleurs, ils ne le souhaitent pas, laissant à leurs conseils le soin de préparer leur défense. «On reste optimistes, lâche Samuel, nos avocats nous ont dit quon avait de bonnes raisons de lêtre.» Alors, en attendant, au sortir dune douzaine de jours de détention, les deux copains tentent de décompresser. «Ce quil y a de plus dur en prison, raconte Jean-Salvy, cest de ne pas voir ses proches comme on le veut, même si on recevait une dizaine de lettres par jour.»

Le moral, comment était-il ? «Il y avait des hauts quand on voyait le soutien qu
on avait à lextérieur, des bas quand on a appris que le parquet faisait appel. Mais on était deux en cellule, on pouvait discuter, se soutenir mutuellement. Mais le plus dur, cest vraiment cette sensation denfermement.»

Maintenant qu
ils ont recouvré la liberté, les deux amis veulent se poser, prendre un peu de repos avant de rejoindre les bancs de la fac. La géographie pour Samuel, la sociologie pour Jean-Salvy.

«On ne cautionne pas la violence»

Des étudiants comme les autres. Ou presque. Politisés ? C
est certain. Dultragauche ? Samuel rit : «On est bien à gauche mais on ne fait pas partie de lultragauche ! Ils ont cassé et tagué le patrimoine, je ne cautionne pas ce qui sest passé.»

Jean-Salvy enchaîne en souriant, lui aussi : «Vous savez, nous ne sommes pas des dogmatiques, nous n
avons pas de maîtres à penser !»

Les deux se disent maintenant «impatients» de reprendre les cours pour rattraper leur retard. D
ici là, Jean-Salvy va «profiter» de ses proches, Samuel va peut-être sautoriser une petite balade dans le sud. Pour oublier quà 20 ans, il est un temps passé par la case prison, loin, bien loin de ses rêves denfant…

Leur presse (Jean-Michel Gouin, La Nouvelle République), 26 octobre.
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Mercredi 28 octobre 2009
Six mois de prison ferme pour avoir caillassé les policiers


Un habitant de Fréjus reconnu coupable d’avoir caillassé des policiers lundi soir à Saint-Raphaël, a été condamné à six mois de prison ferme en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Draguignan, a-t-on appris mercredi de source judiciaire.


Lundi vers 23H00, un groupe dune vingtaine de personnes avait caillassé la patrouille de la BAC au lendemain du décès à Fréjus dun motard ayant heurté un arbre pour se soustraire à un contrôle de police, selon le parquet. Un policier avait été blessé au nez par ces jets de pierre, entraînant deux jours dinterruption temporaire de travail (ITT), et deux jeunes, dont lhabitant de Fréjus, avaient été interpellés. Lun, mineur de 16 ans, déféré devant le juge des enfants, a été placé mardi en liberté surveillée. En plus de sa condamnation à six mois de prison ferme, lhabitant de Fréjus, âgé de 24 ans, a été condamné à 1500 euros damende. Il a été laissé en liberté et devra se soumettre aux conditions du juge dapplication des peines.

Leur presse (Yves Lebaratoux, France 3 Méditerrannée), 28 octobre 2009.



 

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Mercredi 28 octobre 2009
Après les incidents de Poitiers, des autonomes revendiquent leur action

Pour la première fois, les autonomes à l’origine des incidents survenus le samedi 10 octobre à Poitiers, lors d'une manifestation contre la nouvelle prison de Vivonne, sortent de leur silence. Dans un texte adressé au Monde, ils revendiquent à leur façon les tags et les bris de vitrines, justifient leur mode d’action violent et s’expriment par rapport à la peur que cela a pu engendrer dans la population.

«Nous sommes passés par ces rues, écrivent-ils. Le plus vieux baptistère de France [le baptistère Saint-Jean qui a été tagué] a été baptisé […]. Il faut avouer qu’on s’en fout du patrimoine. Toute trace des incandescences passées est monumentalement neutralisée. Alors, faut ranimer un peu.» Ils reprennent la version abrégée d'une locution latine «Omnia sunt communia» qui avait été tracée à la peinture rouge sur les murs du baptistère et qui signifie : «En cas d’extrême nécessité, ce que le monde produit doit être mis en commun.»

