La Gwadloup sé tan nou

Jeudi 28 mai 2009

Lilian Thuram, à un journaliste qui l’interrogeait sur les évènements en Guadeloupe, sert cette phrase intrigante : «Les Antilles ont toujours été en avance sur la métropole. Si je vous parle de mai 67, vous allez me dire que je me suis trompé dune année… mais cest vous qui ny serez pas.» Car sil y a eu le mai 68 en métropole, la Guadeloupe, elle, garde la mémoire brûlante de son mois de mai 67. Voici, dans les grandes lignes, le déroulement de ce printemps qui a mis un an à traverser lAtlantique :

20 mars 1967, à Basse-Terre, un riche commerçant européen, bien connu des milieux conservateurs français, lance son molosse sur un artisan noir. Durant trois jours, Basse-Terre est enflammée par violentes émeutes, agrémentées de pillages de magasins et d
armureries. Dans un appel au calme, le préfet de la Guadeloupe déclare comprendre la colère populaire et que cet acte raciste sera puni. Mais comme toujours en pareil cas, les victimes sont considérées par le pouvoir en place comme les coupables, et cest ainsi que, malgré la promesse des autorités, les émeutiers seront condamnés à de fortes peines de prison.

En représailles, le 23 mars, une bombe explose à Pointe-à-Pitre devant le magasin du frère du commerçant béké (portant même enseigne qu
à Basse-Terre).

26 mai 1967. Dans la matinée, les gendarmes mobiles tirent sur des manifestants, faisant plusieurs blessés. Vers midi, une foule est rassemblée devant la Chambre de Commerce de Pointe-à-Pitre, et attend pendant que se déroulent les négociations entre organisations syndicales et représentants du patronat. Finalement les négociations sont rompues et un bruit court : le représentant du patronat, M. Brizzard, aurait dit : «Quand les nègres auront faim, ils reprendront le travail !»

Les affrontement commencent, grenades lacrymogènes contre conques de Lambi. Les forces de l
ordre chargent, apparemment pour permettre la sortie des négociateurs, et finalement ouvrent le feu, sur ordre du préfet, provoquant notamment la mort de Jacques Nestor, militant du Groupe dOrganisation Nationale de la Guadeloupe (GONG).

Le lendemain, la manifestation des lycéens en solidarité avec les ouvriers est également réprimée par les armes. De 80 à peut-être plus d
une centaine de Guadeloupéens sont assassinés par la police et larmée françaises. Des actes de torture sont commis, y compris sur des blessés raflés dans les hôpitaux.

Rebetiko no 1, printemps 2009
Chants de la plèbe.
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Mercredi 27 mai 2009

Le jour se lève à peine. On a tiré toute la nuit dans Pointe-à-Pitre. Le feu ne s’est calmé quaux petites heures du matin, dans lépuisement et la peur. Ce samedi 27 mai 1967, Max Jasor, 13 ans, le fils du libraire, est très tôt levé, dans lappartement familial de la rue Barbès. Au no 25, devant la porte en fer grillagée, on a jeté un homme comme un sac. Il a plusieurs côtes brisées, la mâchoire enfoncée, des dents cassées. Du haut de lescalier, ladolescent ne voit quune masse informe, qui geint. Son père, Hubert Jasor.

La veille, vendredi 26 mai, des émeutes ont éclaté place de la Victoire, en début d
après-midi, puis se sont propagées dans Pointe-à-Pitre et ses faubourgs. Un millier douvriers du bâtiment, en grève depuis le 24 mai pour obtenir une augmentation de salaire, se sont massés autour de la darse, dès la fin de la matinée.

Huit mois auparavant, le cyclone Ines a ravagé la Guadeloupe, faisant 32 morts et des millions de francs de dégâts. Les ouvriers du bâtiment ont du travail — mais peu de revenus. Ils attendent le résultat de négociations qui traînent à la chambre de commerce. Dans le petit bâtiment blanc de style colonial, au bord de la place — aujourd
hui Office du tourisme —, patronat et syndicats se séparent sur un échec.

Hubert Jasor n
a rien à voir avec cette grève. Le libraire a bien été inquiété plusieurs fois pour avoir, lun des premiers, cru à lavenir des écrivains antillais. Cest une époque où les livres de Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs ou Les Damnés de la terre, avec sa célèbre préface de Jean-Paul Sartre, sont saisis par la police.

Une époque où littérature se confond avec politique et se conjugue avec décolonisation. Le père aime aussi Voltaire et les encyclopédistes, Racine et les tragédies, Balzac et le roman, les six enfants ont intérêt à connaître leurs classiques. «Un peu comme Prométhée avait volé le feu aux dieux, il fallait voler la lecture aux Blancs», dit aujourd
hui Max Jasor.

Cet après-midi du vendredi 26 mai, Hubert Jasor se pointe sur la darse. Un bâtiment de la marine nationale est au mouillage, les marins en ville. Un matelot blanc est pris à partie par la foule, Jasor s
interpose, une balle lui frôle la nuque. Puis il est blessé par le coup de crosse dun gendarme. Recousu à lhôpital Ricou, le libraire rentre chez lui, quand une patrouille de «képis rouges» larrête. Linsulte. Emmené dans la cour de la sous-préfecture, il y est battu comme plâtre.

Caché sous des corps inertes, Hubert Jasor entend ces mots qui le glacent : «Les morts, on les fout à la darse ou à la Gabarre» — le pont qui sépare Grande-Terre de Basse-Terre. Vers 4 heures du matin, reconnu par les forces de l
ordre, il échappe à son calvaire. Conduit à la gendarmerie, il entend des têtes cogner contre les murs, lors dinterrogatoires où les aveux pleuvent à la vitesse des coups. «Ils lont arrêté puis lont jeté devant la maison», raconte son fils.

Depuis des heures déjà, la situation a dégénéré en une violence incontrôlable. Une phrase, que son auteur présumé jure ne jamais avoir prononcée, a fait en un éclair le tour des manifestants et déclenché l
émeute, en tout début daprès-midi : «Quand les nègres auront faim, ils se remettront au travail.» Georges Brizard, le président du syndicat des entrepreneurs du bâtiment, patron de la Socotra, laurait prononcée. Cest lui qui négocie avec la CGT Guadeloupe. Le Savoyard, bonhomme costaud et fort en gueule, moustache en balai-brosse, a la réputation de ne pas mâcher ses mots. Les CRS devront lévacuer en urgence, et le plus discrètement possible.

L
un des fils de cet ingénieur agronome, Michel Brizard, 62 ans aujourdhui, patron dune PME dans la zone industrielle de Jarry, raconte que son père a été mortifié de vieillir avec cette tache. «Non seulement parce que je ne lai pas dit, mais parce que même si jen avais eu envie, je naurais pas osé», lui répétait ce dernier, désormais décédé.

Sur la place, deux sections de 25 CRS et un peloton de 14 gendarmes gardent la Chambre de commerce et, en face, la Sous-préfecture. Les gardiens de la paix, dépourvus d
équipement de protection, ont été retirés. Au bord de leau, où accostent dordinaire les bateaux chargés de sel de Saint-Martin ou de bœufs vivants de Porto-Rico — qui séchappent parfois, semant la panique dans la ville —, des conques de lambis sont entassées. Ce mollusque, spécialité culinaire antillaise, est vendu sans sa lourde coquille, hérissée de six pointes. Les conques, dont les esclaves usaient comme dune trompe pour communiquer, vont devenir une arme redoutable.

La première atteint un CRS en pleine tête : il a enlevé son casque pour s
éponger, à cause de la chaleur. Il sécroule, évacué par deux collègues. Jean Chomereau-Lamotte, seul journaliste sur place, témoin de la scène, prend une photo. «Quest-ce que vous foutez là ?», lui a demandé le chef de la section de CRS. Il a brandi sa carte de presse, no 19797.

Après une sommation du commissaire Canales, qu
aucun témoin na entendue, le feu se déclenche. «Ils utilisaient des MAT 49 (Manufacture darmes de Tulle) qui ont beaucoup servi en Algérie», témoigne Chomereau-Lamotte. Il entend les balles ricocher sur la fontaine de la place, au milieu des gaz lacrymogènes, et tout à coup, un cri : «Yo pren Nestor !» Ils ont tué Nestor. Cette nouvelle va porter la tension à son paroxysme.

