On a faim !

Jeudi 19 novembre 2009
Quinze jours de prison avec sursis pour les «Robin des bois»

Ils avaient sorti huit chariots pleins du Casino, avenue Honoré-Serres.

Le tribunal correctionnel a condamné hier les sept Robin des bois à 15 jours de prison avec sursis. Élodie, Mylène, Nora, Andy, Antoine, Benjamin et Hugo, qui avaient pris part à l’opération d
autoréduction au Casino de lavenue Honoré-Serres, le 11 mars dernier, devront également payer de façon solidaire 2700 € à l'enseigne de grande distribution, dont 1200 € pour le vol aggravé, et 1000 € en réparation du «préjudice commercial». La circonstance aggravante de dégradation dune porte du supermarché na pas été retenue.

À la sortie de la salle Me Éric Zapata, l
un des deux avocats des Robin des bois plutôt soulagés, a salué «une décision incontestablement sage. Avec cette peine minimum le tribunal a totalement pris en compte les situations personnelles.» La plupart des Robin étant étudiants, le président, Jean-Pierre Vergne a en effet précisé que ces condamnations ne seraient pas inscrites au casier judiciaire pour ne pas compromettre la suite de leur parcours.


«S
il ny a pas de réponse de la société à ce type de comportement, ça peut être la porte ouverte à nimporte quoi», avait dit le même président Vergne lors de laudience, le 3 novembre dernier. Ce type de comportement ? Les sept jeunes gens comparaissaient pour vol aggravé commis en réunion au supermarché Casino de lavenue Honoré-Serres. Une opération revendiquée dautoréduction, cest-à-dire de réappropriation des richesses en vue dune redistribution aux plus pauvres, qui a valu à ses auteurs le surnom de Robin des bois. Concrètement, les participants avaient sorti huit chariots remplis de victuailles sans payer. Lopération avait pris fin place Saint-Sernin, par linterpellation des sept. La totalité des marchandises emportées sans payer, dun montant de 3000 €, avait été restituée au magasin. À la barre, les sept jeunes gens avaient regretté la forme de cette action tout en en revendiquant la portée sociale, politique et symbolique.

Leur presse (La Dépêche), 18 novembre 2009.


(…)
Un autre «autoréducteur» sera jugé en janvier pour une action similaire au Monoprix, le 19 mars dernier.
Leur presse (20 Minutes), 18 novembre.
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Dimanche 8 novembre 2009
Contre l’inculpation permanente
(solidarité Toulouse)


Sept personnes ont été interpellées mercredi 11 mars, suite à une action collective d’autoréduction dans un supermarché, appelée par l’AG interluttes. Elles ont été libérées jeudi 12 mars après 22 heures de garde à vue. La forte mobilisation, étudiante notamment, qui a suivi les interpellations, a contribué à des libérations sans passages en comparution immédiate. Mais…
Les inculpéEs passent en procès mardi 3 novembre à 13h30.

Qui vole qui ?

Alors que pour chacunE d’entre nous il devient de plus en plus dur de finir les fins de mois, surtout les trente derniers jours, pour Casino c’est le jackpot quotidien. Modeste cinquième dans le classement de la grande distribution en France, le groupe dégageait plus de 28 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2008. En moyenne, un supermarché de la taille de celui qui fut réquisitionné le 11 mars à Toulouse brasse près de 30.000 euros par jour.

La grande distribution, comme son nom l’indique, ne produit rien, mais accumule des marges astronomiques — jusqu’à 60% — sur le dos des producteurs via le racket exercé par les grandes centrales d’achat. Ces marges engraissent les actionnaires sans être véritablement répercutées sur les salaires des employéEs, pas plus que sur les prix en magasin.

Qu’est-ce qu’une autoréduction ?

L’autoréduction, aussi vieille que la propriété privée, consiste à se réapproprier collectivement et immédiatement les biens communs. C’est une forme de lutte et de revendication employée partout dans le monde. En France, les autoréductions se sont multipliées depuis les années 1990, à Paris, Lille, Rennes, Caen, Nantes ou Grenoble, visant essentiellement la grande distribution. L’autoréduction du 11 mars à Toulouse se voulait une dénonciation du système de production capitaliste, de son gâchis, de la misère qu’il engendre et dont il se nourrit, et que la « crise » actuelle ne fait que conforter. Il ne s’agit pas pour nous d’amender ni de réformer ce système, mais d’en changer. Produire pour l’usage, pas pour les profits.

Rassemblement mardi 3 novembre 13h30
devant le palais de Justice de Toulouse
Allée Jules Guesde - Métro Palais de Justice - Ligne B

Indymedia Toulouse, 1er novembre 2009.


Sept «Robin des bois» à la barre pour vol aggravé

Justice. Sept jeunes gens à la barre pour vol aggravé. Le 11 mars ils étaient sortis sans payer les chariots de victuailles d’un Casino pour les redistribuer aux pauvres.

D
une phrase, le président Jean-Pierre Vergne vient de résumer la situation : «Sil ny a pas de réponse de la société à ce type de comportement, ça peut être la porte ouverte à nimporte quoi.» De fait, la société semble bien embarrassée à apporter cette réponse à Mylène, Antoine, Hugo, Nora, Benjamin, Andy et Élodie. Les sept jeunes Robin des bois comparaissaient hier devant le tribunal correctionnel pour vol aggravé commis dans le cadre dune opération dautoréduction au supermarché Casino de lavenue Honoré-Serres, le 11 mars dernier (lire «les faits», par ailleurs).


Faut-il les sanctionner durement pour une action symbolique, politique, voire morale pour une partie de l
opinion, consistant, en raccourci, à voler aux riches — la grande distribution — pour donner aux pauvres ? La question a traversé une audience dune grande sérénité, alors quà lextérieur du palais de justice les forces de lordre gardaient un œil inquiet sur les dizaines de personnes venues soutenir les sept jeunes gens. Une audience aux accents paternalistes jusquaux réquisitions du procureur, Olivier Kern. «Je leur tends ce défi : un ajournement de peine pour apprécier si, dans un délai dun an, ils ont montré leur volonté de reclassement. Que cette audience serve à leur fournir un complément de maturité», espère-t-il.

À défaut de les dédouaner, même l
avocat de Casino le reconnaît : «Ce ne sont pas ceux-là, les organisateurs», dit Me Marty avant dagiter le chiffon rouge anarcho-libertaro-autonome : «Derrière, il y a des gens, peu nombreux — peut-être y en a-t-il dans cette salle — qui se servent de leur crédulité pour les envoyer au massacre. Des gens qui poursuivent un autre but. Le film de vidéosurveillance montre des meneurs de 35 à 40 ans.»

À la vérité, tour à tour à la barre, les sept Robin des bois ne présentent pourtant pas ce profil de proies aisément manipulables. Sont-ils révolutionnaires ? Pas forcément. Révoltés ? Sans aucun doute, car précaires, rappellent leurs avocats, Mes Zapata et Heybert. Mylène, Antoine, Hugo, Élodie, Benjamin, Nora et Andy sont en effet étudiants en philo, en lettres classiques, sans emploi, ou animateur pour 400 € mensuels.

Quoi qu
ils en discutent la forme et en reconnaissent la mauvaise organisation, aujourdhui, tous persistent à revendiquer une action quils ont suivie en conscience (lire ci-dessous).

Me Heybert, l
avocat de certains dentre eux souligne ainsi : «Ce nest pas une simple infraction pénale, cest une action politique qui heurte peut-être un raisonnement classique mais qui nen a pas moins de valeur.» Au prix dun grand écart osé entre lAbbé Pierre et les autoréductionnistes, Me Zapata, lautre conseil des jeunes prévenus qualifie de «généreuse» cette action «ratée». Avant dajouter : «Il y a deux ans, un sujet du bac philo posait la question : Toute action illégale est-elle forcément injuste ?»

En renvoyant le délibéré au 17 novembre, le tribunal s
est donné deux semaines pour répondre.


Les faits

Les sept jeunes gens comparaissaient pour vol aggravé commis en réunion avec dégradation dune porte le 11 mars dernier aux dépens du supermarché Casino de lavenue Honoré-Serres. Une opération revendiquée dautoréduction, cest-à-dire de réappropriation des richesses en vue dune redistribution aux plus pauvres, qui a valu à ses auteurs le surnom de Robin des bois.

Réappropriation. Ce jour-là, dans un contexte social et étudiant plus qu
effervescent, une cinquantaine de personnes entrent donc dans le supermarché Casino de lavenue Honoré-Serres. Un premier groupe emplit huit chariots jusquà la gueule pendant que le second bloque les caisses. Le «raid» dure quatre minutes selon la caméra de vidéosurveillance.

Redistribution. Aux cris de «De l
argent il y en a dans les caisses du patronat», entre autres, les Robin ressortent avec sept chariots quils commencent à redistribuer à des passants, place Arnaud-Bernard. Puis ils se dirigent vers le Capitole mais nont pas le temps dy parvenir.

Interpellation. À Saint-Sernin, les policiers interviennent. À défaut d
avoir tous activement pris part à laction, et en tout état de cause sans en être les instigateurs, les sept jeunes gens qui comparaissaient hier sont interpellés par la police qui cible ceux qui poussent ou se trouvent à proximité des chariots.

Restitution. À noter que la quasi-totalité des marchandises, d
un montant d'environ 3000 €, a été restituée au supermarché.


Ils regrettent la forme mais revendiquent le fond

Élodie : «C
est évident qu'on a tous été dépassés par la situation. Mais ça avait du sens pour moi.»

Andy : «C
était une action politique. On ne prenait pas à M. Casino mais à une société symbole. Sur la forme ça a été un véritable échec. Mais le fond est justifiable.»

Benjamin : «Je me suis dit que cétait une bonne action de donner à manger à des gens qui ont faim. Je me suis senti concerné.»

Nora : «Jassume. Cette action était symbolique, légitimée car de plus en plus de personnes nont rien à manger.» Vol ou redistribution ? sinterroge le président Vergne en rappelant que les chariots ne contenaient pas que des produits de première nécessité mais aussi du champagne, du whisky, du saumon… bref de quoi faire la fête entre manifestants plutôt que de nourrir les pauvres. Un mini-dialogue démarre avec Nora. Le président Vergne : «À qui vouliez-vous redistribuer ?» Nora : «Aux plus nécessiteux.» Le président : «Comment savez-vous quils le sont ?» Nora : «On a distribué aux SDF dans la rue.» Le président : et après ? Nora : «Il y en a déjà beaucoup.» Rires dans la salle.

Mylène : «Je trouve ce genre dactions justifiable parce des gens nont rien à bouffer. Je ne le referais peut-être pas dans ces conditions.»

Antoine : « Jai fait ça parce que jai faim, que je suis SDF et sans travail. Je ne regrette pas le fond de laction.»

Hugo : «Jy suis allé sans avoir exactement en quoi consistait laction. Mais je la revendique, même si je ne recommencerais pas sous la même forme.»

 

Leur presse (Jean-Louis Dubois-Chabert,
La Dépêche du Midi), 4 novembre.



La grande redistribution accusée

Leur action était incontestablement généreuse à la base. Et totalement ratée à larrivée, de leur propre aveu. Ils étaient sept, hier, sur le banc des prévenus. Trois filles et quatre garçons, âgés de 19 à 27 ans. Des étudiants, une éducatrice et une serveuse, jugés pour avoir participé, le 11 mars, à une «autoréduction» au supermarché Casino de lavenue Honoré-Serre. En quatre minutes, la troupe a bloqué les caisses, rempli huit chariots et pris la poudre descampette.

La plupart voulaient voler les riches pour redistribuer aux pauvres. Ils ont commis au final «un vol aggravé», car la redistribution n
a pas eu lieu. Et les leaders de laction nont pas négocié en amont avec le gérant du magasin, contrairement à ce qui se pratique pour ce type de coup déclat. Et le contenu dau moins un chariot — vins de marque, champagne, magrets — porte un coup à la noblesse de la cause. «Si on fait une action politique, elle doit être un peu pensée intellectuellement», a souligné le président du tribunal correctionnel, en leur conseillant de sinvestir légalement pour le Secours populaire ou Emmaüs.

«On n
a pas affaire à des casseurs ou des pillards, ils se battent pour une société plus juste», ont plaidé Éric Zapata et Thomas Eybert, les avocats des autoréducteurs. Et si Jean-Claude Marty, conseil du groupe Casino, estime que ces jeunes ont été «manipulés et envoyés au massacre par dautres», ils restent selon lui «responsables». «Le mobile nexonère en rien de la responsabilité», a ajouté le procureur, qui a pris des réquisitions originales : un «ajournement de peine dun an», défiant «ces individus» de se tenir à carreau. Le jugement sera rendu le 17 novembre.

Leur presse (Hélène Ménal, 20 minutes), 4 novembre.
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Samedi 8 août 2009
Le visage des encagoulés

Jeudi, une cinquantaine de personnes ont pillé le Super U de Vigneux-de-Bretagne. Ils appartiendraient la mouvance «anarcho-autonome». Décryptage.

Leurs ennemis sont partout. L’État d’abord. Mais aussi le Capital, avec un grand C. La religion. La presse. «Tous pourris», en somme. Et surtout, pas de hiérarchie. Le mot est proscrit. Ces lointains héritiers de Bakounine, révolutionnaire russe et théoricien de l’
anarchisme du XIXe siècle, appartiennent à la mouvance «anarcho-autonome».

Les gendarmes soupçonnent clairement certains de ces partisans davoir participé jeudi au pillage du Super U de Vigneux-de-Bretagne. La cinquantaine dassaillants, encagoulés, a pris la fuite en tirant des fusées de détresse en direction des forces de lordre.

