Vendredi 4 avril 2008

Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est la survie de la culture et de l’identité tibétaine dans un monde chinois qui agit comme un rouleau compresseur avec le formidable boom économique de ces vingt dernières années et la découverte par les jeunes Tibétains des «délices» de la société de consommation.

Tout commence le lundi 10 mars, lorsque le dalaï-lama — plus haute autorité religieuse tibétaine mais également chef du gouvernement tibétain en exil — prononce depuis sa capitale en Inde, Dharamsala, un virulent discours contre le régime de Pékin dénonçant le «génocide culturel» en cours et l’augmentation de la population non tibétaine d’origine chinoise han réduisant «les Tibétains à une insignifiante minorité dans leur propre pays». En écho, à Lhassa, quelques centaines de moines prennent part à une marche commémorant le 49e anniversaire du soulèvement manqué de la population tibétaine contre l’armée d’occupation chinoise et la fuite précipitée du dalaï-lama en Inde. Soixante-dix d’entre eux sont arrêtés. Le lendemain, près d’un demi-millier de moines manifestent pour demander la libération de leurs «frères» arrêtés et sont dispersés par des tirs de grenades lacrymogènes en provenance des forces de sécurité chinoises. De son côté, le 13 mars, la police indienne stoppe au bout de trois jours la marche symbolique de plusieurs centaines de réfugiés tibétains partis de Dharamsala en direction de leur mère patrie.

Écho des émeutes du 14 mars…

… la version des autorités chinoises

Vendredi 14 mars, nouvelle manifestation dans le centre-ville de Lhassa, mais cette fois les moines sont débordés par de jeunes Tibétains radicaux qui s’en prennent violemment aux boutiques des Chinois, Han et Hui (minorité musulmane installée au Tibet depuis plus de cinq siècles). L’armée chinoise quadrille alors en hâte la capitale et ouvre le feu le lendemain sur des moines redescendus dans la rue manifester à nouveau. Parallèlement, d’autres manifestations rassemblant plusieurs milliers de personnes et brandissant des drapeaux tibétains, se produisent dans le Sichuan, le Gansu, le Qinghai et le Yunnan, provinces limitrophes de la «région autonome du Tibet» car cette dernière ne recouvre qu’une petite moitié du Tibet historique depuis le Traité de 1951 faisant suite à la «réunification pacifique», euphémisme officiel pour la conquête militaire par l’armée de Mao l’année précédente afin de «libérer le Tibet du servage et de l’oppression théocratique» ; manifestations durement réprimées, là aussi dans le sang, par peur de la contagion. Le régime de Pékin est à cran à cinq mois des Jeux olympiques qui doivent consacrer le retour au premier plan de la nation chinoise sur la scène internationale.


Les communiqués de «Radio Free Asia», pro-tibétains, et de l’agence pro-gouvernementale «Chine Nouvelle» sont totalement contradictoires, et le black-out ayant été imposé par les autorités chinoises, il faut aller sur Internet pour recouper les informations avec des témoignages de touristes et de rares journalistes présents avant qu’ils n’aient été expulsés. En tout cas, ce qui est certain, c’est qu’il s’agit là des plus importantes manifestations depuis les dernières émeutes de mars 1989 «célébrant» le 30e anniversaire de la fuite du dalaï-lama ; émeutes alors réprimées d’une main de fer par le secrétaire régional du PCC, qui n’était autre que l’actuel président de la République, Hu Jintao…

Échos de la situation au 21 mars …

… Et au 27 mars

Images d’archives de la répression chinoise au Tibet

Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est la survie de la culture et de l’identité tibétaine dans un monde chinois qui agit comme un rouleau compresseur avec le formidable boom économique de ces vingt dernières années et la découverte par les jeunes Tibétains des «délices» de la société de consommation.

À Lhassa, à l’urbanisme bouleversé et hérissée de grues la transformant en ville «moderne» voire «high-tech», les Han sont désormais majoritaires, tiennent la plupart des commerces et arbitrent le marché de l’emploi avec comme critère : parler le mandarin, la langue officielle chinoise. Ce sont eux qui ont été la cible des jeunes Tibétains s’estimant discriminés, considérés comme des citoyens de seconde zone dans leur propre pays, chauffés à blanc par le discours réquisitoire du dalaï-lama mais qui, faisant fi de sa philosophie bouddhiste non-violente, n’ont pas hésité à piller, brûler les boutiques et les scooters, passer à tabac les Chinois rencontrés sur leur passage, voire à les lyncher dans certains cas. Bilan 
[Sous réserve de vérifications ultérieures, faute de sources indépendantes fiables] : une dizaine de Chinois tués d’un côté, une centaine de Tibétains de l’autre. Du coup, et alors que les autorités chinoises haussent le ton en annonçant une sévère répression, le dalaï-lama appelle au «dialogue», assurant qu’il ne recherche qu’une réelle autonomie et non l’indépendance et refuse d’appeler au boycott des JO, la grande hantise des autorités chinoises. Du côté de la communauté internationale, les protestations sont plutôt virulentes mais sans prôner de véritables sanctions, et à géométrie variable à l’instar du gouvernement français qui n’a pris aucun communiqué [Du moins au moment où sont écrites ces lignes, 21 mars], confirmant que la priorité annoncée en début de mandat présidentiel de la défense des droits de l’Homme a fait long feu à la suite des importants contrats économiques signés dans le sillage du voyage en terre chinoise de Nicolas Sarkozy en novembre 2007…

Si l’occupation militaire chinoise et la répression dans le sang doivent effectivement être dénoncées avec force et le peuple tibétain assuré de notre solidarité, n’oublions pas que le régime tibétain d’avant la «réunification» n’était jamais qu’une théocratie basée sur le servage et que la religion, ici comme ailleurs, est toujours instrumentalisée par la classe des puissants pour asservir le peuple et empêcher toute remise en cause de l’ordre établi.

Jean-Jacques Gandini
Le Monde libertaire, du 27 mars au 2 avril 2008
Le Monde libertaire est l’hebdomadaire de la Fédération anarchiste.
Dimanche 16 mars 2008


La situation au Tibet au 15 mars 2008, selon TF1
Dimanche 22 juillet 2007
Le 12 juin à la cité judiciaire de Dijon, six personnes étaient passées en procès pour «violation de domicile» et «vol aggravé avec violences» suite à une occupation du consulat du Mexique à Dijon qui s’était déroulée en marge des rencontre de l’Action Mondiale des Peuples en août 2006.
    Nous venons d’obtenir la nouvelle du jugement des inculpé-e-s du Consulat du Mexique à Dijon et victoire… c’est la relaxe générale pour les six inculpé-e-s.
    Voilà on peut se dire que la lutte et la défense juridique collective paient. Dans tous les cas, c’est important que la répression de cette action d’occupation n’ait pas abouti plus loin. Mais le plus crucial, c’est évidemment que la solidarité avec les luttes à Oaxaca continue, dans un cadre où les rebelles là-bas mettent leurs vies en jeu et n’ont malheureusement aucune chance d’être «relaxés» pour leurs actes de résistance.
     À ce titre, nous avons tenté de tirer profit de ce malheureux procès en expérimentant une organisation anti-répression politique et collective, mais aussi en participant à diverses actions d’information et de soutien aux luttes à Oaxaca, à Dijon depuis un an.
    Nous joignons ci-dessous un rappel des faits.
    La lutte continue !