«Jacques Nestor, membre du GONG, et l
un des principaux meneurs», comme lécrira le préfet Pierre Bolotte, vient de recevoir une décharge en plein ventre. Il meurt en arrivant à lhôpital. Le GONG, Groupe dorganisation nationale de la Guadeloupe, est la cible désignée pour les autorités. Ce ne sont que quelques dizaines de personnes, mais très actives et très surveillées. Le groupe indépendantiste, créé en 1963 à Paris par une soixantaine de militants anticolonialistes, pour la plupart issus de lAGEG (Association générale des étudiants guadeloupéens), est même devenu une obsession pour le préfet. Il produit sur ce sujet pléthore de notes pour sa hiérarchie.

Louis Théodore le sait bien, qui passera dix ans dans la clandestinité. Cet ex-militant de l
AGEG, membre du Front antillo-guyanais, organisation interdite, a rencontré Mao, le Che, Ben Bella, voyagé dans les pays de lEst, au beau milieu de la guerre froide. Quand un camarade vient le trouver, à lécole de Gérard Lauriette — dit «Papa Yaya», figure de la créolité guadeloupéenne —, où il enseigne, il n'hésite guère. «Loulou, Jackie est mort», lui a dit son ami en lui montrant un mouchoir imbibé de sang. «Il y avait énormément darrestations. La répression commençait, et je savais quils frapperaient tout le monde.» Ces militants avaient été formés avec lidée quils devraient un jour se cacher, et ils avaient pris des dispositions. «On se déplaçait tout le temps. On a fait rentrer Sonny Rupaire (militant nationaliste et poète) de Cuba. On était un petit noyau.» En une nuit, ils sont capables de mobiliser quarante personnes pour couvrir la Guadeloupe de tracts et dinscriptions.

Mais, dans Pointe-à-Pitre, ils n
organisent rien, ces 26 et 27 mai. Près de 56% de la population de lîle a moins de 20 ans, en cette fin des années 1960. Devant les CRS, les jeunes voient rouge. Des barrages sont érigés partout, des voitures incendiées, le supermarché Unimag, au bout de la rue Frébault, pillé, les pierres volent. Et surtout, larmurerie Boyer, rue Delgrès, en centre-ville, a été dévalisée. Noir ou Blanc, il ne fait pas bon être dans les rues.

Le jeune Jasor a raccompagné chez lui l
un de ses copains du lycée Carnot pour le protéger, car il a la peau si claire quil pourrait passer pour un Blanc. Au retour, il observe, médusé, une femme noire, assez sophistiquée, que lon questionne méchamment sur un barrage : «Tu es noire ou tu es blanche ?» Elle : «Je nai pas à répondre à cette question.» Alors que son véhicule est secoué de plus en plus fort, elle se met à pleurer et dit en créole : «Zot pa ka voué an nwé ?» («Vous ne voyez pas que je suis noire ?»)

Serge Glaude, fils de notables guadeloupéens qui a participé à la fondation du GONG, est enseignant au collège de Sainte-Rose. Il a alors 32 ans. Le jeudi, il a conjuré en vain «Kiki» Nestor de quitter Pointe-à-Pitre. Ce dernier lui a raconté que, la veille, il est allé tirer du commissariat un vieux à qui la police avait pris son vélo et qu
il a été, à cette occasion, pris en photo «en long en large et en travers». Quand il apprend sa mort, Serge Glaude tente de se rendre à la veillée funèbre avec deux amis. Des gendarmes mobiles arrêtent son ID 19. «Jai fait lAlgérie : ces gars étaient dopés au vin rouge et au bismuth. Ils sautillaient sur place en disant : “On va tirer.”» Lenseignant assure que certains dentre eux parlaient mal le français, des légionnaires. On lui intime lordre de descendre de voiture. «Le couvre-feu, on sen fout. On a ordre de tirer sur les nègres comme sur des lapins.» Il est aligné contre un mur quand arrive une Jeep de gendarmes, avec un chef de détachement. Les hommes baissent tout de suite leur arme.

Outre les CRS et les forces de police déjà sur place, le préfet Bolotte reçoit vers 1 heure du matin le renfort de deux pelotons venus de Martinique. Dans l
après-midi, il a aussi pris la décision de ramener sur Pointe-à-Pitre un escadron de gendarmes mobiles sur le point dembarquer à laéroport du Raizet. Leurs armes sont déjà dans lavion. Ce sont ces «képis rouges» qui ont laissé le pire souvenir. Ces hommes avaient été appelés en renfort au mois de mars, lors dincidents qui avaient éclaté à Basse-Terre avec Srnsky, un militant de lUNR, le parti gaulliste.

Propriétaire du magasin de chaussures Sans Pareil, il avait lancé son berger allemand contre un cordonnier-cloutier ambulant, un Noir infirme nommé Balzinc, qui s
était installé sur le trottoir devant sa boutique. Le commerçant blanc, exfiltré par le préfet, avait échappé de peu au lynchage, et sa Mercedes avait fini à leau. Laffaire a surtout servi aux Renseignements généraux pour établir des listes de militants à surveiller, voire à arrêter, parmi lesquels le docteur Pierre Sainton, lun des fondateurs du GONG.

En fin d
après-midi, le préfet reçoit la visite du maire communiste de Pointe-à-Pitre, Henri Bangou. Voici comment il le décrit à son ministre de tutelle, le général Pierre Billotte, avant une visite que ce dernier doit effectuer dans lîle : «Le docteur Bangou, cest un problème que vous connaissez très bien. Vous le reconnaîtrez vite : il est très grand, une tête très intelligente, un aspect avenant et fort bien élevé.» La description tient toujours la route. Au plus fort des troubles, le maire a ceint son écharpe et sest rendu, accompagné dune partie de ses adjoints, vers le marché central, où des groupes de jeunes font face aux CRS. «Je vais haranguer la foule, pour dire : calmez-vous», explique-t-il. Mais lépisode tourne court, léquipe municipale est obligée de battre rapidement en retraite. Lorsque le maire demande au préfet de retirer les forces de lordre, celui-ci refuse. «Il ma répondu quil ne pouvait pas. Quil avait été accusé de mollesse lors des événements de Basse-Terre.»

La chasse à l
homme a commencé. Dès le 26 mai au soir, à 18h45, le préfet envoie un long télégramme au ministre, qui mentionne notamment ceci : «Ai ordonné arrestation principaux meneurs dont Tomiche, secrétaire syndical employé de commerce et récemment exclu du comité central du Parti communiste STOP.» Sur une radio amateur, Paul Tomiche capte les ondes de la police : il faut amener le propriétaire de «lOpel Corsa 77 MV, Max, Victorine, mort ou vif à Petit Papa» (la gendarmerie de Petit-Pérou). Sa voiture. Il se cache à Bergevin, puis beaucoup plus loin, à Petit-Canal. Coupe sa barbe. Part au Moule. L’Étincelle, lorgane du PCG, titrera : «Les aventuriers ont pris la fuite.» Il sera arrêté et fera onze mois de prison.

Le bilan officiel tiré par Pierre Bolotte pour le ministère, dans un télégramme daté du 30 mai, est le suivant : «Sept morts identifiés. Possibilité autres victimes non déclarées.» Ce sont tous des manifestants. Il y a de nombreux blessés parmi les civils, mais combien ? Pour les forces de l
ordre : «Armée, un sous-lieutenant sérieusement blessé. Gendarmerie, six gradés et gendarmes, dont deux par armes à feu. CRS, vingt-sept gradés et gardiens, dont dix gravement et quatre blessés par armes à feu.» Vingt-sept arrestations de droit commun ont lieu, et vingt et une inculpations. Dix inculpés écopent de peines de prison ferme. Les arrestations vont se poursuivre. Le dimanche 30 mai au soir, à la préfecture de Basse-Terre, les ouvriers, qui demandaient une augmentation de 2,5%, en obtiennent une de 25%.

Un autre procès a lieu, à Paris, du 19 février au 1er mars 1968, à la Cour de sûreté de l
’État, où 18 indépendantistes guadeloupéens sont jugés pour atteinte à lintégrité du territoire français. La raison ? Leur appartenance au GONG, supposé avoir organisé les émeutes de Pointe-à-Pitre, bien que le rapport du commissaire Honoré Gévaudan, en juin 1967, ait clairement écarté cette hypothèse. Aimé Césaire et Jean-Paul Sartre feront partie des témoins de la défense.

Le préfet Bolotte n
aura jamais à répondre de ses actes, il ne paraîtra dans aucun procès. Il a été enterré le 27 mai 2008. Le commissaire Canales nira pas non plus à la barre, prétextant une dépression nerveuse. Glaude, Makouke, Sainton et Théodore ont pris quatre ans avec sursis. Deux inculpés ont eu trois ans avec sursis. Tous les autres, dont Lauriette et Rupaire, ont été acquittés. Cest dans la préface des Damnés de la terre que Jean-Paul Sartre écrivit : «Les voix jaunes et noires parlaient encore de notre humanisme, mais cétait pour nous reprocher notre inhumanité.» Depuis 1967, aucun CRS na remis les pieds dans lîle.

