Lundi 7 avril 2008
Dijon - biométrie : collèges taggés et fermés

Le jeudi 3 avril au matin, les collégiens des deux établissements scolaires de Côte-d’Or ayant choisi de faire installer des bornes biométriques (Les Lentillères à Dijon et Rostand à Quétigny), ont trouvé les portes de leur établissement fermées à l’aide de superglu dans les verrous et les murs repeints de tags «Non à la biométrie !» et «Biométrie = Fichage = Prison». Cette initiative s’inscrit sans doute dans un soutien à la campagne nationale contre la biométrie initiée actuellement en France. Quand les collèges se transforment en prisons et en laboratoires d’acclimatation au contrôle social, fermons-les !

Jeudi 20 mars 2008
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Les OGM alimentaires font partie d’un nouveau marché hyper spéculatif, celui des biotechnologies où le vivant est cédé aux intérêts financiers via la brevetabilité des semences. Le transfert au privé de la recherche scientifique publique accentue cette course au profit et le manque de transparence qui laccompagne. La lutte de la CNT contre ces OGM sinscrit dans le cadre de son engagement syndical, anticapitaliste et internationaliste.

Lutte anti-OGM et action syndicale

Outre les dangers écologiques et sanitaires, il nous semble important d
un point de vue syndical de dénoncer lembrigadement des travailleurs de la terre dans la spirale de lindustrialisation à outrance de lagriculture. Dans ce domaine, nous citerons la «Politique Agricole Commune» qui devait, lors de sa première mise en place en 1962, ouvrir un avenir radieux. Au final, ce ne sont que surendettement des paysans, ainsi que pollution des sols et des nappes phréatiques, qui en résultent.

Droit à une alimentation saine pour tous et toutes

Nous (salariés, travailleurs en formation ou privés d’emploi) voulons pouvoir bénéficier d’une alimentation saine et en quantité suffisante. Nous refusons une société à deux vitesses où les aliments de qualité sont réservés aux nantis et la nourriture industrielle contenant les OGM aux plus pauvres.

Pour une auto-suffisance alimentaire des peuples

Nous ne sommes pas dupes de l
argumentaire pseudo-humanitaire libéral selon lequel les OGM seraient la solution à léradication de la faim dans le monde. La vraie cause des famines est la disparition des cultures vivrières au profit de monocultures d’exportation imposées par l’OMC. La souveraineté alimentaire des peuples ne doit pas plier sous la volonté des multinationales agroalimentaires. Les OGM ont été créés et commercialisés sur un court terme, non pas dans un élan humaniste mais malheureusement et simplement pour réaliser un profit maximal.

Confédération nationale du Travail
Dimanche 23 décembre 2007
Comment protéger notre vie privée dans un monde où la traçabilité explose ?

Il y a deux ans, le professeur Sandy PENTLAND du MIT a fourni une centaine de téléphones à ses étudiants, des téléphones équipés d’un logiciel permettant à l’équipe du professeur PENTLAND d’étudier les interactions entre leurs possesseurs. Le professeur PENTLAND et son assistant, Nathan EAGLE, ont ainsi développé un modèle de réseau social plus précis et plus nuancé que ceux construits à partir d’interviews. Leur étude leur a permis de modéliser, à partir de nos comportements téléphoniques, la qualité de nos relations sociales et même d’apporter des résultats de modélisations plus personnels, comme la mesure de notre satisfaction au travail.

L’analyse des données issues de nos téléphones mobiles ouvre de nouveaux champs d’études, dont celui de la «fouille de la réalité» (reality mining), comme l’explique le professeur PENTLAND dans un passionnant entretien accordé à la Technology Review. Ces données ne vont pas servir seulement à tracer nos interactions sociales, mais nous aideront demain à mieux gérer et concevoir notre environnement, à mieux comprendre les flux qui le parcourent. À l’exemple de l’expérience Real Time Rome qui permettait de cartographier les flux de personnes dans la ville de Rome via les mobiles de ses habitants. Sur le même principe, PathIntelligence qu’évoquait récemment TechCrunch permet d’analyser, via les signaux des téléphones mobiles, les déplacements des clients dans des espaces commerciaux. Et ce ne sont là que les premiers balbutiements des possibilités qu’offre l’amas de données collectives que nous allons être capables d’accumuler.

Ce type de données, révélées par les capteurs qui se multiplient autour de nous, ne va cesser de croître, comme l’expliquait Adam GREENFIELD cette semaine à la conférence «Les matières du Design» à Minatec. Les capteurs, les nouvelles technologies, créent d’autant plus de surveillance que «l’informatique se dissout dans le comportement». Face à cet internet des choses, où nos objets sociaux sont capteurs, la traçabilité des individus atteint un stade nouveau, un seuil qui doit nous questionner.

Un pas plus loin dans la traçabilité

«La fouille de la réalité c’est permettre à l’infrastructure technologique de connaître des informations sur votre vie sociale», explique Sandy PENTLAND. Nos téléphones savent qui nous sommes. Avec Facebook, ils peuvent savoir quels rapports nous entretenons avec notre réseau social et, selon le statut de chacun de nos «amis», peuvent par exemple leur fournir des moyens différents de nous joindre.
«La fouille de la réalité consiste à faire attention à nos actions en ligne et utiliser cette information pour nous aider à établir des politiques de confidentialités conformes à nos interactions.» Nos téléphones sont déjà des capteurs de notre environnement : le protocole Bluetooth peut être une passerelle pour enregistrer, tracer et comprendre nos interactions avec les autres et en dessiner les relations. L’iPhone possède un accéléromètre qui permet de savoir si nous sommes assis ou en marche. Tous les téléphones disposent de microphones par le biais desquels on pourrait analyser le ton de notre voix, ou certaines caractéristiques de notre comportement (savoir si nous interrompons les gens, etc.)… Ces données peuvent par exemple nous dire quel rôle les gens jouent dans un groupe. «C’est certainement de la psychologie de bazar et les gens concernés savent déjà cela, mais jusqu’à présent nous étions incapables de le mesurer, à une telle échelle», souligne Sandy PENTLAND. Ce qui est certain, c’est que la fouille de la réalité va permettre de voir des choses d’une manière inédite : en cas de menace épidémiologique par exemple, nous pourrions surveiller les mouvements de population pour mieux prévenir un problème sanitaire majeur, voire identifier les gens qui ne se déplacent plus dans une zone infectieuse et sont donc présumés malades.

Demain, comme le rappelle le professeur PENTLAND, ces données vont avoir des applications très immédiates, pour la gestion de nos communications par exemple, qui pourront se fonder sur nos relations réelles. Mais également dans le domaine de la santé où nous pourrons surveiller et faire surveiller notre état de santé… Nous n’échapperons certainement pas à l’informatique omniprésente ni à la fouille de la réalité. Tout au mieux peut-on édicter des règles avant qu’il ne soit trop tard, pour essayer de limiter les multiples débordements qui ne vont pas manquer.

Répondre par un respect plus grand de la vie privée

Mais comment préserver la vie privée dans un monde où les téléphones sont constamment en train de rendre compte de notre vie, de nos déplacements ? «Nous avons certainement besoin d’en débattre et d’établir un nouveau pacte pour la vie privée — pour qu’on puisse utiliser ces données sans en abuser», clame le professeur PENTLAND. Adam GREENFIELD ne dit pas autre chose en proposant ses cinq principes éthiques sur lesquels devraient se bâtir les systèmes pervasifs. Pour autant, est-ce suffisant ?

Si demain la fouille de la réalité devient possible, il faut que celle-ci soit strictement encadrée afin de garantir, bien plus qu’elle ne le fait aujourd’hui, la protection des utilisateurs. Et ceci suppose au moins que les services, les applications, les autorités n’aient jamais accès aux données d’identification. Alors qu’elles sont accessibles d’un clic, alors que la technologie permet avec toujours plus de facilité tous les croisements possibles et inimaginables, ne faut-il pas envisager que ces croisements soient rendus impossibles ?

Cela signifie certainement qu’il va falloir prendre des mesures plus radicales pour protéger l’intimité, pour décorréler les données personnelles (celles qui permettent de nous identifier clairement) de ce panoptique généralisé. C’est en cela peut-être qu’il faut entendre les critiques récentes à l’encontre de la CNIL. Contrairement à ce que nous sommes en train de faire, la nouvelle puissance de ces données nécessite certainement plus encore de renforcer et protéger l’anonymat et l’intimité des utilisateurs.

Cela signifie que ces informations accessibles d’un clic doivent être encore plus coupées de celles qui permettent de nous identifier. Qu’elles ne peuvent et ne devraient pas être accessibles sur simple décision de police, mais bien uniquement sur décision de justice et dans un cadre légal qui ne doit pas en simplifier l’accès, au contraire. Que les procédures d’anonymisation devraient être normales, systématiques, voire obligatoires. Contrairement à ce que nous sommes en train de faire, il va certainement falloir réaffirmer plus avant la protection de nos données personnelles, leur inviolabilité : plutôt que de laisser leur pervasivité affleurer.

Dans un monde de données ambiantes, la tentation de tout savoir devient presque irrésistible. Pourtant, face aux résistances sociales et psychologiques que cela ne va pas manquer d’introduire, il s’agit bien d’en comprendre l’essence et non pas de les minorer. En s’insinuant dans des transactions dont elle était absente, l’intelligence ambiante va bouleverser notre rapport à notre environnement et à l’information qui émane de nous même. Pour y répondre, il va certainement falloir offrir toujours plus de garanties à l’individu et décider d’un vrai bond en avant dans la protection de l’intimité. En échange de la collecte des données collectives que l’informatique omniprésente va libérer, nous ne pouvons pas céder nos données personnelles. Au contraire.

Hubert GUILLAUD
Internet Actu, 21 décembre 2007
 
Vendredi 14 décembre 2007
À 10 heures vendredi 14 décembre, une petite centaine de personnes ont envahi les locaux de la CNIL et prononcé sa dissolution.