Minorité violente

Même si personne ne se réclame ouvertement de ce courant, ils seraient une petite centaine à en faire partie dans l
’agglo nantaise. La moitié d’entre eux se préoccupe plutôt de questions sociales et gravite dans les manifestations. L’autre moitié, dont une minorité violente proche de l’ultra gauche radicale, a fait du combat contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes son principal cheval de bataille. «Au départ, ce sont des gens de l’Acipa qui se sont rapprochés d’eux. Ça les arrangeait d’avoir à leurs côtés des forces vives, déterminées. Ça leur évitait de s’exposer directement sur certaines actions. Mais ils ont vite été dépassés», affirme une source proche du dossier. Aujourd’hui, l’Acipa traîne cette pseudo-union comme un boulet. José Bové himself aurait pu être refroidi par les risques de débordements en marge de la semaine de résistance à Notre-Dame-des-Landes. L’invité-star s’est désisté à la dernière minute.

Les profils de ces activistes varient.
«Côté âge, ça va du mineur au retraité.» La plupart sont désocialisés : étudiants attardés, Rmistes, allocataires de pension X ou Y… À l’intérieur même de cette mouvance, des sous-groupes émergent. Le milieu a ses codes. Lacets rouges sur des Rangers ? Ce sont les Redskins. Il a aussi ses slogans : «Soyons touTEs des électrons libres et de notre union naîtra la bombe atomique sociale». Côté message politique, la confusion règne. «Ils veulent tout se réapproprier, sans aucun système de hiérarchie. Mais l’autogestion n’a jamais été un mode de fonctionnement politique.» Ils se réunissent parfois dans un local associatif, baptisé le B17, siège d’associations et partis politiques à Nantes, en bas de la rue Paul-Bellamy.

La moitié vit dans des squats. Quatre de ces lieux sont identifiés à Nantes. Un autre l’est à Saint-Herblain, dans un corps de ferme laissé à l’abandon depuis le décès de son propriétaire. Et un dernier dans une maison à… Vigneux-de-Bretagne. Philippe Trotté, le maire de la commune, renseigné sur le profil de ses occupants, refuse de leur signer un bail de location. La bâtisse en mauvais état, propriété du conseil général de Loire-Atlantique, doit être rasée en vue de la construction des infrastructures aéroportuaires. Ce qui fait dire à une source policière, que «le choix du supermarché pillé ne doit rien au hasard».


Leur presse (Jérôme Jolivet, Presse-Océan), 8 août 2009.


A
éroport : les différends des militants écolos

À «la Semaine de la résistance» organisée contre le projet daéroport de Notre-Dame-des-Landes, deux visions du militantisme saffrontent.

«Ce matin, comme un goût de gueule de bois», se désole François Presneau, un militant des Alternatifs, membre de la Coordination anti-aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui, depuis dimanche, organise «la Semaine de la résistance». Jeudi, un groupe masqué a attaqué le Super U de Vigneux-de-Bretagne, se réclamant du mouvement anti-aéroport (lire ci-dessous).

Tous les regards se portent sur les activistes environnementaux du CAC, le Camp action climat qui sest joint à cette «Semaine de la résistance» organisée par la Coordination anti-aéroport. Aucune preuve, seulement des soupçons. Dominique Fresneau, le président de lAcipa, cette association locale qui se bat depuis des lustres contre ce projet daéroport, ne veut pas croire à un lien entre le CAC et lattaque.

L
homme est agacé, très agacé. Trop dur, trop injuste, cette sale image qui rejaillit sur cet événement, sur cette lutte que lui et ses compères ont toujours menée sans violence. Plus loin, dans le Camp action climat, on ne commente pas la prise dassaut du Super U : ni condamnation, ni revendication.

«On est plus volatils»

Être uni autour de la cause de l
aéroport ne suffit manifestement pas. Ces derniers jours, il y a de lélectricité dans lair entre les deux mouvements : coups de gueule, voire insultes, malgré une volonté dapaisement de certains.

Deux types de militantisme s
affrontent. Lun qui sengage sur la durée à travers des associations ou partis bien identifiés. Lautre, rétif à toute organisation, adepte des actions coups de poings. «Cest clair, on est plus volatils», affirme Laurent, un jeune du CAC. Et cet autre : «On simplique quand ça nous plaît. Et ça offre plus de liberté de penser. Nous, on ne perd pas dénergie à obliger les gens à rester dans un cadre.»

«Le CAC se veut anti-politique et anti-hiérarchique, explique Romain [prénom d’emprunt], alors que les militants de “la Semaine de résistance” mènent leur combat en partenariat avec des partis ancrés dans la logique hiérarchique.»

«Action sur le long terme»

«Ils défendent un engagement efficace rapidement. À cet âge, on ne se rend pas compte que la société est un mollusque difficile à bouger», répond François Presneau. «Je crois en une action sur le long terme, argumentée, précise», affirme Gilles Denigot, conseiller général des Verts qui ajoute : «Ils tombent dans le piège du slogan “Politiques, tous pourris”.» Et pourtant, selon Yannik Jadot, député européen Europe Écologies, «il y a besoin de relais politiques car il y a des décisions qui se prennent à un niveau qui dépasse l
individu».

Le CAC, né en 2006 en Angleterre, compte bien continuer ses actions. Un autre camp est programmé en décembre à Copenhague, lors du sommet de l
ONU sur le climat. Dici là, des débats vont certainement secouer ce mouvement : «Il y a des choses où on est à côté de la plaque, affirme Romain. Le CAC se revendique égalitaire et propose de donner la parole à tous ceux qui le veulent, mais les journalistes ne sont pas libres de circuler et les opposants mal reçus. Si nous étions cohérents, nous ferions tout pour faire découvrir le plus possible lautogestion quon pratique.»

Aujourd’hui un rassemblement est organisé à partir de 11h.
Départ du site de La Rolandière à Notre-Dame-des-Landes.

Super U attaqué : pas d’interpellations hier
Les gendarmes étaient toujours sur la brèche, hier, après l’opération musclée qui a visé le Super U de Vigneux-de-Bretagne, jeudi midi. Les policiers aussi se tenaient prêts à réagir si besoin. Rappelons qu’un groupe encagoulé a fait irruption dans le magasin, dont il est reparti avec des marchandises, après avoir molesté deux personnes. Pour couvrir leur fuite, les intrus ont tiré des fusées en direction des gendarmes. «Ce sont des fusées qu’on trouve dans le commerce, elles sont notamment utilisées sur les bateaux, explique un enquêteur. On a cru un moment qu’il pouvait s’agir d’engins artisanaux, il n’en est rien.» Néanmoins, précise-t-il, le tir tel qu’il a été pratiqué, à quelques mètres, était réellement dangereux. «On est très inquiet de cette montée de violence.»
Faut-il chercher les suspects au sein du Camp Action Climat (lire plus haut) ? Rien ne permettait de l’affirmer, hier : personne n’a été interpellé, et les incessants contrôles d’identités et de véhicules (qui se poursuivent autour du site, sur réquisition du parquet), n’ont rien donné. Néanmoins, le groupe encagoulé, expliquent les gendarmes, s’est bien replié en direction du camp. Et dans les rangs des forces de l’ordre, le lien fait peu de doute. Les techniciens d’investigations criminelles décortiquaient hier les six à huit fusées retrouvées, et les traces laissées dans et autour du Super U. Tout comme les bandes de vidéo-surveillance. — A.C.

Leur presse (Marion Riffault et Jean-François Martin, Ouest-France), 8 août.


Projet Notre-Dame des Landes : des opposants ont envahi le hall de Château-Bougon, l’aéroport de Nantes

Entre 50 et 100 opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes (Loire-Atlantique), viennent d
envahir le hall de laéroport de Château-Bougon, près de Nantes. Il sagirait de membres du groupe Camp action climat qui participe à la semaine de la résistance organisée par la Coordination anti-aéroport. Les manifestants, costumés, ont pénétré vers 11 heures dans laéroport, au son de leurs instruments de musique, bloquant les guichets dembarquement et faisant des rondes dans tout le hall. Les forces de lordre sont présentes et exercent une surveillance attentive mais ninterviennent pas pour le moment.

Leur presse (Ouest-France), 8 août - 11h53.
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Vendredi 7 août 2009

Aujourd’hui à 12 heures, une centaine de personnes masquées ont réquisitionné de la nourriture au Super U de Vigneux pour alimenter le camp Climat.

Festoyons ensemble !

Les avenirs les mieux préparés se transforment souvent en de véritables catastrophes. En témoigne lhistoire de ce gérant de supermarché dans la petite bourgade de Vigneux-de-Bretagne. Il avait décidé dimplanter les nouveaux modèles de supermarchés aux abords dun projet daéroport dampleur nationale. La tyrannie lui semblait être la position la plus habitable pour mener à bien son projet.
Mais cétait sans compter sur le boycott généralisé des habitants de la commune (orchestré par la municipalité à cause dune triste histoire de voirie) accentué par lirruption soudaine dune horde daffamés déterminée à vider les rayons de son magasin. Une horde bien insatisfaite de garder pour elle le butin de son intervention, et qui vous invite donc à partager en fête ce vendredi et pour les jours à venir une nourriture qui aura saveur de la gratuité aux dépens du tyran.

Aujourd
hui, jeudi 6 août 2009, ce sont plusieurs dizaines de personnes dhorizons divers qui se sont réunies dans ce Super U de campagne, tous, réunis pendant une semaine pour affirmer en paroles et en actes leur opposition au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, pour marquer sensiblement le combat qui les oppose au nouvel ordre écologique.

Bien conscients d
avoir attaqué avec une violence inouïe le calme et la tranquillité de ce paisible supermarché de campagne, davoir sauvagement détruit le moral des salariés prêts à défendre corps et âmes leur lieu de travail, davoir entraîné jusquà son effondrement un espace de partage, de convivialité et de rencontre, nous nous sommes introduits dans ce magasin pour y faire régner le plus grand désordre possible et imaginable.

Soucieux cependant d
être en adéquation avec lesprit du camp Action Climat et dune lutte effective et conséquente contre le projet d’aéroport, nous sommes ressortis du magasin avec plusieurs douzaines de sacs remplis daliments de base et de boissons de première nécessité, destinés à alimenter les cantines du camp.


Nous sommes aussi entrés dans ce supermarché pour affirmer notre autonomie avec bien plus de classe et de joie que n
importe quel entrepreneur. Cest un rituel qui a été transgressé. Entrer. Choisir, en jugeant du rapport qualité-prix, aguiché par les montagnes de choses étalées de façon obscènes. Enfin, poireauter à la caisse et verser son argent comme une obole en ayant limpression de se vendre soi-même, par léchange du temps et de la peine quil a fallu pour obtenir cet argent. Tout ça dans une ambiance asceptisée et froide animée dun subtil jeu de caméras, vigiles et portiques sonores.

Vous l
aurez compris, cette cérémonie sucsite suffisamment deffroi pour vouloir en finir avec ce cathéchisme économique.

S
organiser pour la subsistance semble impensable sans lattaque du dispositif supermarché. Que se nourrir devienne une expérimentation communiste !!! Soudés un temps pour mettre à mal un des temples de la marchandise nous a ouvert lappétit beaucoup plus que lorsque nous étions assujettis au portefeuille. Cette autoréduction a été une revanche joyeuse. Et le partage du butin prolonge le pied-de-nez fait aux conventions, aux codes et obligations du monde marchand. Mais rassurez-vous dautres coups sont possibles : les potagers collectifs, le vol à létalage et autres pratiques de bandits de grands chemins.

Bien entendu, là n
est pas le fond du problème. Car si les détracteurs sagitent ce nest pas parce que telle action a eu lieu mais bien parce quelle a été subversive.

Ce que traduit cette autoréduction, c
est lenvie dinscrire cette semaine dans laccroissement du rapport de force face aux institutions que connaissent les luttes en France, depuis les émeutes qui ont secoué l’élection de Sarko. Quun nouvel aéroport se construise ou quun Super U de campagne se modernise, cela traduit toujours le même effondrement des territoires dans lesquels ils simplantent.

Ainsi, nous ne voulons pas nous engouffrer dans une voie qui respecte sagement les règles du jeu démocratico-judiciaire, comme le veulent certains, dans les luttes écolos et aussi à NDDL.

Le geste qui allie à la fois une plus grande offensivité et la possibilité d
un plus grand partage, compte plutôt entrer en résonnance avec un autre état desprit.

AVEC celui des fins stratèges qui ont su profiter d
un pique-nique famillial pour saboter des carrotages de terre pour le barreau routier de NDDL.

AVEC le sarcasme des ouvriers qui menacent de faire sauter l
usine, séquestrent leur supérieurs pour avoir la plus grosse prime possible.

AVEC les assaillants de Strasbourg au printemps dernier.

Ou, pour revenir quelques années en arrière, AVEC l
esprit de Plogoff, du Carnet ou du Pellerin qui a empêché que des centrales se construisent en Bretagne.

Si ces luttes ont été victorieuses ce n
est pas grâce au blabla administratif ou à des grands discours, mais plutôt à des attaques ciblées sur EDF, à une solidarité à toute épreuve, à un savant équilibre entre inventivité et offensivité, à un attachement profond au territoire et au refus de plier devant la police. Nous sentons bien, pour lavoir vécu, quil y a plus de sens et deffectivité lorsque de tels partages parcourent nos révoltes, que lorsque nous cherchons à ce quelles soient reconnues par nos ennemis.

C
est lesprit de Plogoff quil nous faut retrouver et réinventer.

Une horde daffamés
Indymedia Nantes, 6 août 2009.