Béatrice Gurrey - Le Monde, 27 mai 2009.
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Mercredi 27 mai 2009
Parallèle historique

Pendant les 44 jours de conflit social en février et mars 2009, le préfet Nicolas Desforge n’a eu de cesse de répéter quil ne serait pas «le préfet de mai 67», alors que les elkapistes de leur côté nont cessé dy faire allusion et de brandir le spectre de ce terrible épisode. Comme lesclavage dont on fête justement labolition aux Antilles le 27 mai, la répression de mai 67 est restée marquée au fer rouge dans lesprit des Guadeloupéens. On ne peut bien sûr que se réjouir du fait que la répression policière nait pas cette fois-ci atteint la même ampleur quil y a 42 ans. Un tel massacre aujourdhui que nous sommes sortis de la guerre froide nest plus possible ; qui plus est, la présence de caméras des télés nationales et étrangères a certainement contribué à atténuer la répression. Néanmoins, on ne peut sempêcher détablir des parallèles troublants entre les deux affaires. Retour sur un épisode très sombre de lhistoire de France.

1° Depuis Colbert…

En 1967, la tension sociale monte en Guadeloupe. Chômage et pauvreté conduisent les jeunes à partir en métropole. Un organisme gouvernemental, le BUMIDOM, Bureau de Développement des Migrations pour les Départements d’Outre-Mer vide les Antilles de ses forces vives, en incitant sa jeunesse au départ vers l’Hexagone. Le transport est assuré ainsi que le logement sur place, le tout avec un emploi à la clé.


C’est à cette politique que l’on doit la présence d’une si importante communauté antillaise en Île-de-France, dans des administrations comme la poste ou des entreprises comme la RATP, par exemple. Sur place, en Guadeloupe, rien n’est fait pour le développement local. Au XVIIe siècle déjà, Colbert avertissait que seule un politique de développement économique pouvait donner les conditions véritables de l’indépendance. C’est vraisemblablement ce dont Paris a voulu se prémunir aux Antilles, pour couper court à toute velléité indépendantiste, à un moment où quasiment toutes les autres colonies se détachaient de l’Empire français.


2° Émeutes à Basse-Terre

En mars 1967, de grosses manifs explosent à Basse-Terre, après qu’un commerçant blanc du nom de Srnsky a lâché son chien sur un cordonnier noir infirme dont il ne supportait plus la présence devant son enseigne (auparavant, ce même commerçant blanc avait renvoyé deux employés pour avoir discuté son ordre d’abandonner le client noir qu’ils étaient en train de servir pour s’occuper de clients blancs arrivés ensuite). Gerty Archimède, première femme inscrite au barreau de Pointe-à-Pitre, communiste engagée jouissant d’une grande popularité, qu’on est allé chercher d’urgence, parvient à calmer les esprits et évite ainsi une répression sanglante.

Le 23 mars, une bombe ravage de nuit la façade d’un magasin de Pointe-à-Pitre qui appartient à la famille du commerçant à l’origine des troubles, sans faire de victime.


3° Assassinat d
un syndicaliste et massacre à Pointe-à-Pitre

Peu de temps après, d’importantes grèves éclatent dans le bâtiment, pour réclamer 2% d’augmentation salariale. Les négociations, menées à la Chambre du commerce de Pointe-à-Pitre échouent, et une phrase prêtée à Brizzard, le patron des patrons de l’époque, révélatrice de l’état d’esprit du patronat guadeloupéen de ces années-là met le feu aux poudres : «Lè neg ké mò faim, yo ké wouprann travay» — Quand les nègres auront faim, ils reprendront le travail. Le 26 mai, excédés par tant de mépris, des manifestants s’emparent de conques à lambis laissées par les pêcheurs sur la darse qui borde la place de la Victoire et les lancent contre les CRS. Le commissaire Canalès donne alors l’ordre de faire feu mais il ne désigne pas n’importe qui : Jacques Nestor s’écroule. Le jeune homme était militant du GONG (Groupement des organisations nationales de la Guadeloupe, qui demande l’indépendance) et syndicaliste.

Les képis rouges, ainsi nommés à cause du liseré rouge qui figurait alors sur le képi des gendarmes mobiles, prennent la relève des CRS et une véritable chasse à l’homme est lancée contre tout ce qui bouge dans les rues de Pointe-à-Pitre, surtout si ce qui bouge est noir ! Un véritable massacre va s’en suivre, les deux jours suivants, qui fera officiellement 87 morts et des centaines de blessés et de détenus. Les manifestants pillent deux armureries et bientôt des cartouches de chasse répondent aux tirs de balles, mais le rapport de force est sans commune mesure.


4° La jambe perdue d
Yvon Coudrieux

La plupart des victimes sont des gens qui ont eu le malheur de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Le témoignage d’Yvon Coudrieux, recueilli par Martin T. Laventure dans le France-Antilles du 26 juillet 2007, est révélateur de ce qui se passait dans les rues de Pointe-à-Pitre. Alors jeune prof de sport, il apprend par la radio que le pont de la Gabarre est bloqué. Comme il doit rentrer chez lui en soirée sur Sainte-Rose, il se rend à la mairie toute proche pour essayer de glaner quelques informations. C’est alors qu’il est surpris par une jeep de la gendarmerie, rue Hincelin. Ils ouvrent le feu sur lui : «Il n’y a ni couvre-feu décrété, ni sommation. On m’a tiré dessus de dos, comme un lapin.» Il poursuit : «Je décolle du sol et retombe assis. La douleur me saisit. C’est ma jambe droite. Elle est déchiquetée au niveau du genou. Ma cuisse saigne abondamment.» Yvon Coudrieux a de la chance, il aura la vie sauve contrairement à des dizaines d’autres. Il perdra tout de même sa jambe. Il raconte comment les infirmières avaient comme consigne de soigner sans demander les noms et comment un trou avait été fait à l’arrière de l’hôpital pour tenter d’évacuer les blessés au cas où les forces de l’ordre viendraient pour les achever.


5° Le procès des 18 patriotes

On aurait pu penser que pareil carnage conduirait les principaux responsables, sinon les exécuteurs devant une cour de justice. Il n’en a rien été. Au contraire, des rafles ont été effectuées contre les militants et les sympathisants du GONG et 18 d’entre eux ont été déférés à Paris devant la cour de sûreté de l’État, accusés d’atteinte à l’intégrité du territoire. C’est ce qu’on va appeler le procès des 18 patriotes. Mais contre toute attente, ce procès va devenir celui du colonialisme car il va faire ressortir toutes les injustices, les abus, les inégalités qui prédominent toujours aux Antilles, autrement dit, toute la réalité coloniale. La départementalisation est présentée comme une pure farce administrative et tous dénoncent que, depuis qu’elle a été instituée, les conditions de vie n’ont pas changé pour les 300.000 Guadeloupéens d’alors. Le roi est nu. L’un des prévenus, instituteur explique : «Je suis chargé d’apprendre aux petits nègres la gloire de Napoléon. Or Napoléon a rétabli en Guadeloupe l’esclavage qu’avait supprimé la révolution française en 1794. Vous comprendrez bien que la conviction me manque puisqu’il a fallu attendre jusqu’en 1848 pour que l’esclavage soit aboli.»


6° Des Français à part entière ou des Français entièrement à part ?

Théodore Numa, docteur en médecine était l’un de ces jeunes hommes, il avait à l’époque 35 ans.

Alain Guérin rapporte pour l’Humanité du 21 février 1968, l’évocation par le docteur Numa, plein de dignité, des insultes proférées par les policiers, leur haine… «la blessure morale qu’il reçu». Aujourd’hui, Théodore Numa, vieil homme au corps fatigué mais au regard toujours très vif, fait partie du LKP et est estimé de tous. Aimé Césaire, venu témoigner à la barre aura cette formule demeurée célèbre : «Nous ne sommes pas des Français à part entière mais des Français entièrement à part», et des anticolonialistes de l’Hexagone comme Jean-Paul Sartre viendront défendre les 18. Même Valentino, député guadeloupéen de la majorité gaulliste leur apportera son soutien ; il dénonce l’administration locale, liée sur place aux intérêts sucriers, oppose son inertie aux décisions prises à Paris. Et tourné vers les inculpés ajoute André Fontain pour France Soir, il conclut : «Si j’avais leur âge, je ferais comme eux.»


