Répression et solidarité

Mercredi 25 novembre 2009
Communiqué sur les violences policières

Jeudi 19 novembre, François Fillon était en visite au lycée Roosevelt de Reims afin de faire la promotion pour «les cordées de la réussite». Environ 300 personnes, en majorité des lycéen-ne-s, se sont retrouvées dans la rue pour protester contre ce programme. Les forces de l’ordre, estimant qu’illes constituaient un obstacle à la venue du ministre, décidèrent de charger sans sommation, provoquant ainsi un mouvement de panique.
À la suite de ce mouvement de panique, une milice en costume et armes à feu apparentes rentra dans la manifestation afin d’interpeller les manifestant-e-s avec une rare violence (coups de pieds, coups de poings, coups de matraques et de ceintures...). Quatre lycéen-ne-s finiront à l’hôpital dont un qui a été emmené à l’écart par la police afin d’être tabassé tranquillement par celle-ci.
La police de Sarkozy a toujours été violente, cependant l’apparition au grand jour de cette police politique n’est pas un fait banal.
En plus des blessé-e-s, 10 personnes ont été interpellées. Ces dernières, après 24 heures de garde à vue, sont toutes passées en comparution immédiate. Cinq des six mineurs interpellés ont été relaxés, le sixième, blessé par la police, a vu son procès reporté. Les quatre majeur-e-s ont chacun-e pris 3 mois de prison avec sursis pour «jet de projectiles» et «violences sur agent» et une d’entre eux/elle a pris un 4e mois de sursis pour «refus de prélèvement ADN».

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que ces attaques judiciaires sont ciblées. En effet, deux d’entre eux/elle sont syndiqué-e-s à la CNT, un troisième est militant au NPA. L’absence de preuves et le ridicule de l’accusation, fondée uniquement sur le témoignage bidon de policiers, démontrent encore une fois que la justice n’est qu’un organe de plus dans l’attirail répressif du capital.

Nous devons dès maintenant montrer au pouvoir que nous serons solidaires face à ces violentes attaques policières et leurs conséquences judiciaires.

Nous exigeons la relaxe des condamné-e-s et l’abandon de toutes les poursuites. De plus, nous demandons des sanctions exemplaires à l’encontre des membres de la milice policière.

Ces différents procès, s’ajoutent aux précédents touchant les étudiant-e-s, occasionnent des frais de justice et d’avocat (sans compter les éventuelles amendes) importants que nous ne pouvons assurer seul-e-s. Nous en appelons à votre solidarité.

Contact : Cri du peuple, 67 avenue Jean-Jaurès 51100 Reims
Chèque à l’ordre du «Cri du peuple» en précisant «soutien aux procès»


Ni prison, ni répression
n’arrêteront nos rebellions !


CNT-Éducation 51, 24 novembre 2009.


Manifester est un délit

Après accord de son auteur, je publie sur Mediapart le témoignage suivant. De tels procédés n'ont pas d'autre nom que celui de "rafle".  Alexander et déjà tant d'autres ne le savent que trop bien. Cela se passe comme ça, chez nous, en France, aujourd'hui.

"J'apporte ce jour le témoignage d'un père de famille dont le fils est passé en comparution immédiate suite à cette manifestation (à Reims, devant le lycée Roosevelt, jeudi 19 novembre, lors de la visite de F. Fillon venu présenter le réforme des lycées) et a été condamné à 3 mois de prison avec sursis après avoir passé 24 heures en garde à vue.


Mon fils Léo Belenguier a 18 ans donc majeur et il  est étudiant en fac d'histoire à Reims. Il n'est pas inscrit à un parti politique et s'est rendu à la manif par solidarité avec ses camarades et amis du  lycée Roosevelt.

Il a un casier judiciaire vierge, un attachement profond aux valeurs de justice et de solidarité doublé d'un tempérament doux et pacifiste. Il s'intéresse à l'actualité politique en tant que personne majeure porteur d'un droit de vote particulièrement en ce qui concerne ses pairs. Mon fils a déjà participé à des manifestations et n'a jamais commis aucune violence ni exaction d'aucune sorte allant même jusqu'à redresser des containers de poubelles en déplorant ces actes susceptibles selon lui de discréditer les actions menées.

C'est ce même jeune garçon qui s'est fait interpeler et menoter jeudi après la manifestation  au cours d'une rafle commise par la BAC alors qu'il attendait assis sur un plot pour reprendre son vélo garé devant le lycée, alors que la manifestation était terminée et qu'il avait demandé aux CRS à quel moment son vélo serait accessible.

Cette arrestation brutale est motivée par l'accusation d'avoir jeté des pierres sur les policiers pendant la manifestation avec soi disant pour preuve une vidéo le montrant distinctement. Mon fils fort de son innocence a demandé aussitôt à voir la vidéo qui le mettait en cause.


Il a été placé en garde à vue pour 24 heures, sans jamais pouvoir visionner ce document qui était sensé l'accabler. La raison en était, d'après la police que la vidéo était sous scellés pour le tribunal. Après 24 heures de garde à vue traumatisantes (refus de l'informer de notre connaissance de sa situation, annonce que sa garde à vue pouvait être prolongée s'il niait, refus de nous contacter pour que nous  communiquions aux forces de l'ordre les coordonnées de notre avocat...), il a été jugé en comparution immédiate qu'il a acceptée pour éviter de se retrouver en "préventive" chantage odieux qui ne lui laissait d'autres choix que le procès expéditif ou la prison. Il n'a rencontré son avocat commis d'office que quelques minutes avant d'entrer dans le prétoire ce qui laisse perplexe sur le temps accordé pour préparer sa défense.

Malgré la demande des avocats et des inculpés, malgré l'absence complète de preuves (le seul témoignage écrit est celui du policier blessé qui disait n'avoir reconnu personne et expliquait que les jets de pierre venant de l'arrière de la manifestation ne leur étaient pas imputables puisqu'ils étaient sur l'avant) et malgré les dénégations des quatre inculpés, cette bande vidéo n'a jamais été présentée à quiconque et le procès s'est conclu par une peine de sursis de trois mois pour chacun alors même qu'aucun témoin n'avait été entendu et qu'aucune preuve n'existait.

La conclusion de tout cela dépasse ce qu'un citoyen français peut imaginer : la condamnation sans preuve d'un innocent pour l'exemple, un traumatisme psychologique évident provoqué par une garde à vue visant prioritairement à faire d'un innocent un coupable à coup d'intimidation et de brimades de toutes sortes : autorisation d'aller aux toilettes plus d'une demie heure après la demande, nuit passée dans des conditions d'hygiène  épouvantables, refus d'appeler les parents pour le choix de l'avocat, refus des policiers du commissariat de Reims alors que je me suis rendu sur place sur leur conseil, de me donner les informations sur les suites de la garde à vue jusqu'à la comparution immédiate après avoir soufflé le chaud et le froid et m'avoir donné des informations erronées ou contradictoires, refus du tribunal de prendre en compte l'absence de preuves  et au final une condamnation avec sursis mettant directement en péril l'accès à la vie professionnelle de mon fils au terme de ses études.

J'espère que beaucoup de parents auront accès à cette information pour s'alarmer des conséquences désastreuses d'une politique sécuritaire et paranoïaque capables de  briser la vie d'un jeune homme jusque là libre et heureux."