Le collectif de soutien aux inculpé-e-s


Rappel : Le 12 juin à la cité judiciaire de Dijon, six personnes étaient passées en procès pour «violation de domicile» et «vol aggravé avec violences» suite à une occupation du consulat du Mexique à Dijon qui s’était déroulée en marge des rencontre de l’Action Mondiale des Peuples en août 2006. Un rassemblement de soutien avait mobilisé 80 personnes avec des expos, tables de presse et prises de parole sur la situation à Oaxaca.
    Rappelons que l’action incriminée s’était déroulée le 1er septembre 2006, en marge des rencontres de l’Action Mondiale des Peuples qui rassemblait à Dijon des centaines de militant-e-s de divers pays européens. Elle visait à montrer une solidarité vis-à-vis des luttes à Oaxaca, région du Mexique autogérée pendant quelques mois par une assemblée populaire, dans le cadre d’un soulèvement massif visant entre autre à chasser le gouverneur tyrannique de la région. Les occupant-e-s voulaient dénoncer la répression sur place, et demandaient à ce qu’un communiqué de protestation soit envoyé à l’ambassade, ainsi qu’à l’État mexicain depuis le consulat.
    Après des arrestations sélectives, à la couleur de peau notamment, et une garde à vue de quelques heures, six personnes ont été poursuivies sur différents motifs («violation de domicile», «vol aggravé» avec violences et en réunion) avec la volonté de criminaliser une simple occupation.
    Les inculpé-e-s et le comité de soutien ont décidé d’appeler à un rassemblement devant le tribunal lors du procès, afin de ne pas laisser passer cette menace sur les actions de solidarité, et plus spécifiquement les occupations. Ils et elles souhaitent par ailleurs continuer à visibiliser les luttes sociales au Mexique, mais aussi la répression terrible qui continue à sévir à Oaxaca depuis le soulèvement de l’an dernier.
Mercredi 18 juillet 2007

Chronologie des événements :


8:00 De nombreuses personnes arrivent à la place centrale (zocalo) de la ville d’Oaxaca.

10:30 La manifestation commence.

11:35 Les premiers affrontements ont lieu, pierres et bâtons contre gaz lacrymogènes et matraques.

11:45 Les forces anti-émeute bloquent la manifestation et isolent ses premières lignes, formées d’universitaires. Une partie de la manifestation a réussi à entrer dans l’amphithéâtre de la Guelaguetza officielle. Les affrontements continuent, les détenus sont brutalement frappés.

12:30 à 14:00 Les affrontements continuent. La police d’Oaxaca reçoit le renfort de la Police fédérale préventive (PFP). Du côté des manifestants, la résistance diminue. En effet, les dirigeants de la section XXII du Syndicat des enseignants ont commencé la Guelaguetza populaire au niveau de la place de la Danza et la majorité des gens s’y concentre.

13:15 On rapporte 40 manifestants blessés, 20 policiers blessés et plusieurs détenus. 5 camions ont été incendiés. L’arrière de la manifestation a été durement attaqué et a dû se replier. Dans le jardin d’El Llano des personnes sont détenues. La situation reste tendue.

20:15 La mort d’Emeterio Cruz est confirmée. Il était hospitalisé suite à l’impact d’une grenade lagrymogène. Les autorités ont voulu le transférer. C’est lors du transfert qu’il a perdu la vie.

21:45 La Radio Disturbio confirme le décès de Raymundo Torres des suites de blessures provoquées par une grenade lacrymogène.

22:43 Les listes officielles et celles des organisations civiles ne coïncident pas. L’APPO compte 62 détenus.

22:54 La direction de la section XXII du Syndicat des enseignants se désolidarise des manifestants.

22:55 La police occupe le zocalo de la ville d’Oaxaca.

22:57 Des barrages policiers sont installés à l’entrée de la ville d’Oaxaca et sur la route Tehuacán-Oaxaca.

23:10 3 hélicoptères de la PFP viennent d’arriver à l’aéroport d’Oaxaca. La radio Oaxaca libre est privée de transmission. Les taxis ne prennent plus personne.


Liste provisoire de détenus :

SILVIA GABRIELA HERNÁNDEZ SALINAS,
LOURDES HERNÁNDEZ HERNÁNDEZ,
EDITH GONZÁLEZ,
JOSÉ LÓPEZ MARTÍNEZ,
GABRIEL IVÀN VIRGEN,
SAÙL MARTÌNEZ PÈREZ,
SERGIO YAHIR MARTÌNEZ,
JULIÁN CONSTANTINO MARTÌNEZ SÁNCHEZ,
IGNACIO MARTÌNEZ PÈREZ,
ARMANDO AGUSTÍN CARRIEDO CHÀVEZ,
CARLOS YAHIR BALDERAS GARCÌA,
JUAN MANUEL CRUZ RÌOS,
GARCÌA HERNÀNDEZ «X»,
JOAQUIN VICENTE,
JESUS LOPEZ MARTINEZ,
JORGE LUIS MARTINEZ,
JUAN CARLOS CRUZ,
EDILBERTO LLESCAS AGUILAR,
PABLO PEREZ HERNANDEZ,
GENARO HERNANDEZ,
JOAQUIN ISRAEL VICENTE CRUZ


Vous pouvez envoyer vos messages de protestation à :

Presidente FELIPE DE JESÚS CALDERÓN HINOJOSA
Residencia Oficial de los Pinos Casa Miguel Alemán
Col. San Miguel Chapultepec, C.P. 11850, México DF
Tel +52 (55) 27891100 - fax +52 (55) 52772376
felipe.calderon@presidencia.gob.mx

Licenciado Francisco Javier Ramírez Acuña,
Secretario de Gobernación,
Bucareli 99, 1er. piso, Col. Juárez,
Delegación Cuauhtémoc, México D.F., C.P. 06600, México,
fax +52 (55) 5093 3414
frjramirez@segob.gob.mx

Ambassade du Mexique
9 rue de Longchamp - 75116 Paris
Tel 01 53 70 27 70 - fax 01 47 55 65 29

Consulat du Mexique & Office du tourisme
4, rue Notre-Dame-des-Vicoires - 75002 Paris
Tel 01 42 61 51 80 - fax 01 42 86 56 20