Un peu plus loin, ils ajoutent : «Nous sommes passés par ces rues. Sur les images, il y a des pleurs d’enfants. On voudrait que les enfants pleurent à cause de nous. Mais ils pleurent avec nous. Ce sont les mêmes larmes que nous avons versées […], des larmes contre ce monde.»

Codes des insurrectionnalistes

Ce texte signé «quelques casseurs» peut apparaître abscons. Il reprend les codes et le langage des autonomes dits insurrectionnalistes. Venus à Poitiers de plusieurs villes de France, on les avait aussi vus à Strasbourg en avril, lors du contre-sommet de l’OTAN, et à Paris le 21 juin.

Il nous est parvenu une semaine après la manifestation de Poitiers. Pour vérifier son authenticité, il a été demandé à ses auteurs des «garanties» prouvant qu’ils se trouvaient bien sur place, ce qui a été fait.

L’anonymat reste toutefois de mise. Car une information judiciaire a été ouverte, le 12 octobre, par le procureur de Poitiers, Pierre Sennes, pour «organisation d’un attroupement armé», afin de «rechercher les personnes à l’origine de cette manifestation».

Le texte, ironiquement intitulé «Coucou c’est nous», que nous rendons public, répond également à l’article du Monde daté du 13 octobre, dans lequel nous qualifiions leur mode d’intervention de «stratégie du coucou» : ils se greffent à une manifestation un jour d’événement festif, ce qui leur permet d’utiliser masques et cagoules, parfois sur le mode carnavalesque. Ce mode d’intervention fait également l’objet de débats chez les autonomes.

«Ce jour-là, à bien y regarder les coucous n’étaient ni dans le festival [le Festival d’arts de la rue qui se tenait alors à Poitiers], ni dans la manif, ce qu’ils squattent c’est la société. La condition de coucou, c’est simplement une existence révolutionnaire dans la société», disent-il.

Le texte n’évoque pas les huit personnes condamnées dont trois à des peines de prison ferme — entre un et quatre mois — pour «violences en direction des forces de l’ordre» (jet de projectiles) et placées sous mandat de dépôt.

La cour d’appel de Poitiers examinera, jeudi 22 octobre, les demandes de remise en liberté concernant ces trois dernières personnes, qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’organisation des incidents.

Leur presse (Isabelle Mandraud et Caroline Monnot,
Le Monde), 21 octobre 2009.


Coucou c’est nous

Poitiers, 10 octobre 2009. Y a d’la casse. Un institut de beauté, une agence de voyage, une librairie catho, une bijouterie, départ de feu à la Direction du Travail, une banque, un Bouygues-qui-construit-des-ballons, un France Telecom dont on ne peut décemment demander la démission du PDG, mais seulement le suicide, deux banques, un journal local…

Bon, nous sommes passés par ces rues. Le plus vieux baptistère de France a été baptisé. Les traces que nous laissons. À même le patrimoine. Il faut avouer qu’on s’en fout, du patrimoine. Toute trace des incandescences passées est monumentalement neutralisée. Alors, faut ranimer un peu. Mettre de la couleur. Se souvenir de l’oubli des puissances. «Omnia sunt communia». Nous allons, nous manifestons à la rencontre de tout ce qui, dans le passé, nous attend.

Nous sommes passés par ces rues. Sur les images, il y a des pleurs d’enfants. On voudrait que les enfants pleurent à cause de nous. Mais ils pleurent avec nous. Ce sont les mêmes larmes que nous avons versées, celles de la Séparation, des larmes contre ce monde. La destruction, elle, est source de joie. Tout enfant le sait, et nous l’apprend.

À propos du 10 octobre à Poitiers, des spécialistes ont parlé de la «stratégie du coucou» (cf. Le Monde du 13 octobre). Les manifestants se seraient fait passer pour des festivaliers. Depuis le nid culturel squatté, ils auraient pris leur envol à grand fracas.

