Flics hors de nos vies

Vendredi 13 février 2009

Le Progrès, 13 février 2009.
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Lundi 26 janvier 2009
400 teufeurs à Granges-le-Bourg (Haute-Saône)

Des chasseurs sous le choc, des «organisateurs» qui tentent de rassurer… Les bois ont subi l’assaut dune rave-party sauvage dans la nuit de samedi à dimanche.

Quelques cannettes vides, des dizaines de véhicules essaimés le long de la route, une trentaine d
agités qui se déhanchaient encore devant dénormes baffles et, un peu partout, des groupes que la nuit a laissé hagards et épuisés : le spectacle était lunaire, hier, dans les bois de Granges-le-Bourg. 300 à 400 teufeurs sy étaient réunis pour une nuit blanche. Pas de préavis, bien sûr, pas de demande ni à la mairie, propriétaire du terrain, ni à lassociation de chasse de Crevans, qui y entretient son abri.

Le prix de la liberté, sans doute, aux yeux des «organisateurs». Un véritable choc pour les chasseurs, montés les premiers, de bon matin, pour découvrir un spectacle auquel rien ne les préparait : «On est arrivés ce matin (NDLR : dimanche) et on a découvert ça : des voitures au fossé, un gamin endormi au volant de la sienne, moteur tournant, des tentes partout, ils étaient des centaines, surexcités, très alcoolisés.» Pour monter jusqu
à l'abri, épicentre de cette «rave-party» sauvage, pas de souci, «cest quand on est reparti quon a été bloqués : on sest fait traiter de tous les noms, certains sont venus taper sur les voitures.» La tension est montée mais les chasseurs sont allés sinstaller à lécart. Le maire est prévenu. Il contacte à son tour les gendarmes.


«On assume»

Dans la matinée, les militaires patientaient le long des deux voies d
accès. «Un rassemblement de moins de 500 personnes nest pas soumis à autorisation», rappelait le lieutenant Oudot, «on ne peut rien dire, seulement empêcher ceux qui voudraient repartir de le faire hors détat de conduire.» Quelques voitures redescendent du bois au compte-gouttes, systématiquement arrêtées et contrôlées. Les plaques viennent de tout lest : 70, 68, 90, 88, 39… et même de Suisse et dAllemagne. Des chasseurs franchement choqués dun côté, des «organisateurs» qui cherchent à rassurer de lautre : «On fait la fête, on nest pas des méchants», tentait dexpliquer Clément Dreyfus. Bombardé «organisateur» et surtout médiateur du réseau informel qui tenait les lieux. Il accueillait les uns et les autres avec un sourire épuisé et tentait de donner des garanties pour éviter que le ton ne monte : «on essaye de laisser les lieux dans létat où on les a pris, et après, sil y a des plaintes, on assume.» Il ne cache pas son nom, les gendarmes savent à qui sadresser, «sil y a des dégradations, cest sur moi que ça tombe», assure-t-il. Labri, lui, est intact. Et pour les chasseurs? «On sexcuse de leur avoir gâché leur repas du dimanche.» Tout sera nettoyé, cest promis.

En attendant, «ça fait mal au cœur», explique Claudine Guillard, l
une des chasseurs et première adjointe de Crevans-et-la-Chapelle-les-Granges. En cette saison, les dimanches matin, les bois sont habituellement le terrain des chasseurs et de leur famille. Avec repas dans labri à la clé. «On ira manger ailleurs», soupirent-ils. «Mais moi ce qui me terrifie cest lâge des plus jeunes.»

À 17 heures, tout était fini, les derniers intrus quittaient les lieux. Un départ dans le calme, à l
image, malgré tout, de la journée. Les militaires ont contrôlé la cinquantaine de véhicules à ne pas être partis dans la nuit, relevant trois conduites sous un état alcoolique, une mêlant alcool et drogues, et cinq infractions diverses. Le maire envisage très sérieusement de déposer plainte.