Consulat honoraire : Toulouse
35 rue Ozenne - 31000 Toulouse
Tel 05 61 25 45 17 - fax 05 61 55 01 55

Consulat honoraire : Strasbourg
19a rue Lovisa - 67000 Strasbourg
Tel 03 88 45 77 11 - fax 03 88 45 87 69

Consulat honoraire : Lyon
3 chemin des Cytises - 69340 Francheville
Tel 04 72 38 32 22 - fax 04 72 38 32 29

Consulat honoraire : Le Havre
Société Georges Vatinel
58 rue de Mulhouse - 76600 Le Havre
Tel 02 35 26 41 61 - fax 02 35 25 18 92

Consulat honoraire : Fort-de-France
31 rue Moreau de Jonnes - 97200 Fort-de-France
Tel 05 96 72 58 12 - fax 05 96 63 18 09

Consulat honoraire : Bordeaux
11-15 rue Vital Carles V - 33080 Bordeaux
Tel 05 56 79 76 55 - fax 05 56 79 76 66

Consulat honoraire : Barcelonnette
7 avenue Porfirio Diaz - 04440 Barcelonnette
Tel 04 92 81 00 27 - fax 04 92 81 33 70


Plus d’information :


Radio Disturbio

Photos

Vidéo
Mardi 3 juillet 2007
Au cours des deux derniers mandats présidentiels précédents, mais déjà auparavant, les violations des droits humains fondamentaux ont été la norme au Mexique : le massacre d’Aguas Blancas en 1995, celui d’Acteal en 1997, la répression visant les communautés indigènes de l’Oaxaca et du Chiapas, les assassinats à Ciudad Juárez, massacre d’El Charco, l’entrée en force de la PFP à l’UNAM lors de la grève des étudiants, la répression à Guadalajara, les lâches assassinats de la compañera Digna Ochoa et du compañero Pavel González, la répression à Lázaro Cárdenas, au Michoacán, l’attaque sanguinaire de San Salvador Atenco et la répression infâme subie par l’Assemblée populaire des peuples de l’Oaxaca (APPO) en 2006 le démontrent amplement, pour ne rien dire des innombrables injustices partout présentes.
    Quelques mois seulement après la prise de fonction de Felipe Calderón, on recense déjà de nouveaux cas de violation des droits humains. Le 26 février dernier, Ernestina Ascensión, une indigène nahua de soixante-treize ans, était découverte agonisante, tout indiquant qu’elle avait été violée sauvagement par des soldats du camp militaire situé à quelques mètres de chez elle, dans la Sierra de Zongolica, au Veracruz. Face à une telle ignominie, le président bâtard du Mexique, épaulé par la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), n’hésita pas à déclarer que la victime était morte d’une violente «gastrite intestinale». C’est le même climat d’impunité qui préside, le 13 avril 2007, à l’arrestation illégale et brutale du compañero David Venegas Reyes, membre du conseil de l’APPO, à qui la police de l’Oaxaca a fourgué 30 grammes de cocaïne et 2 sachets d’héroïne.

    Comme si ça ne suffisait pas, notre pays doit affronter une vaste campagne militaire orchestrée par son président infâme, campagne qui voudrait justifier par la force des baïonnettes ses politiques néolibérales aberrantes sous prétexte de combattre le narcotrafic et le crime organisé. Un panorama qui évoque la Colombie exsangue des années 1990, où le même discours et les mêmes pratiques ont servi à militariser l’ensemble du pays et dans lequel se sont multipliés les groupes paramilitaires et l’assassinat d’opposants du mouvement social, des communautés entières vivant dans la terreur. La militarisation d’un territoire est un facteur qui favorise une violation systématique des droits humains et en garantit la plus totale impunité, mais qui sert aussi à exercer un contrôle sur des populations bien précises et à restreindre la marge de manœuvre des mouvements sociaux. Les diverses lois approuvées qui criminalisent la lutte sociale, les réformes du code pénal, le projet d’implanter des casernes de gendarmerie dans des villes de moins de 20.000 habitants sous la supervision de l’armée et la réunification de la police sous une seule autorité sont autant de symptômes d’un État policier qui s’est donné pour tâche de perfectionner sa politique de sécurité nationale antisubversive.
    Devant une situation aussi désastreuse, nous croyons que l’une des tâches principales que doivent se fixer les mouvements sociaux est la défense des droits humains. Inversement, les atteintes à de tels droits laissent toute liberté à la classe politique et à la bourgeoisie mexicaine pour poursuivre sa spoliation des biens et des droits, pour se maintenir au pouvoir et fragmenter la lutte sociale. La défense des droits humains doit venir du peuple, que ce soit en organisant des forums et des campagnes d’informations, en appelant à une mobilisation sociale, en créant des réseaux qui nous permettent de divulguer la répression subie par des compañeras et des compañeros dans l’ensemble du pays ou en rassemblant les pièces et, dans la mesure du possible, des documents vidéo prouvant de tels abus et en rédigeant les rapports adéquats afin d’attirer l’attention d'organismes mexicains comme internationaux. Le tout sans cesser de dénoncer la complicité de la CNDH, qui n’a fait que fournir un bouclier moral à l’impunité avec laquelle agit l’État mexicain, comme le montre son rapport sur la répression dans l’Oaxaca, qui ne signale à aucun moment la responsabilité de l’assassin Ulises Ruiz et de ses sbires dans les abus incessants et les 27 assassinats commis à l’encontre du peuple de l’Oaxaca, ainsi que l’occultation du viol et du meurtre de l’indigène Ernestina Ascensión.
    Les innombrables fronts qui s’ouvrent à la lutte dans notre pays nous portent à croire que seules les personnes qui se consacrent à la lutte anticapitaliste, à la construction d’un mouvement véritablement de base et capable d’autocritique, qui abandonne tout opportunisme et adopte la plus totale transparence politique, pourront survivre à la vague de répression qui approche. L’expérience de l’Oaxaca, d’Atenco et autres ne doit pas passer inaperçue. En ce qui nous concerne, au sein de notre espace de communication alternative, nous nous rallions au sentiment et à la pensée de nos frères indigènes de l’Oaxaca pour affirmer avec eux que «ce ne sont pas les plus forts qui survivent mais ceux qui sont les mieux organisés».


Éditorial du journal anarchiste de réflexion et de critique Autonomía no 27, juillet 2007, Mexico DF, Mexique, traduit par Ángel Caído
Lundi 25 juin 2007
Est-ce que vous ne vous êtes jamais demandé ce qui était arrivé aux personnes arrêtées lors de la Queeruption à Barcelone ?
   