Hélène G. - Mediapart, 23 novembre.
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Dimanche 22 novembre 2009
Solidarité aux inculpés du G8 de Gênes 2001

Aujourd’hui vendredi 20 novembre 2009, après un rassemblement place de la République à 17h30 où un dispositif policier à peine croyable était déployé pour une centaine de personnes (invasion de la place par les policiers, longues files de camionnettes postées au début de chaque artère…), nous avons occupé l’institut culturel italien. Nous sommes intervenus à l’issue de la projection d’un film de Pontecorvo (Ritorno ad Algeri) et avons investi pendant plusieurs heures la grande salle.

Sur cette base d’action collective de lutte, nous désirons lancer une campagne d’information contre la sentence prononcée le 9 octobre en appel contre dix inculpés du G8 de Gênes 2001, des peines exorbitantes qui dépassent toutes les limites en matière de répression de la contestation sociale. 8 à 15 ans de prison pour des faits de destruction et de violence de rue.


Nous voulons, contre ce jugement inique, envoyer un signal à nos camarades italiens par notre présence dans ce lieu symbolique, ambassade culturelle de l’Italie qui se trouve, de plus, être directement territoire italien. Nous voyons aussi que ce jugement, s’il se signale par son extravagance, prend place dans un cortège de décisions judiciaires et d’actions policières ultra-répressives et violentes dans toute l’Europe. Car si le programme de l’État libéral a longtemps été hypocritement «Tout ce qui n’est pas illégal est permis», aujourd’hui, il affirme franchement «Tout ce qui n’est pas expressément autorisé est illégal». Les formes de conflit, de révolte variées, dont le contre-sommet de Gênes a été un moment important, doivent être étouffées.

Résistons à la répression !

Assemblée générale dimanche 22 novembre à 17 heures au CICP
21ter rue Voltaire, Métro Rue des Boulets, Paris


No G8 France, 21 novembre 2009.
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Samedi 21 novembre 2009

Le 14 novembre s’est déroulée une manifestation antifasciste en soutien au KTS. Cette manifestation a été attaquée violemment par la police. Retour sur les raisons de la mobilisation et la répression qui a suivi.

La manifestation encerclée par la police anti-émeute

Dans la nuit du 9 septembre, des militants nazis ont lancé des engins incendiaires contre le KTS. L’attaque, qui n’a fait aucune victime, a pourtant provoqué des dégâts matériels non négligeables. Cette attaque faisait suite à de nombreuses provocations et tentatives d’intimidation de la part de militants d’extrême-droite.

Les nazillons s’agitent

Au mois de mars 2009 des militants d’extrême-droite avaient tenté de prendre des photos de militants en marge d’une manifestation autonome. Des tentatives similaires avaient suivi notamment autour du KTS. Trop faible à Fribourg, et trop peu organisée, la mouvance nazie en est réduite à des actions isolés qui pour autant restent dangereuses. Au mois de mai lors d’une manifestation après l’expulsion d’une maison occupée, des nazis étaient apparus aux abords de celle-ci et avaient tenté d’attaquer le cortège. Un d’eux avait même sorti un couteau. Grâce à la détermination du cortège, cette attaque fut un échec.

Les antifascistes déjouent un attentat

Face aux activités des nazis, les antifascistes ont multiplié les actions contre des militants nazis à Fribourg, en rendant publics leurs noms, lieux de résidence, lieux de travail afin de les déstabiliser.


Des produits chimiques pour fabriquer des explosifs…


Mais c’est l’affaire du «poseur de bombe» qui rencontra un vif écho dans la presse, même au niveau national. Fin août, l’Autonome Antifa a rendu public via un communiqué de presse le résultat de son travail d’investigation concernant Thomas Baumann. Il y apparaissait clairement que ce responsable de la JN (organisation de jeunesse du NPD) de Lörrach, également membre d’une unité d’élite de l’armée allemande, avait réuni les matériaux nécessaires pour confectionner une bombe et qu’il était sur le point de passer à l’action. Consciencieux, il avait déjà dressé une liste de cibles dont le KTS faisait partie. Le même jour les informations sont également parvenu anonymement à la police qui procéda rapidement à l’arrestation du militant nazi. La police tomba lors de la perquisition sur un véritable petit arsenal. La presse quant à elle s’interrogea sur le fait que des militants antifascistes soient mieux informés que la police et ses services de renseignements pourtant si zélés à surveiller l’extrême-gauche…

… et des armes

L’attaque contre le KTS un mois après ce coup d’éclat des antifascistes est très certainement une vengeance de la part de militants nazis faisant partie de l’entourage de Thomas Baumann. Précisons aussi que l’Autonome Antifa n’a jamais cru que Baumann agissait seul contrairement à la théorie de la police.

Contre le fascisme et pour les centres autonomes

Les antifascistes radicaux avaient appelé à manifester le 14 novembre contre l’extrême-droite. Par la même occasion ils voulaient envoyer un signe clair à la ville ; arrêtez de harceler les militants du KTS ! En effet, à la suite de manifestations non-déposées qui s’étaient déroulées durant les mois précédents, certains militants du centre autonome avaient été jugés par les autorités comme légalement responsables de celles-ci. Cela s’était traduit par des poursuites en justice. Cette fois encore, la manifestation ne fut pas déposée. Des rencontres ont pourtant eu lieu entre les organisateurs de la manifestation et les autorités, mais celles-ci ont échoué.

Répression et fichage


Avant la manif…


Le samedi 14 novembre environ 700 personnes se sont rassemblées pour manifester au centre-ville. Mais la police était présente en force, bien décidée à empêcher que le cortège ne se mette en route. Ce dernier a d’ailleurs été rapidement cerné de tous côtés par la police anti-émeute. Durant quasiment deux heures, manifestants et policiers vont se faire face. Pendant ce temps la police a ramené des renforts et les unités cagoulées ont fait leur apparition. La tête de cortège, quant à elle, a tenté sans succès de passer en force pour ouvrir la route.


La police a ensuite isolé la tête de cortège, environ 300 personnes. Après de violents matraquages et de nombreuses arrestations, les forces de l’ordre, qui avaient encerclé tout ce qui restait de la «manifestation», ont fait sortir un par un les militants. Toute une rue était bloquée par des fourgons de police qui avaient mis en place des mini-bureaux et de l’éclairage afin d’entamer une opération de fichage à grande échelle.

Fichage des militants

C’est ainsi qu’accompagné, par deux policiers en tenue anti-émeute cagoulés, on passait les différentes étapes, méthodiquement. Fouille, contrôle d’identité et photo avec un numéro collé sur la poitrine. Les derniers sortiront de la nasse vers 20 heures. En tout et pour tout il y aura eu plus d’une dizaine de blessés, une quarantaine d’arrestations ainsi que le fichage systématique et méthodique de quelques 300 personnes.

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Samedi 21 novembre 2009

Suite aux événements du 10 octobre survenus à Poitiers, Patrick a été incarcéré à la prison de Vivonne. Jugé coupable d’avoir lancé une pile en direction de J.-F. Papineau (directeur de la sécurité publique), il a été condamné à huit mois de prison, dont quatre mois ferme. Parce qu’il vit de minima sociaux, la justice n’a pas considéré qu’il présentait les garanties nécessaires à sa remise en liberté (qui lui a été refusée lors de sa demande de remise en liberté le 23 octobre à Poitiers). Son procès en appel a eu lieu le jeudi 19 novembre au palais de Justice de Poitiers.