Un supermarché pris pour cible


Une cinquantaine de personnes a pillé le magasin hier midi. Des fusées de détresse ont été tirées en direction des gendarmes. Hier soir, personne n’avait été interpellé.

Midi dix, hier. Les caissières du supermarché Super U de Vigneux-de-Bretagne n’en croient pas leurs yeux. Un commando d
une cinquantaine de personnes sengouffre comme un seul homme dans leur magasin. Les intrus se déplacent le visage dissimulé sous une cagoule ou sous une écharpe. Certains sont munis de bâton. Et tous sont armés dune détermination sans faille.

Ils prennent possession des rayons. Brisent une vitrine et font main basse sur le matériel hi-fi (appareils photo, lecteurs MP3…). Se servent en bouteilles de vin, spiritueux et alimentation. Frappent le directeur du magasin ou un employé qui tente de sinterposer. Puis, cinq minutes après leur irruption, les pillards ressortent les bras chargés sur le parking du Super U.

Aucun gendarme blessé

«Afin de couvrir leur fuite à pied à travers les broussailles, ils ont alors tiré en direction des forces de l’ordre qui arrivaient à ce moment-là des fusées de détresse et des fusées artisanales», confie une source proche de l’enquête. Par chance, aucun gendarme n’a été blessé.

Un important dispositif de recherches a été déployé : hélicoptère, équipe cynophile… Au total, une cinquantaine de militaires ont été mobilisés. L
état-major de la gendarmerie a aussi pu visionner les images capturées par les caméras de vidéosurveillance du magasin pour tenter didentifier les pillards. Mais hier, en milieu de soirée, personne navait encore été interpellé.

«Mouvance anarcho-autonome»

Le regard des enquêteurs se tournait vers
«des représentants de la mouvance anarcho-autonome venus en marge du Camp action climat organisé cette semaine à Notre-Dame-des-Landes».

«Nous sommes face à des partisans de l’extrême gauche radicale, qui s’expriment par la violence et que nous retrouvons régulièrement lors de différents rassemblements de contestation sur la voie publique», analyse une source proche du dossier. Hier, la gendarmerie promettait un renforcement des contrôles autour du camp action climat, dans la commune voisine de Notre-Dame-des-Landes.

Après lattaque du Super U de Vigneux, contrôles renforcés dans le secteur
Plusieurs compagnies de gendarmerie ont détaché des hommes tout spécialement.
Depuis lattaque du Super U de Vigneux-de-Bretagne hier midi, des moyens supplémentaires ont été engagés sur le terrain, pour éviter toute nouvelle action violente et renforcer les contrôles sur réquisition du procureur. Depuis le «pillage organisé» dhier, personne na été interpellé. La quarantaine d’«envahisseurs» est passible de poursuites pour «violences volontaires» et «vol en réunion».  Sur les lieux, «six ou sept» fusées de détresse ont été retrouvées par les gendarmes, qui répètent que ces engins sont «très dangereux».

Leur presse (Jérôme Jolivet, Presse-Océan), 7 août.



Traque des gendarmes après l’attaque au Super U


Un groupe masqué a fait irruption, hier, dans un supermarché de Vigneux-de-Bretagne. D’après le personnel, ils se réclamaient du mouvement anti-aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

13h


Coup de fil à la rédaction : une responsable du Super U de Vigneux-de-Bretagne est en alerte. Un groupe d’une dizaine de personnes, masquées et munies de barres de bois, a fait irruption dans le magasin. Ils ont volé de la nourriture et de lalcool, brisé une vitrine contenant du matériel high-tech, molesté le personnel, explique-t-elle.


Un peu plus tard, plusieurs camions de gendarmerie sont en position devant le Super U. À lintérieur du magasin, le personnel est sous le choc. «Je courais derrière les voleurs, je leur ai demandé de venir discuter, témoigne le responsable du magasin, Patrick Delhommeau. Jai été frappé au visage et à la cheville. Un homme qui travaillait à côté et qui sest interposé a aussi pris des coups.» Une dizaine demployés étaient présents, mais nont rien pu faire. Lun dentre eux raconte : «On était complètement impuissants, ils étaient en surnombre [ndlr. les gendarmes parlent dune quarantaine dintrus]. Ça faisait film ! Ils se réclamaient du mouvement contre le projet daéroport de Notre-Dame-des-Landes.» Les intrus ont pris la fuite en lançant des fusées de détresse en direction des gendarmes.


15h30


Un important dispositif est déployé. Plus tôt, un hélicoptère a décollé. Ils sont une cinquantaine de militaires mobilisés, venus de plusieurs compagnies pour retrouver les auteurs de lopération. Les véhicules se dirigent sur le site de Notre-Dames-des-Landes. Une semaine de mobilisation contre le projet daéroport sy tient actuellement. Peut-on parler dun lien avec lattaque du supermarché ? «Peut-être, mais on nen a pas la certitude», confie une source proche de lenquête. Pour lheure, aucune preuve matérielle ne permet de confirmer cette piste.


Dans les bois, une trentaine de gendarmes avancent derrière les chiens de léquipe cynophile. File indienne à pas de loups, en silence. Peine perdue : une partie du dispositif est levée, sans quaucune interpellation nait eu lieu.


17h


Déclaration dYvan Auriel, procureur de la république adjoint à Nantes : «Lobjectif est simple : interpeller les auteurs et retrouver les fusées tirées sur les gendarmes». Les engins étant potentiellement mortels, le parquet pourrait retenir la qualification de tentative dhomicide, si la dangerosité des fusées le justifiait. «On ne peut pas laisser passer ces faits dagression caractérisée», estime-t-il.


Hier soir, une soixantaine de gendarmes étaient toujours à pied d’œuvre sur le site de Notre-Dame-des-Landes. Ils procédaient à des contrôles didentité tous azimuts.

«Nous n’allons pas soutenir ce type d’action»
Dominique Fresneau, président de l’Acipa (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes) : «C’est clair, ce type d’action nuit fortement à la Semaine de la résistance. Nous n’avions pas besoin de ça, de cette publicité. Pour nous, il ne s’agit pas de gens du Camp Action Climat (NDLR : Même si ce camp s’intègre à la Semaine de la Résistance réunissant différentes associations comme l’Acipa ou Attac, il est indépendant dans son fonctionnement). Ils n’ont d’ailleurs nullement revendiqué cette action. S’il avait fallu condamner la société de consommation la cible aurait été un hypermarché mais pas un petit “Super U” qui est loin de tout ça.»
Sylvain Fresneau, agriculteur de Notre-Dame-des-Landes, membre de l’Acipa : «Nous n’allons certainement pas soutenir ce type d’action. Nous, on agit toujours ouvertement et jamais violemment. À l’origine de cette action, il ne faut pas forcément y voir des gens du Camp Action Climat.»
Une porte-parole du Camp Action Climat : «On ne l’a pas revendiqué. On n’a pas voté pour avoir un avis là-dessus. Chacun a ses réflexions propres. Il n’est donc pas possible de vous donner la position officielle du CAC.»

Le préfet de Loire-Atlantique : «Je condamne fermement ces agissements qui surviennent après l’envahissement et la dégradation, lundi, d’un local de Nantes métropole. S’il convient d’éviter tout amalgame entre ces comportements et la manifestation pacifique actuellement en cours contre le projet de transfert de l’aéroport de Nantes sur le site de Notre-Dame-des-Landes, chacun doit garder à l’esprit que cette contestation ne saurait justifier une quelconque forme de violence.»


Leur presse (Clémence Holleville, Ouest-France), 7 août.

 

L’attaque du Super U pourrit la vie des décroissants


À Notre-Dame-des-Landes, le Camp action climat rassemblait dans la bonne humeur décroissants et opposants à laéroport. Mais hier soir, le Super U a été dévalisé par une bande de jeunes encagoulés. Et lambiance du camp en est un peu chamboulée…


Le diable est dans les détails, mais pas que. L’utopie cohabite avec le réel. Et le réel, ce matin à Notre-Dame des Landes, c’est un fait-divers qui s’est déroulé à quelques kilomètres du camp : une quarantaine de quidams cagoulés ont effectué une razzia dans le Super U du coin.  Ils ne cherchaient pas d’argent, mais des victuailles, dans la grande tradition des «auto-réductions» pratiquées par les autonomes dans les années 1970 et 1980. L’auto-réduction ne s’est pas, cependant, déroulée sans quelques bousculades avec les employés et le directeur du supermarché.


Une fois leur sac à dos rempli, les jeunes protégeaient leur fuite, à pied, en lançant des fusées de détresse à une escouade de gendarmes accourus. Du coup, ces derniers ont fait chou blanc et les fuyards courent toujours même si, à l’arrière du camp, une banderole propose aux personnes présentes de se servir dans le butin d’épicerie déposé à même le sol, afin d’organiser un festin bien mérité. Impossible de savoir, bien sûr, si ceux qui traînent là ont un quelconque rapport avec le raid du Super U…


Le camp d’en face, comme on dit ici pour désigner les partisans de l’«Ayrault-port», a bien entendu immédiatement profité de l’occasion offerte d’assimiler décroissants et opposants à l’aéroport avec les jeunes délinquants radicaux. Toutes proportions gardées, l’amalgame ressemble un peu à celui de l’affaire Coupat.


«On a tendu les verges pour se faire battre, regrette un organisateur. Eux ils ne font que leur job.» Ledit job consiste en des gros titres de la presse locale, un déploiement policier spectaculaire et l’engagement du préfet de pourchasser les responsables.


En fait, l’attaque du Super U provoque une montée de la tension entre le comité local qui lutte contre l’aéroport et le Camp action climat dont il a accepté la présence sans bien savoir à quoi il s’exposait. Organisés sur une base libertaire, refusant tout chef ou porte-parole, les militants du camp ne se sont pas prononcés sur l’affaire du Super U.


L’inspiration des jeunes est-elle géographique, s’inspirant des Camps action climat anglais organisés par des écolos-radicaux ? Est-elle davantage historique, renouant avec le fil des autonomes français de l’ancien temps ? On n’en saura rien, car on ne trouve pas une aiguille dans une botte de foin, surtout quand on ne se sent pas l’âme policière…


Quoi qu’il en soit, l’incident a déjà provoqué une conséquence politique importante localement : les maires des villages du coin ont annulé leur participation à une conférence de presse contre l’aéroport prévue ce matin. Mais sur un chemin qui mobilise depuis des dizaines d’années les opposants à l’aéroport, il s’agit tout au plus d’un tout petit caillou…


Leur presse (Philippe Cohen, Marianne), 7 août.
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Vendredi 3 juillet 2009
La bande cagoulée pille le Leclerc

Mercredi soir, en un éclair, une véritable horde a fait main basse sur du matériel électronique avant de s’enfuir. La veille, des employés de caisse présumés indélicats avaient été mis à pied.

Coup de chaud au centre commercial Leclerc d’Étampes (Essonne). Ce nouveau magasin, qui a
ouvert ses portes en avril dernier, est sous tension depuis plusieurs jours. Mercredi soir, le centre commercial a subi une véritable attaque en règle. À l’heure de la fermeture, vers 20h30, une grosse vingtaine d’individus, cagoulés pour la plupart, ont pénétré dans l’espace culturel du magasin, se ruant sur les ordinateurs portables, les consoles de jeu, les téléviseurs à écran plat et les MP3.

«Cela n’a pas duré plus de trente secondes, les vigiles n’ont même pas eu le temps d’intervenir», témoigne Gaspar Cerqueira, le PDG du magasin. L’un des jeunes cagoulés a même tenté de briser une vitrine avec une pierre pour voler ce qui s’y trouvait.

«Cela ressemble à une opération-commando, il y a une notion de territoire dans ces actes graves et inacceptables»

Les voleurs avaient à peine quitté les lieux qu’une patrouille de la brigade anticriminalité (BAC) et un équipage du commissariat local arrivaient sur place. Les bras chargés de matériel électronique, que certains ont laissé tomber dans leur fuite, ils se sont réfugiés dans le quartier tout proche de Guinette. Caillassés par les voleurs et d’autres jeunes du quartier venus en renfort, les policiers n’ont pu rattraper les individus et n’ont procédé à aucune interpellation. Personne n’a été blessé mais le préjudice est important pour le magasin : près de 8000 € de matériel a été dérobé.

«En vingt-cinq ans de métier, j’ai connu bien pire, relativise Gaspar Cerqueira. Ce n’est que de la marchandise, aucun de mes employés n’a été blessé et c’est ça l’essentiel.» Frank Marlin, député-maire (UMP) d’Étampes, ne voit pas les choses du même œil. «Cela ressemble à une opération-commando, il y a une notion de territoire dans ces actes graves et inacceptables. Il ne s’agit pas d’un libre-service tout de même…» L’élu s’est rendu sur place hier matin pour réconforter le personnel.