La réalité est que la manifestation festive contre la prison de Vivonne avait été appelée par voie d’affiches, et que la préfecture avait jugé négligeable de prendre des dispositions particulières.

La réalité, c’est d’abord un rassemblement masqué donc illégal : rien que des coucous.

Limite de la loi anticagoule, on n’interdit pas le carnaval. Embarras des forces de l’Ordre. Difficile de dire, en effet, où commence la fête.

On n’interdit pas le carnaval. Il y a donc masques et masques. Ceux qui au fond ne recouvrent plus rien, et les autres, les nôtres, ceux des coucous. Ce qui est visé par la loi, c’est une certaine façon de se masquer ; se masquer en ayant de bonnes raisons de le faire, se masquer parce qu’on a quelque chose à cacher, ou plutôt, quelqu’un. On a tous quelqu’un à cacher.

Ce jour-là, à bien y regarder, les coucous ne sont ni dans le festival, ni dans la manif. Ce qu’ils squattent, c’est la société. La condition de coucou, c’est, simplement, une existence révolutionnaire dans la société.

«Être révolutionnaire», rien de plus problématique. Ceux pour qui ça ne fait pas problème seront les premiers à se rendre, à faire de leur mode de vie une défaite. Figés dans leur identité, et dans leur «fierté», et raides.

Ce qui est lâche, ce n’est pas la duplicité, ni la dissimulation. Ce qui est lâche, c’est d’affirmer l’inaffirmable. De se revendiquer «anarcho-autonomes», par exemple.

C’est de prétendre dire, dans la langue de l’ennemi, autre chose que des mensonges. Il n’y a pas des révolutionnaires, pas d’identité révolutionnaire, mais des devenirs, des existences révolutionnaires.

Eh oui, nous autres coucous, il nous faut inventer, en même temps qu’une réalité tranchante, les moyens de tenir. Ou plutôt c’est la même chose, le même processus.

La question est : qu’est-ce qui nous tient ?

La génération des années 60 n’a pas su le faire, avec les années 80 comme excuse historique, et couvercle de plomb. Nous autres, nous n’avons pas droit à l’erreur.

Jamais la situation n’a été aussi mûre ; et pourtant, le camp révolutionnaire est un vaste chantier. Même parmi les ruines, il faut déblayer le terrain, la place manque toujours pour construire autrement. Jamais la situation n’a été aussi mûre ; et pourtant, tout ou presque reste à faire, et pourtant, nous avons le temps. Il nous faut donc tenir, tenir à ce qui nous tient. Tenir, tromper l’ennemi. Déjouer les logiques de représentation, piéger la répression. Nous sommes tous des coucous.

Nés dans le nid de la domination, il nous faut grossir, devenir trop-grands pour son espace et ses coquilles vides. C’est ainsi : l’époque a dans son ventre les enfants qui lui marcheront dessus. Elle les nourrit, leur donne un semblant de «monde», elle n’a pour les choyer que ses flux toxiques, elle n’a que ses poisons. S’ils en réchappent, ils la tueront. Ils la tueront de la plus noble, de la plus digne, de la plus belle des façons, enfin, comme on commet sans doute un matricide.

Quelques casseurs


Vol au-dessus d’un nid de casseurs

Le site Internet du journal Le Monde indique, ce 21 octobre, avoir reçu le texte ci-dessus reproduit à propos de la manifestation de Poitiers du 10 octobre 2009. Il est signé «Quelques casseurs». Les journalistes affirment avoir pris des garanties concernant la participation effective des signataires à la manifestation. Cette précision, assez surprenante quant à ce qu’elle suppose d’échanges épistolaires, n’offre aucune garantie réelle. Disons qu’à la lecture ce texte semble plausible, même s’il est plus que probable qu’il a été rédigé et envoyé, comme l’indique la signature, par un petit groupe d’individus.

Ces casseurs assumés ne sont pas des imbéciles : ils lisent Le Monde et savent même un peu de latin.

