Libération des prisonniers d'Action directe

Vendredi 30 octobre 2009

Le 27 octobre, Jean-Marc Rouillan a quitté précipitamment la prison des Baumettes, à Marseille, pour être aussitôt incarcéré au centre de détention de Muret, près de Toulouse. Gravement malade, il espérait être soigné à la Pitié Salpétrière en attendant de pouvoir bénéficier de la loi Kouchner. La «justice» va-t-elle laisser l’ancien militant d’Action Directe sans soins ?

Jean-Marc Rouillan devait avoir un parloir avec un ancien collègue des éditions Agone le 27 octobre à 13h30. Il a eu la possibilité de confirmer ce rendez-vous par téléphone en fin de matinée, mais, quand l’éditeur marseillais a sonné à la porte du centre pénitentiaire des Baumettes, il a appris que le détenu no 147 575 venait d’être transféré. On saura quelques heures plus tard que Jean-Marc Rouillan a finalement échoué au centre de détention de Muret où Nathalie Ménigon, autre militante d’Action Directe, a séjourné, entre juillet 2007 et août 2008, avant d’obtenir une libération conditionnelle.

Contrairement à ce que prétendait l’Agence France Presse (AFP) dans une dépêche récente, Jean-Marc Rouillan n’était plus dans l’Unité hospitalière sécurisé interrégionale (UHSI) de l’hôpital nord de Marseille depuis plusieurs mois. Revenu entre les murs des Baumettes, sans soins adaptés, il attendait que la justice veuille bien prendre en compte le fait qu’il souffre du syndrome de Chester-Erdheim, une maladie auto-immune rare et évolutive qui exige un traitement expérimental légalement impossible à administrer en prison.

Le 26 octobre, par le biais d’une visioconférence, Jean-Marc Rouillan a parlé de sa demande de suspension de peine avec un juge parisien du tribunal d’application des peines en matière terroriste. Au cours de cette audience, le juge a évoqué un transfert vers le groupe hospitalier de la Pitié-Salpétrière où un spécialiste du syndrome de Chester-Erdheim pourrait le soigner. Une perspective qui allait dans le bon sens comme l’a expliqué Jean-Louis Chalanset, l’avocat de Jean-Marc Rouillan. De ce fait, l’arrivée inattendue de Rouillan dans le centre de détention de Muret ressemble à une inquiétante partie de cache-cache politico-médicale.

Résumons. Jean-Marc Rouillan a terminé sa peine de sûreté depuis 2005. Aujourd’hui, son cas entre dans le cadre de la loi du 4 mars 2002, dite loi Kouchner, qui permet une suspension de peine pour raison médicale. Joëlle Aubron, autre militante d’Action Directe, avait pu bénéficier de cette loi en 2004. Dans un premier temps, Jean-Marc Rouillan doit être soigné efficacement. Cela sera-t-il le cas au Centre de détention de Muret ? Dans un second temps, Jean-Marc Rouillan doit être libéré pour être sérieusement soigné hors de prison. Rappelons au passage que le régime de semi-liberté de Jean-Marc Rouillan a volé en éclats en octobre 2008, à quelques mois du délai qui lui aurait permis de bénéficier d’une libération conditionnelle. Sans cette sombre péripétie, nous n’en serions pas là.

Il y a urgence à dénoncer le scandaleux refus de soins qui touche Jean-Marc Rouillan. Quelques initiatives se préparent, mais on peut toujours s’étonner du silence pesant des organisations révolutionnaires «officielles», du NPA au PCF en passant par les anars et quelques autres. On peut s’étonner aussi du silence de la Ligue des Droits de l’Homme et autres milieux souvent plus prompts, heureusement, à dénoncer les injustices. Sur le site de la LDH, on ne trouve que deux articles, datés de 2001 et de 2004, sur les prisonniers d’Action Directe. Les cerveaux humanistes sont-ils anesthésiés au point de laisser libre cours à la vengeance de cet État qui s’acharne sur un prisonnier politique resté insoumis malgré 22 ans de détention dans des conditions extrêmes ?

Début novembre, l’Association pour le respect des proches des personnes incarcérées va mener une campagne contre les longues peines. L’ARPPI affirme que la peine de mort n’est pas abolie, qu’elle est prononcée dans les tribunaux et appliquée dans les prisons. Dans le cas de Jean-Marc Rouillan, c’est la tragique vérité. Si l’État voulait faire craquer Rouillan, il ne s’y prendrait pas autrement.

Voici l’adresse où l’on peut dorénavant écrire à Jean-Marc Rouillan (n’oubliez pas de joindre une enveloppe timbrée à votre adresse si vous souhaitez une réponse) :
Jean-Marc Rouillan
Numéro d’écrou 9496 A109
Centre de détention de Muret
route de Seysses
31600 MURET.

Des initiatives de solidarité se préparent. Deux rendez-vous sont annoncés pour le samedi 21 novembre 2009 :
À Marseille, les camarades et groupes de défense et de soutien aux militants d'Action Directe emprisonnés (Jean-Marc Rouillan et Georges Cipriani) et tous ceux qui voudront répondre à l’appel se réuniront autour du thème «Histoire sans parole», à 15h30, à l’Équitable Café - 15, cours Julien (13006).
Au Havre, le groupe Zéro de conduite organise un concert avec les Porcs autonomes, à 20h30, aux Lucioles - 31, rue Casimir-Delavigne. Des textes puisés dans les livres de Jann-Marc Rouillan seront également lus.

Paco - Le Post, 30 octobre 2009.
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Lundi 28 septembre 2009

Six mois après son retour en prison à temps plein, en octobre 2008, Jean-Marc Rouillan a appris qu’il souffre d’une grave maladie évolutive. Alors qu’une nouvelle crise douloureuse le frappe actuellement derrière les murs des Baumettes, personne n’est disposé à lui donner un traitement adapté… en attendant une libération pour raison médicale. L’ancien militant d’Action Directe s’interroge dans ce qu’il serait permis d’appeler le «couloir de la mort lente».

Semi-libéré entre décembre 2007 et octobre 2008, date de son retour à temps plein aux Baumettes suite à une embrouille politico-médiatico-antiterroriste, Jean-Marc Rouillan avait été hospitalisé d’urgence le 6 mars 2009 dans un état lamentable. Au départ, des toubibs diagnostiquaient une banale grippe. La direction de la prison des Baumettes parlait de dépression et enjoignait le militant à consulter un psychiatre ! Finalement, transporté in extremis par les marins pompiers à l’Unité hospitalière sécurisé interrégionale (UHSI) de l’hôpital nord de Marseille, Rouillan a pu subir des examens médicaux qui ont dévoilé l’origine de ses souffrances.

Le taulard le plus encombrant de France souffre du syndrome de Chester-Erdheim, une maladie auto-immune évolutive qui s’attaque aux os. Une saloperie plus rare encore que les maladies orphelines. Il devient ainsi le 186e cas mondial. La différence entre le numéro 147.575 et les 185 autres cas répertoriés, c’est qu’il n’a accès à aucun suivi sérieux, à aucun traitement efficace. Ce syndrome est si rare que la recherche avance mollement de manière très empirique. Les médecins bidouillent des posologies à base de corticoïdes et de chimiothérapie. Le hic, c’est que ces «bidouillages» sont impossibles en prison. Toute expérimentation médicale sur des détenus est interdite par la loi. Le temps des cobayes humains est terminé et c’est une très bonne chose. Mais en combien de temps la maladie va-t-elle ronger Rouillan dans ces conditions ? Un an ? Un mois ?

C’est là que nous entrons dans un labyrinthe kafkaïen. Jean-Marc Rouillan a demandé une suspension de peine pour raison médicale. Ce que permet la loi du 4 mars 2002, dite loi Kouchner, comme on le sait notamment depuis la libération d’un certain Maurice Papon. Pour l’heure, rien ne bouge. Sans l’arrêt brutal de son régime de semi-liberté, Rouillan aurait pu espérer une libération conditionnelle en décembre 2008. Le «piège» est arrivé pile poil à temps pour éviter qu’un nouveau militant du NPA doublé d’un éditeur-écrivain talentueux ne vienne s’ajouter au concert anticapitaliste. Arrêté en 1987 avec ses camarades Joëlle Aubron, Nathalie Ménigon et Georges Cipriani, condamné à perpète, Jean-Marc Rouillan a terminé sa période de sûreté de 18 ans en 2005. Quels motifs peuvent donc aujourd’hui justifier le maintien en prison d’une personne qui y a survécu 22 ans dans des conditions extrêmes (torture blanche, grèves de la faim…), qui a ensuite démontré ses capacités d’intégration sociale en travaillant pour les éditions Agone et en adhérant à un parti légal et qui, en plus, rentre totalement dans les critères humanitaires définis par la loi Kouchner ? Un «expert» du ministère de l’Injustice est attendu depuis des mois à la prison des Baumettes pour examiner le cas d’un homme qui n’a rien d’un Hannibal Lecter.

Coincé entre quatre murs, privé d’ordinateur au mépris des lois et règlements, Jean-Marc Rouillan s’interroge. «Rien de nouveau. Ni expert du ministère, ni traitement, ni audience avec le juge…, explique-t-il à l’encre rouge sur une lettre datée du 7 septembre et reçue le 25 septembre dernier. Rien. Quatre mois que les médecins du pôle des maladies rares exigent que je sois sous traitement. Et tout le monde s’en fout. Tu crois qu’ils veulent me faire crever ? Non, c’est la démocratie !!! Impossible ! C’est bien là l’idée d’un extrémiste, n’est-ce pas !»

En haut lieu, on veut plier Rouillan. On veut même le casser, l’anéantir. Les princes noirs de l’antiterrorisme aimeraient le soumettre et le voir ramper en demandant pardon. Faut-il rappeler que, dans le droit français, aucune loi n’exige un quelconque reniement ou repentir, notions religieuses, aux prisonniers libérables. «Imaginez-vous Mitterrand exiger des regrets des généraux putschistes algérois avant de les amnistier ?, demandait Jann-Marc Rouillan dans ses Chroniques carcérales. Avez-vous entendu parler d’un juge ou d’un journaliste ayant osé poser la question à Papon ? à Aussaresses ? aux tueurs de l’OAS ? Sinon aux cadres de Luchaire et de Giat qui ont approvisionné en matériels de guerre les massacres de la guerre Iran-Irak ? Jamais ! Si vous avez massacré des milliers de personnes, vous recevrez tous les honneurs. Si vous n’êtes accusé que d’un ou deux assassinats, vous serez traité en criminel.»