Pour le magasin et son gérant, c’est un second coup dur en peu de temps : mardi, lors d’un contrôle, la direction s’était rendu compte que certains de ses employés de caisse omettaient de comptabiliser certains produits. Tout ça au profit d’amis ou de membres de leur famille. Six personnes ont été placées en garde à vue dans cette affaire. Et alors que la police tente d’exploiter la vidéosurveillance pour faire avancer l’enquête liée au vol géant de mercredi, la tension est loin d’être retombée aux abords de cette grande surface. Hier après-midi, la police a interpellé trois personnes qui s’en prenaient verbalement à un vigile après un «regard de travers»…

Leur presse (Louise Colcombet, Le Parisien), 3 juillet 2009.
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Jeudi 2 juillet 2009
Nous ne voulons ni être contrôlés ni gérés
Nous voulons plus d’argent


Lettre ouverte des CAFards aux agents de la CAF

Il y a plusieurs semaines, nous sommes allés collectivement à la CAF de Rosny pour tenter de régler certains dossiers bloqués depuis des semaines, voire des mois, et pour lesquels les allocataires concernés n’arrivaient à obtenir aucune réponse. Trois vigiles étaient sur place pour contenir la colère des allocataires face à des files d’attente toujours plus longues, face aux dysfonctionnements de la CAF, face aux trop-perçus… Signe des temps, on préfère investir dans le maintien de l’ordre plutôt que de payer trois agents de la CAF supplémentaires. On préfère réprimer. Mais combien de temps cela tiendra-t-il ? Combien de vigiles faudra-t-il pour contenir une colère qui ne peut que s’accroître avec la crise actuelle ? C’est vrai qu’il y a toujours moyen d’appeler la police. Ce que la directrice de la CAF n’a pas hésité à faire — appeler la police tout de suite sans prendre le temps de discuter avec nous. Symptôme d’une peur panique que l’institution soit débordée par les allocataires.

Pour certains d’entre-nous, les allocations de la CAF sont nos seuls revenus. Les supprimer, c’est nous priver de l’argent nécessaire pour manger et pour payer nos loyers. Pour d’autres, il constitue un complément de revenu indispensable pour finir le mois. Ce constat fait, il nous est impossible de rester les bras ballants en attendant que l’argent tombe ou pas. Nous voulons avoir prise sur les décisions qui nous concernent — contester une décision, exiger des explications, rétablir des droits, etc. Nous voulons agir contre cette politique qui nous suspecte systématiquement de fraude pour mieux nous radier. Mais c’est quoi un fraudeur ? Quelqu’un qui se débrouille avec le RMI pour pouvoir vivre ? Comment pensez-vous que l’on vit avec 400 euros par mois ? On file des milliards aux banques, des millions aux patrons et on supprime les miettes aux pauvres. C’est quoi un fraudeur ?

Comme les salariés s’organisent au sein de leurs entreprises pour défendre leurs revenus, nous nous organisons au sein de la CAF pour défendre les nôtres. Défendre nos revenus, c’est s’organiser collectivement. À plusieurs, on a moins peur. À plusieurs, on comprend mieux. Si l’un n’a pas compris, a quelques soucis avec le langage administratif, un autre peut traduire. À plusieurs, on partage nos expériences, nos situations. On fait en sorte que le savoir ne soit pas d’un seul côté du guichet. Si vous omettez — par oubli, par fatigue, par énervement, par zèle, par consignes venues d’en haut, d’évoquer telle ou telle possibilité de régler le dossier d’un allocataire le plus en sa faveur, nous sommes là pour vous le rappeler. À plusieurs, on rétablit un peu d’égalité entre les deux côtés du guichet.

Pourquoi vous écrire ? Nous ne voulons ni être gérés ni contrôlés et nous voulons plus d’argent. Nous sommes venus vous le dire, arracher ce que nous pourrons, mais aussi discuter avec vous de votre travail et de nos situations. Vous nous dites que ce n’est pas de votre faute. Mais, c’est à vous que nous sommes confrontés chaque jour. C’est vous qui nous traquez, nous radiez, et parfois même nous balancez à la police si nous sommes sans-papiers. Vous dites que vous n’avez pas de moyens, qu’il vous faut plus de temps et plus d’effectifs. Si ce temps et ces effectifs servent à faire tourner la machine pour qu’elle nous écrase plus efficacement, alors nous n’en voulons pas. Pour autant, certains agents ne nous considèrent pas comme des parasites, tentent de se battre contre l’uniforme du flic en civil qu’on veut leur mettre sur le dos, nous reçoivent au mieux, tentent de régler nos dossiers le plus favorablement, nous donnent les explications et les informations qui nous concernent, et voudraient bien qu’aucun de nous ne reparte sans un sou. C’est à eux que nous voulons nous adresser, voir si nous pouvons avoir des intérêts communs, pour discuter de ce que c’est qu’être agent de la CAF, ce que c’est qu’être un allocataire en sursis, et peut-être agir ensemble pour enrayer cette machine. Si possible en l’absence de la police… Promis, nous on les appellera pas.

Plutôt chômeurs que contrôleurs
Plutôt CAFards que CAFteurs

27 juin 2009 - Extrait du journal des CAFards,
collectif de précaires de la Clinique occupée à Montreuil.

Rendez-vous les premiers et troisièmes mardi du mois à la Clinique, bâtiment occupé au 42 boulevard de Chanzy à Montreuil, face au marché (Métro Croix-de-Chavaux).

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Dimanche 21 juin 2009
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Jeudi 30 avril 2009
Les manifs étudiantes
se transforment en pillages à Caen


En mars, deux supermarchés ont été victimes de pillages. Les auteurs : des étudiants en rogne «contre la crise et les réformes».

Pour les clients du centre commercial de la Côte-de-Nacre, près de la cité universitaire, il est habituel d’être accueilli par des étudiants distribuant des tracts. Surtout depuis le mois de janvier. Mais là, le 24 mars, les choses ont dérapé. Entre 200 et 300 étudiants ont quitté la manifestation qui défilait dans les rues ce jour-là et bloqué les trois entrées du centre commercial. À l
aide de caddies renversés ou de poubelles.

Des clients ont pu montrer leur désapprobation, mais les manifestants ont été «violents verbalement y compris avec des personnes âgées», témoigne-t-on au magasin Carrefour. Le blocage a duré une heure, sous l’œil de la Police et sans dégradations.

Ils jouent les Robin des Bois

Une semaine plus tard, le 31 mars, en marge d’une manifestation toujours, c’est le Leclerc de la rue Lanfranc qui a été pris d’assaut. Là, de la marchandise volée par une centaine d’étudiants — de l’alimentation pour environ 2000 € — a été redistribuée à des passants des quartiers voisins. Certains, d’ailleurs, ont décliné l’offre.

«Ne pas être d’accord avec les futures lois n’est pas une raison pour piller les magasins, non seulement c’est désagréable», réagit le PDG du magasin, Bernard Gruau, qui a
«reçu quelque chose sur la tête» au passage, «mais en plus c’est nul». Déçu de ne pas avoir été prévenu par les renseignements généraux, il regrette aussi que la Police ne soit pas intervenue : «le Préfet n’a visiblement pas voulu en donner l’ordre».

Autoréduction idéologique

Le principe de ces interventions à la
«Robin des Bois» n’est pas nouveau. Il relève de l’autoréduction, un terme anarchiste qui désigne une action visant à imposer par la force la baisse de prix de biens de consommation, voire carrément à se passer de payer le prix ! À son propre profit ou au profit de plus pauvre.

Les étudiants d’aujourd’hui, qui semblent vouloir remettre au goût du jour cette vogue des années 70 (d’autres actions de ce type ont été relevées depuis décembre dernier à Paris, Genoble, Rennes ou encore Toulouse) justifient leurs razzias caritatives par les réformes universitaires et — le lien n’est pas plus évident — par la crise !

«D’habitude, tout se passe bien lors des tractages», témoigne un directeur de grande surface, «là, ce n’est plus de la contestation, c’est un amalgame de tout et qui n’a plus rien à voir avec le décret Pécresse».

Le directeur du Leclerc de la rue Lanfranc n’est pas étonné : «En quarante ans de carrière, j’en ai vu des producteurs de fruits, des pêcheurs, des routiers … la grande distribution est une cible facile».

Du côté de la Police, on rassure. «Le noyau de meneurs est composé d’une dizaine d’irréductibles — toujours les mêmes — issus du milieu d’extrême-gauche et anarchiste», explique le commandant Seneca, chef d’État-Major de la Police du Calvados.


Si ce type de manifestation «peut être dangereux en cas de mouvement de panique» ou d’affrontement avec les policiers, le commandant fait bien la distinction entre «ce qu’on peut appeler un mouvement social ou étudiant et des violences urbaines sur fond d’émeutes».

Le noyau d’activistes caennais à l’origine de ces révolutions en caddie ne semble d’ailleurs pas en capacité de mobiliser des troupes importantes. Reste que l’autoréduction pratiquée le 31 mars à Caen s’apparente à du vol (de l’«extorsion» selon les juristes). Les syndicats, selon une autre source policière «n’auraient rien à voir» avec ces deux blocages. Sur le site Internet «officieux» de la fac de Caen, elles sont décrites sur un ton épique qui doit faire sourire certains révolutionnaires dans leurs tombes.

Des tracts distribués par les étudiants annoncent la reprise des actions contre les magasins devaient reprendre après les vacances.

La précarité justifie la violence — L’autoréduction est une action d’un groupe de consommateurs ou d’usagers imposant au fournisseur la baisse du prix d’un produit ou d’un service. Ce type de «réappropriation prolétarienne» a été systématisé par le mouvement autonome des années 1970.

Autoréduire et réduire — L’autoréduction peut exiger une diminution du prix, la gratuité du bien (détournement, piratage, vol etc.) ou encore prendre la forme de pillages de supermarchés.

Le communisme, c’est du vol ? — Dans les années 70, on parlait aussi de «communisme immédiat». Avec la crise économique de 2008, l’autoréduction redevient un moyen d’action en vogue chez les associations de chômeurs et de sans-papiers.

Leur presse (Isabelle Petiot, La Manche libre), 17 avril 2009.
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Jeudi 9 avril 2009

«L’honnêteté ne consiste pas à ne jamais voler, mais à savoir jusqu’à quel point on peut voler, et comment faire bon usage de ce qu’on vole.»
Samuel Butler

Le 29 janvier était une bonne date pour entreprendre une action à l’encontre de ceux qui, à défaut de nous rendre la vie moins chère, font toujours plus de propagande publicitaire pour nous faire croire le contraire. Jour de grève générale, occasion de déployer un très large panel de revendications, de la vie chère à la casse des services publics, en passant par les licenciements et le chômage de masse, l’exploitation du plus grand nombre par une économie dévoyée et la destruction lente des moyens de production traditionnels par une grande distribution toujours plus vorace… Ce jeudi matin à 10 heures, c’est donc près d’une cinquantaine de personnes qui, à l’initiative du Collectif de Chômeurs, Chômeuses et Précaires de Lille et exaspérées comme beaucoup par les conditions de vie imposées au plus grand nombre par l’économie capitaliste, se sont données rendez-vous près d’une station de métro pour se lancer dans une opération de redistribution à l’encontre du magasin Match des Halles, au centre ville de Lille.

Depuis des mois, c’est un mode d’action qui n’a cessé d’être utilisé contre les magasins de la grande distribution partout en France, à Paris, Rennes, Toulouse ou Grenoble. Le but étant de se réapproprier les produits de première nécessité, afin de les redistribuer à ceux qui en ont le plus besoin : précaires, SDF, chômeurEs, Rroms et sans-papiers. Ces «autoréductions» sont accomplies en tout lieu où il s’avère nécessaire de redistribuer les richesses, c’est-à-dire partout : la précarité n’est plus un phénomène de marge, elle est un phénomène de masse. Méthode peu appréciée des patrons, ceux de la grande distribution contre-attaquent. Au Monoprix du Faubourg-Saint-Antoine à Paris, on accuse les «redistributeurs» d’avoir été autocratiques. À Lyon, certains ont été condamnés pour vol organisé. Mais les accusations ne doivent pas cacher la réalité : les voleurs ne sont pas chez les précaires, ils sont chez ceux qui fixent les prix…

À Lille ce jeudi, il fallait tout d’abord attendre qu’à l’intérieur, des camarades remplissent leurs caddies de victuailles et produits de première nécessité, avant que l’invasion ne puisse se mettre en route. Lorsque la dizaine de chariots fut garnie, c’est-à-dire vers 11 heures, la trentaine de personnes en attente a pénétré dans le supermarché, déployé banderoles en faveur des précaires et contre le système capitaliste, tout en scandant «Contre la loi du fric et des patrons, grève, grève, réquisition !» Dans un même temps, une négociation de longue haleine a été entamée avec le propriétaire du magasin, afin qu’il laisse partir la dizaine de caddies gratuitement. Un geste pour le pouvoir d’achat, était-ce trop demander ? Les affiches du magasin annonçaient pourtant «Douze jours gratuits». Avait-on mal compris le message ? Non, on n’avait simplement pas lu la petite étoile qui, comme sur chaque mensonge publicitaire, renvoie en bas d’affiche aux conditions d’application dudit mensonge et qui ici prétendait à la seule «gratuité» de certains produits sélectionnés par l’Enseigne. C’est donc pour ça que le directeur n’a rien lâché. Alors que toutes les caisses étaient désormais bloquées, le directeur a choisit l’option d’inviter la police nationale.

Après une ultime négociation, les flics sont entrés de force dans le magasin, poussant sur les militants anti-précarité, avant d’en aligner une partie contre le mur et de filmer les visages les uns après les autres. L’autre partie, d’abord repoussée dans les rayons, a pris l’initiative de s’enfuir par les entrepôts. Mais au final, tout le monde s’est retrouvé juste devant les grilles, pendant qu’une rangée de policiers empêchait l’entrée du magasin. Pas d’arrestation. Les caddies n’ont pas pu sortir, mais on peut se rassurer, car les clients ne pouvaient plus entrer. Une matinée de perdue pour un supermarché, c’est autant de répit pour le porte-monnaie de ses clients. La dispersion n’a pas tardé, car il était temps d’aller bloquer l’ANPE : la précarité, ça ne s’arrête jamais…

Si l’on doit retenir une chose, c’est bien le mensonge des publicités. Celle de Match nous promettait que le directeur était ligoté, on s’est aperçu qu’il était assez libre pour appeler la police. On en sortira moins naïfs, mais pas moins précaires.