7° Différences et similitudes

Ces événements sont survenus dans un contexte international très particulier, en pleine guerre froide et alors que la France venait de perdre ses principales colonies, notamment l’Indochine en 1954, l’Afrique noire à la fin des années 50 puis l’Algérie en 1962. En 2009, l’indépendance n’est pas à l’ordre du jour, tout au plus se pose entre les lignes la question de l’évolution du statut pour éventuellement accéder à une autonomie. Cependant, l’action du LKP, comme en 1967 a mis à nu les structures du système colonial, la persistance d’inégalités basée sur des schémas raciaux. Certains békés au sommet qui contrôlent l’économie de la Guadeloupe, descendant des esclavagistes et qui dirigent leurs entreprises d’une main de fer, d’un côté et de l’autre un sous-prolétariat qui correspond majoritairement aux descendants des esclaves africains. La situation sociale reste désastreuse comme tout un chacun le reconnaît, en particulier pour une jeunesse qui se sent sacrifiée. Comme en 67, des affrontements ont eu lieu entre les jeunes et la police et comme en 67, un syndicaliste est tombé, ironie de l’histoire, au pied de l’appartement où Jacques Nestor avait grandi.

Les circonstances de la mort de Jacques Bino demeurent peu claires, même si un jeune, Ruddy Ruudy, est accusé par le parquet de Pointe-à-Pitre de l’avoir abattu. Il nie fermement depuis son arrestation, contrairement à ce que donnent à penser les médias. Quant à l’histoire de Coudrieux qui a pris une balle dans la jambe droite, elle n’est pas sans rappeler celle de Jimmy Lautric, également atteint à la jambe droite sans que son agresseur ait pu être identifié dans un dossier où la police traîne visiblement les pieds pour y parvenir…


8° Acharnement judiciaire

La répression judiciaire elle, comme au lendemain de mai 67, bat son plein. Dans un récent communiqué paru sur le site de l’UGTG, Élie Domota dénonce la répression judiciaire qui s’exerce aujourd’hui contre les membres de l’UGTG comme elle s’est exercée hier sur ceux du GONG :
— Le 20 mai : Convocation devant la chambre de l’instruction de Michel Madassamy et de Gabriel Bourguignon, dirigeants de l’UGTG ; à noter que maîtres S. Aristide et P. Tacita sont leurs avocats.
— Le 26 mai : Procès de Raymond Gautherot, ancien secrétaire général de l’UGTG ; condamné en première instance à trois mois de prison ferme.
— Le 29 mai : Procès de Jocelyn Leborgne, membre du Conseil syndical de l’UGTG ; Le 4 juin 2009 : Procès du camarade Max Delourneau, pour sa participation aux mobilisations du LKP.
— Le 9 juin : Procès du camarade Christophe Théophile, membre du Conseil syndical de l’UGTG.

En mai 2009, les structures coloniales, elles, demeurent bien en place...

Frédéric Gircour - Chien créole, 27 mai 2009.

Sources extraites de Pour servir l’histoire et la mémoire guadeloupéenne - Mai 1967 publié par CO.PA.GUA. Un grand merci à Alex Lollia et Stéphane Renaert.
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Vendredi 8 mai 2009
Du 7 mai 2009 au 6 février 1934 : Coup d’État en Guadeloupe [Les connaisseurs reconnaîtront le style percutant des titres accrocheurs de France Antilles, le quotidien local, dont je m’inspire ici humblement]

À l’initiative de Jacques Gillot, président du Conseil général, les élus de cette dernière institution et ceux du Conseil régional étaient conviés à un congrès, ce jeudi 7 mai pour réfléchir à un nouveau «modèle de société» pour la Guadeloupe. Sorte de contre-sommet, pendant des États généraux, ce congrès, qui a au moins le mérite de ne pas avoir été commandité depuis Paris, est en fait surtout censé permettre aux élus locaux de reprendre la main politique. Il faut dire qu’ils n’ont pas été épargnés par le séisme qu’a constitué le LKP et qui a mis à nu toutes les carences et incohérences du système : leur crédibilité a été sérieusement ébranlée. Cependant, comme se plaisent à le répéter les délégués du LKP, les vrais états généraux se sont déjà tenus avec les organisations, associations, syndicats, etc., toutes émanations de la société civile qui se sont rassemblées patiemment et ont traduit leurs doléances à travers une large plateforme de revendications. Ils l’ont ensuite portée en donnant à leur convergence un nom : le Lyannaj Kont Pwofitasyon. Cette plateforme a reçu un soutien populaire d’une ampleur jamais vue en Guadeloupe et jamais démentie depuis. Elle a donné lieu à un protocole de fin d’accord, à des promesses de la part des élus des collectivités territoriales comme de l’État.

Les pompiers de la zone aéroportuaire
sont en grève depuis le 17 décembre !


Or aujourd’hui, le LKP dénonce un certain enlisement et entend bien rappeler aux élus notamment, leurs engagements ; d’autant qu’un certain nombre de dossiers dépend directement d’eux, comme c’est le cas avec Victorin Lurel, président de région socialiste, pour la douloureuse question, des contrats aidés, par exemple. Or, justement, on voit M. Lurel se disperser, courir des États généraux voulus par Nicolas Sarkozy au congrès de son ami Gillot. On sent bien à travers cette frénésie que les élections régionales ne sont plus bien loin ; alors que les changements exigés par le peuple, eux, se font attendre !

Un appel à la mobilisation avait donc été lancé, avec rendez-vous à Basse-Terre ce matin, pour se rappeler au bon souvenir des élus qui allaient se réunir pour décider de notre avenir. Il avait d’ailleurs été signifié officiellement aux représentants du LKP qu’ils étaient les bienvenus s’ils souhaitaient participer au congrès. Parlant du Conseil général où l’événement devait se tenir, Élie Domota glissait la veille, lors d’une conférence de presse : «C’est la maison du peuple». Dans cette optique et par un geste symbolique fort, les manifestants ont occupé sans violence l’hémicycle du Conseil général, en chantant, passant par une porte dérobée et ce environ une heure-et-demi avant l’arrivée prévue des élus.

Les T-shirts ont momentanément substitué
les costards-cravates dans l’hémicycle


Tout s’est passé «GENTIMENT», selon le fameux mot d’ordre resté indissociable des quatre premières semaines de grève générale ; «On a été invité ! » expliquaient amusés certains, alors que des discours enrtrecoupaient les chants. Loin de goûter cet élan populaire pour leur congrès, Gillot et Lurel, le visage grave, plutôt que d’aller à la rencontre des manifestants, sont apparus à la télévision. Bush au lendemain du 11 septembre n’avait pas l’air moins affecté ! Gillot a vigoureusement dénoncé le climat insurrectionnel qui règne en Guadeloupe se demandant si on est encore en démocratie ou si c’est la révolution. J’ai alors eu la dure tâche de décevoir un ami révolutionnaire qui m’avait aussitôt appelé depuis l’Hexagone, étreint par l’émotion, et qui pensait que c’était le Grand Soir ! Les hommes politiques devraient avoir plus de considérations pour ceux qui les écoutent et éviter d’occasionner ainsi des fausses joies… Le comble du ridicule a été atteint par un Victorin Lurel livide qui a martelé que c’était «un coup d’État !» «Ce qui se passe là, c’est le 6 février 1934» a-t-il solennellement déclaré, faisant allusion à la tentative de coup d’État fasciste avec des milliers de manifestants en armes qui s’étaient attaqués au palais Bourbon [
Le palais Bourbon est le siège de l’Assemblée nationale]. Ces émeutes avaient fait seize morts et plus d’un millier de blessés. Voilà une comparaison à en faire pâlir d’envie un Frédéric Lefebvre pourtant spécialiste des outrances gratuites et insultantes ! Lorsque les dangereux fascistes ont été avisés qu’aucun élu ne viendrait, ils ont commencé par le déplorer : «Ils ont peur de nous ? Peur du peuple ?» entendait-on ici ou là.

La démocratie a tremblé
devant la menace putshiste


Puis, d’eux-mêmes, ils sont repartis en bon ordre, toujours «gentiment», dans la bonne humeur, tandis que le service d’ordre du LKP remettait tout en ordre et faisait le ménage !