Ce Tourangeau de 51 ans a été condamné en première instance à quatre mois de prison ferme pour avoir jeté une pile en direction J.-F. Papineau directeur de la sureté départementale, aujourd’hui partie civile, lors des évènements du 10 octobre dernier. Lors de son procès Patrick reconnaît une nouvelle fois les faits, et les regrette… Le procureur demande 18 mois de prison dont 10 de sursis ; La partie civile réclame 1000 euros de préjudice moral pour J.-F. Papineau (sans justificatif) ! Après délibération Patrick est condamné à 8 mois d’emprisonnement dont 7 mois de sursis ; Patrick est donc libre ! Mais il doit tout de même verser 600 euros a J.-F. Papineau pour préjudice moral, ce dernier quant à lui n’a pu s’empêcher de faire arrêter une personne présente sur le devant du palais de Justice pour état d’ivresse (qui en l’occurrence n’était pas manifeste). Patrick a été libéré le soir même après avoir récupéré ses affaires dans la taule de Vivonne !

Le même jour G., F., J. passaient en procès pour bris de «sucette» JC Decaux et destruction/dégaradation d’horodateurs, et pour J. refus de prélèvement ADN ! Interpelés en flag, ils nient les faits lors de leurs interrogatoires, mais les avouent devant la cour de Justice ! La partie civile de la ville Poitiers réclame une maudite somme d’environ 6350 euros et la partie civile de JC Decaux réclame environ 500 euros ! Le procureur demande 3 mois de sursis, 105 heures de TIG, et une amende pour J. concernant son refus ADN ! Ils sont condamnés à 1 mois de sursis, 5 ans de mise à l’épreuve, concernant le refus ADN de J. 100 euros d’amende ! Ils doivent bien sûr payer les deux parties civiles !

N’oublions pas que le procès en appel de Samuel et de Jean-Salvy — qui, comme Patrick, avaient été écroués après leur procès le 12 octobre dernier — devait se dérouler le 10 décembre prochain ; il a été reporté au 14 janvier 2010. Comme Patrick, ces deux étudiants sont des boucs émissaires ; ils ont été condamnés à six mois de prison, dont un ferme, mais, contrairement à Patrick, Samuel et Jean-Salvy ont été remis en liberté le 23 octobre. Que trois autres personnes Charles, Léo et Candice, condamnées à de lourdes peines de prison avec sursis pour des faits aussi dérisoires que les trois précédemment citées, passeront eux/elle aussi en appel ce même 14 janvier. Enfin, le 5 janvier 2010 aura lieu le procès d’une mineure, et, le 23 février, celui de Sarah et d’Angel pour refus de prélèvement d’ADN. Quant aux trois personnes qui ont été arrêtées le 17 octobre, on ignore toujours le sort qui leur est réservé.

— Le 5 décembre de 14 heures à 23 heures (horaires à confirmer, lieu et programme à préciser), Forum de soutien et d’échanges sur la répression organisé par le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux ;
— Le 14 janvier, rassemblement au palais de Justice pour le procès en appel de Samuel, Jean-Salvy, Charles, Léo et Candice.

Indymedia Poitiers, 20 novembre 2009.
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Vendredi 20 novembre 2009
Violences à Poitiers : Patrick Dubreucq retrouve la liberté

Patrick D…, 51 ans, jugé jeudi par la cour d’appel de Poitiers après les violences perpétrées dans la ville le 10 octobre, a été condamné à un mois de prison ferme — peine quil a déjà effectuée — et a donc recouvré la liberté jeudi soir.

La cour d
appel a condamné M. D… à huit mois de prison, dont sept avec sursis. Emprisonné depuis le 13 octobre, après sa condamnation à huit mois de prison dont quatre ferme en première instance, lhomme a donc purgé sa peine.

L
avocat général Jean-Claude Bellot avait requis 18 mois de prison dont 10 avec sursis, soit la même sanction demandée en première instance. «Cette personne a eu un geste que la société ne peut tolérer», avait-il justifié.

«C
est bien, la justice a été entendue», sest félicité son conseil, Me Philippe Brottier, qui avait fait appel.

Patrick D… avait été jugé, en compagnie de sept autres personnes, dans la nuit du 12 au 13 octobre en comparution immédiate pour «dégradations volontaires, dégradations de biens publics, coups et blessures sur agents de la force publique dans l
exercice de leurs fonctions».

Il lui est reproché d
avoir «jeté une pile en direction des forces de lordre». Originaire de Tours, sans profession, il est décrit comme un «militant de toutes les bonnes causes».

«Je regrette mon geste de colère, je ne visais personne» a-t-il déclaré à la cour.

Une trentaine de sympathisants étaient présents dans la salle d
audience, alors quune quarantaine de sympathisants manifestaient au dehors pour demander «la liberté pour Patrick».

Le procès en appel des deux étudiants, Samuel B… et Jean-Salvy C…, 20 ans, condamnés à six mois de prison, dont un ferme, aura lieu le 14 janvier. Les deux jeunes, incarcérés en même temps que Patrick D…, ont été remis en liberté le 23 octobre. Les juges avaient refusé cette liberté à M. D…, estimant que les «garanties de représentation devant la justice et de non-réitération» étaient «insatisfaisantes».

Le parquet a fait appel des décisions concernant les deux étudiants mais également des décisions concernant deux autres personnes condamnées respectivement à deux et six mois de prison avec sursis.

Une manifestation, organisée par un collectif anticarcéral le 10 octobre à Poitiers pendant un festival culturel, avait dégénéré en violences urbaines, avec des actions organisées de casseurs.

Le ministre de l
Intérieur, Brice Hortefeux, avait souhaité, après avoir constaté les dégâts et rencontré des victimes, que la justice sanctionne «durement» les casseurs.

Le montant du préjudice s'élève à 40.000 euros, selon la Fédération des agents économiques de Poitiers.

Leur presse (AFP), 19 novembre 2009.
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Jeudi 19 novembre 2009
Veillée d’armes pour les soutiens à Patrick Dubreucq

Une centaine de manifestants se sont retrouvés hier devant le palais de Justice. Une répétition avant les procès de cet après-midi.

Ils ont ressorti leurs banderoles :
«Solidarité avec les inculpés». Une centaine de membres du Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux et du Comité de soutien aux «inculpés» du 10 ont manifesté hier soir devant le palais de Justice de Poitiers en préparation des rassemblements prévus ce jour au même endroit.

À 16 heures, le premier comité apportera, seul, son soutien à trois jeunes gens poursuivis pour avoir brisé une sucette Decaux et cinq parcmètres le 5 août dernier. Une demi-heure plus tard, il sera rejoint par le second comité pour réclamer la relaxe de Patrick Dubreucq.


Ce Tourangeau de 51 ans a été condamné en première instance à quatre mois de prison ferme pour avoir jeté des piles sur le directeur de la police, aujourd’hui partie civile, lors des événements du 10 octobre dernier. Plus globalement, les manifestants réclament l’arrêt de toutes les poursuites engagées après l’émeute du 10, puis de la manifestation du 17 octobre, notamment les cinq jeunes Poitevins dont les procès en appel doivent avoir lieu le 14 janvier.

Leur presse (La Nouvelle République), 19 novembre 2009.
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Mardi 17 novembre 2009

Le discours sur les libertés publiques a pour effet de renforcer une illusion, l’idée d’un espace homogène où règnerait un ensemble de libertés communes à tout le peuple — le sens même du mot «public». Une telle abstraction idyllique a évidemment son intérêt du point de vue des dominants mais elle ne correspond à rien de réel. Certes, les millions d’êtres humains qui travaillent en France pour un salaire horaire net de 6,92 euros ont la liberté de résilier leur contrat, les sans-papiers ont la liberté de quitter un territoire où ils n’ont pas «vocation à résider» comme dit Hortefeux, les jeunes musulmanes pratiquantes, celle d’ôter leur voile pour éviter d’être chassées de leur école, les ouvriers licenciés en masse, celle d’aller voir ailleurs si le ministre de l’Emploi y est : la liste est longue de ce genre de libertés accordées à la plèbe, aux pauvres, aux Noirs, aux Arabes, aux chômeurs, aux précaires. Et s’ils n’en profitent pas, on a prévu toutes sortes de moyens pour leur faire payer leur ingratitude.