11h. On déploie les banderoles. 11 heures. On déploie les banderoles.

11h. On déploie les banderoles.

Jour de grève générale. L’occasion de revendiquer autrement la redistribution des richesses.
Jour de grève générale. L’occasion de revendiquer autrement

la redistribution des richesses.

Les caddies sont remplis de produits de première nécessité

Les caddies sont remplis de produits de première nécessité.
Couches et lait pour bébé, nourriture de base, etc

«Profitez-en ! On a attaché notre directeur.»
Le collectif de précaires souhaite négocier avec le directeur, et non passer en force. Mais la direction du magasin ne lâchera rien : «On n’aime pas la méthode». Et va même jusqu’à mentir : «On donne au Resto du cœur» — ce qui n’est pas vrai, nous disent discrètement les employés du magasin…

Les caisses sont bloquées 2h au total.
Les caisses sont bloquées deux heures au total.
Le magasin perd plusieurs heures de chiffres d’affaire, mais préfère ne rien céder. Pourtant, laisser les dix caddies passer et continuer à faire tourner le magasin aurait été à l’avantage du magasin en termes financiers.

On bloque l’entrée du magasin avec des caddies.

On bloque l’entrée du magasin avec des caddies.
La direction a appelé la police. Le collectif de précaires souhaite résister.

Les forces de l’ordre entrent en force…
Les forces de l’ordre entrent en force…

… et réquisitionnent consciencieusement les caddies réquisitionnés… et réquisitionnent consciencieusement les caddies réquisitionnés.

… et réquisitionnent consciencieusement les caddies réquisitionnés
… et réquisitionnent consciencieusement les caddies réquisitionnés

13h. Les forces de l’ordre bloquent l’entrée du magasin.
13 heures. Les forces de l’ordre bloquent l’entrée du magasin.
Match ferme ses portes. Au total, le supermarché aura perdu trois heures.

Eunous (texte), Julie Rebouillat (photos)
Contre-Faits, Collectif de photographes, reporters,
activistes & auteurs
,
30 janvier 2009.
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Mercredi 8 avril 2009
Petites précisions et réflexions suite à notre histoire

Tous ces dialogues,  négociations, réactions, démarches, paroles juridique ou témoignages de parts et d’autres, révèlent clairement le paradoxe qui rend ces poubelles si difficile à libérer.

D
un côté on nous dit : «’Fallait demander avant», de l’autre, il apparaît que donner, ou même fermer les yeux sur la récup, c'est risqué pour celui qui accepte. Celui ci devant en effet veiller à la bonne destruction de ses déchets !

Tout arrangement ne paraît alors pouvoir qu
être informel pour ne faire de tort à personne.

Que de précautions à prendre pour sortir ces denrées des poubelles !!

Les dernières récups que l
on a pu faire en sont lexemple type.

Rappelons que désormais pour ne plus être en infraction, nous  y allons à 6 heures du matin les jours de sortie des poubelles du local, juste avant le passage de l
éboueur. Durant ce  laps de temps  théoriquement les poubelles nappartiennent plus à personne.

Pourtant le gérant insiste pour que nous n
y touchions pas avant larrivée de léboueur afin de lui demander à chaque fois son accord ou plutôt sa tolérance … sauf quune fois quil arrive, même si lui aussi est scandalisé par tout ce gâchis, il est évident quon ne peut pas le retarder dans son travail…

Tout ça souligne une fois de plus l
exception française en matière de sécurité poussée à labsurde. (Apparemment certains pays comme lAllemagne redistribuent sans tant de chichi aux associations.)

Aussi, suite à l
ampleur médiatique qua pris cette affaire et en réponse à certaines réactions, nous tenons à préciser que nous ne sommes ralliés à aucun groupement politique ou autre.

Nous sommes des particuliers soucieux des causes environnementales et de la préservation des libertés individuelles et collectives.

Ps : Nous venons de mettre en place un blog, afin de discuter, et réfléchir ensemble a des actions possibles, pour changer les choses.

Donc, pour ne pas saturer la boite mail, et pour simplifier la démarche, nous vous tiendrons au courant de nos avancées, via ce blog. Faites-en de même…

Voilà l’adresse : http://voleursdepoubelles.eklablog.com

Merci encore pour votre soutien.

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Mardi 31 mars 2009

Salut à vous,
et encore merci pour votre soutien.

On n’était pas bien nombreux hier pour soutenir Nath au tribunal de Nîmes.

Arrivés à 14 heures on a poireauté jusqu’à 19 heures bien passées pour qu’enfin il passe devant le juge.

Pas vraiment une grosse affaire donc, pas prioritaire.

Finalement on sort rassurés, Nath est acquitté, le juge lui aussi trouve ça scandaleux d’envoyer quelqu’un au tribunal, pour avoir recupéré de la nouriture dans les poubelles.

C’est bon signe, pour la suite de notre mouvement, de libération des poubelles

Tcho.

Courriel du 31 mars 2009.
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Vendredi 27 mars 2009
Criminalisation de la pauvreté

Ce lundi soir 16 mars 2009, à Quissac (Gard) trois individus ont été arrêtés lors d’une récupération de nourriture dans les poubelles d’un supermarché. Le déroulement de cette arrestation fut complètement démesuré : braquage, demande de se coucher au sol, plaquage sur les capots des voitures, menottes, provocation… Elle s’est suivie d’une garde à vue, la soustraction de nourriture dans les poubelles étant considérée exactement au même titre qu’un vol.
Au lendemain matin cette garde à vue a été accompagnée d’une perquisition sur le terrain privé qui leur est prêté. Rien de reprochable n’a été constaté. Malgré ça, ils se retrouvent sommés de quitter les lieux au plus vite. Pourtant il semblerait totalement absurde que qui que ce soit se fasse expulser de chez lui suite à un vol en supermarché. Ou même qu’un squat se voit menacé d’expulsion suite à l’arrestation d’un de ses occupants pour récupération de nourriture dans les poubelles…
Aussi, la prise d’ADN désormais systématique à toute accusation et même suspicion (excepté pour les delits financiers), est imposée au trois accusés. (Notons qu’un prélèvement coûte au contribuable 400 euros par fiches et que l’on comptait déjà 800.000 fiches en 2007.) Soucieux de ce qu’implique cette nouvelle mesure au niveau des libertés de l’individu et de l’application de la justice, l’un d’entre eux refuse cette prise d’ADN.
Il se voit alors convoqué au tribunal le 29 octobre prochain pour ce refus considéré comme un nouveau délit…
Mobilisons-nous contre la criminalisation de la pauvreté.
Rejoignez le comité de soutien
des «voleurs de poubelles» !


Voleurs de poubelles, les trois de Quissac

Nous sommes ouverts à toute proposition de soutien et souhaitons que cette affaire fasse le maximum de bruit. On vous tient au courant de l’évolution du comité de soutien qui se monte au jour le jour.
Écrire à «Voleurs de poubelles».

Pour l
instant, on appelle les gens à saturer le téléphone de la gendarmerie de Sauve (04 66 77 50 05), afin de montrer le désappointement général, bien sûr en restant correct, pour ne pas desservir notre mouvement.

Enfin, en diffusant l
info, on a pris contact avec un autre voleur de poubelles mené lui aussi au tribunal pour son affaire. Apparemment il risque gros car il est accusé de fuite et dutilisation darme contre les vigiles qui lont interpellé : larme étant son camion avec lequel il a tenté de fuir !! Apparemment les vigiles laccusent davoir tenté de les écraser !! Et là cest sa parole contre celle des vigiles…

Il passe en procès ce lundi 30 mars à 14h30 à Nîmes, allons-y le plus nombreux possible.

Voilà, merci à tous, à bientôt.

Courriel du 27 mars 2009.


Précisions

Lundi 16 mars 2009. Comme à notre habitude, nous récupérions de la nourriture dans les containers à poubelles du supermarché Inter de Quissac (30) (deux cagettes de fruits et légumes divers, des produits laitiers, périmés du jour, yaourts, crèmes fraiches, fromages secs…) en tout, six cagettes de produits tout à fait consommables, malgré la date limite de consommation.

Quelle ne fut pas notre surprise lorsqu’en sortant du local, nous nous retrouvons encerclés par quatre gendarmes, dont un tout excité, qui nous braque avec son arme, en nous ordonnant de nous coucher à terre. Calmement, nous posons nos cagettes de récup, et tentons de les raisonner, en leur montrant bien que nous ne faisons rien de mal, si ce n’est sauver de la nourriture, avant qu’elle finisse dans des incinérateurs, ou des broyeurs.

Le gendarme au pistolet menotte quand même l’un de nous. On leur explique notre position et la raison de notre action (contre le gaspillage, convaincus que notre démarche est bien moins condamnable que celle des patrons de supermarchés, qui interdisent la récupération des denrées périmées, voire qui mettent de la javel dans les containers).

L’un des gendarmes nous dit qu’il en a «rien a foutre des problèmes de la société, que tout ce qui l’intéresse c’est son chèque à la fin du mois, et que de toutes façons, il n’est pas Français, et qu’à l’heure actuelle il préférerait être chez lui à regarder la télé.»

Ils nous fouillent, nous lisent nos droits, appellent une autre équipe, car ils n’ont pas assez de place dans leurs véhicules pour nous embarquer. Ils font une perquisition du camion avec lequel on est venu.

Un troisième véhicule arrive, vitesse excessive et gyrophare en marche. Nous sommes maintenant entourés par sept gendarmes, des brigades de Sauve et Quissac.

Ils ne peuvent pas nous emmener tous à la même brigade, car pas assez de cellules pour trois gardes à vue.

Je suis invité à mettre les mains sur le capot d’un des véhicules, nouvelle fouille, puis mains dans le dos et menottes.

Je m’installe donc dans la voiture qui vient d’arriver de Sauve, sans ceinture, car menotté.

On arrive à la brigade en ayant une fois de plus dépassé allègrement les limitations de vitesse.

Une fois dans la brigade, on m’installe sur une chaise et on m’enlève les menottes (pas mécontent, car c’est pas des plus confortable).

Le gendarme P. Ludovic s’occupe de moi et va prendre ma déposition. D’après lui demain matin le procureur devrait vite nous faire sortir.

Ma déposition est simple, mon seul tort et d’avoir enjambé le portail du local à poubelles, afin d’ouvrir à mes camarades. Ensuite je ne considère pas être un voleur, étant donné que ce que nous prenons était de toutes façons condamné à finir détruit.

Fin de la déposition, je passe la nuit dans la cellule (pas d’eau, pas de manger).

Réveil mardi matin. On ne va pas retrouver la liberté tout de suite ; les gendarmes veulent faire une perquisition, sur le terrain qui nous est prêté où nous vivons en camions. Le maire de Sauve, ainsi que le gérant du supermarché sont conviés à la visite de notre campement.

Ils cherchent des objets volés. Au final ils saisissent une tronçonneuse volée il y a plus de dix ans, et achetée aux puces.

Suite à ça le maire nous demande de partir dans les 24 heures !

En début d’après-midi, on nous invite à manger. Non merci.

Suite de la déposition, rien à nous reprocher de plus, mais vu qu’on est quand même des voleurs, ils veulent nous prélever notre ADN, nos empreintes, et faire une petite photo souvenir, en tant que personnes soupçonnées de crime ou de délit (soustraction frauduleuse de denrées alimentaires, par escalade, en réunion).

Je refuse absolument de me soumettre à ce prélèvement, considérant que je ne suis pas un criminel, et que je ne veux pas être fiché en tant que tel, et risquer de me voir accusé de je ne sais quel autre délit, sous prétexte que j’ai perdu un cheveu sur le lieu de ce délit une semaine avant.

Sachant qu’une tel procédure coûte 400 euros par prélèvement, et qu’avec une telle logique on va finir par pucer tous les gamins un peu trop turbulents, sous prétexte qu’ils risquent de nuire à la société, et qu’il faut les surveiller.

Le gendarme P. me dit que je suis un anarchiste, et que si les lois françaises ne me plaisent pas, j’ai qu’à partir, ou alors me présenter à la Présidence (il m’a pris pour Coluche).

Il me dit aussi qu’il regrette son ancienne brigade, où dans ce genre d’affaire, ils intervenaient à quinze, et frappaient avant de discuter. Il me dit aussi qu’il commence à en avoir marre de moi, et qu’il a autre chose à faire, de toutes façons il va m’envoyer en Maison d’arrêt, vu que je fais la forte tête.

En attendant retour dans la cellule, jusqu’à la fin de l’après midi, où on vient me chercher. On me demande de plier mes draps. Maison d’arrêt ou liberté ?

Le gendarme P. finit ma déposition, il me donne aussi une convocation pour le tribunal correctionnel pour le 29 octobre, pour refus de se soumettre aux opérations de prélèvement biologique (ADN) et au relevé signalétique (photos, empreintes). Il me dit qu’après cette convocation, fini la liberté, il s’occupera personnellement de moi !

En attendant, il me relâche.

Lendemain matin, on passe voir le directeur du supermarché, pour se présenter, et essayer de trouver un moyen ensemble de ne pas gaspiller toute cette nourriture. D’accord avec nous, sur le principe, il va en parler à son supérieur, mais il pense sérieusement que l’on ne va pas pouvoir changer le système comme ça. On verra bien !

Deux jours plus tard, rendez-vous avec le maire de Sauve, pour lui donner notre version de cette histoire, et tenter de négocier un peu de répit avant de déménager le terrain.