9 personnes arrêtées, agressées par la police, en attente d’un procès qui pourrait déboucher sur des peines de prison ferme et des amendes jusqu’à 80.000 euros…

La «Queeruption 8 Karcelona», une rencontre queer radicale internationale et autogérée, a eu lieu la première semaine de juin 2005 à Barcelone. Pendant cet évènement de nombreuses activités ont été proposées à l’intérieur comme à l’extérieur de l’espace squatté à cet effet. Une des différentes initiatives qui ont vues le jour était une manifestation ludique, festive et révendicative dans le quartier gay commercial de Barcelone, le Gayxample. L’objectif était d’adresser une critique publique aux bars, clubs et autres commerces qui visent un public homosexuel. Parmis nous, les participant.e.s de la Queeruption, certain.e.s jugent en effet que ces structures jouent un rôle important dans la création du stéréotype de ce qui est «gay» — la ghettoisation et la marchandisation de nos sexualités — ainsi que dans l’existence du capitalisme rose. L’objectif était également d’inviter les personnes à la réflexion, d’occuper l’espace public, de faire la fête et surtout de visibiliser l’existence d’espaces alternatifs hors des circuits commerciaux où des personnes peuvent se rencontrer et échapper à l’hétéronormativité et à l’homo-lesbo-transphobie.
   
Sur le parcours de cette manifestation colorée des tracts explicatifs ont été distribués, de nombreux slogans scandés bruyamment tandis que les murs étaient décorés avec différentes réflexions. Il y avait cependant aussi des moments de communication maladroite, provoquant des malentendus entre des clients des établissements commerciaux et des manifestant.e.s. Comme part de notre lutte contre l’homophobie, nous aurions aimé pouvoir éviter les ressentiments qui ont pu être créés par ces situations.
   
Il y avait aussi des moments de confusion et de tension entre quelques manifestant.e.s et les propriétaires et employés de l’Hôtel Axel, un hotel de luxe gay, qui se sont terminés par des dommages dans l’entrée. Quelques pots de fleurs ont également été cassés sur la route.
   
Une fois la manifestation dissoute, une partie des manifestant.e.s restait Plaza Universidad. Un groupe d’hommes est arrivé qui, sans s’identifier comme agents de la Policia Nacional, ont commencé à agresser et à arrêter brutalement les personnes présentes. À aucun moment ils n’ont fait savoir qu’ils étaient des policiers. Des passant.e.s, voyant les personnes se faire agresser et tirer au sol, se sont approché.e.s pour leur venir au secours, illes ont été également chargé.e.s. Au total il y a eu 9 arrestations strictement arbitraires, dont une personne qui n’avait participé ni à la manifestation ni à la Queeruption (bien qu’un membre de la Policia Nacional affirme l’avoir vue donner des coups dans des poubelles et faire des graffs sur le parcours de la manifestation).
    À
l'arrivée des détenu.e.s au commissariat les policiers ont commencé à les humilier, amenant certain.e.s dans une pièce, où ils les ont déshabillé.e.s et insulté.e.s avec diverses phrases homophobes, comme : «Pédé, je vais te foutre ma bite dans le cul !», «Tu es un mec lamentable, tu ne vaux rien, pédale !», «Eres más basta que una lija» (littéralement : «T’es plus rêche que du papier de verre», insultant une femme de ne pas être assez féminine). Pendant ce temps les autres devaient attendre dans la pièce à côté, menotté.e.s au banc, d’où illes pouvaient entendre les cris de la personne qui était dans la pièce avec les policiers.
   
Il y a eu également des agressions physiques contre tou.te.s les détenu.e.s, p. ex. : «… Il a donné un coup avec tant de force dans la tête d’un détenu, qu’il a rébondi contre la tête de la personne à côté. Ensuite il a donné un coup de botte dans la poitrine du même détenu, provocant ainsi un choc nerveux, des tremblements et une insuffisance respiratoire. Nous avons demandé qu’un médecin soit appelé mais les policiers ont seulement rigolé sans même donner un verre d’eau…» Amnesty International a ouvert un dossier sur ce dernier cas. C’est la première fois que l’organisation enquête sur la violence homophobe de la Policia Nacional.
   
Parmis les détenu.e.s se trouvaient quelques personnes ne parlant ni catalan ni castillan. Les policiers ont refusé d’appeller des traducteurs pour leur faciliter la compréhension de ce qui se passait.
   
Deux jours plus tard, après une audition devant le juge, les personnes ont été laissées en liberté conditionnelle en attente d’un procès pour troubles à l’ordre public, dommages criminels ainsi que résistance à l’autorité. Le procureur demande une peine de prison ferme de deux ans et demi et une amende de 11.400 euros pour un des accusé.e.s, qui est aussi accusé d’avoir blessé un policier (ce qu’il n’a pas fait). Les autres risquent un an et demi de prison et des amendes entre 5.700 et 11.000 euros. Les accusations se basent uniquement sur les déclarations des policiers. Il n’existe aucune preuve pour les faits reprochés, à commencer par les arrestations qui étaient complètement arbitraires, comme le montre la garde-à-vue d’une personne qui passait simplement sur les lieux.
   
Cinq des neufs détenu.e.s ont porté plainte contre la Policia Nacional pour torture et mauvais traitement au commissariat. À deux reprises les plaintes ont été classées sans suite par le juge concerné. Elles ont alors été envoyées à l’Audiencia Provincial (niveau supérieur de juridiction), qui a ordonné une enquête. Mais comme les policiers impliqués ne se sont pas présentés à l’audition, l’affaire a été classée sans suite à nouveau.
    À l’heure où la police reste dans l’impunité totale pour les délits de torture et de mauvais traitement, nous attendons le procès contre les neuf personnes qui débouchera dans le pire des cas sur des peines de prison ferme et un total de 80.000 euros à payer, toutes les amendes confendues.
   
Bien sûr, c’est le pire des cas et peut-être cela n’arrivera pas. Le procès n’a pas encore eu lieu et en attendant nous ne pouvons pas savoir si des personnes vont être jugées coupables et si oui, à quelle peine illes seront condamné.e.s. Cependant, vu le sérieux des chefs d’inculpation, nous voulons être préparé.e.s si tout se passe mal. Nous avons besoin de toute forme de soutien financier et politique. Nous avons déjà commencé à alimenter un compte de soutien.
   
Toutes donations sont plus que bienvenues et peuvent être envoyées au compte si dessous. Si finalement tout se passe pour le mieux et que nous n’avons pas besoin de l’argent que vous nous avez envoyé, vous pouvez nous dire où vous voulez qu’on l’envoie — nous pouvons vous le rendre aussi — ou nous allons le donner à d’autres initiatives queer et antirepression.
   
Merci d’avance pour votre aide et tout le soutien que nous avons déjà reçu.