Car parfois ces gens-là ne sont pas contents, et même, bien qu’on leur ait expliqué qu’il y avait la crise et qu’il fallait être patients, il arrive qu’ils se révoltent. Pour éviter que l’ordre public ne soit troublé, l’oligarchie régnante a fait voter par des parlements librement élus une série de lois qui s’empilent depuis plus de vingt ans pour former un millefeuille répressif comme on n’en avait pas vu depuis le Second Empire. Et pour faire appliquer ces lois, elle a mis en place des tribunaux ad hoc et constitué un arsenal policier où sont entassées les armes les plus sophistiquées, du taser aux drones équipés pour la visée nocturne.

Pour l’immense majorité du peuple, la notion même de libertés publiques n’a aucun sens. Cette évidence n’est jamais évoquée du côté des médias et des politiciens censés constituer une opposition. Elle va de soi et elle ne gêne personne. Qu’un prisonnier menotté soit abattu par un gendarme en état de légitime défense, qu’un vieux travailleur algérien trouve la mort dans un car de police, on en fera mention quelque part dans les pages «Société», on indiquera qu’une enquête est en cours et on n’en parlera plus jamais.

Il est pourtant des occasions où du bruit s’élève, où des appels se font entendre pour la défense des libertés publiques : c’est lorsque l’appareil répressif s’en prend imprudemment à des membres de la communauté respectable — ici un enseignant, là un éditeur, ou encore un chercheur. Leurs collègues se groupent pour les défendre, les éditorialistes s’indignent, et même on en parle à la télévision. Ce qui est bien, mais souligne encore davantage, par contraste, l’oppression silencieuse à laquelle la plèbe de ce pays est de plus en plus soumise.

Dans la berceuse républicaine et démocratique, la défense des libertés publiques repose avant tout sur la société civile. L’expression est toujours prononcée avec un certain respect : vertueuse et lucide, cette société-là est indemne des turpitudes propres à l’appareil d’État et au monde de la politique. Il est simplement dommage qu’elle n’existe pas. En effet, l’adjectif «civile» est ici un doublet de «civique» : la société civile serait donc l’ensemble des citoyens, c’est-à-dire la société tout court. Or, dans un pays cloisonné par un apartheid de mieux en mieux systématisé, où chacun est encouragé à se comporter comme l’entrepreneur de lui-même, où la libre concurrence de tous contre tous isole et désingularise en masse, il n’y a plus rien qui ressemble à une société. Car comme l’a dit Montesquieu, «la société est l’union des hommes, et non pas les hommes». L’adjectif «civile» n’est là que pour masquer ce vide terrifiant.

Mais il nous reste un État, dont on nous dit qu’il est «de droit». Ceux qui ont pour charge de le maintenir debout — la justice, la police, l’administration pénitentiaire — se disent déterminés à sécuriser certaines zones périphériques «de non-droit», comme la dalle d’Argenteuil ou les rues de Villiers-le-Bel. Mais il est de plus en plus clair que c’est l’appareil d’État tout entier qui est devenu une zone de non-droit. Seuls ont des droits les membres de l’oligarchie régnante, leur clientèle et leurs valets. Les autres ont droit à la fouille au faciès, au standard automatique du Pôle emploi (le 39 49), au fichage tous azimuts et à la comparution immédiate s’ils ont manifesté trop ouvertement leur mécontentement. Dans son projet de constitution, Robespierre notait à l’article XXI qu’«assujettir à des formes légales la résistance à l’oppression est le dernier raffinement de la tyrannie».

Éric Hazan - Témoignage chrétien, 29 octobre 2009.
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Mardi 17 novembre 2009

Suite aux évènements du 10 octobre survenus à Poitiers, Patrick Dubreucq a été incarcéré à la prison de Vivonne. Jugé coupable d’avoir lancé une pile en direction des forces de lordre, il a été condamné à huit mois de prison, dont quatre mois ferme. Parce quil vit de minima sociaux, la justice na pas considéré quil présentait les garanties nécessaires à sa remise en liberté. Son procès en appel aura lieu le jeudi 19 novembre à 16h30 au palais de Justice de Poitiers.

Le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, composé d
individus soutenus par des associations, des syndicats et des partis politiques (Alternatifs Poitiers, les Verts-Vienne, le Nouveau parti anticapitaliste, lOrganisation communiste libertaire, le Parti de gauche 86, la section de Poitiers du Parti communiste français, SUD Éducation 86 et SUD Étudiants Poitiers), ainsi que le collectif Justice pour tous appellent à deux nouveaux rassemblements :
— Le 18 novembre à 18 heures devant le palais de Justice de Poitiers, pour exiger l’acquittement de Patrick ;
— Le 19 novembre, toujours au palais de Justice, pour lui témoigner notre soutien lors de ce nouveau procès.

À Tours, les organisations SUD Solidaires, le Collectif départemental de soutien aux sans-papiers, le NPA, Alternative libertaire et les Amis de Demain le grand soir appellent également à un rassemblement mercredi 18 novembre, à 18 heures, place Jean-Jaurès. Elles proposent aux Tourangeaux qui le peuvent de participer au rassemblement et au procès en appel le lendemain à Poitiers en organisant un covoiturage.

Le procès en appel de Samuel Bastard et de Jean-Salvy Compte — qui, comme Patrick Dubreucq, avaient été écroués après leur procès le 12 octobre dernier — devait se dérouler le 10 décembre prochain ; il a été reporté au 14 janvier 2010. Comme Patrick Dubreucq, ces deux étudiants sont des boucs émissaires ; ils ont été condamnés à six mois de prison, dont un ferme, mais, contrairement à Patrick, Samuel et Jean-Salvy ont été remis en liberté le 23 octobre. Trois autres personnes (Charles, Léo et Candice), condamnées à de lourdes peines de prison avec sursis pour des faits aussi dérisoires que les trois précédemment citées, passeront en appel ce même 14 janvier.

Enfin, le 5 janvier 2010 aura lieu le procès d
une mineure, et, le 23 février, celui de Sarah et dAngel pour refus de prélèvement dADN. Quant aux trois personnes qui ont été arrêtées le 17 octobre, on ignore toujours le sort qui leur est réservé.

Pour la justice, contre la répression,
continuons la mobilisation !


Face à la police - Tours, 15 novembre 2009.
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Mardi 17 novembre 2009
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Mardi 17 novembre 2009

Un Allemand et un Russe poursuivis pour avoir mis le feu à un bâtiment des douanes en marge d’une manifestation contre le sommet de lOtan à Strasbourg, le 4 avril dernier, ont été condamnés lundi à quatre ans de prison dont un avec sursis.

Venus de Rostock, au nord-est de l
Allemagne, les deux manifestants, respectivement âgés de 23 et 18 ans, «se sont retrouvés, au niveau du Pont de lEurope, dans une excitation extraordinaire, dans un tourbillon, et cest là que tout a basculé», a expliqué lun de leurs avocats, Me Emmanuel Hoen.

Qualifiant le jugement de «relativement équilibré», eu égard aux 10 ans de prison encourus et aux quatre ans ferme requis par le parquet, il a salué «la qualité du travail du juge d
instruction» qui a pu démontrer, selon lui, que ses clients nappartenaient à aucun groupe violent.