On voit tout de suite qu’il est vraiment gêné par cette affaire. Il nous apprend que lorsque les gendarmes l’ont appelé pour venir faire la perquisition sur le terrain, ils lui ont dit que nous avions été interpellés en train de voler dans le supermarché en pleine nuit. En oubliant de préciser que c’était les poubelles que nous volions. Il semble scandalisé par cette histoire : finir en garde à vue, menotté, braqué, fiché, pour avoir récupéré de la nourriture dans les poubelles. Malgré cela, il ne peut pas nous autoriser à rester sur sa commune, car il y a un arrêté communal interdisant le campement en camion.

On partira, mais il faut nous laisser le temps de trouver un autre terrain.

Lendemain matin, deux d’entre nous quittent le terrain. En chemin, ils croisent les gendarmes de Sauve et l’agent de police rural, qui viennent nous voir.

Ils veulent savoir si on était en train de partir. On leur répond qu’on ne va pas partir comme ça, qu’on a des choses à faire avant, et que nous ne bougerons pas sans un avis d’expulsion.

Visiblement, ils le prennent mal, ils vont s’occuper de nous personnellement et on ne va pas s’en sortir comme ça.

Pour le moment, pas de nouvelles, on va retourner voir le directeur du supermarché dans la semaine, et continuer à informer les gens des communes alentour, lors de nos passages sur les marchés. On compte organiser un rassemblement la semaine prochaine, certainement un gros pique-nique ou quelque chose du style devant la gendarmerie de Sauve.


Suite…

Hier on est retourné voir le gérant du supermarket Intermachin. On a réussi à s’arranger pour sauver les poubelles. Ce matin 6 heures, on est allés faire la récup, avant que le camion ne vienne les embarquer, les poubelles étaient à l’extérieur du local, donc pas d
effraction.

Grosse récup, comme d
hab.

Donc, y a moyen de négocier avec les gérants, il faut s
organiser, organisons-nous, discutons, on peut le changer ce système !

Ensuite, comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, hier, encore, on est passés voir les gendarmes, pour discuter, et savoir où ils en étaient par rapport à notre présence sur le terrain.

Le chef de brigade nous a rassurés. Il n
y a pas davis dexpulsion, ils ne peuvent rien contre nous, on est sur un terrain privé, ça dépend juste du maire, qui na rien contre nous. On est du coup beaucoup moins stressés. Il nétait même pas au courant que trois de ses agents étaient passés sur le terrain, voir si on allait partir (excès de zèle).

Voila, sinon, on va quand même continuer à informer les gens, pour que la récup devienne une évidence pour tous et qu
on arrête un peu de gaspiller.

On continue aussi de se battre par rapport au fichage abusif (prise d
’ADN), on va entrer en contact avec des avocats prochainement. On sera tous lundi au tribunal de Nîmes, pour soutenir Natanaël, qui passe en jugement, à 14h30, pour les mêmes raisons (récup de poubelles) : il est accusé par les vigiles qui lont interpellé, gazé, tabassé, davoir tenté de les écraser avec son camion … venez nombreux.

Voilà, encore merci pour votre soutien, je vous tiens au courant de la suite des événements.

Tcho…

Courriels, 25 mars 2009.
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Dimanche 22 mars 2009
«Réquisition» de marchandises
à Carrefour Grand Place - Échirolles

Fin d’après-midi agitée jeudi à lhypermarché Carrefour Grand Place dÉchirolles (Isère). Vers 17h15, un groupe dune trentaine de personnes — dont la majorité se trouvait le matin même dans la manifestation dans les rues de Grenoble — a pénétré dans le magasin, rempli sacs et cabas de denrées alimentaires et a tenté ensuite de sortir … sans payer. «Pas un vol mais une réquisition pour les salariés de Caterpillar en lutte», selon lun d'entre eux.

Une délégation reçue par le directeur de la grande surface

Ces «clients» aux pratiques peu communes ont été bloqués au niveau des caisses par les agents de sécurité de Carrefour qui ont rapidement reçu le soutien de policiers de la brigade anticriminalité et de la section d
intervention de Grenoble. «Tout est allé très vite», témoigne une commerçante de la galerie marchande, «ces personnes sont rentrées tranquillement dans Carrefour et ont tenté de ne pas payer. Les agents de sécurité sont intervenus puis ces policiers. Il y a eu une belle bousculade et maintenant ils sont là, assis.»


Dans cette bousculade, deux personnes ont été interpellées par la police alors quelles tentaient de fuir avec de la marchandise volée. Elles ont été conduites à lhôtel de police. Dans lhypermarché, leurs «amis» ont donc décidé de sinstaller derrière les caisses et ont réclamé un entretien avec le directeur du magasin. Ce dernier a accepté de recevoir une délégation.

À l
issue du conciliabule, le directeur de Carrefour, Éric Vargat, nous a confié avoir trouvé avec les militants «un terrain dentente» dont il na pas souhaité révéler les détails. «Les personnes que jai reçues mont expliqué vouloir effectuer un prélèvement pour les employés de Caterpillar. Nous avons trouvé une solution» sest-il contenté dexpliquer. Selon nos informations, il aurait accepté que le groupe reparte avec une dizaine de chariots de denrées de première nécessité. Le directeur de lenseigne naurait pas lintention de déposer plainte.

Le 27 décembre 2008, une opération similaire avait été menée dans le Monoprix situé rue Lafayette à Grenoble. Une trentaine de personnes étaient reparties avec 900 euros de marchandises … sans payer. Une «réquisition» pour les «sans-papiers et les familles vivant dans la précarité» avaient expliqué les participants qui avaient négocié leur sortie avec le responsable du magasin. Une négociation qui n
a pas empêché, début janvier, la direction nationale de Monoprix de porter plainte pour vol.

Presse jaune, 21 mars 2009
(Matthieu Estrangin, Le Daubé).


Exclusif : Le témoignage des «pilleurs» des magasins

Ces étudiants qui attaquent les magasins pour donner aux défavorisés.

En l
espace de deux semaines et deux manifs, deux grands magasins du centre ville toulousain ont reçu la visite des «Robins des Bois» ou de groupes apparentés. Lidée est simple : se servir directement dans les rayons soit pour un pique-nique improvisé sur place, soit pour emporter et redistribuer la nourriture aux pauvres. Une nouvelle forme de radicalité qui veut dénoncer la vie chère en marge de laction des partis politiques ou des syndicats. Cette jeunesse ne rêve plus du «grand soir». Mais, elle refuse la précarité et les nouvelles inégalités générées par la mondialisation, la crise boursière et son cortège de licenciements secs, douvriers jetés à la rue et de jeunes sans espoir et sans travail.

Violence symbolique ? Pas seulement. Le sociologue pointe une véritable «violence d
appropriation», quand le syndicaliste policier dénonce «du pillage» . Qui sont ces nouveaux «Robins des Bois» ? Quelles sont leurs origines sociales ? Leurs motivations ? Cette violence est-elle acceptable ?


Tim et de Jeff, deux étudiants au Mirail qui ont participé à l
action jeudi du Monoprix, sexpliquent.

Il s
appelle Tim, 23 ans, salarié étudiant au Mirail, fils de médecin. Ou Jeff, 24 ans, un keffieh autour du cou, veste treillis, en 3e année de psycho au Mirail. Ou encore Guillaume, 23 ans, en L2 sociologie au Mirail, ancien porte parole des grévistes, épuisé par un mois de lutte.

Tous trois sont engagés depuis plusieurs semaines dans le comité de lutte de luniversité du Mirail qui a multiplié les actions à Toulouse. Tous trois ont participé à des degrés divers dans des opérations de redistribution des richesses aux côtés de ceux que lon surnomme «Les Robin des bois». Tim se dit militant, non syndiqué, non organisé et non influencé. «Jai fait deux, trois mouvements, le CPE, la LRU. Jétais jeudi soir dans laction de blocage économique du Monoprix [La Direction de Monoprix s’est refusée à tout commentaire suite à l’intrusion des «Robins des Bois» jeudi soir dans son grand magasin, à Toulouse] à Toulouse. Jai participé il y a une semaine à lopération du comité Interlutte dans un autre supermarché de la ville, pour une action dautoréduction, avec distribution de nourriture aux plus démunis.» Jeff, fils dinstit, a repris le flambeau du Comité de lutte du Mirail. Lui se prétend syndicaliste révolutionnaire, anarchiste non violent, syndiqué à la FSE (Fédération syndicale étudiante). Il a fait partie du comité daction qui a organisé le blocage économique à Monoprix, jeudi. Quant à Guillaume sil nest apparenté à aucun syndicat, ni parti politique, il est lun de ceux prêt à aller «jusquau bout de la lutte».


Pourquoi avez-vous participé à des opérations de redistribution de richesses ?

(Tim) : L
action de jeudi soir au Monoprix a été prévue par le Comité de lutte du Mirail à la suite dune assemblée générale étudiante. Cétait pour montrer la précarité, quon galère tous. Avec au départ, lidée de redistribuer la nourriture aux plus démunis. De dénoncer la vie chère.

Qui d’autre que des étudiants étaient présents ?

(Jeff) Quelques camarades avaient pour but de rentrer dans le magasin. Y
a des gens qui se sont joints spontanément à nous. Il y avait des gars du comité Interlutte (N.D.L.R. : affiliés à la Confédération nationale du travail, ultra-gauche) qui se sont joints à nous.

N’avez-vous pas le sentiment d'être manipulé par la mouvance ultra-gauche ?

(Guillaume) La commission d
action qui mène les opérations, regroupe de 40 à 200 personnes selon les fois. Cest lun des endroits les plus politisés. Mais ce nest pas la tribune de la CNT. (Jeff) On me fait rire avec ça ! On est des étudiants entre Bac +2 et bac +6 dans la lutte. Est-ce que vous pensez que des gens comme nous se font manipuler par la CNT ? En revanche nos AG sont ouvertes à tous, chômeurs, travailleurs … cest vrai qu'il y a des groupes qui essaient de surfer sur la vague pour trouver leur intérêt. Mais ils ne manipulent pas. On sent chez certains aussi une volonté d'être dans laffrontement.

Récemment, les Robins des Bois ont dérobé 3000 € de marchandise dont du champagne…

(Tim) C
était dans lélan … et cette opération nétait pas bien préparée.

Que dire de la riposte policière, avec matraque et Flash ball, jeudi soir à Toulouse ?

(Tim) Ils ont changé de tactique. Là ils nous ont chargés et tabassés alors qu
on nétait pas une optique de violence. La police a agi sans sommation…

Peut-être par crainte d'une radicalisation de votre mouvement ?

(Jeff) Face à cette violence répression policière, soit le mouvement s
arrête. Soit il se radicalise. Et je pense quil va se radicaliser.

D
autres actions prévues ?

(Jeff) Certainement. Mais on va changer de méthode. On n
a pas envie de se faire tabasser.


«Ces nouvelles formes de radicalité se multiplient»
Michel Fize, sociologue CNRS
«Nous sommes face à de nouvelles actions, à des mouvements de rébellion qui veulent agir contre un système considéré comme économiquement injuste. Force est de constater que ces foyers de révolte plus ou moins spontanés se multiplient. Il y a là, à la fois une forme de radicalité qui se veut novatrice, mais aussi un retour à la tradition du mouvement de 1968 avec, en première ligne, des étudiants qui se posent dans leurs actions comme des “réducteurs dinégalités”. Ils ne rêvent plus du “grand soir” mais se situent dans le concret : les gens ont du mal à remplir le caddie ? On va se servir pour redistribuer. Avec la culpabilité en moins au vu des énormes profits de la grande distribution. Il y a une violence bien réelle dappropriation pour aider les salariés, les précaires qui sont en situation de survie. Et puis un étudiant sur deux travaille aujourdhui pour payer ses études. Eux aussi sont touchés par la crise. Ces actions leur permettent aussi daméliorer lordinaire.»
«Une véritable action de guérilla urbaine»
Didier Martinez, secrétaire régional UNSA police
«Ce qui sest passé à Toulouse est irresponsable de la part des jeunes qui ont organisé cette action. En sen prenant à un grand magasin du centre ville à une heure de grande affluence, ils ont mis en danger des personnes âgées mais aussi des enfants. On avait déjà eu la semaine précédente une action de ce type sur un Casino mais cette fois, ce nétait pas deux douzaines de jeunes mais deux à trois cents qui se sont lancés dans le pillage du magasin. Une véritable action de guérilla urbaine. On ne pouvait pas laisser faire.
Je peux vous assurer que lintervention policière a été conduite selon les procédures normales dans le cadre dune action de protection des biens et des personnes. Aucun policier na mal fait son travail. Dailleurs les blessés sont de notre côté : quatre fonctionnaires qui ont dû recevoir des soins. Je rappelle quavant lintervention et les interpellations, les policiers ont reçu des canettes en verre et des parpaings sur la figure.»

Presse jaune (La Dépêche), 21 mars 2009.


Un militant de la FSE grièvement blessé par la police à Toulouse !
Tous unis contre la répression !


Hier, la manifestation interprofessionnelle a réuni près de 110.000 manifestants à Toulouse contre les attaques du gouvernement et les effets de la crise sur les travailleurs : licenciements, précarité, casse de l’éducation et de la santé etc.

Le cortège étudiant s
est terminée par une action d’«autoréduction», votée en Assemblée générale, réunissant plusieurs centaines détudiants, de lycéens et de travailleurs. Le principe de cette action symbolique était de bloquer les caisses du magasin en échange de la gratuité de plusieurs produits. Alors que tout se déroulait dans le calme, la Brigade anti-criminalité accompagnée des gardes mobiles ont chargé violemment les manifestants qui bloquaient le magasin.

Après une première charge sans sommation pour évacuer les entrées du magasin, où au moins deux manifestantes se sont faites ouvrir le crane par des coups de matraques, les forces de l
ordre ont tenté de disperser la foule avec des tirs de Flash ball et des bombes déflagrantes. Un militant de lAGET-FSE a été grièvement blessé près de lœil par un tir tendu de Flash ball. À lheure où nous écrivons, notre camarade est toujours hospitalisé.