Les occupant-e-s étaient venus de toute la France et impliqués dans divers collectifs d’analyse, d’information et d’action (Groupe Oblomoff, Pièces et Main d’œuvre
, Mouvement pour l’Abolition de la Carte d’Identité (MACI), Halte aux puces !, Coordination contre la biométrie, Souriez, vous êtes filmés ! & compagnie…)

Des banderoles ont été accrochées à la façade. Elles annonçaient : «La CNIL 1978 - 2007 : dissolution», «Informatique ou liberté, il faut choisir», ou encore «Fichage, adn, biométrie, vidéo-surveillance : l’État contrôle, la CNIL s’incline».

Après s’être dispersés dans les locaux pour annoncer la dissolution de l’institution et distribuer un texte explicatif, les occupant-e-s ont convoqué une réunion à laquelle ont assisté une partie des employés ainsi que le secrétaire général «Ian Padova». Ils y ont exposé leurs raisons en détails :
«Depuis sa création en 1978, la CNIL n’a cessé de faciliter et de légitimer l’exploitation numérique de nos vies.

Main dans la main avec les gouvernements et les industriels, elle a concrètement travaillé à ce que l’inacceptable semble acceptable, en réduisant la liberté au contrôle des flux informatiques. Sa mission a consisté à endormir toute critique et toute révolte, en jugeant à notre place et en notre nom de ce qui pouvait porter le nom de liberté.

Loin de “protéger les libertés” comme elle le prétend, la CNIL favorise le développement du contrôle policier des populations via les nouvelles technologies dites “de l’information et de la communication” (TIC) : prolifération des fichiers policiers, vidéosurveillance, biométrie, fichage ADN, puces RFID, passeport biométrique, traçabilité des internautes, etc. “Les Français devront accepter un affaiblissement des libertés individuelles afin de renforcer la sécurité collective” : nous dit la CNIL en 2005.

Nous contestons la fonction prétendument protectrice de la CNIL, simulacre de contrepoids indépendant entre le pouvoir et les citoyens. Cet organe administratif avec ses 17 membres tous grands commis de l’État, ne mérite ni moyens ni compétences supplémentaires, mais sa dissolution pure et simple.»
Des objectifs concrets de travail ont été exposés suite à la dissolution :
Le bannissement de la biométrie et des puces RFID ; l’abolition de la vidéosurveillance sous toutes ses formes ; le démantèlement des fichiers de police (STIC, FNAEG, JUDEX, etc) ; l’abolition de la carte d’identité.
Après deux heures de discussion, la direction de la CNIL a demandé aux employés de partir en congé et les a fait sortir, sous la surveillance de la police.

Vers 14h30, le président de la CNIL, Alex Türk, en déplacement à Lille, a fait savoir qu’il demandait l’évacuation des locaux. Afin d’appuyer sa demande, quelques cinq cars de CRS s’étaient déjà regroupés près de l’institution.

Quelques dizaines de gendarmes-mobiles, sont entrés de force dans les locaux puis ont poussé brutalement à l’extérieur les occupants qui s’étaient regroupés dans le hall et se maintenaient en chaîne en criant «La CNIL, c’est CNUL !»

Sous l’œil bienveilant du secrétaire général de cette structure prétendument garante du contrôle de l’État, les policiers ont ensuite encerclé les occupant-e-s dans la cour et les ont soumis à un fichage systématique.

Pour aujourd’hui la CNIL est dissoute, les luttes concrètes continuent sur le terrain.

Vendredi 14 décembre 2007
La CNIL occupée depuis ce matin
et déclarée «officiellement» dissoute


Depuis 10 heures ce matin, une soixantaine de personnes venues de toute la France occupe la Commission Nationale Informatiques et Libertés (CNIL) à Paris, 8 rue Vivienne, et annonce sa dissolution.

Le temps des marchands de sable est passé


Depuis sa création en 1978, la CNIL n’a cessé de faciliter et de légitimer l’exploitation numérique de nos vies.

Main dans la main avec les gouvernements et les industriels, elle a concrètement travaillé à ce que l’inacceptable semble acceptable, en réduisant la liberté au contrôle des flux informatiques. Sa mission a consisté à endormir toute critique et toute révolte, en jugeant à notre place et en notre nom de ce qui pouvait porter le nom de liberté.

Loin de «protéger les libertés» comme elle le prétend, la CNIL favorise le développement du contrôle policier des populations via les nouvelles technologies dites «de l’information et de la communication» (TIC) : prolifération des fichiers policiers, vidéosurveillance, biométrie, fichage ADN, puces RFID, passeport biométrique, traçabilité des internautes, etc. «Les Français devront accepter un affaiblissement des libertés individuelles afin de renforcer la sécurité collective» : nous dit la CNIL en 2005.

Nous contestons la fonction prétendument protectrice de la CNIL, simulacre de contrepoids indépendant entre le pouvoir et les citoyens. Cet organe administratif avec ses 17 membres tous grands commis de l’État, ne mérite ni moyens ni compétences supplémentaires, mais sa dissolution pure et simple.

Les occupants comptent s’installer quelque temps dans les locaux de feu-la-CNIL afin de concrétiser leurs objectifs :
— Le bannissement de la biométrie et des puces RFID,

— L’abolition de la vidéosurveillance sous toutes ses formes,

— Le démantèlement des fichiers de police (STIC [1], FNAEG [2], JUDEX, etc),

— L’abolition de la carte d’identité.

Expliquons-nous

Contrôle, surveillance et traçabilité sont désormais un mode de vie. C’est le fichage systématique : STIC, FNAEG, VELIB’ ou NAVIGO’. C’est l’accompagnement permanent : téléphone portable ou GPS. C’est le regard perpétuel : vidéosurveillance ou cookies. Ces nouvelles technologies, en pénétrant toutes les activités humaines, ont rendu l’anonymat obsolète.

Beaucoup se contentent de l’illusion d’être, grâce à la gestion électronique, protégés contre le voisin pédophile, les retards de trains, les agressions inopinées. Bien peu réalisent que cette sécurité totale — et totalement fantasmée — contre le temps perdu et les évènements fortement improbables, se paie d’une vulnérabilité inédite à l’égard de l’État et des entreprises.

La France d’aujourd’hui, c’est pour certains une grande prison, pour d’autres une vaste garderie, c’est en tout cas un traitement continu de la population, tantôt bien traitée ou maltraitée, mais certainement toujours gérée. Nous ne sommes plus que «des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles».

Les industriels et l’État ont fait de nous les jouets de la marchandise numérique, devenue un mode de vie incontournable. Incontournables ainsi, ses effets dévastateurs sur la santé et l’environnement, depuis les ondes électromagnétiques jusqu’à la pollution inédite générée par ces milliards de gadgets. Inévitables, ses effets délétères sur les relations humaines, disloquées par les sollicitations permanentes des machines, et prisonnières d’une tyrannie de la nouveauté qui rend nos grands-parents, et parfois nos parents, «complètement hors du coup».

De 1978 à 2007, la CNIL fut l’instrument privilégié de cette progressive réduction en esclavage, qu’elle facilita considérablement, en la présentant comme nécessaire et conforme à la liberté.


Rejoignez-nous au 8, rue Vivienne,
pour discuter informatique et libertés
(métro Bourse ou Pyramides).


Groupe Oblomoff, Pièces et Main d’Œuvre,
Mouvement pour l’Abolition de la Carte d’Identité (MACI),
Halte aux puces !, Coordination contre la biométrie,
Souriez, vous êtes filmés ! & compagnie


Paris, 14 novembre 2007

Notes
[1] STIC : «Système de Traitement des Infractions Constatées», 23 millions de fichés.
[2] FNAEG : «Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques», c’est-à-dire fichier ADN, 500.000 fichés.



Brève histoire de la CNIL

«Le marquage au fer des Indiens réduits en esclavage était devenu une pratique courante. En 1526, un décret royal parvint aux Amériques, stipulant que dorénavant, le marquage devrait être réalisé en présence d’un représentant de l’État, et une fois seulement que le statut de l’Indien concerné ait été vérifié. (…) Mais rien ne changea, bien que certaines sources indiquent qu’un gouverneur libéra un cargo d’esclaves que l’on envoyait illégalement aux mines. Avant de les remettre dans un bateau à destination de leur encomienda, il les fit marquer au fer rouge avec l’inscription “libre”, pour annuler le marquage au fer rouge du propriétaire illégal.»
Hans Koning, The conquest of America.
La CNIL fut créée en janvier 1978 par des bureaucrates, et dissoute en décembre 2007 par une partie du peuple.

Sa création coïncide avec le scandale provoqué par le premier grand projet de fichage informatique par l’État, le projet Safari, 1974 [Le projet Safari («Système Automatisé pour les Fichiers Administratifs et le Répertoire des Individus») prévoyait l’interconnexion du numéro de sécurité sociale avec les autres fichiers administratifs]. Il devint clair à ce moment-là que l’informatique donnait à l’État des moyens de contrôle sans commune mesure avec ceux du passé, l’interconnexion des fichiers facilitant l’organisation de rafles et de persécutions diverses. La CNIL servit donc d’emblée à endormir les citoyens : vous aurez le fichage informatique, mais vous pourrez connaître et rectifier ces données grâce à la CNIL. Ce qui s’est rapidement révélé aussi absurde qu’impraticable. En tant qu’émanation de l’État, il allait de soi que la CNIL ne s’opposerait pas au développement croissant des pouvoirs de l’État grâce à l’informatique. Il allait aussi de soi qu’elle ne voudrait pas brider le formidable développement industriel offert par la gadgetterie électronique, vecteur d’une croissance illimitée.