Ils présentent toutefois une faiblesse de caractère, d’ailleurs vénielle, mais qui peut influencer fâcheusement l’action : ils sont susceptibles.

Les journalistes de l’Officiel de tous les spectacles ayant avancé qu’ils avaient pratiqué, à Poitiers et ailleurs, la «stratégie du coucou», ils tiennent à répliquer. D’un point de vue politique et stratégique leur réponse n’est pas dénuée d’intérêt, puisque le reproche des journalistes est partagé par une partie du public politisé. En gros, sur le mode «Bien la peine de se dire autonomes s’il vous faut les mouvements d’une foule que vous méprisez pour bouger le petit doigt».

Le texte rappelle utilement quelques éléments factuels (manifestation convoquée par voie d’affiches) et souligne l’embarras des autorités à appliquer leur énième règlement (en l’espèce : anti-cagoule).

On notera une jolie formule polysémique : «On a tous quelqu’un à cacher».

Maintenant, en quoi ce texte me paraît-il critiquable (ce qui n’est pas en soi un «reproche» ; étant critiquable, il contribue au débat critique).

Tout d’abord, dans son optimisme millénariste et incantatoire : «Jamais la situation n’a été aussi mûre» (bis). Jamais. Le mot est fort. Si fort qu’il est absurde, même rapporté au jeune âge supposé des rédacteurs.

Au fait, que peut bien signifier une situation «mûre», du point de vue de l’éruption d’un mouvement révolutionnaire communiste, alors que «tout reste à faire» dans le camp de la révolution ? Je partagerai d’ailleurs volontiers cette dernière appréciation, et même j’accorde que les révolutionnaires (moi itou) ont le plus grand mal à se montrer à la hauteur de leur époque (tandis qu’ils sont tentés de penser que c’est l’époque qui est indigne d’eux).

Mais revenons à cette «maturité» ; on la devine plus proche du baril de poudre qui attend l’étincelle que de l’opulence de la grappe attirant le maraudeur.

Maturité, du latin maturus, qui se produit au bon moment. En quoi la situation présente peut-elle «se produire au bon moment». Elle a lieu, un point c’est tout. Le présent se produit. C’est le moment présent. On peut se réjouir de tel moment présent (une insurrection) ou se désoler de tel autre (son écrasement). On dira donc que l’insurrection tombe à pic et que son écrasement est regrettable. Mais des deux situations, laquelle est ou était la plus «mûre» ?

Taxi ! suivez cette métaphore !

Parions, sous réserve de démenti à venir, que les coucous casseurs entendent que le baril de poudre sociale déborde. Il n’attend qu’un porteur de mèche enflammée pour exploser révolutionnairement. Le casseur (de vitrines, de préjugés, de coffres…) amène sa mèche (sa plume, dit le cambrioleur) avec lui. Dissimulé partout (coucou), on le croit disparu ou exterminé ; il renaît de ses cendres, se fait oiseau de feu (phénix) et embrase steppes, métropoles et banlieues…

La métaphore est jolie, mais remplit mal son rôle : aider à penser plus loin. Elle offre surtout l’avantage de donner un rôle aux casseurs, aux révolutionnaires. C’est à eux de commettre le geste symbolique qui déclenchera l’explosion.

Quant à la maturité de la situation, le texte ne permet de la penser que de manière métaphorique et mécaniste : poudre, pression de vapeur, goutte d’eau dans un vase… Or, de quoi est-elle faite, cette situation sociale, de quels rapports de force, de quels rapports de classe, de quelle exploitation ? Le texte n’en dit rien, qui évoque uniquement «les logiques de représentation» [Ce rappel est-il bienvenu ou dérisoire lorsque l’on adresse un texte au journal Le Monde…] et «la répression».

On objectera que ce texte ne prétend pas tout dire et qu’il est probablement rédigé très vite (c’est aussi, hélas, le cas de la présente chronique). Il n’en est pas moins vrai qu’il se présente, librement, comme une protestation de manifestants devant des journalistes et des lecteurs critiques. Il est donc légitime de le critiquer pour ce qu’il dit (consciemment ou non) et pour ce qu’il tait.