Face à cette barbarie féodale, quelle action envisager pour sortir Rouillan des oubliettes républicaines ? En dehors de la poignée de militant-e-s du collectif Ne laissons pas faire, quelles voix s’élèveront enfin pour refuser qu’un militant gravement malade pourrisse dans un cul-de-basse-fosse ? À l’évidence, on ne se presse pas à gauche et au-delà pour être sur la photo. Les zanars ? La plupart sont trop intransigeants vis-à-vis d’un «rouge». Sans parler de la sempiternelle trouille d’être assimilés de près ou de loin à feu-Action Directe. Le NPA ? Les nouveaux anticapitalistes se seraient bien passés de l’adhésion de cet emmerdeur. Sur leur stand à la dernière fête de l’Humanité pas un seul livre de «Jann-Marc» n’était visible. Le PCF ? Après des prises de positions publiques courageuses dans les années 2006-2007, de bons papiers dans l’Huma, des visites de prisonniers effectuées par des élu-e-s communistes, le soufflet retombe. Les pétitionnaires drouadlomistes ? Il n’y a pas si longtemps, quelques appels ont pu réunir artistes, écrivains, philosophes, éditeurs, avocats, journalistes… Sans lendemain. Inutile bien entendu d’attendre quoi que ce soit des sociaux-libéraux du PS. Entre petites lâchetés, polémiques sectaires et business électoraliste, le sort d’un rescapé des «années de plomb» ne pèse pas lourd.

Il paraît que la peine de mort est abolie en France. Certes, la guillotine est partie pour le musée des horreurs, mais, comme va le rappeler une campagne de l’ARPPI en novembre, la peine de mort lente existe toujours dans le pays des Droits de l’Homme. En maintenant Rouillan dans leur éliminatorium, c’est une partie de notre histoire anticapitaliste commune, avec ses hauts et ses bas, que les dominants censurent. Le veritable bilan critique des années 80 appartient à tous les acteurs de cette période, y compris à celles et à ceux qui ont prôné la violence révolutionnaire dans toute l’Europe.

Ça suffit ! Jean-Marc Rouillan et Georges Cipriani (interdit de semi-liberté après plus de 22 ans de prison et après purgé sa peine de sûreté de 18 ans en 2005) ne peuvent pas servir indéfiniment de boucs émissaires. Il faut tourner la page sans la déchirer, il faut libérer les anciens militants d’Action Directe, il faut faire soigner Rouillan avant que l’irréparable ne nous fasse tous complices indirects, par indifférence ou passivité, d’une effrayante vengeance d’État.

Paco - Le Post, 28 septembre 2009.
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Mercredi 5 août 2009
Pour Georges Cipriani, pour Jean-Marc Rouillan !

RASSEMBLEMENT
Jeudi 6 août, de 18h à 19h
en face de la direction de l’Administration pénitentiaire, carrefour rue de la Verrerie - rue du Renard (Paris 4e - métro L1-L11 Hôtel-de-Ville).

La cour d
appel de Paris a confirmé le 23 juillet la décision prononcée fin avril par le tribunal dapplication des peines, accordant la semi-liberté à Régis Schleicher, contre l’avis du parquet qui avait fait appel. Après plus de 25 ans de prison, Régis devrait être transféré le 26 août dans un centre de semi-liberté, où il passera ses nuits et ses week-ends, travaillant à l’extérieur le jour. Même si les conditions de ce régime de semi-liberté sont particulièrement restrictives, il s’agit de la dernière étape avant la libération conditionnelle.

Georges Cipriani, qui a également obtenu un placement en semi-liberté le 30 avril dernier, doit quant à lui attendre jusqu’au 20 août la décision de la cour d’appel, alors qu’il aurait dû sortir le 19 mai ! À cette date, il aura passé plus de 22 ans en prison, dont vingt mois depuis le début de cette dernière procédure. Son dossier qui répond à toutes les exigences d’une décision favorable aurait déjà dû lui permettre d’obtenir l’aménagement de peine auquel il a droit, s’il n’avait été soumis à l’application rétroactive de la loi sur la rétention de sûreté.

Nathalie Ménigon en liberté conditionnelle, Régis Schleicher en semi-liberté, Georges Cipriani dont on ne comprendrait pas qu’il n’obtienne pas lui aussi le même régime, ces décisions arrachées à l’
État ne nous font pas oublier que Jean-Marc Rouillan devrait aujourd’hui être en liberté conditionnelle, s’il n’avait pas été réincarcéré en octobre dernier sous un prétexte monté de toutes pièces.

Jean-Marc Rouillan est de nouveau détenu aux Baumettes à Marseille, atteint du syndrome de Chester-Erdheim, maladie très rare et évolutive, dont le traitement (expérimental) est incompatible avec le maintien en prison. Jean-Marc Rouillan doit être libéré !

Restons mobilisés !
Libération de tous les militants d’Action directe !

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Vendredi 24 juillet 2009

La cour d’appel de Paris a confirmé ce jeudi 23 juillet la décision prononcée fin avril par le tribunal dapplication des peines, accordant la semi-liberté à Régis Schleicher, contre l’avis du parquet qui avait fait appel. Après plus de 25 ans de prison, Régis devrait être transféré le 26 août dans un centre de semi-liberté, où il passera ses nuits et ses week-ends, travaillant à l’extérieur le jour. Même si les conditions de ce régime de semi-liberté sont particulièrement restrictives, il s’agit de la dernière étape avant la libération conditionnelle.

Georges Cipriani, qui a également obtenu un placement en semi-liberté le 30 avril dernier, doit quant à lui attendre jusqu’au 20 août la décision de la cour d’appel, alors qu’il aurait dû sortir le 19 mai ! À cette date, il aura passé plus de 22 ans en prison, dont vingt mois depuis le début de cette dernière procédure. Son dossier qui répond à toutes les exigences d’une décision favorable aurait déjà dû lui permettre d’obtenir l’aménagement de peine auquel il a droit, s’il n’avait été soumis à l’application rétroactive de la loi sur la rétention de sûreté.

Nathalie Ménigon en liberté conditionnelle, Régis Schleicher en semi-liberté, Georges Cipriani dont on ne comprendrait pas qu’il n’obtienne pas lui aussi le même régime, ces décisions arrachées à l’État ne nous font pas oublier que Jean-Marc Rouillan devrait aujourd’hui être en liberté conditionnelle, s’il n’avait pas été réincarcéré en octobre dernier sous un prétexte monté de toutes pièces.

Nous continuerons notre action jusqu’à la libération de tous les militants d’Action directe, et donc celle de Jean-Marc Rouillan, actuellement détenu aux Baumettes à Marseille, atteint du syndrome de Chester-Erdheim, maladie très rare et évolutive, dont le traitement (expérimental) est incompatible avec le maintien en prison. Jean-Marc Rouillan doit être libéré !

Restons mobilisés !
Libération de tous les militants d’Action directe !

Collectif «Ne laissons pas faire !», 23 juillet 2009.


Semi-liberté pour Régis Schleicher,
ancien membre d
Action directe

Le 25 juin dernier, le parquet général sétait opposé à la semi-liberté pour Schleicher, 52 ans, mais la chambre dapplication des peines de la cour dappel a suivi les juges du tribunal dapplication des peines qui avaient déjà été favorables à la libération de lancien terroriste dextrême gauche. Les experts psychiatres se sont déclaré à plusieurs reprises favorables à sa libération.

Incarcéré à la centrale de Clairvaux (Aube), Régis Schleicher pourra sortir de prison à partir du 26 août prochain. Il travaillera la journée dans une association qui s
occupe de personnes âgées dans la banlieue lyonnaise et devra passer les nuits et les week-ends dans un centre de semi-liberté de Lyon proche de son lieu de travail, a-t-on précisé de même source. «Ma réaction est de dire : enfin ! Il a été victime jusquici de cette frilosité de ne pas mettre les gens en liberté», a déclaré à lAssociated Press son avocat, Me Jacques Vergès.

Arrêté le 15 mars 1984, Régis Schleicher a été condamné à deux reprises par la cour d
assises de Paris à la réclusion criminelle à perpétuité : la première fois en 1987 pour sa participation au meurtre de deux policiers avenue Trudaine à Paris le 31 mai 1983, puis en 1988 pour des hold-up avec tentatives de meurtre sur des policiers. Le 15 mars 2002, la Juridiction nationale de libération conditionnelle (JNLC) avait refusé sa remise en liberté.

Le 12 février 2003, Régis Schleicher et deux braqueurs, Michel Ghellam et Jean-Christophe Pedron, avaient tenté de s
évader de la centrale de Moulins-Yzeure (Allier), mais ont été rapidement maîtrisés par les surveillants. Les trois hommes avaient pris un surveillant en otage, puis ils ont utilisé une substance explosive artisanale pour détruire les accès aux toits de létablissement. Les gardiens de la prison ont alors ouvert le feu sur les trois hommes et Pedron a été légèrement blessé par balle à lépaule.

Le 12 janvier 2006, Régis Schleicher a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à cinq ans de prison notamment pour avoir fabriqué l
explosif ayant servi à cette tentative dévasion. Par ailleurs, le 20 août prochain, la cour dappel de Paris doit dire si elle confirme la mesure de semi-liberté accordée le 30 avril dernier à Georges Cipriani. Si le parquet général navait pas fait appel, il serait sorti de la centrale dEnsisheim (Haut-Rhin) le 19 mai. Âgé de 58 ans, il a été condamné le 28 février 1987 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie dune mesure de sûreté de 18 ans pour les assassinats, en 1985, de lingénieur général René Audran, et en 1986, de celui du PDG de Renault, Georges Besse.

Des anciens membres d
Action Directe, seule Nathalie Ménigon bénéficie actuellement dune libération conditionnelle dans la région toulousaine. Joëlle Aubron avait été libérée pour raisons de santé en juin 2004, et est décédée en mars 2006. Jean-Marc Rouillan, lex-mari de Nathalie Ménigon, sest vu révoquer son régime de semi-liberté après une interview parue dans la presse.

Leur presse (AP), 23 juillet.
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Samedi 20 juin 2009

Jean-Marc Rouillan est à nouveau incarcéré aux Baumettes, à Marseille, après un séjour en hôpital-prison. Atteint d’une grave maladie, il demande une suspension de peine pour bénéficier d’un traitement médical. L’ex-militant d’Action directe répond à nos questions.
Sous le titre Liberté immédiate pour Jean-Marc Rouillan, Le Mague s’est récemment inquiété de l’état de santé du taulard écrivain. On le sait, il ne pète pas la forme. Et ça ne risque pas de s’arranger s’il reste coincé dans une cellule. Bonne nouvelle, la maladie qui ronge les os de Rouillan est enfin démasquée. Mauvaise nouvelle, il est impossible de le soigner en prison ! Le traitement contre le syndrome de Chester-Erdheim est très empirique alors, ironiquement, Rouillan subit les effets d’une loi votée pour que les détenus ne deviennent pas des cobayes…
Ohé du NPA (Rouillan n’est-il pas l’un des vôtres ?), ohé les communistes, ohé les anarchistes, ohé les révolutionnaires, ohé les droidelomistes, allez-vous laisser Rouillan pourrir en cabane ? Sa fichue maladie est méconnue. Combien de temps peut tenir un malade sans traitement ? Quelques années ? Quelques mois ? Personne ne le sait. C’est maintenant qu’il faut bouger.
Ce matin au courrier, j’ai reçu une enveloppe postée de Marseille. À l’intérieur, trois petits feuillets numérotés noircis par une écriture fine. C’était Rouillan. Voici une interview qui nous éclaire sur le quotidien d’un homme qui se demande s’il va mariner encore longtemps à l’ombre. On apprend en prime que l’auteur d’une œuvre déjà conséquente est privé du seul outil qui l’aide à «s’évader» : son ordinateur. Il y a des petites tortures bien mesquines en ce bas monde…

On peut dire que tu reviens de loin. Sans ton séjour à l’UHSI, tu ne serais sans doute plus des nôtres…

Oui je reviens de loin. Comme quoi les citadelles de l’immobile demeurent des territoires agités ! En janvier dernier, je suis tombé malade. Certains docteurs me croyaient malade d’une vulgaire grippe. La direction, quant à elle, me pensait (ou me souhaitait) dépressif et m’enjoignait de consulter les psychiatres ! L’affaire a duré et ma santé a dégringolé jusqu’au 6 mars quand les marins pompiers m’ont embarqué aux urgences. Les médecins me l’ont confirmé, j’aurais pu y laisser ma peau, question d’heures, question de jours… Cependant, il ne s’agissait pas d’un complot de l’antiterrorisme, ni le résultat de l’incompétence du service de santé des Baumettes, mais le banal témoignage de l’état des usines de l’enfermement ordinaire. On peut noter toutefois : bien que, très arbitrairement (car je ne suis plus DPS) étiqueté d’une mesure de surveillance spéciale, personne ne s’est rendu compte de mon état réel.