Les 17 commissaires de la CNIL, tous grands commis d’État, se sont presque toujours distingués par leur complaisance à l’égard des diktats du marché et des gouvernements. Plus encore, certains ont joué un rôle remarquable dans la mise en place de la surveillance automatisée et des gadgets numériques. Philippe Lemoine, en cumulant illégalement les fonctions de commissaire à la CNIL et de PDG de Laser et de Cofinoga, est en bonne position pour arbitrer équitablement le brûlant conflit d’intérêts qui oppose les industriels aux défenseurs des libertés. Dès 2005, à Caen, la société Laser, qu’il dirige, teste le paiement automatisé par le téléphone portable. Fin 2006, Laser met en place aux Galeries Lafayette le paiement à distance grâce à la technologie RFID des puces sans contact. Alex Türk, président de la CNIL à partir de 2004 et sénateur de droite, se décrédibilise très tôt en rendant la CNIL juridiquement impuissante face aux fichiers concernant la sûreté d’État (Défense, sécurité publique) — ce pour quoi elle avait été initialement créée. Il est en effet rapporteur au Sénat de la refonte de la loi informatique et libertés de 2004, qui ôte à la CNIL ses pouvoirs contraignants et légalise tous les fichiers de police jusque-là hors la loi. En 1995 (Loi Pasqua), la CNIL avalise la généralisation de la vidéosurveillance. Le 9 Juillet 2007 (AFP), Alex Türk rappelle publiquement : «La CNIL n’est pas contre la mise en place de réseaux de vidéosurveillance par principe [Dans une interview (07/07), Alex Türk explique en quoi la CNIL est soumise au gouvernement : «Prenons l’exemple de la vidéosurveillance : dire une fois pour toutes “Nous sommes contre, point”, ça ne mène à rien. Car si l’État le fait quand même, ce sera un coup d’épée dans l’eau.»]». En 2005, la CNIL déclare que «les Français devront accepter un affaiblissement des libertés individuelles afin de renforcer la sécurité collective» et approuve de nouvelles mesures sécuritaires au nom de la lutte anti-terroriste.

Il est donc peu surprenant que la période d’exercice de la CNIL ait coïncidé avec un développement accéléré du gouvernement numérique, comme l’illustre cet inventaire de procédures officiellement déclarées compatibles avec la liberté par la CNIL :
— Le pass’ navigo et ses nombreux avatars (décembre 2004),

— Les spams «dans le cadre professionnel» (mars 2005),

— Microsoft et Vivendi autorisés à utiliser des logiciels espions pour dénoncer les internautes usagers du peer-to-peer (avril 2005),


— La carte de fidélité biométrique (avril 2005),


— Les assureurs médicaux autorisés à constituer des fichiers de prescription de leurs assurés (AXA en 2004, Groupama et SwissLife en 2005),


— La biométrie dans les cantines scolaires (janvier 2006),


— Les entreprises de location de voitures autorisées à ficher les conducteurs auteurs d’infractions (juillet 2006),


— Le passeport biométrique,


— La biométrie faciale — reconnaissance automatique des visages par les caméras — autorisée «à des fins de recherche» (février 2007),


— Le dossier médical personnalisé, c’est-à-dire informatisé (mai 2007),


— Les compagnies d’assurances autorisées à mettre des mouchards électroniques dans les véhicules de leurs assurés (septembre 2007).
Jusqu’à la dissolution officielle de la CNIL en décembre 2007, rares ont été les habitants du territoire français à réaliser que l’on se moquait d’eux. Bien qu’on ait pu parfois entendre, au détour d’un bistrot de quartier, proférées avec lassitude, ces quelques sages paroles : «La CNIL ? Pfff… c’est du pipeau.»

D’une certaine manière, c’était plus grave que ça. La CNIL fut positivement impliquée dans la mise en place de la société numérique, qu’elle avait pour tâche de rendre à la fois potentiellement menaçante et objectivement acceptable. C’est pourquoi la CNIL releva moins de la simple fumisterie que d’une excellente agence de développement du monde numérique. En somme, le travail de l’institution se résuma à trois choses :
1) Mettre en place de façon provisoire, là où de nouvelles formes de surveillance numérique étaient créées, des contrepoids aussi futiles qu’elle-même.

2) Piloter en amont des projets industriels indéfendables de façon à les rendre compatibles avec le niveau de servitude médiatiquement annoncé comme acceptable [Un exemple parmi d’autres : Après avoir recalé le projet de la MAAF consistant à placer dans les voitures de ses assurés des mouchards électroniques, la CNIL a publié une norme simplifiée pour aider les assureurs à placer leurs mouchards sans être dans l’illégalité (mars 2006). Elle a en outre travaillé en partenariat avec la société AXA sur le même projet d’«adaptation de la prime d’assurance à l’usage réel du véhicule», aidant ainsi la compagnie d’assurance à contourner la loi (septembre 2007).].

3) Enfermer la question de la liberté dans une expertise incompréhensible de façon à désarmer toute opposition aux technologies informatiques.

Votre liberté, les experts s’en chargent (c’est trop compliqué pour vous)

Des écrans partout. Des ondes électromagnétiques dont on ne sait rien, sinon qu’elles sont nocives. Des métiers qui se transforment ; certains qui disparaissent. Des publicités qui surgissent de nulle part et s’individualisent. Des machines qu’il faut acheter pour travailler et «être à jour», et ensuite jeter, sans avoir jamais compris comment elles marchaient. Tous ces objets qui carburent au nucléaire et battent tous les records de pollution. Qui l’a vraiment choisi ? Qui l’a vraiment voulu ? Au nom de quoi et de qui la CNIL décida-t-elle que ces transformations de nos modes de vie étaient compatibles avec la liberté ?

L’existence d’une Commission informatique et libertés a pour principale fonction de faire en sorte que la population apprenne à ne plus juger. Car les experts ès libertés qui la composent sont devenus les seuls dépositaires de la «bonne critique». La biométrie, c’est bien ou c’est pas bien ? Ça va, la CNIL l’a autorisée.
Bien évidemment, la «bonne critique» selon la CNIL — c’est-à-dire selon l’État — est une critique ouverte sur l’avenir, constructive, responsable. Une critique qui ne refuse pas en bloc les innovations, mais qui les accepte en posant des garde-fous dont il est pourtant évident qu’ils tomberont d’eux-mêmes une fois le système mis en place. Vous connaissez beaucoup de gens qui portent plainte quand ils reçoivent des spams non désirés ? Vous pensez vraiment que les patrons ne se serviront pas de la biométrie et du GPS pour fliquer les employés, maintenant qu’ils sont autorisés «sous conditions» ? Et si, s’apercevant que ces technologies servent uniquement les intérêts des pouvoirs, on ne voulait pas de biométrie du tout ? Pas de RFID du tout ? Pas de tests ADN du tout ? Allons… ce n’est pas responsable.

L’expertise en matière de liberté sert tout simplement à adapter nos critères de jugement et nos valeurs à la société voulue par les dirigeants. Évacuant tout questionnement d’ensemble, toute révolte sensible, les experts ès libertés élaborent purement et simplement une éthique de robots. La transformation des modes de vie de toute la population est ainsi soumise à des questionnements purement techniques, d’une complexité digne des controverses théologiques. La CNIL ne demande pas, à propos des RFID : «Pourquoi gérer les personnes comme des produits de supermarché ?» Elle considère : «Le stockage des données dans le système informatique relié au dispositif doit être à durée limitée». Elle ne dit pas, à propos de biométrie : «Les gens ne sont pas des codes-barre», mais : «Le degré d’intrusion du système biométrique en vigueur doit être proportionné à la finalité poursuivie». La CNIL ne se préoccupe pas de dignité, parce qu’elle considère a priori normal que nous soyons gérés comme des marchandises. Peu à peu, tout le monde s’habitue à penser dans la novlangue «Informatique et libertés», et la liberté en vient à signifier le contrôle des flux informatiques émis par le troupeau humain.

La liberté restera un vain mot tant que nos vies seront pilotées par les industries et les administrations. Quelle dignité nous reste-t-il, quand la traçabilité numérique nous octroie tour à tour le statut de criminel, de maniaque en puissance ou de paquet de lessive ? De quelle indépendance pouvons-nous bénéficier, quand la marchandise s’immisce dans chaque geste de la vie quotidienne ? À quelles conditions le fait de vivre ensemble peut-il avoir du sens, à l’heure où tout est fait pour convaincre les plus jeunes que seule la vie numérique est digne d’être vécue ? Si nous ne voulons pas être les éternelles victimes du fait accompli, c’est à nous, qui vivons dans ce pays, de décider ce qu’est la liberté, et de nous opposer collectivement à ce qui la rend impossible.

La lutte paie ! Dans un certain nombre de lycées en France [
Ex. : lycée de Digne-les-Bains, lycée Ravel (75020), lycée Marcel-Lamy (75018)], la mobilisation des élèves et des professeurs contre la biométrie a permis de se débarrasser des machines. Ces mêmes machines que la CNIL autorise systématiquement depuis 2006.



Les Illusions de la CNIL (comment s’en débarrasser)

Illusion 1 : La CNIL est indépendante
La CNIL est si proche des pouvoirs, qu’elle est presque complètement indépendante de la société française. Son président, Alex Türk, fut rapporteur au Sénat du fameux projet de loi informatique et libertés de 2004 qui a considérablement affaibli les pouvoirs de la CNIL. Philippe Lemoine, cumule illégalement les fonctions de commissaire à la CNIL et de vice-président de la chaîne de distribution Galeries Lafayette et PDG de sa filiale informatique LASER, elle-même filiale de Cételem-BNP-Paribas. La société LASER fut l’une des premières à introduire en France le paiement sans contact RFID, qui, en matière de licenciements et de marketing direct, ouvre des perspectives très alléchantes.