Presse policière : Nils Hedouin
L’Est républicain, 26 janvier 2009.
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Mercredi 3 décembre 2008
Gers : Des parents se mobilisent
après une opération antidrogue en classe


Un rassemblement contre la «terrorisation» des élèves est prévu vendredi devant le collège de Marciac (Gers) à la suite d’un contrôle antidrogue mené par des gendarmes avec des chiens dans une classe de 3e, a-t-on appris mardi auprès dun parent délève à lorigine du mouvement.

Le parquet a rappelé la légalité de ces contrôles, 25 dans le Gers depuis le début de l
année, mais linspecteur dacadémie a promis que tout contrôle serait désormais «précédé dune rencontre pédagogique avec les élèves».

Le ministre de l
’Éducation, Xavier Darcos, sest étonné mardi dans un communiqué «des conditions dintervention des forces de gendarmerie». «Il rappelle quil existe, dans la quasi-totalité des départements, comme dans le Gers depuis 2006, des conventions de partenariat entre les ministères de la Justice, de lIntérieur et de l’Éducation nationale permettant de concilier lefficacité de laction judiciaire et le respect de lintégrité des établissements scolaires où la pédagogie préventive est à l’œuvre quotidiennement», lit-on dans le texte ministériel.

Le ministre de l
Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a adressé mardi une circulaire aux préfets pour quils veillent à ce quil ny ait aucune confusion entre les actions de sensibilisation et les opérations de contrôle menées par police et gendarmerie dans les établissements scolaires.

Dans ce texte le ministre souligne la «pertinence et l
efficacité» des actions de sensibilisation aux drogues menées en milieu scolaire (…) mais appelle à ce quelles ne soient pas confondues «avec des opérations de contrôle entrant dans un cadre judiciaire, sous lautorité du procureur».

«De telles confusions sont de nature à nuire à la compréhension et à la clarté de l
action de nos services», poursuit le ministre, et «tout doit être fait pour éviter quelles se produisent», souligne Mme Alliot-Marie.

M. Frédéric David, à l
origine du rassemblement devant le collège, a affirmé avoir reçu «près de 600 messages de solidarité de personnes et dassociations» après avoir mis en ligne le témoignage écrit de sa fille Zoé, 14 ans.

«Je ne souhaite pas de banderole politique, mais je veux dire oui à la prévention, non à la terrorisation», a déclaré à l
AFP M. David, responsable dateliers de création et dexpression dans un centre psychiatrique pour adolescents à Aire-sur-Adour (Landes).

La jeune fille a affirmé que les gendarmes avaient fait entrer un chien dans leur classe pour renifler les sacs et les vêtements en déclarant : «Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas, quand il mord ça pique !» Plusieurs enfants ont ensuite été fouillés à l
extérieur de la classe. Une gendarme «fouilla dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte», a encore écrit la collégienne.

Le procureur de la République, Chantal Firmigier-Michel, a indiqué à la presse ne pas avoir été saisie «d
éventuelles irrégularités». «Les élèves ont peur de ces contrôles ; ça crée de la bonne insécurité, satisfaisante à terme en matière de prévention», a ajouté la magistrate.

Presse jaune (Yahoo! Actualités), 3 décembre 2008.
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Mercredi 26 novembre 2008

Entre les mains de la police, le plus paisible des citoyens n’est plus rien d’autre qu’un «individu». Avant même d’avoir pu se défendre, le suspect est considéré comme nécessairement coupable. Quant au témoin, dont les déclarations contredisent les certitudes policières, il ne peut qu’être classé dans la catégorie des complices potentiels. Autant dire un possible gibier de potence.