Tu es un taulard pas banal. Et voilà que tu choppes une maladie vraiment pas banale…

Me voici atteint d’une de ces myxomatoses décimant les longues peines. Les cancers et les maladies dégénératives font des ravages. Un maton m’expliquait qu’il avait comptabilisé une trentaine de décès à l’Unité sécurisé de l’hôpital (UHSI), et cela en quelques années et sans compter les suspensions de peine de dernière heure… Quoi qu’il en soit, je ne pouvais pas faire dans l’ordinaire et, en tant que partisan acharné de l’action minoritaire, j’ai choppé une maladie plus rare que les maladies orphelines elles-mêmes. Je suis devenu le 186e cas connu du syndrome de mister Chester et doctor Erdheim.

Où en sont tes démarches pour tenter de rejoindre le pays du dehors ?

En accord avec l’équipe médicale, j’ai fait une demande de suspension de peine, je réclame le bénéfice de la loi Kouchner. Il faut reconnaître que ça me fait un peu mal au ventre de réclamer aux juges ce paravent humanitaire masquant les réalités cruelles des éliminatoriums de la République. Je n’ai plus le choix et cette loi appartient à l’arsenal des aménagements de peine. La dernière décision collective des prisonniers AD a été d’utiliser sans remords cet arsenal. Joëlle est sortie en suspension de peine. Nathalie se l’était vu refuser, mais a bénéficié d’une semi-liberté, puis d’une conditionnelle.

Où en est la recherche médicale dans la lutte contre le syndrome de Chester-Erdheim et jusqu’où les juges peuvent-ils suivre l’avis des médecins ?

Le syndrome de Chester-Erdheim est si rare qu’il faut bien se douter qu’aucun laboratoire n’a investi un kopek dans la recherche d’un traitement. Pas de miracle, c’est la dure loi du marché ! Du coup, les médecins bidouillent des posologies à base de corticoïdes et de chimiothérapie. Aucun traitement homologué, tout n’est qu’expérience. Ainsi, le tribunal se trouve face à un dilemme. Si les juges me refusent le bénéfice de la loi, ils condamnent les docteurs à ne pas la respecter. Car toute expérimentation médicale sur une personne détenue est strictement interdite par la loi. Elle a été finalement votée pour mettre fin aux abus subis par les prisonniers durant les décennies précédentes. Il est clair que la décision du JAP va directement peser sur le traitement dont je vais bénéficier ou ne pas bénéficier. S’ils ne me sortent pas, je n’aurai qu’un traitement a minima car les médecins resteront très prudents dans les posologies pour éviter un accident et, vu la lourdeur des effets secondaires, j’espère que le tribunal ne jouera pas la montre car, depuis un mois, je reste sans aucun traitement.

Que devient Jann-Marc, l’écrivain ? As-tu les moyens de poursuivre ton travail littéraire ?

Depuis ma réincarcération, début octobre de l’an passé, au mépris des lois et des règlements, je suis interdit d’ordinateur. Bientôt 9 mois ! Et rien n’indique qu’ils changeront d’idée. Malgré tout, j’avance dans mon travail. Plusieurs manuscrits sont prêts et j’ai d’autres projets en route.

Ta maladie te permettrait-elle de reprendre ta place au sein de l’équipe des éditions Agone ?

Si je sors, je ne sais pas si je pourrais bosser à Agone… Du moins durant les phases de traitement.

Paco - Le Mague, 18 juin 2009.


Après 3 mois d’hospitalisation Jean-Marc Rouillan est de retour à la prison des Baumettes, où il attend désormais une réponse à sa demande de suspension de peine pour raison médicale. Seule une sortie de prison lui permettrait en effet de bénéficier des soins particuliers dont il a besoin. Pour ceux et celles qui veulent le soutenir, vous pouvez lui écrire à cette adresse, en joignant des timbres à votre courrier pour qu’il puisse vous répondre :
Jean-Marc Rouillan
Numéro 147 575
Centre pénitentiaire des Baumettes
239 chemin de Morgiou, 13009 Marseille
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Mercredi 27 mai 2009

Le tribunal de l’application des peines de Paris avait accordé le 30 avril un régime de semi-liberté à Georges Cipriani, mais le procureur avait fait appel immédiatement de cette décision. Laudience en appel a été fixée au jeudi 25 juin à 13H30.

Régis Schleicher vient également dobtenir de ce même tribunal de lapplication des peines de Paris un régime de semi-liberté. Le parquet a possibilité de faire appel.

Pour Jann-Marc Rouillan, son avocat a déposé une demande de suspension de peine. Selon l
AFP, Me Chalanset a déclaré : «Ses médecins traitants dans lUHSI ont découvert quil était atteint du syndrome de Chester-Erdheim. Le traitement de cette maladie nécessite un placement hors de détention.»

Jann-Marc Rouillan était soigné depuis plusieurs semaines à Marseille dans une unité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI), structure de détention dans les hopitaux spécialement prévue pour les détenus. Il vient d
être retransféré à la prison des Baumettes.

En parallèle à cette demande de suspension de peine, la cour d
appel de Paris a jugé que malgré la révocation de sa semi-liberté, Jann-Marc Rouillan était en droit de demander à bénéficier dune libération conditionnelle. Une nouvelle audience est fixée au 26 novembre. De nombreux mois dattente pour permettre le passage au Centre national d’observation de Fresnes afin dobtenir lavis de la commission pluridisciplinaire chargée de statuer sur la «dangerosité» des condamnés à perpétuité demandant une libération.

Libérons Georges, 27 mai 2009.
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Jeudi 30 avril 2009

Ce jeudi 30 avril, le Tribunal d’application des peines de Paris, ayant compétence en matière de «terrorisme», a accordé à Georges Cipriani, militant d’Action directe, un aménagement de peine, après 22 ans de détention dans des conditions d’incarcération particulièrement difficiles.

Georges Cipriani sera sous le régime de la semi-liberté à partir du 19 mai, sous réserve de l’appel du Parquet, qui serait suspensif. Pendant un an, il sera autorisé à travailler à mi-temps et passera le reste du temps en prison. Comme pour sa camarade Nathalie Ménigon, cette semi-liberté devrait logiquement déboucher sur une libération conditionnelle.

Cette première décision favorable intervient au terme d’un traitement exceptionnellement long de sa demande de libération : Georges l’aura attendue près de 18 mois (le délai normal était de 6 mois) et aura subi en outre un transfert éprouvant au Centre national d’observation de Fresnes.

Georges Cipriani a franchi cette étape importante, à nous de rester vigilants et mobilisés jusqu’à sa libération.



Semi-liberté d’un an pour Cipriani, ancien d’Action directe

Le tribunal d’application des peines de Paris a accordé jeudi un régime de semi-liberté pour une durée dun an à Georges Cipriani, 59 ans, un ancien dAction Directe détenu depuis 1987, a-t-on appris auprès de son avocat, Me Jean-Louis Chalanset.

On ignorait dans un premier temps si le parquet, opposé à la mesure, comptait faire appel de la décision, ce qui aurait pour résultat de suspendre la mise en semi-liberté, mesure applicable à partir du 18 mai.

Georges Cipriani a été autorisé à travailler à mi-temps pour une ONG alimentaire dans la région de Strasbourg, proche de la centrale d
Ensisheim (Haut-Rhin) où il est actuellement détenu.

Il devra travailler le matin et rentrer alternativement à 14H00 et 16H00 en prison, selon le jugement, qui lui interdit par ailleurs la fréquentation des cafés, a précisé Me Chalanset.

Les deux premières demandes de cet ancien membre du groupe d
extrême gauche avaient été rejetées en 2005 et en 2007.

Selon Me Chalanset, lors de la dernière audience, le procureur s
était opposé à la semi-liberté en invoquant un risque de récidive et la crainte quil puisse «être instrumentalisé par des anarcho-autonomes».

En revanche, toujours selon l
avocat, le directeur de la centrale dEnsisheim y était favorable ainsi que le juge dapplication des peines.

Georges Cipriani, 59 ans, a été condamné deux fois à la perpétuité notamment pour les assassinats en 1987 du PDG de Renault Georges Besse et en 1985 de l
ingénieur général René Audran du ministère de la Défense, avec une période incompressible de 18 ans.

Après un séjour en hôpital psychiatrique pénitentiaire pendant l
été 1993, il a obtenu un CAP de pâtissier et poursuivi des études supérieures.

Leur presse (AFP), 30 avril.
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Mercredi 25 mars 2009

Alors que Jann-Marc Rouillan est toujours hospitalisé, les éditions Agone viennent de publier De Mémoire (2). Un ouvrage indispensable pour qui veut comprendre le cheminement de l’ancien militant d’Action directe.

Commencé durant l’automne 2005 à la Maison centrale de Lannemezan, poursuivi en 2008 dans les bureaux des éditions Agone où il était employé dans le cadre de sa semi-liberté et terminé, pour les raisons que l’on sait, au Centre de détention des Baumettes pendant l’hiver 2009, le dernier livre de Jann-Marc Rouillan est la suite directe et logique du précédent De Mémoire (1).

Après une fin d’adolescence tumultueuse, le jeune toulousain va être confronté à une réalité brutale. Celle de l’Espagne franquiste des années soixante-dix. De Mémoire (2) nous emmène à Barcelone en 1973. Propagandistes révolutionnaires maniant aussi bien la critique des armes que les armes de la critique, les guérilleros urbains du Mouvement ibérique de libération (MIL) naviguaient entre expropriations de banques et publications de brochures parfumées à la nitroglycérine. Avec un humour un peu potache, «ceux de Toulouse» ont appelé leur revue illégale CIA, pour Conspiration internationale anarchiste. Articles politiques et dessins détournés de Gotlib circulaient des deux côtés de la frontière.