«la caixa» iban - ES1421000704100100563723 swift - caixesbbxxx.
Mardi 12 juin 2007
Ce samedi 9 juin 2007, une personne vient de sortir de la maison d’arrêt de Toulouse-Seysse. Son crime ? S’être opposée à la tenue d’un meeting du Front national. Sa peine ? Trois mois de prison ferme.
    En effet, le 25 mars dernier, des militants antifascistes ont manifesté contre un meeting de Le Pen à Toulouse. Arrêtés et jugés en comparution immédiate, cinq d’entre eux ont été lourdement condamnés à des peines de 3 à 9 mois de prison ferme.

    Le SRA ne peut que se réjouir de la libération d’un militant antifasciste mais rappelle que quatre autres personnes sont encore incacérées pour 3 et 6 mois. Il dénonce la lourdeur des condamnations qui frappent ces militants antifascistes, condamnations qui s’incscrivent dans un contexte de répression de plus en plus forte des mouvements sociaux comme on a pu le voir lors des interpellations et arrestations qui ont suivi les manifestations «anti-sarko».
    Le SRA appelle à soutenir financièrement et moralement les personnes encore incarcérées et à relayer l’information sur leur situation.

Mercredi 6 juin 2007
La police comme ultima ratio de la société du spectacle et du marché, c’est la réalité qui rejoint toujours plus son concept, comme disait l’autre. Ce printemps, ce que l’ordre capitaliste actuel était déjà essentiellement devient visible comme le nez au milieu de la figure d’unE manifestantE sans cagoule : après l’expérimentation grandeur nature à Copenhague, c’est l’Allemagne qu’on a sous les yeux ces jours-ci. Le travail de la domination est parvenu à traiter industriellement la contestation qu’il génère comme toute autre matière première. Malgré ses maladresses, l’article repris ci-dessous montre l’internationalisme policier à l’œuvre : la répression méthodique rationnellement intégrée à la fiction démocratique.



Un laboratoire policier sous le regard des pays européens ?

Répression pour l’exemple à Copenhague

Durant toute une semaine, début mars, à Copenhague, les défenseurs de l’«Ungdomshuset» (Maison des jeunes), emblème d’une contre-culture européenne, ont résisté et livré une véritable guérilla aux forces de l’ordre, le nouveau maire ayant vendu le bâtiment. De leur côté, les autorités danoises n’ont pas hésité à faire appel à des experts policiers d’autres pays européens, accourus volontiers observer un modèle de répression applicable à toute émeute urbaine.


Tôt le matin, le 1er mars, et avec une imposante précision militaire, un énorme déploiement de forces de l’ordre bloque le secteur de la Maison des jeunes (l’Ungdomshuset), dans un quartier populaire de Copenhague. Comme si un groupe de terroristes se trouvait dans cet immeuble de quatre étages — haut lieu de la contre-culture européenne, cédé par la Ville en 1982 mais revendu par le nouveau maire à une secte chrétienne, sans l’accord de ses occupants — et non pas quelque quarante jeunes sans armes dont l’âge moyen ne dépasse pas 20 ans.

    L’évacuation commence. La police utilise des équipements nouveaux. De puissants canons aspergent les portes et les fenêtres d’une étrange mousse qui durcit instantanément et empêche les occupants de les ouvrir de l’intérieur. Simultanément, armés jusqu’aux dents, des membres d’élite de la brigade antiterroriste arrivent sur le toit en hélicoptère. Tout indique, ce que les autorités confirmeront ultérieurement, que l’opération a été minutieusement préparée, et depuis longtemps.
    Aussitôt après l’assaut et l’évacuation musclée de l’Ungdomshuset, des marches de protestation ont lieu, pacifiques dans un premier temps. La police encercle les manifestants, perd son sang-froid, et très vite la violence éclate. Des arrestations massives, aveugles, traumatisantes, se succèdent. De tous côtés, on voit des jeunes, pour ne pas dire des enfants, menottés sur les trottoirs : des scènes qui rappellent les situations de guerre, avec le grondement des hélicoptères survolant sans arrêt la zone des opérations.


Bientôt, les contestataires commencent à riposter. Au cri de «La rue est à nous !», des voitures sont retournées et incendiées. À l’aide de récipients, de poubelles et de bicyclettes, les jeunes édifient des barricades. Ils lancent d’abord des pavés et des bouteilles. Puis, avec l’essence des véhicules renversés, ils confectionnent des cocktails Molotov qu’ils balancent sur les rangs compacts des forces de l’ordre. La scène, avec les hurlements, les flammes, les chocs, la fumée et les blessés ensanglantés, prend des allures de guérilla urbaine comme on en voit au Proche-Orient.
    Chaque fois que les charges brutales de la police parviennent à disperser le plus gros des manifestants, de petits groupes de protestataires se rassemblent dans les rues adjacentes, mettent le feu aux poubelles et incendient des voitures. Les actions spontanées et décentralisées, qui surprennent sans cesse les policiers, sont coordonnées par des messages envoyés sur les téléphones portables. En matière d’action psychologique, les jeunes font également preuve d’imagination : au beau milieu des heurts les plus violents, et jusqu’à ce que toute résistance devienne impossible, ils font entendre, à pleins tubes, à partir d’un camion équipé d’énormes haut-parleurs, des chansons de Manu Chao et d’autres artistes altermondialistes.

Sans motifs légaux précis
Pendant ce temps, huit rangées de policiers et des véhicules antiémeute ont bloqué l’accès à l’Ungdomshuset. Sans motifs légaux précis, la police recherche des étrangers impliqués d’une manière quelconque dans les troubles. Ces rafles vont durer six jours et six nuits, tout le temps des hostilités. Elles ont lieu par exemple à la Maison du peuple de Stengade, au sein d’un collectif indépendant de Baldersgade, à la Maison de la solidarité (Solidaritetshuset) et chez de nombreux particuliers dans divers quartiers de Copenhague. C’est ainsi que plus de cent quarante étrangers sont arrêtés, non pas parce qu’on les accuse d’un délit ou d’un crime quelconque, mais sur la base d’une «présomption de dangerosité» et pour éviter qu’ils ne prennent part à des actions futures [
L’Association des parents contre la brutalité policière, qui joue un rôle important en tant que témoin, a dénoncé ces atteintes aux droits civils].
    Au-delà de l’usage excessif de la force, les agissements de la police ont surpris par leur illégalité : une multitude de mineurs, désormais fichés, ont été interpellés, mais leur nombre exact n’a pas été communiqué. Le contrôle des frontières, le grand nombre de policiers et de véhicules antiémeute mobilisés, les gaz lacrymogènes, la brutalité des attaques contre les manifestants avec des engins spéciaux, ainsi que les arrestations massives et arbitraires, tout cela a donné l’image d’une police militarisée qui — comme son homologue italienne en juillet 2001, lors du sommet du G8 — a montré une tendance préoccupante à agir hors des cadres démocratiques.
    Pour cette bataille de Copenhague, des renforts d’autres pays européens ont été appelés. Ainsi, par exemple, une vingtaine de véhicules policiers suédois sont arrivés de Malmö, de l’autre côté de l’øresund. Cinq hauts responsables suédois des forces de l’ordre se sont également rendus sur place pour observer les méthodes répressives de leurs collègues danois. Des témoins ont révélé que des agents en civil, équipés des oreillettes caractéristiques, allaient et venaient au beau milieu des émeutes, et communiquaient en d’autres langues (allemand, français, anglais).