Illusion 2 : La CNIL permet de faire respecter ses droits
La CNIL, en théorie, permet de faire valoir le peu de droits qu’il nous reste vis-à-vis du déferlement numérique, la dérisoire connaissance-et-rectification-après-coup-de-ses-données-personnelles. Un journaliste du Monde a calculé qu’au rythme actuel, il faudrait 7.000 ans pour que les personnes figurant sur le STIC aient accès à leur fiche et puissent la corriger… oula !… mais attendez… rectifier ses données personnelles, est-ce que ce n’est pas plutôt participer soi-même à son propre fichage ?! Et c’est ça, nos «droits» ?!

Illusion 3 : La CNIL protège nos libertés
Selon la CNIL, le seul problème que pose l’informatique pour la liberté est celui des conditions de gestion des données personnelles — chose sur laquelle elle n’a concrètement aucun pouvoir. Les conséquences néfastes de la «révolution numérique» qui nous a été imposée n’ont jamais posé problème à la CNIL : fichage systématique, dépendance au quotidien, perte d’autonomie et de savoir-faire techniques dans les métiers, désastre écologique, restructurations perpétuelles. En pratique, le travail de la CNIL a consisté, d’une part, à donner une légitimité à des projets industriels manifestement hostiles aux libertés. Et d’autre part, à construire de toutes pièces une définition restrictive de la liberté à notre place, pour complaire aux industriels et aux dirigeants. C’est à nous de protéger notre liberté.

 
Lundi 22 octobre 2007
D’abord, cette innovation remarquable : à dater du 1er janvier 2008 les bergers seront légalement contraints de pucer leurs brebis (cf. le texte du règlement européen en ligne sur Pièces et Main d’œuvre). On dit «brebis», comme on dirait cobayes. On sait que l’on fait d’abord aux bêtes ce que l’on fait ensuite aux hommes, en commençant par les plus faibles et démunis : les enfants, les vieux, les malades, les SDF, les nomades, les étrangers, les prisonniers. C’est tellement plus pratique pour la gestion du cheptel (cf. «Des moutons et des hommes» sur Pièces et Main d’œuvre).
    Parmi les mensonges du techno-gratin figure en bonne place celui du «choix» que nous aurions d’accepter ou non telle ou telle technologie, en «citoyens libres», en «consommateurs avertis», en «individus rationnels», quitte à nous réfugier à la campagne pour «vivre en accord» avec nos idées, en cas de répugnance trop prononcée pour la vie technopolitaine.
    Les bergers qui nous écrivent la lettre ci-jointe savent qu’il n’y a plus d’ailleurs : que les exploitants agricoles ayant évincé les paysans, ne sont guère plus que des sous-traitants de l’industrie agro-alimentaire, aux sols ravagés par les intrants chimiques, sous la surveillance tatillonne des satellites. En fait, le seul choix qu’il nous reste, c’est celui du refus. C’est celui qu’ils ont fait.



Et pour les connaisseurs :
“Do androids dream of electric sheep ?” (Philip K. DICK)


Pourquoi nous refusons le marquage électronique des brebis
et nous nous débattons dans le monde qui le produit


Au 1er janvier 2008, l’ensemble du cheptel ovin et caprin de la Communauté européenne doit être identifié avec des puces électroniques pour répondre aux exigences industrielles de «sécurité alimentaire» (règlement CE no 21/2004 du conseil du 17/12/2003). Ces mouchards arrivent à une époque où la machine industrielle s’emballe au rythme des crises sanitaires (grippe aviaire, vache folle, fièvre aphteuse…). Le dernier moyen de maintenir l’illusion d’une maîtrise est de considérer les éleveurs comme des risques industriels potentiels. Il faut donc assurer leur flicage.

Dans la marche du progrès, refuser le puçage électronique des brebis peut paraître anodin. Pourtant, cette nouvelle mesure de traçabilité, nous la prenons en pleine figure car nous savons qu’elle nous pousse un peu plus loin dans un monde où l’on commence à se sentir de trop.

L’élevage n’est pas seulement une industrie produisant du lait ou de la viande. La domestication n’est pas seulement la soumission d’un animal, c’est aussi un long compagnonnage commencé à la révolution du néolithique. Ces interdépendances influencent depuis 10.000 ans nos relations aux animaux, aux humains et au monde. Cette longue compagnie a participé à construire nos imaginaires, nos mythes, notre culture. Avec le puçage électronique, toute cette partie de l’histoire de notre humanité est anéantie, détruite, niée.

Comme la plupart des professions, une part de plus en plus importante de nos activités est régie par un ailleurs : normes industrielles, obligation de s’expliquer, permanence de la suspicion à notre égard. Cela suffit ! Pour nous, il ne s’agit pas de se justifier. Nous ne voulons plus cogérer les modalités de notre soumission. Nous ne voulons plus nous «adapter». Nous ne pouvons regarder nos brebis se transformer en machine, en émetteur-récepteur sans rien dire. Dans un monde où l’humiliation est devenue tellement familière que l’on ne la reconnaît plus, où le contrôle ne choque plus personne et peut même être citoyen ou participatif, nous avons fait comme tout le monde. Nous avons fait profil bas, nous avons ménagé les administrations et entretenu notre asservissement au système des primes agricoles en traînant les pieds face aux «nouveautés».

Aujourd’hui refuser le puçage électronique, c’est voir son troupeau euthanasié. Malgré tout, si nous prenons publiquement la parole, c’est que nous ne voulons pas plonger dans l’aigreur et le désespoir que génère la résignation («de toute façon ça se fera», «les gens ne comprennent rien», «le monde est devenu fou», «on n’arrête pas le progrès»).

La révolution industrielle a réalisé la volonté de tout transformer en machine. Après les outils, il est question aujourd’hui des animaux domestiques avec le marquage électronique. Vient le tour du cheptel humain. Déjà, il est question de bornes biométriques dans les cantines, de fichier ADN, de cartes d’identité biométriques… Ce puissant processus de mécanisation du monde vivant est en train de détruire tout ce qui fait que l’humain n’est pas seulement une construction biologique usinable à merci.

Nous avons encore quelques espoirs mais ils peuvent disparaître si l’on continue à se taire, à baisser la tête, à laisser échapper ce que l’on a dans les mains. Ici, il s’agit pour nous de conserver quelques chances d’élever des bêtes à peu près dignement, de ne pas collaborer par notre silence à l’automatisation et à la déshumanisation de l’élevage, à la transformation définitive des bêtes en marchandise et à notre enfermement dans un monde invivable pour les brebis et pour nous tous.
Nous, bergers des plaines, des causses et des montagnes, réunis pour notre sauvegarde, appelons toutes et tous à refuser les entraves électroniques. Nos troupeaux ne sont pas des machines et nous n’habitons pas dans des usines. Nous vous invitons à reproduire ce texte, et à en parler autour de vous.


Pour poursuivre, contact :
Groupe nord ouest
Groupe sud-ouest : Bergères et bergers languedociens, rue du Port, 81500 Lavaur
Groupe sud–est : Léon Nampepusse, ancienne école, 84400 Sivergues
Mardi 24 juillet 2007
L’air silencieux est saturé de poussière et rien ne bouge au soleil, devant la centrale, ni dans les villages autour, trop propres, pimpants et peuplés de maisons neuves, de style lotissement. L’argent d’EDF se voit dans le paysage. La poussière vole de la cimenterie voisine, du va-et-vient des camions aux heures ouvrables et du sol desséché ce midi de juillet. Mais le plus funèbre reste cette «jachère fleurie, initiative des chasseurs et des agriculteurs», au pied de l’énorme cloche de béton, toujours effroyable dans cette verdure qu’elle écrase de sa masse.
    Aux amnésiques et aux nés d’hier on rappellera qu’ici, le 31 juillet 1977, 5000 gendarmes repoussèrent 60.000 manifestants sous un déluge de pluie et de grenades à effet de souffle, laissant un mort à terre, Vital Michalon, et une centaine de blessés, dont deux mutilés, Michel Grandjean et Manfred Schultz. Ce rassemblement constituait à la fois l’apogée et la fin d’un cycle (1967-1977). D’autres manifestations avaient rassemblé plus de monde dans les années soixante-dix. Certaines, notamment des manifestations anti-fascistes, avaient été plus offensives et quasi-militaires. Mais jamais avant, et jamais depuis, la contestation ne fut à la fois plus massive et plus radicale, dans ses moyens comme dans ses objectifs. Et c’est pourquoi nul mouvement, nulle manifestation de l’époque ne furent plus niés et refoulés que celui-ci. (Voir «Mémento Malville», et «Les Mythes décisifs», in Histoire lacunaire de l’opposition à l’énergie nucléaire en France, Éditions La Lenteur, 2007.)