Il faut bien comprendre que, dans la réflexion étroite du défenseur de l’ordre public il y a, d’un côté, le parti de l’ordre et, de l’autre, des fauteurs de désordre. L’ennemi de la société dominante n’est plus seulement le criminel que le policier est censé pourchasser, mais quiconque ose mettre en doute la nécessité d’un ordre public dont l’homme en uniforme serait seul en capacité de définir les limites. Dès lors, le policier devient le maître à penser, sinon le tuteur de la société. Le citoyen n’étant plus que l’encombrante pièce rapportée d’un passé de liberté révolu dans une société qui se doit de marcher droit. Sauf à être constamment verbalisé, réprimé, brutalisé, puis éventuellement considéré comme un hors-la-loi qu’il devient urgent de mettre à l’ombre, s’il n’est pas possible de le faire taire.

Avec Internet, et sur les écrans où parviennent les images des caméras de surveillance —de plus en plus nombreuses— il sera bientôt difficile d’échapper à l’œil inquisiteur du policier. De plus, à l’aide des nombreux fichiers qui sont déjà en mesure de faire le tri entre les bien-pensants et les suspects, il n’y aura plus guère d’échappatoire au citoyen paisible pour espérer se dérober à la chaude sollicitation d’un appareil policier bien décidé à tout contrôler dans ce pays. Au fur et à mesure que les libertés fondamentales se voient restreintes, le pouvoir policier ne cesse de croître, dans le même temps que l’équipement technologique des forces de l’ordre se perfectionne de jour en jour. Déjà, 1984 peut apparaître comme une image du passé.

Bienvenue en France, jadis pays de la liberté !

Maurice Rajsfus
Éditorial du numéro 25, décembre 2008
du bulletin d’information anti-autoritaire Que fait la police ?
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Samedi 22 novembre 2008

La prévention de la toxicomanie en question. Professeurs et élèves ne sont pas vraiment choqués par le contrôle mais plutôt par la façon dont celui-ci a été fait, lundi à Pavie.

Le récit d’un prof choqué. Patrick Poumirau se définit comme un «professeur qui ne manque jamais de faire contre la drogue une prévention qu’il juge intelligente». Ce petit-fils de gendarme se dit pourtant choqué par ce qui sest passé lundi à Pavie.

«Personne ne dit bonjour, personne ne se présente. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. [Il] mord le sac dun jeune à qui lon demande de sortir… Je veux intervenir, on mimpose le silence. Une trentaine délèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et denlever leurs chaussettes, lun deux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs. Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, lélève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant quil peut toujours porter plainte. Ailleurs, on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : “Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à lhosto”. Je me dis quen 50 ans, je nai jamais vu ça. Ce qui ma frappé… cest lattitude des gendarmes : impolis, désagréables… sortant dune classe de BTS froid-climatisation en disant : “Salut les filles !” alors que, bien sûr il ny a que des garçons, les félicitant davoir bien “caché leur came et abusé leur chien”. Cest en France, dans une école, en 2008.»

Les élèves partagés

Les élèves de lécole des Métiers nont pas tous réagi de la même façon pendant le contrôle des gendarmes et après leur départ, lundi. Petit débat entre les 2e année du CAP électricité et leurs copains en CAP mécanique : «Jai été dans un collège, à Masseube, où il y avait déjà pas mal de contrôles de police. Donc, je nai pas été choqué», avoue Vincent. «Ouais, mais quand même. Le mec, il nous dit “vous mettez les mains sur les tables, vous bougez pas et surtout vous regardez pas le chien dans les yeux pour pas vous faire mordre” avec un ton agressif, cest pas normal», tempête Florian. La fouille poussée subie par certains en agace aussi plus dun, à linstar de Benoît qui ne comprend pas pourquoi un copain de sa classe sest retrouvé «en calbut parce que le chien avait flairé un billet de 5 € suspect».


«On n’est pas contre lintervention, tempère Loïc. Dailleurs, on nous avait dit quil pourrait y en avoir en début dannée. Mais cest la manière dont ça a été fait qui va pas.» Côme dénonce des «blagues ironiques» de certains gendarmes. Son voisin se demande naïvement pourquoi ils nont pas été prévenus : «on aurait été moins surpris». Mais en loccurrence, le directeur avait préféré rester discret. Seules trois personnes à la direction et la secrétaire générale de la Chambre de métiers étaient au courant de lopération. «Justement, on la fait dans les classes pour éviter que le téléphone marche.» Mais il se félicite des prises somme toute restreintes. Preuve que la prévention est efficace.