À peu près à la même heure mais sur l’île de Marie-Galante toute proche, des hourras saluaient une autre victoire de la solidarité et de la mobilisation. Un jeune sans-papier haïtien a été arrêté à un contrôle ce matin et était menacé d’expulsion imminente alors qu’il est à un mois du bac. Dans un grand et bel élan fraternel, lycéens et personnels de son lycée de Grand Bourg se sont aussitôt mobilisés devant la gendarmerie jusqu’à obtenir sa remise en liberté, gagnée au moins jusqu’à ce qu’il puisse passer son bac.

Victorin Lurel n’a pas encore eu le temps de se prononcer sur cette affaire, alors les paris sont ouverts ; Chien créole ose pour sa part trois hypothèses. Lurel va comparer la mobilisation devant le commissariat :
1°  Au siège de Stalingrad par les nazis pendant la seconde guerre mondiale ?
2°  À la prise de l’ambassade de Téhéran à la chute du Shah ?
3°  À la débâcle de Dien Bien Phu, il y a 55 ans, jour pour jour [Le 7 mai 1954 pour les nuls en maths et en histoire !] ?
Si vous voyez d’autres rapprochements, écrivez-nous, opération «Aidons Toto à se refaire». Merci d’avance !

Frédéric Gircour - photos Philippe Jouve - Chien créole, 8 mai 2009.

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Jeudi 7 mai 2009
Guadeloupe : Des militants du LKP envahissent la salle de délibérations du Conseil général

Des militants et dirigeants du LKP, qui avaient défilé jeudi matin à Basse-Terre, ont envahi dans l’après-midi la salle de délibérations du Conseil général, où devait se tenir une réunion du Congrès des élus départementaux et régionaux, a-t-on constaté sur place.

Les présidents des Conseils général et régional, Jacques Gillot et Victorin Lurel, ont décidé d’annuler la réunion du Congrès des élus. Ils devaient débattre, au cours de cette réunion prévue depuis décembre dernier, du thème «Quel projet de société pour la Guadeloupe : stratégie et méthode».

Leur presse (Ouest-France), 7 mai 2009.


Victorin Lurel condamne avec la plus grande fermeté
l’envahissement du palais du Conseil général


Le président de la région Guadeloupe, Victorin Lurel, condamne avec la plus grande fermeté l’envahissement du palais du Conseil général par les dirigeants du collectif LKP, alors même qu’ils étaient invités à faire entendre leur voix devant le Congrès des élus départementaux et régionaux.

Par cette action, les dirigeants du collectif LKP démontrent qu’ils contestent désormais ouvertement la légitimité des élus après avoir déclaré par avance, dès le 1er mai dernier, qu’ils refuseraient et qu’il combattraient tout ce qui sortirait des travaux du Congrès. En instaurant une concurrence de légitimité entre les représentants élus du peuple et la rue, les dirigeants du LKP montrent leur mépris des principes démocratiques les plus élémentaires et révèlent, au-delà des combats justes qu’ils peuvent  mener, leur volonté d’entraîner la Guadeloupe dans une aventure insurrectionnelle.

Leur communiqué de presse, 7 mai.



Le LKP occupe le Conseil général,
Jacques Gillot reporte le Congrès des élus


Le Congrès des élus de Guadeloupe qui devait se tenir ce jeudi 7 mai 2009, vient d’être reporté par le président du Conseil général après un nouveau coup d’éclat du LKP.

Depuis quelques jours, le collectif, Lyannaj’ Kont Pwofitasyon avait fait connaître son intention de remettre la pression alors que l’accord Bino tarde a être appliqué par les entreprises de l’île. L’organisation a donc choisi le 7 mai, jour de tenue du Congrès des élus pour relancer la machine et organiser une action de grande ampleur. À l’annonce de cette mobilisation, le président du Conseil général avait fait part de sa volonté de laisser le LKP exprimer ses doléances au cas où il le souhaiterait dans le cadre de ce congrès. Élie Domota leur porte parole avait annoncé la couleur, laissant deviner qu’il ne viendrait pas juste pour figurer. Annoncée depuis quelques jours, la mobilisation a tenu toutes ses promesses. Dès le matin, une foule immense s’était agglutinée en région Basse-terrienne à l’appel du collectif représenté par Élie Domota. Mais le paroxysme a été atteint quand après une marche dans les rues de Basse-Terre, ils ont fait irruption au Conseil général et investi l’hémicycle départemental. Selon certaines sources, certains fonctionnaires auraient même été agressés quand la foule a envahit les lieux. Prenant la parole, Élie Domota a dénoncé une situation qui voit chacun se soucier des prochaines élections.

Le porte parole du LKP a tour à tour dénoncé les manœuvres de l’État, du préfet, du Medef, et des élus locaux, sur fond d’organisation des prochaines élections régionales et de l’instauration de l’assemblée unique. Poursuivant sur sa lancée, il a fustigé une fois de plus l’inertie de Colette Koury, présidente de la CCI face aux pompiers de l’aéroport en grève depuis plusieurs mois et à qui une décision de justice vient de donner raison. Puis il a qualifié les États généraux de manœuvre de l’État pour renforcer le poids politique du Medef en Guadeloupe, à l’approche des prochaines consultations régionales. Pour conclure, il a fustigé la tenue de consultations a grande échelle tels le Congrès des élus de Guadeloupe ou les États généraux alors que moins de deux mois après la fin du deuxième plus long conflit social qu’ait connu la Guadeloupe, rien n’était réglé puisque l’accord Bino n’était toujours pas appliqué dans un grand nombre d’entreprises, que les prix de bon nombre de produits connaissent des hausses vertigineuses, et qu’il se murmure que la contribution de l’État aux 200 euros ne serait versée qu’à partir de septembre 2009.  Devant la vacance des lieux par les élus, à l’annonce du report du congrès par Jacques Gillot, les membres du LKP en ont profité pour tenir un meeting à grande échelle. Pour l’heure, nul ne peut dire quelle suite sera donnée à cette action. Le LKP pourrait bien décider d’occuper les lieux comme certains le firent à la Sorbonne en 1968.

BondaManJak, 7 mai.


Défilé LKP du 7 mars
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Lundi 20 avril 2009
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Vendredi 13 mars 2009
Interview d’Élie Domota,
secrétaire général de l’UGTG et porte-parole du LKP


Dans cette interview, Élie Domota tire quelques enseignements de la grande victoire des travailleurs et du peuple guadeloupéens après 45 jours de grève générale contre le grand patronat et le gouvernement. Il explique notamment que les problèmes soulevés en Guadeloupe sont les mêmes que ceux que rencontrent les travailleurs français, rappelle qu’on ne peut gagner contre le gouvernement avec une seule journée de grève, et précise que lalliance État-justice-profiteurs existe encore aujourdhui.


Dans le même temps, les états-majors syndicaux français rassemblés dans la CES dont le mot d’ordre actuel est «sauver le capitalisme de lui-même», appellent à ne pas suivre l’exemple guadeloupéen. Bernard Thibault expliquait ainsi dans le Parisien du 10 mars : «Le conflit n'est pas transposable. La situation n’
est pas comparable. Les Antilles sont gangrenées par un taux de chômage de 20%, les prix y sont deux ou trois fois plus élevés et les salaires de 15% inférieurs à ceux de la métropole.»

Faudrait-il donc attendre que la situation des travailleurs français se dégrade encore pour que les états-majors syndicaux travaillent à construire l
union des luttes dans un rapport de force de très haut niveau et durable, seul capable d’imposer la satisfaction des revendications populaires ?

Alors que la grève générale dans l
Université se renforce, alors que les mobilisations se développent à lHôpital contre la casse de la santé publique, alors que les occupations dusines se multiplient contre les suppressions demplois, alors que le capitalisme mène les travailleurs à la ruine pendant que les gros actionnaires du CAC 40 se partagent des centaines de milliards de dividendes et daides gouvernementales et européennes, cest au contraire en suivant lexemple guadeloupéen dune «alliance contre la domination dune caste sur le plus grand nombre» et dun front «tous ensemble et en même temps» dune ampleur historique que nous pourrons battre Sarko-MEDEF et lUE.


L
UGTG est le syndicat majoritaire en Guadeloupe. Ses statuts précisent :
«LUGTG, “Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe”, est une centrale syndicale regroupant les travailleurs de Guadeloupe, sans distinction de race, dopinion publique, philosophique, religieuse, unis par la volonté de défendre leurs intérêts matériels et moraux.
Cest une organisation de masse qui milite contre lexploitation de lhomme par lhomme, pour abolir les rapports de type capitaliste et colonial que nous impose la France, lEurope et le Capital international.
LUGTG est une organisation de classe et de masse convaincue de la nécessité de transformer les rapports sociaux aux fins dune société plus juste, assurant à chaque homme son droit au travail, à la santé, à l’éducation, à la culture, à la vie.»