C’est aussi qu’il s’agissait d’une défaite, et qui pis est d’une défaite honteuse, largement due à l’insanité de la direction qui avait fini par s’emparer de ce mouvement pour l’envoyer dans le mur. Pour l’essentiel, des individus ayant depuis fait carrière dans la gestion des nuisances et la bureaucratie écologique (agences gouvernementales, appareils politiques et administratifs). Piètres carrières sans doute, mais à la mesure de leurs capacités.
    Vingt ans plus tard, en 1997, l’impudence franchit un nouveau degré. Le 19 juin, Jospin, premier ministre de la «gauche plurielle» annonce l’arrêt définitif de SuperPhénix. Habilement présentée comme une concession à Dominique Voynet, ministre de l’Écologie, et à ses alliés Verts, cette décision permet d’une pierre trois coups : d’enrayer une hémorragie financière ; de flatter les dirigeants Verts et leur séquelle en leur faisant croire à leur importance ; de détourner sur eux l’ire de tous les électro-poujadistes d’EDF, du CEA, et des entreprises sous-traitantes, syndicats et partis confondus, du PC au Front National.
    Le Monde (8/08/2003) livre le secret de polichinelle de cette «victoire» : «Ce n’est pas tant les écologistes qui ont gagné dans cette affaire que les financiers qui ont fini par convaincre les politiques de mettre un terme à des années d’atermoiements. Dans un rapport de 1996, la cour des comptes avait estimé à 60 milliards de francs (9,15 milliards d’euros) le coût complet de la centrale, de l’investissement initial (4,27 milliards d’euros) à la “déconstruction totale et au traitement des déchets, en passant par les quelques années d’exploitation”.»
    2007. Trente ans plus tard, la défaite continue. SuperPhénix, outre de multiples ravages et un sacrifice humain, aura coûté 10 ans de construction et 25 ans de déconstruction pour 53 mois de fonctionnement entre 1986 et 1996. Cependant les 9 ou 10 milliards d’euros engloutis dans cette pyramide éphémère n’auront pas été dépensés en vain. Ils auront alimenté le comité d’entreprise d’EDF, financé des emplois, des taxes professionnelles, la croissance, le Produit National Brut. Des petits esprits diront, pourquoi n’avoir pas construit une vraie pyramide ? Après tout, les constructions somptuaires et monumentales ont de tout temps fourni de l’ouvrage aux entrepreneurs. Mais l’héritage de SuperPhénix ne se borne pas à une poignée de cours de tennis et de salles polyvalentes dans le canton de Morestel.
    Au terme de sa déconstruction, le surgénérateur mort-né laissera un tas de 70.000 mètres cube de béton pétris de 5500 tonnes de sodium. Seul moyen de neutraliser une substance spontanément inflammable à l’air libre. Et une piscine de 14 tonnes de plutonium, produit ultra-toxique et radioactif de la réaction nucléaire. L’inhalation d’un milligramme de plutonium suffit à provoquer un cancer et sa période de demi-vie est de 24.000 ans.
    Le véritable héritage de SuperPhénix c’est la nécessité de conserver un corps de spécialistes et de militaires pour surveiller et traiter ces déchets, et ceux de toutes les autres centrales, pendant des milliers d’années. C’est-à-dire, peu ou prou, un appareil d’État. À moins que d’ombrageux libertaires ne proposent la gestion de ce nucléaire résiduel sur le modèle de la Commune de Paris : en assemblée générale des habitants du Sillon Alpin, avec élection à tous les postes, et mandats révocables à tout instant ­ sans compter la parité et le quota dû à la «diversité».
    Malgré l’échec de SuperPhénix, les nucléocrates auront atteint leurs objectifs : la casse du mouvement anti-nucléaire dans les années 70, et la prise en otage de la population pour tout l’avenir prévisible. Pis : sous le double prétexte de la crise de l’énergie et de celle du climat, ils orchestrent maintenant un «retour au nucléaire», dont nous ne sommes jamais sortis, et dont nous ne sortirons jamais pour les raisons susdites. Les centrales nucléaires prolifèrent sur tout le globe, en Chine en particulier. EDF lance à Flamanville son programme de centrales EPR de «4e génération». Et le 28 juin 2005, les grandes puissances (Union Européenne, États-Unis, Japon, Corée du Sud, Fédération de Russie, Chine, Inde) décidaient l’implantation à Cadarache d’ITER, pour International Thermonuclear Experimental Reactor. Un projet mégalomaniaque, dans la lignée de SuperPhénix, visant à créer la fusion nucléaire. Vingt ans de travaux et dix milliards d’euros pour produire l’un des pires aléas technologiques de ce siècle débutant.
    La défaite de Malville c’est, trente ans plus tard, qu’elle ait rendu possible le lancement de projets comme ITER. Raison de plus pour lire «ITER ou la fabrique d’Absolu» par Bertrand Louart, rédacteur de Notes & Morceaux choisis, bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle. (52 rue Damrémont - 75018 Paris.) Une analyse éclairée de cette nouvelle tentative d’aboutir au mouvement perpétuel.
Mercredi 21 mars 2007

Camille a été relaxée par le tribunal de Mâcon ce mercredi — devant une salle solidaire (et fliquée) — : les gendarmes étaient hors-la-loi en lui imposant un dépistage biologique car la consommation de cannabis, déclarée par Camille, est du ressort du code de la Santé publique et non du pénal… C’est donc pas un des multiples crimes ou délits qui les autorisent à demander un prélèvement ADN.


Lire le compte-rendu de l’audience sur Rebellyon


Sur cette affaire, l’article de Lyon Mag’ de mars :

«Une dérive arbitraire» - Le 21 mars, une jeune femme va être jugée à Mâcon pour avoir refusé de se soumettre à un fichage ADN. Explications de son avocat, le Lyonnais Jacques Debray.

L’origine de cette affaire ?

Jacques Debray : Un soir de septembre 2006, Camille Baud, 26 ans, s’est fait contrôler par une patrouille de gendarmerie, alors qu’elle se trouvait avec son petit ami sur le parking d’un petit village près de Mâcon. Sans motif, les gendarmes ont fouillé la voiture et trouvé dans la boîte à gants une pipe à eau, qui sert généralement à fumer du haschisch. Ils ont alors arrêté le petit ami de Camille et l’ont placé en garde à vue avant de le relâcher avec un simple rappel à la loi. Mais le lendemain, Camille a été convoquée à la gendarmerie pour un prélèvement de son ADN. Ce qu’elle a immédiatement refusé.

Pourquoi elle a refusé ?

Mais pourquoi aurait-elle accepté de se soumettre à ce prélèvement ? Elle n’était coupable de rien et il n’y avait aucune preuve qu’elle avait consommé des stupéfiants. De plus, l’usage de stupéfiants n’entre pas dans la liste, pourtant très longue, des délits qui peuvent entraîner un fichage ADN.

Comment fonctionne le fichage ADN ?

Au départ, le fichage génétique a été instauré en 1998 pour ficher les délinquants sexuels. Mais les lois Sarkozy et Perben ont considérablement étendu le champ d’application du fichage ADN. Il est devenu possible en France de ficher quelqu’un sur une simple présomption de culpabilité. Et il suffit «d’indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’une personne ait commis une infraction». Exemple : le délit de «menace d’atteinte aux biens» peut entraîner un fichage ADN, ce qui explique que de nombreux faucheurs d’OGM ou des étudiants anti-CPE ont connu la même obligation de prélèvement.

En quoi le cas de Camille Baud est emblématique ?

Il illustre les dérives de ce type de fichage. Et ce genre de cas va forcément se multiplier. Car le problème aujourd’hui, c’est que les policiers et les gendarmes peuvent décider de prélever l’ADN de n’importe qui sans aucun contrôle des autorités judiciaires. Bref, c’est l’arbitraire le plus total. Et le fait que tout le monde puisse faire l’objet d’un fichage génétique montre qu’on dérive vers une société totalitaire. «Big Brother» s’est mis en marche et c’est inquiétant.

Ce que risque votre cliente ?

Refuser de se soumettre à un prélèvement d’ADN est passible de 15.000 euros d’amende et d’un an de prison ferme. En général, les tribunaux prononcent des peines d’amende symbolique. Mais c’est déjà trop quand on n’a rien fait d’autre que refuser un fichage arbitraire de son ADN ! D’autant qu’on n’a aucune garantie sur le devenir de ces données. Comment seront-elles utilisées, protégées ? Personne ne le sait et la Commission nationale de l’informatique et des libertés est impuissante vu le nombre croissant de personnes fichées. C’est pourquoi les juges ont un rôle essentiel pour une application de cette loi dans le respect des droits de l’homme. Si le tribunal relaxe cette jeune femme, les policiers sauront qu’ils ne peuvent plus faire n’importe quoi en matière de prélèvement génétique.

Samedi 17 mars 2007
Les journaux ne laissent aucun doute : qui voudra désormais se rendre aux États-Unis avec un visa sera fiché et devra laisser ses empreintes digitales en entrant dans le pays. Personnellement, je n’ai aucune intention de me soumettre à de telles procédures, et c’est pourquoi j’ai annulé sans attendre le cours que je devais faire en mars à l’université de New-York.
    Je voudrais expliquer ici la raison de ce refus, c’est-à-dire pourquoi, malgré la sympathie qui me lie depuis de nombreuses années à mes collègues américains ainsi qu’à leurs étudiants, je considère que cette décision est à la fois nécessaire et sans appel et combien je tiendrais à ce qu’elle soit partagée par d’autres intellectuels et d’autres enseignants européens.
    Il ne s’agit pas seulement d’une réaction épidermique face à une procédure qui a longtemps été imposé à des criminels et à des accusés politiques. S’il ne s’agissait que de cela, nous pourrions bien sûr accepter moralement de partager, par solidarité, les conditions humiliantes auxquelles sont soumis aujourd’hui tant d’êtres humains.
    L’essentiel n’est pas là. Le problème excède les limites de la sensibilité personnelle et concerne tout simplement le statut juridico-politique (il serait peut-être plus simple de dire biopolitique) des citoyens dans les États prétendus démocratiques où nous vivons.
    On essaie, depuis quelques années, de nous convaincre d’accepter comme les dimensions humaines et normales de notre existence des pratiques de contrôle qui avaient toujours été considérées comme exceptionnelles et proprement inhumaines.
    Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’État sur les individus à travers l’usage des dispositifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les téléphones portables, a atteint des limites naguère insoupçonnables.
    On ne saurait pourtant dépasser certains seuils dans le contrôle et dans la manipulation des corps sans pénétrer dans une nouvelle ère biopolitique, sans franchir un pas de plus dans ce que Michel Foucault appelait une animalisation progressive de l’homme mise en œuvre à travers les techniques les plus sophistiquées.
    Le fichage électronique des empreintes digitales et de la rétine, le tatouage sous-cutané ainsi que d’autres pratiques du même genre sont des éléments qui contribuent à définir ce seuil. Les raisons de sécurité qui sont invoquées pour les justifier ne doivent pas nous impressionner : elles ne font rien à l’affaire. L’histoire nous apprend combien les pratiques qui ont d’abord été réservées aux étrangers se trouvent ensuite appliquées à l’ensemble des citoyens.
    Ce qui est en jeu ici n’est rien de moins que la nouvelle relation biopolitique «normale» entre les citoyens et l’État. Cette relation n’a plus rien à voir avec la participation libre et active de la sphère publique, mais concerne l’inscription et le fichage de l’élément le plus privé et le plus incommunicable de la subjectivité : je veux parler de la vie biologique des corps.
    Aux dispositifs médiatiques qui contrôlent et manipulent la parole publique correspondent donc les dispositifs technologiques qui inscrivent et identifient la vie nue : entre ces deux extrêmes d’une parole sans corps et d’un corps sans parole, l’espace de ce que nous appelions autrefois la politique est toujours plus réduit et plus exigu.
    Ainsi, en appliquant au citoyen, ou plutôt à l’être humain comme tel, les techniques et les dispositifs qu’ils avaient inventés pour les classes dangereuses, les États, qui devraient constituer le lieu même de la vie politique, ont fait de lui le suspect par excellence, au point que c’est l’humanité elle-même qui est devenue la classe dangereuse.