La Fédération syndicale étudiante condamne fermement les violences policières et dénonce la répression qui s
abat sur ces militants.

Malgré les intimidations du ministère et de la police, la FSE continue et continuera son combat avec la plus grande fermeté pour une fac ouverte aux enfants d
ouvriers !

Solidarité avec notre camarade !

Face à la répression, la solidarité est notre arme !

FSE, 20 mars 2009.
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Vendredi 20 mars 2009
Toulouse : Rassemblement soutien comico vendredi 11h

Jeudi 19 mars, à Toulouse, la manifestation étudiante organisée dans le cadre de la journée de grève interprofessionnelle, s’est terminée par une action d’«autoréduction», votée en assemblée générale. Le principe de l’action était de bloquer les caisses du magasin en échange de la gratuité d’une certaine quantité de produits.

Alors que les manifestant-e-s avaient négocié cet accord avec le gérant du Monoprix et que l’action se déroulait dans le calme, la Brigade anti-criminalité accompagnée des gardes mobiles ont chargé les 300 manifestants qui bloquaient le magasin. Après une première charge sans sommation pour évacuer les entrées du magasin, où au moins deux manifestantes se sont faites ouvrir le crâne par des coups de tonfa, les forces de l’ordre ont tenté de disperser la foule avec des tirs de flash ball et des bombes déflagrantes. Un manifestant a été grièvement blessé près de l’œil par un tir tendu de flash ball. Afin de se protéger de nouvelles charges, les manifestant-e-s ont mis en place des barricades à l’aide de poubelles enflammées. Les affrontements ont duré environ une heure jusqu’à ce que les forces de l’ordre réussissent à faire place nette. En plus des nombreux blessés, deux personnes ont été interpellées. Un rassemblement de soutien, réunissant plus de 200 personnes, s’est donc improvisé devant le commissariat central vers 21 heures.

Face à la montée de la contestation, réunissant 110.000 manifestant-e-s à Toulouse avec des revendications sur les salaires, le service public d’éducation, la précarité, la seule réponse obtenue est la violence policière. La répression de cette journée de grève et d’action, massivement suivie, nous démontre que le gouvernement prend peur face à la colère des travailleurs-euses et des étudiant-e-s, et craint une amplification du mouvement.

Le comité de lutte des étudiant-e-s du Mirail condamne fermement les pratiques policières, et prévient que nous ne nous laisserons pas intimider.


La lutte continue...


Rassemblement de soutien aux inculpés
Vendredi 20 mars 11h devant le métro Canal du Midi


Indymédia Toulouse, 19 mars 2009.




Grenoble : Récit et impressions de la journée du 19 mars


1- La grande manif


Sur le pont de la voie de chemins de fer qui passe au-dessus du cours Jean-Jaurès, deux banderoles, l’une appelant à l’assemblée générale de la Bourse du Travail, et l’autre, très large et fort jolie, avec un slogan féministe insurrectionnaliste dont je ne me souviens plus les termes exacts (des photos ont certainement été prises…). D’ailleurs, un groupe de femmes, masquées et vêtues de noir, on allumé des fumigènes et des petits feux d’artifice en bas du pont.


Il y avait bien 60.000 à 70.000 manifestant-e-s, énorme manif sous le soleil, globalement traîne savates, avec comme souvent la CGT qui ouvre la marche, très nombreuse. Devant, les grévistes de Caterpillar, toujours en lutte, avec une direction patronale qui ne veut toujours rien lâcher.


Parmi le long défilé cégétiste, un petit cortège à signaler, celui du Syndicat multiprofessionnel des travailleurs sans papiers, lié à la CGT, avec une banderole «Les travailleurs sans papiers ne veulent plus se cacher !»


Moins marrant, le détournement au micro d’une voiture sono de la CGT de la célèbre chanson d’Henri Salvador «Le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver» en «Le travail c’est la santé, il ne faut pas le supprimer»… On croirait un slogan sarkoziste, hé oui. Derrière la CGT, d’autres cortèges syndicaux : FO, CFDT, CFTC, CFE-CGC, SUD et CNT (j’en oublie quelques-uns à mon avis).


Bon, il n’y avait pas que des cortèges syndicaux, même si ceux-ci ouvraient la marche. En vrac, il y avait aussi un cortège de travailleur-euse-s sociaux-sociales (avec pour slogans «Non au social en carton», «Sarko, si t’es champion, donne-nous des subventions»), un mini cortège contre Base-Elèves, un autre du GRRE (Groupe de résistance à la répression d’État), un petit cortège de lycéen-ne-s d’Argouges et de Pablo Neruda (avec le toujours très bon «Aux aaaaaaaarmes ! Nous sommes les lycéens, en guerre contre Sarko»), un petit cortège du Nouveau Parti anticapitaliste (dont le nom sera tôt ou tard has been, soit parce qu’il ne pourra pas être éternellement nouveau — l’aura-t-il été vraiment ? — soit parce que le capitalisme aura trépassé), un mini cortège PS-MJS franchement ridicule (à peine dix personnes pour le plus gros parti «de gauche» du pays, ça fait vraiment rire, sans même parler de leur banderole, complètement en décalage avec ce qu’est réellement le Parti socialiste, parti conservateur puisque social-démocrate, faite à la bombe rouge : «Il est temps de changer le monde» — ils ne font pourtant pas grand chose pour le changer !), des cortèges de profs et d’étudiant-e-s (avec section cuivres et percus d’étudiant-e-s en musicologie, et une étonnante banderole «Fac de droit en grève»), d’intermittent-e-s du spectacle (avec batucada), un cortège «éducation populaire», un cortège de chercheurs (derrière la banderole «CNRS en lutte», ils faisaient trembler l’État en criant «Sarkozy, t’es foutu, les chercheurs sont dans la rue»), et un assez gros cortège «libre» (avec un peu de tout et notamment de nombreux-euses manifestant-e-s masqué-e-s, étudiant-e-s, lycéen-ne-s, chômeur-euse-s, travailleur-euse-s, autonomes ou anarchistes ou que sais-je encore) derrière trois banderoles disposées en «U» («Grève générale, sauvage et illimitée», «Flics, patrons, hors de nos facs» et «De la Guadeloupe à Athènes, blocage et émeute»).


Dans ce cortège, pourtant suivi à la trace par plusieurs flics de la BAC (et d’autres flics en civil plus discrets), en arrivant vers la place de Verdun, une dizaine de fumigènes ont été allumés par des manifestant-e-s masqué-e-s et vêtu-e-s de noir, criant des slogans comme «Flics, porcs, assassins» (slogan grec) ou «Contre le capital et contre le travail, grève générale et sabotage». Ces fumigènes servaient vraisemblablement de réponse à la récente arrestation suivie d’une perquisition pour cause de «soupçon de possession de fumigène volé à la SNCF». Certains de fumigènes ont été jetés dans la cour extérieure du Tribunal administratif, là où sont décidées les expulsions de personnes sans papiers…


Hormis les habituelles diffs de tracts des partis et syndicats, des clowns ont diffusé un petit flyer appelant à continuer la manif jusqu’à la Bourse du Travail (pour l’assemblée générale inter-luttes) et un postier distribuait un texte «En vers et contre tout». On a pu dénombrer aussi plusieurs panneaux «individuels» (entre autres «Du pain sec et de l’eau rance pour Parisot», «Précaires, exploités, puis… virés»). Bref, il y avait un peu de créativité dans cette manif.


Et ce n’est pas tout, puisque le long de la manif, plusieurs actions ont eu lieu : des détournements de pubs, des arrachages d’affiches publicitaires, des tags féministes (entre autres «Féminisme, émancipation, autogestion», «Insurrection féministe»), et plusieurs lancers d’ampoules de peinture (sur des devantures de banques, d’agences immobilières, sur des panneaux de pub, etc.).


Arrivée place de Verdun, la manif se disperse assez vite (enfin, pour une aussi grosse manif, disons). Pourtant, l’ambiance est quasi estivale, ça ne donne pas trop envie de rentrer chez soi.


Soudainement, juste devant la rangée d’arbustes qui «protège» la préfecture, plusieurs flics en tenue anti-émeute se jettent sur un mec et le tabassent, je ne sais pas pourquoi. Ce qui est sûr, c’est que cela fait réagir des dizaines de personnes, qui interviennent et font reculer fissa les flics, les mains vides. Pas d’arrestation sur ce coup là. Et quelques œufs volent vers les flics, pour l’occase.


Peu après, plus d’un millier de personnes partent en manif vers la Bourse du Travail.


2- L’assemblée générale à la Bourse du Travail (à la Villeneuve)


La deuxième manif aura été longue et un peu chiante. Oserais-je dire encore plus «traîne savates» que la première ? Bon, ça fait toujours une manif de plus, non déclarée, et qui bloque une bonne partie de Grenoble, mais il ne se sera rien passé, et à part quelques slogans pour continuer la grève générale, l’ambiance aura été vraiment molle.


Ceci explique peut-être qu’en arrivant du côté de la Bourse du Travail, le cortège avait fondu à peu près de moitié.


L’assemblée générale s’est tenue assez paisiblement, démarrant de manière fort «militante» sur une énumération de possibles «revendications unificatrices». Dans un second, tentative de proposer des actions à faire ensemble. Quelques interventions intéressantes, et puis, l’occasion de s’exprimer collectivement, c’est toujours sympa.


Concrètement, je ne sais pas où ça nous mènera, mais l’initiative a au moins le mérite d’exister. D’ailleurs, ça continue, dès ce soir vendredi, à 18h à la Bourse du Travail (qui se trouve à la Villeneuve, tout près de Grand Place).


Et puis, à la sortie de l’AG, la décision est prise d’aller faire une autoréduction à Carrefour, avec pour objectif de sortir un maximum de bouffe qu’on apporterait ensuite aux grévistes de Caterpillar.


3- Autoréduction à Carrefour (Grand Place)


Annoncer publiquement dans une AG où se trouvent assez vraisemblablement au moins un flic ou un indic, c’est assez audacieux. Surtout, sans aucune organisation préalable, en totale impro. Pour une action qui est légalement considérée comme du vol organisé en réunion, c’est assez osé. Et en l’occurrence, ça a failli être totalement foireux.


Dans un premier temps, il était clair que les vigiles de Grand Place avaient été rapidement mis au courant du projet d’autoréduction, car bien que la galerie marchande soit juste à côté de la Bourse du Travail, la cinquantaine de personnes parties pour aller se servir gratuitement à Carrefour se sont trouvées devant une entrée bloquée, les vigiles ayant fermé grille et rideau de fer !


Cela faillit désorganiser suffisamment l’ensemble des manifestant-e-s, déjà fort désorganisé-e-s, mais ceux-celles-ci finirent par trouver une autre entrée, ne se laissant pas intimider par les maîtres-chiens et autres vigiles menaçants mais submergés par le nombre. L’ennui, c’est que l’opération fut fort longue et les flics arrivèrent en force, bacqueux et flics anti-émeute derrière les caisses (certains flics en civil investissant les rayons du supermarché), empêchant les mainfestant-e-s de sortir gratuitement avec plein de marchandises… Deux personnes tentèrent une sortie en force avec quelques victuailles, et furent immédiatement arrêtées par la flicaille et emmenées en garde à vue (au final, ces deux personnes ont été rapidement relâchées, sans poursuites judiciaires). Pendant de longues minutes, l’image de marque de Carrefour prit un bon coup de contre-pub, les flics et les nombreux vigiles assiégeant la sortie de Carrefour, le supermarché étant pourtant plein de client-e-s à ce moment-là. Toutefois, l’attente fut pénible, tout en retenue mêlée d’impuissance, avec celles et ceux dans le magasin qui étaient assis-es à crier «non violence» et celles et ceux venu-e-s en soutien, de l’autre côté des caisses, sans grande possibilité d’agir… Alors que des centaines de client-e-s erraient dans le supermarché, sans trop capter ou comprendre ce qui se passait. Dans ces moments, on sent bien le décalage entre pratiques militantes «séparées» et vie quotidienne dans la consommation zombificatrice. Très peu de contacts ont eu lieu entre les manifestant-e-s et les «consommateur-ice-s» alors que tou-te-s sont touché-e-s par l’exploitation et la domination. Pas facile d’improviser le dépassement des séparations sociales !


Et la situation a mis tout le monde le nez dans le guidon : négocier avec les responsables de Carrefour, se protéger des flics, voilà à quoi s’est résumée l’action pour les protagonistes, même si cela aura permis pendant quelques heures de visibiliser encore un peu plus le rapport policier du monde de la marchandise.


Finalement, les responsables de Carrefour ont demandé aux flics de s’éclipser discrètement, et tout le monde a pu sortir sans contrôle d’identité ni rien, et apparemment sans marchandises non plus, puisque toute la bouffe a été donnée discrètement, par une porte de côté, histoire que les client-e-s ne voient pas que ce genre d’action peut marcher ! C’est pas fou, ça ? Oui, vous pouvez partir avec de la bouffe gratos, mais pas devant tout le monde… ça pourrait donner de mauvaises idées.


Bon, ce qui était vraiment moins drôle qu’une autoréduction «à l’ancienne» (on sort en force sans rien négocier), c’est que le choix des marchandises a appartenu complètement aux responsables de Carrefour. Donc il n’y avait que des produits de première nécessité, premier prix. Les produits de merde, c’est pour les précaires, y’a pas de raison que ça change. Hmmmgggrrr !