Collectif pour un front syndical de classe, 12 mars 2009.
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Mercredi 11 mars 2009
Un gendarme blessé par un tir de carabine à la Réunion

La tension a encore grimpé d’un cran à la Réunion. Un gendarme mobile a été blessé dans la nuit de mardi à mercredi au cours de laquelle des affrontements ont opposé forces de lordre et casseurs à plusieurs endroits de lîle.

Le fonctionnaire de police patrouillait dans le quartier populaire du Chaudron à Saint-Denis, près dune grande surface, lorsquil a été atteint par un tir de carabine. Blessé à la hanche et au bras, il a été hospitalisé. Une opération a été immédiatement lancée pour retrouver lauteur du tir après sécurisation du quartier doù est parti le coup de feu. Le calme est toutefois revenu mercredi matin. Les commerces étaient ouverts et les habitants vaquaient normalement à leurs occupations.


Le Chaudron, situé à la périphérie de Saint-Denis, a déjà été dans la journée de mardi le théâtre de saccages et de batailles rangées entre policiers et émeutiers qui avaient commencé à piller une grande surface. Lintervention rapide des premiers avait permis de sécuriser le magasin. Le Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion (Cospar), qui mène la grève, avait alors appelé au calme, tout comme le préfet, qui a ordonné aux forces de lordre «dempêcher tout acte de pillage» et demandé à la population déviter «de se mêler aux délinquants». «Le Cospar nappelle pas à lémeute. Il est responsable, il regrette profondément ce qui sest passé», a ainsi déclaré le secrétaire général de la CFDT-Réunion Jean-Pierre Rivière.


Pillages et affrontements


Dans la foulée, le Collectif avait annoncé la suspension des opérations coup de poing menées contre des grandes surfaces depuis jeudi dernier, jour où la Réunion a connu une première journée de grève, dans le sillage du conflit social en Guadeloupe et en Martinique. Il na pas non plus reconduit son mot dordre pour les prochains jours, la prochaine mobilisation étant fixée au 19 mars, date de la journée nationale daction des syndicats, mais compte poursuivre mercredi les négociations à la Préfecture.


Les mises en garde nont pas suffi. Dans la nuit, des jeunes ont saccagé les locaux dune assurance. Ils ont tenté également de sen prendre à une pharmacie et à un établissement de restauration rapide. Des tentatives de pillage et des affrontements entre forces de lordre et casseurs ont aussi eu lieu sur la commune du Port. Selon le dernier bilan de la préfecture, 20 membres des forces de lordre ont été blessés et 22 personnes interpellées depuis le début des violences. En 1991, de violentes émeutes avaient éclaté dans le quartier populaire du Chaudron, provoquant neuf morts.

Presse jaune (Le Point), 11 mars 2009 (9h23).


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Mercredi 11 mars 2009

Des échauffourées se sont produites mercredi matin entre les forces de l’ordre et plusieurs centaines de manifestants du syndicat USTKE, rassemblés devant laéroport international, a indiqué le haut-commissaire de la République.

«La manifestation a dégénéré. Lorsque le fonctionnement de l’aéroport s
est trouvé perturbé, les manifestants ont refusé de répondre aux sommations et le rassemblement a été dispersé», a déclaré à la presse, Yves Dassonville.

Selon lui, deux gendarmes ont été légèrement blessés, lors des heurts où grenades lacrymogènes et jets de pierre ont été échangés, tandis que deux manifestants ont été interpellés.


À l
appel de lUnion syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (indépendantiste), plusieurs centaines de personnes sétaient rassemblées tôt mercredi pour dénoncer «limmigration» et linsuffisance du texte sur la protection de lemploi local, récemment présenté par le gouvernement calédonien.

«Nous avions décidé de faire une action symbolique sur le point d
entrée du pays. Mais ici on na plus le droit de manifester, l’État répond par la force et la violence», a déclaré le président de lUSTKE, Gérard Jodar sur Radio Djiido, annonçant une poursuite de la mobilisation.

Lors des affrontements, les manifestants, qui ont commis des dégradations aux abords de l
aéroport actuellement en travaux, se sont repliés à proximité dune école dont la directrice a été bousculée tandis que les gaz lacrymogènes ont incommodé les enfants, a rapporté à lAFP un journaliste sur place.

À la mi-journée, les manifestants étaient toujours présents près de l
aéroport mais la situation était apaisée.

Malgré des retards d
avions, laéroport na jamais été bloqué, a insisté M. Dassonville, déplorant que Gérard Jodar veuille importer la crise antillaise.

«Gérard Jodar se prend pour Élie Domota. Bien sûr il y a des problèmes de vie chère et d
inégalités, mais aucun syndicat responsable ne souhaite tomber dans une situation à la guadeloupéenne», a-t-il déclaré.

Il a en outre rappelé que dans ce territoire autonome les questions sociales soulevées ne sont pas de la compétence de l
’État mais du gouvernement local, qui a réuni mardi une conférence sur les salaires avec tous les partenaires sociaux.

Presse jaune (Le Point), 11 mars 2009 (7h31).
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Mercredi 11 mars 2009
Le dirigeant d’une chaîne de supermarchés
séquestré en Guadeloupe ?


Il affirme être enfermé dans son bureau par des représentants syndicaux…

Le directeur général de la chaîne de supermarchés Match a affirmé mardi être «enfermé» depuis plusieurs heures dans un bureau de son entreprise à Jarry, dans la banlieue de Pointe-à-Pitre, par des représentants syndicaux. «Je suis enfermé dans ce bureau et je ne parlerai pas tant que je serai enfermé», a déclaré Étienne-Denis Renaud, sur RFO-Télé Guadeloupe.

«J
avais rendez-vous avec des représentants syndicaux de Match et je suis envahi par dautres personnes», a-t-il expliqué. «Je veux bien discuter, mais pas avec des gens que je nai pas conviés à cette réunion», a-t-il ajouté.

«Un homme heureux»

Sur place, Evelyn Himmer, employée de Match et représentante de la CTU, dans l
intersyndicale avec lUGTG et FO, a rejeté ces accusations, sans toutefois affirmer clairement que Étienne-Denis Renaud était libre de quitter lentreprise. «M. Renaud nest pas enfermé, M. Renaud est assis en train de lire le journal avec son staff, cest un homme heureux», a-t-elle assuré, affirmant se trouver «en face» de lui.

À la question : «Lui permettez-vous de sortir de l
entreprise ?», la syndicaliste a répondu : «Il na jamais encore dit quil voulait sortir.» À cette réponse, une voix quelle a identifiée elle-même comme étant celle d’Étienne-Denis Renaud, sest écriée : «Je veux sortir, je veux sortir, laissez moi sortir», avant que la communication téléphonique ne soit coupée.

Presse jaune (20 minutes), 10 mars 2009 (20h35).
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Mardi 10 mars 2009

Des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se poursuivaient mardi en début de soirée après la manifestation contre la vie chère organisée à Saint-Denis de la Réunion. Des projectiles ont été jetés contre les policiers qui ont répliqué à laide de gaz lacrymogènes, au niveau dun barrage routier dans le quartier populaire du Chaudron. Selon la préfecture, quinze dentre eux ont été blessés et seize personnes ont été interpellées. Du mobilier urbain, des véhicules administratifs et de nombreuses poubelles ont été détruits ou dégradés, a par ailleurs détaillé la préfecture, qui a également évoqué un début dincendie dans un bus.

Prolétaires face aux chiens de l’État à saintDenis de la Réunion

Les incidents ont démarré en milieu de journée devant la préfecture de Saint-Denis, à lissue dune manifestation qui a rassemblé entre 7000 et 10.000 personnes selon les organisateurs (3000 selon la Préfecture). Face à ce regain de tension, le Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives de la Réunion (Cospar), qui mène la grève, a appelé au calme, tout comme le préfet, qui a ordonné aux forces de lordre d«empêcher tout acte de pillage» et demandé à la population d’«éviter de se mêler aux délinquants». «Le Cospar nappelle pas à lémeute. Il est responsable, il regrette profondément ce qui sest passé», a ainsi déclaré le secrétaire général de la CFDT-Réunion Jean-Pierre Rivière.


Les négociateurs sous pression

Dans la foulée, le Collectif a annoncé la suspension des opérations coup de poing menées contre des grandes surfaces depuis jeudi dernier, jour où la Réunion a connu une première journée de grève, dans le sillage du conflit social en Guadeloupe et en Martinique. Il n
a pas non plus reconduit son mot dordre pour les prochains jours, la prochaine mobilisation étant fixée au 19 mars, date de la journée nationale daction des syndicats, mais compte poursuivre mercredi les négociations à la Préfecture.