Le MIL était une organisation armée créée en janvier 1971 par des groupes radicaux marxistes révolutionnaires barcelonais et des libertaires toulousains. À ce stade, pour les jeunes générations et pour les amnésiques, il n’est pas inutile de faire un point sur la situation d’alors. La répression et la torture frappaient les militants de gauche à travers le monde, notamment au Chili, en Argentine, en Bolivie… «Partout sur le continent sud-américain, les militaires fusillent les syndicalistes et assassinent les opposants communistes, rappelle Rouillan. Les récits de massacres alimentent les bulletins clandestins et les feuilles ronéotypées qu’on transporte sous nos blousons.» Quant à l’Espagne…

À 21 ans, Jean-Marc Rouillan, alias Sebas, alias Negrito, forme avec une poignée de militant-e-s le noyau d’une organisation traquée par les polices espagnole et française. Dans la bande, il y a un jeune catalan qui aurait pu concourir pour le prix de «gendre idéal», Salvador Puig Antich, le Medge. Au guidon d’une énorme moto trouvée dans un surplus de la Wehrmacht, cigare au bec, Puig avait des faux airs de Jean-Paul Belmondo dans L’Homme de Rio lors de sa première rencontre avec Rouillan. La différence avec le cinéma, c’est que les armes n’étaient pas chargées à blanc. «Le MIL se parfume à la poudre noire.»

Sebas et ses amis insoumis sont toujours bardés d’armes. Le 9 mm est à portée de main dès le petit-déjeuner. Les mitraillettes sont toujours prêtes. La nuit, une grenade dégoupillée est posée dans un verre derrière la porte d’entrée pour accueillir d’éventuels intrus. Le groupe a adopté les règles de la clandestinité : ne pas boire d’alcool, ne pas sortir la nuit, ne pas se coucher tard, éviter de frôler les inconnus pour ne pas qu’ils sentent la présence d’armes à feu sous les habits, conduire avec les vitres ouvertes pour mieux viser et éviter les projections de verre en cas de fusillade, cloisonnement, messages codés. «L’usage de la torture dans les commissariats et les casernes impose de camoufler les noms, les adresses, les contacts, les lieux de rendez-vous…»

Dans les moments calmes, en écoutant les Moody Blues ou Brigitte Fontaine, les jeunes de la «bande des Sten» lisent Jean Genet, Max Stirner, Wilhelm Reich, les mémoires de Nestor Makhno… ou une biographie de Francisco Sabate, el Quico. Sabate le «bandolero», militant de la CNT-FAI, ne déposa pas les armes en 1939. Avec son groupe, il continua la lutte armée contre Franco jusqu’au 5 janvier 1960 date où, à 45 ans, il tomba sous les balles de la garde civile espagnole.

Quico Sabate n’était pas «el ultimo guerrillero». Nourri par les récits des vieux illégalistes anarchos de la CNT, de la FAI, de la FIJL ou par ceux des vétérans des maquis communistes réfugiés à Toulouse, Rouillan marchait dans les pas des anciens activistes espagnols. «Le MIL brûle d’une flamme révolutionnaire ancienne…» Le souvenir des maquisards ne le quitte jamais. «On perpétue une promesse, celle du retour, qui fut scellée le poing dressé par des files de vaincus sur la frontière en février 1939», déclare Jann-Marc Rouillan. Par fidélité, par envie d’appartenir à la même épopée, les armes sont celles qu’utilisaient les anarchistes dans les tranchées d’Aragon, sur les barricades devant l’hôtel Colon et du central téléphonique de Barcelone. En déballant des armes enveloppées dans des journaux des années 50, les guérilleros ont également des pensées pour les amis de Quico qui ont mis à l’abri un joli stock. Les fils de la Retirada voulaient que l’histoire se perpétue et les perpétue.

L’écriture de Rouillan fredonne une musique méditerranéenne où cris et rires se mêlent. Des épisodes sont dignes des Pieds Nickelés. Comme l’explosion d’un WC dans une cache. Informés par de vieux espagnols qui eux-mêmes tenaient le tuyau de résistants qui terminaient leur carrière au commissariat central de Toulouse, Rouillan et ses amis apprirent qu’une de leurs bases allait être investie par les condés le lendemain. Selon les principes de la terre brûlée, les militants incinérèrent à pleines brassées des documents compromettants dans les toilettes. Éclatement de la cuvette, geyser et mollet d’un compagnon cisaillé par un éclat de faïence. «Trépasser de l’explosion d’un cacader ! Tu parles d’une gloire…»

Après la farce, le drame. En septembre 1973, la brigade anti-MIL a mis fin à l’épopée. Puig Antich tomba dans une souricière. Grièvement blessé à la mâchoire et à l’épaule, Salvador sera remis sur pied pour passer au supplice du garrote vil le 2 mars 1974. Le guérillero mit dix-huit longues minutes à mourir. Il fut le dernier prisonnier politique
garroté du franquisme. Parfois, les amis évoquaient le sort qui les attendait à plus ou moins brève échéance. «Qu’est-ce que tu gueuleras devant le peloton ?» demandait Puig à ses camarades. Lui, il voulait crier : «Vive l’anarchie !» parce que ça sonne plutôt bien.

Pour son engagement armé contre la dictature franquiste, en Espagne et en France, Jann-Marc Rouillan a été condamné à mort par un tribunal militaire en décembre 1973. Par contumace. Il a été amnistié le 14 mars 1977, mais il reste persona non grata à vie sur le territoire espagnol. Pour ses activités au sein d’Action directe, Rouillan a été condamné à vie. Comme nous l’avons récemment signalé sur Le Mague, l’auteur-éditeur semi-libéré depuis décembre 2007 pouvait légitimement compter sur une libération conditionnelle, mais il a été remis au trou le 4 octobre 2008. Depuis le 6 mars dernier, il survit dans l’Unité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI) de l’hôpital nord de Marseille du fait d’un défaut de soins au sein de la prison des Baumettes. «Je ne sortirai pas cette année, ni la prochaine, note Rouillan en conclusion à son livre. Les juges me reprochent la “permanence de ma conviction extrémiste et radicale”.»

En adhérant au NPA, il nous semble que Jean-Marc Rouillan a fait un grand pas vers sa «réinsertion politique». Ce n’est pas suffisant pour la «justice», les politiciens et les médias. Sans aucun fondement juridique, on veut voir Rouillan avancer à genoux sur le chemin des regrets avec une cagoule de pénitent enfoncée dans la gorge. Pour mémoire, disons que les innombrables crimes du très catholique Franco la muerte n’ont jamais été sanctionnés. La vieille charogne fasciste est morte à 83 ans, dans son lit, le 20 novembre 1975.

Jann-Marc Rouillan, De Mémoire (2), Le deuil de l’innocence : un jour de septembre 1973 à Barcelone, 173 pages, éditions Agone. 15€.
Paco - Le Mague, 24 mars 2009.
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Lundi 16 mars 2009
15 mars 1984 – 15 mars 2009 : 25 ans de captivité
Régis Schleicher est toujours en prison !

En prison, il y a une expression pour le décrire : «Il est sans cadavre». En prison, on a le sens du résumé factuel. Sans cadavre mais avec perpétuité, faut-il ajouter. Son nom, vous l’avez peut-être oublié, si vous l’avez jamais connu : Régis Schleicher, Action directe.

Entre militants et justice, le choc est frontal. Les premiers assument une responsabilité collective, et pourtant, ne discutent pas les faits, la seconde est censée s’attacher aux faits comme aux responsabilités individuelles. Disons que parfois, la justice cède à la tentation du lot, notamment en ce qui concerne les peines.

Ainsi donc, arrêté à 27 ans le 15 mars 1984 — il y a un quart de siècle — Régis Schleicher comparaît-il avec deux co-accusés en juin 1987 devant la cour d’assises spéciale pour y répondre de la fusillade de l’avenue Trudaine. Inutile de préciser que l’argumentaire ci-dessous n’est pas celui de l’intéressé, et ne l’a jamais été. Mais il est parfois bon de rappeler quelques faits élémentaires. En 1983, activistes italiens et français ont rendez-vous avenue Trudaine. Contrôle policier de routine, et en trois minutes, l’histoire du groupe bascule. Deux policiers viennent d’être tués, un troisième est grièvement blessé. Petit problème au procès, tout de même. Les nombreux témoignages, les expertises, tout indique qu’aucun des trois accusés présents n’a tiré.

Régis Schleicher, fils de syndicaliste, engagé très tôt dans l’extrême-gauche au moment où celle-ci se délite, se tait. En 1987, il est condamné une première fois à la réclusion criminelle à perpétuité, pour «complicité de tentative d’homicide», incrimination alambiquée, qui se décode : il en était, de toute façon. Quelques années plus tard, deux militants italiens sont jugés, dans leur pays, pour la fusillade Trudaine. Ils sont condamnés. L’un des deux, F.F., est depuis un certain temps en liberté. Un an plus tard, Régis Schleicher est condamné à la même peine pour sa participation à un braquage avenue de Villiers, qui a fait un mort, côté braqueurs. Cette fois, il s’agit de «tentative de meurtre».

Jamais Schleicher n’a dit un mot sur ses condamnations. Mais, puisqu’il est en train de battre tous les records de détention […], tout de même… C’est donc depuis sa cellule — il est alors, comme d’autres, abonné permanent des quartiers d’isolement des prisons — qu’il assiste à la suite, puis la fin d’Action directe, y compris les assassinats de Besse et Audran.

Lorsque s’achève sa période de sûreté, en 1999, il se trouve depuis de longues années à Clairvaux, la plus vieille des centrales françaises. Il présente en août 2000 un dossier de libération conditionnelle comme en rêvent les juges d’applications des peines.

Logement, examen du syndicat des correcteurs, qui s’engage par écrit à lui fournir du travail. Par trois fois recalé, il se joint en 2002 à une tentative d’évasion — soit deux portes explosées et dix minutes de sortie sur les toits : «J’éviterais ainsi l’inanité de constituer des projets de réinsertion dépourvus de sens», avait-il écrit au juge. En 2004, il se verra condamné à cinq années de prison supplémentaires ; un tarif plancher. Peut-être est-il apparu aux juges qu’en effet, les rejets absurdes et répétés de libération conditionnelle peuvent donner des envies de sauter les murs.

Régis Schleicher, côté média, est du genre taiseux. En 25 ans, il n’a guère répondu que deux fois à des questions écrites du Monde et de Libération, en 2005. Il vient alors de recevoir une quatrième décision du tribunal d’application des peines. Six pages enthousiastes, une expertise psy ravie de l’absence d’«impulsivité et instabilité» du sujet et un magistrat bucolique qui cite un extrait de lettre du détenu : «Vivre à la campagne, s’asseoir au bord de la rivière et regarder l’eau…» À croire que le TAP en a conçu un véritable attachement pour le prisonnier : il refuse une nouvelle fois de le libérer, puisqu’il a essayé de s’évader car on ne le libérait pas, si vous me suivez.

À Libération, Régis Schleicher fait une déclaration qui va lui coûter cher. «À vingt ans de distance, dit-il, force est de constater que l’hypothèse que nous défendions a failli. À moins d’obnubilation, de cécité intellectuelle et d’incapacité à comprendre le mouvement des choses, il convient d’accepter que le mouvement révolutionnaire et le mouvement social nous ont donné tort.» Puis : «De part et d’autre, la mort, le poids de l’absence, des existences brisées, la souffrance des proches. Le bilan humain est lourd. Dans tous les cas, la responsabilité des morts est la nôtre et dans “nôtre” il y a aussi mienne.» Il se réaffirme communiste.