Tel quel, le texte Coucou c’est nous suggère, me semble-t-il, une représentation de la société essentiellement idéologique, un théâtre d’idées, de «logiques de représentation». Il est vrai que, dans les cibles des casseurs, rappelées en début de texte (direction du Travail, banque, etc.) peut se lire entre les coups de masse une analyse anticapitaliste. Elle n’est pourtant pas évoquée, encore moins explicitée, dans le corps du texte.

L’absence d’évocation d’une grille d’analyse sociale et historique, la métaphore de la «maturité», me font penser — peut-être à tort — que les casseurs de Poitiers ont en tête une vision morale de la situation. Dans cette perspective, la phrase «Jamais la situation n’a été aussi mûre» s’entendrait ainsi : «Jamais n’ont existé autant de motifs réunis de dégoût et de révolte». Appréciation dont le plus aimable qu’on puisse dire est qu’elle est subjective et, faute de perspective, an-historique. Avait-on moins de raisons de se révolter en 1894 ? en 1920 ? en 1968 ?

Il est vrai qu’une phrase est censée introduire une perspective historique. La «génération des années 60» est excusée de n’avoir pas su inventer «les moyens de tenir». Considérations générationnelle — hors sujet me semble-t-il — et psychologique. Cette dernière n’est jamais hors sujet, à condition d’être articulée avec une analyse sociale et politique [Pour donner un exemple écrasant : Psychologie de masse du fascisme de W. Reich].

Mère, mère ! pourquoi m’as-tu abandonné ?

Le choix du style et les contraintes psychologiques de la réplique (oui coucou ! et alors !) amènent les rédacteurs à filer la métaphore ornithologique de manière étrange à mes yeux.

C’est dans le nid utérin de la société que se dissimulent les coucous. C’est donc la mère (faussement) nourricière — la société, la domination, l’époque — qui est choisie pour cible. Au lieu des remerciements qu’elle attend, nous cassons… L’oiseau se révolte et pique du bec la main qui le nourrit.

La domination-mère n’a, pour choyer ses enfants-coucous que «ses flux toxiques», «ses poisons». Cette empoisonneuse — dont on imagine les seins dégoulinants d’un pus noirâtre, comme dans une pub de la fondation Nicolas Hulot —, sera tuée par les coucous survivants. Elle sera tuée «de la plus noble façon», «comme on commet sans doute un matricide».

Voilà donc où nous dépose cette métaphore…

Ainsi les rédacteurs nous proposent-ils une espèce de programme poétique, symbolique et psychanalytique, dont l’issue — capitale dans tous les sens du terme — est le matricide.

Je vois mal en quoi cette «proposition» pourrait faire avancer en quoi que ce soit la compréhension critique de ce monde. Je vois trop bien comment elle peut contribuer à la confusion sur le rapport du révolutionnaire à ce monde, lequel est supposé se retourner contre la société/mauvaise mère [Et ton papa, il est au travail ? Et ta sœur ?]. Ou autrement dit contribuer à un recentrage psychologique (et individuel) de la pensée critique ; la dimension collective étant prise en charge par la perspective mystique millénariste.

Y mêler un improbable communisme primitif chrétien autorise, certes, un joli tag (omnia sunt communia [In extrema necessitate omnia sunt communia, id est communicanda, soit à peu près : «Dans l’état d’extrême nécessité, toutes choses sont communes et accessibles à tous». La citation se trouve, paraît-il, dans un texte du Concile Vatican II de 1965 (Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps, «Gaudium et Spes», § 69). La formule courte taguée sur le baptistère de Poitiers se rencontre antérieurement chez Isidore de Séville et Thomas d’Aquin.]). Il intrigue journalistes et blogueurs catholiques, qui découvrent ainsi des pans inconnus de leur propre religion qui les attendaient dans le passé. Et après…

Pour le dire de manière délibérément utilitariste et peu élégante : ça sert à quoi ?