Bureaucrates à la préfecture de Fort-de-France (Martinique)

Le préfet a demandé aux négociateurs «un accord le plus tôt possible», relevant de «réels résultats obtenus grâce aux efforts de chacun après seulement cinq jours de négociations», dont 150 euros de hausse de salaires, 50 euros de baisse de loyer des logements sociaux et une «baisse importante du prix de la bouteille de gaz et des carburants». Lundi, les élus réunionnais ont cependant annoncé qu
’ils refusaient, contrairement à leurs homologues antillais, de contribuer à laugmentation des bas salaires dans le secteur privé. Quant au patronat réunionnais, il propose une prime mensuelle de 50 euros pour les plus bas salaires.

Presse jaune (Le Point), 10 mars 2009 (20h07).



Scène d’émeutes à La Réunion

De violentes échauffourées ont opposé la police et les manifestants en marge de la mobilisation contre la vie chère. 8000 manifestants ont défilé dans lîle.

Poubelles en feu, galets, bancs et autres équipements publics jalonnent les rues du centre-ville et le boulevard Lancastel sur le front de mer de Saint-Denis. Paysage de désolation sur le chef-lieu réunionnais. Mardi, à Saint-Denis, les émeutes ont succédé à la manifestation. Le mouvement social prend ainsi une nouvelle tournure.

À 10 heures (heure locale), 5000 manifestants sont descendus dans la rue à Saint-Denis pour rejoindre, à midi, le square Labourdonnais, à côté de la préfecture. À Saint-Pierre, 3000 Réunionnais descendent jusqu’à la mairie. Beaucoup moins de monde que lors de la dernière manifestation du 5 mars.

Malgré une mobilisation en baisse, le Collectif d’organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion (Cospar) n’est pas déçu. Au contraire. «Nous sommes satisfaits, commente Jean-Pierre Técher, président de l’association Agir contre le chômage à La Réunion et membre du Cospar. La population montre une nouvelle fois qu’elle est derrière nous.» Ces sentiments sont partagés par l’ensemble du Cospar, qui regrette cependant les épisodes malheureux qui ont suivi le défilé de Saint-Denis. «Les incidents, qui ont émaillé la journée, sont le signe d’une profonde exaspération de la population qui a des attentes très fortes en matière de justice sociale», confie Ivan Hoarau, secrétaire général de la CGTR et l’un des leaders du Cospar.


Casseurs

À 13 heures, un syndicaliste interpelle les derniers manifestants. «Nous ne sommes pas là pour écouter de la musique. Allons devant les grilles de la préfecture pour ouvrir les négociations.» Vingt minutes plus tard, les premiers galets en direction de la préfecture sont jetés. Les événements s’enchaînent. Les policiers de la compagnie départementale d’intervention (CDI) repoussent les manifestants en leur lançant des bombes lacrymogènes. Les émeutiers, la tête enroulée dans leur tee-shirt, libèrent le front de mer de Saint-Denis. Ils se séparent en deux groupes. L’un se dirige vers le centre-ville, l’autre longe la côte. Sur leur route, ils lancent des galets sur les bâtiments administratifs, mettent le feu à des poubelles et renversent des voitures. À leur approche, les commerces descendent leurs rideaux de fer. Annette a peur pour elle et pour son camion-bar. «Ceux qui font cela ne sont pas des manifestants. Ce sont des casseurs. Ils veulent faire comme dans les autres départements d’outre-mer. Ils pensent pouvoir obtenir quelque chose que de cette manière.»

Une cinquantaine de casseurs avancent ensuite sur la route en bordure de la côte. Ils laissent  des monticules d’ordures, des cailloux et des poubelles en feu derrière eux. Trois kilomètres plus loin, à 15 heures 30, les émeutiers arrivent au Chaudron, quartier populaire de Saint-Denis. Ils prennent une grande surface comme cible, en brisant les vitres et pillant les rayons.  Des voitures sur le parking ont été incendiées.

La soirée étaient également mouvementée dans ce quartier et dans ses environs. Le Cospar appelle au calme et invite le patronat et la grande distribution à répondre à leurs revendications. Les négociations reprennent dès ce matin à la Préfecture.

Presse jaune (France Soir), 10 mars 2009 (16h19).

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Lundi 9 mars 2009

Trénelle, 6 mars 2009
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Lundi 9 mars 2009

Willy Angèle est fort mécontent. Willy Angèle, c’est le président du Medef en Guadeloupe. Il a, au nom du Medef et tout comme d’autres organisations patronales, refusé de signer l’accord, dit accord Bino, du nom du syndicaliste guadeloupéen tué sur un barrage). Cet accord prévoit que la première année, l’État versera 100 euros par salarié jusqu’à 1,4 SMIC, les collectivités locales 50 et le patronat 50. Et au bout de deux ou trois ans, ce seront les entreprises qui prendraient entièrement à leur charge les fameux 200 euros.

Il le fait au nom de l’esprit de responsabilité. Car le patronat fait toujours tout au nom de la responsabilité. Il est «celui qui sait», qui «maîtrise» les tenants et les aboutissants de cette chose qu’on appelle «économie». Les irresponsables sont toujours ceux qui finissent les fins de mois sans rien dans les poches. Les irresponsables sont ceux qui n’ont pas la patience d’attendre. Attendre quoi ? Rien. Attendre tout simplement.


Si Willy Angèle n’a pas signé le document, il l’a fait également parce qu’il considère que les grévistes sont ultra-minoritaires. Entre 5 et 15% de grévistes, avec des pointes à 20% dans le privé. Ainsi donc, si on l’en croit, ces grévistes si minoritaires sont parvenus, par la pression, à bloquer l’île durant quarante jours. Bigre, quel talent !

Au journaliste qui lui demandait ce qu’il pensait de l’initiative du LKP, décidé à faire pression sur chaque entrepreneur pour qu’il signe le dit accord, Willy Angèle a répondu calmement que cette stratégie était une atteinte à la démocratie parce qu’elle remettait en question la liberté d’opinion. Son propos m’a fait sourire parce qu’il évacue la question de la force, du rapport de force, des relations entre le capital et le travail. Il nie simplement la lutte des classes.


Et cela m’a remis en mémoire ces quelques mots d
un intellectuel aussi oublié que controversé : Georges Sorel. Dans son livre Réflexions sur la violence paru dans lentre-deux-Guerres, Georges Sorel écrit ceci : «On éprouve beaucoup de peine à comprendre la violence révolutionnaire quand on essaie de raisonner au moyen des idées que la philosophie bourgeoise a répandues dans le monde ; suivant cette philosophie, la violence serait un reste de la barbarie et serait appelée à disparaître sous linfluence du progrès des Lumières. [Mais] la violence prolétarienne entre en scène en même temps que la paix sociale prétend apaiser les conflits ; la violence prolétarienne enferme les patrons dans leur rôle de producteurs et tend à restaurer la structure des classes au fur et à mesure que celles-ci semblaient se mêler dans un marais démocratique. (…) Les violences prolétariennes sont purement et simplement des actes de guerre ; elles ont exactement la valeur de démonstrations militaires et servent à marquer la séparation des classes.»

Allez, la lutte des classes continue…

«Le monde comme il va», AlterNantes, mars 2009.
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Dimanche 8 mars 2009

Chronique de Michel en direct de Martinique (suite).


Martinik, vendredi 6 mars :
30e jour de grève générale


L’affrontement

Dans la nuit de jeudi à vendredi plusieurs entrepôts ont été brûlés.

Dans la journée de ce vendredi, on a appris la venue d’un étrange cortège venant de la côte atlantique, composé de tracteurs, de camions et d’autres véhicules. C’étaient les planteurs de bananes qui protestaient contre le blocage du port par les grévistes, amenant la perte de leur récolte. S’y étaient joints d’autres petits et grands patrons qui entendaient, en fait, proclamer leur hostilité à la grève et leur volonté de faire respecter «la liberté du travail». Très vite on s’est aperçu que ce défilé «molocoye» était conduit par des békés, dont de Raynal — président du syndicat des planteurs de bananes — et des membres de sa famille.