Plusieurs centaines de jeunes gens avaient dévasté les abords du Pont de l
Europe durant près dune heure et demie, sans être inquiétés, pendant que le gros des manifestants anti-Otan se rassemblait sur un champ de foire adjacent.

Les casseurs avaient incendié l
ancien poste de douane franco-allemand, un hôtel Ibis, une pharmacie ainsi quun bâtiment administratif des douanes encore en activité, le seul qui nait pas brûlé entièrement.

C
est pour ce dernier délit quétaient poursuivis lAllemand et le Russe qui devront encore comparaître devant le tribunal au printemps prochain pour une audience en intérêts civils.

Il s
agit de la plus lourde sanction prononcée par la justice pour les incidents qui ont émaillé le sommet de lOtan à Strasbourg. Moins dune quinzaine de personnes ont été jugées depuis lors, le plus souvent pour des faits mineurs.

Leur presse (Reuters), 16 novembre 2009.
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Vendredi 13 novembre 2009

Les deux derniers Allemands (T. et N.) passeront en procès lundi 16 novembre 2009 à 8h30 au TGI de Strasbourg.
Venez nombreux pour soutenir les deux camarades…
Antirépression Strasbourg, 6 novembre 2009.
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Jeudi 12 novembre 2009

Non à la répression
des mouvements sociaux !
Relaxe de tous les inculpés
des 10 et 17 octobre à Poitiers !
Abandon des poursuites
et des instructions en cours !

Le 10 octobre dernier à Poitiers, la manifestation organisée dans le cadre d’une Journée anticarcérale contre l’ouverture de la nouvelle prison à Vivonne s’est conclue par des bris de vitrines appartenant à des multinationales de la télécommunication, des banques et des assurances, ainsi que par le gazage du marché Notre-Dame qu’a opéré la police alors que le cortège s'était déjà dispersé. Pendant plus de cinq heures a également eu lieu au «23», lieu culturel et artistique, une répression policière sauvage et gratuite, et cette journée s’est achevée par l’arrestation de 18 personnes servant visiblement de boucs émissaires.

Après quarante-huit heures de garde à vue, huit d’entre elles sont passées en comparution immédiate, et, du fait du battage médiatico-politique autour de ce qui était devenu le «saccage du centre-ville», toutes ont été condamnées à des peines — dont quatre mois de prison ferme pour Patrick, et un mois pour Samuel et Jean-Salvy. De plus, le parquet a fait appel — ce qui ne présage rien de bon pour la suite si rien ne vient infléchir le cours de cette «justice».

Diverses mobilisations ont déjà eu lieu à Poitiers et à Tours : manif du 17 octobre à l’appel du Comité de soutien à Sam et Jean-Salvy (qui s’est soldée par trois nouvelles arrestations) ; manif du 19 et soirée débat-concert du 22 organisées par le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux en soutien à tous les inculpés ; manif du 24 octobre appelée par le Comité de soutien à Sam et Jean-Salvy et rassemblement du 31 octobre appelé par diverses organisations dont le Comité antirépression de Tours, en solidarité avec Patrick…

Ces mobilisations — de même que les nombreuses distributions de tracts ou les pétitions réalisées — ont montré leur utilité, car Samuel et Jean-Salvy ont finalement été remis en liberté en attendant le procès en appel […]. Mais Patrick est resté en prison : le tribunal a considéré que ses garanties de représentation en justice et de non-réitération de son geste étaient insuffisantes.

Libération immédiate de Patrick Dubreucq !

Patrick, alias Patoche, «militant de toutes les bonnes causes» comme il se définit lui-même, a été condamné non seulement à huit mois de prison dont quatre ferme mais, comble du comble, à une obligation de soins psychiatriques et à une amende pour avoir jeté un projectile en direction des forces de l’ordre sans que personne n’ait été blessé. Ce projectile serait une pile (au moins atomique !) qui aurait atteint par ricochet un commissaire — lequel a obtenu des dommages et intérêts de 800 euros.

Parce qu’il vit de minima sociaux, parce qu’il fait partie des «exclus», Patrick ne pourrait être libéré… Alors qu’à 50 ans passés il n’a jamais été condamné, il est présenté comme susceptible de réitérer un acte dit «violent», mais exceptionnel, en direction des forces de police. Affirmer qu’il est dangereux pour l’ordre public est une sinistre farce — mais bien dans la logique d’un pouvoir qui réprime particulièrement cette partie de nos concitoyens.

Se révolter contre cette société pourrie est ainsi une maladie mentale, et la psychiatrie la cinquième roue du magnifique carrosse de la paix sociale et du système répressif étatique. L’avocat de Patrick a fait appel de ce jugement inique, et un nouveau procès aura lieu le 19 novembre.

Exigeons l’acquittement de Patrick, celui de Jean-Salvy et de Samuel […] ainsi que celui de Charles et de Léo — dont leur date de procès n’est pas encore connue.

Exigeons de même la relaxe pour tous les inculpés des 10 et 17 octobre, et l’arrêt de toutes les procédures en cours — notamment celle qui menace de fermeture le «23».


D’autres actions de solidarité sont prévues. Venez vous y joindre :
— Les 18 novembre à 18 heures et 19 novembre dans la journée, rassemblements devant le palais de justice pour assurer Patrick de notre solidarité face à son procès en appel ;
— Le 28 novembre à 14 heures, manifestation pacifique pour la justice et le respect des droits de l’Homme, à l’initiative du Comité de soutien aux inculpé-e-s du 10 octobre ;
— Le 5 décembre de 14 heures à 23 heures (horaires à confirmer, lieu et programme à préciser), Forum de soutien et d’échanges sur la répression organisé par le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux ;
— Le procès en appel de Samuel et Jean-Salvy est repoussé à une date ultérieure.

Ne laissons pas bafouer les droits d’expression
et de manifestation !
Opposons-nous à toute forme de répression
des mouvements sociaux !


Signez et faites signer massivement la pétition demandant la libération de Patrick et la relaxe de tous les inculpés.
Apportez un soutien financier : chèques à l’ordre d’ACRATIE — à envoyer à ACRATIE, 86310 La Bussière (avec la mention «Solidarité Poitiers» au dos).
Écrivez à Patrick : Centre pénitentiaire de Poitiers Vivonne, Patrick Dubreucq, no d’écrou 145, Champ de Grolles, 86370 Vivonne.
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Mardi 10 novembre 2009
En Belgique
Document du Sénat à propos du mouvement anarchiste et pas seulement



Ce document — propagande de l’État — vise clairement à préparer le terrain pour isoler les anarchistes et autres anti-autoritaires des luttes en cours, ne mérite rien d’autre que notre mépris le plus profond.

Annales du Sénat Belge
29 octobre 2009

M. Carl Devlies, secrétaire d’État à la Coordination de la lutte contre la fraude et secrétaire d’État, adjoint au ministre de la Justice. — Je vous lis la réponse du ministre De Clerck.

On constate depuis fin 2007 une augmentation du nombre d’actions pouvant vraisemblablement être associées au milieu anarchiste. Elles font partie de différentes campagnes anarchistes visant entre autres à obtenir la fermeture des prisons et des centres d’accueil fermés. Toutes les entreprises reliées de près ou de loin à ces institutions peuvent être une cible. Une entreprise de nettoyage, La Poste et des sociétés de transport public ont, par exemple, été victimes de tels actes. Les services de police ont aussi été visés.

Les actes commis par les anarchistes vont de l’inscription de graffitis à l’allumage d’incendies, en passant par des faits de vandalisme. Au moins 55 faits de cette nature ont été dénombrés depuis le début de l’année.