Il y a quelques années, j’avais écrit que le paradigme politique de l’Occident n’était plus la cité, mais le camp de concentration, et que nous étions passés d’Athènes à Auschwitz. Il s’agissait évidemment d’une thèse philosophique, et non pas d’un récit historique, car on ne saurait confondre des phénomènes qu’il convient au contraire de distinguer.
    Je voudrais suggérer que le tatouage était sans doute apparu à Auschwitz comme la manière la plus normale et la plus économique de régler l’inscription et l’enregistrement des déportés dans les camps de concentration.
    Le tatouage biopolitique que nous imposent maintenant les États-Unis pour pénétrer sur leur territoire pourrait bien être le signe avant-coureur de ce que l’on nous demanderait plus tard d’accepter comme l’inscription normale de l’identité du bon citoyen dans les mécanismes et les engrenages de l’État. C’est pourquoi il faut s’y opposer.

Giorgio AGAMBEN

philosophe,
professeur à l’université de Venise & à l’université de New-York
Le Monde
, 10 janvier 2004

Traduit de l’italien par Martin Rueff
Mercredi 14 mars 2007
Certes, ce n’était plus le surréalisme de l’Âge d’Or, mais nous jugeons néanmoins utile de reproduire ce tract maintenant, avec l’appel de la Coordination contre la société nucléaire, comme témoignage d’un autre temps, où la raison et l’indignation avaient encore droit de cité face à la morbidité moderniste.


Démasquez les physiciens
Videz les laboratoires

Rien, plus rien aujourd’hui ne distingue la Science d’une menace de mort permanente et généralisée :
la querelle est close, de savoir si elle devait assurer le bonheur ou le malheur des hommes, tant il est évident qu’elle a cessé d’être un moyen pour devenir une fin. La physique moderne a pourtant promis, elle a tenu, et elle promet encore des résultats tangibles, sous formes de monceaux de cadavres. Jusqu’alors, en présence des conflits entre nations, voire du possible anéantissement d’une civilisation, nous réagissions selon nos critères moraux et politiques habituels. Mais voici l’espèce humaine promise à la destruction complète, que ce soit par l’emploi cynique des bombes nucléaires, fussent-elles «propres» (!), ou par les ravages dus aux déchets qui, en attendant, polluent de manière imprévisible le conditionnement atmosphérique et biologique de l’espèce, puisqu’une surenchère délirante dans les explosions «expérimentales» continue sous le couvert des «fins pacifiques». La pensée révolutionnaire voit les conditions élémentaires de son activité réduite à une marge telle qu’elle doit se retremper à ses sources de révolte, et, en deçà d’un monde qui ne sait plus nourrir que son propre cancer, retrouver les chances inconnues de la fureur.
    Ce n’est donc pas à une attitude humaniste que nous en appelerons. Si la religion fut longtemps l’opium du peuple, la Science est en bonne place pour prendre le relais. Les protestations contre la course aux armements, que certains physiciens affectent de signer aujourd’hui, nous éclairent au plus sur leur complexe de culpabilité, qui est bien dans tous les cas l’un des vices les plus infâmes de l’homme. La poitrine qu’on se frappe trop tard, la caution donnée aux mornes bêlements du troupeau par la même main qui arme le boucher, nous connaissons cette antienne. Le christianisme et ses miroirs grossissants que sont les dictatures policières nous y ont habitués.
    Des noms parés de titres officiels, au bas d’avertissements adressés à des instances incapables d’égaler l’ampleur du cataclysme, ne sont pas à nos yeux un passe-droit moral pour ces messieurs, qui continuent en même temps à réclamer des crédits, des écoles et de la chair fraîche. De Jésus en croix au laborantin «angoissé» mais incapable de renoncer à fabriquer de la mort, l’hypocrisie et le masochisme se valent. L’indépendance de la jeunesse, aussi bien que l’honneur et l’existence mêmes de l’esprit sont menacés par un déni de conscience plus monstrueux encore que cette peur de l’an mille qui précipita des générations vers les cloîtres et les chantiers à cathédrales.
    Sus à la théologie de la Bombe ! Organisons la propagande contre les maîtres chanteurs de la «pensée» scientifique ! Et en attendant mieux, boycottons les conférences vouées à l’exaltation de l’atome, sifflons les films qui endorment ou endoctrinent l’opinion, écrivons aux journaux et aux organismes publics pour protester contre les innombrables articles, reportages et émissions radiophoniques, où s’étale sans pudeur cette nouvelle et colossale imposture.

Paris, le 18 février 1958

Anne & Jean-Louis Bedouin, Robert Benayoun, Vincent Bounoure, André Breton, J.-B. Brunius, Adrien Dax, Aube & Yves Elleouet, Élie-Charles Flamand, Georges Goldfayn, Radovan Ivsic, Krizek, Jean-Jacques Lebel, Clarisse & Gérard Legrand, Lancelot Lengyel, Jean-Bernard Lombard, Joyce Mansour, Sophie Markowitz, Jehan Mayoux, E.L.T. Mesens, Jean Palou, Benjamin Péret, José Pierre, Jean Schuster, Jean-Claude Silbermann, Toyen

Au même propos, voir : La Tour de Feu, numéro de décembre 1957 : «Salut par la Tempête» de Pierre Boujut, &c.

Qui refusera de s’en laisser imposer par les équarrisseurs diplômés aura à cœur de joindre sa protestation à la nôtre. Écrivez à : CLAN (Comité de Lutte Anti-Nucléaire), 25 avenue Paul-Adam, Paris (17e).

Mercredi 7 mars 2007
PROCÉS DE CAMILLE B - 21 mars 2006 - pour Refus de Prélèvement Génétique suite à présomption de consommation de cannabis

Pour la première fois en France, le mercredi 21 mars à 14 heures aura lieu le procès pour présomption de délit au tribunal correctionnel de Mâcon. En effet, Camille, une jeune fille de Saône-et-Loire sans histoire sera convoquée devant les magistrats alors qu’aucun délit n’a été commis !!! Le dossier consulté par son avocat Marc Dabray est complètement vide, de sa carrière d’avocat, il n’a jamais vu ça ! Tout a commencé par un contrôle routier de la gendarmerie de Gueugnon, les forces de l’ordre n’ayant trouvé ni stupéfiants, ni alcools l’ont emmené au poste car ils ont trouvé un simple narguilé dans son véhicule, donc la présomption de prise de cannabis est constaté. Croyant en son bon droit, cette jeune fille a refusé le prélèvement ADN (test salivaire). Mal lui en a pris ! Ce comportement est désormais sanctionné par les fameuses lois Sarkozy sur la sécurité quotidienne du 18 mars 2003. Tout contrevenant à un prélèvement ADN est condamnable à 1 an de prison et 15.000 euros. 137 infractions relèvent du fichage ADN. À l’origine, les criminels sexuels en était naturellement la cible maintenant cela s’étend aux militants syndicalistes, écologistes (faucheurs d’OGM), jeunes (blacks, beurs et blancs dis «marginaux»), bref tous ceux qui dérangent l’ordre libéral et politiquement correct. Le hasard (si c’est un hasard) veut que dans cette loi, seuls les délits financiers seront exemptés de peine (les cols blancs qui habitants les beaux quartiers comme Neuilly).
    Ce procès revêt un caractère important car la jurisprudence permettra éventuellement d’aménager sérieusement cette loi en attendant son abrogation. De simple citoyens dont les têtes ne reviendront pas aux policiers seront convoqués devant la justice pour refus de prélèvement ADN. Le rêve de certains hommes politiques est de ficher toute la population comme le souhaite le ministre UMP Estrosi lors d’un sommet européen. Notre corps nous appartient, nous n’avons pas à le codifier dans un ficher central génétique, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen est claire là-dessus, on ne touche pas à l’intégrité physique du corps humain !

Donc, le mercredi 21 mars à partir de 13h30, pendant le rassemblement de soutien, Camille attend sincèrement votre présence en signe de solidarité car elle est angoissée de ce qu’elle risque. Merci pour elle et non à la société Big Brother !

Contacts :
    Collectif de Macon : David 06 12 12 55 22
    Collectif National : 06 86 27 70 57
Mercredi 28 février 2007
Carte d’identité biométrique obligatoire :
Inepte, Nocif, Effrayant et Scélérat, le projet INES doit être retiré


Le gouvernement veut imposer aux citoyens une carte électronique d’identité à éléments biométriques. Sans nécessité, il étend ainsi au niveau national des décisions européennes liberticides qu’il a par ailleurs fortement contribué à faire adopter. Le projet est présenté comme une parade aux fraudes et aux entreprises terroristes, tout en servant de «vide-poche» pour y placer, à sa guise, code de carte bancaire, numéro fiscal, codes d’accès à des services Internet... En réalité, ce projet prévoit de constituer un fichier de police à l’échelle du pays et de toute la population, comportant les données biométriques de chaque citoyen, avec l’indication de son domicile, sur des puces lisibles sans contact, c’est-à-dire à l’insu des personnes.