En réponse à la question d’un journal, le porte-parole de la police de Copenhague a catégoriquement nié la présence d’unités actives venues d’autres pays. En revanche, il a reconnu que, «s’il y en avait», c’était «en qualité d’observateurs». D’autres analystes ont pu constater que les forces de l’ordre danoises avaient utilisé une tactique policière française mise en pratique en 2006 lors des grandes manifestations parisiennes contre le projet du contrat première embauche (CPE) : des unités spéciales d’agents habillés comme les activistes se sont mêlées aux protestataires, se jetant subitement sur ceux qui semblaient être des meneurs, pour les immobiliser et les embarquer de force.

    Les jeunes militants ont coordonné leurs actions via un réseau sophistiqué de sites Internet, sur lesquels on pouvait suivre l’évolution des affrontements heure par heure avec des informations détaillées sur les mouvements de la police. L’une des nouvelles priorités des forces de l’ordre serait donc de pirater ces communications.
    Le 5 mars, au milieu d’un blocus policier de fer, la Maison des jeunes a finalement été démolie par des ouvriers munis de masques et utilisant des bulldozers et des pelleteuses dont le nom de l’entreprise propriétaire avait été dissimulé. Avec la destruction de l’Ungdomshuset, c’est une part essentielle de l’histoire du mouvement ouvrier danois qui disparaît. Les médias n’ont pas suffisamment expliqué les raisons de la haine que ce lieu inspirait dans certains cercles. Car la volonté de mettre un terme à un conflit qui opposait les jeunes aux institutions depuis vingt-quatre ans n’a pas constitué le seul motif de l’intervention…


Depuis sa construction en 1897, ce bâtiment avait été le siège de la Maison du peuple (Folkets Hus), haut lieu de l’agitation politique du monde ouvrier pauvre de Nørrebro. Des personnalités telles que Lénine et Rosa Luxemburg y sont passées. Le 26 août 1910, une conférence internationale de femmes socialistes se tint en ce lieu, à l’occasion de laquelle Clara Zetkin lançait l’idée de créer une Journée internationale de la femme. On comprend la hâte quasi désespérée des autorités danoises à détruire l’immeuble.


En 1982, après presque deux ans de conflits, la municipalité de Copenhague a fini par autoriser les jeunes à utiliser la maison. Mais, en 1999, la nouvelle municipalité a décidé sa fermeture. La classe politique estimait que les activités «n’étaient pas satisfaisantes» et que l’immeuble était en mauvais état à la suite d’un incendie en 1996. De leur côté, les jeunes «antisystème» défendaient leur droit à s’exprimer, dans cette maison-là, avec sa tradition de lutte, et parce qu’ils y disposaient de quatre étages et d’un sous-sol hébergeant une librairie, une salle de concert et des salles de répétition, un studio d’enregistrement, une imprimerie, de nombreuses salles de réunion et une cuisine collective.

    Avec plus de cinq cents visiteurs par semaine, l’Ungdomshuset constituait une forme radicale de pensée alternative. Ce centre d’activités culturelles, sociales et politiques reposait sur la tolérance, la responsabilité et la solidarité, sans discrimination raciale ni sexuelle, et affichait un mépris total de la société de consommation. Un détail important : ces jeunes, indépendants, ne souhaitent pas particulièrement changer la société ; ils ne représentent donc pas un danger pour la sécurité de l’État. Ils exigent seulement qu’on les laisse développer leur culture à leur manière.


En 2000, les élus sociaux-démocrates de la municipalité ont vendu l’immeuble à la secte Faderhuset («Maison du père»). Ce groupe religieux fondamentaliste, dont le responsable, M. Knut Evensen, n’écoute que les indications qui lui parviennent «directement de Dieu», soutient la «croisade» de certains contre les musulmans du Danemark. Cette vente a constitué un acte de guerre symbolique, rendant le conflit insoluble. Les jeunes ont rejeté toutes les propositions de déménagement, refusant l’intervention d’éducateurs et d’assistants qui quadrilleraient leur temps libre et leur façon de penser. Le conflit s’est alors déplacé sur le terrain du droit à la propriété privée, l’évacuation demandée par la secte obtenant ainsi une couverture légale.
    De violentes protestations ont été suivies de manifestations pacifiques répétées. Le 8 mars, une marche de femmes a rassemblé plus de trois mille personnes. La police a effectué des contrôles d’identité généralisés. Jamais le Danemark n’avait connu cette sorte d’état de siège policier. Plus de sept cent cinquante personnes ont été arrêtées — parmi elles, environ cent quarante étrangers.
    La zone métropolitaine de Copenhague compte un peu plus d’un million d’habitants. Proportionnellement, si ces arrestations avaient eu lieu à Paris, huit mille personnes auraient été interpellées. La police n’ayant pas les moyens d’enfermer ni d’interroger tant de détenus, beaucoup d’entre eux ont été transportés sur l’île de Fyn et dans le Jylland. Un établissement pénitentiaire de Copenhague a dû être partiellement vidé de ses prisonniers de droit commun pour pouvoir loger les jeunes détenus. Du 10 au 19 mars, Nørrebro et Christianshavn ont été décrétées zones dans lesquelles tout citoyen pourrait être fouillé et fiché, y compris en l’absence de soupçons. Cette mesure, unique en temps de paix, suffirait pour témoigner de l’incapacité des autorités à maîtriser la situation. Pourtant, selon la police, l’opération «a été un succès», car, grâce au grand nombre d’arrestations et malgré la violence des heurts, on a dénombré peu de blessés. Si cette façon de justifier la mise en œuvre de mesures propres à un État policier prospérait en Europe, cela s’apparenterait à une situation pseudo-fasciste.
    Comment s’explique cette répression démesurée ? Pour le professeur Lars Dencik, de l’université de Roskilde, le Danemark s’est préparé à affronter des dangers terroristes sur son territoire. Comme il ne se passe rien, il a vu dans l’évacuation de la Maison des jeunes une occasion en or pour tester ses forces d’élite. Mikael Rothstein, de l’université de Copenhague, estime que quelque chose de grave s’est produit. Après avoir été l’un des pays les plus tolérants et libres d’Europe, le Danemark est devenu «rétrograde», «étroit d’esprit». La coalition libérale conservatrice que dirige depuis 2001 le premier ministre Anders Fogh Rasmussen, soutenue par l’extrême droite xénophobe et ultranationaliste, a livré à cette occasion une bataille politique et surtout culturelle contre tout type d’opposition.