En octobre 2009, deux actions bien préparées ont été menées par des groupes de personnes masquées et vêtues de noir. La première s’est déroulée à Bruxelles, où les vitrines d’agences de travail intérimaire et d’agences bancaires ont été brisées.

L’idéologie anarchiste considère en effet les prisons et les centres d’asile comme les instruments par excellence de la répression exercée par l’État. Les entreprises et organes publics responsables de la gestion des prisons et des centres fermés ou qui leur fournissent des services sont donc devenus la cible d’un petit groupe d’anarchistes virulents, par exemple, le 15 octobre dernier, l’entreprise Besix. Début août 2009, une liste noire de toutes les sociétés qui contribuent à la construction du nouveau centre d’asile de Steenokkerzeel a même été publiée sur internet. La pratique du naming and shaming devient bien souvent une méthode d’action pour les activistes d’extrême gauche.

Il est très difficile d’établir une liste exhaustive de ces incidents car les services de renseignement et de police ne peuvent pas toujours déterminer si un fait est ou non de nature politique.

Seuls quelques faits sont revendiqués en tant que tels sur internet ou dans des tracts, ou ont pu être qualifiés d’anarchistes grâce aux tags découverts sur place. Le choix de la cible a aussi, dans certains cas, permis de supposer qu’un fait s’insérait dans la campagne anarchiste menée contre les prisons et les centres fermés. La violente protestation qui s’exerce dans notre pays contre la politique d’asile et de migration s’inscrit donc dans ce cadre. Ce courant radical est toutefois entièrement dissocié de l’opposition légitime et pacifique des ONG, qui défendent les droits des réfugiés et des sans-papier et réclament une politique d’immigration plus humaine.

Plusieurs enquêtes sont en cours sous l’égide du parquet fédéral, qui suit ce problème. Jusqu’à présent, aucune arrestation n’a eu lieu.

Conformément à ses missions, fixées par la loi du 30 novembre 1998, la Sûreté de l’État consacre l’attention nécessaire aux groupements d’extrême gauche et anarchistes de notre pays qui s’impliquent dans la problématique d’asile et de migration. Si une majorité de personnes agissent de manière pacifique, une petite minorité a toutefois opté pour la méthode forte. Nous pensons qu’une grande partie des récents incidents violents survenus dans notre pays sont le fait de membres du mouvement anarchiste.

Notre contrôle permanent sur le mouvement anarchiste implique aussi un suivi des données relatives aux incidents éventuellement d’inspiration anarchiste. L’enquête judiciaire relève évidemment des services de recherche compétents.

La Sûreté de l’État consacre, là où c’est possible, son expertise à la détection des groupes et des individus. Elle négocie en permanence avec ses homologues étrangers pour établir la cartographie des phénomènes transfrontaliers. Des informations de base sont régulièrement échangées dans le cadre de l’extrémisme idéologique. Le rapport public Het vuur van het verzet de l’AIVD relatif à la résistance croissante contre la politique néerlandaise d’asile et d’immigration confirme en effet que les Pays-Bas sont confrontés au même problème.

Nous avons toutefois le sentiment qu’il s’agit, dans les deux pays, d’un phénomène purement national, guidé il est vrai par les mêmes motifs idéologiques.

Diverses analyses de la menace ont déjà été faites par l’OCAM sur ces actions spécifiques, de sorte que les ministres et leurs services puissent prendre les mesures nécessaires que, pour des raisons compréhensibles, je ne souhaite pas approfondir.



En France

L’ultra-gauche dans le Laonnois : Des éléments isolés


Si la notion dultra-gauche est dactualité, elle reste mineure dans le secteur. Même chez les anarchistes locaux qui ont leur théorie sur cette actualité.

Une première à Tarnac, il y a un an, la seconde fois à Poitiers, il y a un mois. La notion d
’«ultra-gauche» a été une découverte pour beaucoup. Un classement à lextrême marge de la gauche de léchiquier politique, où cette appellation renvoyait régulièrement au monde anarchiste. Une assimilation que les membres du groupe Pierre-Kropotkine de la Fédération anarchiste, section basée à Merlieux-et-Fouquerolles réfutent et expliquent pourquoi. Avec le langage sans détour de Dominique Lestrat, un de ces membres les plus exposés, explication qui commence par une pirouette lexicale.

«Il n
y a pas eu plus démeutes à Poitiers le 10 octobre que de socialisme en France en mai 1981», glisse-t-il avec sa verve. «Une émeute, cest un soulèvement populaire mis en œuvre [par] une partie importante et significative de la population dans un espace politique donné. Or, mis à part, quelques poubelles qui brûlent, quelques vitrines dont celles de Bouygues, le constructeur de la prison, et celle du journal local, du gaz lacrymogène entre les policiers et la dizaine de personnes, nous sommes bien loin de lémeute.»

Après avoir pris contact avec ses semblables du groupe anarchiste local de Poitiers, Dominique Lestrat explique comment la manifestation avait dégénéré : «Ce mouvement, né sous l
action de lassociation pour le respect des proches de personnes incarcérées (ARPI) se servait du transfert des prisonniers du lendemain, pour poser la question cruciale de la prison dans notre société où le sécuritaire et lenfermement sont les deux pivots du maintien de lordre capitaliste. Il y a eu un premier débat, le matin, puis le départ pour ce qui devait être une manifestation festive.»

Sauf que : «Il y a eu des groupes de militants, ceux que nous appelons des “hors sols” (ndlr : des individus n
appartenant pas aux groupes locaux) qui ont pris le contrôle de la manifestation qui regroupait environ 300 manifestants. Ils ont imprimé leurs décisions, leur rythme, leur manière dagir et leurs fantasmes à lensemble des manifestants, sans se préoccuper des retombées sur lenvironnement local.»

D
où limage restant des vitrines brisées.

À Laon et dans le Laonnois, cette présence de l
ultra-gauche existe mais déléments individuels comme lexplique un membre de la direction centrale du Renseignement intérieur axonais, les ex-RG (voir plus bas).

Des éléments comme ceux de Poitiers, extérieurs aux organisateurs de la manifestation, le groupe Pierre Kropotkine en reçoit comme l
explique Dominique Lestrat.

«Régulièrement, nous avons des personnes qui nous contactent, nous sondent, souhaitent connaître nos opinions. Nous nous apercevons vite qu
il est beaucoup plus radical dans sa façon dagir et le contact se termine là.»

Pas de structure locale
«Oui, nous avons pu remarquer une hausse des informations sur les forums internet ou dans les blogs. Mais dans le Laonnois, et même dans lAisne, lultra-gauche ne possède pas, a priori, de structures établies.» À lantenne laonnoise de la direction centrale du Renseignement intérieur (les anciens Renseignements généraux), la réponse est sans détour : oui, il existe dans le Laonnois et dans lAisne, des individus qui sont classés à «lultra-gauche». «Des individus isolés, que nous connaissons bien mais qui ne sont pas constitués en organisations reconnues.» Ou connues. «Nous avons nos anarchistes à Merlieux, mais sils sont présents dans tous les mouvements de contestation, cest une protestation pacifique.» Cette montée des extrêmes est quand même ressentie dans deux endroits du secteur : Chauny pour lextrême-droite et Soissons pour lextrême-gauche. «Il y a un regain actuel, sans doute favorisé par la situation économique. Le prosélytisme est plus facile.»