Seul, parmi les intellectuels, Chris Marker aura relevé ces propos, qu’il cite en préface à la nouvelle édition du Fond de l’air est rouge : «Il est d’ailleurs incroyable que la seule autocritique intelligente et digne d’Action directe soit passée pratiquement inaperçue». Inaperçue, mais pas de tous. Pour nombre de «camarades», à commencer par ceux qu’on appelle les «quatre d’AD», Schleicher a trahi. Plus surprenant, il en va de même ou presque parmi ceux qui, tout en précisant d’entrée qu’ils condamnent les faits et gestes d’Action directe, demandent la libération des prisonniers.

Depuis, Régis Schleicher a publié un roman, Les Pacifiants [
Éditions Édite], présent au Salon du livre, en a écrit un second. Une femme l’attend. Il a un travail. Comme depuis dix ans…

«Pour lui comme pour d’autres», écrit Chris Marker, «le fond de l’air était, serait toujours rouge. Et le rouge toujours resterait au fond.»

Lorsqu’en novembre dernier Christian Klar, membre de la Raf, condamné pour son implication directe dans plusieurs meurtres, a été libéré, la justice allemande a déclaré qu’«un état de droit doit savoir renoncer à sa vengeance».

15 mars 2009, 25 ans pile, Régis Schleicher, qui a reçu un avis favorable à sa libération du Centre national d’orientation, est toujours détenu.

Bellaciao, 16 mars 2009.
Texte détourné de l’article de Dominique Conil
pour Mediapart, 28 novembre 2008.

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Lundi 9 mars 2009
Avec l’autorisation des éditions Agone, nous publions ci-dessous, précédé d’un bref commentaire de notre part, un large extrait de l’«Avant-propos de circonstance» du livre de Jean-Marc Rouillan à paraître le 17 mars 2009 : De mémoire (2) : Le deuil de l’innocence : un jour de septembre 1973 à Barcelone.

Que pense aujourd’hui Jean-Marc Rouillan des assassinats pour lesquels il a été condamné à deux reprises à la «réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 18 ans pour les faits de complicité d’assassinat» ? À dire vrai, nous ne le savons pas vraiment, et pour cause : il ne s’est jamais prononcé publiquement à ce propos parce que la Justice lui a interdit de le faire. Et qu’est-ce que chacun d’entre nous peut penser rationnellement, non de ses actes passés, mais du jugement que Jean-Marc Rouillan porte sur eux désormais ? Presque rien, pour la même raison.
Ce que nous savons, en revanche, c’est que de très nombreux médias ont condamné les propos que Jean-Marc Rouillan n’a pas tenus ; et que la justice a fait de même, en annulant la «libération en semi-liberté» dont il bénéficiait. Ce que nous savons aussi, c’est qu’aucun nouveau dossier de semi-liberté ne peut être présenté avant deux ans, alors que l’état de santé du condamné s’est aggravé [Lire sur le site des éditons Agone : «Rouillan bientôt lui aussi victime des “éliminatoriums de la République” ?» et, plus précisément, sur le site de cette publication, l’entretien accordé au magazine Le Mague : «Qui veut la peau de Jean-Marc Rouillan ?»]. Il a été hopitalisé le 7 mars.
Certes, ce ne sont pas les médias qui ont prononcé la sentence, mais ils ont contribué à rédiger l’acte d’accusation. Et désormais, ils se taisent…
Acrimed, 9 mars 2009
Observatoire des médias.

«Avant-propos de circonstance» (extrait)

[…] Durant ses vingt-cinq années d’incarcération, Jean-Marc Rouillan connut onze ans de quartiers de haute sécurité ou d’isolement ; puis les centrales de Lannemezan et d’Arles, où il a écrit tous ses livres [
À commencer par Je hais les matins (Denoël, 2001), alors qu’il était bibliothécaire bénévole (lire l’entretien paru dans Livres Hebdo le 5 décembre 2008) ; puis, par ordre d’édition : Paul des Épinettes, ou La Myxomatose panoptique (L’Insomniaque & Agnès Viénot, 2002) ; Le Roman du Gluck (L’Esprit frappeur, 2003) ; Lettre à Jules, suivi de Voyages extraordinaires des enfants de l’Extérieur (Agone, 2004) ; La Part des loups (Agone, 2005) ; Le Capital humain (L’Arganier, 2007) ; De mémoire I. Les jours du début : un automne 1970 à Toulouse (Agone, 2007) ; Chroniques carcérales (Agone, 2008)], dont le dernier ­rassemble quatre ans de chroniques sur son quotidien ­carcéral, initialement parues dans le mensuel de critique sociale CQFD (Marseille).

Le 6 décembre 2007, Jean-Marc Rouillan obtient une «libération en semi-liberté» subordonnée, parmi d’autres obligations de «bonne conduite», à celle de «s’abstenir de toute intervention publique relative à l’infraction commise [
Arrêt du 4 décembre 2008 de la cour d’appel de Paris]».

Les éditions Agone engagent Jean-Marc Rouillan, le 17 décembre [
Sur l’accueil plein de tact et d’attentions organisé par la presse ce jour-là toute la journée en meute sous nos fenêtres, lire «Jann-Marc Rouillan raconte sa liberté», CQFD, no 52, 15 janvier 2008 ; «Jean-Marc Rouillan séquestré par les matons de la presse», Le Plan B, no 12, février 2008], dans le cadre du régime de semi-liberté : du lundi au vendredi, il quittait le centre de détention de Marseille (les Baumettes) à 7 heures pour se rendre dans nos bureaux et il rentrait à 19 heures en prison, où il ­passait ses week-ends. Il a participé, entre autres tâches, à la finalisation de plusieurs titres, dont le dernier est une ­ traduction du catalan consacrée aux Derniers Exilés de Pinochet [Xavier Montanyà, Les Derniers Exilés de Pinochet. Des luttes clandestines à la transition démocratique, trad. du catalan par Lluna Llecha Llop, Agone, 2009. Ce travail d’éditeur avait déjà commencé durant la préparation du dossier de libération conditionnelle, avec notamment l’édition des livres de Jean Pierre Levaray, Putain d’usine, suivi de Après la catastrophe et de Plan social (Agone, 2005) ; et Marcel Durand, Grain de sable sous le capot. Résistance & contre-culture ouvrière : les chaînes de montage de Peugeot (1972-2003), préface de Michel Pialoux (Agone, 2006).]

À l’occasion de la parution du recueil de ses Chroniques carcérales, une conférence de presse avait été autorisée par le juge d’application des peines «anti-terroriste», dans les locaux d’Agone, le 21 janvier 2008 à 10 heures, du moment qu’elle se limitait à la presse écrite : ni radio ni télévision [
Cette conférence de presse a débouché sur la parution d’articles — notamment dans Libération, Le Monde et La Provence].

Furent ensuite inlassablement refusées à Jean-Marc Rouillan toute intervention en librairie (sur quelque thème que ce soit) ou dans tout lieu public (sur quelque territoire que ce soit). Quant à l’aménagement de son temps libre en dehors des horaires de travail (9 heures - 17 heures), Jean-Marc Rouillan a bénéficié, en tout et pour tout, de quelques soirées consacrées à des réunions éditoriales et de deux permissions dominicales.

Entre janvier et septembre 2008, des entretiens et comptes rendus de ses livres paraissent régulièrement, surtout dans la presse militante [
Signalons des interventions sur (…) et CQFD ; également deux interviews dans la presse officielle espagnole. (…)] ; non que tous les médias officiels (y compris la télévision) ne nous aient pas transmis régulièrement des demandes d’interviews, mais à chaque rappel de notre part des conditions de l’exercice — Jean-Marc Rouillan doit «s’abstenir de toute intervention publique relative à l’infraction commise» —, les demandeurs n’étaient plus intéressés «pour le moment»…

Courant septembre 2008, Jean-Marc Rouillan accorde deux interviews : l’une au correspondant de Libération à Marseille — qui paraîtra, dans des conditions normales, sous le titre «J’assume totalement mon passé mais je n’incite pas à la violence» [
Propos recueillis par Michel Henry, Libération, 2 octobre 2008. Sur les conditions de parution des deux entretiens, lire également «Rouillan : la chasse au scoop», Michel Henry, Libération, vendredi, 3 octobre 2008.] ; l’autre à un apprenti ­journaliste qui s’est d’abord présenté à lui comme correspondant du Monde, et fera finalement paraître son entretien dans L’Express du 2 octobre — après les refus du Monde, du Monde 2, du Journal du dimanche et du Nouvel Observateur.

De ce dialogue qui revient surtout sur ses engagements politiques aujourd’hui, on ne retiendra qu’une question : «Regrettez-vous les actes d’Action directe, notamment cet assassinat [de Georges Besse] ?», à laquelle Jean-Marc Rouillan a répondu : «Je n’ai pas le droit de m’exprimer là-dessus… Mais le fait que je ne m’exprime pas est une réponse. Car il est évident que, si je crachais sur tout ce qu’on avait fait, je pourrais m’exprimer. Par cette obligation de silence on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique.»

L’Express met son «scoop» en ligne le 1er octobre à 8 heures [
En réponse au premier tchateur, qui accuse le pigiste de L’Express d’avoir «piégé» Rouillan en lui posant une question dont il savait parfaitement qu’elle faisait l’objet d’une «interdiction légale», rétorque notamment que Rouillan est «assez grand pour dire ce qu’il a à dire et en assumer, lui, les conséquences» ; pour conclure : «C’est de maternelle [qu’il] devrait sortir, pas de prison.»]. À midi, une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) relaie les propos de François Hollande sur Europe 1, qui se dit «choqué que Jean-Marc Rouillan n’ait aucun élément de regret, de contrition par rapport à ce qui s’est fait, l’assassinat [de l’ancien patron de Renault Georges Besse]» [Sans entrer dans le détail des fines tactiques politiciennes de cette déclaration, disons simplement que l’intention de Jean-Marc Rouillan d’intégrer le «Nouveau parti anticapitaliste» (NPA) que projette de faire émerger la LCR donnait l’occasion au PS de diaboliser la concurrence. On peut penser par ailleurs qu’il s’agit là de l’opinion officielle du PS, puisque, le dimanche 20 octobre, Ségolène Royal jugeait (sur Canal +) qu’il n’y avait «aucune hésitation à avoir […] : évidemment qu’il fallait renvoyer Jean-Marc Rouillan en prison puisqu’il a continué à prôner la lutte armée [et que] ses propos sont sans ambiguïté». (Sur les liens entre la condamnation de Jean-Marc Rouillan, son engagement dans le NPA et le rôle du PS en contexte de crise financière où «l’effondrement des certitudes libérales [accompagnaient] les entreprises de délégitimation de toute tentation de contestation radicale», lire «Action directe : justice sans fin», Le Monde diplomatique, 29 octobre 2009 ; sur l’instrumentalisation par la presse de l’engagement de Jean-Marc Rouillan dans le NPA, lire Marie-Anne Boutoleau, «Jean-Marc Rouillan et le NPA : CQFD plagié, l’information malmenée», Acrimed, 7 juillet 2008.)] ; l’AFP précisant que, «dans une interview à L’Express à paraître jeudi, Jean-Marc Rouillan laisse entendre qu’il ne nourrit aucun regret pour l’assassinat de Georges Besse».