Le directeur du CFA assume

Bernard Vilotte, le directeur de l’école des Métiers, confirme que c’est bien lui qui a demandé cette opération de contrôle qu’il a d’ailleurs préparée avec les gendarmes quinze jours avant : «L’objectif était de poursuivre la prévention faite dans le cadre de la semaine d’accueil sur les risques liés à l’alcool et à la drogue, sachant que ça a un effet boule-de-neige. Ils savent qu’il faut faire attention. Après, c’est vrai qu’il y a une partie qu’on maîtrise pas. Les gendarmes appliquent leur procédure. On peut être d’accord ou pas sur la méthode. Mais sur le fond, on se doit de protéger les élèves.»

Le nez fin des chiens renifleurs

Quentin a dû sortir de classe accompagné d’un gendarme lundi. Un chien policier avait reniflé une odeur suspecte sur son sac. Et comme un certain nombre d’élèves, il est ressorti du court interrogatoire sans être inquiété. «Franchement, c’est impossible qu’ils aient senti quelque chose ; je ne fume pas et je bois pas», s’interroge encore le jeune homme. Une sincérité affichée qui n’est pas forcément suspecte au regard de la procureure. «Effectivement, ces chiens ont un odorat très sensible et l’odeur des stupéfiants est communicative. On en a déjà trouvé cachés dans la roue d’un bus scolaire. Et le chien avait aussi marqué le sac posé dessus.»


Les gendarmes traquent le shit dans les cartables
Seize hommes accompagnés de chiens anti-drogue ont fait irruption en plein cours à l’école des Métiers d’Auch.
Lémotion est vive, depuis lundi, à lécole des Métiers. Et pour cause, seize gendarmes, dont deux maîtres-chiens, ont fait irruption en classe en début de semaine, sur réquisition du parquet. Leur mission : rechercher tout produit stupéfiant qui na pas lieu dêtre dans un établissement scolaire comme ailleurs. En loccurrence, Bernard Vilotte, le directeur du CFA, avoue sans détour être à lorigine de cette initiative à portée pédagogique. Et gageons quelle le sera pour le jeune mineur trouvé en possession de 32 grammes de shit. Il sera convoqué prochainement devant le juge des enfants… deux autres mineurs et un jeune majeur, porteurs à eux trois de 7 grammes, faisant de leur côté lobjet de mesures plus souples.
Seulement voilà, enseignants et élèves décrivent un mode dintervention cavalier des gendarmes qui seraient parfois entrés sans frapper en classe, surprenant les élèves en plein cours… ce que conteste Bernard Vilotte, au moins pour les représentants de la loi quil a accompagnés. Des propos ironiques auraient aussi choqué les élèves, notamment lorsque les gendarmes leur ont demandé de ne pas regarder les chiens dans les yeux sous peine dêtre mordu à des endroits sensibles. Sur ce point, Bernard Vilotte sourit, un peu gêné, mais il revient vite à lessentiel : son souci de prévenir pour mieux guérir. «En 99 ou 2000, je venais darriver. Jai dû aller chercher trois apprentis, morts, dans un accident de voiture. On a voulu faire quelque chose et pas nous voiler la face. Depuis, chaque année, lors de la semaine daccueil, on leur parle des ravages de lalcool, de la drogue. Et on leur dit quil pourra y avoir des contrôles en cours dannée. On le faisait en zone police. Et on continue depuis quon est à Pavie ; ce nest pas nouveau.» Une politique qui a tout le soutien de la procureure Chantal Firmigier-Michel.
La procureure relativise
«Cet établissement nest pas plus touché que les autres quon contrôle aussi de temps en temps. Dans le cas présent, ça démontre la responsabilisation de ce chef détablissement qui a conscience des dangers des produits stupéfiants. Il ny a rien de pire chez les adolescents que le sentiment dimpunité. Cette opération leur démontre quon ne peut pas faire nimporte quoi dans un établissement scolaire qui serait une zone de non droit quand ils savent quils peuvent être contrôlés dans la rue. Non, là comme ailleurs, la justice doit lutter contre ce qui reste un fléau pour nos jeunes.» Quant à la manière, la procureure relativise. «Les contrôles nont eu lieu quaux endroits où les chiens ont marqué.»
Presse jaune, 20 novembre 2008
(Béatrice Dillies
, La Dépêche du Midi).
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Jeudi 20 novembre 2008