Titre d’identité et déclaration de domiciliation obligatoires : du jamais vu depuis la Libération !
La mise en œuvre de ce projet vise en fait à faciliter les contrôles policiers de toute nature. Les éléments biométriques d’identification, inclus sous forme numérisée et conservés dans un fichier unique national, faciliteront tous les croisements d’information. La numérisation de ces éléments, alliée à la prolifération des dispositifs de surveillance, décuplera les possibilités d’identification policière et de traçage des citoyens. Dans un contexte de prolifération du fichage et d’impuissance des organismes de contrôle, la création d’un nouveau fichier qui inclura toute la population française ne peut que faire frémir.

Dire que ce document est destiné à lutter contre les fraudes ou les entreprises terroristes est un mensonge. L’actuelle carte d’identité est déjà réputée «infalsifiable». Pourtant le gouvernement prétend que la fraude se serait développée de manière galopante, tout en reconnaissant ne pas savoir la mesurer. En fait, la sophistication technique servira plutôt les réseaux criminels les plus organisés, car ils se doteront rapidement des moyens nécessaires pour la contourner et disposeront alors de documents d’identité dans lesquels l’État et les citoyens auront, à tort, placé toute leur confiance.

Présenter cette carte comme un outil commode facilitant les transactions électroniques, administratives ou commerciales, est un leurre. Ce soudain intérêt porté par le ministère de l’intérieur aux désirs des consommateurs et son ingérence dans ce domaine masquent en réalité sa volonté d’imposer un outil de contrôle policier, sous couvert de prétendus bienfaits pour ses détenteurs. Le gouvernement admet surtout que la finalité ultime du projet est de mettre en oeuvre une carte universelle intégrant l’identité, le bénéfice de droits et de prestations sociales, la capacité de conclure et payer des transactions. Il s’agit de rendre ainsi l’individu totalement transparent tant aux autorités publiques qu’aux opérateurs commerciaux.

Un tel projet met en cause une société dans laquelle l’identité reste fondée sur un principe déclaratif, au profit d’une conception de l’identité imprimée dans l’intimité biologique. Il nous propose l’abandon d’une présomption de confiance mutuelle au profit d’une généralisation de la suspicion.

Parce que nous refusons :
tout contrôle d’identité à l’insu des personnes ;
tout fichier exhaustif de la population ;
tout usage d’un identifiant personnel unique biométrique des individus ainsi rendus totalement transparents ;
nous exigeons le retrait total et immédiat du projet INES de carte électronique d’identité à éléments biométriques.

Mardi 20 février 2007
Par sa dangerosité et la centralisation qu’il nécessite, par la culture de sûreté qu’il crée, commercialise et généralise, par les modes de subordination qu’il implique, le nucléaire, loin d’être un simple choix technologique, est partie intégrante des dispositifs de contrôle global de la planète. En quelques décennies à peine, le nucléaire a montré de quoi il était capable, depuis les victimes d’Hiroshima jusqu’aux catastrophes du nucléaire civil reconnues (Tchernobyl, Three Mile Island…), occultées (Windscale [octobre 1957, rebaptisée Sellafield], Kychtyn [accident de 1957 en URSS totalement occulté]…) ou évitées de justesse (Forsmark [Le 25 juillet 2006, la centrale de Forsmark, en Suède, est plongée dans le noir. Plus rien ne fonctionne, sauf le réacteur. Les générateurs de secours ne démarrent pas et la température du cœur grimpe : Tchernobyl n’est plus loin. Enfin, l’un d’entre eux accepte de redémarrer à la «manivelle»…]). Aujourd’hui, le nucléaire civil semble avoir le vent en poupe chez les gestionnaires capitalistes. Des projets grandioses, dont la réalisation dépendra de la possibilité des investissements financiers et des garanties des États, sont donc élaborés, comme l’EPR à Flamanville (réacteur civil français dit de troisième génération) ou bien encore ITER à Cadarache (projet international de réacteur à fusion nucléaire). Dans le domaine militaire, on assiste plutôt au développement d’armes miniaturisées pouvant être utilisées contre des populations aux quatre coins du monde, dans le cadre de «guerres préventives» et «d’opérations de police mondiale», bien que la possession de bombes classiques demeure l’un des objectifs des États et que les stocks de matières nucléaires constituent de réels dangers.
    Les gourous de l’atome prétextent de la crise des énergies fossiles et poussent à la roue pour la reprise du nucléaire. La lutte contre les gaz à effet de serre devient leur alibi au motif que le réacteur nucléaire n’en dégage pas, oubliant au passage toutes les étapes de la construction et du fonctionnement des installations nucléaires, celles de l’extraction de l’uranium au Niger ou en Australie à son utilisation dans les réacteurs, et la pollution thermique par les rejets gazeux et aqueux. Si la société capitaliste n’a jamais eu autant besoin d’énergie pour faire fonctionner ses usines, ses banques, ses réseaux de transport et de communication, ses armées et leurs engins de mort, sur terre, sur mer et même dans l’espace, il ne faut pas oublier que l’énergie électrique ne représente que 5 à 6% de l’énergie primaire mondiale et que le nucléaire en est encore qu’une infime partie représentant 16%
.
    Aux causes de désastres propres à toutes les formes d’industrialisation, l’industrie nucléaire ajoute la radioactivité artificielle qui peut parfois s’étendre sur des millénaires. Les nucléocrates le savent et c’est pourquoi, loin de nier comme autrefois tous les dangers liés au nucléaire, ils comptent désormais préparer les populations à apprendre à survivre en milieu contaminé. Le risque nucléaire étant la chose la plus partagée, il doit maintenant être le mieux accepté : tout irradié potentiel doit donc devenir le complice de sa propre irradiation et de celle des autres, encadré par les uniformes kakis et les blouses blanches avec, pour seul horizon, les rangées de cercueils de plomb, pour que le monde tel qu’il est continue à fonctionner, dans lequel le citoyen culpabilisé devient acteur de sa soumission.
    En restant sur le terrain des alternatives sans remettre en cause la boulimie énergétique actuelle, par exemple en proposant de remplacer l’atome par l’éolien comme énergie renouvelable [Notons au passage qu’Areva, le constructeur de réacteurs nucléaires, poursuit ses investissements dans l’éolien avec une offre publique d’achat des actions de REpower (un des principaux acteurs de l’activité) qu'il ne détient pas encore. Est-ce pour diversifier ses intérêts ou pouvoir demain démontrer qu'on ne peut pas sortir du nucléaire par l’éolien ? Sans changer la consommation électrique française, il faudrait environ 100.000 éoliennes pour remplacer les centrales nucléaires !], les écologistes d’État jouent le rôle de tartuffes et d’administrateurs de nos vies irradiées, toujours à la place que l’État leur assigne. D’où les tractations, les compromis, les promesses destinées à ne pas être tenues et les jeux de lobbying, qui culminent en période électorale. Pour le PS, il faut faire oublier le programme de 1981, son moratoire sur la construction des centrales nucléaires, et «Sœur Sourire» qui préconise «une extinction des centrales anciennes et les plus dangereuses». Par son porte-parole, virée de la manif de Cherbourg, les Verts français, sur la trace de leurs homologues allemands, s’engagent pour une  «sortie sur 30 ans» ! Quant au PC, fidèle à sa défense inconditionnelle mais intéressée des technocrates et syndicalistes de la CGT d’EDF et du CEA, il exige un «nucléaire sécurisé et durable» ! Tout regroupement antinucléaire conséquent devrait avoir en mémoire la défaite du mouvement à la fin des années 70 et au début des années 80 due à la stratégie électorale prédominante, à une critique insuffisante et marginale de la «société de consommation».
    L’exigence d’arrêt immédiat du nucléaire ne relève pas pour nous de la surenchère. Elle implique la rupture avec les logiques capitalistes et étatiques. Cette perspective autonome est difficile et incertaine et sa réalisation ne dépend pas que de nous. Mais nous avons la volonté d’y contribuer, pour vivre libres, debout, et non à genoux avec des épées de Damoclès au-dessus de nos têtes.

Coordination contre la société nucléaire
c/o CNT-AIT, BP46, 91103 Corbeil cedex

Journée de manifestations samedi 17 mars 2007
à Toulouse, Rennes, Lille, Strasbourg, Lyon
Toutes et tous à Lyon ! 14h – place Bellecour
Lundi 19 février 2007
Les 26 et 27 février 2007 se déroulera, au tribunal correctionnel d’Orléans, le jugement des «32 de Villereau» suite au fauchage d’un champ de maïs OGM à Villereau (Loiret). 9 d’entre eux comparaîtront également pour leur «refus de se soumettre au prélèvement destiné à l’authentification de leur empreinte génétique». Inquiète de la dérive sécuritaire que constitue cette disposition de la loi sur la Sécurité Intérieure de mars 2003 dite «loi Sarkozy», la CNT appelle à une mobilisation générale.
    Ces 9 réfractaires au fichage ADN encourent une peine d’un an de prison et 15000€ d’amende. Refuser de donner son ADN est un «délit continu». Le procureur peut engager des poursuites tant que ceux-ci refuseront de se soumettre au fichage.
    D’abord limité aux auteurs de crimes sexuels et de violences, le fichage ADN est étendu aux suspects de tous poils : syndicalistes, faucheurs volontaires, déboulonneurs de publicité… Les contestataires à surveiller côtoient dorénavant les criminels et les violeurs dans des fichiers conservés de 25 à 40 ans.