Bon, je suis quand même à peu près persuadé qu’un bon paquet de client-e-s ont profité de cette relative agitation pour se remplir les poches discretos, et qui les blâmerait, à part les citoyens-flics de la pire espèce ? Ces occasions sont assez rares, autant en profiter. D’ailleurs, les vigiles de Carrefour étaient conscients de ce danger : ils ont dû fouiller plus de sacs en trois heures qu’en une semaine complète. Mais ils ont chopé personne, je crois.


Bon, comme c’était parti, on se contentera de se réjouir qu’aucun procès ne devrait suivre cette action. Et les grévistes de Caterpillar pourront manger autre chose que des sandwiches à la merguez.


Ouais, c’est pas si mal, quand on y pense.


Indymedia Grenoble, 20 mars 2009.
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Lundi 16 mars 2009
Contre la vie chère
au Monoprix de la rue de Tolbiac à Paris


Ce vendredi 13 mars, l’Interfac de Tolbiac a été suivie d’une autoréduction au Monoprix voisin.

150 personnes ont rejoint des manifestants qui avaient rempli des caddies puis ont bloqués les caisses et sorti trois caddies et des paniers.

Une partie des denrées ainsi récupérées a été acheminée à la Bourse du travail de la rue Charlot où sont installés des sans-papiers en lutte.

CIP-IDF, 16 mars 2009.


Nantes : Autoréduc’ au Monop’


Contre leurs profits, réappropriation.

La manifestation du jeudi 12 mars a réunit 400 étudiants et lycéens.

Après avoir circulé dans les rues de Nantes, notamment dans le passage Pommeray, le cortège s’est arrêté devant le Monoprix.

Une bonne partie des personnes sont entrées dans le supermarché, et ont parcourus les rayons en remplissant sacs et cadies de provisions.

Pourquoi ?

Le but n
était pas de saccager les lieux pour faire parler les médias, ou de voler pour se faire plaisir. Le fait est que ces lieux sont les acteurs de la société de consommation, et surtout ceux qui en tirent le plus de profits. Cette action était donc symbolique contre la logique globale de profit pour les entreprises, sur le dos des producteurs et des consommateurs.

Elle a permis un peu plus de justice face à leurs abus.

Après la réaproprition, nous avons partagé les marchandises avec les passants, pour montrer que face à la résignation de ce monde d
inégalités, la lutte collective permet le partage et la solidarité.

Des étudiants mobilisés
Indymedia Nantes, 12 mars 2009.


Policiers assiégés à Villejean (Rennes) :
Trois mois de prison

Mercredi, des manifestants ont contraint les agents de police à se barricader au poste, et les ont menacés de mort. Une scène incroyable.

Le pillage du magasin Carrefour Market de Villejean, dans l’après-midi de mercredi, a débouché sur trois interpellations : deux étudiants et un jeune habitant du quartier. C’est probablement l’arrestation de ce troisième homme qui a provoqué l’incroyable scène qui a suivi.

Vers 18 heures, les quatre policiers du commissariat de quartier ont reçu la consigne de fermer leurs bureaux, en raison du climat très tendu qui régnait dans le quartier. C’est alors qu’ils quittaient le poste de police en civil, qu’ils ont été reconnus par un groupe, qui les a pris à partie.

«Nous nous sommes barricadés dans le poste de police. Les quinze assaillants du départ étaient une centaine une demi-heure plus tard. Ils criaient et sifflaient. L’un d’entre eux a crié : “On va vous cramer”. On a vidé nos bombes lacrymogènes en se réfugiant à l’étage. Nous avons craint pour notre vie, avant que les CRS arrivent en renfort.» Dans l’intervalle, le poste de police a subi des dégradations.

En prison pour cinq mois

Le lendemain, les quatre policiers ont désigné le meneur des manifestants comme étant Jérémy Imarre, 24 ans. Il s’est lui-même présenté au commissariat jeudi après-midi ; il était jugé en comparution immédiate hier, en présence des quatre policiers. «Leurs témoignages sont précis et corroborés», a estimé leur avocate, Me Delphine Caro.

Le procureur, Stéphane Cantéro, a prononcé un réquisitoire d’une rare virulence. «À l’audience, M. Imarre apparaît calme, poli et maître de lui. Mais la réalité du terrain n’est pas celle-là. Les policiers ont subi un véritable guet-apens. Je demande six mois ferme.» Excessif, le terme guet-apens ? «Je ne dis pas que les policiers n’ont pas eu peur, a plaidé Me Élodie Praud, avocate de la défense. Je dis que M. Imarre ne peut pas être considéré comme le seul responsable de cette manifestation. Il est impulsif, c’est vrai. Mais s’il était le meneur, pourquoi ne l’a-t-on pas interpellé dès jeudi matin ?»

Le tribunal a condamné Jérémy Imarre à trois mois ferme. Mais comme il avait une peine antérieure de deux mois avec sursis au-dessus de la tête, il est parti en prison pour cinq mois.

Presse jaune (Ouest France), 14 mars 2009.



L’invasion du supermarché laisse des traces à Villejean

Les 10.000 € de courses gratuites qu’a fait un groupe de jeunes laissent un goût amer aux habitants de Villejean. 10.000 €, c’est le montant des produits volés mercredi après-midi, lors de l’opération «autoréduction» menée par un groupe de 300 jeunes. Après la manifestation, ils avaient envahi le Carrefour Market de la dalle Kennedy et invité les clients à faire leurs courses gratuitement. Mais au lieu du mouvement de sympathie espéré, l’arrivée en masse de ces jeunes au visage masqué a apeuré certains clients.

Comme cette mère de famille en pleurs : «Je veux payer et sortir, sinon, je vais faire une crise d’angoisse.» Les jeunes autour d’elle, mal à l’aise l’ont incitée, sans succès, à partir sans régler. Une hôtesse de caisse a réagi : «Je suis étudiante moi aussi, et je travaille à côté, ce n’est pas vous qui allez me donner des leçons sur la précarité !» Ils sortiront avec une centaine de sacs, direction Rennes II, pour un banquet.

«C’est toujours une minorité qui met le bazar»

Après inventaire, Hervé Perrin, directeur du supermarché, estimait hier à 10.000 € le montant des produits dérobés. Carrefour a décidé de déposer une plainte contre X. Si la valeur est si élevée, c’est parce que «les jeunes ont surtout volé des accessoires informatiques, comme des DVD, clés USB, téléphones portables et de l’alcool», confie-t-il.

«Ils dénoncent la vie chère mais ils volent du champagne, du maquillage, des MP3. Cela ne rime à rien. Le problème, c’est que c’est toujours une minorité qui met le bazar», commente Gnafoua, le seul vigile présent mercredi, au moment de l’incursion.

Sentiment d’injustice

Après le départ des jeunes, les CRS et la police ont envahi la dalle Kennedy, et interpellé un jeune du quartier qui portait un sac de produits volés. Les Villejeanais témoins de la scène l’ont vécu comme une injustice. «Les étudiants eux-mêmes l’ont reconnu : ils sont partis avec des dizaines de sacs et seuls deux étudiants ont été interpellés, confie Myriam, animatrice à la direction du quartier nord ouest. Ce jeune du quartier, lui, incité par les étudiants à partir sans payer, a eu le droit à une arrestation musclée. Plus tard, vers 18h30, une centaine de jeunes est revenue de la fac pour s’attaquer au commissariat de quartier. J’ai eu très peur. Ils étaient vraiment là pour casser.»

Plusieurs riverains n’ont pas du tout apprécié de voir la tranquillité de leur quartier perturbée un mercredi après-midi, le jour des enfants. «L’action incompréhensible des étudiants a failli allumer une étincelle. Notre quartier ne mérite pas ça», déplore François André, l’élu du quartier.

«Il fallait parler avec les riverains»

L’acte a été condamné jeudi à l’AG de Rennes II. «Les personnels de l’université ne se retrouvent pas dans ce mouvement, appuie Jean-Pierre Lethullier, enseignant d’histoire. Quelles que soient les versions positives données par certains.» Des étudiants se sont également désolidarisés de cette action «lâche, qui décrédibilise le mouvement». D’autres nuancent : «Il ne fallait pas le faire sans parler avec les riverains. Il faudra aussi aider le coiffeur dont la vitrine a été brisée.»

Des étudiants, conscients du désordre causé, ont voulu organiser un barbecue hier soir sur la dalle Kennedy pour partager leurs victuailles. Invitation déclinée par les habitants du quartier. «Il y a déjà eu assez de dégâts, constate François André. Les habitants ont un seul espoir : que le quartier retrouve son calme.»

Presse jaune (Ouest France), 13 mars 2009.


Rennes : Autoréduction réussie à Villejean !

Aujourdhui il y a eu une manif à Rennes détudiants, lycéens et personnels de léducation qui sest terminée par une belle action réussie : à 300 personnes nous avons fait une autoréduction au Carrefour Market de la dalle Kennedy à Villejean.

Tout s
est bien passé, après une négociation avec le gérant, nous avons lu le tract de laction au micro du magasin où nous avons expliqué le but de la réappropriation de la marchandise par et pour les précaires. Les clients du magasin semblaient heureux de cette bonne nouvelle et tout le monde a pu en profiter. Les clients sortaient en se frayant des passages entre les grévistes, les sacs de courses en main. Au bout de trois quarts dheure dattente de la réponse du gérant du magasin, nous avons pu sortir avec plusieurs dizaines de sacs remplis. Nous avons traversé une place bien peuplée de gens souriants pour regagner la fac, et sur le chemin les sirènes ont retenti mais les flics sont arrivés juste un peu tard.

Après avoir déposé nos courses, il semblerait qu
une personne du quartier se soit fait interpellée, nous y sommes donc retournés à 150, nous navons pas dinformation sûre concernant cette persone, si elle sest fait arrêtée ou pas. Les gardes mobiles ont essayé de nous encercler sur la place, puis nous ont juste repoussés de celle-ci. Beaucoup de gens du quartier étaient sortis, enfants, vieux, et jeunes un peu excités. Les flics nétaient pas les bienvenus, semblait-il, et face à la présence des habitants, ils nont pas pu faire grand chose.

Que ça donne l
envie à dautres de perpétrer ces actions !

Complément d’information
Àpréciser que le commissariat de Villejean sest fait éclater en représaille des arrestations, mais aussi que sur le chemin du retour une vitrine dune banque a été honorée de deux jets de pierre, et quun commerçant riverain de la banque a vu sa porte vitrée exploser. Une discussion collective a plus tard débouché sur lidée dindemniser le coiffeur, dorganiser une rencontre avec les habitants, commerçants, et militants associatifs du quartier.
Trois personnes y sont allées et ont été bien reçues, même si beaucoup de gens étaient au départ assez irrités quune telle action ait eu lieu au milieu dun quartier qui ne veut surtout pas voir débarquer dix camtars de gardes mobiles. Certains viendront à lAG prévue ce jour à Rennes II, étudiants et habitants devraient se retrouver cet après midi autour dun buffet sur la dalle Kennedy, à condition bien sûr, que les gens qui ont participé à laction puissent retrouver la bouffe (une grosse moitié a été mise à labri a priori par des personnes bienveillantes … malheureusement sans que les gens aient été mis au courant du lieu de stockage…).

Indymedia Nantes, 12 mars 2009.


Communiqué de Rennes III

Autoréduction mercredi 11 mars.

Aujourd
hui mercredi 11 mars après une manif dans le cadre du mouvement étudiant, plutôt morose, un appel est lancé à investir le métro…

La rumeur apelle à se retrouver sur la dalle Kennedy, le centre de la cité de Villejean, à quelques centaines de mètres de la fac occupée. On arrive par rames de 100, une cinquantaine de personnes sont déjà à l
intérieur du supermarché de la cité et bloquent les caisses. Lautoréduction commence et comme elle semble évidente pour tous les choses se passent. Pendant quune centaine de personnes bloquent les caisses à lintérieur et lautre protège la devanture du magasin, les flots circulent et pillent…

Parce que la façade, c
est la négociation avec le gérant, et quen vérité sil naccepte pas très vite de nous laisser sortir avec les sacs, il va se retrouver dévalisé, ça aboutit. Lheure ne semble ni à la morale ni à la restriction, et les flots se mélangent, on se retrouve avec les gens du quartier, on en a plein les poches, dautres partent avec les sacs gratuitement offerts.

Ce qu
on sait, cest quil y a eu plusieurs arrestations. Peu de manifestants, surtout des gens du quartier.

Le cortège a pu se réfugier dans la fac. La BAC présente autour de la dalle ne l
a pas joué frontale mais ne sest pas privée pour tomber sur les mômes et les autres qui rentraient seuls chez eux aprovisionnés…

Pour l
instant on est sûr de cinq arrestations. Le collectif de soutien local est sur le coup.

Une fois les provisions déposées, une centaine d
entre nous sont repartis sur la dalle, la rumeur disait émeute, ça attaque le commissariat, trop de peur, de désorganisation, quelques vitrines volent, pas assez darmes. Retour à la fac, beaucoup de monde, la suite sorganise, on pense les différentes possibilités : intervention des flics ? émeute ?…

La détermination et la joie ont gagné du terrain

Ce qu
on peut se poser comme question maintenant cest comment, quand on est ensemble, et quentre nous et les habitants la distance parait mince, comment lorganisation collective qui nous permet que ces gestes se propagent ? Comment cette alliance de force qui permet le vol en geste banal, elle se paie pas chère pour ceux qui partent seuls.

C
est pas fini, ce soir un festin sorganise, aussi un concert. Ceux qui veulent nous réduire en revendications étudiantes sont bien loin. La peur nest quà un fil de changer de camp.

La commune de Rennes III
Indymedia Nantes, 12 mars 2009.
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