Leur presse (Stéphane Massé, L’Union), 5 novembre.
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Mardi 10 novembre 2009
(Nota Bene : La réflexion est glocale, mais plus locale que globale…)

Puisqu’on a l’impératif de contribuer aux «luttes sociales» selon une charte préétablie qui donne sa propre conception de la contribution «rentable et productive», sans tenir véritablement compte de l’ensemble des modes de luttes, alors je me propose de gribouiller un texte en forme de réponse à tous ceux qui considérent l’autonomie comme «contre productive» (Vous reprendrez bien un peu de principe capitaliste ?) à partir du moment où elle n’entre pas dans leurs propres schèmes et modes de pensée. Ce sera une façon de faire progresser le débât sur l’autonomie des luttes, donc de faire avancer les luttes (a)sociales (Mais au fait, la société, ce n’est pas ce qu’on combat ? C’est quoi au juste, des «luttes sociales» ?).

Depuis quelques temps, certains s’emploient, avec une énergie admirable, à écharper les initiatives autonomes en attribuant à leurs ennemis du moment des sobriquets méprisants et infantilisants. Le plus amusant est sans doute celui de «toto» qui, repris aux socdem de l’Unef, fait sans doute référence aux blagues Toto, ce gosse un peu crétin qui ne comprend pas trop la vie. Utilisé à l’encontre de certains activistes autonomes, il permet de douter de leur capacité à réfléchir, à construire un discours ou à agir avec cohérence. Il permet surtout de faire marrer autour d’une table les syndiqués et autres organisés qui ne croient qu’en la massification et autres concepts lénifiants de la lutte des classes, mais qui, à l’heure actuelle, sont plus prolixes pour la rédaction de communiqués désaprobateurs, l’organisation de soirées de soutien et de rassemblements de solidarité.

Quand le «brave Toto» passe le clair de son temps à se joindre, aussi par solidarité, aux rassemblements des organisés, à tenter des actions qui ne reçoivent presque jamais le soutien des organisés (parce que leur spontanéité apparaît comme un élan d’immaturité aux yeux des «raisonnables» et autres «réalistes»), à soutenir les migrants et sans pap en taule (quitte à se geler des nuits entières devant un centre de rétention pour que les organisés se glorifient ensuite d’avoir «empêché l’expulsion par leur formidable mobilisation»), à se joindre aux contre-sommets et à faire vivre un peu partout des squats d’activité (activité peu visible, il faut les en excuser), ses détracteurs aiment à le considérer comme un neutron, une particule électrique qui bouge sans savoir pourquoi. Et quand, par malheur, il exerce une autocritique (principe d’extrême gauche que nombre d’autres ont relégués aux oubliettes du progrès) à l’égard de ces mouvements auquels il participe, on le taxe de «fouteur de merde» et on lui reproche avec mépris d’avoir gâché une si belle fête (notamment lorsque, par colère, il a provoqué une charge de CRS que tout le monde voulait éviter) : il faut qu’il comprenne que de nos jours, la «révolution» se fait sagement…

Ce que les anti-toto devraient commencer à saisir, c’est qu’il n’y a ni mouvance, ni groupe autonome, il n’y a que des personnes révoltées qui s’organisent de façon affinitaire pour des projets particuliers. Ce qu’ils devraient comprendre aussi, c’est que la «révolution» n’est pas un objectif en soi, même si l’on a passé des heures à potasser l’après-révolution dans des soirées libertaires. La révolution ne peut aboutir que sur la réforme. Nous sommes d’ailleurs encore aujourd’hui dans la poursuite de cette réforme permanente de la constitution de 1795. La république a vocation à n’être qu’une perpétuelle reformulation des principes révolutionnaires. Et tous les réformistes et révolutionnaires se plient ou se plieront tôt ou tard à la logique révolutionnaire du grand Capital. D’ailleurs, même Lenine avec sa Nouvelle Politique Économique et Gorbatchev avec sa Perestroïka ont fini eux-même par se soumettre au capitalisme. Ce qui intéresse «Toto», ce serait plutôt de se demander pourquoi le principe de l’insurrection a disparu de la dialectique des révolutionnaires et autres libertaires. Dans la déclaration de l’Homme et du citoyen de 1793 il était écrit : «Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs» (article 35). Mais 1793, c’était le temps de la ferveur populaire, de la révolte, pas celui de la sagesse révolutionnaire. Deux ans après, ce sont les révolutionnaires qui ont enlevé cet article de la déclaration…

Mais passons au delà des discours idéologiques, parce qu’il y a sans doute plus de rhéteurs dans la grande famille des anti-Toto que dans la secte de Toto. Parlons de «spontanéité» et de «provoc». Il serait bon que certains comprennent que lorsque Toto pète des banques à Poitiers, brûle un Hôtel Ibis à Strasbourg ou provoque une rangée de flics en marge d’une manif raisonnable, ce n’est pas dans l’objectif d’être compris ou de massifier, ni même celui de lécher le derrière des médias en paraissant réfléchis et raisonnables comme les organisés, qui tentent chaque jour de s’acheter une conduite pour mieux se faire aimer des masses ouvrières qui ont toujours préféré se syndiquer à la CFDT qu’à la Cénète. Quand il rédige des communiqués en s’appropriant les noms d’oiseaux qu’on lui donne ou lorsqu’il se fait passer pour un con isolé, c’est peut-être justement pour ne pas jouer le grand Spectacle de la massification. Mais c’est vrai qu’il serait plus acceptable s’il défilait lui aussi avec un drapeau et des autocollants, plutôt que de venir pourrir les manifs avec son masque, son brise-vitre et ses attitudes désinvoltes qui font peur aux enfants. Et puis quand les flics brisent le crâne d’une jeune militante, il ferait mieux de faire comme le SO et regarder la scène de loin en s’appuyant sur son drapeau miniature en forme de massue, plutôt que d’envisager enfin la confrontation avec les flics…

C’est vrai que Toto a la rage. C’est vrai que parfois, il fait des conneries. C’est vrai aussi que par moments, Toto se comporte comme un capitaliste en se bourrant la gueule ou en utilisant la justice pour tenter de faire tomber quelques fachos. Par moments même, il se prend pour un warrior et essaie d’identifier ses ennemis plutôt que de leur distribuer des tracts sans savoir qu’ils sont flics. Toto préfère parfois prendre des risques inutiles plutôt que de tomber dans le piège de la représentation et des défilés alter. Pourtant c’est étrange, mais il n’y a qu’en France que Toto est pris sans cesse pour un con. Ailleurs, les délires totoïdes sont conçus comme des modes de lutte et d’existence, qui se retrouvent autant dans les squats que dans le Black Bloc. Ailleurs, les délires totoïdes permettent d’organiser de véritables luttes sur lesquelles beaucoup ici se masturbent (excusez le terme : est-il suffisament «raisonnable» ?) le soir en rêvant de révolution devant leur écran cathodique ou lors de soirées débats. À ce propos, ce serait intéressant de demander aux anars russes ou aux anars contre le mur ce qu’ils pensent des «délires totoïdes», eux qui connaissent vraiment l’oppression ?

La différence, peut-être, c’est que Toto a la sensation de vivre déjà dans un régime oppressif, avec ses caméras, ses flics, ses lois antiterroristes et ses RFID. Toto n’est pas seulement idéologiquement choqué ou scandalisé par l’évolution de la société, mais il a peur et il a la rage. Toto ne veut pas seulement se rassembler devant une prison pour qu’on voit son mécontentement sur France 3, mais saisit toute opportunité d’en défoncer les grilles. Toto ne croit pas dans l’alternance démocratique et ne croit pas non plus qu’un peuple en liesse portera ses idées vers la victoire sur le capitalisme. Toto ressent chaque jour les humiliations d’un système toujours plus totalitaire et dégueule devant l’individualisme ambiant que certains anars organisés défendent comme un moyen de se protéger de l’uniformisation. Toto saisit les opportunités de l’instant présent et construit la confrontation dans laquelle naît l’insurrection. Et s’insurger n’est pas prendre les armes et faire un bain de sang à l’image des révolutions et des guerres populaires. L’insurrection est le fait de se «soulever», de ne pas se coucher, ni de se plier, mais de se mettre debout et d’y rester. C’est le fait d’entretenir le conflit aussi souvent que possible et partout où cela est possible. Leur système est comme un tissu. À nous d’y percer des trous sans relâche.