    Peu à peu s’est imposée un nivellement des choix idéologiques. Même en matière de littérature, les autorités tentent d’imposer une règle dogmatique. Aujourd’hui au Danemark, beaucoup plus que dans le reste de l’Europe, le rejet de tout ce qui serait différent ou sortirait d’une certaine docilité sociale s’est greffé sur l’affirmation d’un discours «danois ethnique» opposé aux immigrés. Dans un climat d’intolérance qui s’alourdit, l’État a considéré qu’il était possible de combattre par la répression les valeurs de la contre-culture solidaire et anticonsommation de l’Ungdomshuset.


L’évacuation et la démolition rapide de l’Ungdomshuset peuvent être comprises comme un règlement de comptes avec un groupe difficile à maîtriser. Mais l’attitude des autorités danoises doit être perçue comme une «expérience de laboratoire» en matière de répression policière, propre à un système qui pressent qu’il va en avoir de plus en plus besoin. À Copenhague, ce sont des techniques de type semi-militaires qui ont été mises en œuvre. Les forces de l’ordre d’autres pays européens disposent maintenant d’un précédent, étudié in situ, qui les aidera à répondre à cette question : quelle dose de répression peut supporter une démocratie ?



René Vázquez Díaz
Écrivain cubain résidant en Suède. Auteur de Florina, Calmann-Lévy, Paris, 2005, et de Un amour qui s’étiole, José Corti, Paris, 2003.

Le Monde diplomatique, avril 2007
Lundi 21 mai 2007
Les lecteurs de l’édition jurassienne du Progrès ont pu remarquer à loisir depuis quelque temps déjà comment sa rédaction doloise «a vocation» (comme dit l’autre) à fourbir toujours plus d’éructations réactionnaires. Le mois dernier, nous avions relevé un cas d’attaque manifeste à l’encontre d’un syndicat qui prétendait défendre les espaces d’éducation face à la campagne généralisée d’incursions menée par les forces répressives de l’État.


N’étaient la continuité et l’intensification des politiques liberticides depuis le reflux post soixante-huitard, ni l’état de grâce présidentiel, on pourrait se demander ce qui motive un
S.D. à se fendre ainsi avec une délectation pseudo-érudite d’un encouragement appuyé à la répression en marche : quand le flic est érigé en modèle de bravoure, n’est-ce pas tout bêtement qu’on fait le beau métier de délateur professionnel, dans la douce et éternelle France des prisons ?

Les vautours et les vampires ont donc soif, ces jours-ci. Aux pauvres et aux exploitéEs, les insultes, les coups, et le pire. Or, si S.D. et ses semblables doivent se faire zélateurs, et travailler à cette sale besogne, c’est que le système qui les a programmés sait bien que les classes laborieuses n’ont pas fini de s’avérer dangereuses : on n’arrête pas le Progrès.

PADDAM (Peloton d’autodéfense dolois anti-meRdias), 21 mai
Vendredi 30 mars 2007
L’après-midi avait mal commencé, avec pas mal de ferme qui était tombé ; situation banale, à vrai dire, pour les comparutions immédiates. Après une suspension de séance (à je ne sais quelle heure : 17 heures ?) commence les comparutions de ceux de Gare du Nord.


Le premier, c’est Abdoukarim, dans la vingtaine. Il est sans-papier, il dit qu’il n’a jamais fait de démarche de régularisation. Dans la version du juge, il a été désigné par un chef de service aux flics comme ayant déjà jeté des projectiles, puis mis sous surveillance. Les flics l’auraient alors vu, à leur tour jeter des projectiles métalliques de grosse taille (genre des trépieds de panneau d’indication,etc.). De son côté, Abdoukarim nie les faits, affirme qu
il ne faisait que passer. La salle peut voir quil a lair assez tranquille. Le proc se sent obligé de dresser le portrait de lémeutier redoutable, à double-face : «dun côté, il est doux ; de lautre, il peut être très violent». Puis il a cette image à propos du rôle de la police et des militaires au sein de la Gare : que cette dernière ne soit pas «une cage de Faraday» dans laquelle lélectricité liée au contrôle ou aux interpellations ne se condense et se maintienne. Lavocat commis doffice se contente presque uniquement de dire quil sest trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Le proc demande six mois ferme et le dépôt. Il fera finalement quatre mois de taule, à partir de ce soir.
    Le second se nomme Brice, il a un peu plus de vingt ans. Il est étudiant en première année d
économie à Paris-X Nanterre. Comme Abdoukarim, son casier est vierge. Lui aussi a été désigné, puis surveillé, puis interpellé, cette fois en dehors de la gare, rue de Dunkerque, vers 23h15. Il affirme quil avait jeté une canette sur la foule, vers des potes, et non vers les flics. Pour son avocat, il sagit de la maladresse dun enfant de 19 ans, récupérables, qui mériterait surtout des TIG car les «faits qui lui sont reprochés sont graves» (je rappelle quil ne sagit que dune cannette…). Le proca à peu près dit la même chose, reprochant cette fois à Brice de mentir et de raconter nimporte quoi. Il sinterroge sur lexistence de passant à 23h à Gare du Nord le soir, lui qui na jamais dû poser son cul dans les transports en commun de toute sa vie. Il demande six mois ferme, avec mandat de dépôt. Ce sera finalement, comme pour Abdoukarim, quatre mois, et dès ce soir.
    Sofiane arrive en troisième. Il a dix huit ans, fait tout jeune. Il s
est fait choper avec une paire de pompes volée dans son sac. Il est en BEP délectricité, sa famille est là dans la salle, il a toutes les garanties de représentation. Le proc laccuse de saccage, même si, selon Sofiane (par lintermédiare de son avocat), les films de la Gare du Nord, devraient pouvoir démontrer quil na pas participé au pillage du Foot Locker. Sa personnalité, ces belles personnes du tribunal croient pouvoir lénoncer facilement : il serait dune «immaturité certaine» et, bien quapparemment très «gentil», il peut devenir très «hostile» pendant lémeute. Sofiane refuse la comparution immédiate : lenjeu est donc, pour le tribunal, de déterminer si oui ou non on peut le laisser libre jusquà son procès. Lavocate demande aussi un complément dinformation pour avoir la vidéo du pillage du Foot Locker. Ce sera le dépôt pour Sofiane en lattente de son procès, qui aura lieu le 23 avril. Sûrement un début de casier pour lui aussi.