Six heures plus tard, sous le titre «Rouillan risque le retour en prison pour son apparent manque de remords», l’AFP relaie cette fois le parquet, qui a demandé la révocation de la semi-liberté : «M. Rouillan a enfreint dans cette interview une des obligations qui pesaient sur lui, celle de s’abstenir de toute intervention publique relative aux infractions pour lesquelles il a été condamné»  ; l’AFP ajoutant son propre commentaire, selon lequel Jean-Marc Rouillan a «laissé deviner son absence de remords».

Le ton et l’interprétation sont donnés : une bonne part de la presse suivra, de La Croix au Figaro, à L’Humanité, Sud-Ouest, etc., en général mot pour mot [
Une divergence notable sous la plume de Michel Henry, qui, lui, ne cherche pas plus à extorquer qu’à tordre des propos, mais simplement les rapporte, en compagnie de quelques faits («Rouillan, le poids de ses mots, le choc de ses propos. Justice. L’ancien d’Action directe risque de perdre sa semi-liberté à cause d’une interview», Libération, 2 octobre 2008). Une tenue de courte durée pour le quotidien parisien, Matthieu Écoiffier entonnant deux jours plus tard la même ritournelle que la «justice anti-terroriste» et le reste de la presse officielle.] ; parfois avec un zèle humanitaire, comme sur RTL : «Rouillan ne demande qu’à retourner en prison ! [Propos d’Alain-Gérard Slama, qui poursuit : «Il ne doit pas avoir encore beaucoup de capacités intellectuelles, le pauvre bonhomme !» (RTL, «On refait le monde», 1er octobre 2008) ; lire «RTL remet Rouillan en prison», Le Plan B, no 16, décembre 2008.]»

Le jour même, le juge d’application des peines de Paris «compétent en matière de terrorisme» rendait son «ordonnance suspendant la mesure de semi-liberté» de Jean-Marc Rouillan pour avoir «profondément troublé l’ordre public» et afin «d’éviter tout contact avec les médias» [
On peut se demander si le juge d’application des peines n’est pas allé au plus simple en faisant peser sur le seul interviewé toute la charge du «désordre public», s’il n’aurait pas été plus efficace, dans la «défense des droits des victimes», dont l’État semble, dans cette affaire, si soucieux, de mettre plutôt derrière les barreaux le principal acteur du désordre : la presse]. Deux semaines plus tard, le 16 octobre, le régime de semi-liberté était révoqué par le tribunal de l’application des peines, «considérant que les propos de M. Rouillan sont l’expression de l’opinion de leur auteur sur les crimes commis par le groupe terroriste auquel il appartenait et pour lesquels il a été jugé et condamné et constituent une violation de l’obligation de sa semi-liberté [Arrêt du 4 décembre 2008 de la cour d’appel de Paris]».

Ces «trois semaines depuis lesquelles l’ancien terroriste d’Action directe a été réincarcéré pour des propos qu’il n’a pas tenus» — pour reprendre une formule de simple bon sens [
Pierre Marcelle, «César-Alexandre-Napoléon Sarkozy», Libération, 17 octobre 2008] — ont donné l’occasion à de nombreux plumitifs d’envergures diverses de s’afficher dans les médias, grands et petits, pour livrer leurs opinions, plus ou moins autorisées, sur les effets de quelques mots mis en scène par les mêmes médias [Rendre compte de toute la palette de sentiments humains que cette «question» donna l’occasion d’illustrer prendrait trop de place, mais on doit rendre hommage à la hauteur de vue et au discernement de Jacques Julliard : louant le «chef d’une entreprise nationalisée, Georges Besse, qui par son courage et sa rigueur morale honorait et servait la France», l’éditorialiste a demandé «Des excuses, vite…» dans Le Nouvel Observateur du 9 octobre 2008]. En pleine crise financière, certains ne perdaient ainsi pas le sens de leurs investissements moraux et des profits qu’on peut en espérer à la corbeille médiatique.

Ces trois semaines ont surtout montré l’efficacité de la machinerie journalistique pour faire croire au plus grand nombre que quelqu’un avait dit une chose qu’il n’avait pas dite. Car Jean-Marc Rouillan n’a jamais déclaré qu’il ne regrettait pas son passé mais qu’il ne serait autoriser à en parler que pour l’abjurer, et rien d’autre. Pourtant, en deux jours de rumeur médiatique, il commence par «laisser entendre qu’il ne nourrit aucun regret pour l’assassinat de Georges Besse» (AFP), puis il n’a «pas de regrets, pas de remords, pas même le début du commencement d’un doute» (Le Figaro) ; enfin ce «terroriste non repenti» qui, pour La Croix, «n’a fait état d’aucun remords» devient, pour LCI, un «assassin sans regrets» [
AFP et LCI, 1er octobre 2008 ; Le Figaro et La Croix, 2 octobre 2008].

On n’a pas lésiné sur les moyens mis en œuvre dans l’«exercice de la preuve», fabriquant de l’émotion à grands coups de sons et d’images d’archives pour développer ce «trouble de l’ordre public» que la justice se devait de faire cesser par une nouvelle condamnation — si on en croyait les responsables politiques et médiatiques.

Enfin la cour d’appel, en audience le 27 novembre, arrêt prononcé le 4 décembre, a tranché comme suit : «Considérant que M. Rouillan a exprimé une opinion sur les faits pour lesquels il a été condamné, fût-ce avec ­ambiguïté que le commentaire, d’ordre plus général dont il a complété ses propos concernant l’impossibilité de tirer de l’expérience un vrai bilan critique, n’a pas levée […] ; qu’en tout état de cause, la réponse de M. Rouillan à la question précise du journaliste [
Les attendus de l’appel précisent que le zélé et prévenant apprenti ­journaliste a «indiqué dans un courrier» à la cour que «M. Rouillan ne lui a pas demandé de supprimer cette partie de l’entretien»] ne peut apparaître aux victimes de cet acte, protégées au premier chef par l’interdiction transgressée, que comme l’expression publique de son opinion sur les crimes commis ; que les propos de M. Rouillan constituent une violation de l’obligation de la semi-liberté qui lui avait été accordée pour une durée d’un an à compter du 17 décembre 2007 ; qu’il convient de confirmer le jugement du tribunal de l’application des peines qui a prononcé le retrait de la mesure [Arrêt du 4 décembre 2008 de la cour d’appel de Paris]

Voilà un exposé des faits qui fournit quelques éléments de comparaison sur la palette des raisons qu’au cours de la vie d’un même individu l’État invoque pour l’envoyer derrière les barreaux ; et sur le rôle des médias dans ce processus. On pourrait aller plus loin dans la comparaison en regardant le traitement par nos justices des crimes politiques selon que l’État et les multinationales en sont les cibles ou les commanditaires [
Pour l’ensemble des exemples cités et quelques autres, lire Jean-Marc Rouillan et Thierry Discepolo, «On dit bien que la justice est aveugle», texte daté d’avril 2007, remis en ligne en octobre 2008 sur le site «Les mots sont importants»]. Mais cela nous mènerait trop loin : on verrait reparaître les fantômes de Maurice Papon et de quelques grands patrons condamnés pour collaboration (comme ceux de Michelin et de L’Oréal ou des principales banques) toujours en poste après la Libération. Si on allait regarder en Allemagne et Amérique du Sud, on verrait d’importants responsables du régime nazi finissant paisiblement leur vie. Puis on réaliserait qu’au Chili les militaires de la junte de Pinochet vieillissent en paix pendant que des militants ayant lutté contre ce régime sont toujours interdits de retour malgré la «transition démocratique» [C’est le sujet du livre déjà cité de Xavier Montanyà sur Les Derniers Exilés de Pinochet]. On croiserait aussi les officiers bien vivants de l’OAS, qui, après une série d’amnisties, bénéficient désormais — grâce à l’article 13 de la loi du 23 février 2005 — d’une indemnisation pour compenser l’absence de leurs cotisations de retraite durant leur exil forcé ou leur emprisonnement. On ne s’arrêterait plus ! […]

Les éditeurs
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Lundi 9 mars 2009

Jean-Marc Rouillan est hospitalisé depuis le 6 mars dans l’Unité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI), au sein de l’hôpital Nord de Marseille, sans doute pour une pneumopathie.

La très nette dégradation de son état de santé, si elle avait alarmé ses proches depuis plusieurs semaines, n’avait pas été sérieusement prise en compte par la direction de la prison des Baumettes. Les réponses médicales apportées par celle-ci à ses douleurs et à ses troubles furent de toute évidence insuffisantes. En l’absence de tout diagnostic sérieux, ces soins ne pouvaient en aucun cas empêcher l’aggravation de sa maladie, voire ils ont pu masquer le développement d’une pneumopathie. En réalité, son état exigeait une hospitalisation immédiate dans un service disposant de moyens diagnostiques et thérapeutiques correspondant à la gravité et à l
urgence de son cas.

Il a fallu une intervention de l’extérieur pour que l’administration accepte enfin, sous la pression, de le transférer à l’hôpital. Un ami médecin qui avait pu l’examiner avait en effet adressé à l’autorité pénitentiaire un certificat établissant que son maintien dans ces conditions de détention mettait la vie de Jean-Marc Rouillan en danger.

Notre alarme était donc fondée. Comme nous l’avons développé dans notre précédent communiqué («Situation alarmante de Jean-Marc Rouillan, poursuite de l’acharnement judiciaire contre Georges Cipriani»), ces événements auront une fois de plus révélé la violence exercée contre les militants révolutionnaires emprisonnés et la nécessité de rester vigilants pour les défendre face à la vengeance infinie de l’État.

Libération immédiate de Jean-Marc Rouillan !

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Dimanche 8 mars 2009
Situation alarmante de Jean-Marc Rouillan

Le 4 février 2009, le tribunal de l’application des peines de Paris rejetait la demande de libération conditionnelle de Jean-Marc Rouillan, jugeant cette requête «illégale» sous prétexte qu’il n’avait pas effectué une année complète de semi-liberté. Alors que c’est cette même justice «antiterroriste» qui avait décidé le 16 octobre dernier d’interrompre sa semi-liberté pour le remettre en prison à temps complet.

De fait, Jean-Marc Rouillan a été une fois de plus l’objet d’une décision d’exception rendue par une justice d’exception, «la dernière création de la justice antiterroriste : le juge d’application des peines antiterroriste» (communiqué du Syndicat de la magistrature du 27 novembre 2008). Et pourquoi ? Pour une interprétation tendancieuse de trois lignes extraites d’une interview à L’Express.

Il a ainsi entamé sa vingt-deuxième année de prison et les délais avant d’obtenir un nouvel aménagement de peine sont des plus aléatoires, à la lumière de ce que subissent aujourd’hui les prisonniers politiques : ils peuvent se compter en années de prison supplémentaires.