Alors à tous ceux qui considèrent qu’il y a des «bons autonomes» et des «mauvais autonomes», qui se sentent des véléités dignes des tribunaux populaires, le «je» qui écrit cet article au nom d’un «nous» dans lequel il se reconnaît demande qu’ils réfléchissent avant de commenter dans les colonnes d’Indymedia et de balancer des infos qui pourraient porter atteinte à la sécurité des autres. Ce serait cool qu’ils repensent aussi leur définition de la solidarité, de l’union pour la lutte et de tous ces concepts qu’ils égrennent dans leurs discours en permanence, mais qu’ils semblent oublier lorsque vient le temps de fustiger les déraisonnables.

Et surtout, ont-ils vraiment cherché à connaître Toto et à comprendre ses motivations ?

Et aussi, si on arrêtait de se prendre la tête ?

un Toto qui en a marre de se faire insulter par procuration

(PS : je dois mettre quoi comme mot clé ? Y’a pas de rubrique «luttes asociales», «problématiques internes», «gueguerre d’idées»…)

Indymedia Lille, 2 novembre 2009.
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Lundi 9 novembre 2009

Dans la nuit du 6 octobre, Jürgen n'est pas rentré chez lui. Il a été arrêté par la police, traîné devant le juge d'instruction et incarcéré à la prison de Gand (Nieuwe Wandeling). Plus tôt dans cette journée, la ville de Gand si tolérante accueillait une fois de plus une bande de fascistes. Apparemment ça ne plaît pas à tout le monde. À différents endroits dans la ville, des gens ont exprimé leur opposition en endommageant des symboles de cette société capitaliste. Un peu plus tard, nous avons appris que Jürgen était accusé d'avoir participé à ces actions.

Les jours suivants, nombre de gens ont été harcelés par les flics. Une semaine plus tard, la police perquisitionne le domicile de Paulo. Il est sommé de se présenter au commissariat deux jours plus tard, le 21 octobre, pour un interrogatoire. Ce jour-là, il est arrêté en rentrant chez lui. Il est lui aussi jeté dans les geôles de Gand.

Le 9 novembre, les deux compagnons sont passés devant la Chambre du Conseil qui a prolongé leur détention préventive. La Chambre a renvoyé l'affaire au tribunal correctionnel. Le procès aura lieu dans deux semaines, la date exacte doit encore être confirmée.

Nous ne nous reposerons pas avant de pouvoir de nouveau embrasser nos compagnons, comment et quand nous le voulons.

Liberté pour Jürgen et Paulo !
Contre toute forme d'enfermement.
Pour la destruction de la prison
et de son monde.

Pour leur écrire, voici leurs adresses :
Gian-Paolo Melis
Nieuwe Wandeling 89, 9000 Gand, Belgique
Jürgen Goethals
Nieuwe Wandeling 89, 9000 Gand, Belgique

Du soutien financier peut être versé sur le compte 000-3244460-04 en mentionnant J+P.


Gand, la nuit du 6 au 7 octobre

Des vitres qui volent en éclats, de la peinture qui dégouline. Les vitres du palais de justice détruites par des vandales. Des dizaines de milliers d'euros de dégâts, selon le parquet. Un des piliers de la démocratie attaqué lors d'une flambée de fureur ? Des flammes qui lèchent le plastique des poubelles partout dans le centre de Gand. Quelques distributeurs qui crachent de l'argent pour le confort du consommateur perpétuel ont aussi pris feu. Les pompiers et la police doivent se rendre en toute hâte partout au même moment. Du chaos et des sirènes hurlantes partout.

La télévision régionale dit que quelques étudiants de droite ont reçu une bonne dose de critique physique démoralisante (c'est entre autres le président du NSV [organisation flamande d'étudiants fascistes] qui a pris des coups). Sur la place Sint-Pieters, le KVHV [organisation flamande d'étudiants catho-fascistes] organise un débat sur l'islam en Europe. Un petit comité de « démocrates » de la droite dure avec la présence de Dewinter [leader flamboyant du parti fasciste Vlaams Belang], Dedecker [leader d'un parti de droite] & co et les islamistes de l'AEL [organisation identitaire arabe et musulmane] en face. Un peu plus loin à Gand, dans la Haute École sur l'avenue Voskes, le NSV (ce club d'étudiants officieux du Vlaams Belang) fête le début de l'année universitaire. L'année passée, le NSV avait organisé un débat avec entre autres Filip Dewinter comme orateur invité. Le bâtiment universitaire où se déroulerait ce débat, avait alors été occupé avec succès par des antifascistes. Une attaque des fascistes sous le commandement de Führer Filip a été repoussée. Cette entrave au supposé droit à la liberté d'expression pour les fascistes ne pouvait pas se répéter…

Alors cette année, un dispositif policier impressionnant avait été mobilisé pour faire en sorte que les combattants de la démocratie flamande puissent procéder sans encombrements. Vu qu'un rassemblement au moment et lieu fixés par eux échouerait sur un mur de bleu, cette année les réactions ont été différentes. Ainsi, la fête n'est pas passée inaperçue et Gand a tressailli par une éruption spontanée et versatile de chaos.

La progression politique de l'extrême droite en Flandre n'est pas une coïncidence. Le fait que des organisations fascistes comme le NSV et bientôt le NSA [une bande de néo-nazis] à Gand (et en Flandre) ont le jeu libre et sont protégées avec énormément de zèle par les forces de l'ordre, a des causes plus profondes.

L'extrême droite met sur le tapis toutes sortes de « problèmes » qui n'ont pas de base objective. Partout dans le monde, les lignes de rupture entre une petite élite monstrueusement riche et les masses qui se battent au quotidien pour survivre, deviennent plus aigues. Partout, les protecteurs de cette élite disposent de plus en plus de moyens et sont de mieux en mieux équipés. Pensez seulement à la palette des couleurs des polices qui salissent nos rues (gris, mauves, noirs… des uniformes avec chacun leur spécialité). Leur manière de s'y prendre va de l'approche « sociale » douce à la répression implacable.

Le discours de l'extrême droite (présenter l'islam comme une menace pour l'occident « éclairé » ; présenter les gens en fuite pour échapper à une existence misérable comme des parasites ; présenter ceux qui ne travaillent pas comme des profiteurs…) vise à détourner l'attention de la guerre quotidienne entre les riches et les pauvres. Cette histoire nous est présentée par les médias qui sont le porte-voix de l'élite dominante, qui ne cessent de nous distraire avec du « tittytainment » à la télé et sur internet, avec le culte de la santé etc. L'opinion publique flamande semble s'être approprié ce discours. Au café, le racisme n'est jamais loin non-plus. Les « autres » sont l'ennemi, pas les marionnettistes qui manipulent ce théâtre.

La suite

Clairement la justice et le gouvernement n'aiment pas les expressions de résistance comme celles de cette nuit-là. Face à une opinion publique dominée par des acteurs de droite, des têtes doivent tomber. La nuit même, une personne a été arrêtée, accusée de différents incendies. Deux semaines plus tard, une autre personne a été arrêtée, plus ou moins sous les mêmes accusations.

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