Le dernier, c
est Mohammed. Il a un peu plus de 25 ans, avec une formation de boulanger. On lui reproche davoir jeté des chaussures contre les flics, sans quaucun de ces derniers nait été touché (la même chose pour les autres, dailleurs : pas de plainte spécifique de flics cette fois-ci…). En relisant le document de GAV, le juge relève le jugement porté par Mohammed sur lusage disproportionné de la force par les flics, alors quil y a des enfants, de simples passagers. Le juge sétonne dun tel jugement alors quil ne devait pas y avoir grand monde puisque les «forces de police sécurisaient la zone». Il lui demande alors : «qui êtes-vous pour avoir une approche critique ou une réflexion sur laction de la police ?». Lavocate est pas mal cette fois : sa plaidoirie essaie de rendre compte du contexte émeutier, de la permanence de la stigmatisation et des contrôles. Elle justifie ce «geste de colère» (selon lexpression de Mohammed) et refuse le qualificatif évidemment stupide du proc qui parle de geste imbécile. À la différence des autres, Mohammed a reconnu les faits, tout en les justifiant. Il affirme quil regrette. Cest lui qui sen sort le mieux, avec quatre mois avec sursis.
    Une journée bien pourrie, à vrai dire, avec des journalistes qui bourdonnent comme des mouches autour d
une bouse, avec leurs grosses caméras et leurs petits airs visqueux. Une journée violente aussi, dans laquelle la moitié des prévenus de Gare du Nord se sont pris du ferme pour rien du tout, et un troisième se retrouve au dépôt en attente de procès. Et toujours cette théâtralité stérile, ces jugements psychologisants complètement foireux et ces juges qui vivent dans des bulles de classe.
Samedi 10 février 2007
L’Union Locale CNT de Besançon a été scandalisée et choquée d’apprendre la perquisition et l’intervention policière violente qui ont eu lieu le 5 février au Centre Culturel Kurde Ahmet Kayat et au Centre d’Information du Kurdistan (Paris). Quatorze militant(e)s kurdes, en majorité demandeurs d’asile, sont toujours en garde à vue. Nous demandons la libération des personnes arrêtées suite à cette rafle policière qui semble avoir été commanditée par l’État turc (dont les violences et violations des droits humains à l’encontre de la population kurde ne sont plus à démontrer).
    Aussi, l’UL CNT de Besançon tient à faire part de son indignation suite à la violente opération policière qui s’est déroulée contre un Centre Culturel situé à deux pas du QG de campagne de Nicolas Sarkozy.
    À l’heure où certains candidats à la présidentielles désignent les travailleurs immigrés comme bouc-émissaires, nous réaffirmons la nécessité de défendre le droit d’asile et les libertés démocratiques des immigrés.
    Nous appelons l’ensemble des organisations syndicales et progressistes de Franche-Comté à dénoncer l’opération policière du 5 février à Paris et à se tenir prêtes, s’il le faut, à faire face à d’éventuelles mesures répressives à l’encontre de réfugiés kurdes dans notre région.
Besançon, le 9 février 2007

Lundi 24 octobre 2005
Inscription relevée sur la façade du Palais de “justice” de Lons-le-Saunier
(Le Progrès, édition du Jura, 24 octobre 2005.)

L’état d’urgence, institué le 8 novembre 2005, a été levé le 4 janvier 2006. Près de cinq milliers de personnes ont été arrêtées suite aux troubles de novembre.

Cette brève a paru en février 2006 dans le sixième numéro du Jura Libertaire.
Vendredi 3 décembre 2004

Les Sanclaudiens se souviennent de la conférence-débat donnée à l’automne 2001 par Thyde Rosell, à propos de l’expérience d’éducation libertaire « Bonaventure ». En s’associant aux protestations émises le 1er décembre par la Confédération nationale du Travail et la Fédération anarchiste, le groupe Lucio exprime toute sa solidarité à Thyde Rosell et à Jean-Marc Raynaud. Le dispositif légal à l’œuvre dans cette affaire s’applique à tout citoyen, les Sanclaudiens sont donc concernés.


« Thyde Rosell et Jean-Marc Raynaud, militants et enseignants de l’Éducation nationale comme de l’école libertaire “Bonaventure”, ont été placés en garde à vue hier, mardi 30 novembre 2004. La police les accuse d’avoir accueilli et hébergé entre 1998 et 2001, au sein de l’école Bonaventure puis à leur domicile, un enfant, 8 ans à ce jour, enfant dont les parents ont été arrêtés le 3 octobre dernier. Comme tous les enfants du monde, cet enfant ne peut pas, fort heureusement, répondre des activités de ses parents, militants très actifs au sein de l’organisation séparatiste basque ETA. Pourtant, c’est au regard de cette irresponsabilité juridique de l’enfant, jamais tenu pour responsable de ses parents, que le couple Rosell et Raynaud vient d’être interpellé et gardé à vue (…) Jean-Marc Raynaud, victime d’un malaise cardiaque (…) La CNT tient à apporter tout son soutien à Thyde Rosell et Jean-Marc Raynaud, victimes des lois liberticides de Sécurité intérieure (LSI), précédées de celles pour la Sécurité quotidienne (LSQ). Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, ces lois ont réduit de manière inquiétante les libertés individuelles. Elles attaquent tout aussi gravement les droits fondamentaux des enfants, inscrits jusque-là dans la loi française, mais pour combien de temps encore ? En effet, Jean-Marc Raynaud et Thyde Rosell n’ont fait que leur devoir d’enseignants ; scolariser un enfant, indépendamment de la situation administrative et des activités de ses parents. Enfin, la CNT s’inquiète des dérives sécuritaires qui poussent les personnels de l’Éducation nationale à collaborer avec la police, pour dévoiler l’identité des enfants qu’elle scolarise. Ces pratiques, qu’on pensait à jamais révolues, ne sont pas sans nous rappeler les périodes les plus sombres de l’État français, officiellement désavoué par les plus hautes autorités de la République. La CNT appelle les enseignants à résister à ce genre de pratiques, qui portent gravement atteinte au droit des enfants (…) » - CNT, 1er décembre 2004.

« (…) La Fédération anarchiste apporte son soutien total à Thyde et Jean-Marc ainsi qu’à leur famille et à leurs amis dans cette épreuve. La Fédération anarchiste exige leur libération immédiate et l’arrêt de la procédure judiciaire. La Fédération anarchiste s’inquiète de la criminalisation croissante de l’action politique et syndicale ainsi que des actes d’entraide envers les sans-papiers et toutes les victimes de cette société qui broie les individus. La solidarité et l’entraide ne sont pas des crimes, mais une pratique et un devoir nécessaire et légitime entre les oppriméEs dans leurs luttes contre l’oppression et la domination. » - FA, 1er décembre 2004.

Tribune libre transmise au Courrier le 3 décembre 2004.

Thyde Rosell et Jean-Marc Raynaud ont été libérés le 3 décembre. Aucune charge n’a été retenue contre eux.

Le 4 décembre.