Cela témoigne de l’acharnement de l
État contre un militant révolutionnaire qui, avec ses camarades, a résisté à l’anéantissement durant ces longues années d’emprisonnement, marquées par l’isolement et des conditions très dures de détention. En dépit du chantage au reniement, il n’a jamais accepté de trahir son engagement. C’est ainsi qu’il a pu préserver son identité de militant. Et au moment où Jean-Marc Rouillan devait selon la loi retrouver la liberté, l’État prétend lui interdire de sexprimer publiquement et de sengager dans un parti politique légal.

Il n’y a en réalité aucun fondement juridique à lui imposer aujourd
hui un chantage aux regrets, alors que ceux-ci nont pu être exigés de lui pour le placer en semi-liberté. La notion de repentance nexiste pas en droit français. Mais un dispositif légal exceptionnel, mis en place au nom d’une idéologie sécuritaire qui connaît un développement sans précédent, a entraîné ces derniers temps un net durcissement de la situation des prisonniers politiques révolutionnaires. Ils sont les premiers visés par ces mesures préventives à l’égard des conflits sociaux qui surgiront inévitablement au cours de la crise économique.

Aujourd’hui, Jean-Marc Rouillan subit des conditions de détention d’une grande violence : dans une incertitude totale sur son sort, il n’a toujours pas été transféré en centrale, mais reste enfermé à la maison d’arrêt des Baumettes, où les parloirs et la communication avec l’extérieur sont très limités. Il n’a plus d’ordinateur, comme si l’administration pénitentiaire tentait de le briser en lui interdisant l’écriture, son instrument de résistance à la destruction carcérale. Et de récentes nouvelles nous alarment : depuis la mi-février, Jean-Marc a vu son état de santé se dégrader, sans que la direction de la prison ne prenne en compte l’urgence de sa situation. Des pressions de l’extérieur ont été nécessaires pour que celle-ci commence à apporter les réponses médicales exigées par ses douleurs et ses troubles.

Jean-Marc Rouillan ne doit pas rester otage de l’État.
Il doit être libéré !



Poursuite de l’acharnement judiciaire contre Georges Cipriani

La vengeance infinie de l’État, la mort lente en prison, est-ce le sort réservé à un autre prisonnier révolutionnaire, Georges Cipriani ?

À Ensisheim, en effet, Georges Cipriani vient d’entrer dans sa vingt-deuxième année d’incarcération. Condamné lui aussi à perpétuité par une cour d’assise spéciale pour des actions armées revendiquées par son organisation, Action directe, il est libérable depuis quatre ans, puisque sa peine de sûreté de dix-huit ans s’est terminée en 2005.

Georges Cipriani avait déposé une demande de libération conditionnelle en novembre 2007. Il vient enfin d’apprendre qu’elle sera examinée le 7 avril, alors qu’elle aurait dû l’être au plus tard en mai 2008. Il aura ainsi subi une année supplémentaire en prison, alors que son dossier répond à toutes les exigences d’une décision favorable et aurait déjà dû lui permettre d’obtenir un aménagement de peine, sous la forme d’un placement en semi-liberté.

Mais la loi Dati, dite «sur la rétention de sûreté», a encore allongé la procédure spéciale jusqu’alors en vigueur. Adoptée le 25 février 2008, s’appliquant de manière rétroactive aux condamnés à perpétuité en dépit de la censure partielle du Conseil constitutionnel, c’est une nouvelle loi d’exception, utilisée en premier lieu, comme les autres lois d’exception avant elle, contre les militants révolutionnaires, comme Régis Schleicher, Georges Abdallah, des prisonniers politiques basques et Georges Cipriani.

En juillet-août 2008, celui-ci a donc été transféré pendant six semaines au Centre national d’observation (CNO) de la maison d’arrêt de Fresnes, dans des conditions très éprouvantes. Il y a été soumis à toute une série d’entretiens et a dû subir deux expertises psychiatriques afin notamment «d’analyser les dispositions de la personnalité du condamné dans les registres de l’intelligence, l’affectivité et la sociabilité et d’apprécier les dimensions pathologiques éventuelles, [ou] apprécier l’état de dangerosité actuelle du détenu».

L’avis de la Commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté, dont le juge d’application des peines antiterroriste devra tenir compte dans sa décision pour la libération conditionnelle, vient tout juste d’être notifié à Georges Cipriani. Il est négatif. En fait, les arguments des experts se contredisent entre eux, s’appuient sur une chronologie erronée et visent à déconsidérer le combat que mène Georges Cipriani avec tous les moyens à sa disposition et toute sa force de militant pour sa libération.

Cet avis négatif révèle que l’État instrumentalise le CNO et la Commission pour durcir encore plus sa logique répressive. Il les utilise pour vider de son contenu politique toute activité militante de lutte, pour individualiser la répression d’actions collectives et psychiatriser l’opposition au pouvoir. Or, les prisonniers révolutionnaires ont toujours refusé la psychiatrisation de leurs actes politiques et collectivement assumé — contre toute individualisation — la responsabilité des actions revendiquées par leur organisation.

Georges Cipriani ne doit pas rester otage de l’État.
Il doit être libéré !


Le Collectif «Ne laissons pas faire !», le 7 mars 2009.


Rouillan hospitalisé à Marseille

Le cofondateur dAction directe (AD) Jean-Marc Rouillan, incarcéré à la prison des Baumettes à Marseille, est hospitalisé depuis vendredi, a-t-on appris aujourdhui auprès de son avocat et de ladministration pénitentiaire.

«J
ai été alerté il y a quatre, cinq jours quil était très malade depuis trois semaines, un de ses amis, médecin, la vu jeudi et a constaté quil était très faible, quil avait perdu plusieurs kilos», a déclaré à lAFP son avocat, Me Jean-Louis Chalancet.

«Vendredi, il a été transféré à l
hôpital Nord, il souffrirait dune pneumopathie», a-t-il ajouté, mettant en cause lattitude de ladministration pénitentiaire qui naurait, selon lui, pas pris la mesure de la maladie de son client qui naurait pas été soigné.

«Vendredi, Jean-Marc Rouillan a été transféré à l
hôpital Nord pour des examens médicaux. Depuis, les médecins lont placé en observation, au sein de lUnité hospitalière sécurisée interrégionale (UHSI) de Marseille», a-t-on confirmé de source pénitentiaire.

Début février, le tribunal de l
application des peines de Paris, seul compétent en matière de terrorisme, avait rejeté une demande de libération conditionnelle de M. Rouillan qui, à la suite dune interview controversée au magazine LExpress sétait vu retirer en octobre 2008 la semi-liberté dont il bénéficiait depuis décembre 2007.

Presse jaune (AFP), 8 mars 2009 (19h29).
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Jeudi 5 mars 2009

À quelques jours de la sortie de la suite des «mémoires» de Jann-Marc Rouillan, nous avons voulu poser quelques questions aux éditions Agone qui ont perdu, en octobre 2008, leur plus célèbre collaborateur. On se souvient que la semi-liberté de Rouillan a été suspendue suite à un faux scoop de L’Express… Aujourd’hui, ses proches s’alarment pour sa santé.

Le 17 mars, les éditions Agone vont faire paraître De mémoire (2), un nouveau titre de l’écrivain Jann-Marc Rouillan. Comme nous l’avions fait pour De mémoire (1), nous commenterons prochainement ce témoignage de l’engagement de Rouillan contre la dictature de l’Espagne franquiste.

Pour l’heure, une autre préoccupation nous anime. Elle concerne la situation de l’ex-militant d’Action directe Jean-Marc Rouillan, 56 ans. Petit flash-back. Entre décembre 2007 et octobre 2008, ayant obtenu un régime de semi-liberté au bout de vingt-cinq années de détention (dont onze ans de QHS), Jean-Marc Rouillan a travaillé à Marseille au sein de la maison d’édition Agone. Éditeur le jour, taulard la nuit et les week-ends, Rouillan, louchait vers une libération en bonne et due forme.

C’était compter sans une interview parue dans le magazine L’Express du 2 octobre 2008. Alors que Rouillan avait déjà donné, sans souci particulier, des interviews, notamment au Mague, à CQFD et à des journaux espagnols ; alors que le quotidien Libération sortait ce même 2 octobre une interview dans des conditions normales, le faux scoop de L’Express (et le fait que de nombreux commentateurs politico-flico-médiatiques se sont arrangés pour lui faire dire ce qu’il n’avait pas dit) est venu ratiboiser tout espoir de retour à une vie militante ordinaire.

Le 4 octobre 2008, Jean-Marc Rouillan a été réincarcéré à plein temps à la prison des Baumettes, à Marseille. Le 4 février dernier, il a vu le tribunal de l’application des peines de Paris rejeter sa demande de libération conditionnelle. Selon le régime applicable aux condamnés à perpétuité, il faut en effet, au minimum, un an de semi-liberté pour prétendre à une libération conditionnelle. Dans une logique ubuesque, suite à son retour express en prison, Rouillan ne remplit plus les conditions légales pour que sa requête soit examinée rapidement. Le rejet repousse la possibilité d’un nouvel aménagement de peine à la saint Glinglin. Il devra attendre que deux ans passent. Au minimum…

La loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté n’est pas faite pour accélérer les choses. Elle précise que toute nouvelle demande de libération conditionnelle doit être précédée d’un séjour de six semaines au Centre national d’observation (CNO) de Fresnes. Là, des psychiatres sont chargés de doser le degré de dangerosité du condamné avant de rendre un avis aux juges. Une démarche qui peut prendre de très longs mois. À titre d’exemple, citons le cas de Georges Cipriani, autre ancien membre d’Action directe condamné pour les mêmes faits. Sa demande de semi-liberté, déposée fin 2007, n’a toujours pas été examinée. Aucune date n’est fixée par le tribunal de l’application des peines alors que son passage au CNO remonte à l’été 2008.

Ce n’est pas une nouveauté. La «justice antiterroriste» est à la justice ce que la musique militaire est à la musique. La vengeance de l’État est d’une férocité sans borne. Jean-Marc Rouillan, malade, sera-t-il la prochaine victime des «éliminatoriums de la République» qu’il dénonçait dans Lettre à Jules ?


Avez-vous des nouvelles récentes de Jean-Marc ? Comment supporte-t-il les suites de cette interview à L’Express ?
Après une période de communication régulière (il nous téléphone chaque matin depuis fin octobre après trois semaines d’isolement) et quelques visites de parloir depuis l’automne, le début de l’année fut assez difficile. On a constaté la détérioration brutale de sa santé lors de notre dernière rencontre, le 20 février. Nous avons aussitôt écrit au directeur de la maison d’arrêt, lui signalant notre inquiétude, notamment de l’absence de soins. Jean-Marc n’a plus été capable de se déplacer pour nous téléphoner pendant toute la dernière semaine de février. Nous avons appris qu’il avait dû rester alité et que la réponse médicale se limitait à la prise d’anti-inflammatoires. Il nous a enfin fait part hier de son état, non sans inquiétude : fiévreux, souffrant de douleurs articulaires et musculaires, perdant du poids, incapable de fixer son attention (de lire ni d’écrire) et ayant de plus en plus de difficultés à se déplacer. Cet état a alarmé un ami médecin qui lui a rendu visite ce mercredi 4 mars. Celui-ci a transmis au directeur des Baumettes une demande d’hospitalisation d’urgence. Enfin, l’avocat de Jean-Marc est informé de la situation et a déjà commencé les demandes nécessaires aussi bien du côté médical que pour son transfert en centrale — ce que Jean-Marc demande depuis des mois.