Le bris de vitre attire l’attention sur le slogan qui suggère une réminiscence théologique qui… Qu’est-ce que ces symboles-gigognes sont censés produire ? L’étincelle psychologique, qui va convaincre les dominés de passer au matricide social ?

L’objectif initial de la manifestation — protester contre une prison, et à cette occasion contre toute prison — me paraît fort légitime. Banques, bâtiments administratifs ou religieux : que l’on casse, sabote en douceur, ou «défigure» les symboles, aussi dérisoires soient-ils, de dispositifs aliénants ne me contrarie pas [Même si l’exercice concret n’est plus ni de mon âge ni de mon agilité].

Mais, d’une part, légitimité ne signifie pas nécessairement opportunité (caractère de ce qui opportun)…

Qui abandonne qui, finalement ?

… D’autre part, ce qui me contrarie, c’est que l’on abandonne sur le terrain, comme autant de dégâts collatéraux, ceux qui courent moins vite que les autres. C’est une image désastreuse de l’égalitarisme communiste.

C’est un problème à la fois politique (sens large) et stratégique (décisions concrètes).

L’histoire des dernières décennies est assez riche en actions collectives «violentes», menées de manière autonome (c’est le cas de le dire, même si les jeunes militants d’aujourd’hui semblent ignorer que de telles actions ont aussi été le fait de gauchistes, LCR, Gauche prolétarienne maoïste, notamment).

La manière dont de telles actions sont organisées (commandos, groupes compact en manif ou au contraire individus disposés à se disperser façon volée de moineaux…), la manière dont la sécurité des militant (e)s est prévue ou non, tout cela influe sur l’impact social des actions, et d’abord dans les milieux militants ou politisés les plus voisins.

De ce point de vue, l’absence dans le texte des casseurs d’une seule phrase, d’un seul mot, sur les personnes arrêtées et lourdement condamnées à Poitiers est une faute politique, et morale ajouterai-je pour me faire bien comprendre d’eux.

Tactiquement, c’est laisser passer une occasion de dénoncer une justice de classe, qui frappe toujours plus lourdement, à l’occasion de ce genre de manifestation, les individus les plus désocialisés (décidemment, Maman ne distribue pas son amour équitablement !).

C’est précisément prêter le flanc au reproche de manipuler, vilains coucous, la méprisable piétaille contestataire. Peu importe ici que ce reproche soit aussi articulé par des journalistes bourgeois ; d’ailleurs vous les jugez d’assez respectables interlocuteurs pour leur prouver votre bonne foi. Et, du coup, ils relèvent immédiatement la contradiction entre votre protestation narcissique et votre silence sur les condamnés.

Peu importe également que les personnes condamnées (et leurs proches) n’aient pas en toute circonstance le discours impeccablement radical que l’on attendrait. S’ils sont critiquables, critiquons-les. Et que ceux qui n’ont jamais péché (ni leur père), leur jettent la première boule de pétanque !

Paraître les ignorer, dans un texte de revendication politique, tout occupés que l’on est à ciseler des allusions littéraires ou théologiques dont on le parsèmera comme on cache des œufs de Pâques dans le jardin pour que les gamins les trouvent [Il en est une dans l’alinéa précédent. Sauras-tu la découvrir, ami lecteur ?], n’est ni noble ni digne, pour reprendre les hautes exigences affichées, pour l’avenir il est vrai, par ces quelques casseurs.

Claude Guillon, 22 octobre.


Quand un simple coucou en passant transforme un simple passant en coucou…

Certes on n’a pas attendu le samedi 10 octobre pour s’interroger dans le mouvement anti-capitaliste sur la pertinence des modes d’intervention «radicaux» en manif, des black blocks aux totos parisiens. Toutes situations ne sont pas comparables, et aucune position ne saurait être trouvée qui serait généralisable a priori. Cependant la manif de Poitiers a généré un trouble particulier, et qui déborde cette simple journée. Qu’est-ce qui a coincé là ?