    La loi Sarkozy a été renforcée par la loi Perben 2 de 2004. Aujourd’hui sont susceptibles d’être fichées ADN toutes les personnes impliquées dans une enquête, les témoins par exemple. Ce fichage trouve sa «justification» (comme la vidéosurveillance) dans la lutte contre l’insécurité et la violence.
    S’il permet la résolution de quelques crimes, le fichage génère des dommages co-latéraux. En effet, il constitue un moyen de coercition comme l’illustre ce procès. C’est une atteinte à l’expression de toutes formes de contestations sociales.
    Pour la CNT, le fichage ADN est un dispositif supplémentaire dans l’arsenal législatif pour contrôler, discriminer, les bons citoyens des mauvais, les serviles des rebelles. C’est la raison pour laquelle la CNT appelle à une forte mobilisation durant le procès à Orléans.

Rennes, le 7 février 2007

Confédération Nationale du Travail

Dimanche 18 février 2007
Deux obsessions travaillent cette campagne présidentielle : la débâcle environnementale et la croissance économique. Ces deux obsessions sont irréconciliables, la croissance économique ne pouvant que se nourrir de la destruction de l’environnement. Cela commence à se savoir : il n’y a pas plus de développement durable que de roue carrée.
    Tous les candidats à l’élection présidentielle croient pourtant inventer cette roue carrée grâce à la recherche et développement (R&D). Celle-ci, en fait, représente tout leur espoir de sauvetage de la croissance. D’où leurs multiples courbettes devant la corporation des chercheurs, et leurs promesses de mannes budgétaires. C’est ainsi qu’en septembre, L. Fabius, D. Voynet, O. Besancenot, M.-G. Buffet et F. Bayrou, venaient faire allégeance aux assises de «Sauvons la Recherche». En février, Sarkozy annonçait une enveloppe de 4 milliards d’euros et Royal une augmentation annuelle de 10% du budget, plus des aides fiscales à la recherche privée.
    Foin de recherche fondamentale, les scientifiques eux-mêmes s’indignaient à l’unisson en janvier que le rapport de l’Inspection générale des Finances, de l’Éducation nationale et de la Recherche puisse mettre en cause la faible part de la recherche publique et privée dans le Produit Intérieur Brut national.
    Heureusement, dans cette écœurante unanimité de science à but lucratif, un groupe de jeunes chercheurs, étudiants, chômeurs, «anciens croyants en la capacité de l’Université à {les} sauver de tâches idiotes et irresponsables», fait entendre une critique claire et concise du programme des technosciences : voici ci-dessous leur «plateforme critique de la recherche scientifique».


LE FUTUR TRIOMPHE, MAIS NOUS N’AVONS PLUS D’AVENIR

Plate-forme critique de la recherche scientifique

Le modèle de la science conserve aujourd’hui une grande force, image d’universalité et de puissance dans un contexte de dérèglement climatique et de délabrement social globalisé. Au milieu de tous ces progrès dans l’absurdité de la vie, de la brutalité croissante des sociétés, la Recherche est bien le seul domaine qui donne l’image rassurante d’une continuité avec les époques antérieures. Un domaine qui semble à peu près à l’abri de la mesquinerie des rapports marchands. Un domaine où, quand tout s’écroule par ailleurs, ça continue d’avancer. Illusion funeste.
    Certes, un corpus de connaissances rigoureusement établi sera toujours indispensable, tout comme l’élaboration de techniques au service des communautés humaines. Mais tout cela est très marginal au sein de ce que l’on appelle aujourd’hui la Recherche, et sert le plus souvent à justifier le reste. La bonne conscience naïve rejoint le pire cynisme dans ses effets, laissant le champ libre à toutes les aberrations imaginables. On ne se sauve pas en servant de soutien idéologique aux pires atrocités.
    En cette période troublée où, tant dans la bouche des chercheurs que dans l’imagerie collective, la technoscience s’affiche comme seule apte à définir notre avenir commun, nous, jeunes étudiant(e)s, chercheurs(euses), chômeurs(euses), ancien(ne)s croyant(e)s en la capacité de l’Université à nous sauver de tâches idiotes ou irresponsables, avons décidé de nous organiser en vue d’un bouleversement radical que nous avons choisi de ne pas attendre.

Nous dénonçons la collaboration active des chercheurs avec les pouvoirs militaires et industriels qui les financent, définissent leurs objectifs et utilisent les connaissances et les techniques issues des laboratoires. Cette collaboration remonte aux origines de la science moderne : les progrès des sciences ont toujours entretenu d’étroites relations avec ceux des techniques de guerre. Mais elle a connu un saut quantitatif et qualitatif décisif avec la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd’hui, la plupart des recherches scientifiques servent avant toute chose à accroître la puissance militaire et économique, et non à faire avancer les connaissances. La volonté de savoir est l’alibi qui sert à faire accepter la course à l’armement et la compétition économique internationale.
    À l’heure où ce goût pour la puissance vient clore tout questionnement sur le monde, nous tenons à dénoncer les mythes qui viennent légitimer ou occulter cette collaboration :
    ❏ Le mythe du Progrès est de moins en moins crédible à mesure que se multiplient, surtout pour les plus pauvres, les conséquences catastrophiques du développement économique. Les recherches les plus nauséabondes et intéressées ont toujours prétexté qu’elles allaient guérir et nourrir le plus grand nombre, améliorer les conditions de vie. Mais à la place de ces avancées, on constate que la modernisation a causé un tel désastre écologique que les choses les plus élémentaires sont maintenant devenues du luxe : eau et air purs, alimentation saine, végétation. De plus, l’idée d’un progrès continu des conditions d’existence grâce au perfectionnement technique dissimule la soumission des individus à des phénomènes qui s’imposent à eux, les rendant quotidiennement dépendants des nouvelles technologies et des satisfactions compensatoires qu’elles pourvoient.
    Dans le cas de la science, la vision progressiste de l’histoire se berce encore de l’idée que toute avancée des connaissances est intrinsèquement bonne, même quand dans l’immédiat elle est associée au pire. Il est pourtant urgent de comprendre que les dégâts induits par la frénésie scientifique sont souvent irréversibles. Principale responsable de leur multiplication, la technoscience ne pourra rien (ou si peu) face aux radiations, aux cyclones ou aux cancers, qui sont et resteront des catastrophes. Prétendre les résoudre par des solutions techniques revient à s’enfermer dans une fuite en avant absurde. Quant à l’idée d’une éventuelle réappropriation de cet ensemble technologique, elle est aussi aberrante que celle de vouloir faire d’une aire d’autoroute un lieu de convivialité.
    ❏ Le mythe de la «Recherche publique» dessine l’image d’une recherche qui obéirait à des critères fondamentalement différents de ceux de la recherche privée. Or les deux sont depuis longtemps inextricables, tant au niveau de l’organisation et du financement des programmes que du type de questionnement en vigueur. Dans l’ensemble, elles participent du même projet d’artificialisation de la vie et de mécanisation des relations humaines. Nous voyons ceci explicitement confirmé, depuis quelques années, dans la recherche publique, où se trouvent mises en avant les valeurs et les pratiques des secteurs les plus «dynamiques» de l’économie marchande (start-up, PME de pointe, etc.).
    ❏ Le mythe de la «science pure» est né précisément au moment où l’imbrication de l’industrie et de la science était définitivement scellée. Depuis ses débuts, la science moderne consiste essentiellement à produire des faits à partir de machines : c’est une technoscience. Le mouvement même des techniques et des savoirs rend aujourd’hui insensée la croyance en une science qui serait pure connaissance, à côté d’une science dite «appliquée». Dans les sciences dures, les faits sont informulables en dehors de tout l’appareillage technologique qui les sous-tend, préside aux expérimentations et structure le rapport à la réalité des chercheurs. Dans les sciences prétendument humaines, les rares chercheurs refusant de gérer et d’instrumentaliser les populations ne pèsent rien face aux techniciens du social et finissent le plus souvent par travailler pour eux.
    Il faut donc rompre avec le projet des sciences modernes, tel qu’il s’est cristallisé au XVIIe siècle (et qui est encore aujourd’hui une référence indépassable, malgré les précautions parfois prises). Il consistait à établir une connaissance totale et objective des phénomènes grâce aux mathématiques et à en acquérir la maîtrise technique immédiatement associée, pour le plus grand bonheur de l’humanité. Les progrès de la science ont d’eux-mêmes confirmé l’inanité de cette religion de substitution : la science, aussi avancée soit-elle, n’atteindra jamais l’objectivité absolue et ne fournira pas de réponse aux interrogations fondamentales de l’être humain. Quant au versant pratique, le XXe siècle a consacré l’échec du point de vue de l’ingénieur : loin de servir le bonheur et la liberté, le formidable accroissement de puissance permis par la Recherche a surtout contribué à dissoudre les sociétés humaines à coup d’assujettissements et de dépendances, et à mettre en péril les conditions minimales de notre survie. Débarrassée de tous les freins sociaux et politiques, la gestion quantitative du monde se révèle catastrophique. Elle ne continue à donner l’illusion de sa maîtrise qu’en étendant toujours plus loin son champ d’expérimentation, ses initiatives réductionnistes et ses équations hors de propos. Dans leurs désirs d’omnipotence et de manipulation, les gestionnaires continuent de faire «comme si» cette maîtrise était réelle, persistant, par des pratiques frauduleuses et des expérimentations dangereuses, à faire entrer de force dans leurs modèles mécanistes tout ce qu’ils ont renoncé à comprendre. Jusqu’à en arriver à produire une vie en bulle, dans laquelle personne ne dispose plus des points de repère permettant de réfléchir et de juger.

À rebours de tous les projets politiques, de gauche ou de droite, qui souscrivent encore à ce projet de maîtrise totale du vivant et ne proposent que de s’y engouffrer un peu plus, nous pensons que le point de départ de toute réflexion politique devrait résider dans ce double constat :
    ❏ L’effondrement de plus en plus rapide des conditions biologiques de notre survie (et corrélativement, la mainmise de la technoscience sur la survie et la reproduction de tous).
    ❏ L’impuissance grandissante des êtres humains sur le cours de leur existence, vidant de leur substance les concepts de raison et de liberté.