Rouillan est toujours à la maison d’arrêt des Baumettes alors qu’il ne devrait plus y être. Ça se traduit comment au quotidien pour sa santé, son travail, ses relations avec l’extérieur ?
Pour ce qu’on en sait, tout condamné à une longue peine doit la purger dans une centrale, où les conditions de détention sont aménagées. De fait très différentes de celles dont il bénéficie dans la maison d’arrêt des Baumettes (surpopulation, sous-équipement, etc.). Signalons qu’il n’a plus d’ordinateur (quand on sait l’importance de l’écriture chez lui comme instrument de résistance au quotidien carcéral), les parloirs sont plus courts (d’une demi-heure au lieu de trois heures), etc.

Quoi de neuf depuis l’adhésion de Rouillan au Nouveau parti anticapitaliste (NPA) ? Comment réagissent ses nouveaux camarades ? Et ses anciens ?
Nous en savons peu du côté de son engagement au NPA, sinon que Jean-Marc nous a dit recevoir une abondante correspondance des jeunes militants, tandis qu’il reste en contact avec les anciens dirigeants de la LCR. Quant aux proches de toujours, pour ceux qu’on connaît, rien d’essentiel n’a changé.

Du fait des dernières péripéties «antiterroristes», De mémoire (2) sort dans quelques jours avec un peu de retard sur les prévisions. Y aura-t-il des De mémoire 3, 4… ?
Pour les péripéties (c’est-à-dire la remise à l’ombre de l’auteur et les difficultés de communication), on devrait plutôt en qualifier l’origine de «médiatico-policière»… Car sans la presse officielle, pas de «faute», donc pas de sanction. Quant à la suite des «Mémoires», tout dépendra d’abord de son état de santé et des conditions qui lui seront faites (sans ordinateur, ça va être difficile).

Le même jour que De mémoire (2) sortira un livre de Xavier Montanyà, Les Derniers exilés de Pinochet. Rouillan a travaillé sur ce livre. En quoi ?
D’abord l’accompagnement de la traduction et les relations avec l’auteur. Ensuite le montage d’un appareil de notes et annexes. Enfin des recherches iconographiques. Sa réincarcération soudaine a mis un certain désordre dans la finalisation de l’ouvrage que nous avons dû boucler sans lui.

Comment voyez-vous l’avenir de votre collègue ? Que faut-il faire pour le soutenir ?
Nous espérons déjà que les différentes procédures en cours vont aboutir avant qu’il ne soit trop tard. Car la situation est alarmante : ses conditions de détention mettent désormais sa vie en danger. À notre niveau enfin, garder le contact avec lui, ne pas le laisser seul, et qu’il le sache, nous paraît l’urgence du moment.


Pour lui montrer qu’il existe encore des êtres humains, écrivez à Jean-Marc Rouillan numéro d’écrou 147575, centre pénitentiaire de Marseille, 239 chemin de Morgiou, 13404 Marseille cedex 20.

Pour répondre par avance aux imbécillités qui ne manqueront pas d’être dites ou écrites, je vous invite à lire On dit bien que la justice est aveugle, un texte écrit en octobre 2008 par Jean-Marc Rouillan et un membre des éditions Agone, Thierry Discepolo. On mesure la différence de traitement qu’il y a toujours eu entre l’impunité de certains nazis, collabos et tortionnaires (à qui l’on n’a jamais demandé excuses ou remords) et la répression qui s’abat sur les militants révolutionnaires.

Paco - Le Mague, 4 mars 2009.
 
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Mercredi 25 février 2009

Une centaine de personnes se sont rassemblées devant la prison d’Ensisheim pour demander la libération de Georges Cipriani et des autres prisonniers d’Action directe.

Cette année un collectif s’est mis en place pour l’organisation de cette manifestation, voulue par des groupes et des militantEs de toute la France et de plusieurs pays. Étaient présents entre autres des militants du collectif alsacien pour la libération des militant-e-s d’Action directe, des camarades et amiEs des prisonniers d’Action directe - Francfort-Paris, du collectif pour la Libération de Georges Ibrahim Abdallah, de l’Inter, de Ne laissons pas faire !, de Solidarité et Liberté, du Secours Rouge APAC et du SRI, de la CNT, de Lutte ouvrière, des militantEs de Mulhouse, Strasbourg, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Valence, Montreuil, du Jura, des camarades d’Allemagne et de Belgique…

Ce rassemblement se tient depuis plusieurs années comme il se tenait à Bapaume et Lannemezan. Il revêtait cette année une importance particulière en raison de la réincarcération à temps plein de Jean-Marc Rouillan et du blocage du dossier de libération de Georges Cipriani.

Un message de Georges Cipriani de bienvenue aux manifestants a été lu.

Différentes prises de parole en français et en allemand ont décrit la situation des prisonniers politiques dont Jean-Marc Rouillan, Régis Schleicher et Georges Abdallah, ont fait le lien avec les lois anti-terroristes et le maintien en détention de Julien Coupat, et ont montré aussi comment le combat pour lequel ces prisonniers ont été condamnés rejoignait la mobilisation anti-OTAN. De nombreux keffiehs ainsi que les paroles d’une camarade rappelaient qu’il ne fallait surtout pas oublier Gaza.

Le rassemblement s’est poursuivi par une manifestation le long des hauts murs de la centrale en reprenant les slogans :
«22 ans ça suffit, libérez Cipriani !»
«Libérez les camarades d’Action directe !»
«Hoch die internationale Solidarität !»
«Pierre par pierre, mur par mur, détruisons toutes les prisons !»

Cette mobilisation doit continuer jusqu’à la libération de nos camarades.

Rendez-vous les 3-4 avril à Strasbourg pour la mobilisation anti-OTAN.


Le 22 février 2009.



Liberté pour Georges Cipriani...

En février 2008, nous pensions que le rassemblement devant la maison centrale d’Ensisheim pour soutenir Georges Cipraini serait le dernier. En effet libérable depuis 2005, il déposait en novembre 2007 une énième demande de libération conditionnelle. Son dossier présente tous les éléments objectifs demandés pour une telle demande (emploi, formation, insertion sociale et professionnelle...). De plus Georges va bien, très bien même, il est prêt et nous l’attendons.

Fin février 2008, une circulaire sur le rétention de sureté dans la droite lignée des lois liberticides est mise en place concernant les longues peines. Apparement rétroactive car Georges et d’autres camarades (dont Régis Schleicher) passent six semaines au CNO (Centre national d’observation) à Fresnes en juillet 2008, comme si l’administration pénitentiaire n’avait pas eu le temps d’observer les détenus auparavant !!! Février 2009, pas de nouvelles ! Rien ! Archarnement !!! Répression encore et encore, ces sieurs qui nous gouvernent ne connaissent que ces mots, interdit de penser (cf. inculpés du 11 novembre...) !! Travaille, consomme et tais-toi !!!

En ce 21 février, nous sommes près d’une centaine venus de différentes régions françaises mais aussi d’Allemagne, de Belgique à s’être de nouveau réunis devant la maison centrale afin de manifester notre solidarité mais aussi expliquer que chacun de nous est concerné par ces lois, directives, circulaires... liberticides car comme le dit Georges : "Dites-vous bien que l’on n est plus en prison uniquement en raison de ce que l’on a commis ou non, en raison de ce pourquoi et à quoi on fut condamné, mais bien en raison de ce que l’on est présentement à même de connaitre insidieusement" (réincarcération, de Jean-Marc Rouillan...). Contre cet acharnement et parce que la solidarité n’a pas de frontière. Liberté immédiate et sans condition pour Georges Cipriani, Jean-Marc Rouillan, Régis Schleicher, Julien Coupat, Georges Ibrahim Abdallah... International Solidarität, Libert AD ! Lutter c’est vivre.

Indymedia Auvergne, 25 février 2009.


Le 21 février, nous étions devant la prison d'Ensisheim

Plus d’une centaine de personnes venues de différentes régions françaises et de pays voisins s’étaient donné rendez-vous le 21 février 2009 devant la prison d’Ensisheim et ont manifesté pour la libération de Georges Cipriani et des militants d’Action directe incarcérés depuis 22 ans et plus, affirmant ainsi leur solidarité internationaliste.

Les manifestants ont fait plusieurs fois le tour de la prison. Sur les banderoles, on pouvait lire "Libérez Georges, J.-Marc, Julien, Georges Ibrahim", "Abattre le capitalisme, construire la solidarité". On a entendu les slogans "22 ans, ça suffit, libérez Cipriani !", "Hoch die internationale Solidarität !"

Des prises de parole ont rappelé la situation de Jean-Marc Rouillan, de Régis Schleicher et de Georges Abdallah, elles ont dénoncé les lois antiterroristes, le maintien en détention de Julien Coupat. Elles ont appelé à la mobilisation anti-Otan et, pour ne pas oublier Gaza, à la solidarité avec le peuple palestinien.

Les manifestants se sont séparés déterminés à rester mobilisés jusqu’à la libération des camarades. Rendez-vous a été pris à Strasbourg, le 4 avril, pour la manifestation contre le sommet de l’Otan.

En 2007, des mesures de semi-liberté avaient été décidées pour Nathalie Ménigon puis pour Jean-Marc Rouillan ; aujourd’hui, on constate un net durcissement des conditions faites aux prisonniers politiques révolutionnaires : ils ne parviennent même plus à obtenir dans les délais légaux la réponse à leur demande de libération conditionnelle, sous prétexte de nouvelles procédures fixées par la loi sur la rétention de sûreté.

Georges Cipriani a ainsi déposé depuis plus de 15 mois une demande de libération conditionnelle et il a subi aux mois de juillet-août 2008 six semaines d'"observation" au CNO de Fresnes. Or, à ce jour, il reste sans aucune nouvelle de son dossier.

Cela témoigne de l’acharnement de l'État contre ces militants qui, depuis leur arrestation, ont toujours été soumis à des mesures exceptionnelles, cela au nom de l’antiterrorisme, une idéologie sécuritaire qui connaît un regain sans précédent depuis ces dernières années.

Les militants d’Action directe encore emprisonnés partagent le sort d’un autre prisonnier politique révolutionnaire, Georges Abdallah, militant communiste libanais, détenu depuis 25 ans par l'État français alors qu'il est libérable depuis 1999 : en s'en faisant le geôlier, la France se charge des basses œuvres des États-Unis et de l'État sioniste.

Répression à l’intérieur, alors que la crise capitaliste la plus grave depuis les années 1930 accroît encore les inégalités et jette les travailleurs par dizaines de milliers au chômage et dans la précarité ; guerre à l’extérieur, avec le retour en grande pompe de la France dans l’Otan et sa participation active aux équipées impérialistes et (néo)colonialistes aux côtés de son «allié» étatsunien, ou pour son propre compte, en Afrique, au Proche-Orient et dans ses dernières colonies (Antilles, Guyane, Réunion, Kanaky, Comores...).

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Samedi 21 février 2009
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