Laissons de côté l’hypothèse (pourtant tentante au vu de certains témoignages lors d’autres manifs) de la manipulation policière. Puisque certains sur le web défendent cette action, posons comme postulat que leurs auteurs pourraient être des vrais révolutionnaires et non des flics.

Ce qui est insupportable dans cette action commando dans la manif de Poitiers, c’est que ceux qui l’ont investie sur leurs propres objectifs et avec leur façon d’agir l’ont décidé entre eux. Mais l’ont imposé à tous. Ça s’appelle une prise de pouvoir.

Ce qui est insupportable c’est qu’il semble depuis longtemps impossible de discuter ce mode d’action, sans passer pour des minables défenseurs de la démocratie bourgeoise et des alliés objectifs de la police. Ça s’appelle être réduits au silence.

Mais cette fois à Poitiers, quelque chose n’est pas passé. Des doutes s’expriment. Avec prudence : il faut remarquer à quel point les prises de position sont rédigées, et à quel point il y a extrêmement peu de commentaires sur les sites militants ! Chacun observe, attendant de voir qui va réussir à mettre le doigt sur les questions qui dérangent. Essayons.

L’OCL-Poitou, qui était partie prenante de l’organisation de ce week-end d’actions anti-carcérales, a réagi la première par un communiqué le 11 octobre. Des «anars précipités», qui reconnaissent ne pas avoir été à Poitiers, ont communiqué le 11 octobre leur avis sur ce texte, transmis sur le site Non-Fides qui, ça tombe bien, a toujours un avis sur tout et tout le monde. Le Collectif contre la prison de Vivonne, organisateur de ce week-end, a publié aussi un court communiqué le 11 octobre. Au moins deux textes publiés sur Indymedia Nantes les 14 et 18 octobre ont tenté de clarifier les questions soulevées. Puis «quelques casseurs» prétendant avoir participé à l’action de Poitiers ont publié un texte sur le site du Monde le 21 octobre. Le 22 octobre, Claude Guillon a publié sur son blog un intéressant avis sur tout cela…

Si la question posée ici est peut-être celle sempiternelle de la fin et des moyens, elle n’est aucunement celle de la non-violence ou de la violence. Bris de vitrines, fumigènes, courses avec les flics, aucun blessé — le spectacle ressemble plus à un concert de metal qu’à une émeute. Assimiler de la casse matérielle à de la violence, c’est le discours des flics et des gouvernements. D’un point de vue révolutionnaire, le choix de l’action violente, c’est le choix de la lutte armée.

Si utilisant la manif en centre ville comme diversion, nos valeureux combattants masqués s’étaient donnés les moyens d’attaquer la prison pour libérer les prisonniers, personne n’aurait rien trouvé à y redire. Et leur acte, quel qu’en soit l’issue, aurait été perçu comme un acte nécessitant un courage certain. Et si besoin, c’est sans réserve que des comités de soutien auraient ensuite été montés.

Mais nous ne sommes pas dans une telle situation. Les commandos du centre ville de Poitiers n’ont fait montre que de lâcheté et de mépris des autres.

Mépris envers les militants qui choisissent d’autres moyens d’action que ceux qu’ils prônent. Des semaines de préparation, d’organisation, d’AG collectives pour mettre sur pied des débats, des tracts, des interventions auprès des citoyens pour tenter d’élargir la prise de conscience de la nécessité d’abolir la prison … balayées en quelques minutes.

Mépris envers les manifestants qui courent moins vite qu’eux, qui se laissent exciter par la situation, et qui sont ceux qui se font serrer par les flics et assommer en comparution immédiate quand les initiateurs sont déjà loin et ont déjà retourné leur veste noire pour s’en aller discrètement. Une action anti-carcérale qui se termine par au moins trois embastillés supplémentaires quand il y en avait tant à libérer pas loin… le bilan est sans appel.

Mépris envers ceux qui émettent ensuite des doutes sur l’intérêt politique de ce type de comportements.

Le débat va continuer…

À quoi et à qui servent ce type d’interventions blitzkrieg ?

Qui décide et quelle liberté est laissée à ceux des manifestants qui ont un désir différent ?