La rumeur se répand alors comme une traînée de poudre et les tee-shirts rouges surgissent de toutes parts pour arrêter le cortège qui prétend défiler dans Fort-de-France devant la Maison des syndicats. Grossière provocation ! Bientôt le «caillassage» des tracteurs commence sur la rocade. Les gardes mobiles, qui déjà, à hauteur de Dillon, ont tiré des gaz lacrymogènes, visant, à tir tendu les fenêtres des logements HLM, tentent encore une fois de repousser les assaillants qui s’en prennent aux véhicules des patrons. Un tracteur, venant par la route des Religieuses, arrive cependant à l’angle de l’avenue du Général de Gaulle. Il doit stopper et manque de peu la crémation et se retrouve, pneus crevés, dans un triste état.

Les jets de pierres et de bouteilles atteignent les forces de l’ordre non loin de la Préfecture. Elles ripostent par un tir intense de gaz lacrymogènes. L’atmosphère devient irrespirable et l’odeur des gaz, le bruit des tirs, atteignent la salle des négociations où se tiennent les membres de la partie patronale et ceux du Collectif. Ceux-ci devant les tensions, les tirs des forces de l’ordre, décident de se retirer. Serge Letchimy, le député-maire de Fort-de-France, a quitté précipitamment la salle et se rend à pied jusqu’à la rocade où ont lieu des affrontements. Tentant de s’interposer il paraît profondément affecté et est difficilement accepté comme médiateur par les forces de l’ordre. Celles-ci ont fait une incursion dans Trénelle et tiré en tous sens, visant des domiciles. Le quartier est envahi par les gaz lacrymogènes. Un journaliste métro commente mais a du mal à se repérer.


Comment se fait-il que les médias français aient si peu de journalistes de couleur ? Pourquoi n’en envoient-ils ainsi aux Antilles ou ailleurs ? La réponse me parait évidente : ils en ont très peu embauché jusqu’à présent et il faut bien dire qu’il y a peu de journalistes noirs travaillant pour les chaînes métropolitaines.

Finalement les békés et leurs partisans font demi-tour, pare-brise éclatés, prenant à témoin le public, à travers leur média-croupion ATV, de cette «atteinte intolérable du Collectif à la démocratie».


Comme par hasard ces troubles ont lieu au moment où une issue semblait être trouvée dans les négociations. Et de Raynal qui siège avec la partie patronale depuis le 5 février, torpillant au dernier moment tout accord, se retrouve à présent à la tête des agriculteurs en ce vendredi 6 mars.


La foule reste massée boulevard du Général de Gaulle regrettant presque le retrait des patrons. C’est un coup de fouet qui remobilise de plus belle. Pour le lendemain samedi l’UMP appelé à une manifestation («en bleu») contre la grève. Déjà nombre de manifestants se déchaînent et leur prédisent un accueil de circonstances. Chantal Maignan, la responsable de l’UMP, instigatrice de cette manifestation est accusée de fomenter un affrontement physique.



Limites du mouvement


Au point où l’on en est, dans cette situation de pénurie, on aurait souhaité que les syndicats s’emparent au moins de la nourriture des supermarchés ou des entrepôts du port, avant que pour certains produits elle ne soit périmée. Ils n’ont pas osé le faire.


De même les salariés de la société Batir, tenu par le béké Despointes, ont demandé l’arrêt de la grève devant le dépôt de bilan et le lock-out du patron. Aucun n’a suggéré une expropriation et une reprise en main des stocks par les salariés eux-mêmes. On ne sent guère cette volonté de réquisition mais plutôt une attitude de quémandeur face aux riches, sans qu’on ose demander que TOUT soit restitué et géré par les travailleurs eux-mêmes.




Fort-de-France, samedi 8 mars :
31e jour de grève générale


À l’approche de la Maison des syndicats des femmes distribuent des tracts écrits en rouge de l’UFM (Union des femmes de la Martinique). Sur l’asphalte on distingue des traces de la crémation des véhicules des manifestants patronaux. La manifestation kamikaze appelée par Madame Maignan n’aura pas lieu. Une jeune femme habillée d’un tee-shirt bleu se fait néanmoins conspuer («assé profitasyon») par les tee-shirts rouges. Une partisane de l’UMP ?


J’apprends que la veille plusieurs gardes mobiles ont été blessés par balle au cours des échauffourées.


D’hélicoptères on a tiré des gaz lacrymogènes et des tirs visaient la cour de la Maison des syndicats.


Les forces de l’ordre se plaignent de l’attitude du Collectif qui n’aurait pas condamné clairement les contre-manifestants qui les avaient ainsi attaqués. Ce à quoi le Collectif a répondu que les causes de ces violences sont avant tout à rechercher vers la partie patronale qui a non seulement tergiversé dans les négociations, mais qui de plus, organise aujourd’hui des manifestations provocatrices.


De Raynal, à présent, il est vrai, conspué de toutes parts, passe — pour rester poli — pour quelqu’un de peu intelligent.


Il apparaît quand même le soir sur ATV, la chaîne complaisante, pour énoncer un mensonge éhonté : le Collectif était au courant de sa manifestation et aurait même donné son aval ! Et évidemment il faut savoir terminer une grève. Surtout que ce sont bien les bananes de Monsieur Frédéric de Raynal que l’on refuse d’expédier du port. Celles des petits planteurs ont fait l’objet d’un accord. Ghislaine Joachim-Arnaud rappelle donc les intérêts en jeu et les manœuvres dilatoires et provocatrices des békés qui cherchent à épuiser le mouvement social. Il leur suffirait de signer les derniers accords pour que la grève cesse. Et certains l’ont été après plusieurs semaines de négociations où la partie patronale n’a cessé de tergiverser, de faire au dernier moment des contre-propositions. Pourquoi ne pas aller plus vite ? Mais c’est bien la partie patronale qui préfère attendre lundi après-midi 10 mars pour les reprendre. Alors que le Collectif est prêt à négocier ce week-end. Quant au milliardaire Despointes qui avait fermé à ses employés son magasin de matériaux de construction pour «dépôt de bilan et lock-out» il l’a finalement réouvert.


J’apprends qu’Élie Domota fait l’objet d’une enquête ordonnée par la Justice pour violence et intimidation. Ce serait là une belle tribune pour s’adresser non seulement à l’opinion française, mais aussi à l’opinion internationale. L’État français colonialiste aura bonne mine et cela risque d’être encore une fois SON procès ! En attendant, en Guadeloupe, vigilant et mobilisé, le mouvement ne faiblit pas : 30.000 manifestants à Pointe-à-Pitre. À Fort-de-France, après les échauffourées de la veille, nous étions aussi plus de 10.000 en ce samedi malgré le chiffre de 4 à 5000 annoncé par ATV.


Courriel, 8 mars 2009.
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Dimanche 8 mars 2009

«Nous ne pourrons construire une société neuve si nous n’arrêtons pas la domination capitaliste et colonialiste.» Ce sont les derniers mots de la plateforme du LKP.

Pendant plus d’un mois en Guadeloupe (suivie par la Martinique) ça a été la grève générale, le peuple a «envahi les rues», bloqué aéroport, routes, manifesté jour et nuit. La répression était là aussi : envoi de convois militaires sur l’île, violences policières, interpellations… Un syndicaliste, Jacques Bino, a été tué sur une barricade et le coupable idéal que cherche la justice ne saurait faire oublier que l’État reste le premier responsable de la violence qui a causé cette mort. Le 5 mars finalement un accord a été signé entre LKP et gouvernement. Le plus dur reste à faire…

Et ici ? Déjà, aucune action solidaire importante. Ensuite, au quotidien, des révoltes nombreuses mais dispersées, des luttes de salariés parfois très dures mais isolées. Les syndicats papotent avec Sarkozy, et avec les partis de gauche appellent à défiler un ou deux après-midi. Là-bas, les revendications sont au nombre de 146 et pas des moindres : il s’agit de mettre fin à la «domination capitaliste et colonialiste» ; leur oppression est double et leur lutte aussi. Les Antillais se battent pour leur dignité. Ils ne supportent plus d’être traités comme des sous-hommes, que les flics aient traité Alex Lollia de «sale nègre» et accusé un avocat d’«aboyer», que les Békés se vantent d’appartenir à une «race pure» et disent que les Noirs sont «comme des enfants, ils veulent la justice».

Or ici aussi certains se battent au nom de cette même dignité : ce sont les habitants des quartiers populaires, les étrangers avec ou sans papiers. Eux aussi sont noirs ou assimilés et quand ils se révoltent, comme en novembre 2005 par exemple, là non plus la solidarité n’a pas cours, elle ne se dit même pas avec des mots. C’est qu’ici on a vraiment peur de la contagion, elle signifierait qu’à la suite de là bas, on décide de «konstwi on sosyété nèf».

Résistons ensemble no 73, mars 2009
Contre les violences policières & sécuritaires.
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