Lundi 17 novembre 2008, 10h30, École des Métiers du Gers. Descente musclée de la gendarmerie dans les classes. Je fais cours quand, tout à coup, sans prévenir, font irruption dans le lieu clos de mon travail quatre gendarmes décidés, accompagnés d’un maître-chien affublé de son animal. Personne ne dit bonjour, personne ne se présente. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. Les élèves sont extrêmement surpris. Je pose des questions aux intrus, demande comment une telle démarche en ce lieu est possible. On ne me répond pas, jinsiste, on me fait comprendre quil vaut mieux que je me taise. Les jeunes sont choqués, lambiance est lourde, menaçante, jouvre une fenêtre quun gendarme, sans rien dire, referme immédiatement, péremptoirement.

Le chien court partout, mord le sac d
un jeune à qui lon demande de sortir, le chien bave sur les jambes dun autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements. La bête semble détecter un produit suspect dans une poche, et là encore on demande à lélève de sortir. Je veux intervenir une nouvelle fois, on mimpose le silence. Des sacs sont vidés dans le couloir, on fait ouvrir les portefeuilles, des allusions dune ironie douteuse fusent.

Ces intrusions auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus d
une heure. Une trentaine délèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et denlever leurs chaussettes, lun deux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs.

Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l
élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant quil peut toujours porter plainte. Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : «Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à lhosto !»

Il y a des allées et venues incessantes dans les couloirs, une grande agitation, je vois un gendarme en poste devant les classes. J
apprendrai par la suite quaucun évènement particulier dans létablissement ne justifiait une telle descente.

La stupeur, l
effroi ont gagné les élèves. On leur dira le lendemain, dans les jours qui suivent quils dramatisent. Ils minterrogent une fois la troupe partie, je ne sais que dire, je reste sans voix. Aucune explication de la direction pour le moins très complaisante. Je comprends comment des gens ont pu jadis se laisser rafler et conduire à labattoir sans réagir : leffet surprise laisse sans voix, leffet surprise, indispensable pour mener à bien une action efficace, scie les jambes.

Ensuite, dans la journée, je m
étonne de ne lire lindignation que sur le visage de quelques collègues. On se sent un peu seul au bout du compte. Certains ont même trouvé lintervention normale, dautres souhaitable.

Je me dis qu
en 50 ans (dont 20 comme prof), je nai jamais vu ça. Que les choses empirent ces derniers temps, que des territoires jusque là protégés subissent lassaut dune idéologie dure.

Ce qui m
a frappé, au-delà de laspect légal ou illégal de la démarche, cest lattitude des gendarmes : impolis, désagréables, menaçants, ironiques, agressifs, méprisants, sortant dune classe de BTS froid-climatisation en disant : «Salut les filles !» alors que, bien sûr il ny a que des garçons, les félicitant davoir bien «caché leur came et abusé leur chien». À vrai dire des marlous, de vrais durs nauraient pas agi autrement. Cest en France, dans une école, en 2008. Je me dis que ces gens-là, les gendarmes, devraient accompagner les gens, les soutenir, quils devraient être des guides lucides et conscients. Au lieu de ça, investis dun drôle de pouvoir, ils débarquent, on dirait des cow-boys, et terrorisent les jeunes.

Patrick Poumirau, 19 novembre 2008
Infozone, liste d’information pour la France sauvage.



Et pendant ce temps-là, à saintClaude…

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