Pendant qu’on se retrouve ensuite à consacrer un temps énorme à organiser des comités de soutien à ceux qui se font incarcérer suite aux manifs, à quels autres projets décidés collectivement ne peut-on plus se consacrer ?

Mercredi 21 octobre, un texte envoyé au Monde (au Monde ? Quelle considération pour le plus haut symbole de la presse bourgeoise française !?) revendique cette action. Ce texte recèle quelques jolies trouvailles (le titre «coucou c’est nous», la digression sur le carnaval couronnée par la formule «difficile de dire où commence la fête», le slogan «on a tous quelqu'un à cacher»…). Recèle-t-il autre chose qui fasse sens, à part son incroyable conclusion ! En effet, au final les rédacteurs tombent le masque : ils appellent à un «matricide» !!!

La situation, la domination, l’époque, la société : il y a pour eux là-dedans quelque chose qui serait de l’ordre du féminin, du maternel ? À fouler aux pieds, jusqu’à tuer ! Maman je te hais !

Les auteurs prétendent désirer «déjouer les logiques de représentation». Ils en sont très très loin.

On pourrait interroger l’aspect terriblement masculin du mode d’action qui les excite. Beaucoup d’agitation, de fanfaronnade, look menaçant et action musclée, effet de surprise et effet de meute, du bruit et de la fumée… Suivis d’un repli stratégique. Forts en gueule, mais lâches et irresponsables : typiquement masculins, non ? Des petits garçons coléreux, des ados sur-caparaçonnés. Et ils justifient cela par un appel au «matricide». Triste confirmation.

Et c’est là qu’est le problème. Parce qu’aucune révolution n’est à attendre d’individus qui n’ont pas fait le ménage en eux-mêmes de l’endoctrinement qu’ils ont reçu de leur famille, de l’école, de l’ordre social.

Ces coucous me semblent désespérément réactionnaires.

L’Unique, ni pigeon ni vautour (peut-être merle moqueur ?)
L’En Dehors, 25 octobre.


Retour sur un texte trop précipité publié sur cette page

Après la publication, le 12 octobre, du texte «Éclaircissements récents sur l’impossibilité de quelques affinités», un certain nombre de critiques nous ont été adressées, dont plusieurs nous ont paru justifiées.

En premier lieu, nous pensons qu’il n’était pas judicieux, à ce moment précis où la répression faisait son travail, de préciser notre non-participation à cette manifestation, il s’agissait naïvement d’exprimer un désaccord sur le contenu de ce rassemblement et pas, comme nous l’avons maladroitement fait, de faire le travail des flics.

Nos critiques répétées à l’encontre de certaines organisations, bien que parfois maladroitement formulées, ne s’inscrivent pas dans une guerre de chapelle, ni dans une posture du «plus radical que moi tu meurs», elles visent simplement à émettre une opposition d’idées, et à mettre en lumière une tendance répandue dans beaucoup de ces organisations à condamner la violence dans les luttes et à en isoler les auteurs.

Ce qui nous intéresse, plus que les communiqués de la section Poitou de l’OCL, c’est le fond que se donnent les luttes et les formes qui y correspondent. C’est en fonction de ces critères que nous décidons de participer ou non à telle ou telle lutte. Lutter contre la prison, oui, mais avec quel discours et quelles pratiques ? Est-il possible de supprimer la prison sans combattre en même temps le monde qui la produit et qui en a besoin ? Est-il possible de lutter contre la prison sans s’attaquer à tout ce qui lui permet d’exister, et pas seulement à ses aspects les plus capables de faire jouer «la tactique du scandale» ? Est-il possible de lutter contre la prison en la séparant de toutes les autres formes d’enfermements qui nous oppressent dans presque tous les aspects de cette société carcérale ?

Des questions qu’il nous semble important de poser dans une offensive radicalement anti-carcérale.

Nous réaffirmons notre solidarité à tous ceux qui contribuent à la guerre sociale, contre toute forme de domination.

Non fides, 24 octobre.
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